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Biographie d’un chrétien évangélique
au siècle du nazisme
La vie d’Albert Winterhoff
compilation de Andreas Steinmeister. Histoire vraie
note Bibliquest : Quelques noms propres ont été remplacés par des initiales ; les prénoms ont été traduits quand il y a un correspondant français.
Table des matières :
5 L’École d’évangélistes Johanneum à Bonn
6 Contact avec Georges Steinberger
8 Travail à l’entreprise Bovermann
9 Évangélisation dans une auberge
10 Une nouvelle salle pour les réunions
13 Avec la Bible, dans la forge.
14 Fidélité dans sa profession
16 Un enterrement à Emden et ses conséquences
17 Dans un village de la Frise orientale
19 Donne à ceux qui ont faim — Pénurie d’argent
22 Interdiction des rassemblements
24 Recrutement pour un travail missionnaire indépendant
27 Évangélisation solitaire dans les bâtiments de la Justice
29 Détresses diverses — mais Dieu aide
32 Infatigable dans l’œuvre du Seigneur
33 Un accident pendant une semaine d’évangélisation
34 La dernière évangélisation publique
« Mon Dieu peut multiplier, là où il y a plein de zéros ». Ce témoignage de foi était le principe directeur de l’évangéliste Albert Winterhoff.
La diligence dans le travail, la modestie, la connaissance de la Bible, et la foi pratique, voilà ce que nous trouvons dans sa vie terrestre. Il pouvait dire, avec l’apôtre Paul : « Je sais être abaissé, je sais aussi être dans l’abondance, en toutes choses et à tous égards, je suis enseigné aussi bien à être rassasié qu’à avoir faim, aussi bien à être dans l’abondance, qu’à être dans les privations. Je puis toutes choses en celui qui me fortifie… car moi, j’ai appris à être content en moi-même dans les circonstances où je me trouve » (Phil 4:12, 13, 11).
Qu’est ce qui m’a incité à écrire la biographie d’un homme qui m’était inconnu ?
Tout d’abord j’avais entendu beaucoup d’anecdotes relatives à Albert Winterhoff qui me paraissaient parfois irréelles, car il avait vécu de réels miracles.
En second lieu, j’ai été étonné de l’absence de peur qui le caractérisait, au temps du national-socialisme, et je me suis demandé d’où il tirait cette fermeté et cette énergie de foi.
Enfin, on me répétait toujours que cet homme pratiquait une vie intense de prière et d’étude de la Bible, et que c’était là qu’il fallait chercher la source cachée de sa force.
Dans un même temps où la connaissance et le savoir parmi les chrétiens, sont estimés très haut, je suis arrivé à la conviction que nous avions à suivre quelque peu les traces de cet homme.
Aussi, me suis-je mis en route, et ai-je visité les frères et sœurs âgés, qui avaient connu Albert Winterhoff. La « biographie privée », recueillie par Karl Winterhoff a été pour moi une aide précieuse. En Frise orientale, par ailleurs, j’ai eu l’occasion d’écouter le frère König, âgé et très malade, me faire le récit, avec un regard lumineux, de ses expériences avec son ami Albert. Quelques heures plus tard, ce frère était avec le Seigneur. De façon indépendante, plusieurs frères âgés de Frise orientale, me firent part du fait qu’ils n’avaient jamais rencontré un frère ayant vécu avec une telle énergie de foi, et une telle humilité.
Bien des amis se sont fort réjouis lorsqu’ils ont entendu dire que j’avais toujours plus la pensée de mettre par écrit quelques aspects de l’histoire de sa vie.
Bien que cette biographie ait été achevée dès 1981, elle est restée à dormir sans être publiée jusqu’en 1998.
Cette biographie a donc vu le jour dans le but de donner du courage à tous les croyants, pour vivre pour le Seigneur Jésus, avec vérité, décision et dévouement. Une vie de foi est le fruit d’une vie intense et continuelle de prière et d’étude assidue de la Bible. L’étude de la Bible doit conduire à l’obéissance, sans compromis et sans condition. En tout cela, Albert peut être un modèle pour chacun.
Encore quelques indications sur la forme de cette biographie :
Il ne s’agit pas d’une enquête à caractère scientifique et historique. Celui qui s’attendrait à cela, sera sûrement déçu.
Presque tous les faits cités s’appuient sur une tradition orale, en sorte que la présence éventuelle de quelques inexactitudes n’est pas à exclure. Mais l’auteur a pris la peine de comparer les diverses déclarations des personnes interviewées, en sorte qu’une falsification de la vérité est à peu près exclue.
J’ai rendu librement quelques entretiens dont la teneur était restée d’ordre général.
Ce fut une grande joie dans la maison de l’épicier Carl Winterhoff — premier commerçant inscrit au registre officiel de Schwelm — quand sa femme Henriette mit au monde le 29 mars 1875 son sixième enfant, le petit Albert.
Ses frères et sœurs étaient tout excités : À quoi allait bien ressembler ce tout petit frère ? Ils pouvaient tous regarder dans le petit lit où il était couché, réclamant son lait haut et fort. Miracle divin : les petites mains, les petits pieds, la petite tête, tout était bien formé. Comment tout cela était-il réellement possible ? Le grand Dieu avait posé sa main sur le petit Albert : « Tes yeux ont vu ma substance informe, et dans ton livre, mes membres étaient tous écrits; de jour en jour, ils se formaient lorsqu’il n’y en avait encore aucun » (Ps 139:16 ; cf. Ecc. 11:5). « Celui qui m’a fait dans le sein de ma mère, ne les a-t-ils pas faits eux aussi, et un seul et même Dieu ne nous a-t-il pas formés dans la matrice ? » (Job 31:15). « Ainsi dit l’Éternel qui t’a fait et formé dès la matrice, celui qui t’aide : ne crains pas » (Ésaïe 44:2 ; cf. 49:5 ; Jérémie 1:5).
Albert était le sixième enfant d’un second mariage, et quatre enfants le suivirent encore. Ainsi grandit Albert au sein de sa famille. Il jouait très volontiers avec ses amis dont rien ne le distinguait.
À 6 ans il fut scolarisé à l’école publique de Gevelsberg-Vogelsang qu’il quitta ensuite pour le collège. Il se plaisait beaucoup à l’étude, et pensait donc bien sûr devenir un jour un commerçant réputé comme son père.
Une chose ne lui était toutefois pas encore claire, et il ne l’expérimenta que plus tard : Albert avait besoin d’un Sauveur qui le purifierait par son sang de ses nombreux péchés, connus ou cachés. Il n’y pensait pas encore à cette époque, et il attribuait plus de prix à l’étude, au jeu et à la bonne entente familiale qu’à la fréquentation de l’église, ou même qu’à l’écoute de la lecture journalière de la Bible.
Après avoir achevé ses études au collège, il commença un apprentissage commercial au sein de l’entreprise August Börkey à Gevelsberg, pour suivre avec zèle l’exemple de son père. En tant qu’apprenti consciencieux, il fit l’admiration de ses supérieurs. Il comprenait rapidement les questions nouvelles, et montra pratiquement ses talents de commerçant.
L’avenir se dessinait déjà clairement dans son esprit avec une place tout à fait secondaire pour Dieu. Plus tard, avec l’âge, il pourrait s’occuper de l’existence de Dieu, si les circonstances l’y obligeaient. Il y avait le temps pour cela. Pour le moment, il s’agissait d’apprendre son métier avec ambition, zèle et énergie, et de tenir sa place d’homme dans la vie. Être honnête, conséquent, zélé et intelligent pratiquement, voilà ce qu’il fallait pour sa vie. Avec ces vertus, cela suffisait pour se tenir devant Dieu le jour venu.
Le jeune Albert avait-il déjà réfléchi que même un jeune homme peut mourir subitement ? Qu’en serait-il alors ?
Mais le grand Dieu avait dirigé ses regards sur le jeune homme, et n’allait pas le laisser aller simplement dans ses propres voies.
À dix-sept ans, Albert fit la rencontre d’un croyant, August Hedtmann, papetier, qui allait être son futur beau-père. Celui-ci servait déjà depuis longtemps le Dieu vivant, et connaissait le Seigneur Jésus comme son Sauveur et son Seigneur personnels. Il lui tenait particulièrement à cœur d’amener sa parenté au Seigneur. Il avait déjà si souvent prié pour que ses parents proches et éloignés puissent se convertir !
« Écoute bien, mon cher Albert », lui dit-il un jour, « tu dois te convertir, tu dois te repentir de ta vie toute entière devant le Dieu vivant ». — « Ah ! August », répondit Albert, « laisse-moi tranquille, je vis en ordre et je ne fais de mal à personne. Chacun a sa façon d’être heureux. Laisse-moi en paix, je t’en prie ». Mais August Hedtmann ne le laissa pas. Dans la prière, il suppliait souvent pour Albert, sans pour autant négliger de lui adresser des paroles d’exhortations (2 Cor. 5:11).
Un jour, Albert reçut un traité suédois concernant la fin du monde. Cela le rendit fort anxieux, et dans sa détresse, il se tourna vers August Hedtmann. Celui-ci lui expliqua que sa peur n’était que la conséquence de son manque de paix avec Dieu, et que les hommes ne pouvaient pas prédire la fin du monde. En tout cas, l’Écriture dit bien quelque chose sur l’avenir de la terre et des hommes : « Or le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; et dans ce jour-là, les cieux passeront avec un bruit sifflant, et les éléments embrasés seront dissous et la terre et les œuvres qui sont en elle seront brûlées entièrement » (2 Pierre 3:10). « Eux (les cieux et la terre) ils périront, mais toi, tu demeures, et ils vieilliront tous comme un habit et tu les plieras comme un vêtement, et ils seront changés » (Heb. 1:11, 12). « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point » (Matt. 24:35 ; comparer Matt. 5:18). « Et je vis un grand trône blanc, et celui qui était assis dessus, de devant la face duquel la terre s’enfuit et le ciel, et il ne fut pas trouvé de lieu pour eux » (Apoc. 20:11). « Et comme il est réservé aux hommes de mourir une fois, — et après cela le jugement » (Heb 9:27).
Albert réfléchit intensément à ces paroles, et il en vint à la conclusion suivante : « Si cela est vrai, où serai-je alors ? Vais-je comparaître en jugement, car j’ai commis de réels péchés : mensonges, vols, désobéissance, volonté propre ; voilà, sans aucun doute, les péchés de ma vie, mais finalement, on trouve tout cela chez tous les hommes. Est-ce que je confesse cela, avec un cœur sincère au Dieu vivant, ou bien suis-je un lâche ? Il est écrit en Apocalypse 21:8 : « Mais quant aux lâches et aux incrédules,… et à tous les menteurs, leur part sera dans l'étang brûlant de feu et de soufre, qui est la seconde mort ». La lâcheté, l’incrédulité, le mensonge, tout cela se trouve dans ma vie, sans aucun doute, et alors j’arriverai à ce lieu de tourments ! Est-ce juste ? Malheur à moi si cela est vrai ! » Il ressentait très clairement son état de péché, et sa lâcheté pour confesser Christ devant les autres.
Des larmes coulèrent sur son visage. Il se courba lentement, puis fléchit les genoux, et les paroles suivantes vinrent sur ses lèvres : « Ô Dieu, j’ai menti, je suis un lâche, je suis un incrédule, aie pitié de moi, s’il te plait, ma vie n’est que péché, depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de ma tête. Oh ! Je t’en supplie, remets-moi ma dette, sauve-moi, rachète-moi, je t’en supplie, je t’en supplie ».
Et alors, Albert put lire dans la Bible : « Je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi » (Ésaie 43:1) ; « Car par une seule offrande, il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés » (Hébreux 10:14) ; « Et je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés ni de leurs iniquités » (Hébreux 10:17 ; Jérémie 31:33-34 ; Hébreux 8:12) ; « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés, et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1:9).
Pour Albert, c’était tout ce qu’il pouvait saisir. Il possédait maintenant la vie nouvelle, il était une nouvelle création, Christ était sa vie, le Seigneur Jésus avait payé toute sa dette à la croix. Quelle joie jaillissait de son cœur : « À toi, grand Dieu, la reconnaissance de mon cœur, de ce que tu as livré pour moi, ton Fils à la mort, et de ce que tu l’as ressuscité. Désormais, je veux te servir. Le Seigneur Jésus doit être le modèle dans ma vie ». Ainsi, à 17 ans, Albert trouva la paix avec Dieu, le premier de la grande famille Winterhoff avec ses 14 enfants, auxquels se rajoutaient deux enfants en nourrice.
