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Courtes méditations sur Élisée
2 Rois ch. 2 à ch. 13
«Raconte-moi, je te prie, toutes les grandes choses qu’Élisée a faites».
J G Bellett
Table des matières :
Élie et Élisée accomplirent leur ministère pendant les règnes d’Achab et de ses fils, de la maison d’Omri. C’était un temps d’extrême corruption dans le royaume des dix tribus. Voici le témoignage de Dieu lui-même sur cette époque : «Et Achab, fils d’Omri, fit ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, plus que tous ceux qui avaient été avant lui» (1 Rois 16:30).
C’est en ce temps que Hiel, de Béthel, osa braver l’Éternel en rebâtissant Jéricho ; cet acte était un défi porté à la véracité et à la puissance du Seigneur ; il témoignait de l’incrédulité la plus audacieuse et revenait à dire : «Où est le Dieu de jugement ?» (Mal. 2:17). Ah ! les jours d’Achab étaient de tristes jours, car, dans son orgueil impie, l’homme s’enhardissait jusqu’à tenter, jusqu’à provoquer directement le Dieu tout-puissant.
Mais précisément alors que Hiel de Béthel fondait Jéricho sur son premier-né et en posait les portes sur son second fils, Élie, le Thishbite, est suscité (1 Rois 16:34 ; 17:1). Il apparaît, immédiatement appelé de Dieu et doué d’une énergie toute spéciale de l’Esprit, comme un instrument dans la main du Seigneur, dont il dépend uniquement. Il n’appartient point à la sacrificature ; il n’a rien à faire avec le temple qu’il ne visite jamais. Il ne consulte pas davantage les oracles établis ; il marche, à beaucoup d’égards, en dehors des statuts et des ordonnances d’Israël. L’Éternel, lui-même et lui seul, suscite Élie et le remplit de lumière et de puissance, tout cela directement et sans aucun des intermédiaires ou des canaux établis et prescrits par la Loi.
Il en est de même d’Élisée. Lui aussi était indépendant de toutes les institutions du pays et de l’économie. La main de l’Éternel l’emploie, l’Esprit du Seigneur le remplit, sans aucun égard au temple ou à la sacrificature.
Cela nous rappelle une instruction souvent présentée dans l’Écriture et qui, par cela même, n’en est que plus précieuse : c’est que, quand l’homme a tout gâté, tout corrompu et par conséquent tout perdu, comme c’était le cas au temps d’Achab, le Seigneur tire parti de cet état de choses même, pour manifester ses propres ressources. Le désert de l’homme était un grenier pour Jésus (Matt. 14:15-21).
Mais, quoique l’appel d’Élie et celui d’Élisée nous présentent le même caractère moral qui, au fond, se retrouve plus ou moins dans la vocation de tous les prophètes, cependant, considérés dans leurs détails, leurs ministères sont bien distincts. Le témoignage contre le mal, et la souffrance, comme conséquence de ce témoignage, caractérisent l’histoire d’Élie. La puissance, et la grâce dans l’emploi de cette puissance en faveur d’autrui, caractérisent l’histoire d’Élisée. Ces traits différents du ministère des deux hommes de Dieu se rencontrent, unis d’une manière parfaite, dans le Seigneur Jésus Christ, dont nos deux prophètes étaient des ombres. L’histoire des jours du Fils de l’homme sur la terre nous le présente, d’un côté, comme le témoin souffrant, repoussé, persécuté, haï du monde, parce qu’il rendait du monde le témoignage que ses oeuvres sont mauvaises ; d’un autre côté, comme l’ami des pécheurs, puissant, plein de grâce et de condescendance, toujours disposé à guérir, à soulager et à bénir tous ceux qui venaient à Lui dans le sentiment de leurs misères ou de leurs douleurs.
Mais il y a plus encore dans le type que nous offre l’histoire de ces deux prophètes. Les souffrances d’Élie ici-bas et sa réjection par le monde aboutissent au ciel ; la puissance d’Élisée le place au-dessus de tout ce qui pourrait lui résister et ne cesse de l’entourer de gloire et d’honneur sur la terre. De cette manière étaient préfigurées les gloires céleste et terrestre du Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu et Roi d’Israël.
Mon dessein est de parcourir rapidement l’histoire d’Élisée, telle qu’elle est contenue dans le second livre des Rois, chap. 2 à 13, en en étudiant les scènes successives et en cherchant à tirer de cette étude quelque lumière sur les conseils de Dieu et sur sa sainte volonté. Veuille le Seigneur que cette étude soit aussi bénie pour mes lecteurs qu’elle l’a été pour mon âme !
Ces versets nous présentent une première section de notre sujet, une première scène de la vie du prophète.
Longtemps auparavant, Élie, par l’ordre exprès de Dieu, avait invité Élisée à se joindre à lui dans le ministère prophétique. Élie l’avait fait en passant près du fils de Shaphath qui labourait, et en jetant son manteau sur lui. Alors Élisée n’était pas encore entièrement préparé à répondre à cet appel. Il allègue, pour s’en excuser, ses devoirs envers son père et sa mère : «Que je baise, je te prie, mon père et ma mère, et je m’en irai après toi». Sur quoi, Élie reprend, en quelque sorte, son manteau et rétracte son invitation, en disant : «Va, retourne ; car que t’ai-je fait ?» (1 Rois 19:20).
Cette circonstance était significative, Car, quoique, après cela, nous voyions pour un moment Élisée suivant Élie et le servant (1 Rois 19:21), cependant il n’est plus dès lors mentionné comme accompagnant son maître, jusqu’au moment actuel où son maître va lui être enlevé.
Et d’où vient que nous le retrouvons à cette heure avec Élie ? Ah ! c’est qu’il doit être mis à l’épreuve, pour savoir s’il est maintenant, oui ou non, décidément propre à hériter du manteau.
Ce manteau, Élie n’en a plus que faire dans le ciel où il va monter ; il peut donc le laisser derrière lui. Aussitôt qu’il est entré dans le char de feu sur lequel le tourbillon devait l’enlever, — aussitôt qu’il est emporté au ciel par des anges (Héb. 1:7), il peut, il doit se dépouiller de ce manteau, qui était l’instrument de la puissance, le don pour le service ici-bas. Le serviteur le dépose quand son service est terminé, tout comme le pécheur au moment de sa conversion, quand le premier état et les vieilles choses sont passées pour lui, peut aussi jeter ses anciens vêtements (Marc 10:50). «Nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie ; mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est en partie aura sa fin» (1 Corinthiens 13:9-10).
Au reste, la question dont il s’agit ici n’est pas de savoir si Élie peut se passer de son manteau et le léguer à un autre, mais si maintenant Élisée est préparé à le recevoir. Et dans ce but il est mis à l’épreuve de deux manières ou par deux instruments : Élie lui-même, et les fils des prophètes. L’un et les autres sont employés de Dieu pour démontrer si vraiment Élisée apprécie par-dessus tout le manteau d’Élie ; s’il est animé de l’esprit d’un vrai Lévite, d’un homme à qui les thummim et les urim peuvent être confiés ; s’il est maintenant capable de dire de son père et de sa mère : «Je ne l’ai point vu» (Deut. 33:8, 9). Oui, c’était là une épreuve de la foi d’Élisée, c’était entre les mains de Dieu comme une balance dans laquelle Il pesait le prix qu’Élisée attachait à la gloire ; un moyen de manifester jusqu’à quel point l’honneur et le bonheur de participer à l’esprit et au ministère d’Élie étaient appréciés par son successeur. Or celui-ci soutient parfaitement l’épreuve, sans mollir un seul instant. Il repousse toutes les tentations ; il déclare ouvertement qu’il convoite le manteau, une double mesure de l’Esprit ; il détourne ses regards de tout autre objet pour les porter uniquement vers la gloire. Il n’est plus question pour lui de retourner en arrière pour baiser son père et sa mère ; ce n’est plus qu’à son père en la foi, à son parent selon l’Esprit, qu’il s’attache ; ce n’est plus qu’à lui qu’il regarde, tout en regardant en avant et en haut. «Mon père ! mon père !» criait-il en voyant Élie monter, «char d’Israël et sa cavalerie !»
Aussi c’était bien assez. Si, comme nous l’avons vu, il y avait eu d’abord (1 Rois 19) une passagère incertitude quant au droit d’Élisée à posséder le manteau, maintenant il ne lui manque plus rien à ce sujet. Il est un vrai Lévite ; «il ne connaît plus personne selon la chair» ; le manteau est à lui.
De là découle pour nous une sainte leçon. Nous savons sans doute combien peu nos coeurs apprécient le manteau, c’est-à-dire l’honneur de servir Jésus et d’avoir part aux gloires de sa prochaine venue. Remarquez qu’il ne s’agissait point ici d’examiner si le prophète avait Dieu pour lui, ou, en d’autres termes, s’il était sauvé. Élie ne doutait pas qu’Élisée ne fût au Seigneur ; l’épreuve ne portait que sur l’estime qu’il faisait de la gloire. Et c’est aussi là proprement, pour nous, la seule question à poser. Nous n’avons pas à nous examiner pour savoir si nous sommes enfants de Dieu : «Celui qui croit au Fils de Dieu a le témoignage au dedans de lui-même» (1 Jean 5:10) ; mais bien pour savoir si nous marchons d’une manière digne de la gloire du Seigneur, si nous apprécions à sa valeur la part que nous avons à cette gloire. Heureux sommes-nous si la discipline et l’épreuve nous poussent à ambitionner cette gloire, comme elles le firent chez Élisée ; heureux, si la nature, dont la vie est si tenace en nous, est assez comprimée pour que, lorsqu’elle nous dit : «Retourne et va baiser ton père et ta mère» , nous aimions mieux prêter l’oreille à la voix du manteau, qui nous crie d’aller en avant après le prophète de Dieu.
