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L’ARMÉE DE L’ÉTERNEL
Auteur inconnu
ME 1881 et 1882
Table des matières:
1 Première Partie [vers le pays promis]
1.1 Chapitre 1 — Les conseils de Dieu et l’état de son peuple
1.2 Chapitre 2 — L’annonce du jugement et le moyen d’y échapper ; le bouquet d’hysope.
1.3 Chapitre 3 — Le sceau de l’Esprit Saint sur la rémission des péchés
1.4 Chapitre 4 — La rédemption
1.5 Chapitre 5 — La louange. La grâce et la gloire, sujets du cantique
1.6 Chapitre 6 — Les lieux célestes
1.7 Chapitre 7 — Pour le chrétien : Canaan d’abord, puis les leçons du désert
1.8 Chapitre 8 — Guilgal : les pierres du mémorial dans le Jourdain et à Guilgal
2 Deuxième Partie [vivre dans le pays et se préparer au combat]
2.1 Chapitre 9 — Guilgal : la circoncision comme position et en pratique
2.2 Chapitre 10 — Guilgal : la pâque dans les campagnes de Jéricho — Josué 5:10
2.3 Chapitre 11 — Guilgal : le blé du pays — Josué 5:10
2.4 Chapitre 12 — Guilgal : le Chef de l’armée — Josué 5
2.6 Chapitre 14 — État de l’âme : la cuirasse de la justice — Éph. 6:14
2.8 Chapitre 16 — État de l’âme : le bouclier de la foi — Éph. 6:16
2.9 Chapitre 17 — État de l’âme : le casque du salut et l’épée de l’Esprit — Éph. 6:17
2.10 Chapitre 18 — État de l’âme : la prière — Éph. 6:18
2.11 Chapitre 19 — La prospérité dans notre combat spirituel
3 Troisième Partie [le combat]
3.1 Chapitre 20 — Réalisation : les sept cors de bélier — Josué 6
3.3 Chapitre 22 — La dernière trompette. Conclusion — 1 Thess. 4:16
L’expression «l’armée de l’Éternel», appliquée primitivement à un peuple terrestre (Jos. 5:13-14), peut bien être employée maintenant pour désigner le peuple spirituel composé de ceux que le Seigneur a rachetés. Dans son grand amour, il les a délivrés du «monde», de la «chair» et du «diable», par l’oeuvre de la rédemption qu’il a accomplie, les rendant agréables à Dieu : acceptation connue, comprise et goûtée par la foi. C’est là la position dans laquelle se trouvent tous ceux qui appartiennent au Seigneur : les enfants de Dieu. «Étant monté en haut, il a emmené captive la captivité, et a donné des dons aux hommes» (Éph. 4:8).
Le Seigneur est descendu d’abord là où le péché avait amené l’homme : dans les «parties inférieures de la terre» ; il a renversé la dernière forteresse de l’ennemi ; il a emmené captifs ceux qui étaient sous la captivité de Satan, et les a si complètement et si parfaitement délivrés, qu’il peut maintenant les employer comme instruments de sa puissance contre l’ennemi.
Il nous a non seulement accordé, par le don de sa grâce, d’être «saints et irréprochables devant lui en amour», mais, quant à notre position actuelle, il nous a «fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus». Il ne trouve pas suffisant que nous possédions ces bénédictions et cette position par la foi ; il veut encore que nous comprenions et que nous réalisions les richesses de notre portion en Lui.
À quoi serviraient tous les trésors de l’Inde à un homme qui ne comprendrait pas qu’il les possède, et ne saurait ainsi ni en jouir, ni en faire usage ? Il en est de même des richesses de Christ, nos propres richesses. Soyons sûrs qu’elles offrent à nos coeurs un vaste champ d’activité, si nous voulons arriver à les réaliser et à en jouir nous-mêmes, afin de pouvoir amener d’autres personnes à cette possession et à cette jouissance. Pour cela, il faut que l’âme soit dans un bon état ; il faut le renoncement à soi-même et le dévouement, de la fidélité dans «ce qui est à autrui», afin que Dieu puisse nous confier les vraies richesses (Luc 16:11-12).
Il y a une grande différence entre posséder d’une manière abstraite les richesses célestes, ou les réaliser et en jouir, comme nous jouissons de notre position d’union avec Christ.
Nous désirons, si Dieu le permet, examiner toutes ces choses en détail ; voir ce que doit être l’activité de ceux qui sont entrés dans l’armée céleste avec — espérons-le — des coeurs diligents ; puis nous chercherons à nous exhorter et à nous encourager les uns les autres, selon que le Seigneur nous le donnera dans sa sagesse.
Nous diviserons nos méditations en trois grandes parties :
1° La position céleste dans le Christ Jésus, position qui nous appartient, en notre qualité de peuple de Dieu, par la rédemption qui est en Lui.
2° L’état d’âme qui est nécessaire pour que, nous trouvant dans cette position, nous puissions réaliser nos propres richesses. Ceci embrassera trois phases distinctes :
a) Nos relations pratiques avec «la chair» et avec le «moi», en rapport avec notre position en Lui.
b) La condition dans laquelle doit être l’âme pour pouvoir faire face à l’ennemi.
c) La manière de nous assurer la «présence du Seigneur», et le succès dans le combat spirituel.
3° La réalisation de notre héritage céleste, et l’affranchissement d’autres âmes, c’est-à-dire l’activité de «l’armée de l’Éternel» sous la direction d’un Christ céleste.
L’analogie frappante qui existe entre le livre de Josué et les épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens a été, plus d’une fois déjà, le thème d’utiles méditations au milieu du peuple de Dieu. Nos méditations actuelles auront pour objet ces portions des Écritures, qui offrent un champ d’études si vaste à ceux qui appartiennent au Seigneur. «Car toutes les choses qui ont été écrites auparavant, ont été écrites pour notre instruction, afin que, par la patience et par la consolation des Écritures, nous ayons espérance» (Rom 15:4).
«Or toutes ces choses leur arrivèrent comme types, et elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints» (1 Cor. 10:11).
Ce n’est donc pas seulement pour notre instruction et pour notre consolation, que nous sont donnés la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes ; mais les choses qui arrivèrent à Israël nous sont présentées d’une manière spéciale, pour nous servir d’avertissement et d’encouragement le long du chemin.
Que Dieu (pour l’amour de son nom) bénisse son peuple et dirige l’activité de chacun de ses enfants dans une voie qu’il puisse approuver ! Qu’il nous donne de reconnaître et d’éprouver la vérité de toutes les choses qui viennent de Christ, et la bénédiction qui en découle, afin que nous ayons une divine énergie pour rechercher sa face et pour jouir des choses qui nous sont données directement de Dieu.
Dans les premiers chapitres du livre de l’Exode, nous avons un tableau de l’état de péché du peuple de Dieu avant la rédemption. Ils sont esclaves et idolâtres en Égypte. L’Égypte est un type du monde naturel en état de chute et sous la puissance de Satan. Les enfants d’Israël sentaient leur misère, mais ne paraissaient avoir d’autre pensée que celle d’alléger le joug sous lequel ils gémissaient. La fournaise d’Égypte, avec le fouet des oppresseurs et le cliquetis des chaînes de l’esclavage, les faisaient soupirer et crier ; mais Dieu leur était inconnu !
Et même, lorsque leur cri «à cause de la servitude» fut entendu, ce n’est pas à Dieu qu’il était adressé (Exode 2:23-24). Il arriva pourtant jusqu’à Lui, car rien ne lui est caché et il a l’oreille ouverte aux gémissements qui se font entendre ici-bas.
Le pauvre enfant prodigue (Luc 15) était arrivé au bout de ses ressources dans le pays de l’esclavage ; mais ce n’est pas là encore ce qui le ramène à son père, ou le fait rentrer en lui-même et crier à Dieu pour avoir du secours. Non ; pour suppléer à ses besoins et pour alléger sa souffrance, il s’éloigne de Dieu plus que jamais. Sa volonté lui a fait quitter la maison paternelle ; la nécessité l’a poussé plus loin ; ce n’est qu’une misère complète qui a pu donner à la bonté et à la miséricorde de son père l’occasion de se manifester. Il en est de même pour le pécheur. Vous le verrez mettant ses talents, toute son énergie, sacrifiant sa santé même, à la poursuite de quelque chimère qui lui échappe toujours, ou qui, s’il l’atteint enfin, se fond entre ses mains sans donner une satisfaction quelconque aux ardents désirs de son coeur. Le prodigue va plus loin alors ; il se joint aux habitants du pays, mais est bientôt forcé de reconnaître la vérité du grand principe de ce monde : c’est que ce dernier ne donne jamais rien.
Interrogez un homme du monde ; demandez-lui si, lorsqu’il était en pleine activité, lorsqu’il paraissait riche et heureux, son coeur était satisfait ? S’il vous répond franchement, il vous dira «non» ; ses désirs ne l’ont point amené à Dieu ; ils l’ont entraîné au contraire plus loin qu’il ne l’aurait voulu, et il a échangé tout ce qu’il possédait contre «les gousses que les pourceaux mangeaient».
C’est, dans un sens, une bonne chose que l’âme arrive à cette extrémité de misère, car alors il n’y a plus d’obstacle au déploiement de cette grâce de Dieu, qu’un «fils aîné» peut refuser.
«Dieu donc ouït leurs sanglots» (Exode 2:24), et Dieu descend pour les délivrer. Non seulement il est amour, mais il est actif dans son amour. «Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique». «Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu».
Mais «Dieu est un feu consumant» ; comment donc exercera-t-il son amour envers le pécheur sans le consumer ? Nous en avons une belle image dans le chapitre 3 de l’Exode, où l’ange de l’Éternel apparaît à Moïse «dans une flamme de feu au milieu d’un buisson». Le buisson était en feu, mais n’était point consumé (v. 2). C’est une étrange anomalie ! «Et Moïse dit : Je me détournerai maintenant, et je regarderai cette grande vision, pourquoi le buisson ne se consume point» (v. 3). C’est là ce qui est merveilleux.
Si Dieu s’était révélé comme Celui dont la sainteté doit consumer tout ce qui lui est contraire, qui aurait pu subsister devant lui ? Mais il est descendu et s’est révélé en Jésus, dans un caractère d’humble miséricorde ; il a voilé sa gloire dans la personne de cet homme humble, et cependant il ne pouvait être caché. Comme le soleil, en perçant les nuages, prouve l’intensité de ses rayons par la chaleur et la lumière qu’ils répandent autour d’eux, ainsi Jésus, dans son humble chemin de service et de travail, répand ses rayons de lumière et d’amour dans le coeur de ceux dont il a entendu le cri. Il est descendu, en grâce, pour chercher dans un pauvre monde perdu, ceux qui veulent se confier à son amour avant le jour du jugement. C’est ainsi que Dieu, qui est un feu consumant, ne consumait pas, parce qu’il se révélait en grâce — une grâce qui règne en justice.
Puis Dieu annonce ses desseins à Moïse : «Je suis descendu pour délivrer mon peuple de la main des Égyptiens, et pour le faire remonter de ce pays-là, en un pays bon et spacieux, en un pays découlant de lait et de miel» (v. 8). Il ne dit pas un mot du désert et des quarante années d’épreuve que le peuple y passera. Son plan était de les éprouver là, et il l’exécutera ; mais son but était de les amener au lieu où il pourrait habiter lui-même, au pays qui «est abreuvé d’eaux selon qu’il pleut des cieux» ; à un pays dont l’Éternel a soin, «sur lequel l’Éternel, ton Dieu, a continuellement ses yeux, depuis le commencement de l’année jusqu’à la fin (Deut. 11).
Il veut nous amener dans un lieu où son propre coeur puisse être satisfait, où il puisse habiter avec son peuple et jouir de lui. Quelle différence entre ce lieu-là et le pays de l’esclavage, où l’on ne peut rien avoir sans peine, où aucun homme ne donne rien ! «Car le pays où tu vas entrer pour le posséder, n’est pas comme le pays d’Égypte, duquel vous êtes sortis, où tu semais ta semence, et l’arrosais avec ton pied, comme un jardin à herbes». (Deut. 11:10).
Dieu nous a rachetés pour le ciel et pour Christ dans la gloire ; il ne nous a point rachetés pour ce monde, quoique ce soit ici-bas qu’il éprouve nos coeurs, et qu’il nous apprenne à éprouver le sien et à avoir confiance en lui. C’est pourquoi il annonce ses desseins à Moïse sans lui dire un seul mot du désert.