Cette joie, les autres pouvaient la voir en lui. Tout d’abord, ses parents, et ses frères et sœurs furent les témoins du travail de Dieu en lui, ensuite, il voulut faire part de sa vie nouvelle à ses camarades de travail, et enfin, tous les habitants de Gevelsberg-Vogelsang, durent entendre la bonne nouvelle de l’évangile.
Il lut dans les Actes des Apôtres (1:8) : « Et vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre ». C’est ainsi que le jeune Albert se fit envoyer des traités, et commença son service d’évangélisation de maison en maison. Les membres de sa famille écoutèrent, mais ne furent pas immédiatement convaincus ; ses collègues de travail furent d’avis qu’il devenait un peu fou ; quant aux habitants de Vogelsang, une partie s’étonna de la nouvelle activité d’Albert, et l’autre partie s’en moqua. Aucune maison n’échappa à l’annonce de l’évangile. Bon gré mal gré, chaque famille dut entendre la joyeuse nouvelle de la bouche du jeune serviteur de Dieu. Ce service fut accompagné d’une vie de prière assidue, et de l’étude de la Bible. Continuellement, il s’adressait aux gens de la rue, les priant de venir au Seigneur Jésus, et en fait, Dieu lui accorda du fruit visible. Avec le temps, toute sa famille vint à la foi, ainsi que plusieurs habitants de Vogelsang.
Il lut la Bible entière en peu de temps, et la mémorisa en apprenant des versets par cœur.
« Bienheureux l’homme qui ne marche pas dans le conseil des méchants, et ne se tient pas dans le chemin des pécheurs, et ne s’assied pas au siège des moqueurs, mais qui a son plaisir en la loi de l’Éternel, et médite en sa loi jour et nuit. Et il sera comme un arbre planté près des ruisseaux d’eaux, qui rend son fruit en sa saison, et dont la feuille ne se flétrit point ; et tout ce qu’il fait prospère » (Psaume 1:1-3). « Béni l’homme qui se confie en l’Éternel, et de qui l’Éternel est la confiance ! Il sera comme un arbre planté près des eaux ; et il étendra ses racines vers le courant ; et il ne s’apercevra pas quand la chaleur viendra, et sa feuille sera toujours verte ; et dans l’année de la sécheresse, il ne craindra pas, et il ne cessera de porter du fruit » (Jérémie 17:7-8).
Albert termina ainsi sa période d’instruction au cours de laquelle il reçut la Parole de Dieu comme un enfant nouveau-né avide du lait bienfaisant et pur (1 Pierre 2:2). Il avait montré à tous égards et de manière visible une croissance rapide dans la foi. Après cela, il eut le désir de vivre entièrement et pour tout, pour le Seigneur Jésus. À l’Union chrétienne de jeunes gens de Gevelsberg, il travailla avec vigueur pour son Seigneur. En compagnie de son fidèle ami croyant Fritz Eisenberg, il fit le projet de suivre une école missionnaire, pour pouvoir aller ensuite chez les Hottentots et leur annoncer l’évangile. Tout cela fut préparé dans la prière. Ses parents y consentirent, et ainsi les deux amis se dirigèrent bientôt vers Bonn.
Qu’est-ce qui pouvait bien les attendre là ?
Le fondateur de cette école avait été le professeur Théodore Christlieb (1833-1889). Comme jeune pasteur souabe de vingt-cinq ans, il avait été au service de la paroisse allemande de Londres de 1858 à 1865, et avait été profondément impressionné par la richesse de l’activité missionnaire et évangélique des Anglais. Il y fit la connaissance du prédicateur baptiste C. H. Spurgeon qui parlait à de telles foules qu’il dut, à cette époque, déménager au nouveau « Tabernacle Métropolitain ». Plus tard, Théodore Christlieb s’intéressa aux hommes de Dieu qu’étaient Wesley et Whitefield, et par divers écrits aux églises allemandes, il mit sur leur conscience l’œuvre d’évangélisation. En 1879-1880, il traduisit deux livres anglais : « Vie et activité de l’évangéliste Charles G. Finney, une voix de réveil de nos jours », et : « Vie et succession du prédicateur Robert Murray M’Cheyne ». Il s’approcha des pasteurs allemands en leur demandant de façon pressante d’évangéliser davantage.
En 1883, Christlieb acheta une maison à Bonn pour les soins pastoraux des communautés chrétiennes et l’évangélisation, où des évangélistes devaient être formés. En 1885, il gagna Elias Schrenk à la cause de l’évangélisation pour l’Allemagne, et ouvrit officiellement en 1886 le Johanneum, ou « établissement de Jean ». Dans cette école, les personnes croyantes devaient être initiées aux méthodes d’évangélisation à succès, et à l’étude de la Bible.
Albert et son ami Fritz Eisenberg étudièrent avec zèle toutes les matières disponibles, et apprirent à connaître les enseignements dangereux de Schleiermacher. Ceux-ci étaient orientés vers les hommes religieux au lieu de Dieu et de sa révélation, et ils ouvraient la porte au néo-protestantisme libéral dans l’Église. Dans un séminaire auquel Albert assistait, un professeur dit ceci : « La théologie de Schleiermacher est, jusqu’à présent, un tout fermé par rapport au reste, dont la compréhension est nécessaire pour comprendre la structure de la théologie dans le présent ». Cette phrase se grava si profondément dans la mémoire d’Albert, qu’il pouvait plus tard la répéter à ses fils.
C’est dans cette école qu’il apprit à connaître le zèle pour l’évangélisation. Cependant, il se plaignait souvent de la nourriture spirituelle qu’il comparait parfois à des pierres. Était-il vraiment nécessaire d’apprendre à connaître autant d’erreurs, pour les combattre ? Ne serait-il pas préférable d’apprendre intensivement les enseignements sains, pour être préservés des erreurs ?
Pour gagner un peu d’argent à côté de ses travaux théoriques, il travaillait souvent tard le soir, et de nuit, à l’hôpital. À cette époque, une épidémie de typhus éclata, et beaucoup de malades avaient besoin de consolation. Il se consacra entièrement aux malades, et apporta de l’aide partout où une occasion se présentait. Tard dans la nuit, il tombait sur son lit, épuisé de fatigue, puis, tôt le matin, il reprenait place au séminaire comme si de rien n’était. Que de fois, à cette époque, se demanda-t-il s’il était vraiment nécessaire d’effectuer des études de théologie ou de fréquenter une école biblique, pour l’œuvre d’évangélisation.
Il retrouvait souvent son ami pour la prière en commun et l’étude de la Bible : c’était les heures les plus bénies. À cette époque, il contracta aussi plusieurs maladies, qui lui occasionnèrent plus tard bien des maux. Ainsi, il se fit une fois une fracture, alors qu’il portait un malade. Ce surmenage général se répercuta défavorablement sur ses nerfs. Toutefois, il ne faisait pas trop attention à sa santé ; il voulait servir son Seigneur partout où c’était possible. Comme il ne voulait pas montrer à ses logeurs combien il était surmené, il se mettait à secouer fort son oreiller pendant ses nuits blanches. Il fallait que personne ne sache à quel point il était nerveusement épuisé.
Mais le Seigneur l’arrêta en chemin. À la suite de son excès de travail, il fut un jour, atteint d’hémorragie foudroyante, et fut déclaré inapte pour aller sous les Tropiques. De ce fait, son désir de devenir missionnaire ne put se réaliser. Ce fut tout d’abord pour lui un choc violent, car il avait alors la conviction que Dieu voulait l’envoyer en mission. Mais il voulait en toutes circonstances se conformer aux voies de Dieu, et attendre ses directions.
Après avoir assimilé l’instruction, il se demanda s’il devait ou non, continuer à étudier. Il en fit un sujet de prière devant le Seigneur, et acquit la conviction qu’il devait poursuivre l’étude. Il fit part à son père de ses désirs, mais celui-ci répondit : « Albert, il ne me reste malheureusement plus d’argent pour cela, tes frères aussi ont besoin d’une formation ».
En fait, quelques-uns de ses frères menaient une vie tout à fait déréglée. L’un d’eux alla même une fois, jusqu’à allumer son cigare avec un billet de 50 marks. Albert en fut atteint profondément. Comment était-ce possible ? Il pria Dieu, et le supplia — mais l’argent nécessaire n’arriva pas. Cependant un verset d’Ésaie (55:8, 9) le toucha : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées et vos voies ne sont pas mes voies, dit l’Éternel : Car comme les cieux sont élevés au-dessus de la terre, ainsi mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées ».
Cependant le jeune Albert n’était pas complètement satisfait. « Pourquoi cela ne doit-il pas être la volonté de Dieu pour ma vie ? Pourquoi ne dois-je pas étudier davantage ? Pourquoi le Seigneur n’exauce-t-il pas ma supplication, comme auparavant ? ». Il se mit à s’en prendre à Dieu, à douter des directions de Dieu, et devint plus triste de jour en jour. De fortes contestations atteignirent son esprit — il devint dépressif, tout tournait autour de ses désirs insatisfaits. Son ami partit comme missionnaire chez les Hottentots, et on lui dit qu’il devrait consulter un médecin croyant.
C’est ainsi qu’il fit la connaissance d’un professeur de médecine croyant, qui lui proposa le remède suivant : « Lisez chaque jour un verset de l’évangile selon Jean et méditez-le. Sinon, allez suivre un traitement de six mois à St. Chrischona chez le frère Georges Steinberger ». Albert suivit ce conseil, et fit ainsi la connaissance en Suisse de Georges Steinberger.
Georges Steinberger était évangéliste, et s’occupait du soin des âmes avec maturité, spécialement des personnes dont l’âme était malade. Au moulin de Rämis, cet homme de Dieu enseignait et priait avec les malades psychiques. C’est chez lui, par exemple, que le prédicateur Fritz Binde trouva la guérison pour son corps et pour son âme. G. Steinberger a écrit divers traités, parmi lesquels :
Vis-tu dans la présence de Dieu ?
Le chemin à la suite de l’Agneau
Comment lis-tu la Bible ?
Le secret d’une vie victorieuse
La repentance : un don du ciel
J’aurai confiance sans me fonder sur mes sentiments
Viens à la Croix
Petites lumières sur le chemin du Disciple.
Albert lut tous ces écrits et apprit à connaître le Seigneur Jésus plus profondément et plus clairement. La prière en commun et la lecture de la Bible avec le frère Georges Steinberger, remplit de plus en plus le cœur d’Albert de joie, et il put remettre ses soucis au Dieu vivant. Au bout de six mois, il s’en alla guéri.
Lorsque Albert vint faire ses adieux à Georges Steinberger, celui-ci lui dit : « Frère Albert, tu dois maintenant me promettre, la main dans la main : Ne fais jamais part à d’autres personnes dans ta vie, de tes problèmes d’argent, de tes détresses, et de tes difficultés, pas même aux frères et aux sœurs. Pense à ce que Dieu dit : « Car tout animal de la forêt est à moi, les bêtes sur mille montagnes » (Ps. 50:10) ; « L’argent est à moi et l’or est à moi, dit l’Éternel des armées » (Aggée 2:8). Sur ces mots, il le laissa aller, et le recommanda à Dieu et à la parole de sa grâce (Actes 20:32).
Cette dernière parole fut pour le jeune Albert comme un tison enflammé pénétrant au fond de son cœur. Désormais il voulait vivre avec une foi pratique, et dans la confiance en son Dieu, tandis qu’il consacrerait tout au Seigneur de gloire.
C’est en chrétien joyeux et obéissant, qu’il retourna à Vogelsang pour entrer dans le service d’évangélisation de l’église nationale.
Il se rendit bientôt compte qu’il était préférable de continuer son chemin à la suite du Seigneur, avec une épouse donnée par Dieu. Il pria Dieu de lui accorder une femme énergique, ayant la crainte de Dieu, lui correspondant, et donnée par LUI. Mais comment pourvoir aux besoins d’une éventuelle famille, alors qu’il n’avait encore aucun emploi dans le service de l’évangélisation ?
