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MÉDITATIONS sur le CANTIQUE DE SALOMON

 

 

Andrew Miller ; texte condensé

 

Table des matières:

1     Préface

2     Chapitre 1

3     Chapitre 2

4     Chapitre 3

5     Chapitre 4

6     Chapitre 5

7     Chapitre 6

8     Chapitre 7

9     Chapitre 8

 

0                    Préface

 

En tête de cette nouvelle édition du Cantique des Cantiques, il nous semble à propos de citer ces lignes :

«Ce livre considère les Juifs, ou du moins le résidu, sous un tout autre aspect que ne le font les prophètes. Il décrit les affections que le Roi (titre que prend le Seigneur dans ses relations avec Israël) peut créer dans leurs coeurs et par lesquelles il les attire à lui. Quelle qu’en soit la force, ces affections ne sont pas comparables aux affections chrétiennes. Elles n’ont ni le calme profond, ni la douceur qui découlent d’une relation déjà formée, connue et pleinement appréciée ; d’une affection dont le lien est reconnu ; chacun en jouit, comme d’une chose certaine dans le coeur de l’autre...

Il ne s’agit pas, dans ce livre, de la purification de la conscience, (c’est une question laissée de côté), mais des affections du coeur qui ne sauraient être trop ardentes lorsque le Seigneur en est l’objet,...

Dans son interprétation, ce livre ne s’applique pas à l’Église. Cependant j’ai parlé de «nous» et de «nos coeurs», et avec raison. Car, si Israël est l’objet de ce livre, il s’agit du coeur et de ses sentiments, de sorte que, moralement, il a une application pour nous... Du reste, on ne peut pas exagérer l’importance qu’il y a à cultiver les saintes affections qui nous attachent à Christ, nous font connaître son amour et nous le font connaître lui-même. S’il s’agit de Dieu et de ses voies à notre égard, celui qui n’aime pas ne connaît pas» (Études J. N. Darby).

 

Que notre Dieu et Père veuille accompagner cette édition et qu’elle laisse partout une riche bénédiction à la gloire du beau nom de Jésus, notre Sauveur et Seigneur.

 

1                    Chapitre 1

 

La plupart des hommes de ce monde redoutent la solitude et la réflexion. Ils aiment mieux être surchargés d’invitations et d’affaires que d’avoir du temps pour réfléchir. Leur conscience mal à l’aise voudrait alors faire entendre sa voix ; mais ses avertissements sont souvent étouffés par ce mot commode : devoir ; et bientôt oubliés volontairement. Si l’on a sur la conscience des péchés non jugés, la pensée de Dieu comme juge est redoutable pour une âme irrégénérée. Elle ne peut pas supporter la lumière, c’est pourquoi elle préfère les ténèbres. Toute occasion est bonne pour échapper à une calme et sérieuse réflexion. Les plaisirs du monde servent aussi à atteindre le même but.

On n’accorde ni pensée ni temps aux réalités de l’âme ; on ne prend aucun soin de ses profonds et pressants besoins. Mais «que profitera-t-il à un homme s’il gagne le monde entier, et qu’il fasse la perte de son âme ; ou que donnera un homme en échange de son âme ?» (Marc 8:36-37). Hélas ! tel est l’homme sans la connaissance de Dieu, de sa condition comme pécheur et dans l’ignorance de Jésus comme le Sauveur.

Entretenons avec soin un esprit de méditation. Plus la séparation d’avec le monde sera réelle, plus la communion avec Jésus sera profonde et plus la bénédiction qui en résultera sera grande. Il ne doit pas y avoir de sympathie dans l’esprit et le coeur pour le monde ; et, quoique dans le monde, tenons-nous loin de son agitation et de son impiété. Un abîme sépare les croyants du présent siècle mauvais : «Ils ne sont pas du monde», a dit Jésus, «comme moi je ne suis pas du monde». La position de Christ en résurrection détermine la nôtre, car nous sommes ressuscités avec lui. Le calme, le repos de l’âme en communion avec le Seigneur glorifié, sont les moments les plus précieux sur la terre. On peut les connaître dans une chambre de maladie, au milieu de son travail ou dans l’accomplissement des devoirs de la famille. Tout dépend de l’état du coeur. Être seul, et pourtant ne plus l’être, car Christ est là, quelle part bénie !

 

1.1   Verset 1. — Le cantique des cantiques, qui est de Salomon

 

Pourquoi ce précieux petit livre a-t-il été appelé «Le cantique des cantiques» ? Précisément parce qu’il est de Salomon, un type de Christ qui, au temps convenable, sera roi à Jérusalem, dans la gloire du vrai Salomon. C’est d’après le même principe que le Seigneur est appelé «Roi des rois et Seigneur des seigneurs». La prééminence en toutes choses lui appartient.

Il y a plusieurs cantiques dans l’Écriture : Moïse, Marie sa soeur et ses compagnes, Débora et David ont tous chanté la bonté du Seigneur. Il est écrit de Salomon «qu’il fit mille et cinq cantiques» (1 Rois 4:32) ; mais celui-ci est appelé «Le cantique des cantiques». Il surpasse tous les autres. C’est la mélodie de coeurs remplis de l’amour divin. «Nous, nous l’aimons parce que lui nous a aimés le premier» (1 Jean 4:19). Si seulement nous étions toujours capables de chanter nos cantiques avec le coeur et l’intelligence !

 

1.2   Verset 2. — Qu’il me baise des baisers de sa bouche !

 

Quelle affection ardente et pure exprime cette requête. Quand l’âme est remplie de son objet, tout le reste disparaît ; elle est transportée par l’heureuse assurance de la place qu’elle occupe dans le coeur de Jésus. Il n’y a plus de doutes ni de craintes pour celui qui parle ainsi à l’époux divin. Plusieurs traitent de présomption cette confiance en Son amour parfait, un amour qui exclut toute crainte. S’ils osent se confier en Christ, ce n’est pas sans doutes et sans inquiétude ; et cependant, c’est Lui qui les a aimés et s’est donné lui-même pour eux, des impies.

La hardiesse de la bien-aimée dans cette scène signifie-t-elle qu’elle a oublié d’où elle a été tirée ? Non, elle ne l’a point oublié, mais sa conscience ayant été purifiée de tout péché par le sacrifice de Jésus sur la croix, elle est maintenant libre et heureuse dans la présence d’un Christ ressuscité et glorifié. Le sang de Christ pour la conscience et sa personne pour le coeur, c’est tout ce qui est nécessaire pour qu’un pécheur se sente chez lui et heureux dans la chambre du roi ! Ces deux choses sont à la base de toute bénédiction, et le chrétien les possède l’une et l’autre. Si nous sommes instruits à cet égard, nous nous sentirons libres, heureux et chez nous dans la présence du Seigneur.

 

1.3   Qu’il me baise des baisers de sa bouche !

 

Ici, la bien-aimée soupire après une preuve directe de l’amour du bien-aimé. C’est Christ lui-même qui l’occupe, non pas une de ses vertus, ou quelque grâce particulière reçue de lui. Elle ne songe pas à expliquer de qui elle parle de cette manière. Ainsi Marie de Magdala, dépouillée de l’Objet exclusif de son coeur, demande : «Seigneur, si toi tu l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis». Jésus seul occupait ses pensées, elle ne s’occupait d’aucun autre. Rien ne pouvait la satisfaire sinon la personne de son Seigneur mort ou vivant. Merveilleuse affection ! Si seulement Jésus avait en nous une telle place ! Encore un peu de temps et il possédera les siens pour toujours.

Dans l’Écriture, le baiser est souvent le signe de la réconciliation, le gage de la paix, l’expression de l’affection. David et Jonathan se baisèrent l’un l’autre, et pleurèrent l’un avec l’autre, jusqu’à ce que les pleurs de David devinrent excessifs (1 Samuel 20:41). C’est une belle image du vrai David dont l’amour dépasse de beaucoup notre amour. Joseph aussi baisa tous ses frères et pleura sur eux ; et après cela, ses frères parlèrent avec lui (Genèse 45:15). De même, le père de l’enfant prodigue l’embrassa alors qu’il portait encore ses haillons. Puis, quand il fut purifié de toutes ses souillures et revêtu de la plus belle robe, était-ce trop de sa part de demander de pareilles démonstrations d’amour ou de s’y attendre ? Non, assurément ! Est-ce trop pour l’épouse dans le Cantique des Cantiques — ou pour le croyant — de désirer une telle expression de l’amour du Seigneur ? L’amour seul peut satisfaire l’amour.

 

1.4    Car tes amours sont meilleures que le vin

 

Maintenant l’amour du Bien-aimé est préféré au vin, symbole des joies et des plaisirs de la terre. Ces choses n’ont plus d’attrait pour celui qui fait ses délices de cet amour. Elles ont perdu leurs charmes et ne sont plus désormais qu’un pesant fardeau pour le croyant. Jésus lui-même fait ses délices. Pierre dira : «lequel, quoique vous ne l’ayez pas vu, vous aimez ; et croyant en lui, quoique maintenant vous ne le voyiez pas, vous vous réjouissez d’une joie ineffable et glorieuse» (1 Pierre 1:8)

La vigne a ses racines dans la terre. Le nazaréen, tant que durait son voeu, ne devait rien goûter du fruit de la vigne, depuis les pépins jusqu’à la peau du raisin (Voyez Nombres 6). Il devait, pour Dieu, être entièrement séparé des plaisirs du monde. Tout croyant doit être un nazaréen, comme le Seigneur. «Je vous dis que désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’à ce jour où je le boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon Père» (Matthieu 26:29). Associés à lui comme nous le sommes, nous nous trouvons sous l’effet de son voeu, et devons être de vrais nazaréens pour Dieu. Ce n’est possible que si nous trouvons notre joie, nos délices, dans l’amour de Jésus. Maintenant, il attend avec patience le matin sans nuages (2 Samuel 23:4), où il sortira à nouveau dans son caractère de véritable Melchisédec, pour rafraîchir et bénir son peuple avec le pain et le vin du royaume (Genèse 14). Nous devons l’attendre patiemment jusqu’au jour où, enlevés d’abord à sa rencontre sur la nue, nous paraîtrons ensuite avec lui dans la gloire. Alors le voeu sera pleinement accompli. Le roi sera à nouveau uni dans Jérusalem à son peuple terrestre, et toutes les nations de la terre se réjouiront. La fille de Sion connaîtra alors le sens profond de ces paroles prononcées longtemps auparavant aux noces de Cana de Galilée : «Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant» (Jean 2:10)

 

1.5   Verset 3. —  Tes parfums sont d’agréable odeur ; ton nom est un parfum répandu ; c’est pourquoi les jeunes filles t’aiment