Il est fort humiliant d’avoir à reconnaître que le coeur, laissé à lui-même et sans l’Esprit, ne se soucie nullement ni de Dieu, ni de sa gloire. Le coeur de l’homme a vendu Dieu et sa gloire, une fois pour un potage ; une autre fois pour un troupeau de pourceaux ; une autre fois encore pour trente pièces d’argent. C’est ce qu’il ferait toujours. Peu nous importe que le char s’en retourne au ciel à vide. Tel est le langage du coeur. Quelle grâce, par conséquent, que celle d’estimer comme précieuse pour nous une part avec Toi, puissant et bon Sauveur ! Oh ! puissions-nous désirer ardemment dans nos âmes d’être assis avec Toi dans ce char céleste, qui nous séparera pour toujours de la terre, de ses intérêts, de ses vanités, et nous élèvera près de Toi, et avec Toi, et par Toi, au plus haut degré de la gloire et de la félicité !
Il y a bien des degrés à l’échelle de la sainteté, et tous les saints n’y sont pas à la même hauteur. Lot n’était pas sur le même niveau qu’Abraham ; les sept mille cachés et inconnus à Élie n’étaient pas sur le même niveau que cet homme de Dieu, cet intrépide témoin de la vérité. Mais les uns comme les autres étaient, également, des élus de Dieu, connus de Lui, réservés et conservés par Lui. Ici encore, Élisée et les fils des prophètes sont un exemple des mêmes principes. Nous venons de voir le premier surmontant tous les obstacles pour poursuivre la gloire céleste ; maintenant nous avons devant nous les derniers, dont les esprits et les affections sont malheureusement trop influencés par les choses de la terre.
Ces fils des prophètes, comme Nicodème plus tard, étaient lents de coeur à croire. Leurs pensées ne s’élèvent pas au-dessus des montagnes et des vallées de la terre. Ils n’avaient jamais vu un char céleste ; aussi n’ont-ils pas l’idée qu’Élie puisse être ailleurs que quelque part ici-bas ; — et ce n’est qu’ici-bas qu’ils le cherchent. Élisée aurait voulu d’abord les élever à la même hauteur et dans la même lumière que celles où il se trouvait lui-même ; mais leurs instances l’obligent à les laisser recevoir instruction de leurs propres mécomptes.
Cependant, quelque faibles et peu intelligents qu’ils soient, quelque inférieurs qu’ils se montrent au prophète de Dieu quant à la puissance de l’Esprit, Élisée peut les reconnaître comme des frères ; il les honore de sa compagnie, ils ont part à ses bénédictions. La ville où ils habitaient était encore en partie sous le poids d’une malédiction (Jos. 6). Mais l’homme de Dieu y apporte la guérison. Il n’y aura plus de malédiction, telle fut la parole prononcée par le prophète sur Jéricho, et cette même parole, le Seigneur la prononcera un jour sur son héritage (Rom. 8 ; Apoc. 22) (*). Et c’est là encore un trait consolant, tout humiliant qu’il soit pour nous qui avons la conscience de notre faiblesse, — pour nous qui, d’après ce que nous connaissons de nos pauvres coeurs, sommes bien plus portés à nous tenir avec les fils des prophètes autour de Jéricho, qu’à traverser le Jourdain, avec Élisée, dans la force du Saint Esprit. Oui, elle est bien propre à nous humilier, la pensée que nous ne sommes pas, tant s’en faut, au niveau du prophète ; et d’un autre côté il est extrêmement consolant pour nous de savoir que Dieu est toujours notre Dieu. Par la foi, petits et grands lui sont agréables et demeurent debout devant Lui.
(*) Serait-ce une assertion trop hasardée de dire que, d’après l’histoire qui nous en est donnée dans l’Écriture, Jéricho peut être considérée comme un type de la terre entière ? La malédiction fut, au commencement, prononcée sur cette ville (Jos. 6) ; cette malédiction fut exécutée (1 Rois 16) ; mais à la fin elle devient un lieu assaini, rendu propre à devenir de nouveau l’habitation et la joie de Dieu et de l’homme. Ne serait-ce pas là une parabole de la terre ?
Je voudrais encore faire observer ici que, dès le moment où Élisée releva le manteau de son maître, il ne posséda plus rien que Dieu ; mais il trouva en Dieu de quoi satisfaire à tous ses besoins, ou plutôt à ceux d’autrui ; car ses besoins, comme ceux de Jésus, ne se rapportaient point à lui. C’est pour les autres qu’il faisait usage des ressources et des forces qu’il trouvait en Dieu. Il était riche et puissant, mais non pas pour lui-même. Ainsi, il surmonte les difficultés naturelles ; sans bourse, il soulage les pauvres ; sans magasins, il nourrit des armées ; il change des substances mortelles en aliments sains ; sans pain, il donne à une multitude de la nourriture dont on doit rassembler les restes ; sans remèdes, il guérit des maladies ; sans armes et sans soldats, il défait les ennemis ; dans un temps d’horrible famine, il procure abondance de vivres à toute une nation ; quoique mort, il communique la vie.
Tout cela nous parle de Jésus, de Jésus qui n’avait rien et qui pourtant enrichissait plusieurs ; de Jésus qui avait à sa disposition le monde de la nature et le monde de la grâce, en faveur des pauvres enfants des hommes ; de Jésus, dont les voies ressortent resplendissantes de l’étude des voies de son serviteur Élisée, qui n’en sont que le reflet.
De tout autres pensées nous sont ici suggérées. Les enfants de Béthel nous présentent une classe d’individus tout autres que les précédents. Si Élisée nous offre l’image de l’homme fort en Christ, du vrai Lévite qui a tourné le dos à tout, excepté à la gloire et au char de feu qui y conduit ; si les fils des prophètes sont des hommes faibles encore, mais pourtant, par la grâce divine, compagnons d’Élisée et participant aux mêmes bénédictions que lui ; ces garçons de Béthel, au contraire, sont les moqueurs ou les incrédules. Ils méprisent la parole de l’Éternel ; ils se moquent de l’idée de l’ascension ; ils sont de ceux qui disent : «Où est la promesse de sa venue ?» (2 Pierre 3). C’est le mystère même de Dieu, donné à connaître pour le salut et la gloire des élus, dont ils osent faire le sujet de leurs railleries : ils exposent en quelque sorte publiquement le Fils de Dieu à l’opprobre. «Monte, chauve ! monte, chauve !» disent-ils à Élisée, faisant ainsi une allusion maligne et ironique à la nouvelle qu’Élie était monté au ciel. Alors la malédiction intervient et tombe sur eux. Ministres et exécuteurs de la colère, des ours sortent de la forêt et déchirent ces enfants de Béthel, pour venger la vérité divine sur la personne de ses adversaires.
La création ne doit pas soupirer à jamais sous la malédiction à laquelle le péché de l’homme l’a soumise ; un jour elle sera délivrée de l’esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté de la gloire (Rom. 8), comme Jéricho vient de nous en présenter le type ; mais la malédiction demeurera sur Caïn, sur les enfants de Béthel, qui se moquent du remède apporté par le Seigneur aux infortunes de l’homme. Et c’est d’enfants pareils à ceux-là, moqueurs, incrédules, d’enfants de la rébellion, qu’ils soient de Babylone ou d’Édom, qu’il est écrit : «Bienheureux qui saisira tes petits enfants, et les écrasera contre le roc !» (Psaume 137).
Nous ne voyons pas Élisée être le jouet de méchants rois, comme Élie l’avait été ; nous ne le voyons pas menacé ou poursuivi par eux comme son prédécesseur ; bien au contraire, la destinée des princes semble suspendue à sa parole ou plutôt à la puissance de Dieu dont il était revêtu.
Nous avons ici trois rois qui, sans le prophète, étaient sur le point d’être complètement détruits avec toute leur armée. Mais la parole de l’Éternel, apportée par Élisée, change tellement l’état des choses, que la perplexité et la détresse de ces trois peuples font place à la victoire et à un riche butin.
Dans le cours de cet épisode, nous ferons surtout remarquer les traits suivants :
Nous trouvons le roi de Juda en bien mauvaise compagnie. Son alliance avec la maison apostate d’Achab était, tout au moins, le signe d’une triste et coupable légèreté en Josaphat. Mais, par un effet de la grâce divine, les circonstances dans lesquelles Josaphat se trouve placé donnent lieu à la manifestation de la vie cachée qui était en lui. L’épreuve le surprend et l’environne, et c’est alors que la voix de sa meilleure nature se fait, entendre : «N’y a-t-il point ici un prophète de l’Éternel, afin que nous consultions l’Éternel par lui ?» Cela montre combien l’esprit renouvelé de Josaphat était mal à l’aise dans une position telle que sa position actuelle, quoique dans un moment de manque de vigilance il eût consenti à s’y placer. Et c’est dans sa bonté et dans son amour que le Seigneur avait envoyé les difficultés et l’épreuve, afin que la vie, qui pourtant était réellement en ce roi de Juda, pût apparaître (voir 1 Rois 22:7).