En ce temps-là à Gevelsberg, il y avait beaucoup de familles qui marchaient nettement dans la crainte de Dieu. Elles faisaient partie de l’église évangélique nationale, et élevaient leurs enfants également dans la crainte de Dieu. Parmi elles, il y avait la famille S. au sein de laquelle se trouvait une jeune fille prénommée Caroline Wilhelmine, née le 9 Juin 1885. Son père, Frédéric S., qui allait souvent le Dimanche matin, boire un petit verre de bière au café de la poste, était connu comme un homme respectable et craignant Dieu. Lorsqu’il entrait au café, tous chuchotaient : « Chut, le vieux Simon arrive ! ». Devant lui, personne n’osait jurer avec le nom de Dieu, ni même s’en moquer. Mais en 1894, à l’âge de 60 ans, Frédéric fut atteint d’une congestion cérébrale, et passa dans l’éternité. La mère, Caroline Wilhelmine Simon, née B., devenait veuve pour la seconde fois.
La fille du vieux Simon, également appelée Wilhelmine, connut en 1902 sa conversion à l’âge de 17 ans. Elle avait été amenée par son amie Clara Winterhoff, une sœur d’Albert, à une évangélisation à Ennepetal-Milspe. Chrétienne convaincue, Clara fut un témoin puissant auprès de Wilhelmine. Elle avait même rompu ses fiançailles avec Eugène Möller qui n’était pas croyant. Elle était résolue à suivre Christ. Au cours de l’évangélisation à Milspe, Eugène Möller se convertit aussi. Peu de temps après, Eugène et Clara se marièrent ; trois enfants leur furent donnés : Paul, Anne et Madeleine. Eugène Möller fut tué à la première guerre mondiale en 1916, après une permission.
Wilhelmine, qui s’était convertie en même temps qu’Eugène, était devenue une chrétienne fidèle, qui n’était pas toujours comprise par sa mère. Elle essayait continuellement de lui faire comprendre qu’elle devait elle aussi se convertir, et que sa crainte de Dieu ne lui servait à rien, « car celui qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jean 3:36).
Or sa mère qui craignait Dieu, n’arrivait pas à comprendre qu’elle aussi avait besoin de se convertir à Christ. De l’aigreur contre sa fille commença à germer dans son cœur. Une désaffection intérieure envers sa fille s’ensuivit progressivement. Il était bien pénible pour Wilhelmine la fille, de se rendre au service religieux du Dimanche à Milspe. Combien de fois dut-elle prier pour avoir la sagesse pour faire comprendre clairement à sa mère qu’elle pouvait être d’accord avec sa participation au culte de la communauté de Milspe qui s’appelait « communauté des pèlerins ».
Il arriva alors quelque chose d’étonnant : la maman de Mimi (comme sa mère appelait souvent Wilhelmine) se mit à prier Dieu franchement pour qu’Il veuille bien la faire tomber malade si sa fille avait raison dans ce qu’elle lui disait. Et le miracle s’accomplit. Dieu entendit la prière. La mère tomba malade. Quatorze jours après, elle se convertissait et devenait une enfant de Dieu heureuse.
Albert et Wilhelmine se connaissaient déjà depuis plus longtemps. Il éprouvait un penchant fort envers elle, mais il savait aussi quelle responsabilité résultait des liens du mariage. Il connaissait les passages suivants qu’il prenait très au sérieux : « Vous, maris, aimez vos propres femmes, comme aussi le Christ a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle… De même aussi, les maris doivent aimer leurs propres femmes comme leurs propres corps ; celui qui aime sa propre femme s’aime lui-même. Car personne n’a jamais haï sa propre chair, mais il la nourrit et la chérit, comme aussi le Christ l’assemblée… C’est pour cela que l’homme laissera son père et sa mère, et sera joint à sa femme ; et les deux seront une seule chair » (Éph. 5:25-33) ; « vous, maris, aimez vos femmes et ne vous aigrissez pas contre elles » (Col. 3:19) ; « pareillement, vous, maris, demeurez avec elles selon la connaissance, comme avec un vase plus faible, c’est-à-dire féminin, leur portant honneur comme étant aussi ensemble héritiers de la grâce de la vie, pour que vos prières ne soient pas interrompues » (1 Pierre 3:7).
La responsabilité d’un mariage avec Wilhelmine l’arrêtait dans son âme. Toutefois, il acquit bientôt la certitude qu’il devait demander Wilhelmine, bien qu’elle eût 10 ans de moins que lui. Mais Wilhelmine lui demanda un certain délai de réflexion, parce qu’elle aussi voulait connaître la volonté de Dieu en toutes choses.
Le jour de leur mariage, le 2 mai 1906, Albert dit à sa femme : « Wilhelmine, nous désirons marcher dans un chemin de foi, et donner notre argent à la mission. Avec l’argent restant, nous achèterons des chaises pour notre salle de réunion à Vogelsang ». Wilhelmine fut d’accord.
Tout ce dont ils n’avaient pas besoin pour leur vie commune, ils en faisaient don. Comme beaucoup de personnes étaient pauvres, et que les missionnaires enduraient beaucoup de privations, ils désiraient garder leurs pensées fixées sur ce qui est modeste. « Ne pensant pas aux choses élevées, mais vous associant aux humbles » (Romains 12:16). Leur mariage devait être construit sur une base biblique, et être empreint de l’amour du prochain et l’énergie de la foi.
Le 15 Mars 1906, Albert commença le travail à l’entreprise Bovermann, dans l’usine de Gevelsberg. Le zèle et la conscience professionnelle caractérisaient son travail, si bien que la parole concernant la croix qu’il prêchait ici et là, était prise au sérieux. Même si parfois on se moquait de lui, il avait l’habitude de ne pas répondre à la haine par la haine, mais par l’amour. Albert voulait faire son travail selon Éphésiens 6:6-7, « avec toute bonne volonté », « ne servant pas sous leurs yeux seulement, comme voulant plaire aux hommes, mais comme esclaves de Christ ».
Albert loua à Vogelsang au lieu-dit Hagebölling, une petite salle d’auberge, la salle des affaires, qui s’appelait Rauscher (*). À partir de 1906, semaine après semaine, il y tint des réunions d’évangélisation. La salle était presque toujours pleine, et il annonçait la Parole de Dieu à voix forte, souvent à travers les fenêtres ouvertes.
(*) Rauscher est un vin jeune qui fermente encore.
Un jour, quelques ivrognes se rassemblèrent dehors et cherchèrent à empêcher la prédication en parlant en chœur. Comme ils n’y arrivaient pas, ils jetèrent des pierres contre les murs pour faire peur aux auditeurs par les ébranlements. Albert remit tout au Seigneur et continua à prêcher. Mais Satan ne se relâcha pas. Il suggéra donc de nouvelles idées aux fauteurs de trouble.
Les adversaires attrapèrent de petits moineaux et les jetèrent dans la salle pour troubler le recueillement par les pépiements et les vols incessants. Albert n’en fut pas non plus troublé. Il pria pour que les moineaux quittent la salle, — ce qui arriva rapidement. Les rires et les braillements de ceux qui étaient dehors se turent, et le Seigneur put ce soir-là appeler des personnes des ténèbres à la lumière.
Dans toutes ces circonstances, il n’invectivait ni ne condamnait les personnes, mais priait pour elles, car il connaissait bien Romains 12:19-21 : « Ne vous vengeant pas vous-mêmes, bien-aimés ; mais laissez agir la colère, car il est écrit : À moi la vengeance ; moi je rendrai, dit le Seigneur » (cf Deutéronome 32:35) ; et encore : « Si donc ton ennemi a faim, donne lui à manger ; s’il a soif, donne lui à boire ; car en faisant cela, tu entasseras des charbons de feu sur sa tête » (cf Proverbes 25:21-22). Ne sois pas surmonté par le mal, mais surmonte le mal par le bien ». Et en Romains 12:17, il est dit : « Ne rendant à personne mal pour mal ».
En 1911, son beau frère Eugène Möller chargea un cousin du projet, à Wetter, d’un grand bâtiment faisant maison d’habitation et immeuble de commerce, avec projet d’extension vers le sud par la construction d’une salle au premier étage du n° 348 de la rue de Hagen.
La salle fut agrandie au cours du temps, si bien que bientôt 150 personnes environ y purent prendre place. Des réunions d’évangélisation y étaient tenues régulièrement, et bien des personnes venaient à la foi. Le Seigneur seul sait combien d’âmes furent sauvées dans cette période. À cette époque, Albert commença une école du Dimanche que fréquentèrent environ 180 enfants de Vogelsang, si bien que plus tard, on disait que toutes les personnes âgées originaires de Vogelsang avaient été une fois ou l’autre à l’école du Dimanche.
Quand on en vint à l’inauguration de la nouvelle salle de la rue de Hagen, il se posa la question de savoir qui serait chargé d’annoncer la Parole. Beaucoup de prédicateurs des environs arrivèrent et demandèrent : « Qui fera l’inauguration, que chantera-t-on, quel passage choisira-t-on pour la première méditation ? »
À toutes ces questions, Albert répondait : « Je ne sais pas, le Seigneur est au milieu de nous, Lui décidera ». Il avait lu dans l’Écriture : « … mais le même Dieu qui opère tout en tous. Or à chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue de l’utilité » (1 Corinthiens 12:6-7).
Un prédicateur présent ne voulut pas croire cela possible. Il dit : « Il est impossible de tenir une réunion sans un sermon écrit préparé à l’avance et élaboré. Ce serait comme chez les Darbystes ». Le vieux frère Pilgram d’une église libre voisine pleura beaucoup de ce qu’Albert rejetait tout plan humain.
Quelques prédicateurs lui demandèrent alors s’il ne voulait pas collaborer à une organisation chapeautant une communauté d’église libre. Albert déclina l’offre strictement, car il était devenu clair pour lui, que le Corps de Christ n’est pas une organisation, mais un organisme qui ne peut jamais être dirigé de manière centralisée par les hommes.
Peu après le début de la réunion, sa femme dit à Albert : « Albert, aujourd’hui tu ne dois pas participer au service, s’il te plait reste assis. Si tu parles, je m’en vais ».
La réunion commença, et tous les prédicateurs et visiteurs étaient tranquillement assis à leur place ; un frère se leva soudain et dit : « Je lis le Psaume 117, peut être que le frère Winterhoff aura quelque chose à dire à ce sujet ». Il lut le Psaume, et se rassit.
Tremblant, Albert supplia le Seigneur : « Ah ! Seigneur, agis toi-même aujourd’hui à cette heure ». Il apparut alors clairement à Albert qu’il devait exposer ce Psaume dans la puissance de l’Esprit Saint. Il parla avec beaucoup de naturel sur les versets qui avaient été lus et le Seigneur confirma la parole prononcée par les cantiques et les prières. Dans l’entretien avec les frères qui suivit, Albert dit : « Frères, n’est-il pas merveilleux que nous puissions véritablement remettre à notre Seigneur même le déroulement des réunions ? »
Sa femme, de son côté, était restée assise, car elle avait ressenti la direction de Dieu de manière évidente.
Depuis longtemps déjà Albert était confronté toujours à nouveau au problème de savoir si les hommes avaient véritablement le droit de décider, dans les réunions des saints, qui aurait le service de la Parole et qui ne l’aurait pas. En étudiant 1 Corinthiens 14, il fut frappé de ce que nulle part on ne lit qu’un homme ou des hommes établissent et décident qui peut parler, sur quel sujet, et à quel moment. En vérité on devait s’en remettre en tout cela au Saint Esprit, qui veut aussi diriger les réunions des chrétiens. N’est-il pas dit clairement en 1 Corinthiens 14:26 : « Qu’est-ce donc frères ? Quand vous vous réunissez, chacun de vous a un Psaume, a un enseignement, a une langue, a une révélation, a une interprétation ; que tout se fasse pour l’édification ». En outre, un verset le frappa et le réconforta, celui de Matthieu 18:20. Le Seigneur, lorsqu’on est assemblé autour de Lui, ne prendrait-il pas soin de tout ? Pour réaliser cela pratiquement, il faut une grande foi, et de la confiance en Dieu que Lui dirige effectivement tout.