 

Elle nous donne maintenant quelque idée du nom de celui qu’elle aime, «ton nom est un parfum répandu». Il a pour elle une odeur des plus exquises. Tous les noms de Christ, ses titres, ses attributs sont un parfum répandu. Son nom, c’est lui-même ; il est l’expression de sa nature, de sa prééminence en toutes choses, et de toutes ses grâces. Les expressions manquent à la bien-aimée pour dire les richesses de la bonté de l’époux ; c’est pourquoi elle dit que son nom est un parfum répandu. L’épouse n’est pas seule à jouir du parfum qui émane de Christ ; les jeunes filles, ses compagnes, sont attirées et rafraîchies par l’excellence de son nom. Ce n’est point un parfum contenu dans un vase mais un parfum «répandu». Quelle communion il y a dans l’amour de Jésus ! En lui habite toute la plénitude de la déité corporellement. Quel centre, quelle source est ce nom : l’Assemblée de Dieu est maintenant réunie autour de lui, son unique centre, appuyée sur cette parole : «Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux». Mais, encore un peu de temps et les cieux et la terre de maintenant seront unis sous le sceptre de son règne glorieux. D’une part, la Jérusalem terrestre, avec toutes les nations d’alentour, et d’autre part, la Jérusalem céleste. Les myriades d’anges, l’assemblée universelle, et l’assemblée des premiers-nés écrits dans les cieux, seront en relations étroites, unies par ce doux et précieux nom, le «seul» nom auquel il appartienne d’unir. Le Père a préparé dans ses conseils cette gloire pour son Fils ; et pour l’administration de la plénitude des temps (le millénium) il réunira en un, (c’est à dire en Lui) toutes choses dans le Christ, les choses qui sont dans les cieux et les choses qui sont sur la terre (Éphésiens 1:10). Le parfum du nom de Jésus sera répandu en tout lieu et toutes les familles et toutes les langues s’uniront dans ce chant de louange : «Éternel, notre Seigneur, que ton nom est magnifique par toute la terre !» (Psaume 8:9)

Lorsque le temps de la bénédiction et de la gloire milléniales sera accompli, que les cieux et la terre de maintenant se seront enfuis, et que le jugement final aura eu lieu, ce nom n’aura rien perdu de son parfum, de sa puissance et de sa gloire. Il unira alors dans les liens de l’amour et de la sainteté les saints des nouveaux cieux et de la nouvelle terre. Christ sera la source et l’objet de la joie de tous les coeurs, la mélodie de toutes les bouches ! la montagne de la myrrhe et la colline de l’encens répandront tout le parfum de son nom. Déjà ses vêtements sont myrrhe, aloès et casse, quand il sort des palais d’ivoire. Mais dans l’éternité, les grâces si riches et si variées de son amour rempliront l’univers du parfum éternel de son nom !

 

1.6   Verset 4. —  Tire-moi : nous courrons après toi

 

Plus nous connaîtrons Christ, et plus nous désirerons être tout près de lui. Comme Paul l’exprime : «pour le connaître, lui», et nul sur la terre ne le connaissait mieux, et, «afin que je gagne Christ», et il n’y eut jamais un saint plus assuré de ce prix que Paul. Quoique prisonnier à Rome dans le dénuement, il pouvait dire avec sincérité : «Pour moi, vivre c’est Christ ; et mourir, un gain». Quelle assurance, quelle joie brillent dans sa lettre aux Philippiens !

Il y a tant de bénédictions en Christ que l’apôtre les nomme «les richesses insondables de Christ». Plus nous goûtons la plénitude de son amour, et plus nous comprenons qu’il surpasse toute connaissance.

Le désir de l’épouse d’être près de son Seigneur est si grand, qu’elle ne supporte pas une distance quelconque, entre elle et lui. D’où ses soupirs . «Tire-moi». Il y a comparativement au verset 2, un progrès dans son appréciation de la personne de Christ : elle désire une communion plus étroite. Nous trouvons de tels sentiments dans plusieurs Psaumes : «Ô Dieu ! tu es mon Dieu ; je te cherche au point du jour, mon âme a soif de toi, ma chair languit après toi dans une terre aride et altérée, sans eau... Mon âme s’attache à toi pour te suivre, ta droite me soutient» (Psaume 63:1-8) La communion la plus étroite avec le Seigneur s’accorde parfaitement avec le désir d’être encore plus près de lui. Est-ce là notre expérience ?

Le Seigneur tire, et nous courons ; mais remarquez bien ces derniers mots : «après toi». Ils sont de la plus haute importance. Ce n’est pas après nos propres idées, ni après l’homme le meilleur qui pourrait exister sur la terre. Comme il est écrit dans le Psaume 16 : «Je me suis toujours proposé l’Éternel devant moi», non pas de temps à autre seulement, mais «toujours». Combien notre marche serait autre si tel était notre cas ! Elle serait séparée de tout ce qui n’est pas de Christ. Certainement, si nous disons au Seigneur : «tire-moi», nous devrions, comme l’épouse et ses compagnes, ajouter en toute sincérité : «nous courrons après toi».

Celui qui tire, marche devant. C’est ainsi que le Seigneur précède son peuple dans le désert, voit le danger et y pourvoit avant même qu’il s’y trouve exposé. Nombreux sont les périls dont Il nous délivre sans que nous le sachions. «Et quand il a mis dehors toutes ses propres brebis, il va devant elles ; et les brebis le suivent» (Jean 10:4). L’Ennemi nous a peut-être tendu un piège dans le chemin que nous étions disposés à suivre, mais notre divin Conducteur, voyant le traquenard, prend une autre direction, et nous échappons ainsi à un grave danger (voir Exode 13:17). Mais nous pouvons cependant nous montrer désappointés et mécontents de ce qu’il nous a empêchés de suivre le chemin que nous nous étions proposé !

 

1.7   Verset 4. —  Le Roi m’a amenée dans ses chambres. — Nous nous égayerons, et nous nous réjouirons en toi ; nous nous souviendrons de tes amours plus que du vin. Elles t’aiment avec droiture

 

Maintenant nous avons le fruit béni de l’attrait qu’exerce le Seigneur. La prière est, chez ceux qui s’adressent à Dieu, l’expression d’une faiblesse ressentie et d’un état de dépendance joint à un esprit de sainte diligence. C’est la grâce qui tire, c’est elle qui fait courir et qui couronne ; tout découle de l’amour du Seigneur. «Nous nous souviendrons de tes amours plus que du vin». La bien-aimée se sert maintenant de l’expression : se souvenir ; elle connaissait l’amour de Christ auparavant, mais elle en jouit maintenant davantage encore. Cet amour l’environne, elle se sent enveloppée par cet amour : Le Roi m’a amenée dans ses chambres.

Mais pour quelle raison est-il parlé ici du roi ? Il s’agit de la relation de Christ avec Israël quand ce peuple aura été restauré. Pour ce qui est de son droit, de son titre à la royauté, Christ est bien roi et digne de tout hommage ; l’Écriture déclare qu’il est le chef du corps, de l’assemblée et aussi le roi des Juifs. Comme tel, il vint d’abord dans l’humilité et dans la grâce se présenter à la fille de Sion ; hélas ! elle refusa de le recevoir. Il fut méprisé, rejeté, crucifié et mis à mort ; mais Dieu le ressuscita et lui donna la gloire. La résurrection d’entre les morts a établi ses droits comme roi des Juifs, mais aussi comme chef de son corps qui est l’assemblée, et comme centre de toute gloire à venir (Lire Zacharie 9, Jean 12:13, Actes 2, Éphésiens 1, Philippiens 2) Les Juifs avaient bien crié «Hosanna ! béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d’Israël Mais ils s’écrièrent aussi : «Ôte, ôte, crucifie-le !» (Jean 12:13 ; 19:15). Ils comblèrent ainsi la mesure de leurs péchés. Le Messie a été retranché, le témoignage du Saint Esprit méprisé et les relations avec Dieu rompues. Le temps où le royaume sera rétabli pour Israël n’est pas venu.

Mais la Parole du Seigneur demeure ferme à toujours ! L’incrédulité de l’homme ne saurait annuler la fidélité de Dieu (Romains 3:3) Dans la rédemption accomplie par Christ, le fondement a été posé pour la restauration future d’Israël, en grâce, selon le dessein immuable de Dieu. Les enfants recevront toutes les bénédictions promises aux pères. «Car je dis que Jésus Christ a été serviteur de la circoncision, pour la vérité de Dieu, pour la confirmation des promesses faites aux pères» (Romains 15:8) Rien de plus clair que les prophéties de la Parole de Dieu quant au règne futur du Seigneur Jésus, en relation avec le trône de David et de toute la maison d’Israël. Mais son règne et sa gloire ne seront pas limités aux tribus restaurées et au pays d’Israël : Jérusalem et les villes de Juda seront le centre terrestre de son royaume millénaire, absolument comme la Jérusalem céleste, la cité du Dieu vivant, sera le centre de sa gloire céleste dans tout l’univers (Hébreux 12:22-24)

Mais puisque c’est le roi qui fait l’objet de notre méditation, arrêtons-nous un peu aux prophéties qui nous révèlent Christ sous ce caractère. «Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, et le gouvernement sera sur son épaule ; et on appellera son nom : Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père du siècle, Prince de paix. À l’accroissement de son empire, et à la paix, il n’y aura point de fin, sur le trône de David et dans son royaume, pour l’établir et le soutenir en jugement et en justice, dès maintenant et à toujours. La jalousie de l’Éternel des armées fera cela» (Ésaïe 9:6-7). Cette prophétie déjà ancienne fut en substance confirmée à Marie par l’ange : «Tu enfanteras un fils, et tu appelleras son nom JÉSUS. Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il règnera sur la maison de Jacob à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume» (Luc 1:31-33)

Déjà, depuis le temps où Israël fut délivré d’Égypte jusqu’aux jours de Samuel, l’Éternel était son roi. Mais ils voulurent avoir un roi comme les autres nations, et le rejetèrent ; une chute complète s’ensuivit. D’ailleurs, des rivages de la mer Rouge au Calvaire et à la lapidation d’Étienne, il en a toujours été ainsi, quelle que soit la manière dont le peuple a été mis à l’épreuve, que nous considérions Israël sous la loi, ou comme une vigne transportée hors d’Égypte et plantée dans le pays promis, ou présenté comme cette femme que l’Éternel avait épousée, ou encore comme le témoin de Dieu sur la terre, toujours nous constatons que son égarement a été continuel (Jérémie 8:5). Aussi, les justes jugements de Dieu tombèrent enfin sur lui : Jérusalem fut environnée d’armées. Le temple et la cité furent entièrement rasés, et ceux qui échappèrent au tranchant de l’épée furent dispersés aux quatre vents des cieux.