Lorsque Moïse vient annoncer au peuple que Dieu veut le délivrer, Satan commence immédiatement à agir. Aussi longtemps que l’homme fort armé a gardé son palais, ses biens étaient en sûreté ; mais s’il en vient un plus fort que lui, tout est changé. Les fardeaux sont augmentés et les travaux rendus plus difficiles ; il faut faire les briques sans paille. Le service de Satan est facile, lorsque chacun est endormi sous son pouvoir, et se laisse entraîner sans résistance par le courant ; mais il devient tout autre lorsque Dieu commence à travailler de son côté.
Alors l’homme regrette l’engourdissement de son premier état, qu’il préférait de beaucoup à l’oppression active du second. Les chaînes qu’il sentait à peine, deviennent plus lourdes, et il en entend le cliquetis.
Satan lie ses victimes de mille manières différentes, mais les chaînes les plus tristes sont celles qui ne font aucun bruit, et qui, par conséquent, restent inaperçues. Les chaînes de Caïn étaient l’envie et la jalousie ; il ne pouvait supporter de voir que son frère, qui n’avait pas travaillé autant que lui, fut accepté sans effort. Celles de Balaam étaient les «gages de l’iniquité», qui tenaient son âme captive. Il serait volontiers mort de la mort du juste, mais il n’avait pas la force de briser les chaînes qu’il aimait si bien, pour vivre de la vie du juste ; ainsi il était perdu. Pour Hérode, c’était la convoitise qui l’enchaînait. Nous voyons en lui le travail d’une conscience délicate, tellement qu’il «craignait Jean, le sachant homme juste et saint, et il le gardait soigneusement ; et lorsqu’il l’avait entendu, il faisait beaucoup de choses, et il l’écoutait volontiers» (Marc 6:20). Pour un moment il paraissait complètement changé, mais les chaînes invisibles et silencieuses qui entouraient son âme étaient trop fortes pour qu’il pût les briser ; et, pour plaire à une courtisane, il fait décapiter Jean. C’est bien sérieux !
Nous pourrions citer, dans les Écritures, bien d’autres exemples de ce genre. Judas aimait l’argent ; l’avarice était la chaîne qui finit par étouffer son âme, et qui n’était visible que pour l’oeil du Seigneur ; cette chaîne se resserrait peu à peu jusqu’au jour où le «fils de perdition s’en alla en son propre lieu». Pour l’aimable jeune chef du peuple (Marc 10) c’étaient les richesses qui retenaient son coeur captif ; Jésus met le doigt sur la chaîne, et «il s’en alla tout triste, car il avait de grands biens» (Luc 18). Pour Gallion, c’était l’insouciante indifférence que nous rencontrons si souvent : «Il ne se mettait pas en peine de tout cela» (Actes 18:17). Pour Félix, c’était la négligence qui lui faisait remettre les choses d’un jour à l’autre. Il était effrayé, lorsque Paul discourait sur «la justice, et sur la tempérance, et sur le jugement à venir» ; mais il remit la repentance à un autre jour qui, hélas n’arriva jamais. Pour Saul de Tarse, c’était sa robe de propre justice.
Toutes ces différentes chaînes entourent notre coeur si doucement, que nous ne les sentons que lorsque le Seigneur intervient dans sa miséricorde ; alors tout change. Nous commençons à nous apercevoir de l’esclavage, comme nous ne l’avions jamais senti auparavant, parce que Satan déploie toutes ses forces pour empêcher la grâce du Seigneur de faire son oeuvre de délivrance. Hélas, le peuple que Dieu veut délivrer commence à murmurer. Mais ne nous en étonnons pas ; tout était comparativement facile pour lui dans cet esclavage, que Satan ne lui faisait pas sentir trop péniblement ; mais touchez à ses chaînes, et il criera !
Je désire, en passant, adresser un mot à la conscience de mes lecteurs. Avez-vous, autour de votre coeur, quelque chaîne silencieuse et invisible, dont vous n’ayez peut-être pas même conscience ? Peut-être le Seigneur l’a-t-il touchée de temps à autre de manière à vous en faire entendre le bruit ; cependant vous restez enchaîné. Peut-être aussi est-ce une chaîne dont vous connaissez bien l’existence, le Seigneur et votre conscience vous l’ont déjà fait sentir ; cependant elle est toujours là. Quelque péché secret que vous gardez et que vous chérissez au fond de votre coeur, invisible à d’autres, mais s’attachant à vous et vous rongeant.
Prenez garde ; regardez à Celui qui vous a fait sentir cet esclavage, et soyez assuré que si son oeil l’a vu, son bras est assez fort pour briser tous les liens qui enlacent votre coeur ; ils seront comme «les cordes qui étaient sur les bras de Samson», — ils deviendront «comme du lin où l’on a mis le feu». (Juges 15:14).
Ne laissez pas non plus la terrible chaîne de l’insouciance et de la négligence se resserrer peu à peu autour de votre âme, jusqu’à ce «plus tard» qui ne viendra jamais.
Vous êtes avertis ; allez à Lui (que vous soyez saint ou pécheur) et, quand vous serez en sa présence, il vous fera éprouver la vérité des paroles qu’il a dites lui-même : «Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres».
Je passe sous silence tous les signes et les miracles qui furent faits dans le pays de Cam, ainsi que les compromis proposés par l’ennemi, sous la pression de la main de Dieu, pour arriver au moment où le message final fut envoyé par Moïse à Pharaon (Exode 11).
Je ferai remarquer ici la complète analogie qui existe entre ce qui se passait alors, et les dispensations actuelles du Seigneur, en grâce. Avec le message de la pleine et libre grâce dans l’évangile, nous recevons la révélation finale d’un jugement à venir — révélation aussi positive qu’elle est solennelle et pénétrante pour l’âme. Aucune menace, pas de déclamations ou de dénonciations ; rien que l’exposé, à la fois calme et terrible, de la ruine totale de l’homme mis à l’épreuve de diverses manières, et de la condamnation certaine et éternelle de toute âme que Dieu jugera d’après ses oeuvres. La vérité a paru et a tout mis en lumière ; elle a montré ce qu’est Dieu, ce qu’est l’homme, ce qu’est Satan, ce qu’est le monde, ce qu’est le jugement : toutes choses sont mises à nu par elle. Dieu ne menace pas, mais il a révélé le jugement à venir comme résultat terrible de la grâce méprisée. «Et Moïse dit : Ainsi a dit l’Éternel : environ sur le minuit je passerai au travers de l’Égypte» (v. 4), L’heure où chacun dort et se croit en sûreté est l’heure choisie pour le jugement. «Et il y aura un si grand cri dans tout le pays d’Égypte, qu’il n’y en eut jamais, et qu’il n’y en aura jamais de semblable» (v. 6.) Un cri qui retentit lorsque le coup est déjà frappé.
Les signes et les miracles n’avaient produit aucun effet sur le coeur de Pharaon, qui était même resté insensible à la menace du jugement. Le plan de la délivrance avait été déroulé par Celui qui sait ce qu’il peut exiger, et qui allait paraître sur la scène comme un juge juste et inexorable. L’heure du souper était celle où il fallait écouter et agir ; lorsque minuit arrive, le coup était frappé, il était trop tard. Celui qui aura différé aura beau mettre en avant sa parfaite connaissance du plan de la délivrance ; c’est trop tard ; il a croisé les bras et le jugement l’a atteint. Il peut crier : «Seigneur, Seigneur, ouvre-moi», la porte de la miséricorde est fermée pour toujours !
Si nous examinons la parabole du grand souper, dans le quatorzième chapitre de Luc, nous voyons que ce ne sont pas ceux qui vivaient ouvertement dans le péché, qui refusent ce dernier appel de la grâce. Je dis le dernier, car vous remarquerez que la fête de l’évangile est présentée comme le repas final du jour où Dieu était en relations avec l’homme. Dans ce jour-là, le Seigneur dînait dans la maison du pharisien. Le souper est le dernier repas du jour avant que minuit sonne. Ce fait est significatif : l’évangile arrive après les voies de Dieu et ses divers essais avec l’homme. Le matin de l’innocence, avec ses beaux moment de fraîcheur, lorsque Dieu descendait pour visiter ses créatures et que la création était pure de toute souillure, a bien vite passé, et l’homme est tombé pour ne jamais revenir à cet état de bénédiction de la créature.
Alors vinrent les voies du milieu du jour, les rapports de Dieu avec l’homme possédant une conscience obtenue par la chute. C’est alors que se montre la terrible méchanceté des hommes et des anges ; la terre est remplie de corruption et de violence, et Dieu lave cette terre souillée dans le grand baptême du déluge. Mais l’homme met le diable à la place de Dieu dans la terre renouvelée, et le monde entier l’adore en se livrant aux passions et aux abominations de leurs coeurs.
Puis vient ce que j’appellerai l’après-midi : l’épreuve de la loi. La loi montrait à l’homme quel était son devoir ; ses «tu feras» et «tu ne feras pas» lui enseignaient ce qu’il devait être, mais ne lui montraient ni ce qu’il était réellement, c’est-à-dire complètement ruiné et perdu, ni ce qu’était Dieu avec son coeur plein d’une tendre pitié et d’un amour parfait. Les prophètes sont alors envoyés pour rappeler l’homme à l’obéissance de la loi sous peine du jugement final ; et les prophètes sont lapidés.
Enfin c’est au soir que Dieu se révèle en Christ. L’homme sera-t-il touché et gagné cette fois-ci ? Hélas, non ! Pas un seul coeur ne vient de lui-même à Christ ; on ne sait voir en lui quelque beauté qui puisse le faire désirer. C’était un soir splendide que celui qui se montrait ainsi, après un jour d’orage et de misère ; mais il devait se terminer bien vite par les ténèbres de la croix, où l’homme éteignit (autant que cela lui fut possible) la lumière du ciel.
Dieu avait encore en réserve une autre heure de miséricorde ; l’heure du souper : le Saint Esprit envoyé du ciel avec ce message : «Venez, car déjà tout est prêt». Il dit : «Venez», car minuit, le jugement, était près d’arriver. Mais «ils commencèrent tous unanimement à s’excuser». Même les hommes qui ne vivaient pas positivement dans le péché, mais s’occupaient honorablement de leurs affaires et de leurs familles, refusent, eux aussi, le don de Dieu.
Je ne connais rien de plus solennel que la parabole de l’homme riche et de Lazare (Luc 16), où le Seigneur soulève le voile, pour nous laisser voir le jugement terrible d’une époque à venir, et nous faire comprendre, dans ce présent jour de grâce, quel sera alors cet aiguillon terrible du remords, le souvenir forcé des avantages que nous avons perdus pour toujours et par notre propre faute. Quel châtiment terrible pour les professants, pour les insouciants, pour les timides. «Mon enfant, souviens-toi», parole qui, à elle seule, nous dépeint cette scène redoutable mieux que n’auraient pu le faire les plus longs récits.
Mais je ne veux pas m’appesantir sur ce côté-là du tableau ; je désire plutôt indiquer aussi bien que possible le moyen d’échapper à ce jugement infaillible.
Il y avait, la nuit de la pâque, une sérieuse question entre Dieu et Israël ; les Israélites étaient pécheurs, et le péché avait fait de Dieu un juge ; mais il était descendu pour les délivrer et pour les amener au pays de la promesse, et il leur indique le moyen par lequel il pourra, tout en maintenant sa justice, passer par-dessus leur péché, lorsqu’il jugera le monde. Le sang d’un agneau sans tare devait être mis «sur les deux poteaux et sur le linteau de la porte des maisons», qui devaient rester fermées, et dont aucun d’eux ne devait sortir jusqu’au matin.