C’est de cette manière, que les croyants à Vogelsang commencèrent à se rassembler au seul Nom du Seigneur Jésus. Au milieu d’eux, le Saint Esprit devait être Celui qui avait la direction, et qui suscitait les dons. Albert avait la foi pour cela, et « celui qui croit, ne se hâtera pas avec frayeur » (Ésaïe 28:16). Son profond désir était de se réunir entièrement selon les principes donnés par Dieu — quoique les hommes puissent penser de lui.
Le 30 septembre 1913, Albert abandonna sa profession et se mit à plein temps au service de la proclamation de l’Évangile. À vrai dire, il ne souhaitait pas d’emploi définitif de la part de l’Église nationale, mais il voulait vivre entièrement par la foi. À cette époque, il se rendit pour son Seigneur dans différentes régions d’Allemagne, particulièrement dans le Bade-Würtemberg.
Au cours d’une évangélisation, il fut appelé auprès d’un jeune étudiant qui était dans une très grande détresse d’âme. Il se roulait sur le sol, l’écume sortait de sa bouche, son visage se tordait, et des cris horribles remplissaient la pièce. Albert vit très clairement qu’il avait affaire à un possédé.
Les frères qui se tenaient près de lui, le prièrent disant : « Frère Winterhoff, ordonne donc aux démons de sortir ». Mais Albert n’avait pas de liberté dans ce sens. Il joignit les mains et pria avec les frères jusqu’au lendemain matin : « Seigneur Jésus, aie pitié de ce jeune homme, délivre-le des chaînes de Satan ». — « C’est pour ceci que le Fils de Dieu a été manifesté, afin qu’Il détruisit les œuvres du diable » (1 Jean 3:8). « Seigneur, sauve ce jeune homme ». De fait, le jeune homme se calma et se convertit au Dieu vivant. Le cœur reconnaissant, Albert regarda en haut vers le ciel, et pria en louant son Seigneur. Plus tard, il raconta qu’il n’avait plus jamais vécu un tel combat.
Quand Albert voyageait en train, ce n’était jamais qu’en 3ème ou 4ème classe. Tout ce qui était luxueux, tout ce qui avait l’apparence de la richesse, lui était haïssable. Dans les wagons de ces classes, il allait à la rencontre de la plupart des gens, et pouvait leur parler toujours à nouveau du Sauveur du monde. Régulièrement, il parcourait le train, et distribuait des traités. Il lui était impossible de s’asseoir avec des gens dans un compartiment sans parler de Jésus.
Plusieurs fois, il prit le train et trouva le compartiment vide. Alors il se mettait à genoux et priait. Lorsque les gens regardaient dedans, ce n’était pas pour lui une raison de se lever aussitôt de sa prière. Naturellement il avait souvent, à cause de cela, un compartiment entier pour lui.
Lorsqu’il revenait d’un voyage qui lui avait coûté bien des efforts, il lui arrivait de s’allonger, épuisé, sur la banquette d’un compartiment vide. Puis il chantait à haute voix des cantiques de louange, par lesquels bien des voyageurs des compartiments voisins pouvaient avoir été touchés de manière étonnante. Quand quelqu’un lui adressait la parole à la suite de ses cantiques de louange, il répondait : « Ah ! quand le cœur est rempli de l’amour de Dieu, alors la bouche déborde et cela s’exprime en cantiques de louange ».
Un jour, au début de la première guerre mondiale, il reçut une lettre d’un baron de Stuttgart, dans laquelle il était indiqué : « S’il vous plait, venez tout de suite auprès de la comtesse Y…, qui souffre dans une grande détresse d’âme. La comtesse croit que vous pouvez l’aider ». Albert voulait justement s’accorder un moment de repos, mais il considéra cette lettre comme un signe de Dieu.
« Petite mère », dit-il « nous avons 20,02 marks, les 20 marks sont pour moi et les 2 centimes pour toi. J’ai besoin d’argent pour le voyage, car le Seigneur dit que celui qui aime sa femme et son enfant plus que moi n’est pas digne de moi ». « Mais Albert, comment pourrai-je subvenir aux besoins de la famille ? », demanda Wilhelmine. « Oh, sois sans crainte, le Seigneur en prendra soin merveilleusement. L’Écriture dit : « Il n’y a personne qui ait quitté maison, ou frères, ou sœurs, ou père, ou mère, ou femme, ou enfant, ou champs, pour l’amour de l’évangile, qui n’en reçoive cent fois autant (Marc 10:29) ; et : « Ne soyez donc pas en souci, disant : Que mangerons-nous ? … Car les nations recherchent toutes ces choses, car votre Père céleste sait que vous avez besoin de toutes ces choses » (Matthieu 6:31-32). Crois que le Seigneur prendra soin de vous, petite mère ». Il la prit dans ses bras, délivrée de son souci, lui donna un baiser d’adieu et partit. Petite mère pleura, mais le Seigneur l’aida effectivement.
Arrivé à Stuttgart, Albert put rendre un précieux service auprès de la comtesse. Le Seigneur sauva cette femme et lui rendit une joie complète.
Albert reçut 50 marks pour le voyage de retour et se mit en route pour revenir chez lui. Arrivé à la gare de Stuttgart, il vit une vieille femme assise qui pleurait. La guerre lui avait enlevé tout son avoir et tous ses biens, et elle n’avait pas assez ni pour s’habiller ni pour manger. Albert s’approcha d’elle et lui parla du Seigneur Jésus, qui prend soin de l’âme et du corps. C’est ainsi qu’il lui donna les 50 marks et son manteau, et pria : « Seigneur, comment puis-je maintenant aller à la maison ? ».
Avec foi, il se plaça dans la file d’attente des personnes devant le guichet, et pria le Seigneur : « Maintenant tu dois, ô Seigneur, me donner ce qu’il faut pour que je puisse prendre mon billet ». À peine avait-il exprimé cette prière qu’un homme se dirigea à grands pas vers lui et dit : « Frère Winterhoff, je vous rencontre ici ! Je vous connais depuis les réunions que vous avez tenues à … Et, se tournant vers le guichet, il demanda un billet de 3 ème classe pour Hagen. C’est ainsi qu’Albert reçut son titre de transport. Rempli de joie, il pensa au grand Dieu, à qui appartiennent l’argent et l’or, il s’assit dans le train et revint vers Hagen, et de là à Vogelsang. Arrivé à la maison, il dit à sa femme : « Petite mère, me voilà de retour, le Seigneur a rempli de sa grâce mon voyage ». Wilhelmine, sa femme, lui raconta alors qu’elle aussi, avait fait l’expérience de l’aide de Dieu d’une façon merveilleuse.
Au cours d’un autre voyage, Albert eut un entretien intéressant. Il lisait dans sa Bible pendant que le train roulait, lorsque soudain un monsieur respectable entra dans le compartiment. « Y a-t-il encore de la place ? » demanda-t-il. « Oui, je vous en prie, prenez place ! » fut la réponse qu’il reçut. Le monsieur étranger enchaîna : « Vous paraissez être un homme religieux. Je suis moi-même prieur (c’est-à-dire vicaire d’un abbé dans l’église catholique), mon nom est Docteur Werner ». — « Alors, nous nous correspondons, répondit Albert, car je suis aussi prêtre ». — « Ah, dit le prieur avec prudence, je ne l’aurais pas pensé ». « En vérité, je suis prêtre depuis l’âge de 17 ans. L’Écriture Sainte dit : ‘Vous mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle, une sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ’ (1 Pierre 2:5). ‘Mais vous, vous êtes une race élue, une sacrificature royale, une nation sainte, un peuple acquis, pour que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière’ (1 Pierre 2:9). ‘À Celui qui nous aime et qui nous a lavés de nos péchés dans son sang, et il nous a faits un royaume, des sacrificateurs pour son Dieu et Père ; à lui la gloire et la force aux siècles des siècles ! Amen’ » (Apocalypse 1:5-6).
Ainsi, il annonça l’Évangile au prieur. « Savez vous, monsieur le Docteur Werner, je ne suis pas un homme qui a étudié comme vous, mais j’ai la certitude d’avoir la vie éternelle. Pouvez vous, vous aussi, le dire ? ». « Non, en vérité, je ne le peux pas, mais j’espère l’obtenir », répliqua le prieur. « Voyez vous, continua Albert, 1 Jean 5:13 dit ceci : ‘Je vous ai écrit ces choses, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu’ ». Si vous avez confessé vos fautes devant Dieu et si vous avez cru au nom du Fils de Dieu, alors vous avez reçu le Fils de Dieu comme votre vie éternelle. C’est l’une des magnifiques certitudes de l’Écriture Sainte ».
Le prieur devint pensif et à la fin du voyage, il remercia pour l’entretien.
En ce temps là, Albert rencontra un homme qui le frappa particulièrement. Albert distribuait directement des traités dans différents compartiments, et parlait du salut en Christ avec les voyageurs. Soudain, cet homme bondit et injuria le fidèle serviteur de Jésus. « Disparaissez immédiatement de ce compartiment et débarrassez le train ! On n’a pas besoin de ce Nazaréen ». Là-dessus, il agressa Albert et le tirailla de telle sorte que le chef de train fut appelé et dut intervenir.
D’un ton calme, Albert dit à cet homme qui ne se contrôlait plus : « Cher monsieur, vous avez besoin du Sauveur, sinon vous allez être perdu pour l’éternité. Dieu vous cherche. Ne refusez pas son amour, sinon un jour, il sera trop tard ».
Bien des années après, il réentendit la même voix, mais cette fois devant une foule immense. C’était Adolphe Hitler. Albert était convaincu quant à lui, que c’est bien ce dictateur à qui il avait pu annoncer l’Évangile. Jamais cet homme ne pourrait sauver l’Allemagne du bolchevisme.
C’est ainsi qu’Albert vécut toutes sortes de rencontres au cours de ses voyages. Il saisissait toutes les occasions pour témoigner du Seigneur Jésus. Ce Seigneur remplissait sa vie, ses pensées, ses sentiments et sa volonté. Ce qui avait de la valeur pour lui, était ce que l’apôtre Paul dit en 1 Corinthiens 9:16 : « Car si j’évangélise, je n’ai pas de quoi me glorifier, car c’est une nécessité qui m’est imposée ; car malheur à moi si je n’évangélise pas ! ».
En 1916, Albert entendit parler de croyants de Hagen-Haspe, qui se réunissaient de la même manière qu’eux à Vogelsang. Cela les étonna, lui et sa femme. Wilhelmine estimait : « Il nous faut vraiment y aller au moins une fois, pour voir de quelle sorte de gens il s’agit ». « Oui », répondit Albert, « vas-y d’abord toute seule ». C’est ainsi que Wilhelmine se rendit seule à Hagen-Haspe, et y assista à la réunion. En silence, elle s’assit à sa place. Tous les assistants réunis étaient recueillis, et on regardait de temps en temps la table où le pain et la coupe se trouvaient. Les hommes étaient devant séparés des femmes. On ressentait une atmosphère pleine de dignité. Soudain, le silence fut rompu par un frère : « Chantons le cantique… ». C’est ainsi que commença cette heure. Parfois, plusieurs frères priaient l’un après l’autre, puis de nouveau un cantique était chanté, un passage était lu, on priait, jusqu’au moment où un frère rendit grâces pour le pain et la coupe.
Wilhelmine remarqua que les sœurs et les enfants restaient silencieux, tandis que les frères participaient. À la fin de l’heure, on fit passer une bourse, dans laquelle tous les participants mettaient de l’argent.
Tout cela était passablement nouveau pour elle, bien qu’elle eut déjà pratiqué quelque chose de semblable. Néanmoins, ces beaux cantiques, — tout était centré sur le Seigneur Jésus. Et quel amour, les frères et sœurs avaient entre eux !
Une chose l’étonna pourtant : On ne lui fit pas passer le pain et la coupe. « Oui, pensa-t-elle, c’est parce qu’on ne me connaît pas ». Elle rentra donc à la maison, remplie de ce qu’avait été cette heure, et raconta tout à Albert, qui l’accompagna le dimanche suivant. Il fut aussi, impressionné, bien qu’il commençait à se poser beaucoup de questions.