C’est bien encourageant pour nous. Mais il y a quelque chose de plus dans ce récit.
En présence de ces rois, Élisée se trouve embarrassé, c’est-à-dire qu’il ne peut pas aisément prophétiser. Josaphat veut connaître par son moyen quelle est la volonté de l’Éternel, et il en a le droit, car Josaphat est le serviteur de l’Éternel, et il sait et confesse que la parole de l’Éternel est avec le prophète ; mais Josaphat n’est pas où il devrait être ; c’est pourquoi l’Esprit prophétique est comprimé en Élisée.
Le cas est bien sérieux. Il faut qu’un joueur d’instruments soit amené, pour que l’Esprit, dans le prophète, puisse reprendre son cours libre et plein de grâce.
Ce seul fait n’était-il pas un grave reproche pour le roi de Juda ? De même, si la présence d’un saint quelconque suffit pour gêner l’action de l’Esprit dans ses frères, n’est-ce pas là, souvent du moins, l’indice d’un mauvais état spirituel en lui ? Et n’en est-il pas souvent ainsi ? Le doux, le libre, le facile courant de l’Esprit n’est-il pas, hélas ! fréquemment interrompu en nous par la chair ? et n’aurions-nous pas souvent besoin qu’on nous amenât le joueur d’instruments ? Alors il faut que ceux qui sont spirituels attendent quelque peu, fassent quelques efforts, passent par telle ou telle circonstance, avant que tout puisse être de nouveau en accord dans leur âme.
C’était le cas dans notre chapitre, et c’est encore souvent le cas actuellement. C’était, à la fois, un symptôme du mauvais état de Josaphat, et des affections célestes d’Élisée. Si celui-ci eût été moins près de Dieu, moins en communion avec le Seigneur, il n’eût pas éprouvé un tel besoin d’un joueur d’instruments. S’il eût été dans la chair et non dans l’Esprit, il ne se fût pas aperçu de la brèche à laquelle donnait lieu Josaphat, alors dans la chair. Cette délicatesse de sentiments et le besoin de se remettre, qu’il éprouve, sont la preuve de la spiritualité de son âme. Jésus était continuellement dans le cas d’appeler le joueur d’instruments. Sa communion avec le Père rencontrait continuellement des entraves ici-bas, même de la part de ses disciples, qui ne comprenaient ni ses joies, ni ses douleurs. Il fallait qu’Il s’éloignât d’eux ; il fallait qu’Il se levât avant le jour, ou qu’Il passât des nuits entières dans quelque lieu bien écarté, pour y prier Dieu. C’était la perfection même de sa communion avec Dieu qui exigeait tout cela : Il avait besoin d’un joueur d’instruments. S’Il eût été sur un terrain moins élevé, Il n’eût pas été aussi prompt à sentir tout ce qu’il y avait de terrestre et de charnel dans les pensées ou dans les actes de tous ceux qui l’entouraient ; ce qui l’y rendait si sensible, c’était précisément le profond contraste de ces actes et de ces pensées avec son âme pure, et il lui fallait la douceur et l’harmonie de ses entretiens avec son Père pour le remettre.
Tel était notre Maître béni, le modèle de toutes les perfections ; tel était aussi, à sa mesure, le prophète Élisée. Celui qui n’est qu’un simple instrument de la puissance divine ou d’un don spirituel peut accomplir son rôle ou exercer ce don, partout indifféremment, avec une égale liberté. La présence de Balak et les autels qu’il élève n’empêchent nullement Balaam de prononcer ses discours sentencieux ; car il n’est qu’un instrument, — un instrument, pour ainsi dire, charnel, matériel, à travers lequel un autre souffle. Mais il n’en est pas de même lorsque c’est un esprit renouvelé qui est l’instrument ; au contraire, pendant tout le temps qu’il sera employé comme organe de la puissance, il conservera la vivacité de ses affections et la délicatesse d’une conscience sanctifiée.
Tel était Élisée. Il ne peut qu’être affligé de la scène qui se présente ici à lui : Josaphat ne devrait pas se trouver là ; il faut qu’Élisée lui fasse connaître qu’il doit se détourner de cette voie pour en prendre et en suivre une tout autre. Un saint peut être appelé à servir ou à rendre témoignage dans des lieux où règne une profonde corruption ; mais ce n’est pas volontiers, ce n’est pas de son plein gré, qu’il se trouve là ou qu’il y demeure.
C’était la gloire d’Élisée que de ressembler ainsi à son Seigneur, que d’être prompt à sentir la gravité accablante pour lui de circonstances telles que celle-ci, où un autre saint marchait selon la chair et non selon l’Esprit. Combien nous devrions désirer un pareil état d’âme, mes bien-aimés ! Puissions-nous tellement vivre, nous mouvoir et avoir notre être dans le sanctuaire, que nul impur ne puisse nous approcher sans que nous nous en apercevions sur-le-champ !
«Qu’il vous soit fait selon votre foi», dit Jésus aux deux aveugles, en leur rendant la vue. N’est-ce pas une chose merveilleusement bénie, que Dieu daigne ainsi, en quelque manière, faire de notre foi, de notre patience ou de l’attente de notre espérance, la mesure de sa puissance active et miséricordieuse ! Et pourtant il en est ainsi. «Qu’il vous soit fait selon votre foi» ; et ailleurs : «Qu’il te soit fait comme tu as cru» (Matthieu 9:29 ; 8:13).
C’est cette précieuse vérité que proclame le miracle opéré ici par la main d’Élisée. Tant que la pauvre veuve eut des vases à remplir, le pot produisit son huile. L’huile était à la disposition des vases. Les vases étaient la mesure de l’huile. En d’autres termes, la puissance divine était à la disposition de la foi ; — la foi était la mesure de l’énergie des ressources de Dieu dans cette occasion. Il en était de même jadis, lorsque l’Éternel marchait avec Abraham : aussi longtemps qu’Abraham se tint devant Dieu, intercédant pour Sodome, l’Éternel se tint auprès d’Abraham, ne cessant de l’exaucer (Gen. 18:17-33).
Nous avons donc ici un exemple précieux de la grâce miséricordieuse du Seigneur. Mais il y a autre chose encore : «Dis-moi ce que tu as à la maison», dit le prophète à la femme. De même Jésus disait à ses disciples : «Combien avez-vous de pains ?» De même l’Éternel avait dit à Moïse sur la montagne : «Qu’est-ce que tu as dans ta main ?» En effet, il est convenable que ce que nous avons soit mis en usage ; ce peut être quelque chose de tout à fait disproportionné à nos besoins ; néanmoins, quoi que ce soit, il doit être employé. Ce peut être seulement une verge de berger, quand il s’agit de délivrer Israël ; — ce peut être seulement un pot d’huile, quand il s’agit de payer un créancier qui a le droit de prendre tout ce qui appartient à la veuve et même ses enfants ; — ce peuvent être seulement cinq pains d’orge, et il s’agit de nourrir cinq mille individus affamés. Mais encore, que ce qu’il y a soit produit et employé. «Ce qui était en son pouvoir, elle l’a fait». C’est pourquoi il est dit ici : «Dis-moi ce que tu as à la maison».
Après avoir cherché le pot d’huile, qui était tout ce qu’il y avait dans la maison, que la foi de la pauvre femme s’attende hardiment à la puissance de Dieu et à la parole de sa promesse, et non seulement la dette sera pleinement acquittée, mais encore et de plus la veuve et ses enfants vivront bien des jours de ce qu’il y aura de reste ; non seulement la multitude sera rassasiée, mais l’on emportera plusieurs corbeilles pleines de morceaux ; non seulement Israël sera racheté de la maison de servitude, mais la même verge de berger, devenue la verge de Dieu, nourrira, abreuvera et gardera le troupeau d’Israël jusqu’au terme du désert.
Voici une autre manifestation de la puissance conférée à notre prophète pendant son passage sur la terre. Ce nouveau fait est des plus glorieux ; comme nous le verrons, on y sent d’une manière bien frappante quelque chose de l’énergie et de l’autorité de Dieu qui était avec Élisée. Et pourtant celui-ci, tout en manifestant une telle puissance envers les autres, n’a rien lui-même pendant tout ce temps. Il est pauvre, en effet, alors qu’il enrichit beaucoup de gens ; et, tandis qu’il semble posséder toutes choses, il n’a en réalité rien du tout. Il recevait des libéralités et des soins, pour les besoins ordinaires de la vie, de la part de personnes en faveur desquelles, dans le même temps, il développe des ressources qui étaient tout à fait au-dessus du pouvoir de l’homme. Remarquons encore qu’il marche seul dans le monde, et que cependant tous s’attendent à lui.
Cela nous présente encore une belle image des voies de Celui qui pouvait s’appeler lui-même Maître et Seigneur, en recevant l’hommage de la foi, alors même qu’Il n’avait pas où reposer sa tête. Dans tous ces détails notre prophète nous montre, comme en un reflet, le sentier de Jésus.