Depuis, Israël a été appelé «la délaissée» et sa terre, «la désolée» (Ésaïe 62:4) ; mais elle ne le sera pas toujours. Il est bon de remarquer la différence qu’il y a entre les voies de Dieu en gouvernement à l’égard de son peuple et ses voies en grâce. Selon le juste gouvernement de Dieu, les Juifs sont encore, à cause de leurs péchés et de leur endurcissement, sous le châtiment. Mais la grâce et l’amour de Dieu demeurent invariablement les mêmes. Remarquez les paroles du prophète Akhija à Jéroboam : «j’humilierai la semence de David, à cause de cela, seulement pas à toujours» (1 Rois 11:39) C’est un principe important non pas seulement pour Israël et pour l’Église, mais pour tout chrétien pris individuellement. L’apôtre y fait allusion quand il traite du rejet et du rétablissement d’Israël : «Elles ont été arrachées pour cause d’incrédulité... mais en ce qui concerne l’élection, ils sont bien-aimés à cause des pères. Car les dons de grâce et l’appel de Dieu sont sans repentir» (Romains 11:20, 28-29)

Le prophète Osée (3:4) décrit d’une manière touchante l’état actuel et la future restauration des Juifs. «Car les fils d’Israël resteront beaucoup de jours sans roi, et sans prince, et sans sacrifice, et sans statue, et sans éphod ni théraphim. Ensuite, les fils d’Israël retourneront et rechercheront l’Éternel, leur Dieu, et David, leur roi, et se tourneront avec crainte vers l’Éternel et vers sa bonté, à la fin des jours» (Osée 3:4-5) Précieuse pensée ! Ils rechercheront encore l’Éternel, leur Dieu, et David, leur roi. Et à qui s’adresse le livre du Cantique des Cantiques ? N’est-il pas pour le Résidu l’assurance et la confirmation de l’affection immuable du roi ? Les Israélites, les fidèles des derniers jours, pourront lire ici l’amour infatigable et patient, l’amour qui ne fait pas de reproches, de l’Éternel, leur Dieu, et de David, leur roi. Dans le passé, ils ont entièrement failli sous la loi ; ils se tenaient devant Dieu sur le fondement d’une alliance conditionnelle, sur le pied de l’obéissance. Dans l’avenir, ils seront sur le fondement de l’alliance inconditionnelle de Dieu. Leur bénédiction aura pour mesure la valeur du sacrifice de Christ, jadis rejeté, et la plénitude de l’amour de Dieu. Mais qui peut mesurer ce qui est incommensurable ? Tel sera l’amour du Roi pour son épouse juive.

Le livre de Ruth illustre de manière touchante le passé, le présent et l’avenir d’Israël. Il ne resta pas de fruit de la vie d’épouse de Naomi. «Ne m’appelez pas Naomi, dit-elle, (nom qui signifie : mes délices), «appelez-moi Mara, amère ; car le Tout-Puissant m’a remplie d’amertume» (1:20) Son mari, Élimélec (nom qui signifie : Mon Dieu est roi), et ses deux fils étaient morts au pays de Moab. Naomi était maintenant veuve, abandonnée, sans enfants, et sans ressources naturelles. «Appelez-moi Mara... Je m’en allai comblée, et l’Éternel me ramène à vide». Image frappante de la nation juive qui, ayant perdu Dieu comme son roi et son mari, est maintenant comme veuve et abandonnée. Mais un faible résidu, en la personne de l’humble et patiente Ruth, s’attache à Naomi, et s’abrite sous les ailes du Dieu d’Israël. Bienheureux les débonnaires, car c’est eux qui hériteront de la terre. Les champs dans lesquels elle entra d’abord comme une glaneuse, devinrent sa propriété.

Mais d’abord le plus proche parent, qui a droit de rachat, refuse de racheter l’héritage car il faut qu’en même temps il prenne Ruth pour femme ; dix témoins attestent ce refus. Ces dix hommes de la ville peuvent représenter les dix commandements qui furent donnés avant la venue du Christ ; il n’y eut pas de fruit pour Dieu sous la loi (Voyez Romains 7:14)

Puis Boaz (ce nom signifie : en lui est la force) épouse la cause du faible résidu de la maison d’Élimélec. C’est un type de Christ ressuscité, qui a été déterminé Fils de Dieu, en puissance, selon l’Esprit de sainteté, par la résurrection des morts (Romains 1:4) Une circonstance donne à ce tableau une réelle beauté ; Ruth n’avait aucun droit direct sur Boaz. Il n’était pas le plus proche parent ; c’est absolument par grâce qu’il intervient. Désormais, tant Israël que les Gentils parviennent à l’héritage sur le fondement de la miséricorde. Ruth enfanta un fils... Alors Naomi prit l’enfant, et le mit dans son sein, et elle lui tenait lieu de nourrice. Les voisins dirent : Un fils est né à Naomi. Scène touchante ! La veuve est en mesure de chanter comme aux jours de sa jeunesse. La délaissée est devenue mère de fils ; le sein qui avait perdu tous ses enfants possède à nouveau un héritier ; tout est joie et allégresse ! Quelle délicieuse image nous avons ainsi du retour complet d’Israël à l’honneur, à la gloire et à sa haute position dans le pays ! Avant longtemps, le Véritable Boaz prendra en main la cause du résidu fidèle, et rétablira Israël dans sa terre sur un pied complètement nouveau. Tel est le précieux sujet de nombreux passages de l’Écriture.

En voici un exemple : «Et les nations verront ta justice, et tous les rois, ta gloire ; et on t’appellera d’un nom nouveau, que la bouche de l’Éternel désignera. Et tu seras une couronne de beauté dans la main de l’Éternel, et une tiare royale dans la main de ton Dieu. On ne te dira plus la délaissée, et on n’appellera plus ta terre la désolée. Car on t’appellera : mon plaisir en elle, et ta terre : la mariée ; car le plaisir de l’Éternel est en toi, et ton pays sera marié» (Ésaïe 62:2-4). Et encore : «C’est pourquoi, voici, moi, je l’attirerai, et je la mènerai au désert, et je lui parlerai au coeur, et de là je lui donnerai ses vignes, et la vallée d’Acor pour une porte d’espérance ; et là elle chantera comme dans les jours de sa jeunesse et comme au jour où elle monta du pays d’Égypte... Et je te fiancerai à moi pour toujours ; et je te fiancerai à moi en justice, et en jugement, et en bonté, et en miséricorde ; et je te fiancerai à moi en vérité ; et tu connaîtras l’Éternel» (Osée 2:14,15, 19-20). Merveilleuse, incomparable grâce ! L’amour en est la source : «il était perdu, et il est retrouvé» (Luc 15:24). Son amour est toujours le même. Le Seigneur aime Israël — Il aime l’assemblée — Il aime d’un amour parfait toute âme qui est attirée vers Lui. «Le roi m’a amenée dans ses chambres 

 

1.8   Versets 5-6 . —  Je suis noire, mais je suis agréable, filles de Jérusalem ! comme les tentes de Kédar, comme les tentures de Salomon. Ne me regardez pas, parce que je suis noire, parce que le soleil m’a regardée : les fils de ma mère se sont irrités contre moi, ils m’ont mise à garder les vignes ; ma vigne qui est à moi, je ne l’ai point gardée

 

L’épouse a parlé de l’amour du Roi, de son nom et de ses chambres. Maintenant, elle confesse sans réserves son état. Mais en même temps, elle affirme avec bonheur ce qu’elle est aux yeux de son bien-aimé ! Vérité qu’il faut toujours garder pour conserver un bon équilibre dans notre esprit. Plus nous connaîtrons l’indignité, le caractère incurable de la chair, plus nous apprécierons l’excellence de Christ, et plus nous comprendrons l’oeuvre du Saint-Esprit. Tant que nous ne serons pas convaincus de la dépravation totale de la nature humaine, il y aura confusion dans notre expérience entre les vaines prétentions de la chair et les opérations de l’Esprit.

Il n’y a absolument rien de bon dans l’homme naturel. Paul qui avait pourtant beaucoup avancé dans la vie chrétienne, pouvait bien dire : «En moi, c’est-à-dire en ma chair, il n’habite point de bien» (Romains 7:18) Mais ne pourrait-on pas l’améliorer par des soins constants, par la prière et la vigilance ? Non, jamais, elle est incurable ! (Lisez Genèse 6:5). «Et l’Éternel vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre, et que toute l’imagination des pensées de son coeur n’était que méchanceté en tout temps»... Il est vrai que chez quelques-uns, la chair peut se montrer polie, cultivée ; tandis que chez d’autres, elle est rude et grossière ; mais chez les uns comme chez les autres, c’est la chair de laquelle il est écrit «qu’elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, car aussi elle ne le peut pas» (Romains 8:7) Si nous ne sommes pas capables de plier une barre de fer, nous la chauffons de telle sorte qu’elle devienne tout à fait flexible, mais c’est encore le même fer. Son apparence a changé, mais sa nature est la même. Accepter ces déclarations de l’Écriture sur notre triste état moral nous aidera à distinguer entre la chair et l’Esprit, et savoir d’où peut venir telle pensée, ou tel penchant. Il est de toute importance de voir que la chair et l’Esprit sont tous deux en nous. La pensée de la chair est la mort ; mais la pensée de l’Esprit, vie et paix (Romains 8:6) Une grande confusion et même parfois de l’angoisse résultent de l’ignorance où l’on est au sujet des deux natures. Rien de bon ne saurait venir de notre vieille nature.

Supposez que je rencontre une personne inquiète à l’égard de son âme, et désireuse de connaître Christ et le salut. Je comprends que le Saint Esprit est à l’oeuvre en elle. De tels désirs ne peuvent jamais venir d’une nature qui hait Dieu et Christ. Il est possible qu’elle soit remplie de crainte quant à l’issue de ses débats intérieurs. Il se peut même qu’elle refuse d’être consolée ; mais elle se réjouira lorsqu’elle aura trouvé la paix avec Dieu. La bonne oeuvre était commencée dans le pays éloigné chez le fils prodigue, quand, étant revenu à lui-même, il dit : «Je me lèverai et je m’en irai vers mon père». Dieu répondra pleinement à tout désir qu’il a lui-même éveillé. Christ est la parfaite réponse à tous les besoins du coeur renouvelé.