Au début de l’heure, par exemple, on lut une lettre de recommandation ; cela lui était totalement inconnu. Questions sur questions montèrent dans son esprit, et bien sûr, l’un des frères serait assez aimable pour y répondre. Tandis qu’il réfléchissait à tout cela, un frère vint vers lui et lui demanda s’il était un enfant de Dieu. « Oui », répondit Albert, « pourrais-je en savoir un peu plus sur cette manière de se rassembler ? » — « Bien sûr, vous pouvez passer chez moi ou à la forge quand vous voulez ».
Cet événement impressionna profondément Albert, si bien qu’il se rendit presque tous les jours à Hagen-Haspe, à la forge du frère Karl M.. Écoutons quelque chose de ces entretiens.
Tandis que le marteau retombait sur le fer chauffé au rouge, Albert feuilletait consciencieusement sa Bible. De temps en temps, Karl essuyait la sueur de son front, et donnait une réponse à Albert.
Albert : « D’où vient que vous vous réunissez ainsi ? »
Karl : « Parce que c’est ce que l’Écriture nous enseigne. Les premiers chrétiens persévéraient, d’après Actes 2:42, dans la doctrine et la communion des apôtres, dans la fraction du pain et les prières ; plus tard, ils rompirent le pain chaque premier jour de la semaine (Actes 20:7), et collectèrent l’argent pour les nécessiteux (1 Corinthiens 16:2) ».
A : « Pourquoi n’avez vous pas de prédicateur désigné ? ».
K : « En Romains 10:14 et en 2 Pierre 2: 5, le mot prédicateur — ou : celui qui prêche — est employé dans un tout autre contexte que celui utilisé habituellement. Les prédicateurs ne sont pas désignés par des hommes, ni ordonnés, ni élus. Selon Éphésiens 4:11, le Seigneur Jésus donne des dons aux hommes pour l’édification du corps de Christ ; selon 1 Corinthiens 12, il est donné des services, des dons de grâce et des opérations, mais c’est Dieu qui opère tout en tous. Également, en Romains 12:5-8, nous ne trouvons aucune directive pour choisir des prédicateurs. Aussi, faut-il se demander si le choix d’un prédicateur a un fondement biblique.
A : « J’avais la même pensée, frère M., mais comment se passe le choix des anciens chez vous? ».
K : « En Actes 14:23, des anciens ont été choisis par les apôtres, et en Tite 1:5, il est indiqué que Tite était chargé par l’apôtre de la mission d’établir des anciens (« …suivant que moi je l’ai ordonné »). En Actes 20:28, il est question de surveillants établis pas le Saint Esprit. Mais je chercherais en vain dans l’Écriture, que les anciens soient choisis par l’assemblée. Bien sûr, nous pouvons aspirer au service de surveillant, et ce service sera aussi exercé parmi nous, lorsque les caractères de 1 Timothée 3:1-6, et de Tite 1:6-9, seront rendus visibles chez les frères concernés. Frère Winterhoff, vous connaissez sûrement le passage de 1 Corinthiens 16:15-16, où il est dit d’être soumis à ceux qui se sont voués au service des saints, et à quiconque coopère à l’œuvre et travaille. 1 Pierre 5:2 montre aussi le caractère merveilleux de tels serviteurs :
· Ils paissent le troupeau de Dieu qui est avec eux.
· Ils surveillent, non point par contrainte, mais volontairement
· Ni pour un gain honteux
· Ils ne dominent pas sur des héritages
· Ils sont les modèles du troupeau.
A : « Ceci est bien clair, mais malheureusement guère connu de la plupart des chrétiens ! — Mais, alors, encore une question :pourquoi ne puis je pas, en fait, prendre part à la fraction du pain à Haspe, alors que l’Écriture dit bien : « Que chacun s’éprouve soi-même » (1 Corinthiens 11:28) ? »
K : « 1 Corinthiens 11:28 se rapporte au rassemblement à Corinthe, à tous les croyants qui se rassemblaient comme chrétiens en un certain lieu à Corinthe, et qui par conséquent se connaissaient. Ils prenaient part régulièrement à la fraction du pain. L’apôtre les invitait alors, à cause du désordre qui régnait parmi eux, à s’éprouver eux-mêmes. On ne peut donc pas appliquer ce passage à quelqu’un d’étranger.
Nous annonçons la mort du Seigneur par la fraction du pain, et par ailleurs, nous exprimons aussi en cela l’unité du corps de Christ (1 Corinthiens 10:15-17 ; 11:23-24). C’est notre désir de garder ce que l’Esprit a produit, à savoir, l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix. Et qu’est ce que l’Esprit a produit ? La réponse est fournie en 1 Corinthiens 12:13 : « Car aussi nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit, pour être un seul corps », et en Éphésiens 4:4 : « Il y a un seul corps », et en Éphésiens 4:16, que tout le corps est bien ajusté ensemble. Enfin, il est dit en Romains 12:5 : « Ainsi, nous qui sommes plusieurs, sommes un seul corps en Christ, et chacun membre l’un de l’autre ». C’est pourquoi, nous refusons toutes les dénominations églises, etc…, lorsqu’elles ne se rassemblent pas uniquement et seulement sur ce principe. Bien sûr, nous aimons les chrétiens individuellement, et nous souhaiterions ardemment suivre ensemble avec eux le chemin que nous enseigne la Bible, à la suite de l’Agneau.
C’est là notre désir de marcher à la suite du Seigneur Jésus, dans une séparation vers le Seigneur, une séparation des non croyants selon 2 Corinthiens 6:14-18, une séparation des cultes religieux organisés, de type juif ou judéo-chrétien (Hébreux 13:13-14), une séparation des enseignements erronés destructeurs de la foi (2 Timothée 2:16-22 ; 2 Jean 7-10), et de tout mal moral connu (1 Corinthiens 5), car 1 Corinthiens 3:17 dit : « Le temple de Dieu est saint, et tels vous êtes ». Frère Winterhoff, encore un point : la Table du Seigneur, en 1 Corinthiens 10:18, 21, est comparée à un autel. Cet autel sur lequel étaient apportés les sacrifices de prospérité (ou de paix) est appelé en Malachie 1:7, 12, la Table de l’Éternel. Lévitique 7:21 nous apprend alors, que toute relation avec l’impureté rend impur. Si nous appliquons cela à la table du Seigneur, il est alors clair qu’il est très important d’examiner avec le plus grand soin, avec qui l’on a communion à la table du Seigneur. Oui, il nous est enjoint, ici, en 1 Corinthiens 10, de considérer Israël selon la chair, pour bien comprendre cet enseignement important. Nombres 5:1-4, Aggée 2:13, Lévitique 22:4-7, 2 Jean 10, Apocalypse 18:4, et Éphésiens 5:11 méritent aussi d’être lus.
A : « Frère M., ceci correspond franchement à une ambition très haute, et à une profession très élevée. Lorsque la pratique correspond à cette profession, alors l’Esprit Saint peut opérer merveilleusement au milieu d’un tel rassemblement, et le Seigneur Jésus est glorifié. Existe-t-il encore d’autres rassemblements de ce type ? »
K : « Oui ! »
A : « Comment vous connaissez-vous les uns et les autres, et comment vous recevez vous ? »
K : Dimanche dernier, on a lu publiquement des lettres de recommandation, qui avaient été données aux visiteurs par leurs assemblées d’origine. Il s’agit de rassemblements dont nous savons qu’ils se réunissent sur la même base. Nous sommes convaincus que cette façon de faire est conforme à l’Écriture, même si beaucoup de nos frères et sœurs des dénominations chrétiennes ne peuvent pas s’en rendre compte. C’est ainsi que Phœbé a été recommandée au rassemblement de Rome (Romains 16:1-2) ; Apollos a reçu une lettre de recommandation pour les rassemblements de l’Achaïe (Actes 18:27), et Aristarque a été recommandé aux Colossiens (Colossiens 4:10). Si nous avons vraiment le désir que le rassemblement de Dieu reste pur, et reste préservé du mal qui peut s’infiltrer de l’extérieur, alors nous devons prendre garde soigneusement avec qui nous avons communion. En Actes 20:29-30, l’apôtre Paul prophétise d’une part que des loups redoutables s’introduiraient, lesquels n’épargneraient pas le troupeau, et d’autre part que des hommes se lèveraient d’entre eux-mêmes, pour attirer des disciples après eux. Aujourd’hui, — dans un temps de très grande confusion — il est essentiel de donner leur place à de telles lettres de recommandation au milieu de l’assemblée.
En outre, les passages de la Bible de 1 Corinthiens 14:33-34 ; 11:16, et 16:19, montrent qu’il y avait un lien véritable entre les assemblées du début du christianisme. Elles étaient unes dans l’enseignement (1 Corinthiens 1:2 ; 4:17 ; 11:16), et dans l’ordre (1 Corinthiens 7:17 ; 14:33). Mais il est important qu’un témoignage suffisant (au moins deux ou trois) soit connu au sujet d’une personne qui désirerait rompre le pain, soit établi, pour que nous ne soyons pas associés au mal ».
A : « Je partage cette pensée, frère M., et j’éprouve le même besoin aujourd’hui.
Ce sont de tels entretiens, et beaucoup d’autres encore, qui furent dès lors tenus très souvent dans la forge, à proximité du fer bien chaud, et des coups de marteau assénés vigoureusement, si bien qu’Albert pria le Seigneur pour le guider clairement pour la suite.
Un jour, Albert reçut une réponse à ses questions. Il parla avec différents frères et sœurs à Vogelsang au sujet du chemin à suivre, et en arriva à la conviction qu’ils devaient tous aller à Hagen-Haspe dans l’ « assemblée » qui s’y trouvait. C’est ainsi que les frères et sœurs demandèrent aux croyants de Haspe, d’être reçus à la table du Seigneur et d’y avoir communion. Quelques frères de Haspe visitèrent les frères et sœurs de Vogelsang, et essayèrent de leur faire comprendre qu’ils devaient quitter leur église, pour porter « en dehors du camp », l’opprobre du Christ (Hébreux 13:17). On ne pouvait pas rompre le pain dans l’église en compagnie de non croyants, et en même temps chercher à manifester l’unité du corps de Christ à la table du Seigneur. Les frères et sœurs le reconnurent. À partir de ce moment là, on alla à Haspe.
Mais que devait faire alors Albert, puisqu’il n’était plus employé comme évangéliste dans le cadre de l’église nationale ? Ne pourrait-il plus continuer à travailler à plein temps à l’œuvre du Seigneur ?
À cause de cette question, d’autres entretiens durent bientôt avoir lieu avec les frères. Albert n’avait-il pas travaillé déjà depuis longtemps avec de la bénédiction, et maintenant devait-il revenir à quelque activité professionnelle ? Il apporta aussi cette question au Seigneur, et priait avec ardeur pour être éclairé.
Le Seigneur donna bientôt la réponse : « Retourne à ta profession, et sers moi pendant tes temps libres », fut la réponse du Seigneur, devant laquelle il ne pouvait faire la sourde oreille.
C’est ainsi qu’il posa sa candidature dans l’entreprise de métallurgie de Huth, et fut engagé comme fondé de pouvoir commercial.
De 1916 jusqu’à 1930, Albert dut faire ses preuves comme chrétien, dans sa profession. Il travaillait dans l’entreprise de métallurgie de Huth. Mais là aussi, il fit de magnifiques expériences. Quand il y avait la visite d’un représentant d’autres firmes et qui était pratiquant du point de vue religieux, c’est Albert qui devait s’entretenir avec lui. Telle était la consigne du patron.
Tous ses collègues surent bientôt qu’ils avaient un collègue croyant, qui attirait continuellement l’attention sur le salut en Christ. Lorsqu’il allait à midi dans la cour, ils sifflaient souvent, de manière ironique, le cantique : « Viens au Sauveur, viens dès aujourd’hui ». Alors il se tenait droit et criait : « Ah, venez maintenant aussi au Sauveur ! ». Bien des larmes coulèrent alors sur ses joues, parce qu’il y avait tellement de refus chez ces gens. Malgré cela, Albert était hautement apprécié, à cause de son zèle extraordinaire, de son amabilité et de sa prévenance.
Comme il travaillait particulièrement vite et soigneusement, il obtint bientôt rapidement l’autorisation de s’absenter du travail, lorsqu’il n’y avait rien de particulier à régler.