Je n’ai pas l’intention de m’arrêter longuement sur cette scène si connue et qui, tant de fois déjà, a été méditée avec fruit ; je voudrais seulement appuyer sur certains points qui ne me paraissent pas avoir été suffisamment remarqués. Le soir venu, l’agneau devait être égorgé, et son sang appliqué sur la porte par l’Israélite, agissant dans «l’obéissance de la foi» ; et cette aspersion devait avoir lieu au moyen d’un «bouquet d’hysope». Ce bouquet d’hysope est significatif. Plusieurs connaissent ce que l’on appelle le plan du salut ; ils comprennent très bien qu’on ne peut être sauvé que par la foi et que, seul, le sang du Seigneur Jésus-Christ peut nous délivrer du jugement à venir ; ils connaissent ces paroles : «Sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission» (Héb. 10:22). Cependant ils n’ont, pour ainsi dire, jamais tenu le bouquet d’hysope dans leurs mains — ce bouquet d’hysope, qui est la démonstration du lien réel existant entre leurs âmes et l’acceptation de la bonne nouvelle. C’est là le point que plusieurs d’entre nous négligent. Le bouquet d’hysope est employé dans deux occasions dans les Écritures. (Je ne parle pas de son importance comme type dans les holocaustes. Voy. Lév. 14 et suivants). Dans une de ces occasions, il est employé par un Israélite avec du sang (Exode 13) ; dans l’autre, il est dans la main d’un homme net, qui l’emploie pour un Israélite et avec de l’eau (Nomb. 19). Dans les deux cas, il est le signe de l’humiliation. Le psalmiste considère aussi l’hysope de cette manière, dans le Ps. 50:17, lorsqu’il s’écrie : «Purifie-moi du péché avec de l’hysope, et je serai net ». C’était la purification morale de son âme par une complète humiliation. Un Israélite qui croyait ce que lui disait Moïse à propos de la délivrance, dans cette nuit qui devait être «en mémorial», n’allait pas comme tant d’entre nous le font, se croiser les bras et attendre. Non ; il se ceignait et agissait dans «l’obéissance de la foi». (Rom. 1:5 et 16:26). Le monde pouvait le voir, le bouquet d’hysope à la main, aspergeant la porte de sa maison, «confessant de sa bouche» sa foi au message divin, et s’appropriant ainsi personnellement l’efficace du sang de l’agneau. C’était humiliant pour lui de se présenter ainsi devant un peuple d’idolâtres, dont il avait partagé les abominations (Ezéch. 20:6-8), et de confesser que, quoiqu’il appartint au peuple choisi de Dieu, il ne pouvait échapper au jugement qu’en se mettant à l’abri du sang de l’agneau. En faisant cette confession, il justifiait Dieu et se condamnait lui-même ; c’était humiliant, mais cela devait être ainsi. «Que Dieu soit vrai et tout homme menteur». C’est là le lien entre l’homme et Christ, et ce lien manque à plusieurs ; le bouquet d’hysope n’a jamais été pris en main ; l’âme ne s’est jamais humiliée dans l’obéissance de la foi, connaissant son propre état et ne se contentant pas de croire du coeur à l’évangile, mais le confessant de bouche à salut.
Dieu a des moyens bien variés pour ouvrir les âmes à la connaissance de leur propre misère, afin que son coeur à lui soit libre de répandre dans celui des hommes les flots de son immense amour ! Qu’ils sont merveilleux les différents chemins par lesquels il amène les âmes au lieu de la bénédiction c’est-à-dire au sentiment de leur ruine complète devant lui ! Une fois qu’elles sont arrivées là, il n’y a plus d’obstacles ; dès lors, rien ne saurait être plus simple que l’histoire de sa grâce : «La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton coeur, c’est-à-dire la parole de la foi, laquelle nous prêchons, savoir que si tu confesses de ta bouche Jésus comme Seigneur, et que tu croies dans ton coeur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé» (Rom. 10:8-9). Le pauvre brigand sur la croix connaissait l’humiliation dans sa conscience, lorsqu’il dit : «Nous y sommes justement». Il avait, à ce moment-là, le bouquet d’hysope à la main ; il ne réclamait aucune supériorité sur le brigand qui se moquait ; il n’essayait pas de se justifier ; il justifiait Dieu et se condamnait lui-même ; il n’y avait donc plus aucun obstacle à ce que l’amour de Christ se fit connaître à lui. Il croyait dans son coeur et il confessait de sa bouche ; aussi fut-il en paradis avec Jésus ce même jour-là. Il en est de même pour la femme syrophénicienne. «Oui, Seigneur», dit-elle, reconnaissant qu’elle n’avait pas le droit de rien réclamer de Celui qui était là, devant elle, le coeur plein de miséricorde, «cependant les chiens, sous la table, mangent des miettes». Elle montre ainsi que son coeur avait compris celui de Dieu, et qu’elle croyait trouver là une bénédiction pour ceux même qui n’avaient aucune promesse et aucun droit à la grâce ; c’était la conscience s’humiliant devant le Seigneur dans l’obéissance de la foi, et, aussitôt qu’elle en arrive là, la source est ouverte ; le coeur du Seigneur est libre de répandre cette bénédiction qu’il est venu révéler et apporter. «O femme, ta foi est grande, qu’il te soit fait comme tu veux» (Matth. 15:28). Il est impossible de trop attendre de Dieu. Comme l’Éternel luttait autrefois avec Jacob pour l’amener à la condition où il pourrait le bénir ainsi le Seigneur lutte avec la femme jusqu’à que qu’elle soit arrivée à comprendre et à sentir son propre état ; alors vient la bénédiction. C’est cette vérité que fait entrevoir à notre âme l’Israélite avec le bouquet d’hysope dans la main, le soir de la pâque. Le sang dont il fait aspersion, est mis là pour satisfaire l’oeil de Dieu ; pour lui donner une juste raison de passer, dans ses jugements, par-dessus l’homme dont les péchés méritaient d’être châtiés, aussi bien que ceux de l’Égyptien, son voisin.
Minuit, l’heure du jugement, arrive ; mais tout était en règle avant cette heure-là ; il faut qu’il en soit de même pour nous. Nos péchés ne peuvent pas être plus grands au jour du jugement qu’ils ne le sont aujourd’hui, et le moyen, donné par Dieu, pour échapper à ce jugement, ne changera pas non plus : il est infaillible maintenant, comme il l’était alors. L’amour de Dieu a anticipé ce jour là en donnant son Fils, qui est venu et a présenté son sang devant Dieu. Dieu a déclaré notre état de péché quand il a dit : «Il n’y a point de juste, non pas même un seul», et le jugement ne peut que concerner cette vérité ; mais Christ a porté nos péchés, les a ôtés de dessus nous, avant que le jour arrive, et Dieu nous a fait savoir qu’il en est ainsi. «Celui qui croit en lui n’est pas jugé, mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu» (Jean 3:18).
Mais, direz-vous, je sais tout cela. Je vous demande alors : Etes-vous pardonné ? êtes-vous en sûreté sous la protection du sang de Christ ? Je ne vous demande pas si vous espérez être sauvé, mais si vous l’êtes ? — et vous l’êtes, si vous croyez ce que Dieu dit. Si vous croyez votre propre coeur, vous serez confus : «Celui qui se confie en son propre coeur est un fou» (Prov. 26:26).
Puissiez-vous savoir ce que c’est que d’avoir tenu dans votre main le bouquet d’hysope ; d’avoir confessé de votre coeur que votre seule sécurité est ce précieux sang de Christ, que Dieu, contre lequel vous avez péché, a regardé et accepté, et dont la valeur à ses yeux ne changera pas au jour du jugement. C’est en vertu de ce sang qu’il a dit : «Je passerai par-dessus vous».
Après cette déclaration, oseriez-vous encore douter qu’il ne l’ait accepté ? Je ne demande pas si vous l’avez accepté, mais si vous croyez qu’il l’ait accepté — et, vous le savez, vous en avez la preuve en ceci : que Jésus est assis à la droite de Dieu. «Ayant fait par lui-même la purification de nos péchés, il s’est assis à la droite de la majesté dans les hauts lieux» (Héb. 1:3).
Supposez que quelqu’un ait payé pour moi une dette que je ne pouvais payer moi-même ; je ne peux plus être poursuivi pour cette dette, mais j’ai peur de rencontrer mon créancier. Pour pouvoir être heureux en sa présence, il faut que je sois sûr que quelqu’un a été assez bon pour payer à ma place. Dieu déclare qu’elle est payée ; ma conscience est donc libre, et je puis supporter maintenant d’examiner mon propre coeur, ce que je n’osais pas faire auparavant.
La question de nos péchés est donc réglée avant le jour du jugement, et réglée de manière à satisfaire la justice même de Dieu. S’il n’en était pas ainsi, il n’y aurait plus rien à espérer ; Christ ne peut pas mourir encore une fois, «la mort ne domine plus sur lui». Il a été «offert une fois pour porter les péchés de plusieurs». Je dis tous nos péchés, car ils étaient tous à venir quand ce précieux sang fut versé, quand Jésus les porta en son propre corps sur la croix. S’ils n’étaient pas tous là, expiés et ôtés, ils s’élèveraient sûrement contre nous au jour du jugement, et ce serait la condamnation éternelle pour nous. Mais, grâces en soient rendues à Dieu, il a porté tous nos péchés à nous qui croyons. D’autres peuvent le rejeter et périr, mais l’amour est là, ainsi que l’oeuvre de Christ pour sauver tous ceux qui croient en lui.
Lorsque nous recevons la rémission de nos péchés, un fait très important pour nos âmes en est la conséquence ; je veux parler du sceau de l’Esprit Saint qui est mis sur nous, au moment même où nous acceptons ce pardon, où nous croyons en Jésus-Christ. C’est tout autre chose que le réveil de nos âmes qui nous fait simplement voir combien nous avons besoin d’être pardonnés ; c’est l’habitation du Saint Esprit dans nos corps.
Cette vérité est démontrée en type dans les choses qui arrivèrent à Israël. Du moment que le sang a satisfait aux justes exigences de Dieu, la colonne de nuée et de feu descend du ciel. «Et l’Éternel allait devant eux, de jour dans une colonne de nuée pour les conduire par le chemin, et de nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afin qu’ils marchassent jour et nuit ; et il ne retira point la colonne de nuée le jour, ni la colonne de feu la nuit de devant le peuple» (Exode 13:21-22).
Quel bonheur pour les Israélites d’être délivrés d’un Dieu de jugement, la nuit de la pâque ; mais Dieu était dehors, et ils étaient dedans ; ils ne pouvaient avoir aucune communion de pensées avec Celui qui exerçait le jugement. Leur pensée à eux, dans cette nuit solennelle, était d’empêcher Dieu d’entrer dans leurs maisons ; mais, après le jugement, il vient immédiatement prendre place au milieu de ceux que le sang a préservés.
Le pardon était connu, mais l’affranchissement ne l’était pas encore ; cependant la conscience était purifiée devant Dieu ; c’est pourquoi la colonne de nuée descend avant que le peuple ait quitté l’Égypte.
Mon âme peut ne connaître que le simple et bienheureux fait de la rémission des péchés, mais peu importe — le reste suivra ! Dieu me scellera de son sceau. Lorsque Pierre prononça devant une foule qui avait besoin de pardon, ces paroles qui leur annonçaient la rémission de leurs péchés au nom du Seigneur Jésus et en vertu de son oeuvre : «Tous les prophètes lui rendent témoignage, que, par son nom, quiconque croit en lui reçoit la rémission des péchés» (Actes 10:43), ces pauvres coeurs avides acceptèrent immédiatement le message ; et «comme Pierre prononçait encore ces mots, l’Esprit Saint tomba sur tous ceux qui entendaient la Parole (v. 44). Sans doute, l’Esprit Saint avait déjà travaillé à réveiller ces âmes avant la visite de Pierre ; il avait créé des désirs et des besoins que Christ seul pouvait satisfaire ; mais, maintenant, il vient avec le message de pardon et il est cru ; c’est pourquoi il fait sa demeure chez ceux qui ont accepté ce message : c’est le don de l’Esprit Saint, bien différent des dons qui devaient, dans ce même jour-là, faire reconnaître sa présence à d’autres yeux.
C’est ainsi que Pierre comprenait le sceau de l’Esprit Saint, et c’est ainsi que Paul l’enseignait. Pierre leur dit, au deuxième chapitre des Actes, v. 38, qu’après la rémission des péchés, ils recevraient le don du Saint Esprit. Paul en dit autant dans l’épître aux Romains : le sang de Christ ayant été versé (Rom. 3:25), le pécheur ayant cru en celui qui justifie l’impie (Rom. 4:5) et qui a ressuscité d’entre les morts Jésus notre Seigneur,; lequel a été livré pour nos fautes (Rom. 4:24-25), l’amour de Dieu est versé (immédiatement) dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné (Rom. 5:5). Tout ceci a lieu avant que l’affranchissement de leur état de péché devant Dieu leur soit connu (Chapitres 6 et 7).
