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Lettre sur L’HUMANITÉ de CHRIST
par AJAL (Adrien Ladrierre, principalement)
1901
Note : les sous-sous-titres sont de Bibliquest
1.1 Un sujet important et délicat, lié à la divinité de Christ
1.2.1 L’incarnation — Hébreux 10:5-7
1.2.2 L’incarnation — Hébreux 2:14
1.3 L’incarnation : Christ s’est-il uni à notre humanité ?
1.5.1 L’enfance de Christ jusqu’à 12 ans
2.1 But de la venue du Fils de Dieu sur la terre
2.1.1 La promesse du Libérateur
2.2.1 Le baptême de Jean : un baptême de repentance
2.2.2 Sens du baptême, pour Jésus
2.2.3 L’Esprit Saint descend sur Lui
2.3.2 Différence entre la tentation pour nous et pour Jésus
2.3.3 La tentation : les participants, l’enjeu
2.3.4 Jésus pouvait-il succomber ? Pourquoi la tentation
2.3.5 Jésus, modèle pour la victoire
3 Le caractère personnel de Christ
3.1 Sa participation à la condition humaine, corps et âme — La mort
3.9 Souffrant de l’indifférence, l’opposition et l’incrédulité
3.13 Égalité de toutes ses qualités
4.1.2 Serviteur dépendant de son maître
4.1.3 Serviteur dépendant du Père
4.1.8 Ce qu’a rencontré le Serviteur
4.2.1 Donnant les enseignements divins
4.2.2 Enseignant avec puissance et autorité
4.2.3 Source de son enseignement
4.2.4 Source de son enseignement : les Écritures
4.2.6 Enseignement appuyé par la vie personnelle et par les oeuvres
4.2.8 Enseignement faillible ?
4.2.9 Infaillibilité seulement religieuse ?
4.2.10 Sa connaissance était-elle limitée ?
Mon cher ami,
Vous avez exprimé le désir que je vous communique quelques pensées sur l’humanité de notre adorable Seigneur et Sauveur. Le sujet est d’une immense importance et d’un intérêt infiniment précieux pour le coeur du chrétien ; mais il faut, en le traitant, prendre un si grand soin de rester strictement dans ce que la parole de Dieu nous enseigne, et il est si facile et si dangereux de nous laisser aller aux spéculations de notre esprit, que j’ai longtemps hésité avant de vous répondre.
Avoir des idées précises et justes, selon l’Écriture, sur l’humanité de Christ, n’est pas moins nécessaire que d’être bien fondé sur la question de sa divinité éternelle. Du reste, l’une ne va pas sans l’autre, car il s’agit d’une seule et même Personne. Sans les confondre, nous ne pouvons les concevoir séparées, bien que nous puissions considérer à part ce qui appartient à l’une et à l’autre. Fils de David selon la chair et Dieu sur toutes choses béni éternellement ; Dieu manifesté en chair ; la Parole éternelle devenue chair ; le Fils de Dieu envoyé pour naître de femme ici-bas : telle nous est présentée la Personne de Jésus. Tout en contemplant la filiation éternelle, la préexistence avant les temps de Celui qui est le Créateur de toutes choses et qui les soutient par la parole de sa puissance, nous le voyons comme l’humble Jésus de Nazareth passant de lieu en lieu faisant le bien, comme l’homme de douleurs qui, en sympathie profonde, est entré dans nos misères et nos langueurs, et nous le connaissons comme l’homme glorifié maintenant dans le ciel, à la droite de Dieu, après avoir accompli la rédemption. Si, en établissant les preuves de sa divinité éternelle, nous l’avons vue briller même quand il était ici-bas «en forme d’esclave, fait à la ressemblance des hommes», nous ne saurions oublier en parlant de Lui comme homme, qu’il est toujours «le Fils unique qui est dans le sein du Père». Comme quelqu’un l’a dit : «Christ pouvait dire : J’ai soif ; mon âme est troublée ; elle est fondue comme de la cire au dedans de mes entrailles ; mais il pouvait dire aussi en parlant de Lui : «Le Fils de l’homme qui est dans le ciel», et «avant qu’Abraham fût, je suis» ». Et autre part : «Christ est Dieu, Christ est homme, mais c’est Christ qui est l’un et l’autre».
La Personne de Christ, en qui se trouvent unies d’une manière ineffable la Divinité en toute sa gloire et l’humanité, une humanité semblable à la nôtre, mais parfaite et pure, est comme un terrain sacré duquel on ne peut approcher que les pieds déchaussés et en sainte adoration. C’est ainsi qu’autrefois Moïse se tenait devant le buisson en feu dans lequel se trouvait Jéhovah lui-même, descendu pour délivrer son peuple. Tel apparaissait Jésus à l’âme de son disciple bien-aimé, quand celui-ci disait : «Et la Parole devint chair, et habita au milieu de nous, et nous vîmes sa gloire, comme d’un Fils unique de la part du Père». Les froides spéculations et les vains raisonnements n’ont rien à faire ici : ils ne peuvent qu’égarer.
Mais où apprendrons-nous à connaître dans sa réalité Jésus homme ? Où, sinon dans ces Écritures qui nous ont révélé sa gloire divine. Comment peuvent-ils prétendre avoir de Lui une connaissance vraie, certaine et complète, ceux qui mettent en doute l’entière crédibilité des évangiles ? Ils disent que ce sont à peu près les seuls documents que nous ayons pour nous faire connaître Christ, puis ils nous les font voir comme des récits plus ou moins légendaires, plus ou moins entachés d’erreurs inhérentes à la faiblesse humaine de ceux qui ont écrit. Quel Christ peuvent-ils nous présenter ? Un Christ selon leurs conceptions et leur raison, fait en quelque sorte à l’image de l’homme pécheur, au lieu du vrai Christ qui nous apparaît dans les pages inspirées. C’est en effet en acceptant les évangiles comme réellement donnés de Dieu dans toutes leurs parties, que nous découvrirons en eux l’image vraie et vivante de l’homme Christ Jésus, ainsi que le nomme Paul, réunissant dans ces titres tout ce qu’il est dans sa Personne. Dieu, en nous donnant son Fils, aurait-il pu nous le faire connaître par des récits mélangés d’erreurs ? C’est impossible.
Sans nous arrêter aux diverses opinions émises par l’esprit humain sur la Personne de Christ, examinons donc ce que nous disent de Lui «ceux qui, dès le commencement, ont été les témoins oculaires et les ministres de la parole», ainsi que ceux à qui ces choses furent transmises et qui les ont rapportées étant guidés et gardés d’erreur par l’Esprit Saint. Mais auparavant, je désire, mon cher ami, appeler votre attention sur deux passages de l’épître aux Hébreux qui ont trait à l’incarnation du Fils de Dieu.
Le premier de ces passages nous dit, dès l’abord, ce qui caractérise son humanité parfaite, ce qui est le propre de l’homme selon la pensée de Dieu. Il se trouve au chap. 10, où l’écrivain inspiré cite le Ps. 40 : «C’est pourquoi, en entrant dans le monde, il dit : Tu n’as pas voulu de sacrifice, ni d’offrande, mais tu n’as formé un corps. Tu n’as pas pris plaisir aux holocaustes, ni aux sacrifices pour le péché ; alors j’ai dit : Voici, je viens, il est écrit de moi dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté». Qui parle ainsi ? C’est Christ, Celui qui, au commencement de cette épître, nous est présenté comme le Fils en qui Dieu a parlé, le resplendissement de sa gloire et l’empreinte de sa substance, Celui par qui les mondes furent créés, et qui soutient toutes choses par la parole de sa puissance. C’est le Fils de son amour (Col. 1), le Fils unique qui est dans le sein du Père et dont jamais le sein du Père n’a été privé, l’Objet éternel de ses délices. Et cette Personne glorieuse, nous la voyons se présenter pour accomplir les desseins éternels de Dieu écrits «dans le rouleau» ou «en tête du livre». Le Fils de Dieu vient prendre volontairement la place d’humiliation et de dépendance comme homme — s’anéantissant ainsi Lui-même — pour faire la volonté de Dieu. En vue de cela, Dieu Lui a formé un corps. Christ a revêtu une humanité complète, corps et âme, comme l’implique le texte hébreu du Ps. 40 : «Tu m’as creusé des oreilles», rendu ici par : «Tu m’as formé un corps». Dans ce corps, il venait pour être obéissant jusqu’à la mort, la mort même de la croix. Tout ce que renfermait la volonté de Dieu, quelle qu’elle fût, il venait l’accomplir. Homme parfait sous tous les rapports, il rendait une obéissance parfaite en toutes choses et dans toute leur étendue. Il devenait homme pour obéir à Dieu et le glorifier, pour être capable de prendre part à nos infirmités, pour souffrir et mourir pour nous, pour être le Modèle accompli de ce qu’est vraiment l’homme. «Quoiqu’il fût Fils, il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes» (Hébr. 5:8). Remarquez l’expression «quoiqu’il fût Fils». L’idée ici est celle de sa relation éternelle avec le Père, non celle d’une subordination éternelle ; c’est une relation dans l’amour, relation où il se trouve comme l’Objet éternel des délices du Père ; mais devenu volontairement un homme selon les conseils de Dieu, il entre dans cette place de subordination qui convient à l’homme et la garde jusqu’au bout. Il apprend ainsi l’obéissance, chose nouvelle pour Lui. Il prie, il se soumet en toutes choses, il souffre et meurt, mais pour ressusciter, être couronné de gloire et d’honneur, puis régner, vaincre ses ennemis, assujettir toutes choses sous ses pieds, et alors remettre le royaume à Dieu le Père, et, comme homme, demeurer assujetti à Celui qui Lui a assujetti toutes choses (1 Cor. 15).
Ce passage : «Je viens pour faire ta volonté», et «tu m’as formé un corps», nous montre donc le Fils s’offrant pour faire la volonté de Dieu, devenant un homme pour cela, et prenant ainsi la vraie position, le vrai caractère de l’homme, qui est l’obéissance. «Il fallait être Dieu pour entreprendre d’accomplir tout ce que Dieu pouvait vouloir», a dit quelqu’un ; mais pour le réaliser ici-bas, il fallait être un homme, et, comme tel, la soumission de Christ est volontaire, absolue et complète. «Je viens pour faire ta volonté», dit-il ; il abdique donc entièrement la sienne pour accomplir celle de Dieu. C’est ce que nous voyons dans tout le cours de sa vie ici-bas, et ce qui ressort particulièrement dans l’évangile de Jean qui cependant insiste si fort sur sa divinité.
Le second passage dont je parlais est celui-ci : «Puis donc que les enfants ont eu part au sang et à la chair, lui (Christ) aussi semblablement y a participé» (Hébr. 2:14), c’est-à-dire qu’il a été véritablement et réellement un homme au milieu des hommes qu’il venait délivrer. C’est ce qu’impliquent les mots «le sang et la chair», la chair, non dans le sens de nature corrompue. Il a voulu se trouver, et il le fallait, dans la même condition humaine, afin d’entrer dans tous les besoins, les misères et les infirmités de l’homme, et il s’est soumis à toutes les circonstances dans lesquelles celui-ci se trouvait. «Il a pris une vraie nature humaine», a dit quelqu’un, «pour souffrir et mourir et accomplir le dessein de Dieu. Dans cette nature, il a souffert, étant tenté, sans succomber jamais, mais souffrant dans la tentation». Il a pris «le sang et la chair», afin, je le répète, de souffrir et mourir pour nous, et, par sa mort, d’annuler la puissance du diable. Remarquez bien que, tandis que «les enfants» — ceux qu’il délivre — ont eu part au sang et à la chair, comme étant par nature leur commun lot, Lui y a participé. «Il a pris cette nature humaine comme une chose en dehors de Lui, mais à laquelle il voulait participer pour accomplir le dessein de Dieu à l’égard de ceux qu’il appelle ses frères, les sanctifiés». Il est donc entré dans cette condition sans que ce fût pour Lui une nécessité de nature : «il y a participé» (*), il y a pris part.