Bien sûr, il lui arriva bien des fois d’avoir des difficultés avec son supérieur, mais alors il appliquait le passage : « Soyez soumis en toute crainte à vos maîtres, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais aussi à ceux qui sont fâcheux ; car c’est une chose digne de louange, si quelqu’un, par conscience envers Dieu, supporte des afflictions, souffrant injustement » (1 Pierre 2:18-19).
Pour Albert, le principe suivant s’imposait : si je ne suis pas un témoin pour le Seigneur dans mon travail, comment pourrais-je proclamer l’Évangile devant les hommes ?
Bien que pour Albert, ce ne fut sûrement pas très facile d’être à nouveau à plein temps dans sa profession, lui et sa femme Wilhelmine estimèrent cependant ce chemin comme étant celui du Seigneur. Pendant son activité professionnelle, il continua d’annoncer l’évangile le week-end, distribuant des traités et amenant des personnes à Christ.
Le patron de l’entreprise laissait Albert libre, à la condition que ses « services religieux » (comme les appelait son chef) n’amènent pas à laisser le travail en souffrance. Mais pour Albert, en tout cas, il était clair que tout moment perdu devait être rattrapé.
Non seulement il faisait de l’évangélisation le week-end, mais il devait parler de plus en plus à l’occasion d’enterrements.
Albert priait souvent pour que la firme aie davantage de clients, ce qui arriva à la grande surprise de la direction commerciale elle-même. Naturellement, Albert disait alors aussi que c’était grâce à l’aide du grand Dieu.
Une fois, son chef se fâcha vraiment contre lui. Il pria Albert, de dire au téléphone qu’il n’était pas là. Albert ne le fit pas, et expliqua à son chef qu’il était impossible à un chrétien de tromper les autres.
Un jour, Albert ne rentra pas chez lui après son travail. Sa femme l’attendit, remplie d’inquiétude. Dans le courant de la soirée, elle appela différents frères et sœurs, mais personne ne savait où il se trouvait. Elle avait déjà l’habitude à ce qu’il lui vienne soudain à l’idée d’aller rendre visite à telle ou telle personne après son travail, soit pour prier avec, ou pour annoncer l’Évangile. Mais cette fois, il avait un chemin exceptionnellement long à parcourir. À minuit, il n’était toujours pas revenu à la maison. Mimi apporta son souci au Seigneur. Si quelque chose lui était arrivé, la police serait certainement venue chez elle.
Le lendemain matin, elle le rejoignit à l’entreprise. Qu’était-il donc arrivé ? À dire vrai, Albert s’était rendu dans la soirée à une fête de fiançailles et y avait annoncé la Parole de Dieu. Comme il était alors déjà tard, il avait dormi sur place, et le matin, s’était rendu directement à l’entreprise. Bien sûr, il s’excusa auprès de sa femme. Il avait pensé qu’elle avait été tenue au courant. En tout cas, il avait voulu être le matin, à l’heure, à l’entreprise.
Cette époque fut celle de la naissance de ses enfants, et nous attendons impatiemment de savoir selon quels principes il les éleva.
Le premier grand principe dans la vie d’Albert et de sa femme Wilhelmine, était celui-ci : En temps qu’époux, nous n’avons pas de secret l’un pour l’autre. Le père et la mère constituent une unité, et ne cachent rien l’un à l’autre. Les enfants aussi le savaient. Lorsque le père disait « oui », il était alors impossible d’attendre un « non » de la mère, et quand le père disait « non », alors la mère se rangeait également à cet avis.
Néanmoins, cela ne se déroulait pas sans discipline, dans la maison Winterhoff. Pour les fautes particulièrement graves, Albert utilisait alors la cravache. D’abord, il montrait à l’enfant qui devait être corrigé, le mal commis, puis il le frappait, et immédiatement après, il se mettait à genoux avec l’enfant pour confesser au Seigneur les péchés de l’enfant. En principe, il ne corrigeait pas lorsqu’il était en colère ou irrité. Il connaissait le passage d’Éphésiens 6:4 : « Et vous, pères, ne provoquez pas vos enfants, mais élevez les dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur », et de Colossiens 3:21 : « Pères, n’irritez pas vos enfants, afin qu’ils ne soient pas découragés ».
Un deuxième principe important était la méditation en commun, en famille. Matin et soir, on se réunissait pour un recueillement en famille en commun, auquel tous les enfants présents dans la maison devaient participer. On chantait à cette occasion, car Albert avait la conviction que ceux qui se réjouissent doivent chanter des psaumes, selon ce que dit Jacques 5:13. Au milieu des siens, il a beaucoup ri, mais, avec le monde, il n’a jamais voulu rire.
De temps en temps, les enfants se querellaient avec leurs camarades de jeu ; alors, ils couraient vers leur père pour épancher leur cœur. Or papa Albert ne voulait rien écouter. Il donnait des bonbons à ses enfants, et disait : « Allez et donnez ces bonbons à vos camarades, et pardonnez leur ». Bien sûr, pour les enfants, cela n’était souvent pas facile, mais le père gravait profondément ceci dans ses enfants : « Prenez toujours le chemin du plus grand abaissement, le chemin de l’humilité. Lorsqu’on se trouve mêlé à une dispute, l’important est toujours de demander pardon ».
Le père défendait aussi sévèrement les clins d’œil, car selon Proverbes 6:13, une telle personne est appelée « homme de Bélial », et en Proverbes 10:10, l’Écriture dit : « Celui qui cligne de l’œil, cause du chagrin ».
Une anecdote est particulièrement remarquable. Une nuit, Albert se réveilla soudain, et se mit à penser intensément au verset suivant : « Je me lève à minuit pour te célébrer à cause des ordonnances de ta justice » (Psaume 119:62). Il se leva rapidement, courut réveiller ses fils, et leur dit : « Mettons nous à genoux, et louons Dieu ». En bougonnant à cause de la fatigue, ses fils se sortirent du lit, et se mirent à genoux, prièrent avec leur père, pour se recoucher dans leurs lits et recommencer à bien dormir. Cette spontanéité était caractéristique d’Albert. Lorsque le Seigneur lui faisait considérer l’importance d’un passage, il cherchait sur le champ à le mettre en pratique, et il voulait voir ce principe mis aussi en pratique chez ses fils.
En particulier, il était important pour lui, que les enfants respectent les horaires fixés. Il ne se passait pas un jour sans que la maison Winterhoff retentisse de cantiques de louange. Lorsqu’il partait en voyage pour une période plus longue, il disait chaque fois à sa famille, les paroles suivantes : « Chantez régulièrement des cantiques de louange ». Il lui était tout à fait incompréhensible, qu’il puisse exister des familles chrétiennes où l’on ne chante pas joyeusement.
Comme cela a déjà été mentionné, Albert voyageait ici et là dans le pays, pendant ses temps libres, pour annoncer l’Évangile. C’est ainsi qu’il lui arriva de recevoir une invitation à parler lors d’un ensevelissement à Emden, pour remplacer là-bas, l’évangéliste Heinrich Grote, tombé subitement malade. Celui-ci avait déjà, pendant de nombreuses années, annoncé la Parole de Dieu en Frise orientale
Il y eut beaucoup de monde à l’ensevelissement, et la Parole annoncée par la bouche du frère Winterhoff atteignit les cœurs de beaucoup, plus qu’un coup de marteau. Beaucoup de personnes se mirent à réfléchir, et plusieurs entretiens s’ensuivirent.
La nuit suivante, le Seigneur lui dit qu’il devait rester à Emden pour annoncer l’Évangile. Le jour suivant, il alla voir aussitôt quelques frères, et leur fit part du sentiment qu’il avait ressenti pendant la nuit. « Mais, Albert, nous ne pouvons guère prévoir de visites, car tous les cultivateurs sont occupés par les récoltes de l’été », répondirent ces frères. « Oui, mais le Seigneur me l’a dit clairement, et je dois obéir ». Chaque soir qui suivit, la salle fut entièrement remplie, et beaucoup de personnes de la localité trouvèrent la paix avec Dieu.
Dans les années vingt, Albert put souvent annoncer l’Évangile en Frise orientale. Son patron lui donnait toujours congé, car il travaillait si vite qu’il était trop rapide pour les autres. C’est ainsi qu’il se rendit à cette époque, dans un petit village de Frise orientale, pour y annoncer l’Évangile pendant une semaine. Au début de cette période d’évangélisation, il alla vers une sœur âgée et fidèle, et il lui demanda : « Chère sœur, combien d’âmes as-tu demandées au Seigneur ? ». « Oh, cinquante, Albert », répondit elle. Albert dit alors : « Chère sœur, le Seigneur en donnera davantage, faisons lui confiance ».
En chemin vers la salle, il dit au frère qui l’accompagnait : « Je suis si démuni, je ne sais pas ce sur quoi je dois parler, prie pour moi ». Pourtant, ce soir-là fut justement richement béni.
À la suite de cela, la semaine prévue se transforma en six semaines. Il n’y eut guère de nuit où il put dormir correctement, mais il considéra ce manque de sommeil comme une indication du Seigneur, qu’il devait prier. Il passa donc toujours plus ses nuits à genoux, ouvrit son carnet contenant 1000 noms, et pria pour toutes ces personnes, supplia pour les malades, les dépressifs, les opprimés, les nécessiteux, et tous ceux qui vivaient sans Dieu et sans espérance dans le monde. Un temps de prière de trois heures, le matin de bonne heure, n’était pas l’exception, mais plutôt la règle.
Une sœur de Warsingsfehn s’étonna une fois des callosités à ses coudes et à ses genoux. Mais elles étaient bien le résultat d’une vie de prière intense.
Pendant le jour, il allait rendre visite aux croyants, et participait à des entretiens pour s’occuper des âmes. Pour éviter que ses chaussures ne s’usent trop vite, il n’hésitait pas à marcher pieds nus, d’un village à l’autre de la Frise orientale. D’une manière générale, il préférait marcher et ne pas être véhiculé. C’est ainsi qu’il alla une fois pieds nus, d’Emden à Hamswehrum.
Parfois, lorsqu’il avait parcouru un très long trajet, et arrivait alors chez ses hôtes, l’hôtesse accourait avec une bassine d’eau, et lui lavait les pieds (1 Timothée 5:10). Ainsi, ses chaussures duraient toute une année, car il les portait souvent à la main, en Frise orientale.
Lorsque Albert vint le premier dimanche au rassemblement de Warsingsfehn, en Frise orientale, il passa de rangée en rangée pour saluer les frères et les sœurs, et demanda à chacun : « te réjouis-tu dans le Seigneur ? », ou : « as-tu la paix ? ». Combien il avait à cœur le bien de chaque âme, individuellement ! Quelle peine intérieure était la sienne, lorsque la conformité au monde était visible chez les croyants, et que la joie dans le Seigneur ne brillait plus dans les yeux.
Au début de l’heure, Albert priait en lui-même : « Ah Seigneur, que le cantique … soit chanté », et, effectivement, un autre frère proposait ce cantique. Il faisait souvent cette expérience pendant les réunions. Quelle joie il avait toujours, lorsqu’il se rassemblait avec les frères et sœurs le dimanche matin, pour rompre le pain et pour l’adoration, et qu’il éprouvait que l’Esprit de Dieu était à l’œuvre.
En 2 Timothée 2:4, il est dit : « Nul homme qui va à la guerre ne s’embarrasse dans les affaires de la vie, afin qu’il plaise à celui qui l’a enrôlé ». Depuis 1930, ce fut la situation d’Albert Winterhoff. Dans les années précédant 1930, il avait évangélisé en beaucoup d’endroits, en particulier en Frise orientale et en Hesse, mais aussi dans la Ruhr.
En 1930, il reçut à nouveau une invitation en Frise orientale, près de Warsingsfehn. Albert demanda au Seigneur s’il lui donnait cette mission, et, de fait, le Seigneur lui procura de la joie dans ce service.
En ce temps-là, le Seigneur voulait faire de grandes choses. Régulièrement, les croyants se réunissaient pour la prière, et entre-temps, Albert priait le Seigneur avec gravité, avec un seul frère, et jeûnait. Lorsqu’il jeûnait, il s’isolait entièrement, et était seulement et uniquement absorbé par le travail du Seigneur. Aussi les frères et sœurs, en ce temps-là, le trouvaient souvent en supplications, dans sa chambre, sur les genoux. Il luttait pour les perdus, répandait des larmes, et ne se relevait pas de sa position avant d’avoir une paix complète.