La réception de l’Esprit Saint est donc positivement un résultat de notre foi en Christ pour la rémission de nos péchés. Il nous reste, sans doute, beaucoup à apprendre ; mais le résultat est évident : le Saint Esprit demeure en nous comme conséquence et comme sceau ; «auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la promesse» (Éph. 1:13).
Le chap. 10 de l’épître aux Hébreux nous développe cette même vérité. Aussitôt que l’oeuvre de Christ est accomplie, l’Esprit Saint est envoyé, afin que nous connaissions la rémission des péchés. «Et l’Esprit Saint aussi nous en rend témoignage,... je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés, ni de leurs iniquités» (Héb. 10:14-17).
Tout enfant de Dieu possède le pardon de ses péchés ; il n’est jamais question dans les Écritures d’un enfant de Dieu non pardonné. Une fausse théologie peut sans doute obscurcir les âmes et les empêcher de connaître la vérité, néanmoins le pardon des péchés est leur portion ; leurs péchés leur sont pardonnés, qu’elles en aient conscience ou non. Mais Dieu veut qu’elles le sachent ; c’est pourquoi, lorsqu’elles reçoivent le pardon, il leur donne le Saint Esprit. Ce n’est pas affaire de progrès, mais de simple foi, c’est-à-dire d’accepter les pensées de Dieu en abandonnant les nôtres. «Abraham crut Dieu», voilà la foi. L’expérience est souvent en contradiction avec ce que Dieu dit ; mais la foi n’est pas l’expérience, et c’est par la foi, non par l’expérience que nous sommes sauvés. La pleine assurance de la foi est le seul état normal du chrétien. Elle est basée sur ce que Christ a fait, et sur ce que l’Esprit Saint a déclaré dans la parole de Dieu. L’incrédulité rejette cette Parole et va à la perdition, mais la foi — une foi chrétienne enfantine — croit Dieu, «scellant ainsi que Dieu est vrai», et Dieu met son sceau, le Saint Esprit, sur celui qui croit. Mais connaître le pardon des péchés n’est pas connaître la rédemption. Un homme peut savoir que les péchés pour lesquels il aurait dû être jugé lui sont remis, et être malgré cela en Égypte quant à sa conscience ; il peut croire qu’il continue à être simplement «un pécheur», qu’il est encore un enfant d’Adam déchu, et, dans ce cas, le sentiment d’être délivré de cet état ne saurait se trouver en lui. C’est sans doute beaucoup déjà, de savoir que j’avais commis des péchés qui méritaient le jugement, et que la grâce intervenant m’a mis à l’abri par le sang de Christ, effaçant à la fois mes péchés pour toujours et me délivrant du jugement à venir. Mais c’est tout autre chose de savoir que j’ai été affranchi complètement de l’état dans lequel je me trouvais devant Dieu — celui d’un enfant d’Adam, pécheur et responsable — et que je suis maintenant un enfant de Dieu pardonné, et ne pourrai jamais redevenir un enfant d’Adam !
C’était autre chose pour Israël de savoir qu’il était sauvé hors d’Égypte, ou de savoir seulement qu’il était à l’abri du jugement, la nuit de la pâque. En Égypte, les Israélites avaient été des esclaves, faisant des briques sans paille ; ils sont les affranchis de Dieu lorsqu’ils chantent le cantique de Moïse au bord de la Mer Rouge, du côté du désert.
Or c’est ce point-là que plusieurs ignorent ; ils mettent leur confiance en Christ comme leur seule espérance ; ils savent même que leurs péchés leur sont pardonnés, mais ils n’en continuent pas moins, pendant tout le temps de leur vie, à gémir sur ce qu’ils sont des «pécheurs» ou de «misérables pécheurs». Ils ne pourraient pas faire cela, s’ils connaissaient réellement la rédemption.
Supposez qu’un Israélite, au lieu de chanter avec les autres le cantique de Moïse, s’écrie, en s’apercevant que sa personnalité n’a pas changé : «Je suis encore un pauvre esclave en Égypte !» que penseriez-vous de sa folie ? Cependant il y a beaucoup d’enfants de Dieu qui ne se trouvent pas dans un état meilleur, et combien c’est déshonorant pour l’oeuvre de Christ ! Mais cet état satisfait la religion systématique et lui vient même en aide ; la vraie puissance de la rédemption est ignorée, non pas en paroles, car, hélas ! celle des ruses de l’ennemi qui réussit le mieux est d’employer des paroles orthodoxes, sans leur donner leur vraie et entière signification, et d’aveugler ainsi les âmes du peuple de Dieu, les gardant jusqu’au bout dans l’ignorance et l’incertitude.
Un Israélite racheté était considéré, dès ce moment-là, comme sur un terrain entièrement nouveau ; il n’était plus traité comme un esclave en Égypte, mais comme possédant une nouvelle position et des relations très différentes avec Dieu. Il en est de même pour le chrétien (*).
(*) Je ferai remarquer ici que nous ne devons pas confondre deux pensées qui sont très distinctes dans les Écritures, c’est-à-dire la rédemption ou rachat et l’acquisition ou achat. Christ est «le chef de tout homme». Tout homme doit lui être présenté, en grâce maintenant ou en jugement plus tard, à cause des droits qu’il a sur tout homme par achat. C’est à ceci qu’il est fait allusion en 2 Pierre 2:1, et dans Jude, où il est parlé de ceux qui professent son nom, reniant le Maître qui les a achetés ; il n’est pas dit ici qu’il les ait rachetés. Dans la parabole du trésor (Matth. 13), vous avez l’homme achetant le champ (le monde), afin de posséder le trésor qui y était caché. Christ achète tout l’héritage, le monde et tout ce qu’il contient ; mais il rachète son peuple. Acheter un homme, c’est en faire son esclave ; le racheter, c’est le rendre libre. Il n’est jamais dit que Christ ait racheté tous les hommes ; il est dit qu’il les a achetés, c’est pourquoi il a sur ce terrain-là (et pas seulement sur celui-là), des droits incontestables sur tous les hommes.
Un chrétien est à la fois acheté et racheté ; affranchi, par la rédemption, de l’esclavage de Satan et des conséquences de ses propres péchés, et acquis à Christ auquel il appartient ; il est «acheté à prix», c’est pourquoi il «n’est plus à lui-même», mais à Celui qui l’a acquis pour le posséder.
Et maintenant une autre chose se présente : c’est que nous devons non seulement apprendre ce que nous avons fait, et que nous avons besoin d’être pardonnés, mais encore comprendre ce que nous sommes et la délivrance que nous trouvons en Christ. Nous n’atteindrons pas la conscience d’une complète délivrance de ce que nous sommes, tant que nous n’aurons pas été forcés de nous écrier : «Misérable homme que je suis, qui me délivrera ?» Nous avons vu que le pardon des péchés peut être connu jusqu’à un certain point, sans que la rédemption soit comprise.
Tout ceci est développé dans le quatorzième chapitre de l’Exode. Les Israélites se mettent en route pour quitter l’Égypte ; mais ils ont à apprendre une amère leçon ; c’est qu’ils ne peuvent se délivrer eux-mêmes ; ni le pardon, ni la possession de la vie, ne donnent la force. C’est ici que se place l’expérience, mais l’expérience avant la délivrance, c’est-à-dire sur un terrain qui n’est pas encore le terrain chrétien. L’expérience ne donne jamais l’affranchissement ; elle m’amène à comprendre que je suis captif, mais ne peut me délivrer (voyez Rom. 7:14-24) ; ce qui me délivre, c’est l’oeuvre d’un autre.
Dans la nuit de la pâque, la question était entre Dieu et Israël ; à la Mer Rouge, entre Dieu et l’ennemi. Auquel des deux, ceux qui avaient été rachetés par le sang, appartiendraient-ils ?
Dans ce passage de la Mer Rouge nous apprenons, en type, l’efficace de la mort de Christ et de sa résurrection pour nous délivrer du monde, et de la puissance de Satan qui a fait de ce monde une scène qui puisse satisfaire la chair de l’homme.
Le sang de Jésus a répondu pour nos péchés devant un Dieu juge ; sa mort et sa résurrection nous placent, par la rédemption, dans une position toute nouvelle : elles nous délivrent pour toujours des attaques et des accusations de l’ennemi. Dieu nous compte, dans sa grâce, ce que nous possédons par la foi : l’efficace de ce que Christ a traversé pour nous.
Les enfants d’Israël avaient campé à Pi-Hahiroth entre Migdol et la mer. Pi-Hahiroth signifie «le passage de la liberté». Satan rassemble ici toutes ses forces pour un assaut final qui rende inutile «le salut de l’Éternel» ; toutes ses armées poursuivent le peuple qui a «une fort grande peur». L’Éternel permet cette poursuite, dont le résultat doit être de leur apprendre à le connaître autrement que comme Juge. Ils font l’expérience de leur faiblesse et de leur incapacité quand ils trouvent qu’il leur était plus facile d’être les esclaves de Satan que de supporter l’effort de sa poursuite lorsqu’ils essayent de lui échapper. Peut-être avaient-ils une fois rêvé la fuite ; mais le jour de l’épreuve est là et leur servitude en Égypte leur paraît préférable à ce moment difficile. «Car il vaut mieux que nous les servions, que si nous mourions au désert» (v. 12). La mort était devant eux et la puissance de Satan s’étend jusqu’à la mort ; la mort une fois passée, c’en est fini du pouvoir de Satan.
Les ressources de Dieu se montrent alors. Le sang qui a lavé nos péchés est sorti du côté d’un Christ mort ; mais ce Christ est ressuscité et a quitté le domaine de la puissance de Satan, annulant la mort pour celui qui croit. «Ne craignez point, arrêtez-vous et voyez la délivrance de l’Éternel... L’Éternel combattra pour vous, et vous vous demeurerez tranquilles» (v. 13-14).
Alors Moïse éleva la verge du jugement et divisa les eaux de la mort ; et le peuple passa de l’autre côté, à travers la mort qui se trouvait devant eux un instant auparavant. L’Éternel avait forcé les derniers retranchements de la puissance de Satan et avait obtenu une complète délivrance pour son peuple. Il peut y avoir encore un grand travail à faire en eux jusqu’à ce qu’ils se connaissent eux-mêmes et soient amenés à comprendre que, dans leurs difficultés, tout doit leur venir de Dieu ; mais le Seigneur a accompli l’oeuvre du salut pour nous, et ce qu’il a traversé nous est compté en grâce. Non seulement son sang nous a lavés de tout péché et nous a délivrés du jugement à venir, mais encore il est mort et ressuscité, et il a quitté la sphère dans laquelle il était entré pour nous : nous sommes donc aussi morts au péché et à l’état de péché pour lequel et auquel il est mort lui-même, en y mettant fin devant Dieu, et maintenant il vit à Dieu. «Christ, ayant été ressuscité d’entre les morts, ne meurt plus ; la mort ne domine plus sur lui. Car en ce qu’il est mort, il est mort une fois pour toutes au péché ; mais en ce qu’il vit, il vit à Dieu. De même vous aussi, tenez-vous vous-mêmes pour morts au péché, mais pour vivants à Dieu dans le Christ Jésus» (Rom. 6:9-10). Comment donc Satan pourrait-il nous toucher ou nous accuser ? Si nous sommes morts avec Christ à cette scène où son amour divin l’a fait entrer, nous y sommes morts pour toujours. Satan peut nous poursuivre (comme Pharaon et ses armées poursuivirent Israël), mais il y trouve sa ruine ; il a épuisé ses forces, lorsqu’il a excité le monde entier contre Christ pour l’en chasser ; mais c’est en cela même que Christ a détruit sa puissance. Ses accusations sont passées, ses attaques sont déjouées, nous sommes morts avec Christ. Ce ne sont que les vivants qu’on peut accuser et attaquer !
Si nous étions simples nous-mêmes, cette grande vérité de l’affranchissement serait bien simple aussi ; mais, hélas ! nous ne sommes pas simples. C’est pourquoi nous avons à passer par d’amères expériences jusqu’à ce que nous en arrivions à nous écrier : «Qui me délivrera ?» Dès ce moment-là, tout est simple et clair. Nous avons été transportés complètement hors de la position et de la condition où nous avions commis les péchés, et, comme nettoyés et purifiés, nous avons été placés dans une position toute nouvelle : «en Christ» ressuscité d’entre les morts.