(*) Les mots rendus par «ont eu part» et «y a participé», sont différents dans l’original. Dans le premier cas, c’est kekoinwnhke ; dans le second, metesce.
Aussi est-ce «à part le péché» qu’il a été tenté comme nous en toutes choses (Hébr. 4:15). Dans cette nature humaine qu’il a prise, «il n’a pas connu le péché» (2 Cor. 5:21), bien que s’étant assujetti à la faiblesse, aux infirmités et aux souffrances qui, pour l’homme, sont, les suites du péché. Sa nature était celle d’une humanité réelle à tous égards, semblable à la nôtre, sauf le péché. Ainsi que quelqu’un l’a dit à propos de ce même passage : «Lui (Christ) et les sanctifiés (les enfants que Dieu lui a donnés) se trouvent tous ensemble devant Dieu, comme hommes, dans la même nature humaine et la même position. Quand je dis la même nature, je ne veux pas dire que ce soit dans le même état de péché, mais dans la même vérité de la position humaine devant Dieu».
Cela me conduit à vous faire observer qu’il n’est pas conforme à l’Écriture de dire que, dans son incarnation, Christ s’est uni à notre humanité, ni qu’il a uni notre humanité à Lui. Il y a pris part en devenant un homme, mais ne s’est pas uni à elle, ni ne l’a unie à soi, car, dans les deux cas, il se serait uni au péché. Il reste à part de l’humanité pécheresse. Quand, dans l’épître aux Hébreux, il se présente avec les enfants que Dieu Lui a donnés, ceux-ci ne sont pas tous les hommes, mais les «sanctifiés», les mis à part, en contraste avec les autres hommes. Lui est Celui qui sanctifie et s’associe les sanctifiés. Mais ce n’est qu’après ses souffrances, sa mort et sa résurrection, son entrée dans une vie impérissable, qu’il peut avoir ces enfants, les unir à Lui, et se présenter avec eux devant Dieu : le contexte le prouve (comp. avec Jean 20:17).
Jean 12:24, nous donne l’enseignement scripturaire, : «À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit». Sans entrer dans l’examen complet de ce beau passage, de la circonstance qui a conduit Jésus à prononcer ces paroles et celles qui suivent, nous pouvons voir que le grain de pur froment, Christ, le second Homme venu du ciel au milieu des hommes pécheurs, demeurait seul, Lui qui était sans péché. Pour pouvoir associer d’autres à Lui-même et porter ainsi «beaucoup de fruit», il Lui fallait mourir et accomplir la rédemption de ceux qu’il pourrait alors unir à Lui, les ayant purifiés du péché. Christ, il est vrai, est le chef d’une nouvelle race, mais elle n’est pas l’humanité restaurée ; elle se compose de ceux qui, tirés de la masse coupable des enfants d’Adam, sont lavés de leurs péchés et ont reçu de Christ une vie nouvelle et l’Esprit Saint qui les unit à Lui, mais cela n’a lieu qu’après la glorification du Seigneur. Il est dit que «nous sommes (nous les croyants) membres de son corps, de sa chair et de ses os» (Éph. 5:30), et non pas que Lui est de notre chair et de nos os. Je dis «nous les croyants», car personne ne peut supposer que des incrédules, des inconvertis, puissent être membres de Christ. L’enseignement de l’Écriture est donc qu’en devenant un homme, Christ ne s’est pas uni à l’humanité pécheresse, ni n’a uni à Lui cette humanité ; mais qu’ayant accompli pleinement la rédemption, il unit à Lui ceux qui croient.
Nous avons vu comment le Fils, répondant aux desseins éternels de Dieu, se présente et vient participer au sang et à la chair. «Tu m’as formé un corps» indique, me semble-t-il, une naissance spéciale dans ce monde. Ce n’est pas, comme pour Adam, le corps tiré de la poussière du sol, et l’esprit, souffle de vie, animant ce corps. Le second homme ne vint pas ainsi. Il devait être «la semence de la femme» et, par conséquent, être «né de femme», naître dans ce monde comme nous y naissons tous, mais avec un corps formé directement par la puissance divine dans le sein de la vierge Marie. Ainsi, d’une part, Christ se trouvait dans la condition et passait par les circonstances de l’homme pécheur, mais, d’un autre côté, aucune trace, aucune souillure de péché ne s’attachait à Lui. C’est à cette humanité sainte et pure que le Fils de Dieu s’est uni, telle est la Personne de l’Homme Christ Jésus, tel est le mystère insondable de l’incarnation de la Parole éternelle.
Nous sommes ainsi amenés, mon cher ami, à considérer les récits des évangiles touchant l’entrée du Fils de Dieu dans le monde. Des quatre évangiles, ceux de Matthieu et de Luc seuls nous parlent de la naissance de Christ. Marc commence son évangile en présentant le Fils de Dieu au début de son ministère et nous montre essentiellement en Lui le prophète et le parfait serviteur. Jean, après avoir dit ce qu’il était de toute éternité, une Personne divine distincte : «Au commencement était la Parole ; et la Parole était auprès de Dieu ; et la Parole était Dieu», nous fait connaître ensuite ce qu’il devint : «La Parole devint chair». Il devint ce qu’il n’était pas, ce qu’il n’était d’aucune manière. Ainsi se trouvent renversées les opinions, fruits des spéculations de l’esprit humain, et qui prétendent qu’en Lui, avant l’incarnation, il y avait une sorte d’humanité, non corporelle sans doute, mais l’essence, la nature, le caractère moral de l’humanité, et, comme le dit un de leurs docteurs, que la plénitude de la nature divino-humaine se trouvait en Lui avant l’incarnation. L’Écriture ne nous enseigne rien de semblable. Elle nous dit simplement ce qu’il était, c’est-à-dire Dieu, puis ce qu’il devint, c’est-à-dire chair. «La Parole devint chair», c’est en quelques mots le fait mystérieux de son incarnation, sans autres détails. «Chair» désigne ici l’humanité qu’a prise le Fils de Dieu, humanité complète. Le but de Jean, dans son évangile, est de faire ressortir en Christ la Personne divine descendue du ciel et marchant ici-bas, — bien que toujours dans le ciel quant à sa nature divine : «le fils de l’homme qui est dans le ciel». «C’est Dieu lui-même comme Dieu, qui, dans un homme, se montre aux hommes». Voilà pourquoi, après avoir dit : «Et la Parole devint chair», l’évangéliste relève aussitôt l’excellence de Celui qui vint habiter au milieu des hommes «plein de grâce et de vérité», et ajoute : «Et nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un Fils unique de la part du Père». Puis, c’est ce Fils unique, toujours dans le sein du Père, qui nous fait connaître Dieu, qui, homme ici-bas, Le révèle dans sa Personne, qui Le manifeste dans ses deux caractères essentiels, «amour» et «lumière» : «la grâce et la vérité vinrent par Jésus-Christ». Je citerai ici quelques paroles d’un autre : «En comparant les vers. 14 et 18 (du 1° chapitre de Jean), on voit que ce titre de Fils unique auprès du Père n’est pas seulement le caractère de sa gloire ici-bas, mais exprime ce qu’il était (ce qu’il a été, ce qu’il est toujours) dans le sein du Père lui-même, dans la divinité». Ainsi ressort d’une manière frappante, dans l’évangile de Jean, l’anéantissement, l’abaissement de Celui qui, «étant en forme de Dieu», a pris «la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes».
Les quatre évangiles présentent, comme nous le savons, le récit de la vie du Christ comme homme ici-bas, avec des détails propres à chacun, suivant le caractère sous lequel l’Esprit Saint leur fait envisager le Sauveur. Mais les trois premiers retracent cette vie en considérant essentiellement Jésus historiquement comme homme au milieu des hommes, sans dire d’une manière formelle ce qu’il est dans sa gloire éternelle et divine comme Fils de Dieu. Ainsi que nous venons de le voir, c’est Jean qui le présente ainsi. Cependant la divinité de Christ apparaît clairement dans les trois évangiles synoptiques, comme je vous l’ai fait remarquer dans ma lettre précédente, et elle ne s’y montre pas seulement dans ses caractères moraux, comme plusieurs le prétendent, mais aussi dans ses attributs divins de toute-puissance et de toute-science, manifestant ainsi l’union dans sa Personne de la divinité et de l’humanité.
J’ai déjà dit que Marc, présentant Jésus dans son caractère de prophète et de serviteur, ne dit rien de sa naissance, mais le prend au moment où il commence son service. Il a soin cependant de nous avertir que ce qu’il va écrire, c’est l’Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu. Dans son ministère d’amour, au milieu de l’humiliation et du renoncement, en butte à la contradiction des pécheurs, souffrant et mourant, il est le Fils de Dieu, car l’Esprit Saint sauvegarde toujours la grande et fondamentale vérité que l’Homme Christ Jésus est Dieu manifesté en chair.
Matthieu, dans son évangile, retrace la présentation de Jésus comme Messie au peuple juif, et son rejet par celui-ci. Les Juifs savaient que le Christ devait être descendant d’Abraham et fils de David, de ceux auxquels les promesses avaient été faites. Matthieu commence donc par établir la filiation de Joseph par David jusqu’à Abraham. Marie étant femme de Joseph, celui-ci avait pour héritier légal le fils de Marie. Ensuite vient «la naissance de Jésus-Christ», et la manière dont elle arriva, en dehors des voies naturelles. Il n’en pouvait pas être autrement, car Celui qui allait naître, ne devait pas être seulement un roi puissant comme les Juifs l’attendaient, mais un Sauveur, le Sauveur d’Israël sans doute, mais aussi le Sauveur de l’homme pour le délivrer de ses péchés. Il fallait donc que, tout en étant véritablement un homme, il fût en dehors de la condition de péché où se trouve l’humanité, et qu’en même temps il fût plus qu’un homme, plus qu’une créature. C’est ce qui ressort de la brève narration de Matthieu.
Nous y lisons simplement que «Marie se trouva enceinte par l’Esprit Saint», et ensuite la déclaration, faite par l’ange à Joseph, de cette conception miraculeuse : «Ce qui a été conçu en elle est de l’Esprit Saint». C’était l’action directe et puissante du Saint Esprit, agent de toute création, qui formait dans le sein de la vierge Marie l’enfant qui devait naître, selon cette parole : «Tu m’as formé un corps». Et cela impliquait que cette «semence de la femme», annoncée aussitôt après la chute, était exempte du péché et de la souillure que celle-ci avait introduits et auxquels ont part les enfants nés selon la chair. Cette conséquence n’est pas indiquée par Matthieu ; nous la trouvons en Luc. Mais la suite des paroles de l’ange à Joseph fait voir que le fils de Marie serait plus qu’un enfant né miraculeusement à l’abri du péché, et qu’un mystère plus grand se rattachait à sa personne. Le nom que l’enfant devait porter, et la raison que l’ange en donne, nous apprennent que c’était Jéhovah lui-même qui, sous cette humble apparence, était descendu pour visiter son peuple (Luc 1:78 ; comp. Exode 3) et le sauver, non d’un esclavage temporel, comme dans le cas de celui d’Égypte, mais de ses péchés. Qui le pouvait, sinon Dieu ? J’insiste sur ce point, mon cher ami, parce qu’il nous montre dès l’abord dans cet enfant, Dieu, le Fils incarné, la Parole éternelle devenue chair. C’est ce qu’affirme l’évangile, en citant Ésaïe. Cet enfant est «Emmanuel, Dieu avec nous». Ce n’est pas seulement un homme innocent et saint, quoique cela soit vrai, mais, par un mystère insondable, c’est Dieu uni à l’homme.