La femme, dont il est ici parlé pour la première fois, faisait évidemment partie du résidu fidèle que Dieu s’était réservé en Israël. Elle vivait dans la tribu éloignée d’Issachar, et il ne paraît pas que jusqu’ici, elle eût connu personnellement le puissant homme de Dieu. Mais elle comprend bientôt qu’il y a quelque chose, venant du Seigneur, dans l’étranger qu’elle accueillait souvent chez elle. Elle avait déjà été enseignée de Dieu ; sa religion discernait les pensées et les voies de Dieu dans les mauvais jours, où tout était obscurci par l’apostasie. Ce n’étaient pas, comme son mari se l’imaginait, les nouvelles lunes ni les sabbats qui constituaient son culte ou qui dirigeaient les affections de son coeur et les pensées de son esprit, relativement à Dieu. Mais Élisée qui, dans ce temps-là, était, en dehors du temple et de ses ordonnances, le canal de la grâce et de la puissance divines, était aussi l’objet des espérances de la femme de Sunem, précisément parce qu’il était l’instrument et l’homme de Dieu.
Aussi elle lui prépare une demeure dans sa maison, et elle le fait de manière à montrer bien clairement l’intelligence qu’elle a du caractère et des goûts du prophète. Ce n’était qu’une petite chambre, ayant un lit, une table, un siège et un chandelier : tout y était en harmonie avec la simplicité d’un homme de Dieu, qui se tenait à part, comme un étranger, au milieu des souillures de ce monde.
La Sunamite connaissait les affections d’Élisée, parce qu’elle lui ressemblait. Un même esprit était en ces deux enfants d’Abraham. Elle comprenait les pensées et les habitudes de celui qui marchait comme un voyageur ici-bas, précisément parce que les mêmes pensées l’occupaient aussi elle-même. Et c’est là le seul moyen efficace et selon le Seigneur de connaître soit les enfants de Dieu, soit Dieu lui-même, c’est-à-dire par l’unité de pensées et d’esprit avec eux.
Elle habitait au milieu de son peuple et ne se souciait nullement de parler ni au roi, ni au chef de l’armée. Précisément comme Élisée, qui, quoiqu’il eût l’oreille du roi et du chef de l’armée (lui qui devait plus tard approvisionner leurs troupes au jour de la bataille), n’en voulait pas moins être un étranger et un voyageur dans le pays, et loger dans une petite chambre, où il n’y avait qu’un lit, une table, un siège et un chandelier.
Telles sont les sympathies, telles sont les communions d’esprit qui existent entre les enfants de Dieu. Cette pieuse femme pouvait recevoir un prophète en qualité de prophète, selon les goûts d’un prophète. Et le grand prophète de ce temps-là, le témoin de Dieu dans le pays, le vase contenant la plus grande mesure des trésors de Dieu qui fût alors sur la terre, répandant, au nom du Seigneur, la bénédiction partout où il était porté dans la puissance de l’Esprit, est d’un même sentiment avec cette fille d’Abraham, vivant inconnue sur les confins éloignés d’Issachar. Il est précieux de signaler les traces d’un seul et même Esprit, vivifiant ainsi tous les membres élus de la même famille.
Et nous avons, non pas seulement une fille d’Abraham, mais quelque chose de la maison d’Abraham et de la foi d’Abraham, dans cette demeure intéressante et honorée de la présence de l’homme de Dieu. Cette femme n’avait point d’enfant, et son mari était vieux. Mais, de même que l’Éternel avait dit jadis à Abraham : «Je reviendrai certainement vers toi quand son terme sera là, et voici, Sara, ta femme, aura un fils» — de même le prophète du Seigneur dit à cette Sunamite : «À cette même époque, quand ton terme sera là, tu embrasseras un fils». Et la promesse fut accomplie aussi bien ici pour cette femme qu’autrefois pour Sara. La puissance vivifiante de Dieu entra dans cette maison et, selon ce qui lui avait été dit, et à l’époque indiquée, elle embrassait un fils.
Mais cette maison bénie doit être témoin d’une autre, d’une plus grande manifestation de la puissante grâce du Seigneur : la Sunamite doit apprendre, par le moyen d’Élisée, à connaître la résurrection, aussi bien que la puissance qui donne la vie ; précisément comme, dans la maison d’Abraham, l’Éternel lui-même enseigna les mêmes vérités au père des croyants. Isaac, d’abord vivifié dans le sein de Sara par la puissance de Dieu, fut ensuite rendu à Abraham comme par la résurrection. De même ici. La sentence de mort passe sur la tête de cet enfant de la promesse, mais la même puissance de Dieu, par le moyen d’Élisée, le ressuscite de la mort.
C’est donc encore la maison d’Abraham ; et une femme ignorée d’Issachar est ainsi signalée, ainsi honorée et privilégiée par le Seigneur Dieu de son peuple. Cela fait de cette humble demeure de la Sunamite un type de ce glorieux mystère, auquel nous sommes tous intéressés, un type de toute âme qui a fait l’expérience de la puissance de Dieu, — puissance de vivification et de résurrection, qui appelle ceux qui étaient morts dans leurs fautes et dans leurs péchés, à vivre de la vie du Fils de Dieu.
La foi se met en possession de tous ces privilèges, — la foi qui saisit la mort en nous-mêmes, mais la vie en Jésus. Plus elle est simple, plus nous sommes heureux ; moins elle élève de difficultés et de raisonnements, plus elle est selon la pensée de Dieu. Telle était la foi de la Sunamite qui, d’abord, comme nous l’avons vu, reconnut bientôt en Élisée un saint homme de Dieu ; qui maintenant comprend et reconnaît sans effort que tout va bien, ou doit être bien, alors même que la mort est entrée dans sa maison ; qui bientôt surmontera tous les obstacles pour s’attacher au prophète de Dieu, à l’instrument de Dieu et à lui seul. C’était là une admirable simplicité de confiance. Et, pendant toute l’épreuve de sa foi, à laquelle elle fut exposée comme son père Abraham l’avait été en son temps, je remarque en elle le même calme, la même certitude, la même tranquillité d’âme. Quand le patriarche eut reçu l’ordre de prendre son fils et d’aller l’offrir en holocauste à Dieu, il sortit pour aller au devant de l’épreuve, sans faire paraître le moindre trouble intérieur. L’âne est préparé, les deux serviteurs sont choisis pour accompagner leur maître ; le bois, le feu, le couteau, tout est prêt. La foi comptait sur la résurrection. Abraham était assuré que Dieu, qui jadis avait donné la vie à Isaac dans le sein de Sara, était puissant pour ressusciter le même Isaac du sein de la mort ; aussi Abraham était tranquille et sans inquiétude. De même, lorsque la délivrance lui fut soudain accordée, lorsque la voix lui annonça des cieux la victime qui devait être offerte à la place d’Isaac, Abraham n’en est pas non plus surpris. Il ne s’étonne pas plus qu’il ne doute ; il ne demande pas si la chose est bien réellement ainsi ; mais il délie son fils avec le même calme, avec la même assurance qu’il l’avait lié. N’y a-t-il pas, dans cette tranquillité d’âme, quelque chose de profondément caractéristique ? C’est la foi anticipant la résurrection. Et c’est tout à fait dans le même esprit que la fille d’Abraham dont nous parlons marche dans le sentier de la même foi. La mort était dans sa maison, mais elle connaissait quelqu’un qui vivifiait les morts. Ici aussi l’âne et le serviteur sont bientôt prêts, et les mots «Tout va bien», sont le langage de la foi et d’une sûre et certaine espérance de la résurrection des morts. Et, à la fin, la vie rendue à son enfant ne produit pas non plus en elle un grand étonnement. Elle fut une de ces saintes femmes qui, par la foi, recouvrèrent leurs morts par la résurrection (Héb. 11:35). Par la foi elle peut délier son fils avec la même paix qu’elle eût pu le lier. Elle se jette aux pieds du prophète et se prosterne en terre, afin de reconnaître, avec gratitude et humiliation, la précieuse grâce qui vient de lui être faite ; mais, quant à son fils, elle le prend et l’emmène sans étonnement. Il n’y avait là rien qui la surprît. Elle ne s’arrête pas à examiner son enfant pour s’assurer qu’il est bien réellement revenu à la vie. La foi avait compté sur un pareil moment ; déjà par avance elle avait reçu ce fils comme par une résurrection, et maintenant elle n’a rien d’autre à faire, sinon de savoir et de savourer que son bien-aimé est de nouveau réchauffé et plein de vie dans son sein.
Et tout cela est un modèle de la foi d’un pécheur. Quoi ! tiendrions-nous pour une chose incroyable que Dieu ressuscite les morts ? «Y a-t-il quelque chose qui soit trop difficile pour l’Éternel ?» doit dire la foi. Quant à Dieu tout est possible. Et, lorsque nous passons d’un état de mort dans nos fautes et nos péchés à la vie et à la liberté, quand nous sommes délivrés de l’esprit de servitude et de crainte, ainsi que du joug d’une conscience coupable, tout cela peut et doit s’effectuer sans étonnement, sans soupçons inquiets de notre part, parce que c’est le Seigneur qui l’a fait. «Autrefois j’étais aveugle, mais maintenant je vois», telle doit être la calme, l’heureuse et reconnaissante assurance du pécheur, de qui s’est approché le Fils de Dieu avec la salutaire efficace de son sang.
Mais il y a plus encore dans la foi de l’âme bénie qui nous occupe. Cette foi est éprouvée de deux manières, précisément comme l’avait été précédemment celle d’Élisée. Les fils des prophètes d’une part, la parole d’Élie d’une autre, avaient mis la foi d’Élisée à une rude épreuve ; mais elle avait triomphé de tout et, surmontant ce double assaut, il avait suivi son maître jusqu’au moment où le char d’Israël le lui ravit. Eh bien ! il se passe ici quelque chose de tout semblable.