Nous ne serions jamais arrivés là par nos propres efforts ; au contraire, nous ne pouvons obtenir cette délivrance en Christ, qu’en renonçant à tout effort personnel pour nous abandonner complètement à Celui qui a tout accompli, et qui se trouve lui-même maintenant dans cette position nouvelle.
Vous trouvez toutes ces expériences décrites dans le septième chapitre aux Romains, v. 14-24. Non pas que ces versets vous donnent l’expérience de toutes les personnes du temps où ils ont été écrits ; ils vous montrent les expériences passées d’un homme affranchi qui avait lutté lui-même pour obtenir sa liberté, jusqu’au moment où il comprit que tous ses efforts l’éloignaient plutôt de la délivrance qu’ils ne l’en rapprochaient. Au moment où il écrit, il est sur terre ferme, pour ainsi dire, et il décrit ce qu’il a éprouvé avant d’être libre.
L’histoire de Jonas (Jonas 2) est comme une illustration de ce que nous venons de dire. Il est placé dans un lieu d’où personne que Dieu seul pouvait le délivrer dans le «ventre du sépulcre» : comme il le dit lui-même. Trois fois de suite il essaie de dire ce qu’il ferait, si seulement il pouvait sortir ; mais non ! «Je verrai encore le temple de ta sainteté». Non, les voeux et les résolutions ne servent de rien. «Mais moi», s’écrie-t-il, «je te sacrifierai avec la voix de louange». Cette promesse va-t-elle le libérer ? Non. Il essaie de nouveau : «Je rendrai ce que j’ai voué». Mais tout est en vain ; les promesses et les voeux, les efforts et les résolutions faits dans ces conditions-là n’ont aucune valeur ; ils viennent du «moi», et aussi longtemps que ce «moi» est reconnu, c’est que vous n’y avez pas renoncé comme à une chose dans la chair de laquelle «il n’existe aucun bien», pour tourner vos yeux vers Christ seul.
Alors Jonas dit : «Le salut est de l’Éternel». Ah ! Jonas, tu as enfin trouvé le secret ; tu as touché le ressort et la porte s’ouvre; en un instant te voilà libre !
Qu’il est simple et qu’il est heureux en même temps d’avoir ses yeux détournés de soi-même, d’un état sans espoir, et reportés sur Christ, dans le sentiment d’une complète incapacité ; alors tout change ; nous sommes libres !
Je ferai remarquer, en passant, qu’il y a trois étapes dans l’expérience amère décrite dans ce chapitre de Rom. 7:14-24: Premièrement le mal irrémédiable de notre nature, de la chair, dans laquelle il n’habite point de bien, car non seulement l’arbre produit de mauvais fruits, mais l’arbre lui-même est mauvais. En second lieu, l’âme commence à s’apercevoir qu’après tout elle peut avoir de bonnes aspirations, un ardent désir de faire ce qui est bien devant Dieu, et que ces aspirations sont celles de la nouvelle nature qui est sanctifiée pour l’obéissance à Christ ; le premier cri de l’âme qui se réveille est «Seigneur, que veux-tu que je fasse ?» Mais quelle déception pour cette âme de voir que, malgré ces ardents désirs et ces sérieuses aspirations, la mauvaise nature est plus forte que la bonne et me rend captif, en sorte que ce n’est pas ce que je veux que je fais, et que ce que je hais, je le pratique. C’est une dure leçon, mais bien utile aussi. En dernier lieu, j’apprends que je n’ai aucun pouvoir sur ma chair, et que quelqu’autre que moi doit me venir en aide pour me délivrer. C’est triste pour moi d’apprendre que ma nature est absolument mauvaise ; plus triste encore de comprendre qu’elle n’est pas moi, et que pourtant je suis esclave de ses désirs. Mais, dès l’instant que je renonce à moi-même et à mes propres efforts, et que je m’écrie : «Qui me délivrera ?» mes yeux se sont détournés de tous les efforts tentés par le «moi», et je me trouve immédiatement libre. Le Seigneur est entré jusque dans les profondeurs de la mort, et la mauvaise nature a été jugée et condamnée si complètement dans sa personne, que je puis me considérer comme mort par la foi et pour la délivrance, quoique, de fait et par expérience, je trouve cette nature vivante et ses tendances toujours les mêmes. Seulement je suis autorisé à la traiter comme n’étant pas «moi», mais comme étant un ennemi que j’ai à combattre et à vaincre.
Ainsi nous sommes «en Christ» et plus du tout «en Adam», et maintenant, pour la première fois, nous porterons du fruit pour Dieu.
Toute cette oeuvre de rédemption (Ex. 12 à 14) est ce que Dieu a fait pour nous ; les expériences par lesquelles nous passons, sont un travail produit en nous, afin que nous puissions réaliser ce qu’il a accompli. Maintenant, pour la première fois, la bouche de ceux qui ont mangé en silence l’agneau pascal la nuit du jugement, dont les cris de détresse au bord de la Mer Rouge ont été exaucés par un Dieu Sauveur, s’ouvre enfin pour faire entendre un cantique de louange, pour célébrer ce que l’Éternel a accompli, dans sa grâce, pour leur délivrance.
Ainsi donc, les péchés, la mort et le jugement sont passés pour l’âme affranchie. Les péchés sont ôtés parce que Christ les a portés ; la mort est passée pour nous en Lui. Si nous avons à mourir physiquement, c’est un passage pour arriver dans la présence du Seigneur, et «la mort est à nous» et n’est plus «les gages du péché». Christ ayant pris sur lui ces gages, nous sommes affranchis, et, au lieu de nous amener à la portion de l’homme pécheur : le jugement après la mort (Héb. 9:27), la mort nous conduit à la gloire où se trouve Jésus. Le jugement est passé, car Christ a porté la colère, et celui qui a cru «a la vie éternelle et ne vient pas en jugement ; mais il est passé de la mort à la vie» (Jean 5:24).
Et «les eaux retournèrent et couvrirent les chariots et les gens de cheval de toute l’armée de Pharaon, qui étaient entrés après les Israélites dans la mer, et il n’en resta pas un seul. Ainsi l’Éternel délivra Israël» (v. 28-30).
Les mêmes eaux qui réduisent l’ennemi au silence, retournent dans leur lit, empêchant ainsi le peuple de retourner par ce chemin-là dans le pays de l’esclavage et du péché. La rédemption, une fois accomplie, est accomplie pour toujours.
«Celui qui sacrifie la louange, me glorifiera » (Ps. 50:23), dit le Seigneur. Dieu aime à recevoir nos louanges pour ce qu’il a fait en notre faveur, comme aussi pour ce qu’il est lui-même. Qui refuserait de chanter à sa gloire ? Qui voudrait rester silencieux, quand il s’agit de lui offrir «le fruit des lèvres qui confessent son nom» ? Mais remarquez quel est le moment où le chant se fait entendre : c’est lorsque l’ennemi est réduit au silence, lorsqu’ils «sont descendus au fond des eaux comme une pierre», «qu’ils ont été enfoncés comme du plomb au plus profond des eaux». Dieu a agi et Israël est libre : c’est le moment où Dieu veut avoir sa récompense en louanges et en adoration. Comment aurait-il pu être adoré par des coeurs écrasés sous le joug par des consciences mal à l’aise ? C’eût été impossible.
Ce qu’on appelle généralement le culte est une certaine suite de formules religieuses, une routine de prières et de chants, auxquels on ajoute peut-être un sermon. Chacune de ces choses est très bonne à sa place, mais aucune ne se retrouvera dans le ciel. Le culte est ce qui caractérise le ciel : «Oh! que bienheureux sont ceux qui habitent en ta maison, et qui te louent incessamment» (Ps. 84:4). «Ils ne cessent jour et nuit, disant : Saint, saint, saint, Seigneur, Dieu, Tout-Puissant» (Apo. 4:8).
Le Père cherche ceux qui l’adorent en esprit et en vérité (Jean 4:23). Le culte est l’expression de notre plénitude et des bénédictions de Dieu ; la prière est l’expression de nos besoins et de notre dépendance de lui.
Dieu commence par nous purifier de nos péchés, afin que nous puissions être heureux en sa présence ; il nous donne une nouvelle nature, capable de jouir de lui dans la lumière de sa présence, et après cela il nous place devant lui, «saints et irrépréhensibles» en Christ, et nous scelle du sceau de l’Esprit de Dieu ; alors, nous ayant rachetés, Christ prend sa place au milieu de son peuple pour conduire à Dieu leur louange. Christ était seul dans la mort, seul dans l’expiation et dans le jugement, mais, aussitôt qu’il a tout accompli et qu’il est ressuscité, il s’écrie : «Au milieu de l’assemblée je chanterai tes louanges». (Comp. Ps. 22:22 avec Jean 20:17, et Héb. 2:12).
Je crois donc que nous ne devrions chanter ses louanges que comme chrétiens, — comme croyants si vous voulez, — et sinon ne pas les chanter du tout. L’idée de faire chanter des pécheurs non croyants n’est pas autorisée par les Écritures. Notre chant devrait être l’expression de notre bonheur, et s’adresser à Celui qui nous a bénis de toute bénédiction.
Nous examinerons quelques-uns des traits les plus intéressants du cantique de Moïse, dont le choeur était répété par Marie et par toutes les femmes, avec des tambours et des flûtes. «La mélodie et les danses» étaient entendues hors de la maison, et rendaient témoignage à ceux du dehors. Ces sons peuvent provoquer la colère du fils aîné, mais ils n’en sont pas moins l’expression de la joie du père et de toute sa maison (Luc 15).
Il y a deux parties bien distinctes dans ce cantique : celle de Moïse et celle de Marie. Le chant de Moïse exalte la grâce actuelle qui les délivre, comme aussi la gloire future à laquelle ils sont appelés ; Marie chante la grâce actuelle, mais ne parle pas de la gloire à venir. Ceci est d’autant plus frappant que nous savons qu’elle mourut en route dans le désert, avant que le peuple entrât au pays de la promesse (Nomb. 20). Sans doute Moïse mourut aussi sur la montagne de Nébo, la loi, dont il était le représentant, ne pouvant amener le peuple à la possession du pays ; mais ceci n’a rien à faire avec la leçon que nous apprenons dans ce quinzième chapitre de l’Exode. D’ailleurs il devait en être ainsi pour Moïse, puisqu’il avait «parlé légèrement de ses lèvres», et qu’il «en advint du mal à Moïse à cause d’eux» (Ps. 104:32-33).
La foi lui fait comprendre la grâce libératrice de l’Éternel, c’est pourquoi il chante ; elle lui fait entrevoir aussi la gloire à venir, et il chante le Jourdain et l’entrée sur la montagne de l’héritage, «au lieu que l’Éternel a préparé pour sa demeure, au sanctuaire que ses mains ont établi». Marie ne chante que la grâce présente, mais quel beau sujet pour un cantique ! Cependant le coeur a besoin de quelque chose de plus que ce regard en arrière sur ces puissantes eaux du jugement, hors desquelles Jésus est sorti, y ayant laissé pour toujours nos péchés, la mort et le jugement ! Cette joie, quelque grande qu’elle soit, ne peut nous aider à traverser le désert, où la foi et la patience sont exercées et mises à l’épreuve chaque jour : il faut pour nous aider, que notre coeur soit transporté au delà, dans la gloire où Jésus est déjà ; que nous puissions nous glorifier dans l’espérance de cette gloire, et dans le sentiment que nous avons la paix avec Dieu, et que nous avons par la foi, trouvé accès à sa faveur, cette faveur qui est bien plus précieuse que la vie (Rom. 5: 4, 2).