L’Esprit nous enseigne trois points d’une importance pratique journalière : savoir que la chair est opposée à l’Esprit, Satan à Christ, et le monde au Père (Galates 5 ; Genèse 3:1 ; 1 Jean 2) Ce sont là nos trois ennemis, et il importe beaucoup de discerner ce qu’ils voudraient produire. Ainsi, par exemple, au lieu de nous demander avec inquiétude en quoi consiste la mondanité, demandons-nous simplement : ceci est-il du Père ? Et si nous voyons que la chose ne l’est pas, c’est qu’elle est du monde.

Il n’y a pas dans l’Écriture de neutralité. Tout ce qui n’est pas de l’Esprit est de la chair, et ce qui n’est pas de Christ est de Satan.

Nous sommes entrés dans ces détails pratiques en méditant les paroles de l’épouse, mais nous ne savons pas si de semblables pensées occupaient son esprit.

«Je suis noire». Ses paroles sont relatives à son aspect extérieur, à son teint ; elle est brûlée par le soleil. Et elle ressent vivement le regard plein de curiosité des filles de Jérusalem. «Ne me regardez pas, parce que je suis noire, parce que le soleil m’a regardée». Il fut un temps où la fille de Sion était belle et glorieuse, un sujet de louange sur la terre. «Ta renommée, dit le prophète, se répandit parmi les nations à cause de ta beauté ; car elle était parfaite par ma magnificence que j’avais mise sur toi, dit le Seigneur, l’Éternel» (Ézéchiel 16:14). Mais, à cause de son ingratitude et de son infidélité, elle fut réduite à la triste condition d’une pauvre esclave brûlée par le soleil. Le prophète Jérémie, dans ses Lamentations sur la ruine de Jérusalem, décrit aussi de manière touchante ce qu’elle était jadis, et ce qu’elle est devenue à la suite de l’affliction et de la souffrance : «Ses Nazaréens étaient plus purs que la neige, plus blancs que le lait ; leur corps était plus vermeil que des rubis, leur taille un saphir. Leur figure est plus sombre que le noir, on ne les connaît pas dans les rues ; leur peau s’attache à leurs os, elle est sèche comme du bois» (Lamentations 4:7-8) Certes, il peut s’écrier dans l’amertume de son âme : «Comment l’or est-il devenu obscur, et l’or fin a-t-il été changé !» (Lamentations 4:1) Si les fruits du péché sont aujourd’hui redoutables, tristes et amers, que seront-ils dans l’éternité où il n’y aura plus d’espérance, et où le désespoir s’emparera de l’âme coupable ?

Portons nos regards sur la croix, pour y voir nos péchés, tous nos péchés, jugés, expiés, lavés dans le sang de Christ. Dieu et la foi connaissent seuls la puissance du sang de Jésus versé sur la croix, et se glorifient dans son éternelle efficace. Jugeons donc pleinement, aujourd’hui, le mal qui se trouve dans notre coeur ainsi que nos voies, et rappelons-nous que Christ en a porté tout le poids à la croix. Ce qui lui a été imputé ne nous sera jamais imputé. Bienheureux l’homme à qui l’Éternel ne compte pas l’iniquité, et dans l’esprit duquel il n’y a point de fraude ! (Psaume 32:2).

Lorsque nous avons saisi que Christ par son sacrifice a porté et ôté pour toujours tel péché sur lequel nous menons deuil, toute fraude s’en va ; nous n’avons plus aucun désir de cacher, d’atténuer, ou d’excuser notre péché. Il fut ôté à la croix, et maintenant, sur ce fondement, il est pardonné. En présence d’un tel amour, la crainte est bannie ; nous avons une entière liberté et le coeur au large devant Dieu. Nous ne pouvons que célébrer le Seigneur pour la grâce infinie dont il a usé envers nous.

Cet adjectif «noir» sert généralement dans l’Écriture à caractériser un état de souffrance. Ma peau, disait Job, «devient noire et se détache de dessus moi, et mes os sont brûlés par la sécheresse» (Job 30:30) Il en est de même d’Israël rebelle. Mais dans notre passage, la confession de l’épouse est comparable à ce que tous les croyants peuvent exprimer avec foi : «je suis noire, mais je suis agréable».

Mes péchés sont comme le cramoisi ; en Christ, ils sont plus blancs que la neige. Ce sera le langage du résidu craignant Dieu, qui sera passé par la détresse de Jacob. Il aura été douloureusement noirci par l’ardeur de la grande tribulation. Ces Juifs pieux seront persécutés sous l’Antichrist, le grand oppresseur, et même leurs frères selon la chair se tourneront contre eux : «Écoutez la parole de l’Éternel, vous qui tremblez à sa parole : Vos frères qui vous haïssaient, qui vous rejetaient à cause de mon nom, disaient : Que l’Éternel soit glorifié, et que nous voyions votre joie ! Mais eux, ils seront confus» (Ésaïe 66:5).

 

1.9   Les fils de ma mère se sont irrités contre moi, ils m’ont mise à garder les vignes

 

Comme Ruth, les vignes auxquelles elle a été forcée de travailler sont devenues les siennes. Heureuse désormais, dans l’amour de son grand libérateur, elle peut parler de ce qu’elle est à ses propres yeux : noire comme les tentes de Kédar — agréable comme les tentures de Salomon.

Les fils d’Israël se servaient des peaux velues de leurs boucs noirs pour couvrir extérieurement leurs tentes. Elles avaient ainsi dans le désert un aspect extrêmement noir sous les rayons du soleil. Certainement, placé sous les rayons du soleil de justice, l’homme serait plus noir que la tente de ces nomades. Mais si le sentiment de notre laideur est susceptible de nous troubler encore, il ne trouble plus le Seigneur : il l’a éloignée pour toujours. Le jugement de Dieu et celui de la foi sont les mêmes : «tes péchés qui étaient en grand nombre sont pardonnés» : «Le sang de Jésus-Christ, le Fils de Dieu, nous purifie de tout péché».

L’expression «tentures de Salomon» fait penser au magnifique voile du temple de Salomon, type de la sainte humanité de Jésus. Tous les croyants seront rendus semblables à l’Homme parfait, maintenant dans le ciel, le chef de la nouvelle création. Comme nous avons porté l’image de celui qui est poussière, nous porterons aussi l’image du céleste (1 Corinthiens 15:49) Les filles de Jérusalem introduites ici, sont bien sûr distinctes de l’épouse, quoique étroitement unies avec elle, comme le montre leur place dans cette magnifique scène. Si l’épouse représente la cité bien-aimée, Jérusalem, la capitale terrestre du grand roi, les filles de Jérusalem peuvent représenter les villes de Juda, ce qui explique leur présence et en maintes occasions. Mais elles n’atteignent jamais dans la faveur du roi la position de l’épouse. Selon la parole du Seigneur, Jérusalem doit toujours avoir la prééminence : «Car maintenant j’ai choisi et sanctifié cette maison, afin que mon nom y soit à jamais ; et mes yeux et mon coeur seront toujours là» (2 Chroniques 7:16).

 

1.10                   Verset 7. —  Dis-moi, toi qu’aime mon âme, où tu pais ton troupeau, où tu le fais reposer à midi ; car pourquoi serais-je comme une femme voilée auprès des troupeaux de tes compagnons ?

 

Un changement se produit dans les pensées de l’épouse. L’époux remplit son coeur et ses regards. Le moi tend à disparaître ! Quelle grâce, car c’est toujours fâcheux de s’occuper du moi. Si nous sommes occupés de nous-mêmes au lieu de Christ, il en résulte toutes sortes d’angoisses et de douleurs.

Ce verset renferme trois choses qui méritent d’être méditées :

1. Son affection ardente : Elle ne dit point, ô toi que mon âme doit aimer, ou même désire aimer, mais ô toi qu’aime mon âme. Il y a en elle un amour fervent pour son Sauveur et Seigneur. Heureuse condition, elle le connaît intimement. Quelle est «notre appréciation» du Seigneur ? A-t-il la première place dans mes affections ? Le jour approche où «mes yeux verront le roi dans sa beauté» (Ésaïe 33:17) Alors ce coeur si froid, si lent à croire, sera ravi de sa beauté et rempli d’un amour parfait pour lui seul.

2. C’est directement de lui-même qu’elle désire recevoir sa nourriture. «Dis-moi... où tu pais ton troupeau. Elle ne va point vers les bergers d’Israël qui se souciaient plus de la toison que du troupeau (Ézéchiel 34:3) mais au Souverain Pasteur lui-même. Elle l’avait connu auparavant dans son caractère de roi, maintenant elle fait appel à lui comme berger. Comme David jadis, il est le roi berger ; et avec quelle tendresse, ne rassemble-t-il pas encore les brebis d’Israël maintenant dispersées ! «Car, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Me voici, moi, et je rechercherai mes brebis, et j’en prendrai soin. Comme un berger prend soin de son troupeau, au jour où il est au milieu de ses brebis dispersées, ainsi je prendrai soin de mes brebis, et je les sauverai de tous les lieux où elles ont été dispersées... Je !es amènerai dans leur terre... Elles seront là, couchées dans un bon parc, et paîtront dans de gras pâturages, sur les montagnes d’Israël. Moi-même je paîtrai mes brebis, et moi je les ferai reposer, dit le Seigneur, l’Éternel» (Ézéchiel 34:11-15).

3. Son coeur soupire après le repos que le troupeau goûte à midi : «Dis-moi... où tu fais reposer ton troupeau à midi». Communion personnelle, nourriture et repos, telles sont les riches bénédictions après lesquelles maintenant son âme soupire avec ardeur. Fatiguée d’avoir vainement cherché la nourriture et le repos loin de Dieu, elle soupire après les verts pâturages et les eaux paisibles de sa grâce. Ceux qui ont erré sur les montagnes connaissent leur stérilité. Mais lorsque le rétablissement est complet, ces ressources sont plus précieuses encore. L’Église ayant goûté le bonheur qui se trouve dans la communion avec le Seigneur a maintenant pour seul désir qu’elle augmente et qu’elle ne soit plus interrompue.

 

1.11                   Pourquoi, ajoute-t-elle, serais-je comme une femme voilée auprès des troupeaux de tes compagnons ?

 

Quels sont ces compagnons ? c’est difficile à dire, à moins qu’il ne s’agisse de bergers placés sous les ordres du Berger royal. Ils pouvaient montrer moins de compréhension et de sympathie à son égard, mais elle pouvait se confier en Lui. Le terme «voilée» suggère l’idée d’une personne qui cherche à se cacher ou qui montre une modestie de bon aloi (Genèse 24:65). C’est une plus grande proximité avec Lui qu’elle recherche. Il y a une énergie de l’amour qui ne saurait s’accommoder avec le formalisme. Elle sera souvent mal comprise. Il en était ainsi d’Anne, la mère de Samuel. Elle priait avec une réelle énergie spirituelle intérieure, mais Élie, le sacrificateur de Dieu, ne la comprit point (1 Samuel 1:14-15) Le Seigneur seul connaît les motifs du coeur et la source de l’énergie de la foi.