L’évangélisation avait été prévue pour durer trois semaines, mais elle en dura six. Environ 450 à 500 personnes étaient présentes chaque soir, parmi lesquelles il n’y avait guère que 50 croyants. Oh ! comme le Seigneur travaillait ! Il exauçait les prières de ceux qui le priaient, voyait le zèle des ouvriers, si bien que Philippiens 1:27-28, s’accomplissait : « Que vous teniez ferme dans un seul et même esprit, combattant ensemble d’une même âme, avec la foi de l’évangile, et n’étant en rien épouvantés par les adversaires ».
Beaucoup vinrent à une foi vivante au seul vrai Dieu et trouvèrent la paix. Pendant cette période, il alla de maison en maison, visitant croyants et non croyants, les veuves, les malades et les personnes isolées ; il s’entretenait avec eux de la Parole de Dieu, leur présentait la personne du Seigneur Jésus et priait pour eux.
Un soir, un frère lui demanda doucement avant la prédication : « Albert, tu parles trop fort et avec trop de vigueur ; me permets-tu de te marcher sur le pied, si cela devient excessif ? » ; « Oui, évidemment, tu n’as qu’à appuyer très fort ; je te remercie », répliqua Albert. Et c’est ce qui se passa.
Au cours de ces réunions d’évangélisation, de nombreuses personnes trouvèrent le Seigneur Jésus et furent rendues heureuses pour toute leur vie. Un point, tout de même à ce sujet, mérite d’être signalé : De jour comme de nuit, Albert suppliait pour le salut des pécheurs perdus. Aussitôt après, il allait chercher un frère, et d’un commun accord avec lui, il criait au Seigneur. Dieu, dans sa grâce, n’a t’il pas exaucé ces cris ?
Albert aimait les contacts avec les pauvres, en Frise orientale, car il savait que Dieu voulait se révéler, précisément aux pauvres, avec puissance. En Frise orientale aussi, il était arrivé que l’évangéliste Heinrich Grote, lors d’une période d’évangélisation, avait dormi pendant six semaines, sur un sac de paille, à côté d’une vache.
De toute façon, il était alors courant, que les frères en déplacement dorment avec les époux dans le lit conjugal : le premier, le frère de passage montait dans le lit « placard », puis l’époux suivait, et ensuite l’épouse, laquelle pouvait ainsi, le matin venu, se lever la première.
Cela aussi, Albert le vécut, car cette façon simple d’agir ne le gênait pas.
Après ces six semaines, il fut clair pour lui, qu’il devait s’engager à plein temps à l’œuvre du Seigneur, pour annoncer l’Évangile. C’est avec cette pensée, qu’il quitta Warsingsfehn, et en fit part aux frères et sœurs de Gevelsberg. Ceux-ci pensèrent que le rassemblement de Vogelsang devait aussi donner son approbation. Tous les frères et sœurs furent d’accord avec la démarche d’Albert, et virent la direction de l’Esprit de Dieu en tout.
Ainsi donc, Albert fit savoir à son entreprise qu’il désirait travailler entièrement pour son Seigneur, et il donna sa démission. Naturellement, ses collègues ne comprirent pas cette démarche ; son chef chercha aussi à le retenir, mais Albert avait mis la main à la charrue, et ne regarda pas en arrière.
L’incident suivant se produisit à Essen. Albert parcourait les rues de la ville, lorsque le Seigneur lui dit tout à coup : « Va dans cette maison, et donne ton argent à cette famille ».
Albert était obéissant, et sonna à la porte de la maison. Une vieille femme lui ouvrit. « Que désirez vous ? », demanda t-elle. « Mon Seigneur me dit que je dois vous donner mon argent ». Et ensuite, il annonça l’Évangile dans cette maison. Il se révéla que cette femme soignait un malade qui avait un grand besoin de médicament. Lorsqu’il quitta ensuite la maison, et voulut retraverser la rue, un homme vint à lui, lui donna de l’argent, et repartit. Du cœur d’Albert jaillit alors cette parole : « Oh ! Seigneur, combien je te remercie ». De telles expériences n’étaient pas chose rare. « Celui qui sème libéralement, moissonnera aussi libéralement » (2 Corinthiens 9:6). Lorsque Dieu dit : « N’oubliez pas la bienfaisance et de faire part de vos biens, car Dieu prend plaisir à de tels sacrifices » (Hébreux 13:16), alors il récompensera toujours ce sacrifice.
Alors que Rudolf Brockhaus, un conducteur connu parmi « les frères », était en visite à Hagen-Haspe, il demanda au frère Karl M. : « Dis-moi, est ce que Albert Winterhoff n’a vraiment pas besoin d’argent ? ». « Tu ferais mieux de le demander à sa femme », fut la réponse immédiate de Karl Müller. Albert restait fidèle à son principe spirituel : Ne confie jamais tes besoins financiers à d’autres !
Un jour, alors qu’il était assis à la réunion, l’heure de culte touchait à sa fin, et on faisait circuler la bourse. Albert fouilla dans la poche de son habit, et y trouva un billet de banque. Sans regarder ce billet, il le mit dans la bourse. Lorsqu’il revint après la réunion chez sa « petite mère », celle-ci lui demanda s’il savait où avait été mis l’argent nécessaire pour la nourriture de la semaine suivante. « Ah, ma chère petite mère, c’était sûrement l’argent que j’avais fourré ce matin dans la poche de mon habit. Je l’ai donné au Seigneur. Certainement, Il va prendre soin de nous la semaine prochaine ».
Cela arriva souvent, car Albert avait l’habitude de visiter les croyants dans la nécessité parmi différentes communautés chrétiennes des environs, et de prier avec eux, et de leur apporter toujours de l’argent. À cause de faits similaires, il arrivait de temps en temps que l’on était obligé de se restreindre beaucoup sur la nourriture, à la maison. Mais jamais on ne connut la disette.
Une fois, alors qu’il revenait d’une réunion d’évangélisation à Essen, Clara Becker, qui tenait un commerce d’alimentation, lui envoya un paquet de café : « Porte-le à ta femme, et buvez ensemble quelques tasses de café » ; c’était son désir pour ce couple économe. Arrivé à la maison, il versa le café dans de petits sacs, et dit à sa femme : « petite mère, j’ai réparti le café de façon équitable », et il lui donna un des sacs contenant du café. « Dans notre voisinage, il y a quelques pauvres femmes communistes, à qui sans aucun doute, une tasse de café ferait plaisir. J’avais déjà à cœur de les visiter, pour leur présenter la Parole de Dieu. Maintenant, je peux aussi leur apporter un peu de café ».
Albert agissait toujours d’après le principe : « Ainsi donc, comme nous en avons l’occasion, faisons du bien à tous, mais surtout à ceux de la maison de la foi » (Galates 6:10).
Dans le voyage de retour à la maison depuis Königsberg, Albert était assis avec sa femme dans un compartiment de chemin de fer. En face d’eux s’assit une femme visiblement pauvre, avec un enfant sur les genoux. Albert regarda cette femme pendant un certain temps, et pria pour elle. Puis, il se leva et alla chercher une tasse de café chaud. Il la lui tendit et trouva alors une oreille ouverte pour un entretien sur l’évangile. Au bout d’un laps de temps assez long, sa femme lui dit : « Albert, j’aimerais bien aussi avoir une tasse de café ». À cette remarque, il répondit : « Chère petite mère, au prochain arrêt, j’irai te chercher un verre d’eau, cela devrait bien suffire ». La « petite mère » fut elle contente ? — la question reste ouverte. Sa devise était : Aussi modeste que possible pour soi-même, aussi généreux que possible pour les autres !
De quelle façon merveilleuse, le Seigneur exerçait ses soins, la circonstance suivante nous le montre encore. Une fois de plus, Albert s’était occupé avec zèle des souffrances des nécessiteux. C’était dimanche. « Petite mère » aurait volontiers fait cuire quelque chose de bon pour sa famille, mais il n’y avait rien à la maison. Albert alla avec son fils Hanns dans la pièce voisine, se mit à genoux, et cria au Seigneur à ce sujet. Une fois relevé de sa position à genoux, il alla à la cuisine, et voici qu’on sonne tout à coup à la porte de la maison. « Mimi », dit une voix, « nous avions invité aujourd’hui une famille, qui n’est pas venue ; pour cette raison, nous serions heureux de partager avec vous notre rôti de porc et le choux rouge. Nous vous souhaitons un bon appétit ». En remerciant, « Mimi » accepta ce qui lui était donné. Albert pensait seulement à ce verset : « Et il arriva que, avant qu’ils crient, je répondrai, et, pendant qu’ils parlent, j’exaucerai » (Ésaïe 65:24).
Une fois qu’il revenait d’une évangélisation à Berlin, sa nièce avait fait cuire de beaux beignets. Lorsque la famille s’assit à table, on le pria de bien se servir. Mais Albert ne prit qu’un quart de beignet. Étonnés, tous le regardèrent. On le pria : « Albert, prends-en encore un ». Mais il répondit : « Je viens juste de Berlin, et j’ai vu le pont aérien qui fournit aux berlinois l’alimentation nécessaire. Il règne une grande faim à Berlin. Je ne peux simplement pas manger davantage, lorsque je pense à nos berlinois ».
Cette compassion pour les personnes pauvres, était empreinte sur lui, tout particulièrement dans les temps de pénurie.
Une fois que sa belle-fille Marianne et son mari, venaient en visite chez leurs parents, celle-ci voulut aider à essuyer la vaisselle ; Albert prit rapidement le torchon dans les mains et dit : « Mes chers, laissez-moi faire. Lorsque je suis à la maison, j’aime bien aider ma « petite mère ». Vous êtes les visites. Soyez bien à l’aise ». Bien que le passage de Tite 2:5, lui fut bien connu, et qu’il accordât beaucoup d’importance à l’enseignement biblique sur place de l’homme et de la femme, il avait un grand désir d’aider partout dans la maison où c’était possible.
Il ne se passait pas non plus de dimanche, sans qu’il rendît visite à sa belle-mère, avec les plus petits sur les bras. Combien il était rempli de sollicitude pour tous les frères et sœurs, qu’ils fussent de sa propre famille ou non, qu’ils fussent pauvres ou riches, qu’ils fussent connus ou peu connus, qu’ils fussent rattachés à des églises officielles ou à des églises libres, qu’ils marchent dans le même chemin que lui ou non. Il voulait faire preuve de miséricorde même vis-à-vis des communistes pauvres, sa charité, lorsqu’il avait connaissance de leur misère — mais jamais bien sûr, sans leur parler du Sauveur du monde. Sa vie parle encore aujourd’hui, avec une voix à laquelle on ne peut rester sourd.
Après une réunion d’évangélisation en Hesse, les frères et sœurs avaient oublié de lui donner de l’argent, si bien que la femme d’un frère prit 5 marks de la collecte, et voulut les lui offrir en tant que don. Mais Albert refusa.
Ce fait est bien caractéristique de son attitude vis à vis de l’argent. Bien que 1 Corinthiens 9:14, dise : « De même aussi, le Seigneur a ordonné à ceux qui annoncent l’Évangile, de vivre de l’Évangile », cependant Albert n’acceptait de l’argent que lorsqu’il avait la conviction que cela venait du Seigneur. De cette façon, il apprenait, « aussi bien à être dans l’abondance, qu’à être dans les privations » (Philippiens 4:12).
Sa position sur le financement d’un serviteur de Jésus, était celle-ci : Le Seigneur prend soin de son serviteur, les soucis d’argent ne doivent pas être mentionnés, la modestie, la libéralité et l’oubli de soi, doivent caractériser le serviteur. Le serviteur de Dieu doit vivre entièrement de foi. À ses yeux, le danger le plus grand pour les serviteurs du Seigneur, était de dépendre de l’argent des croyants. Jamais, il ne voulut de cela. « Car c’est une racine de toutes sortes de maux que l’amour de l’argent : ce que quelques uns ayant ambitionné, ils se sont égarés de la foi, et se sont transpercés eux-mêmes de beaucoup de douleurs. Mais toi, ô homme de Dieu, fuis ces choses » (1 Timothée 6:10-11).
Son principe spirituel était : Donne aux pauvres, et le Seigneur pourvoira richement à tes besoins. Dieu bénit cette manière d’agir, et le préserva de devenir le serviteur des hommes.