Luc entre dans plus de détails sur la conception et la naissance de Celui qui, Fils éternel de Dieu, venait être ici-bas Fils de l’homme. C’est surtout sous ce caractère de Fils de l’homme, dans lequel Jésus manifeste la grâce au milieu des hommes, que le troisième évangile le présente. L’ange du Seigneur est envoyé à Marie pour lui faire connaître que, par une faveur spéciale de Dieu, elle mettra au monde Celui que les prophètes avaient annoncé comme devant être fils de David et Roi sur Israël. Le nom, Jésus, qu’elle doit donner à, son enfant, est significatif, et, comme nous l’avons vu, découvre qu’il sera plus qu’un simple homme : C’est Jéhovah le Sauveur, titre que prend l’Éternel dans Ésaïe (chap. 41:14 ; 43:3, etc.). L’ange n’ajoute pas ce qu’il dit à Joseph, c’est-à-dire la raison de ce nom glorieux, mais il continue en déroulant devant Marie la grandeur du saint enfant qui naîtrait d’elle. Son titre sera Fils du Très-haut, son droit le trône de David, son règne une domination qui ne passera point. Tout cela est en parfaite harmonie avec ce que déclaraient d’avance les Écritures de l’Ancien Testament. Comme Marie, sans mettre en doute la parole de l’ange, mais dans l’ignorance, demande comment la chose pourra se réaliser, puisqu’elle n’est pas mariée, l’ange lui dévoile le secret de la conception et de la naissance de l’enfant qu’elle mettra au monde. C’est par l’action créatrice de l’Esprit Saint, par la toute-puissance du Très-haut qu’il sera formé dans son sein, ce qui, je le répète, rappelle ces paroles : «Tu m’as formé un corps». Ce qui naîtrait ainsi de Marie serait par là même exempt du péché qui entache tout enfant d’Adam, et c’est ce que déclare l’ange par ces paroles : «La sainte chose qui naîtra de toi». Il n’était pas simplement innocent comme l’était Adam sortant des mains du Créateur, il était saint absolument, sans souillure. Il n’a donc pas eu à s’élever de l’innocence à la sainteté, comme on l’a dit ; par sa conception et dès sa naissance, il était saint. Bien que participant à la chair et au sang, bien que vrai homme, avec un corps humain et une âme humaine, il était sans péché. Formé ainsi par la puissance divine qui opère sa conception, il sera appelé, dit l’ange : «Fils de Dieu».
Remarquons, mon cher ami, que ce nom qui Lui est donné par l’ange, n’a aucunement rapport à sa relation éternelle de Fils avec le Père. Le titre de Fils de Dieu est donné ici à Jésus comme né dans le monde par l’opération de la puissance de Dieu. Mais l’un suppose l’autre. En même temps qu’il est Fils de Dieu né dans le temps, selon la parole du Psaume 2 : «Tu es mon Fils, je t’ai aujourd’hui engendré», il est aussi le Fils unique dans le sein du Père, de toute éternité. Il l’est dès sa naissance ; à aucun instant de son apparition sur la terre, nous ne pouvons séparer sa divinité de son humanité (*). Que l’homme raisonne tant qu’il voudra ; c’est le mystère insondable de la piété : dans l’enfant qui naît de Marie et qui est couché dans la crèche, notre âme, avec les anges, adore le Sauveur qui est le Christ, le Seigneur, Jéhovah lui-même. Que signifieraient les paroles que, remplie de l’Esprit Saint, Élisabeth prononça à l’ouïe de la salutation de Marie entrant dans sa maison ? La mère de Jean le Baptiseur s’écrie dans un saint transport : «Tu es bénie entre les femmes, et béni est le fruit de ton ventre ! Et d’où me vient ceci que la mère de mon Seigneur vienne vers moi ?» (Luc 1:42, 43). L’Esprit Saint, par la bouche d’Élisabeth, rend témoignage à la dignité de Celui que Marie porte dans son sein. Nous n’avons pas à chercher à expliquer le secret de Dieu : «Personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père» ; l’incarnation est et restera le mystère insondable pour tout autre que Dieu ; mais dès sa conception, Jésus a été la Parole devenue chair. Sinon, à quel moment le serait-elle devenue ?
(*) Il faut nous souvenir que ce qui est dit de Christ dans le Nouveau Testament, est dit de Lui lorsqu’il a été manifesté en chair, de sa Personne complète, de Lui, homme sur la terre ; non pas que nous ne séparions point la divinité de l’humanité en pensée, mais en les séparant même, nous avons à penser à la seule et unique Personne à l’égard de laquelle nous faisons ainsi. Nous disons : Christ est Dieu, Christ est homme, mais c’est Christ qui est l’un et l’autre (J. N. D. Études sur la Parole de Dieu).
Mais poursuivons encore un peu le récit de Luc. L’enfant promis à Marie, conçu du Saint-Esprit principe de sa vie d’homme ici-bas — vient au monde au temps réglé pour la nature humaine. Il naît comme un simple fils d’homme. «Il était réellement et vraiment homme, né comme nous d’une femme, non pas quant à la source, ni quant à la manière de sa conception, mais quant à la réalité de son existence comme tel. C’était une personne vraiment et réellement humaine, redisons-le encore» (*). Le Fils de Dieu paraît donc ainsi dans ce monde, dans le plus profond abaissement, non seulement à cause des circonstances qui entourent sa naissance — «riche, il a vécu dans la pauvreté pour nous» — mais par le fait même qu’il vient et paraît comme un enfant, «participant ainsi à toute la faiblesse et à toutes les circonstances de la vie humaine ainsi manifestée». Il prend la nature humaine dans ce qu’elle présente de plus faible, de plus impuissant, un petit enfant couché dans une crèche. Mais ce petit enfant est le Fils de Dieu, le Fils éternel qui a bien voulu s’assujettir à cette position de faiblesse et de dépendance entières. Oui, vraiment, Celui qui était «en forme de Dieu, s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes ; et étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même» (Phil. 2:6-8). Il devient ce qu’il n’était pas, sans jamais cesser d’être ce qu’il était. Et c’est pour célébrer ce fait merveilleux, non moins que les résultats infinis et éternels qui en découlent, que la multitude de l’armée des cieux fait entendre sa voix : «Gloire à Dieu dans les lieux très hauts !»
(*) J. N. D. Études sur la Parole de Dieu.
Jésus a-t-il pu rester ce qu’il était sans en avoir la conscience ? Serait-ce là ce que signifie : «il s’est anéanti» ? Sans doute, il a été entièrement un fils d’homme ; il a voulu, en s’abaissant pour faire la volonté de Dieu, être d’abord un enfant soumis au développement progressif que nous voyons chez les enfants au point de vue physique, intellectuel et moral. Puis il devint jeune homme, et «avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes». Il atteignit l’état d’homme fait. Mais durant tout le temps de ce développement et durant sa vie entière, Jésus était «le Fils unique qui est dans le sein du Père» (Jean 1:18), «le fils de l’homme qui est dans le ciel» (Jean 3:13). En grandissant, à mesure que les facultés d’homme se formaient et se développaient en Lui, n’avait-il pas, en rapport avec chaque phase parfaite de son existence, la conscience de ce qu’il était ? Ne jouissait-il pas, comme un saint enfant le pouvait, de sa relation avec son Père et de sa communion avec Lui, résultant de ce qu’il était toujours le Fils ? Ce sont choses ineffables, mais pouvait-il en être autrement ?
Deux ou trois passages relatifs à la période de la vie de Jésus qui précéda son entrée dans son ministère public, me semblent très significatifs à cet égard. Dieu a jeté par eux un rayon de lumière dans cette obscurité dont son Fils bien-aimé, homme dans ce monde, a voulu s’envelopper avant de paraître en Israël comme le Messie. Nous voyons ainsi que, même dans cette partie de sa vie d’abaissement et d’humiliation volontaires, Jésus, toujours le Bien-aimé du Père, jouissait de sa relation divine avec Lui.
Le premier passage est celui-ci : «L’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse ; et la faveur de Dieu était sur lui» (Luc 2:40). Tel il était dans l’espace de temps qui s’étend de sa naissance jusqu’au moment où il a douze ans. L’Écriture, dans son admirable sobriété, se tait sur les circonstances de la vie de ce divin enfant. L’évangile apocryphe de l’enfance a voulu, par ses légendes absurdes, combler ce que l’on regardait comme une lacune. L’Esprit Saint met de côté tout ce que l’imagination de l’homme a créé. Il ne veut pas satisfaire une vaine curiosité, mais, en quelques mots, nous décrit le développement physique et intellectuel de Jésus, comme le serait celui de tout enfant : «Il croissait et se fortifiait», en y ajoutant ces deux traits distinctifs et qui le mettent à part : «Étant rempli de sagesse», et objet spécial de «la faveur de Dieu». Elle était sur Lui, d’une manière non ostensible pour les hommes, mais tout aussi réelle que lorsque du ciel la voix divine déclara : «Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai trouvé mon plaisir».
Comparez avec les paroles relatives à l’enfance de Jésus, celles qui concernent Jean le Baptiseur, et vous verrez quelle différence. «L’enfant croissait et se fortifiait en esprit», est-il dit de Jean, et c’est tout. Son corps et les facultés de son âme se développent comme chez les autres enfants. Il est dit davantage de Jésus. Le premier trait qui distingue ce saint enfant, et ce qui n’est pas dit de Jean, c’est qu’il est rempli de sagesse, et cela, remarquez-le, avant d’avoir été oint de l’Esprit Saint. C’était, si je puis dire ainsi, une chose inhérente à sa nature, à cette nature humaine qu’il avait prise, formée corps et âme par l’Esprit Saint, et dans laquelle à tout âge et à chaque moment de son existence ici-bas, il fut toujours parfait. La sagesse implique la connaissance de Dieu, des hommes et de soi-même, et comprend, dans son application pratique à la vie, la conduite à tenir envers l’un et envers les autres, ainsi que la connaissance de la relation qui subsiste entre Dieu, les hommes et nous. Elle discerne en tout ce qu’il convient de faire et comment agir. Cette sagesse caractérisait Jésus enfant. Il en était «rempli», et la manifestait dans toutes les circonstances de sa vie d’enfant. Il n’y avait aucune lacune, rien qui troublât l’harmonie entre toutes les parties de son être. La lumière d’en haut éclairait sans intermittence cette âme d’enfant ; l’amour de son Père la remplissait et était sa joie ; la communion dans laquelle il avait été avec Lui de toute éternité se continuait dans ce mode nouveau d’existence qu’il avait daigné prendre. Comment aurait-il pu cesser d’avoir conscience qu’il était le Fils, bien que maintenant, s’étant anéanti lui-même, il fût un enfant sur la terre ? Ce qui faisait sa perfection sur la terre, n’est-ce pas parce qu’il était toujours la Sagesse éternelle, même dans cette humble condition qu’il avait revêtue, Lui dont les délices étaient dans les fils des hommes ? (Prov. 8). L’aurait-il oublié ?