Au moment où la bien-aimée souffrait peut-être des soupçons des autres, le bien-aimé apparaît pour la rassurer. C’est la première fois que nous entendons la voix de l’époux. Mais quelles paroles de grâce sur ses lèvres ! Sa première expression : «ô la plus belle parmi les femmes !» suffit certainement pour adoucir la plus grande amertume.

L’épouse pouvait être troublée par sa propre apparence, par les mauvaises pensées des autres ; mais une telle affirmation de l’amour et de l’estime du Seigneur est bien propre à éloigner tout chagrin, et à la remplir de joie. Au lieu de la voir noire comme les tentes de Kédar — comme une esclave brûlée par le soleil — le bien-aimé déclare qu’elle est à ses yeux la plus belle parmi les femmes.

 

1.12                   Verset 8. —  Si tu ne le sais pas, ô la plus belle parmi les femmes ! sors sur les traces du troupeau, et pais tes chevreaux près des habitations des bergers

 

Rien ne saurait jamais altérer son affection pour son épouse, même s’il y a, dans ce qu’elle dit et ce qu’elle fait, des choses qu’il ne saurait approuver. Le croyant est parfait en Christ. Il est justifié de toutes choses, même s’il y a des manquements dans sa marche.

Ce petit mot «si» n’implique-t-il pas que le Bien-aimé s’attendait à ce qu’elle connaisse le sentier du troupeau ? De la même manière, le Seigneur dit à Philippe : «Je suis depuis si longtemps avec vous, et tu ne m’as pas connu, Philippe ?» (Jean 14:9).

Certains chrétiens, en général, se préoccupent peu de la communion telle qu’elle est enseignée dans la Parole de Dieu. La plupart d’entre eux suivent le chemin qui leur convient le mieux ou leur est le plus agréable. Ils ne cherchent pas à s’assurer s’ils marchent vraiment sur les traces du troupeau. Ils n’ont jamais examiné la Parole de Dieu avec prière, pour connaître sa pensée. Si l’Église avait toujours marché dans ce qui est bon et droit aux yeux du Seigneur, pour lui plaire à tous égards (Colossiens 1:9-10 ; comparer Deutéronome 12:8 et 5:28-29), un tel exercice de conscience n’aurait pas de raison d’être. Mais l’Église professante est aujourd’hui dans le désordre, il est donc convenable que tout enfant de Dieu sonde les Écritures afin de connaître la volonté de Dieu, en revenant à ce qui est dès le commencement.

Il est douloureux de voir tant de chers rachetés du Seigneur considérer ce sujet comme n’étant pas essentiel ou même comme sans importance. Une telle pensée est déshonorante pour Dieu et très préjudiciable pour l’âme. Les épreuves à travers lesquelles nous voyons passer l’épouse, dans ce livre, paraissent dues à sa négligence des instructions que son bien-aimé lui donne ici. Si le chrétien ne cherche pas le terrain scripturaire sur lequel une vraie communion selon Dieu peut se réaliser, il se laissera diriger par sa propre volonté. La Parole de Dieu est mise de côté, l’Esprit est attristé et le premier amour décline.

Rien de plus clair quant au terrain scripturaire que Matthieu 18:20 : «Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux». Ces paroles posent nettement la base de toute vraie communion chrétienne — Christ pour centre, et les croyants rassemblés autour de lui par le Saint Esprit. Le Seigneur ne dit pas : où deux ou trois se «rencontrent», ni où deux ou trois «s’assemblent», mais, où deux ou trois «sont» assemblés : faisant allusion à la volonté du Seigneur qui rassemble, ce n’est pas laissé au choix ou à l’exercice de la volonté humaine. Le Saint Esprit est celui qui rassemble autour de Christ ; la puissance qui agit sur la foi, c’est le nom de Jésus (Jean 14:15)

Tous les croyants sont rassemblés au nom de Christ, comme leur centre unique, constitués en un seul corps, et maintenus dans une unité vivante par la présence du Saint Esprit. Remarquons qu’il demeure avec nous éternellement — dans l’Assemblée — et qu’il est en nous, dans chaque croyant personnellement. Nous trouvons au chapitre 20 de l’évangile de Jean un tableau remarquable de l’Assemblée de Dieu. Christ ressuscité au milieu, comme centre, et les disciples réunis autour de lui. La paix, le service, le culte les caractérisent.

Une assemblée réunie sur cette base divine reconnaîtra la présence de Christ au milieu d’elle, et le Saint Esprit comme source d’édification et de consolation. On s’attendra au Seigneur, pour être guidé par son Esprit, à la gloire de Dieu (1 Corinthiens 12:14). Ce que nous avons à demander au Seigneur, c’est qu’il nous garde de suivre notre propre volonté et daigne nous conduire par son Saint Esprit dans la voie de la vérité. Il s’est engagé à être là où ses disciples sont rassemblés en son nom. Sa présence suffit pour remplir l’âme. ‘Ta face est un rassasiement de joie». Le plus précieux ministère, les plus chères associations sont peu de chose à côté de Christ ; ce dont nous avons besoin, c’est de nous trouver là où la foi peut dire avec certitude : Christ lui-même y est.

 

Quand c’est ton coeur, Jésus, qui nous rassemble

Autour de toi, dans ton fidèle amour ;

Oh ! quel bonheur d’adorer tous ensemble,

Et d’annoncer ta mort et ton retour !

 

Quelle douceur dans ce culte de frères,

Où l’Esprit Saint est notre directeur !

Dans ce concert de chants et de prières,

Par tous offert d’un accord et d’un coeur !

 

Oui, là, Seigneur, ta présence se trouve,

Mettant le coeur en joie, en liberté,

Et dans la paix, tout fidèle en éprouve

Et le pouvoir et la réalité.

 

Pais tes chevreaux près des habitations des bergers. Ayant appris de la Parole de Dieu le vrai fondement et le vrai caractère de la communion chrétienne, nous avons la responsabilité de guider dans ces sentiers, sur les traces du troupeau de Dieu, les jeunes qui sont parmis nous. Là se trouve la nourriture convenable pour chacun. L’agneau apprend vite à suivre les traces de sa mère, et à se nourrir de la même pâture. Le Berger d’Israël prend soin des agneaux : «Comme un berger il paîtra son troupeau : par son bras, il rassemblera les agneaux et les portera dans son sein ; il conduira doucement celles qui allaitent» (Ésaïe 40:11). Les plus faibles du troupeau étaient l’objet de ses tendres soins, quand il conduisit son peuple hors d’Égypte et à travers la mer. Le matin, il y avait autour de leurs tentes de la nourriture pour chacun, tout le temps qu’ils voyagèrent à travers le désert grand et terrible (Deutéronome 8:3, 14).

Le Seigneur veut qu’il en soit ainsi maintenant, dans les assemblées des saints. Là où le Saint Esprit est libre d’agir sans entraves, il fournira sûrement du lait aux petits enfants, et de la viande solide aux hommes faits. L’Assemblée est mentionnée comme l’habitation ou le tabernacle de Dieu (Éphésiens 2:22). Avec quelle ardeur et quelle affection ne devrions-nous pas prier pour que tous les agneaux s’y rassemblent, puisque Dieu lui-même daigne y habiter !

Que serait sur terre la plus belle assemblée et le ciel même sans la présence du Seigneur ? De lui seul découle la bénédiction. Dieu veuille rassembler tous les agneaux autour du Berger et du surveillant de nos âmes !

 

1.13                   Versets 9-11. —  Je te compare, mon amie, à une jument aux chars du Pharaon. Tes joues sont agréables avec des rangées de joyaux ; ton cou, avec des colliers. Nous te ferons des chaînes d’or avec des paillettes d’argent

 

Maintenant il s’adresse à elle. Il exprime ouvertement son admiration et son amour ! Mon amie, je te compare... tes joues sont agréables... ton cou, avec des colliers.

Le Seigneur aussi nous orne de sa propre beauté, de ses propres attraits et il l’admire. Il n’y a plus rien qui puisse blesser ses regards et attrister son coeur. «Tu es toute belle mon amie, il n’y a point de défaut en toi». Elle possède la même vie et la même position que son Seigneur ressuscité et vivant. Quelle gloire et quelle bénédiction !

Dans son grand amour, Jésus Christ s’est donné lui-même pour nous ; et maintenant, les siens sont identifiés avec lui, non seulement dans sa mort, mais dans sa résurrection, rendus agréables dans le bien-aimé : «La gloire que tu m’as donnée, moi, je la leur ai donnée» (Jean 17:22) Il admire son épouse, encore dans le désert, revêtue de sa propre perfection. Rebecca fut enrichie et parée des joyaux d’Isaac, longtemps avant de l’avoir rencontré.

C’est ainsi que jadis à Charan les parents de Rebecca contemplèrent, étonnés, les joyaux dont elle venait d’être revêtue. Pouvait-elle douter, quelqu’un pouvait-il douter, en la voyant ainsi parée de tous ces présents, de l’amour et de la libéralité d’Isaac ? (Genèse 24).

D’Israël, il est écrit : «Je te parai d’ornements, et je mis des bracelets à tes mains et un collier à ton cou ; et je mis un anneau à ton nez et des pendants à tes oreilles, et une couronne de beauté sur ta tête... Et ta renommée se répandit parmi les nations à cause de ta beauté, car elle était parfaite par ma magnificence que j’avais mise sur toi, dit le Seigneur, l’Éternel» (Ézéchiel 16:11, 12,14)

Un collier d’or est le signe, comme dans le cas de Joseph et de Daniel, d’une dignité élevée. Mais que signifient ces paroles du roi ? Il a admiré son épouse, ses joyaux, ses colliers, et maintenant il veut faire davantage pour elle : «Nous te ferons des chaînes d’or avec des paillettes d’argent».

La manière dont le Seigneur exprime son amour est précieuse. Il lui fait part de ses pensées. Le premier désir de l’amour c’est la communion. Il sait comment remplir à jamais le coeur de joie.

 

1.14                   Je te compare, mon amie, à une jument aux chars du Pharaon

 

Israël a été racheté à bras étendu de l’Égypte et du Pharaon, de la fournaise de fer. L’amour qui nous a délivrés du monde et qui nous amène vers Christ dans la gloire, déploie ses gratuités tout le long du chemin.