D’abord les pensées du mari de la Sunamite, puis la manière d’agir d’Élisée contribuent successivement à éprouver la fermeté de son âme. «Pourquoi vas-tu vers lui aujourd’hui ?» lui dit son mari. «Ce n’est ni nouvelle lune ni sabbat». Puis Élisée essaie de la satisfaire : il envoie à la hâte son serviteur Guéhazi, auquel il donne son bâton, en lui disant de le mettre sur le visage de l’enfant. Mais la foi de la pauvre mère sort aussi triomphante de ces deux épreuves. Elle se fortifie par les obstacles mêmes qu’elle rencontre et produit la même décision, la même ferveur, que nous avons précédemment admirées en Élisée : l’un et l’autre disent également : «L’Éternel est vivant, et ton âme est vivante, que je ne te laisserai point» (2:2 ; 4:30).
Le grand ennemi, le tentateur, le serpent ancien, propose souvent aux âmes quelques moyens inférieurs, — quelque serviteur avec son bâton. Mais la foi les repousse toujours. C’est grâce aux ruses de l’ennemi et à l’adresse avec laquelle il sait obscurcir les conseils de Dieu, que la confiance en des ordonnances extérieures occupait tant de place dans les coeurs des fidèles de Galatie ; mais Paul s’attachait à la croix et chassait impitoyablement la servante de la maison. Et le Seigneur lui-même, lorsqu’Il juge à propos d’éprouver une âme, peut, comme le prophète dans notre chapitre, lui faire quelque proposition analogue. Ainsi Jésus dit au jeune homme qui l’interrogeait : «Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements». La foi eût répondu : «Seigneur, tu as les paroles de la vie». Tandis que le jeune homme veut essayer le remède qui lui était proposé, prendre ainsi le serviteur et le bâton et aller son chemin, par la foi cette chère femme d’Issachar ne veut s’attacher qu’à Jésus uniquement.
Il y a une vraie bénédiction à considérer la grandeur de l’oeuvre du Saint Esprit dans cette âme fidèle. Elle connaissait déjà Élisée comme celui qui avait vivifié son corps amorti. Elle avait ainsi appris ce qu’il était, ou plutôt ce qu’était la puissance de Dieu agissant par lui, — c’est pourquoi maintenant, en dépit de tous les obstacles par lesquels sa foi est exercée, c’est à lui seul, c’est à cette puissance seule qu’elle s’attend et s’attache. Il en est de même du pécheur en rapport avec Jésus. Le pécheur qui croit a appris à connaître la puissance vivifiante du Fils de Dieu. Il a compris le mystère de la mort et de la résurrection. Il a été au Calvaire et au sépulcre vide du Sauveur. Là il a vu des choses dont l’intelligence tend à purifier pleinement sa conscience devant Dieu. Aucune ordonnance, comme on dit, ne peut remplacer ces choses dans l’âme du croyant. L’un peut s’en tenir aux nouvelles lunes et aux sabbats ; un autre, s’appuyer sur le bâton du prophète entre les mains d’un délégué ; mais la foi d’un pécheur enseigné de Dieu retient fermement et uniquement l’efficace précieuse, immuable et impérissable de Celui qui a été mort et qui a repris la vie ; car c’est de Lui et de Lui seul qu’il a appris ce que la Sunamite avait appris d’Élisée, savoir de quelle manière on peut recevoir de Dieu et savourer en Dieu la puissance de la vie, de la rédemption et du salut.
Elle est donc, à la fois, agréable et fertile en instructions, cette demeure où les pieds du prophète s’arrêtèrent souvent : que là aussi nos pensées, fréquemment fatiguées de nous-mêmes et du monde, aillent souvent puiser du rafraîchissement en Dieu !
Les incidents de la vie de notre prophète sont comme autant de rayonnements de gloire, perçant le nuage de sa pauvreté apparente et de son néant dans l’estime du monde. Ce fut là aussi l’un des caractères de la vie du Fils de Dieu sur la terre.
Nous avons ici une de ces glorieuses manifestations, préfigurant les voies de Celui dont Élisée était un type.
«La mort était dans la marmite» ; c’était la mort, là où la vie devait se trouver ; la mort envahissant la place qui devait fournir les moyens de soutenir et de restaurer la vie. Mais le prophète a un remède contre la mort, comme il en avait un contre la malédiction à Jéricho. Nous connaissons Celui qui est plus grand qu’Élisée, Celui auquel nous chantons :
Gloire à L’Agneau ! Louange au Rédempteur !
En Lui la mort a trouvé son vainqueur.
Ici notre prophète, ombre de Jésus, a de la farine pour jeter dans la marmite, comme auparavant il avait du sel pour jeter dans les eaux, et celle-là est assainie comme l’avaient été celles-ci. Moïse nous présente un type analogue, à Mara, où Dieu lui indique le bois qui doit rendre douces les eaux amères. Ainsi le Fils de Dieu s’est jeté lui-même dans le fleuve de la mort et en a arrêté le cours. Il est venu avec sa croix qui guérit, et Il a rendu «impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort». «Par ses meurtrissures nous sommes guéris». La découverte de la mort qui est entrée fait pousser un cri, mais le Fils de Dieu a répondu à ce cri. Naturellement nous nous nourrissons des mets empoisonnés que notre propre volonté a recueillis, mais Jésus change ce repas en festin ; il nous donne un véritable aliment et un véritable breuvage, dont nous vivons même dans le temps de la disette.
La mort et la malédiction sont entièrement soumises à Celui qui s’est jeté lui-même, en notre faveur, au milieu de la scène et des oeuvres de mort du présent siècle. «Je tiens les clefs de la mort et du hadès», dit-Il ; et son bras puissant délivrera la création de la malédiction qui pèse sur elle et précipitera la mort elle-même dans l’étang de feu.
Et si quelqu’un demandait avec un triste étonnement : «Mais d’où vient donc que l’homme s’occupe toujours à recueillir des fruits sauvages dans lesquels est la mort ? D’où vient qu’il ne s’asseye plus à la table, telle qu’elle avait d’abord été dressée pour lui ?» — le petit incident dont nous nous occupons nous donne, en miniature, un tableau de tout ce grand mystère. Qu’a fait Adam ? Qu’a fait Jésus Christ ? Le fait que nous étudions nous donne la réponse. Le prophète préparait un banquet. Au milieu de la disette qui régnait, il avait des provisions ; c’était un potage qu’il allait offrir à ses hôtes et qui cuisait dans la grande marmite. Mais quelqu’un se trouvait là (peu importe qui, pourvu que ce ne soit ni le prophète ni son serviteur) qui, croyant rendre le repas meilleur, se permit d’y jeter, de son chef, des coloquintes sauvages qu’il avait cueillies. Ces coloquintes introduisirent la mort dans la marmite du prophète. Et n’est-ce pas là aussi précisément ce que fit Adam ? L’Éternel, le Créateur, lui avait dressé en Eden un festin abondant et somptueux ; mais Adam crut pouvoir l’améliorer. Il cueillit des fruits sauvages, quelque chose que le Seigneur n’avait pas ordonné pour la table de l’homme, quelque chose de plus que ce que Dieu lui avait donné ; mais ainsi il gâta tout le banquet et amena la mort dans la marmite ; la mort sur cette table que Dieu avait chargée des mets les plus délicieux, des aliments les plus abondants de la vie !
Cependant le prophète a un remède et il assainit la marmite ; puis ses hôtes reprennent leur place au repas avec un nouvel appétit, pour savourer d’autant mieux le potage restaurant. C’est maintenant une table rendue saine, et non plus seulement une table dressée. Ils peuvent admirer et aimer l’homme dont la puissance et la grâce, qui ne fait point de reproches, leur rendent une bonne nourriture, des biens que, dans leur orgueil insensé, ils avaient cru pouvoir améliorer et qu’ils avaient complètement perdus, détruits et souillés.
N’est-ce pas là Jésus, d’un côté, et nous-mêmes, de l’autre, je vous le demande ? Ne sommes-nous pas assis à une table assainie ? «Les feuilles de l’arbre sont pour la guérison des nations». Nous sommes bien plus heureux à notre table que nous n’eussions jamais pu l’être sous les délicieux ombrages d’Eden. Nous sommes assis au banquet du Rédempteur avec de nouvelles affections. Nous admirons la vertu guérissante aussi bien que la vertu créatrice de sa puissance, et nous nous sentons pénétrés d’amour et de louanges à la pensée de la grâce, pleine de miséricorde et de libéralité, qui a ainsi réparé le mal.
Dans le court épisode qui précède, nous avons vu, en notre prophète, une glorieuse exhibition de la puissance du Fils de Dieu en face de la puissance de la mort. C’était, en quelque sorte, l’homme plus fort entrant dans la maison de l’homme fort, afin de piller son bien ; — c’était la puissance de la vie se jetant dans la demeure de la mort, pour chasser, dépouiller et détruire la mort.
Nous avons maintenant un nouveau fait, exprimant aussi à sa manière la puissance du même Seigneur de gloire. La disette était toujours aussi grande en Israël (v. 38). Mais avec vingt pains d’orge et quelques épis de blé, le prophète nourrit une centaine d’hommes, au grand étonnement de son serviteur ; de même que plus tard Jésus nourrit cinq mille personnes avec cinq pains d’orge et deux petits poissons, au grand étonnement de ses disciples ; et, après l’un et l’autre de ces repas merveilleux, il y eut des morceaux de reste, afin que nous apprissions à connaître les richesses de la maison de notre Père, où il y a «du pain en abondance» (Luc 15:17). Nous nous approchons d’un Sauveur dont les trésors de grâce sont insondables et dont le coeur déborde toujours d’amour. Nous ne sommes à l’étroit ni en Lui ni en ses ressources. Son amour est aussi grand que son pouvoir ; il ne connaît ni limites ni fin.