«Rempli de sagesse», Jésus enfant se développait ainsi à l’abri du mal, le connaissant sans doute par contraste en le voyant autour de Lui, mais l’écartant par la sainteté inhérente à sa nature ; Lui, «la chose sainte», le malin ne le touchait pas. Né dans le monde, il se développait avec la conscience constante de ce qui convenait ou non à la volonté de son Père, volonté qu’il était venu accomplir et qui fut toujours sa nourriture. Ce qu’il était, c’est-à-dire «à part le péché», se manifestait ainsi dans sa vie d’enfant, conséquence pratique du fait qu’il était «rempli de sagesse», de cette sagesse qui vient d’en haut, «pure, paisible, modérée, pleine de bons fruits» (Jacq. 3:17).
Aussi «la faveur de Dieu était sur lui». Tout en Jésus et dans sa vie était pleinement agréable à Dieu, à son Père, dans la communion duquel il poursuivait son humble existence d’enfant ignoré du monde. Il était ce gâteau de fleur de farine pétri à l’huile, sans levain, avec de l’encens, offert sur l’autel, et dont la bonne odeur montait vers l’Éternel à qui elle était agréable. Nous pouvons donc conclure, me semble-t-il, mon cher ami, que dans cette condition, sans en sortir, comme cela convenait à son âge, se développant et croissant comme tout enfant se développe et croît, Jésus avait conscience de sa relation divine, seule source de cette sagesse dont il était rempli, seule raison de la faveur de Dieu reposant sur Lui. Il était «le bon plaisir de Dieu dans las hommes».
Le passage de Luc 2:41-52, qui nous montre Jésus à l’âge de douze ans, à Jérusalem, parmi les docteurs, vient ajouter un puissant témoignage à ce que nous venons de voir. Vous connaissez le récit. Jésus enfant est resté à Jérusalem, laissant partir Joseph et Marie. Il semble que c’était manquer à la sagesse dont l’évangéliste dit qu’il était rempli et qui Lui faisait un devoir de rester avec ses parents. Au point de vue humain cette remarque serait juste ; mais au contraire la sagesse divine qui réglait les pas de Jésus, se montre dans ce fait. Une volonté plus haute que ce qui aurait été le devoir pour un autre, régissait les voies de Jésus, et il en avait conscience. Il avait dit en entrant dans le monde : «Je viens, ô Dieu, pour faire ta volonté», et cette volonté dominait tout. C’est ainsi que, dans une autre circonstance de sa vie d’homme, nous le voyons mettre de côté les liens qui l’unissaient à sa famille terrestre (voyez Matth. 12:46-50).
On demande : Avait-il constamment conscience de sa relation éternelle avec son Père ? Le récit dont nous nous occupons le fait voir, me semble-t-il, d’une manière évidente. Jésus est resté à Jérusalem, parce que, selon un principe qui caractérise sa vie entière, il ne fait rien que ce que le Père lui commande. Ses parents le trouvent dans la maison terrestre de ce Père (Jean 2:16), dans le temple, sa demeure à Lui, comme Jéhovah. De quoi s’occupe-t-il ? De cette loi, parole de Dieu, qui «est au dedans de ses entrailles», en laquelle il met son plaisir. Que fait-il au milieu des docteurs qui enseignaient là leurs disciples ? Il les écoute et les interroge. Assurément il reste dans la position que Lui assigne son âge. Rien ne trahit en Lui un désir de s’ériger en docteur : il était là ce qu’un enfant doit être ; il agissait comme il convenait à un enfant «rempli de sagesse», et cette sagesse se manifestait dans l’intelligence qu’il montrait et les réponses qu’il faisait. Ce ne sont pas les docteurs qui l’instruisent, car les Juifs, plus tard, en voyant la connaissance qu’il avait des Écritures, s’écrient, étonnés comme ceux qui l’entouraient à l’âge de douze ans : «Comment celui-ci connaît-il les lettres, vu qu’il ne les a point apprises ?» (Jean 7:15). Nul docteur humain ne l’enseigna. Il n’était point allé s’asseoir aux pieds de Gamaliel ou de tel autre rabbin célèbre : c’est dans sa communion avec son Père qu’il puisait cette intelligence des saintes lettres qu’il montre durant toute sa vie. Elles étaient d’ailleurs pour Lui l’autorité suprême.
Mais dans notre récit, il y a plus. Nous y voyons Jésus, à l’âge de douze ans, avoir pleinement conscience de sa relation avec son Père. Il est resté à Jérusalem pour y faire une première apparition au milieu des hommes, et rendre témoignage de ce qu’il est par ces paroles : «Ne savez-vous pas qu’il me faut être occupé aux affaires de mon Père ?» Marie et Joseph semblent avoir perdu de vue ce que l’ange leur avait dit avant sa naissance, ce que les bergers de Bethléhem leur avaient rapporté, et ce que les mages de l’Orient avaient exprimé à l’égard du petit enfant. Peut-être leur foi n’avait-elle pas tout à fait saisi ces témoignages rendus à sa grandeur. Mais pour Lui, ainsi que quelqu’un l’a dit, «quand le moment est arrivé de s’entretenir avec les hommes, il n’en a pas moins la conscience de sa relation avec son Père. Son humanité et sa relation avec le Père se trouvent réunis dans ce récit. Dans le développement de son humanité se manifeste le Fils de Dieu sur la terre» (*).
(*) J. N. D. Études sur la Parole de Dieu.
Il savait qu’il l’était, mais en même temps nous le voyons garder sa place d’homme et d’enfant. Laissons parler un auteur déjà cité. «S’il était Fils de Dieu et en avait toute la conscience, il était homme obéissant, essentiellement et toujours parfait et sans péché. Il était enfant obéissant, quel que fût d’ailleurs le sentiment d’une relation qui n’avait en elle-même aucun rapport avec celle de la soumission à des parents humains ; la conscience d’une de ces relations ne nuisait pas à sa perfection dans l’autre. Le fait que Jésus était Fils de Dieu assurait sa perfection comme homme et enfant sur la terre. Mais il y a une autre chose à remarquer ici : c’est que cette perfection ne venait pas de ce qu’il était oint du Saint-Esprit. Sans doute qu’il a accompli son ministère public dans la puissance et selon la perfection de cette onction ; mais sa relation avec son Père tenait à sa Personne même. Le lien subsistait entre Lui et son Père ; il en avait toute la conscience, quel que fût le moyen ou la forme de sa manifestation publique et de la puissance de son ministère. Il n’était que ce qu’un enfant doit être, mais c’était le Fils de Dieu qui était tel. Sa relation avec son Père Lui était aussi connue que son obéissance à Joseph et à sa mère était belle, convenable et parfaite» (*).
(*) J. N. D. Études sur la Parole de Dieu.
Après ce court moment où sa gloire a brillé, après cet épisode de sa vie d’enfant que Dieu son Père a voulu nous rappeler pour nous montrer que, dans son abaissement volontaire, Jésus, le Fils de Dieu, n’a pas cessé de connaître ce qu’il était et d’en jouir, il rentre dans l’obscurité. Là, durant dix-huit ans encore, il reste, obéissant, pour faire la volonté de Dieu, à ceux vis-à-vis desquels il s’était placé dans une position de subordination : «Il vint à Nazareth et leur était soumis». Touchant tableau que nous offre l’anéantissement de Celui qui, Créateur des mondes et les soutenant par la parole de sa puissance, naquit de femme ici-bas, humble enfant, circoncis le huitième jour, sous la loi, grandissant et se développant comme l’un de nous, et marchant dans une obéissance entière envers ceux qui ne comprenaient pas sa grandeur.
Là, à Nazareth, ville méprisée, il continue à se développer comme homme physiquement et moralement : «Et Jésus avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes». La sagesse dont il était rempli comme enfant continuait à se manifester à mesure qu’il croissait, et que d’adolescent, il devenait jeune homme et homme fait, et, toujours parfaite, elle s’appliquait à ces nouveaux stages de sa vie. Elle s’exerçait dans les circonstances diverses de son humble position terrestre, et dans ses relations avec ceux qui l’entouraient. En communion constante avec Dieu, il jouissait de sa faveur ; sage au milieu des hommes, il leur était agréable.
Remarquez que, dans toute cette période de l’existence de Jésus ici-bas, aucune oeuvre de puissance ne nous est rapportée. C’est l’humble vie d’un homme que l’on appellera «le fils du charpentier», mais c’est la vie d’un homme comme il n’y en eut pas d’autre tel que Lui sur la terre, d’un homme parfait, en communion jamais interrompue avec Dieu son Père, d’un homme d’une sainteté que nul mal ne pouvait ternir ni même approcher, d’un homme rempli d’une sagesse divine dès l’enfance. C’est la vie du Fils de Dieu marchant dans l’obscure condition où il a voulu se cacher, jusqu’au jour où Dieu l’appellera à son ministère public.
Oui, il s’est vraiment anéanti, en prenant la forme d’esclave, d’un homme obéissant qui n’a d’autre volonté que celle de Dieu. Sous cette forme, il a voilé sa gloire comme Dieu, mais ne s’en est point départi, sa vie le démontre. Il ne cessait pas d’être le Fils unique dans le sein du Père. Homme ici-bas, manifestant Dieu en amour, en grâce, en vérité, en lumière, il n’usait pas toujours de sa toute-science et de sa toute-puissance. Il n’agissait que selon la volonté de Celui qui l’avait envoyé, mais ces attributs divins Lui appartenaient ; il ne s’en était pas dépouillé, et il les manifestait comme Lui appartenant. Ce n’est pas dans le dépouillement de ces attributs, ce n’est pas en oubliant ce qu’il était pour en reprendre la conscience, ce n’est pas en cela que consiste son anéantissement. C’est dans le fait que l’apôtre indique, savoir qu’il prend la forme d’esclave, couvrant sa gloire divine du voile de sa chair ; c’est dans le fait qu’il devient obéissant parfaitement et jusqu’à la mort, contraste saisissant avec le premier Adam ; c’est dans le fait que Lui qui était en forme de Dieu, devenu homme, s’abaisse jusqu’à l’ignominie de la croix, et, descendant plus bas encore, subit la puissance de la mort. Mais dans cet abaissement profond, dans cet anéantissement, il reste toujours, et il le sait, le Fils unique dans le sein du Père.
Je m’arrêterai ici, mon cher ami. Je continuerai dans une prochaine lettre, si Dieu le permet, un sujet si important et si digne de notre intérêt comme chrétiens.
Mon cher ami,
Dans ma précédente lettre, je me suis arrêté au moment où Jésus est à Nazareth, vivant dans l’obscurité, attendant l’ordre divin pour entrer dans son ministère public au milieu des hommes. Cette nouvelle période de la vie de Christ ici-bas s’ouvre par deux faits de la plus haute importance : le baptême et la tentation. — Mais avant d’examiner l’un et l’autre, je désire vous dire quelques mots sur le but de la venue du Fils de Dieu sur la terre.
Pour bien connaître le caractère de l’humanité de Christ, humanité véritable, semblable à nous en toutes choses, mais parfaite, car il était «à part le péché» — nous ne saurions trop insister sur ce point — il faut le suivre dans les diverses circonstances ou la volonté de Dieu le faisait passer, et par lesquelles il convenait qu’il passât en vue de l’oeuvre qu’il avait à accomplir, afin de répondre au but de sa venue.