Le cheval d’attelage, avec son magnifique harnais, peut être considéré comme le symbole de la force et de la promptitude dans le service. En outre, il obéit à la moindre impulsion donnée aux rênes. Servons-nous de cette manière ? Examinons nos voies sous le regard du Maître.

 

1.15                   Verset 12 .- Pendant que le roi est à table, mon nard exhale son odeur

 

Dans les sacrifices offerts par feu, il était défendu d’offrir du miel, symbole de la douceur des affections naturelles. Un peu de miel au bout d’un bâton pouvait, au jour de la bataille, éclaircir les yeux et rafraîchir le coeur de Jonathan ; il ne saurait convenir pour Dieu. Ces affections ont leur place dans la famille, le cercle de nos amis ; mais elles ne sauraient convenir à l’autel de Dieu ou à la table du roi.

Pour faire quelque chose qui plaise à Dieu ou lui offrir un sacrifice agréable, il faut être né de nouveau. Le nard est, pour lui, un parfum de bonne odeur. Le vase d’albâtre de nard pur qui a jadis rempli de son parfum la maison de Béthanie, était précieux pour le Seigneur. «Ce qui était en son pouvoir, elle l’a fait», (Marc 14:8) telle fut l’approbation immédiate de son amour, accompagnée de ces paroles : «En quelque lieu que cet évangile soit prêché dans le monde entier, on parlera aussi de ce que cette femme a fait, en mémoire d’elle» (Matthieu 26:13).

C’est une erreur de supposer que nous n’avons rien à offrir au roi pendant qu’il est à table. Il est vrai que nous lui apportons de ce qui est à Lui. L’Israélite devait apporter une corbeille pleine des prémices de tous les fruits de la terre, «que tu tireras de ton pays, que l’Éternel, ton Dieu, te donne» ; et la lui présenter (Deutéronome 26). Le véritable culte est le fruit de la communion. Si l’époux a des parfums d’agréable odeur, l’épouse, par grâce, a son nard. La table est sienne, et le nard l’est aussi : «Tu dresses devant moi une table, en la présence de mes ennemis ; tu as oint ma tête d’huile, ma coupe est comble» (Psaume 23:5).

Le véritable culte, précieux et béni, vient d’un coeur qui déborde. Quand le Saint Esprit nous présente la plénitude qui est en Christ, notre âme déborde ! De là vient la différence entre une réunion de prières et une réunion de culte. Nous nous rendons à la première avec des besoins pour crier au Seigneur et dans les dispositions convenables pour être exaucés. C’est avant tout l’accord, selon Matthieu 18:19, puis la foi, la confiance (Matthieu 21:22 et aussi Jacques 1:6), en troisième lieu la précision dans la prière, Luc 11:6, et enfin la persévérance jusqu’à l’importunité, selon Luc 18:1-8. Mais quant au culte, nous devons y venir le moi complètement jugé, remplis du Seigneur, des fruits de la victoire et des richesses insondables de la grâce manifestés dans le Père et dans le Fils. Avant de nous asseoir à table, n’avons-nous rien à demander ? Rien, sinon une capacité plus grande. Nous trouvant dans le lieu saint de la présence du Seigneur, nourris des immenses richesses de la grâce du Christ, nous serons rendus capables de célébrer, de bénir et d’adorer notre Dieu et Père et notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

L’épouse atteint maintenant le degré le plus élevé de la bénédiction. Elle jouit paisiblement de la présence du roi pendant qu’il est à table. L’activité du service fait place au repos du culte.

La persécution, la pauvreté, la souffrance, tout est oublié en présence de Jésus. Le vase est rompu ; le nard coule, le parfum remplit la maison, sa tête et ses pieds sont oints, et son coeur est ravi par l’épouse.

 

1.16                   Verset 13. —  Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe ; il passera la nuit entre mes seins

 

Si le cheval d’attelage suggère la bonne volonté dans le service, et si le nard est le symbole du culte, le bouquet de myrrhe n’est-il pas l’emblème d’un témoignage de chaque instant pour Christ, conséquence d’une profonde communion avec lui ? Notre service sera sans puissance, si nous négligeons la communion personnelle. Comment David fut-il capable de déployer un tel courage dans la vallée d’Ela ? Etait-ce la témérité de sa jeunesse inexpérimentée ? Non ! Mais sa foi s’était développée à l’école de Dieu lorsqu’il tua le lion puis l’ours, de sorte qu’il connaissait ses pensées à l’égard de son peuple : Béni soit l’Éternel, mon rocher ! qui enseigne mes mains pour le combat, mes doigts pour la bataille (Psaume 144:1).

La même vérité nous est enseignée par le Seigneur : «Jésus se tint là et cria, disant : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive ; des fleuves d’eau vive couleront de son ventre» (Jean 7:37-38). Pour être une source de bénédiction pour d’autres, il nous faut boire d’abord nous-mêmes en abondance à la source de toute grâce en Jésus. Chaque nouveau témoignage pour Christ devrait être le fruit d’une communion plus profonde avec lui. Comme Moïse au pays de Madian, asseyons-nous près du puits, des eaux vives (Exode 2:15-17). Ainsi, il fut à même de secourir les filles du sacrificateur de Madian.

Comme la femme près du puits de Sichar, le coeur de l’épouse déborde. «Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe». Heureux fruit d’un état d’intimité avec lui, de leur communion ! Heureuse épouse, elle peut dire en vérité : «Mon bien-aimé». Elle est résolue à placer tout près de son coeur cette myrrhe au parfum suave. Désormais, où qu’elle aille, cette odeur se dégage. Répandons-nous au travail, dans la famille, partout, cette odeur de la connaissance de Christ... sa bonne odeur pour Dieu ? Et même après que nous nous sommes retirés, le parfum demeure-t-il en témoignage du prix que Christ a pour nous ? Il nous a demandé d’être occupés de lui durant son absence, de lui donner toute la place dans nos coeurs. En instituant le mémorial de son amour et de sa mort, il a dit : «Faites ceci en mémoire de moi». L’avons-nous fait ? La fiancée de l’Agneau a-t-elle placé ainsi le bouquet de myrrhe sur son coeur, le porte-t-elle durant la longue nuit de son absence ? Hélas ! les requêtes de l’amour de l’époux ont été oubliées. Des rivaux admis et entretenus ont pris sa place, et c’est une chose triste de le voir, lui, dehors dans son infatigable amour, frapper à la porte. «La nuit est avancée, et le jour s’est approché» (Romains 13:12). Oui, il approche, le jour heureux où les affections de son peuple céleste et de son peuple terrestre répondront parfaitement aux siennes.

 

1.17                   Verset 14. —  Mon bien-aimé est pour moi une grappe de henné dans les vignes d’En-Guédi

 

Le sachet de myrrhe est caché dans le sein loin du regard, mais la grappe de henné est visible, elle se porte ouvertement à la main. La myrrhe est la sève qui découle de l’arbre à travers les saignées pratiquées dans l’écorce. Les fleurs de henné sont des grappes épaisses aussi belles que parfumées. «De sorte que le Christ habite, par la foi dans vos coeurs», (Éphésiens 3:17) est la prière de l’apôtre. Et nous devons porter toujours partout dans le corps la mort de Jésus, «afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre corps» (2 Corinthiens 4:10).

Notre Seigneur ressuscité, exalté et glorifié est un objet de contemplation pour le regard et un délicieux parfum pour le coeur. Sa personne, son ministère, son oeuvre sont d’un prix infini. «Mon bien-aimé est blanc et vermeil, un porte-bannière entre dix mille... Toute sa personne est désirable» (5:10, 16). «En lui habite toute la plénitude de la déité corporellement» (Colossiens 2:9).

Les vignes d’En-Guédi étaient célèbres pour leurs fruits excellents et leurs précieux aromates. Et ces lieux ont aussi servi de retraite à David et à ses gens quand Saül les persécutait (1 Samuel 24:1-4). Les fertiles vallées en bas, et dans les montagnes environnantes les forteresses, fournissaient à la fois refuge, nourriture et lieu de repos à l’oint du Seigneur et à ceux qui avaient uni leur sort au sien.

Mais toutes les bonnes choses de la terre ne représentent que très faiblement les richesses insondables de Christ ! Ce que nous connaissons maintenant de sa plénitude est comme une goutte d’eau à côté de l’océan. «Tout ce qui nous est donné de bon, et tout don parfait descendent d’en-haut, du Père des lumières en qui il n’y a pas de variation, ou d’ombre de changement». Pensons à lui, le bien-aimé absent. La myrrhe découlant, et le henné fleuri sont bien propres à nous rappeler la croix et la gloire et à attirer nos pensées sur Celui qui a été livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification (Romains 4:25).

 

1.18                   Verset 15. — Voici, tu es belle, mon amie ; voici tu es belle ! Tes yeux sont des colombes

 

Comment quelqu’un de souillé par le péché peut-il être ainsi beau aux yeux du Seigneur ? L’Évangile de la grâce de Dieu fournit la réponse. Dès qu’une âme est attirée à Jésus, elle est reçue et placée dans la lumière de la présence de Dieu, dans la pleine valeur de son oeuvre accomplie, pour être revêtue de l’incomparable beauté de sa personne adorable.

Tous ceux qui croient sont rendus «agréables dans le bien-aimé» par l’oeuvre accomplie sur la croix (Éphésiens 1:6). Son sang précieux purifie de tout péché (1 Jean 1:7).

Joshua est vêtu de vêtements sales, et Satan est là pour s’opposer à lui (Zacharie 3). Mais le Seigneur tance l’adversaire et le réduit au silence : il parle et agit en faveur de Joshua. Les vêtements sales sont ôtés. Il est revêtu d’habits de fête et une tiare pure est placée sur sa tête. La beauté de l’Éternel est maintenant sur lui !

Si les vêtements de l’épouse sont parfumés de myrrhe, il est dit de l’époux : «Tous tes vêtements sont myrrhe, aloès et casse» (Ps. 45:8) L’épouse est unie à Christ mort, ressuscité et glorifié ! Elle reflète Sa beauté.