Il y a pourtant une différence, non seulement dans la dimension de ces deux miracles, si je puis m’exprimer ainsi, mais encore dans la manière dont ils sont racontés et dans la portée de chacun d’eux. Élisée nourrit le peuple «selon la parole de l’Éternel» ; Jésus, par sa propre parole. Élisée dit : «Ainsi dit l’Éternel : On mangera, et il y en aura de reste» ; mais Jésus dit : «Faites-les asseoir». Ainsi les gloires sont diverses. Jésus était «la Parole» selon laquelle Élisée nourrissait le peuple. Élisée était porteur du nom du Seigneur, mais Jésus était lui-même le Seigneur, qui portait avec Lui et qui exerçait les droits et l’autorité de son grand Nom.
Les gloires qui illuminent le sentier de notre prophète sont significatives autant que variées. Chaque scène nouvelle nous dévoile quelque nouveau, quelque important mystère de notre Dieu.
L’histoire que renferme le chapitre 5 nous présente, en particulier, toutes les grandes vérités du mystère de la grâce de Dieu, d’une manière aussi frappante que simple. C’est donc comme une parabole des plus instructives pour nous.
Naaman nous met devant les yeux l’homme dans son meilleur état. Naaman doit avoir été un objet d’envie pour le monde ; c’était le grand homme du jour, le favori de la fortune, comme on dit. Il était environné de l’estime et de la considération générales, fort honoré de son roi et de toute la nation. L’Éternel lui avait libéralement départi beaucoup de talents, tout comme il avait fait prospérer ses entreprises — et l’avait ainsi signalé à l’attention et aux hommages de tous. Mais «cet homme fort et vaillant était lépreux». C’était là une tache qui ternissait toute sa gloire, tache qui ne pouvait être enlevée que par la main de Dieu. Le monde a beau le combler de ses flatteries ; il est un témoin qui ne cesse de lui déclarer qu’en lui tout n’est pas bien, tout n’est pas à envier, tant s’en faut.
Et voilà, au fond, ce qu’est l’homme. Qu’il soit favorisé, autant qu’il est possible, par les circonstances ; qu’il possède au plus haut degré tout ce qui charme, tout ce qui attire le monde, il n’en a pas moins toujours un témoin contre lui. «Le coeur connaît sa propre amertume» (Prov. 14:10).
Dans la petite fille captive, que nous rencontrons ensuite, nous avons précisément le contraire de Naaman. Toutes les circonstances lui étaient défavorables. Elle avait été violemment arrachée à ses amis, à sa famille ; elle était esclave dans une maison, dans une terre étrangère : mais elle possédait un secret, qui était précisément l’opposé du secret de Naaman. Elle avait le témoignage de Dieu pour elle, comme le général syrien avait le témoignage de Dieu contre lui. Elle connaissait le moyen de guérison, tandis que lui ressentait la maladie. Il y avait donc une grande différence entre les deux ; oui, toute la différence possible, si l’on regarde à Dieu. Avoir Dieu pour nous et non contre nous, c’est assurément la grande affaire, la plus importante de toutes. C’était bien le cas ici. Et il en est, pour tout vrai Israélite, comme pour notre petite fille esclave. Tous ceux qui connaissent le même secret, c’est-à-dire la guérison qui vient de Dieu, peuvent dire : «Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?»
Ce sont là de précieuses leçons que cette histoire nous fournit. Mais il y en a d’autres. Le roi de Syrie apparaît ensuite, représentant l’homme dans l’orgueil de ses pensées et de la haute opinion qu’il a de ses forces, même en matière de religion. Il est convaincu que la guérison divine de son général favori ne peut être effectuée qu’autant qu’il s’en mêlera lui-même. Qui a plus de pouvoir que lui ? qui peut faire quelque chose sans lui ? tel est le langage de son coeur. Aussi il prépare son argent, son or, ses vêtements somptueux, et il écrit de sa propre main une lettre sur ce sujet au roi d’Israël. Un roi s’adresse à un autre roi. À ses yeux, il ne faut rien de moins qu’un semblable patronage pour pouvoir espérer quelque succès, quelque bénédiction.
Voilà bien la religion du monde, les pensées de l’homme touchant les voies de Dieu. Mais de tout ce que fait ici le roi de Syrie, il n’y a rien, absolument rien, qui ne soit peine perdue. Sa protection personnelle, ses dons, l’appui d’un roi, son confrère, qu’il cherche à procurer à Naaman, tout cela n’est que de la vanité religieuse. Le roi d’Israël, qui avait l’avantage d’être établi sur un peuple honoré de la révélation de Dieu, en sait assez pour refuser de jouer un rôle dans les pensées orgueilleuses et dans le plan vaniteux du roi de Syrie.
Il y a quelqu’un plus grand que le roi, quoique le Syrien ne le connaisse pas du tout ; il est tout simple que le nom d’Élisée n’eût point attiré l’attention de ce grand homme de la terre. Et pourtant Élisée qui, à son tour, est aussi introduit sur la scène, est la seule espérance de Naaman aux jours de sa lèpre ; Élisée qui, assuré que la puissance de Dieu est avec lui, ne fait ni bruit ni difficulté, comme le roi d’Israël avait fait. Il n’a pas, comme le Fils l’eut plus tard, l’autorité de sa propre parole pour nettoyer de cette souillure, mais il a la connaissance du remède ordonné de Dieu, et il peut, avec autorité, le prescrire au lépreux.
Arrêtons-nous ici pour signaler encore la supériorité de Jésus. Quand un lépreux vient à Lui, Jésus ne lui répond pas comme le roi : «Suis-je Dieu... pour délivrer un homme de sa lèpre ?» — ni comme le prophète : «Va, et lave-toi sept fois dans le Jourdain,... et tu seras pur». Non, mais Il se révèle comme Celui qui n’estime point usurpation d’être égal à Dieu, comme Celui qui a la puissance même de Dieu : «Je veux, sois net». Élisée n’était qu’un prédicateur de Jésus à Naaman. Jésus était Dieu guérissant, purifiant le lépreux ; de même que Jean, le plus grand de ceux qui sont nés de femme, n’est que l’ami de l’Époux, Jésus seul étant l’Époux.
Nous avons ensuite dans cette histoire un autre objet du plus profond intérêt pour nous, je veux parler du pauvre lépreux, convaincu de son état de maladie, et trouvant sa purification. Au premier moment la nature se montre en lui dans toute sa, force ; il repousse avec colère le remède que la grâce lui offrait, — remède des plus simples, mais aussi des plus humiliants ; si simple qu’il n’y avait pas le moindre risque de se tromper en l’essayant, ni la moindre difficulté à l’appliquer, à l’exception des difficultés que l’orgueil de l’homme et ses idées préconçues, ses préventions et ses préjugés pouvaient lui opposer et lui opposaient en effet. C’est sur ce terrain que la lutte s’engage.
Mais la grâce peut plaider avec un coeur lent à croire et résistant, aussi bien qu’elle peut procurer les moyens de guérir un corps couvert de lèpre. La grâce tient à sa disposition, pour les pécheurs, un ministère, aussi bien qu’une source ouverte. Et ce ministère, comme le remède, est simple, sans art, et par conséquent bien approprié à son but. Les serviteurs de Naaman combattent, avec la plus grande simplicité, les résistances de la nature chez leur maître ; et leur parole, ou leur ministère, sont bénis : la source offerte au lépreux est expérimentée, l’efficace en est démontrée, et la chair qui était souillée devient semblable à celle d’un petit enfant. C’est plus qu’un rétablissement, c’est une résurrection. Le Syrien reçoit, dans les eaux du Jourdain, un véritable baptême. Il meurt et reprend une vie nouvelle : il est enseveli et il ressuscite ; il en sort non seulement comme un malade guéri, mais comme une nouvelle créature.
Et quels sont les fruits de cet état nouveau dans lequel il se trouve ? En continuant à suivre les détails de cette histoire, nous y découvrirons de nouveaux développements des grands principes des voies de Dieu.
1. Naaman se présente devant l’homme de Dieu avec toute sa suite. Ce n’est plus maintenant l’orgueilleux général, mais l’humble Naaman. Fruit admirable du nouvel homme qu’il a reçu ! il est humilié parce qu’il a été lavé.
2. Il fait une belle confession du nom du seul Dieu. Il le reconnaît pour son Dieu : il a appris à le connaître au moyen de la santé et du salut qu’il en a reçus. Et c’est toujours la voie par laquelle la nouvelle créature arrive à la connaissance de Dieu, le seul moyen par lequel Dieu puisse être connu dans ce monde.
3. Il presse le prophète d’accepter ses présents, de prendre tout ce qu’il avait, — non plus maintenant, selon les pensées du roi son maître, pour acheter la guérison, mais à cause de la guérison obtenue. Il a été pardonné, c’est pourquoi il aime.