Quel était ce but ? Ce n’était pas simplement de présenter aux hommes un modèle parfait de sainteté, un idéal vers lequel ils doivent tendre ; non, le but de la venue du Fils de Dieu sur la terre était d’accomplir, pour la gloire de Dieu, les desseins éternels de sa grâce envers l’homme pécheur, selon les prophéties et les promesses relatives à un Libérateur à venir.
L’homme a péché à l’instigation de Satan. Il s’est ainsi séparé de Dieu. Dès lors son intelligence a été obscurcie, son coeur perverti est devenu ennemi de Dieu, et il est tombé dans l’assujettissement à Satan et à ses passions et ses convoitises. Il a déshonoré Dieu en se ruinant lui-même. Mais, comme je l’ai dit, Dieu avait des desseins éternels de grâce envers l’homme déchu et coupable, et c’est pour les accomplir que Jésus, le second Homme, a paru sur la terre. Abolir le péché, détruire la puissance et les oeuvres de Satan et Satan lui-même, manifester et glorifier Dieu en tout ce qu’il est, vérité, sainteté, justice et amour : voilà le but de la venue de Christ, Fils de Dieu, la Parole éternelle devenue chair.
J’entrerai ici dans quelques détails. Dieu n’avait pas voulu laisser ignorer aux hommes ses desseins. Les patriarches conservaient la connaissance d’un Dieu unique, la foi en Lui et en la parole prononcée dans le jardin d’Éden contre le serpent. Mais, comme vous le savez, les hommes s’écartèrent de plus en plus des vérités qui leur avaient été transmises et tombèrent dans une idolâtrie plus ou moins grossière qui flattait les convoitises du coeur en les tolérant et en les encourageant. Quelques traces seulement des vérités perdues se retrouvent dans les traditions religieuses des nations. Dieu, pour garder la grande vérité de son unité et pour conserver les révélations de ses desseins et de ses voies, révélations qu’il fit écrire par des hommes inspirés de son Esprit, fit choix d’un peuple, Israël, auquel il confia ses oracles et dans le sein duquel devait naître le Libérateur promis. Celui-ci, semence de la femme et qui devait briser la tête du serpent, postérité d’Abraham en laquelle toutes les nations seraient bénies, devait être aussi le descendant royal de David et régner sur Israël. C’était le Messie, le Christ, l’Oint par excellence. Né de femme, Israélite, et ainsi né sous la loi, Jésus, accomplissant les prophéties, est présenté à Israël comme son Messie attendu, comme son Roi qui doit le sauver de ses péchés. Il vient d’abord pour les brebis perdues de la maison d’Israël ; mais rejeté par son peuple, ainsi que les prophètes l’avaient annoncé, il se présente comme Fils de l’homme qui doit souffrir et mourir pour accomplir la rédemption et les desseins plus vastes de la grâce divine. Ce n’est plus pour Israël seul, mais pour tous qu’il est venu, afin de chercher et sauver ce qui était perdu. Israël est rejeté, mais pour un temps seulement ; le moment viendra où les pensées de Dieu à l’égard de son peuple terrestre auront leur réalisation. En attendant, selon des conseils divins cachés dès les siècles en Dieu, mais maintenant révélés, Dieu, par son Esprit, rassemble un peuple céleste racheté par Christ : c’est l’Église.
Le grand but de la venue du Fils de Dieu sur la terre est donc d’abord d’opérer la rédemption, et pour cela de vaincre Satan, d’ôter le péché et d’annuler la mort. En vue de de cette grande oeuvre, il devait être un homme ; il l’a été. Ensuite il est venu pour le salut et la restauration d’Israël ; pour le rétablissement de toutes choses dont Dieu avait parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps (Actes 3:21) ; pour le rassemblement et l’édification de l’Église, peuple céleste tiré de toutes les nations, et enfin pour la réunion en un de toutes choses en Lui lorsqu’il régnera. Ensuite viendra l’état éternel, lorsqu’il aura remis le royaume à Dieu le Père, après le jugement solennel des morts devant le grand trône blanc. Mais tout est fondé sur l’oeuvre qu’il a accomplie ici-bas. Il est venu pour vaincre le diable et détruire ses oeuvres. Pour cela, comme homme, il a dû passer par les souffrances et la mort. C’est en cela qu’a éclaté dans toute sa grandeur sa perfection humaine.
Sans doute il a été, dans sa vie d’homme, un Modèle parfait de sainteté. Mais cela n’était pas le but. Comme Modèle, nous avons à marcher sur ses traces, mais nous ne le pouvons pas, à moins d’avoir été rendus participants d’une vie nouvelle, vie qui est en Lui et que sa mort expiatoire seule pouvait nous rendre capables de posséder. En vain présenterez-vous Christ comme Modèle à l’homme naturel, à l’homme irrégénéré ; s’il est sincère, il verra bientôt l’impossibilité d’être imitateur de Christ sans la vie d’en haut et la puissance de l’Esprit Saint. Sans doute aussi, Christ fut un témoin fidèle de la vérité, souffrant pour la justice, martyr pour maintenir l’une et l’autre ; mais cela, bien que s’y rattachant, n’était pas le but suprême de sa venue.
Ayant ainsi devant nos yeux le grand but de la venue du Fils de Dieu ici-bas, nous comprendrons mieux sa vie comme homme, ses enseignements, ses souffrances et sa mort, comme aussi les gloires qui suivirent et dont son humanité est revêtue.
C’est à l’âge de trente ans que Jésus entre dans son ministère public. Il l’inaugure en recevant le baptême des mains de Jean, surnommé le baptiseur. Quelle était pour Jésus la signification de ce baptême ? Pour le peuple nous savons ce qu’il était : un «baptême de repentance pour la rémission des péchés». (Luc 3:3). Ce baptême supposait donc chez ceux qui venaient le recevoir un état de péché dont ils avaient conscience. En effet, à la voix du Baptiseur qui conviait à la repentance, les foules accouraient auprès de lui, confessant leurs péchés, et il les baptisait. La voie était ainsi préparée dans les coeurs pour la réception de Celui qui, par la rédemption, ôterait les péchés et la condamnation qui en est la suite. La confession des péchés, sur laquelle le baptême de Jean mettait son sceau, était donc le premier pas des coeurs qui se tournaient vers Lui et qui attendaient de Lui le salut.
Pour Jésus, il n’en était pas ainsi. Il n’avait point de péché ; il n’avait ni à confesser, ni à se repentir. Il n’avait pas besoin de salut, Lui, le Sauveur. Jean le sent et le comprend. Il a reconnu Celui qui vient ainsi se mêler à la foule des repentants. Il sait quelle est sa dignité ; il n’est que son précurseur et il l’avoue avec humilité. Aussi résiste-t-il à la demande de Jésus et dit : «J’ai besoin d’être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi !»
Quelle sublimité dans cette scène, n’est-il pas vrai ? Grandeur inconnue du monde ! Qu’y eut-il, et qu’y aura-t-il jamais sur cette terre de plus grand moralement que ces deux personnes ? Aux yeux des hommes, ce sont deux pauvres Juifs de condition inférieure. Quel rang, quelle place occupent-ils en comparaison des puissants de la terre ? Mais qu’ils sont grands aux yeux de Dieu ! L’un est le plus grand d’entre ceux qui étaient nés de femme, le plus grand prophète qui eût paru ; l’autre est le Fils même du Très-haut. Au refus de Jean, Jésus oppose cette parole qui nous donne la signification de son baptême : «Laisse faire maintenant, car ainsi il nous est convenable d’accomplir toute justice». Quelle était cette justice ? Celle selon laquelle il a agi durant toute sa vie. Il fait en tout ce qu’il doit faire, ce qui convenait à la place que Dieu Lui avait assignée, place d’humiliation, de soumission, de dépendance ; place aussi où se manifestera la grâce. Encore ici, nous voyons le vrai caractère de son dépouillement, de son abaissement volontaire. Lui qui est sans péché, se place au milieu de ces pauvres pécheurs repentants comme s’il était, l’un d’eux. Venu pour les sauver, il se mêle à eux pour les conduire à ce salut qu’il devait leur acquérir.
Remarquez bien toutefois, qu’il ne s’identifie pas avec eux comme pécheurs ; il ne les unit pas non plus à Lui. Ils ne peuvent Lui être unis qu’après l’oeuvre de la croix. Jusqu’alors, comme nous l’avons vu, il est le grain de pur froment qui demeure seul, à moins qu’il ne meure. Mais Jésus descend où sont ces pécheurs repentants pour les encourager et témoigner qu’il les approuve dans la position d’humiliation qu’ils ont prise devant Dieu. Ils sont pour Lui ceux qui se mettent à part du monde, et ainsi «les excellents» de la terre (Ps. 16:3) — ce que ne pouvaient être ni les orgueilleux pharisiens, ni les incrédules sadducéens. Ils sont les excellents de la terre en qui sont toutes ses délices, parce qu’en se repentant, ils sont dans le chemin de Dieu. Avec qui s’associerait-il sur la terre, si ce n’est avec ceux-là ? Et lorsqu’il commencera à prêcher la bonne nouvelle et à appeler les âmes à Lui, plusieurs de ceux qui avaient été baptisés avec Lui, s’en souviendront et s’attacheront à sa Personne (voyez Jean 1)
«Ainsi», comme l’a dit quelqu’un, «Jésus a pris sa place en justice et en obéissance au milieu des hommes, et plus spécialement au milieu des Juifs repentants» (*). Là, il ne portait pas les péchés ; il n’était pas fait péché ; c’est ce qui a eu lieu à la croix. Mais, dans sa grâce, il se plaçait au milieu de ceux qui répondaient à ce que demandait à l’égard de Dieu leur état de péché, de même que plus tard, sur la croix, pour parfaire son obéissance, il sera la victime pour leurs péchés. Tout cela nous fait voir d’une manière merveilleuse sa perfection comme homme, et nous comprenons comment étant tel, il accomplit toute justice en répondant aux pensées de Dieu. Et dans cette voie, le témoignage de l’approbation de Dieu ne Lui manque pas, et le sépare nettement de ceux au milieu desquels il avait pris place. En même temps, nous voyons les délices que Dieu trouve en cet homme parfait dans l’obéissance. Il est l’Objet unique sur la terre auquel les cieux s’ouvrent, le seul à qui, en suite de son excellence, les cieux puissent être ouverts. «C’est dans cette position d’homme juste, obéissant», dit l’auteur déjà cité, «qu’il est pleinement reconnu du Père comme son Fils bien-aimé, et qu’il est scellé par Lui de l’Esprit Saint».
(*) J. N. D. Études sur la Parole de Dieu.
Remarquons soigneusement que Jésus est reconnu comme Fils de Dieu, ce qu’il est dans sa relation éternelle. Mais il est aussi Fils de Dieu comme né dans ce monde (Luc 1:35 ; Ps. 2:7), et c’est dans ce dernier caractère, comme homme, qu’il est scellé du Saint-Esprit. «L’Esprit Saint descend sur Lui comme une colombe», et, ajoute Jean, «il demeura sur lui» (Matth. 3:16 ; Jean 1:32). Jésus a donc et conserve la conscience de la présence immédiate de l’Esprit Saint avec Lui, et cette présence est en rapport avec le caractère d’humilité, de douceur et d’obéissance dans lequel le Seigneur a paru ici-bas.