Marie représente ici la première joie du chrétien affranchi, cette joie si complète et si réelle que nous avons éprouvée nous-mêmes, ou que nous avons vue chez d’autres ; elle est vive et bénie, mais c’est une joie qui ne nous accompagne pas bien loin sur le chemin. Vous la voyez souvent chez ceux qui viennent d’être convertis, et, souvent aussi, l’âme chez eux est trop occupée de cette joie et néglige la vraie dépendance du Seigneur, ce qui occasionne nécessairement une chute. Il y a une autre joie qui est tout aussi complète et profonde et qui ne cesse jamais, qui surmonte toutes les vicissitudes du chemin, et dont ni les privations, ni les chagrins du désert, ne peuvent tarir la source : «Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur; encore une fois, je vous le dirai : réjouissez-vous» (Phil. 4:4). C’est le Seigneur qui est la source d’où découle cette joie-ci, et c’est une source qui ne tarit jamais. Paul, lorsqu’il dit cela, arrive vers la fin de son voyage dans le désert, et cependant jamais encore il n’a été aussi rempli de cette joie, quoiqu’il fût entouré à ce moment-là de tout ce qui pouvait éprouver et déchirer son coeur. Comme l’aigle en cage, il était enfermé entre les murs d’une prison, séparé de la communion des saints, voyant tous ceux d’Asie, ce champ de ses travaux les plus heureux, se détourner de lui, sachant que les saints marchaient mal, que l’Église s’affaiblissait, se trouvant ainsi dans la tribulation lui-même, et privé de ce service qui était sa vie : eh bien, au milieu de ces circonstances si contraires, il trouve que son âme est rassasiée comme de moëlle et de graisse, et sa bouche loue le Seigneur avec un chant de réjouissance, en cette terre déserte, altérée et sans eau (Ps. 63). Un autre désir excellent est exprimé au commencement de ce cantique : c’est d’avoir Dieu demeurant au milieu d’eux ; l’âme désire lui préparer une habitation ; plus tard elle demeurera avec Dieu dans le pays, mais, en attendant, elle voudrait l’avoir demeurant avec elle dans le désert : c’est l’alternative de Jean 14:2, 23. Satan est maintenant dans le pays, et c’est l’étrange anomalie que nous présente l’état actuel des choses. Nous sommes avec Dieu dans le désert, et Lui est avec nous ; mais nous sommes avec Satan, ou plutôt contre Satan, dans les lieux célestes dans le Christ Jésus.
C’est ici qu’il est question pour la première fois de la sainteté de l’Éternel. Il y avait été fait allusion dans le troisième chapitre de l’Exode, dans ces paroles adressées à Moise : «Déchausse tes souliers de tes pieds; car le lieu où tu es arrêté est une terre sainte». Si Dieu était descendu pour racheter son peuple et le délivrer de la servitude et de la corruption, c’est qu’il voulait la sainteté ; et maintenant que le peuple est libre, il chante que Dieu est «magnifique en sainteté».
Je crois que nous ne pouvons vraiment comprendre ce qu’est la sainteté, qu’après que nous avons connu la rédemption. Vous verrez plus d’une âme sincère être dans une grande détresse, parce qu’elle ne trouve pas la sainteté en elle-même. Elle se dit avec raison : Ne devrais-je pas être sainte ? Mais demandez-lui où elle cherche cette sainteté, et vous verrez qu’elle la cherche dans son propre coeur. Le fait est qu’elle n’est pas encore «affermie en justice», et qu’elle veut trouver la sainteté là où «il n’habite point de bien». Mais quand l’âme se sait rachetée et avec Dieu en justice, alors elle peut chercher cette sainteté qui convient à la nouvelle sphère dans laquelle elle a été introduite pour y être avec Dieu. «Soyez saints, car moi je suis saint», trouve ici sa place.
Les Israélites sont donc sauvés, mais «sauvés en espérance», comme il est dit en Rom. 8:24.
Ceci n’amène pas plus loin que le désert, avec l’espérance du pays et de la gloire pour plus tard, et, pour le présent, le soupir en accord avec l’Esprit ici-bas ; mais aussi des chants de louanges et de bénédictions à l’Éternel.
La rédemption est le point de départ du chrétien pour sa marche dans le monde et pour ses relations avec Dieu. Les expériences qui l’amènent jusque-là sont nombreuses et amères, mais l’âme qui les traverse ne se trouve nullement sur le terrain chrétien. Cette rédemption est en Christ ; en croyant, nous sommes entrés dans toutes les bénédictions et dans tous les avantages qui s’y rattachent, mais l’oeuvre était accomplie depuis longtemps déjà ; nos péchés avaient été portés sur le bois et tout était achevé, avant que nous parussions sur la scène. Puis vient le travail de nos consciences, qui nous amène à comprendre que nous avons besoin d’être purifiés et nettoyés, enfin la délivrance ; mais tout cela n’a fait que nous placer au bénéfice de ce que Christ avait déjà parfaitement accompli. Ce n’est pas l’expérience qui nous place là, quoique l’expérience puisse nous amener jusque-là, mais c’est la seule foi en Christ. La foi est la main vide qui se tend vers lui, pour être remplie par lui; et la vraie foi peut toujours être reconnue à ceci : qu’elle a lui seul pour objet !
Quelques personnes s’agitent et se tourmentent à propos de la mesure que peut avoir la foi, quant à l’assurance de l’affranchissement, ou à quelqu’autre sujet. Il n’y a pas de mesure pour la foi sous ce rapport. La foi est la foi, et il n’existe certainement rien qui ressemble à une foi en Christ qui ne sauve pas ! Vous pourriez demander : «Quand me sauve-t-elle ?» Je répondrais : «Aussitôt que vous l’avez reçue ». Une goutte d’eau est aussi bien de l’eau que l’océan Atlantique tout entier; de même la foi est la foi, qu’elle soit grande ou petite. La foi rejette l’âme entièrement sur Dieu et sur ce qu’il a dit, indépendamment de toute espèce de sentiments et d’expériences. Il va sans dire que, lorsque la foi est simple, elle sera suivie de réels sentiments et expériences ; mais elle ne peut avoir d’autre base solide que la parole de Dieu.
On pourrait demander pourquoi j’introduis la position céleste d’un chrétien, immédiatement après le salut de Dieu et l’affranchissement complet de l’âme de toutes ses anciennes responsabilités et relations. «N’avons-nous pas», peut-on me dire, «le grand et terrible désert à traverser, avant d’atteindre cette position céleste ? Le peuple d’Israël n’a-t-il pas marché pendant quarante ans dans le désert, avant d’arriver en Canaan» ?
Ceci est vrai quant à eux ; ils ont traversé l’un, pour arriver à l’autre. Nous, au contraire, nous sommes déjà arrivés à notre Canaan, en étant en Christ ; et c’est alors, et seulement alors, que nous avons trouvé le monde un désert pour nous. Je ne crois pas que jamais nous l’estimions réellement un désert, avant que nous ayons la conscience de notre position et de nos possessions célestes «en Christ», étant unis à lui par l’Esprit de Dieu. Je ne dirai pas que chacun ait cette connaissance ; plusieurs pensent qu’il faut d’abord traverser le désert de la vie, avant que l’âme ait conscience de sa position en haut, mais cette manière de faire n’est pas celle de Dieu. Ce n’est pas comme le monde donne, que Dieu nous donne. Il nous fait entrer dans tout ce que Christ possède comme «homme» devant lui, et cela actuellement. Il n’y a pas d’expériences à faire pour le comprendre ; l’expérience a amené l’âme à reconnaître son impuissance avec terreur, et a exercé le coeur et la conscience, afin qu’ils arrivent à connaître Dieu comme Sauveur, — un Dieu qui met ses délices à sauver !
Mais Dieu, a fait entrer un homme dans la gloire et l’a assis sur le trône de Dieu. La foi nous dit qu’il y a un homme dans le ciel, la foi basée sur le témoignage des Écritures. Ce sont elles qui nous disent que cette nouvelle place est celle de l’homme par la rédemption. Si je considère Christ (l’homme dans le ciel), comme le précurseur, il est entré là pour moi ; si je considère mon union avec lui, je sais que je suis un avec lui dans cette place céleste où il se trouve. Quand j’étais vivant dans les péchés, il versa son sang et les ôta ; quand j’étais mort dans les péchés, il mourut pour mes péchés; s’il est ressuscité, Dieu nous a ressuscités ensemble avec lui ; s’il est monté en haut, nous sommes montés avec lui, et nous sommes assis en lui dans les lieux célestes. Il ne pouvait y avoir un homme uni à Christ dans le ciel, avant que le Saint Esprit fût descendu du ciel pour habiter dans nos corps ; comme aussi le Saint Esprit ne pourrait habiter dans un homme dont la conscience ne serait pas purifiée, ce qui ne peut avoir lieu qu’après l’accomplissement de l’oeuvre qui le purifie. C’est pourquoi aucun saint avant la croix n’a su que tous ses péchés étaient ôtés et que sa conscience était purifiée ; il savait seulement que certains péchés étaient pardonnés. Nathan est envoyé à David pour lui montrer que l’Éternel a fait passer son horrible péché dans le cas d’Urie ; mais aucun des saints de l’Ancien Testament n’a connu Dieu dans la lumière de sa présence au dedans d’un voile déchiré, et n’a su que le coup qui a déchiré le voile nous met en présence de Dieu sans un seul péché ! Mais aussi le Saint Esprit n’a jamais été donné avant que Jésus fût glorifié (Jean 7:36-39).
Le Saint Esprit inspira les prophètes, vint sur eux pour un temps, puis les quitta ; il en fit autant envers des hommes qui n’étaient pas même convertis, comme Saül et Balaam. Il a guidé et enseigné les saints, et a réveillé l’âme des pécheurs ; mais il lui faut des consciences purifiées de tout péché pour qu’il puisse demeurer dans nos corps.
L’Esprit de Dieu agissait dans les âmes, et elles étaient nées de nouveau par la Parole et par l’Esprit ; elles avaient une nouvelle nature qui avait soif d’une complète délivrance, avant que, par la croix, Dieu leur eût fait savoir que tous leurs péchés étaient ôtés. Les enfants de Dieu étaient des esclaves, espérant un Sauveur et un salut dont ils sentaient le besoin ; mais aucun d’eux n’avait reçu l’Esprit d’adoption, l’Esprit de son Fils, par lequel ils auraient pu crier : «Abba, Père». Maintenant (depuis la croix) il est certain que «parce que vous êtes fils (fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus ; Gal. 3:26), Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos coeurs, criant : Abba, Père» (Gal. 4:6).
Ainsi nous nous trouvons d’une manière consciente en relation avec Dieu comme notre Père, ce qui n’est arrivé à aucun des saints de l’Ancien Testament, car, quoiqu’ils fussent nés de Dieu, cette relation de fils ne leur fut jamais connue. La confiance en Dieu caractérise l’Ancien Testament jusqu’à la croix ; la relation caractérise le Nouveau Testament.
Le peuple de Dieu, avant la croix, était sous le support de Dieu. Lorsque vint la croix, qui satisfait à toutes les exigences de Dieu et purifia le croyant de ses péchés, il se trouva sur un tout autre pied ; il est maintenant justifié et pardonné en toute justice Rom. 3:25-26, montre cette vérité très clairement : «Lequel Dieu a présenté comme propitiatoire, par la foi en son sang, afin de montrer sa justice à cause du support des péchés précédents dans la patience de Dieu, afin de montrer, dis-je, sa justice dans le temps présent, en sorte qu’il soit juste et justifiant celui qui est de la foi de Jésus».
Supposez qu’un homme ait une dette qu’il ne puisse acquitter, et que quelque personne charitable se présente comme caution ou garant de cette dette ; le créancier prendra patience et n’exigera pas ses droits ; cependant ces droits existent encore et le débiteur n’est pas libéré ; la dette pèse toujours sur lui. Mais supposez maintenant qu’un homme riche ait payé cette dette à l’insu du débiteur. Ce serait très généreux, n’est-ce pas, et cependant le débiteur ne serait pas soulagé, puisqu’il se croirait toujours au pouvoir de son créancier. Enfin arrive une personne qui lui apporte la bonne nouvelle que sa dette est payée, et que son créancier désire qu’il le sache afin qu’il puisse désormais le rencontrer sans crainte.