Ce qui est dit ici d’une manière prophétique, d’Israël ou du résidu : «Voici tu es belle, mon amie», est vrai dans un sens plus profond de l’épouse, la femme de l’Agneau. L’amour du Seigneur est parfait. Il a aimé l’Assemblée ; il aime Israël, et au temps convenable, il créera dans le coeur de ceux qui font partie de l’Israël de Dieu comme il l’a fait en ceux qui forment l’Église, des affections qui répondront parfaitement aux siennes. Il faut toutefois se souvenir de la différence entre la position d’Israël au dernier jour, et celle de l’Église aujourd’hui. Quoique ce ne soit pas encore le temps des noces de l’Agneau, la relation entre Christ et l’Église est déjà formée. L’apôtre déclare : «Je vous ai fiancés à un seul mari, pour vous présenter au Christ comme une vierge chaste» (2 Corinthiens 11:2). Vérité bénie ! Mais jouissons-nous de cette tendre et étroite relation ? Au lieu de l’incertitude pénible qui agite souvent l’esprit de ceux qui croient que cette relation ne se réalisera que dans l’avenir, possédons-nous cette joie paisible qui découle tout naturellement d’une telle union ? Alors notre coeur soupirera ardemment après la venue du Seigneur. L’amour est le vrai fondement de ce cri : «Viens, Seigneur Jésus 

L’époux ajoute encore «Tes yeux sont des colombes». La colombe occupe dans la Parole une place intéressante. La première mention est en rapport avec l’arche de Dieu et l’olivier ; précieux types du salut et de la paix avec Dieu. La colombe arracha et retint fermement une feuille d’olivier. Les eaux du jugement de Dieu couvraient encore la terre. Et tant qu’elles n’eurent pas baissé, la colombe ne trouva pas où se poser, et revint vers Noé dans l’arche : le monde sous le jugement de Dieu n’était pas un lieu pour elle. Ensuite nous trouvons que de tous les oiseaux, seule la colombe était offerte en sacrifice sous la loi, comme un type du Seigneur lui-même. Dans une merveilleuse unité, le même type sert pour l’Époux et son épouse.

La colombe typifie aussi le Saint Esprit. Et Jean rendit témoignage, disant : «J’ai vu l’Esprit descendant du ciel comme une colombe, et il demeura sur lui» (Jean 1:32). Il paraît que lorsque la colombe est éloignée de sa compagne, elle reste solitaire et gémit : «Je gémissais comme la colombe», et «nous ne cessons de gémir comme les colombes» (Ésaïe 38:14 ; 59:11). Il semble que la colombe représente la simplicité, la pureté, la fidélité, et surtout l’attachement à son colombier. Quand l’oeil du chrétien est simple, fixé constamment sur Christ, on peut dire de lui : «Tes yeux sont des colombes».

 

1.19                   Versets 16-17. —  Voici, tu es beau, mon bien-aimé ; oui, tu es agréable ! Oui, notre lit est verdoyant. Les solives de nos maisons sont des cèdres ; nos lambris des cyprès

 

L’épouse entend Christ exprimer son amour et son admiration, mais elle ne dit pas un mot d’elle-même ; pas même qu’elle est indigne d’un tel amour. Aussi profonde que soit son émotion, le «moi» est laissé de côté. C’est le signe d’une véritable humilité. Nous pouvons parler de la méchanceté et de l’indignité du moi, et être rempli d’orgueil. La vraie humilité ne dit rien de soi, en bien ou en mal ; mais c’est une leçon difficile à apprendre. Christ est notre unique et parfait modèle. Le premier Adam s’éleva, et il fut abaissé ; le dernier Adam s’est abaissé lui-même et Dieu l’a haut élevé. «Quiconque s’élève, sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé» (Luc 18:14). C’est un principe d’une grande importance pratique. La chair est toujours prête à écouter le mensonge du tentateur : «Vous serez comme Dieu» ; tandis que l’homme spirituel est content de la place où Dieu l’a mis, jusqu’à ce qu’on lui dise : «Monte plus haut».

Quelle est donc pour le chrétien la place du vieil homme ? Les Écritures disent clairement qu’il a pris fin à la croix : «Sachant ceci, que notre vieil homme a été crucifié avec Christ» (Romains 6:6). D’où la conséquence pratique : «Ceux qui sont du Christ ont crucifié la chair avec les passions et les convoitises» (Galates 5:24) et encore : «Je suis crucifié avec Christ, et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi, — et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi» (Galates 2:20). Celui qui marche dans la lumière et réalise l’efficace de cette vérité fondamentale, sera humble de coeur ; la chair en lui, dans sa vanité et son orgueilleuse prétention, sera tenue à sa place, dans la mort. Il manifestera l’esprit doux et humble de Christ qui est d’un grand prix devant Dieu. Marie a choisi la bonne part, lorsqu’elle s’est assise aux pieds de Jésus. L’humble Lydie aussi est devenue un temple pour le Seigneur.

Si Christ est l’unique objet que nous contemplons, le coeur est satisfait ; Il est beau et agréable tout à la fois. «Voici tu es beau, mon bien-aimé, oui, tu es agréable !» Quelle perfection, quelle harmonie on trouve en Lui ! En Jésus seul, nous trouvons un repos parfait. C’est pourquoi l’épouse ajoute : «Oui, notre lit est verdoyant». Les verts pâturages et les eaux paisibles sont les symboles du repos et du rafraîchissement dont jouissent les brebis, objets des tendres soins du Berger. Mais il ne dresse jamais sa tente à l’intérieur des murailles de la ville, car il n’y a rien là pour faire paître son troupeau. Dans ce livre, la ville est un type du monde. L’épouse n’y trouve que honte et souffrance. Jamais l’époux ne s’y trouve ; ses retraites favorites sont les vignes, les jardins, les montagnes de la myrrhe, les coteaux des drogues aromatiques et les vallées où fleurissent les lis.

Il y a dans les dernières paroles de l’épouse deux mots qui montrent une heureuse communion avec le bien-aimé. Ce sont les petits mots : «notre», «nos». Tout comme les «nous», et les «avec» de l’épître aux Éphésiens. Ils sont l’expression d’une heureuse et éternelle unité avec Christ. Être un avec lui dans la vie, le repos, et la gloire céleste !

Sans la présence de notre bien-aimé Seigneur, la maison du Père serait vide. Notre foi repose sur la promesse : «Et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur». Et encore : «Afin que là où moi je suis, ils y soient aussi avec moi». Le voir dans sa gloire sera notre félicité.

 

2                    Chapitre 2

2.1   Verset 1-2. —  Je suis le narcisse de Saron, le lis des vallées. Comme le lis des épines telle est mon amie entre les filles

Quelle merveilleuse chose que la grâce de Dieu envers les pécheurs ! Quels changements extraordinaires elle opère dans les pensées, les désirs, les affections ! Elle nous communique l’intelligence de ce que nous sommes aux yeux du Seigneur. Peu de temps avant, l’épouse reconnaissait qu’elle était noire,... noire comme les tentes de Kédar, et maintenant, elle peut dire sans hésitation : «Je suis le narcisse de Saron, le lis des vallées», la couronne et l’ornement du Saron, la beauté et le charme des vallées. Elle ne tire pas vanité de ce qu’elle est ; mais elle s’adresse directement à lui, assurée de la place qu’elle occupe dans ses affections. La communion est complète, car il ajoute aussitôt : «Comme le lis entre les épines, telle est mon amie entre les filles», et plus tard : «Ma colombe, ma parfaite, est unique ; elle est l’unique de sa mère, la choisie de celle qui l’a enfantée» (6:9). Tel est le caractère distinctif de l’amour et la place spéciale de l’épouse aux yeux de l’époux. Il va toujours plus loin qu’elle dans l’expression de sa tendresse, ce qui est très doux pour elle. Quelle différence entre le lis si beau, si parfumé, et l’épine qui déchire !

Bien des personnes, devant une pareille vérité, s’écrient : «je ne suis pas digne d’une telle place». C’est vrai, si vous parlez de votre propre mérite. Est-ce de l’humilité ? Non, c’est de l’orgueil. Nous ne méritons rien en sa présence. Aussi, s’il nous est assigné une place si près de lui, c’est un effet de sa grâce souveraine.

Le fils prodigue pensait, sans doute, témoigner beaucoup d’humilité en disant à son père : «Traite-moi comme l’un de tes mercenaires». De telles pensées viennent de notre tendance à nous placer sous la loi, à méconnaître la grâce de Dieu. Sur le fondement de la «justice», le fils prodigue n’avait pas plus de titres pour être reçu comme serviteur que comme fils. Tout ce qu’il pouvait invoquer, c’était son besoin pressant de nourriture. Seule la grâce pouvait le recevoir, la justice l’aurait condamné à jamais. Mais la grâce règne. La question du péché a été réglée entre Dieu et Christ sur la croix. Son père court à sa rencontre, se jette à son cou, et le couvre de baisers.

Mais il y a plus encore ; le même pécheur sauvé par grâce devient le vase dans lequel la grâce se manifeste ; il brillera dans la gloire, durant toute l’éternité (Éphésiens 2:7).

 

C’est l’épouse qui parle. Dans le bonheur qui découle de sa communion avec lui, elle déclare ce qu’il a fait d’elle dans sa grâce. Elle lui doit tout, et sa beauté et l’affection dont elle se sent animée à son égard.

Remarquons qu’elle dit : «Je suis le lis des vallées». C’est dans la vallée paisible qu’elle fleurit pour charmer les regards de son bien-aimé, et qu’elle répand son parfum pour lui plaire. Il paît son troupeau parmi les lis.

 

2.2   Verset 3. —  Comme le pommier entre les arbres de la forêt, tel est mon bien-aimé entre les fils ; j’ai pris plaisir à son ombre, et je m’y suis assise ; et son fruit est doux à mon palais

 

Nul ne lui est semblable. Il est le premier entre dix mille.

L’épouse est dans la pure lumière de la faveur de l’époux. Elle jouit d’un parfait repos dans cet amour immuable : «J’ai pris plaisir à son ombre, et je m’y suis assise ; et son fruit est doux à mon palais. Je t’ai réveillée sous le pommier» (8:5). Le pommier est pour nous une figure de Christ.

Israël sera bientôt réveillé de la mort dans laquelle il est plongé actuellement comme nation, pour jouir des bénédictions de la nouvelle alliance avec Christ. C’est Christ seul qui pourra le réveiller et le bénir. Israël sera de nouveau rassemblé. Alors il s’assiéra sous l’ombre du pommier et trouvera son fruit doux à son palais, le fruit glorieux de l’amour que Christ a manifesté en mourant pour la nation rebelle. Ainsi tout Israël sera sauvé, selon qu’il est écrit : «Le libérateur viendra de Sion ; il détournera de Jacob l’impiété» (Romains 11:26). «En ce jourlà, dit l’Éternel des armées, vous convierez chacun son prochain sous la vigne et sous le figuier» (Zacharie 3:10).

 

 

Séjour béni de gloire et de bonheur

Où pour jamais règnera le Sauveur,

Où, loin des maux dont la terre est la proie,

Nous goûterons une ineffable joie ;

Oh ! quand pourrai-je à ce monde arraché,

Dans tes splendeurs, à l’abri du péché,

Près de Jésus oublier mes alarmes,

Et par sa main voir essuyer mes larmes !