L’assurance que Dieu prendrait soin de lui et de sa famille devait continuer à caractériser sa vie ultérieure.
C’est ainsi qu’il fit l’expérience de la main protectrice de Dieu, alors qu’il allait un jour à pied de Volmarstein à Gevelsberg. Il rencontra là un homme qui le menaça et lui dit : « Ton argent, ou je te tue ! ». Albert tira son porte-monnaie de sa poche, et lui remit son argent. Lorsque le voleur eut reçu l’argent, Albert le fixa sérieusement, et lui dit d’une voix forte : « Cher ami, mon Père, le Dieu vivant, t’a vu ». Effrayé, le voleur laissa tomber la bourse avec l’argent, et s’enfuit en courant.
Albert aimait tous les enfants de Dieu, car « Quiconque aime celui qui a engendré, aime aussi celui qui est engendré de lui » (1 Jean 5:1). Bien sûr, il était particulièrement lié avec ceux qui suivaient le même chemin au point de vue de l’église, et Albert ne voulait à aucun prix, être membre d’une organisation. Il voulait se rassembler uniquement au Nom du Seigneur Jésus — et cela, non seulement par confession, mais en réalité. Une fois, alors qu’il avait été invité à une réunion de prière à Schwelm, le Docteur Becker lui parla en ces termes : « Dites-moi, frère Winterhoff, d’où vient que cela a si bien tourné avec vos enfants ? Avec moi, ça ne marche pas aussi bien ». « Ah ! sais-tu, va vite à la maison, tombe à genoux, et supplie pour tes enfants ; que fais tu donc ici, à la réunion ? ».
Albert n’avait pas de crainte, en présence de frères connus et honorés. Il les aimait tous, mais il n’était pas disposé à les accompagner dans des chemins qui ne correspondaient pas à la volonté de Dieu.
Dès lors qu’il eut abandonné son occupation professionnelle terrestre, il prit aussi plus de temps pour étudier la Parole de Dieu, pour persévérer encore plus longtemps dans la prière, pour visiter ceux qui étaient seuls. Il saisissait aussi toutes les occasions de participer à des conférences bibliques, dans la mesure du possible.
Pendant une conférence où on débattait de graves questions bibliques, il se leva soudain et dit : « Chantons le cantique : — Parce que je suis un agneau de Jésus ». Il avait toujours le désir que les frères ne fassent pas de la théologie, mais laissent la Parole de Dieu leur parler.
À une autre occasion, il devait lire à haute voix le texte biblique ; or après la lecture de chaque verset, il donna ses pensées sur ce verset ; le résultat en fut qu’une autre fois, les frères prièrent un autre frère de faire la lecture du texte biblique. Albert ne le prit pas mal de la part des frères ; il avait conscience de son insuffisance dans l’enseignement de l’Écriture.
Lors de la pause dans les conférences, il se retirait souvent, et priait pour la paix entre les frères. Une fois, il émit la pensée que, peut-être, les frères seraient en danger d’être dépendants de l’argent, au lieu de l’être uniquement et seulement de leur maître, le Seigneur Jésus. Cette pensée l’attristait souvent, si bien qu’il priait beaucoup pour ses frères, et les recommandait à la grâce du Seigneur.
Tandis qu’il recherchait ainsi la paix entre les frères, deux incidents se produisirent au Würtemberg, et en Frise orientale. Lors d’une visite d’Albert aux frères et sœurs du sud de l’Allemagne, des plaintes lui furent souvent présentées, concernant des frères et sœurs en Frise orientale : « Là-bas, dans le nord, les frères fument. Ce n’est pas la volonté de Dieu ». Albert répondit : « Effectivement, ce n’est pas une bonne chose de fumer, mais lorsque l’on s’est soi-même adonné au vin de façon régulière, on devrait faire attention avant de juger les autres trop sévèrement ». Albert essayait en toutes circonstances, de maintenir l’harmonie dans les rassemblements de frères, même s’il avait une autre pensée sur plusieurs points. Ainsi, dans beaucoup de cas, il contribua à rétablir la paix.
Le 30 janvier 1933, Hitler s’empara du pouvoir politique en Allemagne. Le président de l’État allemand, Hindenburg, appela Hitler comme chancelier d’un gouvernement allemand qui réunissait les national-socialistes, les nationalistes allemands, et les hommes de la coalition nationale du front combattant, « le casque d’acier ». Lors de la prestation du serment, Hitler dit qu’il voulait être au service de Hindenburg, aussi fidèlement qu’autrefois, il avait servi comme soldat à l’armée. À quoi Hindenburg ajouta : « Et maintenant, messieurs, en avant avec Dieu ».
Le soir même, le même Hitler se démasqua lors d’une retraite aux flambeaux de ses partisans à la chancellerie : « Aucune puissance au monde ne me sortira jamais d’ici de mon vivant ». La dictature brune commençait. Elle devait dominer l’Allemagne de 1933 à 1945, et apporter au monde entier la souffrance, la mort, et les larmes.
En l’espace de quelques mois, Hitler avait déjà une telle puissance, que personne ne pouvait guère s’opposer à lui. Le 24 mars 1933, intervint la loi des pleins pouvoirs. Elle autorisait Hitler et son gouvernement, jusqu’au 1er Avril 1937, à édicter tous seuls les lois du pays, et la loi de révision de la Constitution.
Le 2 mai 1933, les syndicats furent interdits et leurs biens confisqués ; le 27 Juin, le parti socialiste fut interdit ; le 14 juillet, tous les partis autres que le parti national-socialiste furent interdits ; le 15 Juillet, le Conseil général de l’Économie pour la direction nationale de toutes les forces économiques, fut constitué ; le 25 juillet, les lois sur la prévention contre les nouvelles générations de malades héréditaires, fut promulguée ; et, le 14 octobre, l’Allemagne se retirait de la Société des Nations.
Deux principaux ennemis devaient être combattus : les marxistes et les juifs, étant entendu que sous l’appellation « marxiste », on englobait tous ceux qui pensaient différemment, à savoir : les communistes, les sociaux-démocrates, les libéraux, les membres de rassemblements religieux, parmi lesquels, « Les étudiants sérieux de la Bible », et ceux qui n’appartenaient à aucune dénomination chrétienne organisée, et finalement en général tous les chrétiens dissidents, qu’ils fussent rattachés à des églises ou à l’Église libre.
Tandis que le Marxisme enseignait la lutte des classes, Hitler pensait que l’histoire de l’humanité se ramenait à une grande lutte de races. Et lui, Hitler, était appelé à amener la victoire des Ariens, des peuples du Nord, sur tout ce qui était d’un sang de valeur inférieure. Cela signifiait la fin de l’existence pour les malades héréditaires, les malades mentaux et les invalides.
L’appétit de pouvoir d’Hitler, est bien décrite en Habakuk 1:6-11. Albert Winterhoff eut bien conscience de l’évolution de la situation. Un jour, il vit les SA [sections d’assaut], au garde à vous, debout dans leurs chemises brunes, élevant le bras en saluant Heil-Hitler. Alors Albert pensa à la parole de Job 38:14-15 : « Elle [la terre], se change comme l’argile d’un sceau [le brun des SA], et toutes choses se présentent parées comme d’un vêtement ; et leur lumière est ôtée aux méchants, et le bras levé est cassé ».
Ces versets — sortis de leur contexte — il les voyait comme une indication prophétique pour le régime d’Hitler, et il était désormais pleinement convaincu que ce bras levé ne serait pas un bras de bénédiction, mais bientôt un bras cassé. Bien sûr, il ne se doutait pas encore qu’outre ce bras cassé, l’état et le peuple seraient aussi brisés.
Il se produisit ensuite un événement qui atteignit toutes les assemblées d’Allemagne. Le 13 avril 1937, le ministère de l’Intérieur à Berlin, promulgua l’ordonnance de police suivante : «…en vue de la protection du peuple et de l’État…, les sectes « assemblées chrétiennes » (appelées également ‘Darbystes’ ou ‘chrétiens sans confession particulière’) sont dissoutes et interdites sur la totalité du territoire allemand avec effet immédiat … j’interdis toute activité représentant une tentative de prolonger ces organisations ou d’en constituer une nouvelle, avec des objectifs identiques ou similaires… ». Le 28 avril 1937, cette interdiction fut rendue publique au Journal Officiel, et immédiatement imprimée dans tous les journaux.
Le 30 mai 1937 eut lieu un grand rassemblement à Elberfeld, où l’on s’entretint de la question de savoir pourquoi les « frères » et leurs rassemblements avaient été interdits ? Pourquoi Dieu l’avait-il permis ?
À ce rassemblement était également présent, un représentant de la Gestapo. Le docteur Becker montra clairement que les frères et sœurs conséquents de l’ancienne « Assemblée », et les chrétiens juifs, ne pourraient pas devenir des affiliés de la nouvelle union. Beaucoup de questions (surtout d’ordre technique) furent posées, mais aucune objection de principe ne fut exprimée à voix haute. Albert interpella le docteur Becker qui faisait le rapport : « Monsieur Becker, vous pouvez avoir ma tête, mais vous n’aurez pas ma signature ». Il semble que ce fut la seule voix opposante à s’être fait entendre publiquement, encore qu’elle n’ait pas atteint beaucoup d’auditeurs.
À la suite de cette discussion, on élabora un cahier que l’on pouvait se procurer pour 20 centimes : Réunion d’Elberfeld du 30 Mai 1937 (sommaire des présentations, par le docteur Hans Becker, délégué national).
Et maintenant, que contenait cette brochure ?
Attaques relatives à :
· la doctrine de l’unité des croyants :
Citation : « Il s’agit de reconnaître les choses qui ont amené Dieu à permettre cette interdiction contre nous. Et là, pour ceux qui se rendent compte des choses, il ne fait pas de doute qu’aujourd’hui il y avait dans beaucoup de milieux chrétiens, le désir commun, bien perceptible, de réaliser l’unité ; à cet égard, nous constituions un obstacle, parce que nous désirions que cela ait lieu sur notre terrain, et nous oubliions que la vraie ‘assemblée’ est une structure en dehors de toute organisation humaine » (page 5).
· la doctrine de la séparation du mal :
Citation : « À travers cette secousse, véritable tremblement de terre qui nous a atteint avec la permission de Dieu, ce mur est tombé sous l’effet d’un coup qui l’a réduit en ruines et en décombres. Dieu l’a fait s’écrouler. Par conséquent, ce serait œuvrer contre Dieu que de vouloir tenter de réédifier ce mur de séparation. Nous désirons nous séparer de toute sorte de mal quant à la doctrine et à la marche, mais non pas nous séparer des enfants de Dieu, qui servent fidèlement leur Seigneur » (page 4).
· la doctrine des « frères » :
Citation : « Une caractéristique de toute notre position consistait à être les champions des enseignements de tradition, ‘la doctrine des frères’, et à combattre pour cette doctrine et pour Christ, non pas pour Christ seulement. Si nous avions eu davantage devant nos âmes son modèle, et moins la doctrine, le dogme, alors il n’y aurait pas eu le mur entre nous et les autres » (page 5).
Albert reçut, lui aussi, ce cahier, et de fait il devait acquiescer à plusieurs points de son contenu. Lui-même avait quitté l’Église officielle, et avait pris, par conviction, le chemin des « frères », bien que parfois il eut l’impression que les « frères » fixaient quelquefois très haut les conditions d’admission pour la fraction du pain. Dieu avait-il dû interdire les réunions des « assemblées » parce qu’elles étaient devenues orgueilleuses ? Mais, par ailleurs, que de conformité au monde, de richesses, de considérations de personnes, on pouvait trouver dans les rangs des « frères ». Quelle était la véritable raison de cette interdiction ?
Toutefois, il lut ensuite, plus loin, en page 6 :
« Nous souhaitons que naisse bientôt, en Allemagne, l’organisation unitaire englobant tous les croyants en dehors des églises nationales, et dans laquelle notre nouvelle organisation puisse être absorbée. Nos convictions particulières seront conservées dans cet ensemble, mais nous disparaissons comme organisation particulière. Cela nous paraît être la volonté de Dieu qu’il nous a donnée de comprendre à travers l’interdiction des « assemblées chrétienn