Mais il faut aussi faire attention au fait que ce n’est pas l’Esprit Saint qui, en descendant sur Lui, crée en Jésus le caractère de perfection qui fait les délices du Père. Il avait été conçu du Saint-Esprit ; pas une tache, pas une souillure sur Lui ni en Lui. Il était l’homme parfait, digne que le ciel s’ouvrit sur Lui ; sa relation avec le Père existait déjà, et c’est comme tel que l’Esprit Saint le scelle. Il en est autrement de nous qui ne le recevons qu’en vertu de la rédemption, et après qu’ayant cru au Sauveur, nos coeurs ont été purifiés par la foi (Éph. 1:13 ; Actes 15:8, 9). L’Esprit Saint descend sur Jésus et le remplit (Luc 4:1) ; il ne lui est pas donné par mesure (Jean 3:34). Il le remplit sans que rien en Jésus vienne mettre obstacle à son action ; il n’y a en Lui ni la chair avec ses convoitises, ni le péché. C’est dans la puissance de l’Esprit qu’il agira toujours, sans intermittences, et cela est important à constater comme caractérisant son humanité et le mettant ainsi à part de tous.
Quel homme pouvait être l’objet d’une telle grâce : voir les cieux s’ouvrir sur Lui, être scellé directement de l’Esprit Saint, être déclaré Fils du Père et ses délices ici-bas, sur cette terre souillée par le mal ? Ce ne pouvait être, n’est-il pas vrai, que Celui qui, Fils éternel de Dieu, était venu comme homme ici-bas pour glorifier Dieu et nous sauver. Serait-ce seulement à ce moment de sa vie que Jésus a eu conscience de sa relation avec Dieu ? Non ; le récit de Luc 2, nous fait voir qu’adolescent, il en avait pleinement conscience et jouissait d’une communion intime avec son Père. Mais nous avons, à son baptême, la déclaration publique de cette relation qui le mettait à part de ceux au milieu desquels il s’était placé en grâce. Son baptême scellait sa relation déjà existante avec le Père.
Le baptême de Jésus nous fait donc voir, d’une part, le caractère d’humilité et de tendre condescendance dans lequel il venait au milieu des hommes ; secondement, le caractère sous lequel Dieu, le Père, le reconnaît, et enfin la puissance dans laquelle comme homme il va accomplir sa mission de Messie, de serviteur et de prophète, comme Fils de l’homme plein de grâce, souffrant et mourant pour nous, mais toujours le Fils de Dieu qui est dans le sein du Père.
Combien tout nous parle de sa perfection humaine ! Quelles délices devait répandre dans son coeur la voix divine le déclarant Fils bien-aimé en qui le Père trouvait son plaisir, et cela au moment où il allait se trouver aux prises avec l’ennemi et commencer sa douloureuse carrière ! Quelle confiance absolue, sans réserve, dans ce coeur d’homme parfait ; quelle joie intime et profonde dans la communion non interrompue avec son Père, et quelle force il y puisait pour accomplir sa mission et glorifier Dieu ! (voyez Ps. 16).
Nous sommes maintenant amenés à contempler la seconde scène qui précède l’entrée de Jésus dans son ministère : celle de la tentation. Et ici remarquez, mon cher ami, comme les voies de Dieu sont bien ordonnées. La tentation ne vient pas la première en sorte que, l’ayant surmontée, on eût pu dire de Jésus qu’il s’était montré digne d’être reconnu Fils de Dieu, après s’être élevé de l’innocence à la sainteté, ainsi qu’on l’a avancé. Non ; Jésus est d’abord proclamé Fils de Dieu par la voix du Père, Lui, l’homme parfait, et c’est dans la conscience de ce qu’il est, et plein de l’Esprit, qu’il est mené ou poussé par l’Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable.
Nous n’avons pas à soulever le moindre doute quant à la réalité de la tentation. Les récits des évangiles la retracent comme une suite de faits positifs. Nous n’avons pas à nous demander sous quelle forme l’ennemi se présente à Jésus. Recevons simplement ce que la parole de Dieu nous dit à l’égard de cette scène solennelle où le Fils de l’homme et Satan se trouvent en présence. On ne peut manquer de remarquer la similitude de ce qui a lieu dans cette occasion avec ce qui se passa en Éden, bien que les circonstances diffèrent, ainsi que le caractère de Celui qui est tenté et le résultat de l’effort de l’ennemi. Ici, c’est le désert où l’action se passe, et non le jardin de délices où le premier homme innocent se trouvait entouré de toutes les bénédictions. C’est le désert avec ses privations et l’horreur de sa solitude. Mais Celui qui y a été conduit est le second Homme, l’homme saint et juste. Le diable va chercher à l’enlacer par ses ruses et ses mensonges afin de le faire tomber. Il s’efforcera de le faire sortir du sentier de l’obéissance. Mettons-nous en garde contre une erreur fatale et qui n’est que trop courante. Satan est un être personnel et non une simple influence. Si c’en était une, d’où viendrait-elle ? Serait-ce Dieu qui tenterait ? «Dieu ne peut être tenté par le mal, et lui ne tente personne» (Jacq. 1:13). Serait-ce l’esprit ou l’imagination de Jésus qui Lui aurait présenté des pensées propres à le séduire ? Ce serait un blasphème de le prétendre. Il était sans péché, sans aucun mal en Lui, le Saint par excellence, le seul sur qui le ciel pût s’ouvrir, le bon plaisir du Père. Non ; la tentation, les suggestions au mal, pour Jésus, comme pour le premier homme, venaient de cet être subtil et énergique en qui se concentre toute la puissance du mal, l’adversaire de Dieu qui veut entraîner avec lui dans la rébellion contre Dieu tous ceux qui sont susceptibles de céder à son action malfaisante.
Pour nous, pécheurs de naissance, en qui la convoitise existe, la tentation vient du dedans : «Chacun est tenté, étant attiré et amorcé par sa propre convoitise». Satan trouve ainsi une entrée en nous ; il a en nous un auxiliaire. Il agit sur nous par nos convoitises, se servant des choses extérieures pour les exciter. L’imagination des pensées de notre coeur est mauvaise ; elle se comptait dans les vanités et les passions coupables ; l’orgueil aussi qui nous est naturel cherche sa satisfaction. Pour Jésus, rien de semblable. Lui, l’être saint dès sa naissance, n’avait en Lui aucune convoitise, quoi qu’on ait pu dire, car la convoitise est péché. Il n’y avait chez Lui aucune propension au mal. Aussi la tentation, pour Lui, venait-elle tout entière de dehors. On ne peut dire de Lui «attiré et amorcé par sa propre convoitise». Mais Satan vient vers Lui, le second Homme, pour voir s’il réussira, comme avec le premier homme, à faire entrer en Lui une pensée de doute, de volonté propre ou d’orgueil, et il ne trouve en Jésus qu’obéissance parfaite et entière dépendance de Dieu.
La tentation n’en est pas moins réelle. Jésus, par trois fois, est sollicité par l’esprit du mal ; et ces suggestions de l’ennemi devaient être pour Lui infiniment douloureuses. En ce sens aussi, ne peut-on pas dire qu’il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes ? (Hébr. 5:8). Elles Lui ont été douloureuses à un point que nous ne pouvons que difficilement imaginer, car plus un être est pur, plus le contact avec le mal, alors même qu’il le repousse, lui est pénible. Nous, dans notre état naturel, nous éprouvons un attrait pour le mal lorsqu’il se présente : il trouve en nous une réponse à cause des convoitises qui sont au fond de notre être. Je sais qu’il est des natures délicates et pures, si j’ose dire ainsi, à qui le mal moral est odieux et duquel la vue les fait souffrir. Mais même pour ces personnes, il y a des choses qui ne sont pas de Dieu, et pour lesquelles elles éprouvent de l’attrait. Mais lorsqu’une âme possède la vie divine, et à mesure qu’elle se développe en elle, elle souffre de l’approche et du contact du mal, de plus en plus elle en a horreur. Que devait-il en être pour Christ, chez lequel, comme homme, la vie divine était suprême, en qui il n’y avait rien en dehors de cette vie ? Quelle souffrance intense ne devait-il pas ressentir quand l’esprit du mal s’approchait de Lui (Matth. 4:3), et cherchait à le faire sortir du chemin de la sainteté, par la désobéissance et l’action de la volonté propre ? Oui, vraiment «il a souffert, étant tenté» (Hébr. 2:18).
Quelle scène que celle qui se passe au désert ! Qu’elle est grande cette lutte qui va avoir lieu dans la solitude, loin des yeux des hommes, sous le regard de Dieu ! Que sont à côté d’elle les misérables conflits des hommes ? Il s’agit de savoir qui l’emportera, de Satan ou du second Homme. Satan connaissait bien cet homme que l’Esprit conduisait au désert. Il n’avait pas ignoré sa naissance et les circonstances qui l’accompagnèrent. Il avait reconnu dans l’enfant qui naissait à Bethléhem, Celui qui avait été annoncé en Éden, «la semence de la femme» qui devait annuler sa puissance. Fidèle à son rôle d’adversaire qui veut traverser et anéantir les desseins même de Dieu, il avait tenté de faire disparaître l’enfant de Marie. Le dragon revêtu des insignes de la puissance terrestre s’était tenu là, dans la personne d’Hérode, dont il excitait les craintes et les passions cruelles, pour dévorer le Fils qui naissait à Israël (Apoc. 12:1-4 ; És. 9:6).
Trente ans se sont écoulés depuis ce premier effort de Satan, et Jésus, après son baptême, va au-devant de l’ennemi. Il n’y va pas poussé par sa propre volonté, mais conduit par l’Esprit. C’est Dieu lui-même qui le place en présence de l’adversaire. C’est pour être tenté par le diable qu’il est mené au désert. Cette lutte était nécessaire. Il fallait montrer à l’homme fort un plus fort que lui. Homme parfait et Fils bien-aimé du Père, Jésus va entrer dans son rôle de Libérateur. Pour cela, il doit manifester qu’il en a les qualités, les vertus, la puissance, et nous faire voir comment, en marchant sur ses traces et nous attachant à Lui, nous pouvons aussi vaincre dans la tentation.
Le diable tenait dans ses chaînes l’homme pécheur. L’homme, en voulant se rendre indépendant de Dieu, était devenu l’esclave de Satan ; il avait été vaincu et asservi dans la personne du premier Adam. Christ, le dernier Adam, venait pour vaincre et lier l’homme fort, le diable, pour piller ses biens et mettre ses captifs en liberté. Satan n’ignorait pas ce qui s’était passé au baptême de Jésus ; comment Dieu avait déclaré : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé», et comment l’Esprit Saint était descendu sur Celui en qui Dieu trouvait son plaisir. Néanmoins il ne recule pas devant la lutte. L’audacieux rebelle, celui qui avait dit : «Je monterai aux cieux, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles du Dieu Fort... je monterai sur les hauteurs des nues, je serai semblable au Très-haut» (És. 14:13, 14), espère vaincre le second Homme, comme il a vaincu le premier. Il y emploiera toutes ses armes, ces séductions qui lui ont si bien réussi en Éden.
Comme je vous l’exprimais, mon cher ami, quelle scène à contempler quand nous connaissons les deux acteurs qui s’y présentent ! Combien il est important pour nous d’en saisir la grandeur et les résultats. D’un côté, c’est le Fils de Dieu qui s’est abaissé jusqu’à devenir un homme et qui apparaît dans la faiblesse de l’humanité ; de l’autre, c’est le chérubin tombé, autrefois parfait en beauté, établi dans la sainte montagne de Dieu, plein de sagesse (Ézéch. 28:12-15), mais dont l’orgueil a causé la chute, qui est devenu une puissance spirituelle de méchanceté, et dont la sagesse a été changée en un arsenal redoutable de ruses et d’artifices. Il ne craint pas de lutter contre Dieu, et s’il n’a pas l’espoir de recouvrer la haute position qu’il avait, ni de s’asseoir sur un trône aussi élevé que celui du Très-haut, il essaiera du moins d’entraîner dans sa chute Celui qui a droit à ce trône.