4. Il ne veut plus désormais adorer que Dieu — et dans ce but il demande de la terre pour Lui élever un autel. Il faut que Dieu soit son Dieu, même au milieu de l’infidèle Syrie, où il va retourner. C’est Lui et Lui seul qu’il veut adorer. Pour cela un peu de terre, «la charge de deux mulets», lui était nécessaire, afin qu’il pût élever, pour ainsi dire, un autre Hed au-delà du Jourdain (voir Jos. 22:34). C’était pour rendre témoignage, dans ce pays éloigné de la Syrie, qu’un citoyen de ce pays, comme plus tard l’eunuque éthiopien, avait trouvé un lot avec Israël, et était venu, comme Ruth la Moabite, se retirer sous les ailes du Dieu de Jacob.
Enfin nous voyons en lui une conscience renouvelée, active, sensible au moindre fait qui, même en apparence, l’éloignerait de Dieu qui l’a béni. Il craint l’apparence du mal. Il désire qu’il soit bien entendu que, s’il doit encore accompagner son maître dans la maison de Rimmon, on ne puisse nullement en conclure qu’il reste en lui la moindre affection pour la religion de la Syrie et pour le culte de cette maison de Rimmon. Ces choses vieilles sont passées ; par la grâce de Dieu, il les a abandonnées et abandonnées pour toujours ; et maintenant, au seuil de la nouvelle création qu’il a reçue, il voudrait faire une protestation publique contre tout ce qui pourrait seulement paraître contraire aux fruits de cette création.
Aussi ce récit, qui occupe une place importante dans le ministère de notre prophète, et qui, de tous ses travaux, est la seule scène rappelée plus tard par son divin Maître (Luc 4:27), ce récit est d’une grande valeur pour nous, parce qu’il met sous nos yeux, de la manière la plus claire et la plus complète, les voies de la grâce de Dieu envers chacun de nous. Soyons, en toute simplicité de coeur, persuadés que tout ce qui a été écrit l’a été pour notre instruction ; — que dès le commencement notre Dieu a permis qu’il arrivât à d’autres telles ou telles circonstances, propres à nous instruire, à nous consoler, à nous fortifier.
Mais il est, dans notre drame, un autre point, digne d’être relevé. Au v. 26, les reproches que le prophète adresse à Guéhazi ne portent pas sur le mensonge que celui-ci a fait à Naaman, mais sur une tout autre espèce de mal qui se trouvait dans sa conduite. Il y a, me semble-t-il, une grande force et une grande beauté en ces paroles : «Est-ce le temps de prendre de l’argent, et de prendre des vêtements, et des oliviers, et des vignes, et du menu et du gros bétail, et des serviteurs et des servantes ?»
C’était là, dans le péché de Guéhazi, un caractère qu’il appartenait à l’Esprit de signaler ; quant au mensonge, tout homme moral pouvait le reconnaître et l’apprécier.
Le capitaine gentil venait d’apprendre ce qu’était la grâce du Dieu d’Israël. Le prophète avait dédaigné et formellement refusé les talents d’argent, les pièces d’or et les robes de rechange que le roi de Syrie avait envoyés en Israël. Naaman remportait avec lui ces richesses, tout jusqu’à «un fil et une courroie de sandale». Il était venu aux eaux sans argent et sans aucun prix, et il était à la fois un monument et un témoin de cette vérité, que le don de Dieu ne s’acquiert pas avec de l’argent.
C’était donc un fait des plus graves que celui qui tendait à démentir tout ce beau témoignage. Le prophète pouvait à bon droit demander si c’était là le temps de prendre l’argent du Syrien. Pouvait-il rien y avoir de plus affligeant pour l’Esprit ? Le mensonge, il est vrai, était abominable. Guéhazi avait horriblement menti, d’abord à Naaman, ensuite à Élisée ; tout cela était affreux. Mais que dire de ce triste contre-témoignage, obscurcissant l’éclat de la grâce de Dieu, et donnant une occasion à ceux qui chercheraient à la blasphémer ?
Telle était l’offense signalée par l’Esprit et condamnée par le prophète. Guéhazi avait trafiqué de la riche et libre grâce du Dieu d’Israël, l’exposant à l’opprobre et aux injures du monde. Tout au moins avait-il fait tout ce qu’il avait pu pour cela. Son argent devait donc périr avec lui. Il faut qu’il soit chassé hors du camp ; car celui qui a pu falsifier ainsi le témoignage du Dieu d’Israël est indigne de faire partie de l’Israël de Dieu.
La parabole du serviteur sans compassion pour son compagnon de service (Matth. 18) nous prêche les mêmes vérités. Ici aussi la grâce de l’Evangile est offensée, et l’homme qui l’expose à l’opprobre est jeté dehors comme le lépreux Guéhazi. En revanche, nous voyons l’apôtre Paul montrer une grande sollicitude et déployer une constante énergie pour refléter et manifester continuellement cette grâce dans toutes ses voies. Voyez en particulier ce qu’il dit en Act. 20:33-35. Car le service raisonnable, ou selon la Parole, n’a d’autre terme que celui-ci : «Vous, soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait» ; — admirable déclaration, si bien paraphrasée en ces termes : «Maintenez le caractère de la famille». Guéhazi pécha en ne se montrant nullement jaloux de l’honneur, de la louange de ce caractère à la vue des nations. Ainsi il se jugea lui-même indigne d’occuper une place dans la famille.
Voilà le seul trait qui fasse ombre dans ce tableau, d’une nature d’ailleurs si aimable. Il est bien triste, en effet, de voir un homme qui, comme Guéhazi, avait joui si longtemps de la compagnie et de l’intimité d’un serviteur de Dieu tel qu’Élisée, montrer un esprit si différent de celui du prophète.
Cette partie de notre histoire nous présente pourtant, elle aussi, un côté réjouissant et encourageant, dans l’état de l’âme du Syrien guéri : quoique le moment du premier amour soit passé et qu’il soit en route pour son pays, il n’a cependant point perdu la libéralité, la promptitude à donner de ce premier moment. Dès qu’il aperçoit le serviteur du prophète courant après lui, il se jette hors de son chariot pour aller à sa rencontre et, sans soupçon, sans réserve, il met ses trésors aux pieds du serviteur, comme, dans le premier instant, il avait voulu les mettre aux pieds du maître. Oh ! que dans notre voyage à travers le désert la puissance du premier amour continue de même à animer nos coeurs et à se manifester dans nos oeuvres !
Nous passons maintenant à une scène d’intérieur toute familière, mais toujours en harmonie avec les autres voies merveilleuses d’Élisée et propre à rappeler à nos esprits les actes du Seigneur lui-même. Car, que ce soit Pierre ou que ce soit un morceau de fer qui se tienne au-dessus de la surface des eaux, les deux cas sont également contraires à la nature. Il n’y a non plus aucun rapport naturel entre la cause et l’effet, entre un morceau de bois jeté dans l’eau et le fer nageant par dessus ; tout comme il n’y en avait aucun plus tard entre la boue mise sur les yeux d’un aveugle et le recouvrement de la vue : ce n’est ni l’habileté de l’ouvrier, ni la convenance du moyen qu’il faut considérer, mais l’excellence de la puissance de Dieu.
Quelle simplicité, quel naturel dans la conduite de notre prophète en cette occasion ! Il se joint, pour un moment, à une compagnie de fils des prophètes, occupés aux plus simples travaux domestiques. De même le grand apôtre des Gentils va ramasser des branches sèches à Malte, pour aider à faire du feu ; et le Seigneur des prophètes et des apôtres, même après sa résurrection d’entre les morts, prépare le dîner pour ses disciples sur le bord de la mer. Et pourtant quel auguste pouvoir était, pendant tout ce temps, entre leurs mains ! L’apôtre secoue un animal venimeux dans le feu qu’il venait d’allumer, et le prophète fait nager au-dessus de l’eau le fer de la cognée. Aimable, vraiment divine condescendance de la puissance véritable !
Mais je trouve ici une autre leçon.
D’autres l’ont déjà remarqué : à proprement parler, pour Dieu il n’y a rien de grand ou de petit. Cela serait contraire à sa nature. Mais qui sommes-nous pour déduire la nature de Dieu des conséquences ou des vérités ? En effet, c’est uniquement par sa révélation que nous osons dire que nous connaissons sa nature. Eh bien ! cette révélation nous conduit aussi, en quelque manière, à reconnaître la vérité de cette pensée : que pour Dieu il n’est rien de grand ou de petit.
Nous trouvons des indices de cette vérité dans toutes les voies de Dieu.
Lors de la création, il est évident que l’aile d’un insecte était formée avec le même soin que les cieux ou la terre. Sous ce rapport, les grandes choses et les petites étaient égales devant le Créateur.
Lorsqu’il s’agit d’établir le peuple d’Israël en Canaan, l’ordre de mettre des défenses ou des barrières autour du toit des maisons, de peur que quelqu’un ne tombât de là et que la maison ne fût coupable de sang, cet ordre est l’objet d’un oracle de Dieu, tout aussi clair et aussi positif que ce qui concernait le service du sanctuaire ou les portions de territoire assignées aux diverses tribus.
Jésus, dans son ministère, prenait les petits enfants entre ses bras, du même esprit dont Il prenait avec Lui sur la montagne de la gloire ses disciples les plus honorés. C’était toujours la même nature.
Ainsi encore, lorsque, plus tard, il est question de paître et de diriger les assemblées, les détails les plus circonstanciés, relatifs aux devoirs réciproques des maris et des femmes, des pères et des enfants, des maîtres et des serviteurs, des vieillards et des jeunes gens, sont soigneusement donnés par le même Esprit qui, dans le même temps, révélait des mystères cachés depuis la création du monde. Il exhorte un disciple à user d’un peu de vin à cause de son estomac, de même qu’il développe ailleurs les richesses de l’héritage du Père de gloire dans les saints.