 

 

2.3   Verset 4-6. —  il m’a fait entrer dans la maison du vin ; et sa bannière sur moi, c’est l’amour. Soutenez-moi avec des gâteaux de raisins, ranimez-moi avec des pommes ; car je suis malade d’amour. Sa main gauche est sous ma tête, et sa droite m’embrasse

 

En méditant les scènes de délices où le roi introduit l’heureuse épouse, pensons aussi aux privilèges du chrétien. Dieu lui-même est la source de toutes ses bénédictions. Il a la précieuse assurance que Dieu n’attendait rien de l’homme pour tourner Son coeur vers lui. Son amour est comme l’anneau passé au doigt du fils prodigue : il n’a ni commencement ni fin. «Dieu est amour», il ne change pas. Ce qu’il est en lui-même, non pas ce que nous sommes, nous assure à jamais des riches bénédictions de son amour. «En ceci est l’amour, non en ce que nous, nous ayons aimé Dieu, mais en ce que lui nous aima et qu’il envoya son Fils pour être la propitiation pour nos péchés» (1 Jean 4:10). La foi trouve en Dieu son parfait repos, source de tout vrai bonheur. Comment douter d’un amour qui a donné le Fils unique ? (Romains 5:8).

L’oeuvre de Christ était nécessaire pour tourner le pécheur vers Dieu. Déjà dans le jardin d’Eden, après la chute, Adam et Ève cherchent à se cacher, loin de Dieu, derrière les arbres du jardin : mais la voix de l’Éternel Dieu se fait entendre : «Adam, où es-tu ?» L’homme est maintenant un pécheur perdu, et Dieu le cherche. La révélation de l’amour de Dieu, sa promesse que la semence de la femme écraserait la tête du serpent, annonce l’oeuvre de la rédemption. Dès lors, quand le pécheur, par grâce, croit au parfait amour de Dieu dans le don et l’oeuvre de son Fils, il est amené à Dieu par la foi en l’efficace de la mort, de la résurrection et de la gloire de Jésus, il est pardonné, accepté dans le Bien-aimé, et répond ainsi pleinement aux désirs du coeur de Dieu.

Nous possédons désormais l’amour et la justice en Christ. Il est aussi notre vie et nous pouvons jouir de la présence de Dieu.

Le roi a d’abord amené l’épouse dans ses chambres. Puis elle est vue dans les champs avec son bien-aimé, là où il fait paître et reposer son troupeau à midi. Plus tard, elle s’écrie : «Notre lit est verdoyant. Les solives de nos maisons sont des cèdres ; nos lambris des cyprès». Image pleine de fraîcheur. À la fin du jour, son bien-aimé la conduit au festin, sous la bannière de l’amour, secret de sa joie, source de toutes ses délices.

Pendant longtemps, cet étendard n’a plus été déployé pour Israël. La foi sait que dans les pensées de Dieu, un jour viendra où il le sera à nouveau.

Si Israël a été longtemps laissé de côté et châtié à cause de ses péchés, l’apôtre nous assure qu’il n’est pas rejeté pour toujours car «les dons de grâce et l’appel de Dieu sont sans repentir» (Romains 11:29).

Le temps où Dieu aura compassion de Sion, le temps assigné, viendra. On annoncera le nom de l’Éternel dans Sion et sa louange dans Jérusalem (Psaume 102) ; «car voici, les jours viennent, dit l’Éternel, où je rétablirai les captifs de mon peuple Israël et Juda, dit l’Éternel, et je les ferai retourner au pays que j’ai donné à leurs pères, et ils le posséderont» (Jérémie 30:3). Et encore : «Je me réjouirai en eux pour leur faire du bien, et je les planterai dans ce pays, en vérité, de tout mon coeur et de toute mon âme» (Jérémie 32:41). Alors la bannière de l’amour immuable de Dieu flottera au-dessus de leurs têtes. Toutes les familles de la terre verront l’amour fidèle du Seigneur, le Très-Haut, quand elles monteront à Jérusalem, pour se prosterner devant le roi, l’éternel des armées, et pour célébrer la fête des tabernacles (Zacharie 14). Alors s’accomplira cette précieuse parole : «Il m’a fait entrer dans la maison du vin ; et sa bannière sur moi, c’est l’amour. Soutenez-moi avec des gâteaux de raisins, ranimez-moi avec des pommes ; car je suis malade d’amour».

Le racheté aussi réalise la communion avec Christ dans la séparation d’avec le monde. Il jouit ainsi des choses célestes, assuré qu’il est de l’amour du Seigneur. Mais nous ne pouvons pas passer sans transition des choses de la terre à la jouissance des choses du ciel. Notre communion avec le Seigneur est plus ou moins intime. La nécessité de s’occuper des choses temporelles émousse notre sensibilité spirituelle. La prière, la méditation de la Parole, le jugement de soi-même doivent être habituels chez le croyant, s’il désire vivre dans la proximité du Seigneur.

L’âme qui se nourrit de Christ aspire à l’être davantage. Lui seul est capable de satisfaire ses désirs. Il attire sa bien-aimée encore plus près de lui. «Sa main gauche est sous ma tête, et sa droite m’embrasse». Où trouver une communion plus intime, plus réelle, plus bénie ? L’épouse penche sa tête sur le sein de son Bien-aimé, lieu du parfait et de l’éternel repos.

 

2.4   Verset 7. —  Je vous adjure, villes de Jérusalem, par les gazelles ou par les biches des champs, n’éveillez pas, ne réveillez pas mon amour, jusqu’à ce qu’elle (ou qu’il) le veuille

 

À la fin de cette journée heureuse, l’épouse du roi est dans le repos que seul son amour immuable peut lui procurer. À l’ombre de la bannière de son amour, elle trouve son plaisir en lui. Aussi parle-t-elle de son ombre, de son fruit, de son festin, de sa bannière, de sa main gauche, de sa droite. Il est tout pour elle. Si l’âme est occupée de lui, il veille à ce qu’elle ne soit point troublée. Les biches et les chevreuils sont les bêtes des champs les plus timides ; le sens de l’ouïe chez elles est tellement développé, que la perception du danger qui les menace, même de fort loin, les épouvante. Ainsi devrions-nous être sur nos gardes et percevoir à distance l’approche de ce qui peut interrompre notre communion avec le Seigneur.

Veillons, prions, évitons avec crainte tout ce qui peut troubler notre communion avec Dieu, les pensées de nature à distraire, l’activité de l’imagination, et le doute qui pousse à la défiance ; que rien ne vienne éteindre en nous la flamme de l’amour et voiler l’éblouissante clarté de la gloire de Dieu dans la face de Christ.

 

2.5   Verset 8-13. —  La voix de mon bien-aimé ! Le voici qui vient, sautant sur les montagnes, bondissant sur les collines. Mon bien-aimé est semblable à la gazelle, ou au faon des biches. Le voici, il se tient derrière notre mur, il regarde par les fenêtres, il regarde à travers les treillis. Mon bien-aimé m’a parlé, et m’a dit : Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens ! Car voici, l’hiver est passé, la pluie a cessé, elle s’en est allée ; les fleurs paraissent sur la terre, la saison des chants est arrivée, et la voix de la tourterelle s’entend dans notre pays ; le figuier embaume ses figues d’hivers, et les vignes en fleurs exhalent leur parfum. Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens !

 

Quand l’âme est demeurée longtemps en communion avec le Seigneur, elle s’attache à lui et désire plus ardemment son retour. Avons-nous le même empressement que la Sulamithe quand elle déclare : «La voix de mon bien-aimé ! le voici qui vient !» Une autre voix a-t-elle pour nous le charme de la sienne ou soupirons-nous journellement après lui ?

Il y a une grande différence entre une personne qui croit à la seconde venue de Jésus Christ, et une âme qui jouit de la communion du Seigneur et vit dans l’attente constante de sa venue.

Nous distinguons sans peine une voix aimée. En entendant son propre nom prononcé par le Seigneur, Marie a tressailli. La voix de mon bien-aimé ! s’écrie la Sulamithe, le voici qui vient ! Tout son être est dans l’attente. Le Seigneur est proche. Il vient ! «sautant sur les montagnes, bondissant sur les collines. Mon bien-aimé est semblable à la gazelle, ou au faon des biches. Ses pieds sont aussi légers que ceux du cerf».

La communion de l’Esprit accroît le désir de goûter la présence du Seigneur. On ne peut pas réellement soupirer après sa venue quand on n’est pas tout près de lui. Nous sommes toujours en sûreté «en» lui, mais hélas ! nous ne nous sentons pas toujours à l’aise «avec» lui. Si nous avons fait un pas de trop dans le monde, ou si nous avons négligé de nous juger nous-mêmes, nous ne sommes pas prêts à le recevoir. Pierre lui dit : Tu ne me laveras jamais les pieds. Jésus lui répondit : Si je ne te lave, tu n’as point de part «avec» moi (Jean 13:8). Il ne dit pas : Tu n’as point de part «en» moi ; jamais il n’eût pu le dire ; mais il enseigne à Pierre, il nous enseigne aussi, que, si nous oublions de nous juger nous-mêmes, si nos souillures de tous les jours ne sont pas nettoyées par le lavage d’eau, par la Parole, notre communion avec lui est interrompue. Il n’y a pas d’intimité possible avec lui si des péchés ne sont pas jugés et confessés. «Tu n’as point de part avec moi», est une parole solennelle. Il n’y a plus de force pour la marche, pour le culte et pour le service. La honte peut bien couvrir notre visage, la tristesse remplir notre coeur, quand nous mettons nos pieds souillés entre ses mains saintes, car sûrement il sait où nous sommes allés ; mais ils ne peuvent être lavés si lui-même ne le fait : Si je ne te lave, tu n’as point de part avec moi. Si nous voulons marcher avec Jésus, si nous voulons être heureux avec lui, nous devons marcher réellement séparés de tout mal, de tout ce qui est contraire à sa sainteté et incompatible avec sa nature.

Mon maître tarde à venir, est le langage d’une personne qui cherche sa satisfaction dans ce monde, «Viens, Seigneur Jésus, viens», c’est l’appel d’un coeur pénétré de l’amour de Jésus et qui désire avec ardeur être personnellement près de lui. Plus nous jouissons de Christ par l’Esprit, plus il nous tarde de le voir face à face. C’est un moyen d’éprouver l’état de l’âme : quand la maison est en désordre, la femme ne désire pas le retour de son mari. Elle commence par mettre tout en ordre, et quand tout est à sa place et s