Ainsi, vivre sous le support, dans la patience de Dieu, était le lot des saints avant la croix ; ils avaient confiance en Dieu, avaient foi en ses promesses ; ils savaient qu’un jour ou l’autre ces promesses seraient accomplies, et ils vivaient et mouraient ainsi, se confiant en Dieu. Dieu regardait en avant, à la croix, et le Fils était dans les cieux : Celui qui s’était offert pour venir un jour accomplir la volonté de Dieu (Ps. 40:6-8.) Ainsi Dieu attendait, et son peuple était sous «la patience de Dieu» ; le Fils était, pour ainsi dire, caution pour leurs péchés : un jour ou l’autre il se chargerait de la dette et l’acquitterait. Enfin parut le Fils de Dieu ; dans son saint amour, il accomplit l’oeuvre de la rédemption. Il «porta nos péchés sur le bois», acquittant ainsi toutes les charges qui pesaient sur nous. Il mourut et ressuscita, puis il monta en haut. Des lieux célestes où il est entré une fois pour toutes avec son propre sang (Héb. 9:12), il envoie l’Esprit Saint, avec le message que nos péchés ont été portés et ôtés, et ainsi nos consciences sont purifiées en recevant son témoignage (Héb. 10:15-17) ; puis, lorsque nous avons cru à ce message qu’il nous apporte, le Saint Esprit vient habiter en nous, nous unissant à Celui qui nous a purifiés de nos péchés, puis nous faisant membres de son corps, chair de sa chair, et os de ses os !
Mais il y a plus : c’est alors que se montrent le bon plaisir de Dieu et les desseins de son amour ; il nous donne la même place, les mêmes joies, les mêmes bénédictions et, le même héritage qu’à son propre Fils ! Christ s’était fait homme ; et c’est comme homme, «premier-né entre plusieurs frères», qu’il a pris place dans la gloire, position que Dieu nous donne aussi en lui. Il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ (Éph. 1:3). «Il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, dans le Christ Jésus» (Éph. 2:6).
Son peuple possède donc, par sa grâce souveraine, cette nouvelle et merveilleuse place, et il devrait représenter sur la terre, par l’Esprit de Dieu, un Christ céleste. L’Église de Dieu, regardée au travers de cette vérité, est le reflet, produit par l’Esprit de Dieu sur la terre, de la gloire de Christ dans le ciel.
Nous examinerons tout ceci avec plus de détails. Quarante années de souffrances ont amené Israël aux plaines de Moab, et le Jourdain se trouve devant eux. Le désert est un sujet d’un grand intérêt pour nos coeurs ; nulle part, nous n’apprenons à connaître la sympathie et la tendresse de Christ comme là, où la foi et la patience sont mises à l’épreuve, où Dieu conduit et nourrit son peuple et lui enseigne l’obéissance et le renoncement, pour le rendre propre au combat céleste du pays.
Ceci n’est pas précisément le sujet dont nous avons à nous occuper ; cependant nous l’étudierons un peu dans le chapitre suivant.
Les Israélites avaient été délivrés du jugement quarante ans auparavant en Égypte, dans la nuit de la terreur. Ils en étaient sortis par la rédemption et ne pouvaient plus retourner en arrière sur ce chemin, cependant ils n’étaient pas entrés dans le pays de Canaan, où Dieu s’était proposé de les amener, et le fleuve qui défend l’accès du pays roule ses flots devant eux. Le Jourdain est considéré généralement comme un type de la mort, et c’est juste ; mais il ne s’agit pas de la mort physique, ou, en d’autres termes, de la mort du corps. Il s’agit du fait que la mort de Christ et sa résurrection nous sont comptés en grâce, et sont devenues moralement pour nous la mort et la résurrection qui nous amènent «en Christ», dans une scène toute nouvelle ; un lieu où nous ne connaissons personne selon la chair ; «et, si même nous avons connu Christ selon la chair, toutefois maintenant nous ne le connaissons plus ainsi» (2 Cor. 5:46).
Nous lisons dans le troisième chapitre de Josué, que l’arche de Dieu, portée par les Lévites, fut la première à passer les eaux de la mort, ce dernier gage de la puissance de l’ennemi. Il devait y avoir un espace entre l’arche et la multitude qui la suivait. Puis lorsque les pieds des sacrificateurs furent mouillés au bord de l’eau, les eaux s’arrêtèrent et s’élevèrent en un monceau, et tout le peuple de l’Éternel passa et entra dans le pays des délices de l’Éternel, de l’autre côté du Jourdain. Dieu avait passé par-dessus eux, lorsqu’il jugeait l’Égypte ; c’est eux qui passent maintenant, lorsqu’il s’agit de la grâce souveraine qui les introduit dans le pays que Dieu a choisi pour y demeurer.
Personne ne pouvait passer par ce chemin, avant que Christ y eût passé le premier ; c’est lui qui doit d’abord mettre à sec ce puissant torrent de la mort, qui est l’expression du jugement de Dieu. Il doit ainsi mettre fin à la vie humaine que l’ennemi pouvait toucher, avant de nous introduire dans la vie qui est au delà. Les eaux l’ont environné et ont passé sur sa tête ; un abîme a appelé un autre abîme en atteignant son âme, mais il supporta et traversa tout, et le lit du fleuve de la mort prouva, lorsque le peuple de Dieu le traversa à sec, que tout avait été accompli par lui. «Toutes tes vagues et tous tes flots ont passé sur moi».
Les sacrificateurs «s’arrêtèrent de pied ferme», portant l’arche ; et «le peuple passa vis-à-vis de Jéricho». Là se trouvait la force organisée de l’ennemi dans toute sa puissance, les sept nations de Canaan étaient là aussi. C’est ainsi que le Seigneur est mort et ressuscité ; il est monté en haut, il est entré comme homme dans une sphère toute nouvelle pour l’homme, et nous a introduits dans la vie, de l’autre côté de la mort, nous donnant là tout ce qu’il possède lui-même comme homme.
Dans le premier chapitre des Éphésiens, cette nouvelle position est développée d’après les conseils de Dieu. Il est remarquable que nous ayons là, non seulement une allusion à la Pâque et à la Mer Rouge, le jugement du péché et la rédemption du peuple de Dieu, mais que nous y trouvions aussi l’arche dans le Jourdain et hors du Jourdain, et dans notre Canaan, les lieux célestes. Ainsi le désert tout entier est laissé de côté, et l’antitype accomplit, de la manière la plus complète, l’exposé des desseins de Dieu donné à Moïse en Exode 3:8, et le résultat définitif de ces conseils, introduisant l’homme en la présence de Dieu, dans les lieux célestes.
Ainsi nous lisons au v. 7 du premier chapitre des Éphésiens : «en qui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des fautes selon les richesses de sa grâce». Le sang de Christ, en vertu duquel nous avons cette rémission et la rédemption qui est en Christ, est l’entrée dans les conseils de la grâce et dans les desseins de Dieu en Christ, dès avant la fondation du monde.
Puis nous lisons au v. 19: «Et quelle est l’excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons selon l’opération de la puissance de sa force, qu’il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant d’entre les morts ; et il l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes».
Ainsi la véritable arche de l’alliance a été dans les eaux ; puis au chapitre suivant (Éph. 2:4-6), le peuple de Dieu a passé. «Alors même que nous étions morts dans nos fautes, il nous a vivifiés ensemble avec le Christ, et nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus».
Nous avons donc été introduits dans ce nouveau pays ; nous pourrions dire, dans le langage du Ps. 114:3: «La mer le vit, et s’enfuit ; le Jourdain s’en retourna en arrière».
Comme le Psalmiste relie la délivrance hors d’Égypte et de la Mer Rouge, à l’entrée dans le pays à travers le Jourdain, de même la grandeur des desseins de ce Dieu, qui est «riche en miséricorde», présente en Éph. 1 ; 2, notre introduction actuelle dans les «lieux célestes dans le Christ Jésus», comme le peuple qu’il a purifié et racheté.
Le peuple de Dieu est un peuple céleste ; il est déjà «dans les lieux célestes dans le Christ Jésus». Nous n’avons pas besoin de l’expérience pour apprendre cette précieuse vérité ; la simple foi suffit. Mais nous avons à passer par bien des expériences, avant d’accepter cette vérité que nous sommes morts avec Christ à notre état de péché comme enfants d’Adam ; d’autant plus que souvent l’expérience contredit la parole de Dieu, et que nous trouvons, si nous regardons à nous-mêmes, que nous sommes encore très vivants. La mauvaise nature est encore là, toujours disposée à se prêter à tout ce qui est contraire à Dieu, mais pour la foi et pour Dieu, elle est morte. La seule chose qui vive en nous, aux yeux de Dieu, est cette nouvelle nature qu’il nous a donnée et dont la moindre manifestation lui est en bonne odeur, puisqu’elle montre, dans nos corps mortels, cette vie de Jésus en qui il trouve son bon plaisir.
Nous avons donc été introduits dans la vie, de l’autre côté de la mort et du jugement ; et cette vie, que nous avons en Christ, est la preuve que nos péchés sont tous ôtés. Avant de nous donner cette vie, Christ a d’abord porté nos péchés qui se sont présentés à lui, quand, dans son amour divin, il est descendu jusqu’aux profondeurs où nous gisions «morts dans nos fautes et dans nos péchés». Puis il est ressuscité, laissant tous ces péchés derrière lui, et il nous a introduits dans une position céleste auprès de Dieu, dans une sphère qui convient à la nouvelle vie qu’il nous a donnée, où elle peut croître et s’épanouir. Il nous donne la gloire qu’il a comme homme ; la possession de tout ce qu’il héritera ; puis il attend alors les fruits propres à cette nouvelle condition : les oeuvres que Dieu a préparées à l’avance, afin que nous marchions en elles (Éph. 2:10).
Nous trouvant donc dans cette nouvelle position, possédant cette nouvelle vie, et étant aussi mis en possession de toutes choses en Christ, nous ne sommes pas en Égypte : autrefois nous marchions selon le train de ce monde ; nous ne sommes pas dans le désert ; nous sommes dans les lieux célestes qui sont notre Canaan : «Vous n’êtes pas dans la chair, mais dans l’Esprit» (Rom. 8:9). Et voici où se montre le paradoxe de l’état chrétien. Le chrétien regarde en haut, y voit Christ dans la gloire, et sait que lui-même y est en Christ. Il regarde en bas, et il se voit traversant un monde qui est sous la puissance de Satan, et dans lequel il n’y a pas un souffle qui ne soit nuisible à la nouvelle vie céleste qui est en lui. Mais, ayant commencé par la gloire, avec assurance que sa place est là, il court droit au but, pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus. Le chrétien, regardant à lui-même peut dire : «n’ayant rien» ; regardant à Christ, il dit : «possédant toutes choses» (2 Cor. 6:10).
C’est pendant le voyage que le chrétien apprend à connaître la tendre sympathie de Christ, les bénédictions qui découlent de l’amour du Père, et ses tendres soins et sa patience envers lui. Il est vrai que pour cela il doit d’abord avoir atteint, par la foi, ce pays de Canaan où il est déjà en Christ ; il comprend alors que ce monde n’est pas la sphère où Dieu peut le bénir pleinement, mais qu’il n’y a pas de lieu plus propice que le désert pour apprendre à connaître à fond son propre coeur et celui de Christ. Dans Deut. 8:2-6, nous lisons : «Et qu’il te souvienne de tout le chemin par lequel l’Éternel, ton Dieu, t’a fait marcher durant ces quarante ans dans ce désert, afin de t’humilier et de t’éprouver, pour connaître ce qui était en ton coeur, si tu gardais ses commandements ou non. Il t’a donc humilié, et t’a fait avoir faim ; mais il t’a repu de manne, laquelle tu n’avais point connue, ni tes pères aussi : afin de te faire connaître que l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais que l’homme vivra de tout ce qui sort de la bouche de Dieu. Ton vêtement ne s’est point usé sur toi, et ton pied n’a point été foulé durant ces quarante ans. Connais donc en ton coeur que l’Éternel, ton Dieu, te châtie, comme un homme châtie son enfant».
Le désert est le lieu où se fait notre éducation en vue du combat dans le pays — le lieu où la foi et la patience sont éprouvées et où la pensée définitive de Dieu, quant à notre éducation, est que notre obéissance devienne parfaite et que notre volonté soit brisée, en apprenant à vivre de tout ce qui sort de la bouche de Dieu.
La première étape dans le désert caractérise tout le voyage. Nous la trouvons dans le quinzième chapitre de l’Exode, tout de suite après que le cantique a été chanté à l’Éternel. La première chose que nous avons à faire est de rendre nos actions de grâces au Père, «rendant grâces au Père qui nous a rendus capables de participer au lot des saints dans la lumière ; qui nous a délivrés du pouvoir des ténèbres, et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » (Col. 1:12-14).