Je ne reviendrai pas sur les circonstances dans lesquelles la lutte a lieu. Je vous ferai seulement remarquer encore une fois que ce n’est pas en suivant une impulsion propre que Christ va au désert pour rencontrer l’ennemi. Moïse, autrefois, suivit le mouvement de sa propre volonté, d’un coeur généreux, dirait-on, lorsqu’il tua l’Égyptien, croyant montrer à ses frères que Dieu les délivrerait par son moyen. Il en est autrement de Christ, l’homme parfait. Il va, poussé par l’Esprit, afin de subir la tentation. Il est, par excellence, l’homme spirituel, rempli de l’Esprit, agissant par l’Esprit sans rien de la chair, et l’Esprit de Dieu, Dieu lui-même, le conduit dans le chemin où il remportera la victoire, le chemin de l’obéissance, celui où Jésus est entré dès sa venue dans ce monde.
On a soulevé cette question : Jésus pouvait-il être vaincu dans la lutte ? À quoi bon la poser ? L’important n’est-il pas de savoir qu’il a vaincu ? Et pouvait-il en être autrement ? Il était venu pour détruire les oeuvres du diable ; le dessein de Dieu en l’envoyant pouvait-il être annulé ? D’ailleurs cette question revient à celle-ci : «Jésus pouvait-il pécher ?» Et le coeur chrétien recule d’horreur devant une pareille supposition. Elle est blasphématoire. Quelle entrée Satan pouvait-il trouver en Lui ? Y avait-il le moindre défaut à sa cuirasse de sainteté ? Que pouvait l’ennemi contre cet homme parfaitement obéissant, dont toutes les pensées étaient en entière harmonie avec celles de Dieu, dont la communion avec son Père était sans intermittences (car il était sans péché), et dont la soumission à la parole divine était absolue ? La convoitise pouvait-elle exister en un pareil coeur ? Le désir de dominer et l’orgueil pouvaient-ils y élire domicile ? L’amour pour Dieu, Dieu lui-même le remplissait, comment y aurait-il eu place pour un autre objet, pour un autre sentiment ? Remarquez qu’en tout cela je parle de Christ homme.
Alors, objectent ceux qui pensent que Jésus eût pu succomber dans le combat contre Satan, à quoi bon la tentation ? Elle sert d’abord à montrer ce qu’était Jésus, à faire voir en Lui le second Homme, le vainqueur de l’adversaire, le Libérateur de l’homme placé sous la puissance du diable ; elle a eu pour but de lier l’homme fort pour le temps de la vie de Christ ici-bas, en attendant qu’il fût définitivement vaincu à la croix ; ensuite, elle nous enseigne, lorsqu’une fois nous sommes délivrés, comment, à notre tour, nous pouvons déjouer les ruses de l’ennemi et le vaincre. La difficulté pour ceux qui posent l’objection vient de ce qu’ils ne saisissent pas l’immense différence entre nous et Jésus homme ; nous, pécheurs ayant le péché pour fond de notre nature morale, et Jésus «sans péché», tenté, éprouvé de toutes manières, sans doute, mais toujours «à part le péché». On voudrait assimiler Jésus à ce que nous sommes, ou nous assimiler à Lui ; l’un et l’autre sont inexacts. On continue en disant que si Jésus n’a pas eu la possibilité de pécher, ou s’il n’a pas ressenti la tentation comme nous, il ne peut pas sympathiser avec nous dans nos tentations. La possibilité de pécher n’a rien à faire dans la question. La tentation ne pouvait se présenter à Lui comme à nous, car il n’y avait pas de convoitise en Lui ; il n’y avait dans son coeur aucun désir qui ne fût en harmonie avec la sainteté dont il était revêtu. Jamais dans sa vie d’enfant, de jeune homme ou d’homme fait, il n’y eût d’attrait pour ce qui nous séduit si aisément. Il n’y avait place en Lui que pour Dieu seul. Cela l’a-t-il empêché de sentir ce qu’est la tentation ? Nous avons vu que non. Cela l’empêche-t-il de sympathiser avec nous quand nous sommes tentés ? Nullement. Il sympathise avec nous dans la souffrance que nous cause la tentation dans la lutte que nous soutenons, et nous aide dans notre faiblesse. Mais il ne saurait sympathiser avec nous si nous cédons à la convoitise et si nous péchons. Il peut dans ce cas être notre Avocat auprès du Père.
Il faut, mon cher ami, nous bien souvenir de ce que Jésus est venu accomplir en notre faveur. Il vient d’abord pour nous sauver en expiant nos péchés ; puis il nous donne la vie et l’Esprit Saint, puissance de cette vie, pour habiter en nous, et ainsi assimilés et unis à Lui dans une vie et une condition nouvelles — bien qu’ayant toujours la chair en nous, ce que Lui n’eut jamais — nous entrons dans la lutte. Alors pour vaincre le monde, la chair et Satan, quand nous sommes tentés, nous avons à prendre exemple sur Lui, à employer les mêmes armes que Lui, et, dans ces combats, nous avons sa sympathie et son aide puissante. Il intercède sans cesse pour nous. Pour être ainsi notre Libérateur et notre Modèle, il fallait qu’il fût lui-même tenté, il fallait qu’il montrât par sa victoire que Satan n’avait rien en Lui (Jean 14:30) et que Lui, Jésus, était plus fort que l’adversaire.
Dans les deux premières tentations rapportées par Matthieu, Satan s’appuie sur la déclaration divine : «Tu es mon Fils bien-aimé». Il veut soulever un doute dans l’esprit de Jésus quant à la réalité de cette parole et le pousser à éprouver si elle est vraie. Il joue le même rôle qu’en Éden, lorsqu’il dit à la femme : «Quoi ! Dieu aurait-il dit ?» Faire douter de la parole divine est le grand coup qu’il porte, car si l’on cède à cette suggestion, l’arme, l’épée de l’Esprit est brisée entre nos mains. Jésus laisse de côté cette tentative maligne de l’ennemi. Il sait ce qu’il est, parce que Dieu l’a dit et n’a pas besoin d’une confirmation. Pour nous, si Satan veut nous faire douter de la réalité de notre relation avec Dieu, quand nous avons cru et que nous sommes sauvés, nous n’avons aussi d’autre ressource que la Parole qui nous affirme : «Nous sommes maintenant enfants de Dieu».
Des trois tentations par lesquelles l’ennemi attaque Jésus, la première s’adresse à son caractère d’homme qui a des besoins inhérents à sa nature et légitimes à satisfaire — il a faim. Ensuite, c’est à son caractère de Messie — il doit manifester son droit d’une manière éclatante. Enfin, c’est à son caractère de Fils de l’homme — comme tel il doit hériter de toutes choses ; Satan veut les Lui donner. On voit en même temps que ce qui excite les trois convoitises mentionnées en 1 Jean 2:16, est présenté à Jésus comme à Ève dans le jardin d’Éden. Mais quelles que fussent les tentations par lesquelles Satan s’efforçait de le faire sortir du chemin de l’obéissance et de la dépendance envers Dieu, Jésus les repousse comme un homme peut et doit les repousser, par la soumission à la parole de Dieu. Il n’use d’aucune autre arme que de l’épée de l’Esprit. Il se montre ainsi l’homme parfait : la soumission à Dieu est la perfection de l’homme. Dans la tentation et son issue se fait donc voir en Christ la perfection de son humanité. Car, remarquons-le bien : Jésus, pour repousser Satan et le vaincre, n’use en rien de la puissance divine qu’il possède comme Fils de Dieu. Il en réfère toujours comme un homme aux Saintes Écritures, à ce que Dieu a dit ; il ne sort point de cette position inexpugnable, et Satan doit céder le terrain. Le second Homme en reste maître. Il n’en a pas fini avec l’ennemi ; Satan se retire de Lui pour un temps (Luc 4:13). La puissance des ténèbres reviendra à la charge à la fin de la carrière terrestre de Christ ; la même arme — la soumission à la volonté de Dieu — Lui fera remporter une seconde victoire. «Père», dira-t-il, «que ta volonté et non la mienne s’accomplisse». Mais pour le moment, Jésus, ayant lié l’homme fort, peut entrer dans son ministère de grâce et délivrer les captifs de Satan.
S’il plaît à Dieu, mon cher ami, ma prochaine lettre vous parlera de la personne de Christ et de son service au milieu des hommes.
Mon cher ami,
Je ne me propose pas de suivre avec vous dans tous les détails que nous donnent les évangiles, la vie et les enseignements de Jésus. Je signalerai seulement à votre attention quelques points qui se rapportent spécialement à son humanité parfaite et qui ressortent des récits des évangélistes.
Après la tentation et sa victoire sur Satan, Jésus : «dans la puissance de l’Esprit», «oint de 1’Esprit Saint et de puissance», entre dans son ministère ; ministère d’amour, de miséricorde et de sainte activité, caractérisé par Pierre en ces termes : «Passant de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance, car Dieu était avec lui» (Luc 4:14 ; Actes 10:38). Sa vie privée, avant ce moment, est restée voilée, comme nous le savons ; c’est sa vie publique, que nous présentent les évangiles, qui nous font connaître sa Personne, son service et ses enseignements, ainsi que la fin de sa vie d’homme sur la terre. Nous avons donc à considérer son caractère personnel, puis à l’envisager comme serviteur, docteur et prophète, et à voir quelle était son autorité comme tel ; enfin nous avons à contempler l’achèvement de sa mission et de son oeuvre sur la terre.
Homme, Jésus était venu pour l’être et le fut entièrement et d’une manière parfaite, sans cesser pour cela d’être le Fils unique dans le sein du Père et Celui qui s’appelle «Je suis» (Jean 8:58) ; mais il voilait sa gloire divine sous la forme humble de Fils de l’homme qu’il avait revêtue. Comme nous, il avait un corps réel et une âme vraiment humaine. «Mon âme», disait-il, «est saisie de tristesse jusqu’à la mort», et «maintenant mon âme est troublée» (Matth. 26:38 ; Jean 12:27). Comme le nôtre, son corps croissait et se développait. Il fut petit enfant, devint adolescent, puis homme fait. Il en était de même des facultés de son esprit : il croissait et se fortifiait, avançant en sagesse et en stature. Son corps était sujet aux mêmes besoins, aux mêmes infirmités que le nôtre. Il eut faim, il eut soif, il éprouvait la fatigue, il cherchait du repos dans le sommeil. Il ressentait les douleurs physiques, et particulièrement il souffrit des outrages, des coups, des blessures et de tout le cruel supplice de la croix. «Il faut», disait-il d’avance à ses disciples, «que le Fils de l’homme souffre beaucoup... Ils se moqueront de lui, ils le fouetteront, et cracheront contre lui, et le feront mourir» (Marc 8:31 ; 10:34). Mais cette mort, terme de son existence ici-bas, n’était pas pour Lui, comme pour nous, une nécessité résultant de ce qu’il était devenu un homme. La mort est les gages et la conséquence du péché pour tout enfant d’Adam. C’est l’exécution de la sentence : «Au jour que tu en mangeras, tu mourras» (Gen. 2:17), car «par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort... et la mort a passé à tous les hommes, en ce que tous ont péché» (Rom. 5:12). Or Jésus était sans péché ; la mort n’avait donc aucun droit sur Lui ; elle ne pouvait le toucher, Lui le prince de la vie. Mais il s’y est volontairement assujetti comme couronnement suprême de son obéissance envers Dieu : «Il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix» (Phil. 2:8). Et cette mort, il l’a aussi subie pour nous délivrer en prenant sur Lui le jugement dû au péché et prononcé contre l’homme pécheur : «Il est mort pour nos péchés» (1 Cor. 15:3). Jésus donnait sa vie ; rien, ni personne, ne pouvait la lui prendre. «À cause de ceci le Père m’aime», dit-il, «c’est que moi je laisse ma vie, afin que je la reprenne. Personne ne me l’ôte, mais moi, je la laisse de moi-même ; j’ai le pouvoir de la laisser, et j’ai le pouvoir de la reprendre» (Jean 10:17, 18). «Il s’est offert lui-même à Dieu sans tache» (Héb. 9:14), comme un holocauste parfait, «offrande et sacrifice à Dieu, en parfum de bonne odeur» (Éph. 5:2).
Dans son âme humaine, Jésus éprouvait les mêmes sentiments, avait les mêmes affections, ressentait les mêmes impressions que nous, mais toujours à part le péché, sans aucun mélange de convoitise, de passion, de caprice, de préférences sans motif. Il aimait — non pas seulement comme Rédempteur — mais, tout en ayant un coeur ouvert à tous, il avait, comme nous en avons, des affections humaines particulières qui se portaient sur certaines personnes choisies, affections parfaitement pures et équilibrées et qui n’entravaient jamais le but suprême de sa venue. Jean, parmi les douze, était «le disciple que Jésus aimait» ; il «aima» le jeune homme riche à cause de ses aimables qualités naturelles. Il aimait Marthe, Marie et Lazare, et jouissait de leur intimité. Les petits enfants attiraient son coeur. La vue des misères humaines, souffrances amenées par le péché, besoins de corps et d’âme chez les individus et les foules, émouvait sa compassion et Lui faisait verser des larmes. Il pleure au tombeau de Lazare. Il a vraiment «pris nos langueurs, et a porté nos maladies». Il s’afflige en pleurant sur le sort réservé à Jérusalem à cause du péché que son peuple commet en le rejetant.
Jésus ressentait de l’indignation devant l’hypocrisie ; l’incrédulité, l’opposition à la vérité et la contradiction des pécheurs l’attristaient. D’un autre côté, son âme s’épanouissait en pensant aux conseils de Dieu envers les petits. «Je te loue, ô Père !» disait-il, «de ce que tu as révélé ces choses aux petits enfants». Mais l’anticipation des souffrances qu’il devait endurer pour que ces conseils pussent s’accomplir, troublait son âme, l’attristait jusqu’à la mort, et il suppliait «avec de grands cris et avec larmes Celui qui pouvait le sauver de la mort» (Hébr. 5:7). Toutefois son coeur n’était pas troublé, sa confiance en son Dieu n’était pas altérée, et il ressentait de la joie en contemplant l’oeuvre de grâce que Dieu accomplissait et accomplirait par son moyen parmi les hommes. «En cette même heure, Jésus se réjouit en esprit» ; c’était l’heure où il voyait d’avance la puissance de Satan détruite (Luc 10:17-21). Et tout en éprouvant profondément ces divers sentiments, Jésus reste toujours calme et maître de lui-même ; ce n’est pas l’enthousiasme avec ses hauts et ses bas. Sa paix demeure parfaite.
Si nous considérons son caractère moral, qui oserait nier qu’il y eût en Lui une sainteté parfaite, une absolue séparation du mal ? Il passait à travers le mal, le péché sous toutes ses formes, qui l’entourait, sans en ressentir en rien l’atteinte. Il l’écartait par son entière pureté, et, par contraste, le dévoilait chez les autres. «Qui d’entre vous me convainc de péché ?» pouvait-il dire (Jean 8:46), et c’était là une des raisons de la haine que Lui portaient ses ennemis. Mais la sainteté extérieure de sa vie n’était que l’expression de ce qu’il était intérieurement : entièrement et sans réserve consacré à Dieu son Père, tout entier à Lui et pour Lui dans ses pensées, dans son coeur et tous les mouvements de son âme, ne faisant par conséquent que ce qui était agréable à ce Dieu qui est lumière et dont la nature est sainte. «Je fais toujours les choses qui lui plaisent» (Jean 8:29), disait-il à ceux qui ne comprenaient pas et ne pouvaient comprendre les secrets mobiles de sa vie de dévouement à son Père. Toutefois sa séparation du mal n’était pas : «Éloigne-toi de moi, je suis plus saint que toi». Lui, qui touchait le lépreux et le guérissait sans être souillé par lui, Lui, qui était venu chercher et sauver ce qui était perdu, laissait les pécheurs s’approcher de Lui. Il les cherchait, entrait dans leur maison, s’asseyait à leur table, attendait au puits de Sichar une Samaritaine perdue de réputation pour la conduire aux eaux de la grâce et de la vie, et, dans sa tendre condescendance, permettait à la grande pécheresse de Lui baiser les pieds en les arrosant de ses larmes. Sa sainteté parfaite qui le séparait du péché, ne pouvait être atteinte par le contact des pécheurs que son amour attirait auprès de Lui.
En même temps que cette séparation du mal, nous voyons en Jésus le dévouement le plus entier à Dieu et à l’oeuvre pour laquelle il était venu. Il a pu dire au Père en achevant sa course ici-bas : «Je t’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’oeuvre que tu m’as donnée à faire» (Jean 17:4), oeuvre dont le couronnement était la mort. Pour l’accomplir ; il ne se ménageait en rien. Voyez-le assis au puits de Jacob. Il était lassé du chemin, il avait soif ; mais il oublie sa fatigue et sa soif en présence de la misère d’âme de la pauvre femme à qui il s’était adressé pour avoir un peu d’eau à boire, et il lui ouvre l’accès à la fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle. «Ma viande», dit-il à ses disciples qui le pressaient de manger, «est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son oeuvre» (Jean 4:34). Aussi les évangiles nous le montrent-ils dans une incessante activité. Plus d’une fois nous lisons des paroles telles que celles-ci : «Il allait par les villes et les villages, enseignant...» (Luc 13:22 ; Matth. 9:35 ; Marc 6:6). «Il passait par les villes et les villages, prêchant et annonçant le royaume de Dieu» (Luc 8:1). La Galilée, la Samarie, Jérusalem, les quartiers de Tyr et de Sidon, entendaient les paroles de grâce et de vérité qui sortaient de ses lèvres. Au bord du lac, sur les pentes des collines, dans les lieux déserts où les foules le suivaient, partout il dispensait les paroles de vie, partout il guérissait, consolait, encourageait, s’oubliant Lui-même pour remplir la mission qu’il tenait de son Père. Mais s’il ne cherchait pas le repos pour Lui-même, il compatissait à la faiblesse de ses disciples, ses compagnons d’oeuvre, et leur disait : «Venez à l’écart et reposez-vous un peu».
Pas une trace d’égoïsme, de recherche de Lui-même et de ses aises, ne s’apercevait en Lui. En même temps, il était vraiment doux et humble de coeur, ne faisant jamais valoir la hauteur de sa position. Il y avait chez Lui une douceur calme qui jamais ne se démentit, même devant les outrages les plus immérités, mais jointe à une fermeté invincible lorsqu’il s’agissait des droits de Dieu et de la vérité. Frappé injustement par un serviteur du sanhédrin, Jésus ne s’irrite point ; il se contente de dire : «Si j’ai mal parlé, rends témoignage du mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?» (Jean 18:23). Mais devant le sanhédrin, il ne craint pas de confesser qu’il est le Christ, le Fils de Dieu, et de même devant le gouverneur romain, qu’il est Roi (Matth. 26:63, 64 ; Jean 18:37). S’il appelait à Lui avec tendresse ceux qui étaient fatigués et chargés pour leur donner le repos, il reprenait avec indignation et sévérité les scribes et les pharisiens qui mettaient sur les épaules des hommes ces fardeaux pesants qui les écrasaient, tandis qu’eux ne les remuaient pas du doigt (Matth. 11:28 ; 23:4).
Humble et pauvre parmi les pauvres, il n’avait pas un-lieu pour reposer sa tête, et consentait à être assisté dans ses besoins par quelques femmes qui le suivaient (Luc 8:1-3). Dans sa grâce, «étant riche, il a vécu dans la pauvreté pour nous» (2 Cor. 8:9). Il aurait pu être Roi — et il sera reconnu un jour comme tel — «mais maintenant», dit-il, «mon royaume n’est pas de ce monde». Il ne venait pas pour régner, mais pour souffrir et sauver, et quand le peuple, saisi d’admiration à la vue de ses miracles de grâce, veut le faire roi, il se dérobe à leur enthousiasme, et se retire sur la montagne. Humble de coeur, il avait renoncé à toute grandeur d’ici-bas ; il ne voulait pas que son nom fût connu (Matth. 12:16), et ne cherchait pas la gloire qui vient des hommes. Il ne recherchait pas les grands de la terre, ni les honneurs qu’ils peuvent conférer : il s’accommodait aux petits ; il s’associait «aux humbles» (Rom. 12:16). Né dans la pauvreté, il vécut pauvre, de sorte que les plus pauvres pussent s’approcher de Lui sans crainte et avec confiance. Il ne prend pas pour compagnons d’oeuvre des rabbins doctes et vénérés, de savants scribes, mais de simples pécheurs et des péagers. Et toutefois il ne sacrifie rien de sa dignité : s’il était à son aise et plein de grâce chez Lévi, chez Zachée, chez Marthe et Marie, il ne l’était pas moins chez les riches pharisiens qui le conviaient. «Doux et humble de coeur», mais toujours Celui qui est le Fils, dans les mains duquel le Père a mis toutes choses, et sa grandeur suprême fait d’autant plus ressortir son humilité. Supérieur à tout, il marche au milieu du monde, comme n’en étant pas, mais il tend la main aux plus vils des pécheurs pour les amener à Dieu.
En tout temps, en toute circonstance, on voit Jésus rempli de tendresse, de compassion, d’affection, montrant un vrai coeur humain, sans stoïcisme, comme sans faiblesse ; un coeur ayant besoin de sympathie et la recherchant, un coeur sans fiel et sans amertume, malgré la haine qui se manifestait contre Lui. En Gethsémané, il prend avec Lui les trois disciples préférés et leur dit : «Demeurez ici et veillez avec moi» ; à Judas qui le trahit lâchement par un baiser, quel reproche plein de douceur ne lui adresse-t-il pas : «Ami, pourquoi es-tu venu ?» Bon envers tous, il répandait sans cesse ses bénédictions. Il dénonçait avec énergie l’hypocrisie, mais en même temps il pleurait sur ceux dont il était forcé de condamner les péchés, à cause du jugement qu’ils attiraient sur eux-mêmes. «Oh ! si tu eusses connu, Jérusalem, les choses qui appartiennent à ta paix !» disait-il en gémissant sur la ville coupable ; «j’ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu !» Quelle plainte touchante dans ses paroles, alors qu’il marchait à la croix : «Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants !» Il ne pensait pas au mépris dont il était couvert, à l’animosité et à l’inimitié dont Lui, le Saint et le Juste, était l’objet, à la condamnation inique qui le frappait, mais, comme toujours, s’oubliant Lui-même, ne faisant pas de reproches, son coeur s’attristait en pensant à la fin qui attendait ceux qu’il aurait voulu sauver et qui l’avaient rejeté. Il maintenait la vérité en face même de la mort que sa «belle