Cette énumération embrasse tout ce que Dieu a accompli depuis la nuit de la Pâque jusqu’au matin où le cantique de louanges monte jusqu’à lui des coeurs de son peuple racheté, sur la rive de la mer Rouge, où les armées de Pharaon étaient descendues au fond des eaux comme une pierre. Après cela, nous avons besoin d’être fortifiés, selon la puissance de sa gloire, pour toute patience, le long du chemin.
Les eaux salées ou amères de la mort nous ont délivrés, parce que Jésus les a traversées ; mais maintenant nous devons les goûter, parce que nous avons été délivrés. Nous devons comprendre que la mort fait partie de cette scène. La tribulation est notre portion dans ce monde, mais en Christ, c’est la paix. Que devons-nous donc apprendre ? Que nous sommes crucifiés avec lui ; que la croix, en laquelle nous pouvons nous glorifier, nous rend l’épreuve douce, lorsque nous y sommes soumis. Prenez, par exemple, l’opprobre : qu’il est difficile de la supporter ! Mais que ce soit l’opprobre du Christ, et le goût en sera bien différent. Prenez la discipline nécessaire que doit exercer la main de Dieu pour corriger le mal qui est en nous, ou qui est prêt à surgir dans nos coeurs : qu’elle est difficile à accepter et qu’il est pénible d’être constamment humilié ! Et pourtant, si nous étions parfaitement humbles, nous n’aurions pas besoin d’être humiliés, et c’est parce que nous ne le sommes pas que nous devons être brisés. Voyez l’écharde envoyée à Paul ; Paul est ravi au troisième ciel, où personne que lui n’était allé pour en redescendre, et maintenant Paul doit avoir son écharde en la chair. Quelle épreuve que d’être ainsi humilié aux yeux des autres, et précisément parce qu’on redescend de pareilles hauteurs ! Il n’en avait pas besoin là-haut, mais aussitôt qu’il en redescend, et de peur qu’il ne s’enorgueillisse d’y avoir été, il lui faut l’écharde pour la chair. Trois fois il supplie d’en être délivré ; c’était l’eau amère pour Paul. Mais non ! Le Seigneur savait mieux que Paul lui-même ce dont celui-ci avait besoin et il lui donne l’écharde. Très bien, dit Paul, «je me glorifierai donc très volontiers dans mes infirmités». Ah ! Paul, enfin te voilà à Élim ! De l’épreuve tu as fait Élim, et tu peux t’asseoir là à l’ombre et te réjouir, et goûter des fruits doux à ta bouche.
Il y a pour nous dans le désert trois sortes de tribulations ou de procédés de Dieu en discipline. D’abord la tribulation en laquelle on peut se glorifier, comme, par exemple, de souffrir pour Christ dans ce monde méchant, ce qui est autre chose que de souffrir avec Christ. Tous les chrétiens souffrent avec lui, parce qu’ils possèdent la vie en lui, et que cette vie doit nécessairement souffrir dans cette scène où tout a été souffrance pour lui. Mais pour quelques-uns, la souffrance vient de leur fidélité à Christ, et alors elle est regardée comme un don gratuit, «parce qu’à vous, il a été gratuitement donné, par rapport à Christ, non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui» (Phil. 1:29). En ceci nous pouvons vraiment nous glorifier : combien c’est plus beau que de souffrir pour sa conscience ! Un homme peut trouver une perte, à souffrir, pour sa conscience justement, parce qu’agissant consciencieusement en affaires, ses profits seront moindres que ceux de l’homme qui n’y met aucune conscience. Le même homme peut avoir trouvé le sentier d’un Christ rejeté par ce monde méchant, l’avoir suivi par la grâce, et avoir, comme résultat, entièrement ruiné ses affaires — mais quelle différence ! L’erreur est de juger les choses comme bonnes ou mauvaises, seulement d’après sa conscience ; et la conscience n’est jamais un guide. Paul, en suivant la voix de sa conscience, avait persécuté Christ et ravagé l’Église de Dieu. Suivre Christ est le seul chemin sûr, et c’est suivre un Christ que le monde a rejeté et que Dieu a placé dans la gloire. Dois-je être mieux traité par le monde que ne l’a été Christ ? «Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait sien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, mais que moi, je vous ai choisis du monde, à cause de cela le monde vous hait. Souvenez-vous de la parole que moi je vous ai dite : l’esclave n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. Mais ils vous feront toutes ces choses à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas Celui qui m’a envoyé» (Jean 15:19-21). Et celui qui l’a envoyé, c’est le Père.
Il y a une seconde espèce de souffrance ou de tribulation sous laquelle je dois m’humilier, et dont je ne puis en aucune façon me glorifier. Je fais allusion ici aux souffrances de toute espèce qui nous arrivent sous le gouvernement toujours juste de Dieu, notre Père, à cause du mal que nous tolérons dans notre conduite sans le juger. Le Père, sans acception de personnes, juge selon l’oeuvre de chacun ; c’est pourquoi nous devons passer le temps de notre séjour ici-bas (c’est à ce temps-là seulement que s’applique ce jugement) dans la crainte — la crainte n’existe pas dans le ciel. Combien nous oublions facilement ces procédés de rétribution d’un Père saint envers nous !
Il y a encore un autre ordre de discipline ou de châtiment, plein de douceur et de miséricorde, et c’est plutôt à celui-ci que Paul a été soumis. C’est une discipline préventive, rendue nécessaire par une tendance à s’enorgueillir. Le Seigneur connaît nos coeurs ; qui les connaîtrait mieux que Lui ? et ses voies sont adaptées au tempérament et aux tendances si différentes qui portent chacun de nous à s’éloigner de Christ. «Dieu ne retire point ses yeux de dessus les justes». Ses yeux sont sur eux pour leur bien, et les justes ne devraient pas retirer leurs yeux de dessus lui !
Un fait très remarquable se présente maintenant, c’est-à-dire que, lorsque l’amertume des eaux de Mara est acceptée comme un jugement (ferme en même temps que juste et plein d’amour) de Dieu envers nous, le chagrin et l’amertume ne sont plus qu’une occasion pour le pas suivant : la croix adoucit la coupe. Nous nous rappelons que le «moi» qui, en nous, pouvait murmurer, a pris fin à la croix, et que l’amertume qu’a goûtée ce «moi» y a fini avec lui. Alors l’âme est à Élim, auprès des fontaines et des palmiers, rafraîchie et reposée à leur ombre. Mais je fais allusion à quelque chose encore qui ne nous est pas dit dans l’Exode, au retour du peuple d’Israël à la mer Rouge. Qu’il est étrange qu’il soit retourné à ce qu’il venait de traverser !
Si nous lisons le trente-troisième chapitre des Nombres, nous y trouvons l’intéressant itinéraire de leur voyage, étape par étape, inscrit et enregistré suivant le commandement de l’Éternel. De Pi-Hahiroth à Mara, de Mara à ÉIim, et d’Élim, avec ses fontaines et ses palmiers, de nouveau sur les bords de la mer Rouge (v. 8-10).
Je crois que ceci nous est un précieux enseignement c’est : que nous devrions être capables de nous retourner sans la moindre crainte, pour contempler avec calme cette mort par laquelle nous avons été délivrés, — la mort de Celui qui a traversé les sombres flots pour nous ; — nous pouvons la contempler comme ce qui a réduit pour toujours l’ennemi au silence : «Les eaux couvrirent leurs oppresseurs, et il n’en resta pas un seul» (Ps. 106:11).
Dieu nous a donc donné la vie éternelle en son Fils, une vie de l’autre côté de la mort et du jugement, qui ont été portés par Jésus avant que cette vie fût donnée. Cette vie que nous possédons est le témoignage que les péchés que nous avons commis sont ôtés de dessus nous pour toujours. Quand, dans son amour divin, Jésus descendît dans les profondeurs où nous gisions «morts dans nos péchés», il trouva ces péchés ; il les prit sur lui et à sa charge, mourut et ressuscita, les laissant tous derrière lui à la croix.
Nous avons aussi été introduits «en Christ»dans une nouvelle sphère céleste, où Dieu se trouve, et qui est le lieu propre à la vie qu’il nous a donnée. Il nous a donné, comme droit, la gloire qu’il a lui-même comme homme, et la possession de tout ce qu’il héritera. Dans cette nouvelle position, et lorsque nous nous considérons comme étant déjà «dans les lieux célestes dans le Christ Jésus», nous avons absolument quitté l’Égypte à laquelle nous appartenions une fois, et le désert que nous traversons.
Comme nous l’avons dit plus haut, c’est ici que se montre le double caractère de l’état chrétien : si le chrétien regarde en haut, il est dans les lieux célestes dans le Christ Jésus, uni à lui par le Saint Esprit envoyé d’en haut ; s’il regarde en bas, il traverse comme pèlerin et voyageur le désert ; ce lieu où tout est contraire à la vie céleste qu’il possède en Christ. Il a commencé par la gloire et il court droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus. Il regarde à lui-même et dit : «n’ayant rien» ; il regarde à Christ et ajoute : «mais possédant toutes choses».
Le premier endroit où Israël pose le pied après avoir traversé le Jourdain, est Guilgal. Tous ceux qui ont étudié les Écritures ont remarqué la grande importance qui est donnée plus tard à cet endroit dans toutes les guerres de l’Éternel, comme aussi dans l’histoire du peuple. (Voyez Josué 4:3, 8,19 ; 5:9 ; 6:11, 14, 23 ; 9:6 ; 10:6, 15, 43 ; 14:6).
Je ferai remarquer ici que Canaan n’est pas le type de la maison du Père, où nous serons lorsque le Seigneur sera venu et nous aura introduits dans cette demeure bienheureuse ; là, dans ce lieu de repos, il n’y aura ni ennemis, ni combats. Canaan est la figure des lieux célestes où nous sommes maintenant, par la foi, comme dans une chose présente, unis à Celui qui se trouve là. Tout est encore en la possession de l’ennemi ; les lieux célestes sont, pour le moment, la demeure des esprits méchants, des dominateurs des ténèbres (Éph. 6:12). Nous avons donc à maintenir notre place comme hommes célestes, sous la conduite du Seigneur, contre toutes les armées de la puissance de Satan.
Guilgal offre cinq traits caractéristiques dont nous espérons pouvoir nous occuper en détail ; ils sont : Premièrement : les pierres du mémorial dressées à Guilgal et au milieu du Jourdain. Secondement : ce qui caractérise cet endroit, la circoncision. Troisièmement : la célébration de la pâque, là, dans les campagnes de Jéricho. Quatrièmement : le blé du pays de Canaan servant de nourriture. Cinquièmement : la présence du chef de l’armée de l’Éternel, qui maintenant se présente lui-même pour conduire à la victoire un peuple circoncis.
Si donc toutes choses sont à nous, il y en a une que nous ne devons et que nous ne voulons jamais perdre de vue ; notre Dieu d’ailleurs ne le permettrait pas ; c’est le chemin qui conduit à cette nouvelle sphère et ce qu’il en a coûté au Seigneur de gloire pour nous y introduire avec lui. Il semble qu’il ait attendu seulement d’avoir fait passer son peuple en sûreté pour parler de ce qui lui tient le plus à coeur (Josué 4:2).
Il y eut donc deux monceaux de pierres dressés comme mémorial ; l’un par douze hommes sur l’ordre de Josué, au lieu où ils logèrent à Guilgal, et il était composé des douze pierres prises à l’endroit où l’arche s’était arrêtée jusqu’à ce que tout Israël eût passé à sec ; l’autre par Josué lui-même, au lieu où les pieds des sacrificateurs qui portaient l’arche, se posèrent au milieu du fleuve de la mort. Il est vrai que les deux monuments sont attribués à Josué (v. 20), mais il y a une signification très importante attachée à cette différence. Il y a deux manières d’envisager ces pierres. Elles montrent le Seigneur Jésus lui-même, au moment où les flots passaient sur son âme sainte dans la mort, et elles le montrent aussi comme Celui qui est ressuscité, qui a été mort, et qui est maintenant vivant pour toujours. Elles montrent encore (car telle est la parfaite identification entre lui et les siens, lui, le Sauveur, eux, les sauvés ; lui, Celui qui sanctifie, eux, les sanctifiés) que nous sommes maintenant un en vie avec Celui qui a été mort et qui vit éternellement ; et que, étant ainsi ressuscités avec Christ, nous sommes aussi morts avec lui.