La grâce du Saint Esprit, dans cette sollicitude qu’il met également aux grandes et aux petites choses, a particulièrement touché mon coeur aujourd’hui. Quoique son oeuvre spéciale, son oeuvre bénie, soit de prendre de ce qui est au Père et à Christ, et de nous l’annoncer, il ne s’occupe pas moins de sujets de discipline, pour la consolation, le relèvement ou l’affermissement des plus faibles d’entre nous. Il doit lui en coûter, semble-t-il, lorsque nous envisageons la chose et que nous en parlons selon l’homme. «Laisserais-je ma douceur et mon bon fruit, et irais-je m’agiter pour les arbres ?» (Juges 9:11).
La joie du Saint Esprit est d’agir avec Jésus. Mais, dans sa grâce, il condescend à s’intéresser à tous les besoins possibles des saints.
Voilà donc ce que nous retrouvons partout : Que l’action de Dieu s’applique à la création, à la providence ou à la rédemption — qu’elle concerne Israël ou l’Église, — que, selon les économies, ce soit le Père, le Fils ou le Saint Esprit qui agisse, — toujours nous voyons le grand et le petit être également l’objet des soins de Dieu — les grandes et les petites choses placées devant Lui sur le même pied.
C’est là ce que l’on peut observer encore dans des actes plus privés de notre Dieu. Par le moyen de son prophète, comme nous le voyons dans le passage qui nous occupe, il fait remonter de l’eau le fer d’une cognée, parce que la pensée qu’elle était empruntée était particulièrement angoissante pour celui des fils des prophètes qui l’avait perdue. De même le Seigneur exhorte ses disciples à prier «que leur fuite n’ait pas lieu en hiver» (Matt. 24:20) ; simplement sans doute parce qu’une fuite dans cette saison serait plus pénible et plus difficile ; il montre ainsi sa sollicitude au sujet des besoins les plus ordinaires de ses saints, aussi bien qu’au sujet de leurs troubles et de leurs anxiétés spirituelles. C’est, je le répète, ce que nous met sous les yeux la petite scène dont nous venons de parler.
Et ce n’est pas là seulement la condescendance de la puissance, quoique cela soit déjà bien beau dans ce cas, mais la grâce de la bienveillance. C’est parce que ces petites choses intéressent notre bien-être actuel qu’elles sont l’objet des soins de notre Dieu. Et nous aussi, selon notre mesure, soyons les imitateurs de Dieu à cet égard. Il est bien possible que l’homme spirituel ne trouve aucun plaisir à quitter la douceur et le bon fruit de la doctrine du Père et de Christ, pour s’occuper de matières relatives à la discipline des saints, pour mettre le pied sur des ronces et des épines pareilles ; néanmoins le modèle de la bienveillance de Dieu qui sait se répartir sur les choses grandes ou petites, pourvu qu’elles concernent les autres, nous fait souvent un devoir de ces occupations. «Soyez imitateurs de Dieu», est-il écrit, «comme de bien-aimés enfants» (Éph. 5:1). «Si quelqu’un veut te contraindre de faire un mille, vas-en deux avec lui» (Matt. 5:41).
Nous avons déjà fait remarquer que le témoignage contre le mal, et la souffrance comme conséquence de ce témoignage, caractérisent l’histoire d’Élie ; tandis que la puissance, et la grâce dans l’usage de cette puissance, signalent plutôt les voies d’Élisée. Et, à l’appui de cette remarque, nous rencontrons beaucoup d’exemples, où la puissance, combinée avec la grâce en Jésus, se trouve reflétée dans les voies d’Élisée.
La scène que nous avons maintenant sous les yeux nous rappelle vivement un trait de la vie de notre Seigneur dans la chair. Il eût pu, s’Il l’eût voulu, disposer de plus de douze légions d’anges qui étaient à ses ordres, et ici la montagne est pleine de chevaux et de chars de feu au service de notre prophète. La simplicité de sa foi est fort remarquable. Il n’avait pas besoin de prier pour lui-même : il avait déjà vu les «chars d’Israël et sa cavalerie» (2:12), et il avait l’assurance qu’ils étaient, en tout temps, disposés à l’aider ; aussi, maintenant qu’il en a besoin, il est convaincu qu’ils sont près de lui.
Il ne pense donc pas même à prier pour lui-même. Tout ce qu’il désire, c’est que son serviteur soit élevé au même degré de foi que lui.
Élisée avait déjà vu, ai-je dit, ces chevaux et ces chars d’Israël. Il savait que le Dieu de Jeshurun vient à l’aide de Jeshurun, porté sur les cieux et sur les nuées (Deut. 33:26), et il aurait voulu que, en ce moment de danger, le coeur de son serviteur fût aussi pénétré que le sien propre du sentiment de cette divine sécurité. Ces chars et ces chevaux de feu qui remplissaient la montagne et qui, lors de la translation d’Élie au ciel, étaient accompagnés par un tourbillon, consistaient, je n’en doute pas, en une armée d’anges, une foule de ces créatures célestes, puissantes en force, qui se tiennent en la présence de Dieu, ou sont envoyées au loin pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut. C’est d’eux qu’il est écrit : «Dieu fait ses anges des esprits, et ses ministres une flamme de feu» (Héb. 1:7), et ailleurs : «Les chars de Dieu sont par vingt mille, par milliers redoublés» (Ps. 68:17). Au commandement de Dieu, ils sont toujours prêts à s’employer aux besoins des saints, quels qu’ils soient, ou à tous les services que le trône de Dieu peut exiger. Ils formaient un chariot de transport pour conduire Élie au ciel et pour porter Lazare dans le sein d’Abraham. Maintenant ils sont réunis comme des chars de guerre tout autour d’Élisée, assiégé dans Dothan par de grandes troupes de Syriens. Soit isolément, soit en compagnie, ils visitent les élus de la terre ; soit individuellement, soit en choeur, ils célèbrent les joies du ciel, la terre les entendant. Ils tirent l’épée pour frapper une cité coupable, ou leur main puissante, animée par l’amour, arrache le juste qui tardait, hors de la ville condamnée. Ils agissent comme des esprits ou comme du feu. Ils sont des messagers de miséricorde, et des exécuteurs de jugements, selon que le Seigneur qui est au milieu d’eux le leur commande. Ils assistaient à la publication de la loi sur le mont Sinaï, et ils planaient au-dessus des campagnes de Bethléhem lors de la naissance de Jésus. Ici ils sont comme une muraille de feu, une muraille de salut, tout autour de notre prophète.
Tout cela est bien précieux, et ce qui l’est plus encore, c’est de savoir que bientôt les gloires cachées, qui aujourd’hui ne sont dévoilées qu’à une foi semblable à celle d’Élisée, seront manifestées ; et que les menaces de l’ennemi, le bruit et le fracas des armes, qui sont actuellement les choses visibles, propres à jeter les âmes dans l’inquiétude et dans la crainte, seront bientôt passés pour nous, comme les éclats du tonnerre, après que l’orage est dissipé et que le soleil luit de nouveau plus radieux.
Mais il y a plus ici que cette calme sécurité et cette certitude de foi. Nous trouvons encore des vestiges de la puissance et de la grâce de Jésus dans ce sentier de notre prophète.
«Quand les méchants, mes adversaires et mes ennemis, se sont approchés de moi pour dévorer ma chair, ils ont bronché et sont tombés» (Ps. 27:2). Ainsi parlait David touchant Jésus. Aussi, lorsque, dans le jardin, la cohorte et les sergents vinrent pour saisir Jésus, dès que celui-ci leur eut dit : «C’est moi», ils reculèrent et tombèrent par terre (Jean 18:6). De même ici, lorsque les troupes de Syrie viennent à Dothan pour s’emparer d’Élisée, l’Éternel les frappe de cécité, au moment où ils se croyaient déjà sûrs de leur proie. Ainsi est encore reflétée en Élisée la gloire de la puissance du Seigneur. Mais encore ici les degrés de cette gloire sont bien différents : Élisée réclame la puissance de l’Éternel, Jésus est personnellement dans cette puissance, devant laquelle, dans les deux cas, l’ennemi fléchit également. «Quand donc il leur dit : C’est moi, ils reculèrent, et tombèrent par terre».
Cependant nous voyons ici la grâce aussi bien que la puissance du Fils de Dieu. Durant les jours de sa chair, le Seigneur ne brisait point le roseau froissé, et n’éteignait point le lumignon fumant. Il ne veut pas user de sa force et de son autorité, même pour exercer un juste jugement sur ses ennemis. Il ne veut ni contester, ni crier, ni faire entendre sa voix dans les rues, mais, en souffrant jusqu’à la mort, Il surmonte le mal par le bien. De même Élisée : le roseau froissé, le lumignon fumant étaient à sa merci, mais il ne veut ni briser l’un, ni éteindre l’autre. «Frapperai-je, frapperai-je, mon père ?» lui demande le roi d’Israël, lorsqu’il voit la troupe des Syriens prise dans le filet de Samarie. Mais le prophète lui répond : «Tu ne frapperas point ; ... Mets du pain et de l’eau devant eux ; et qu’ils mangent et boivent, et qu’ils s’en aillent vers leur seigneur».
Expression précieuse et bénie des pensées de Dieu envers nous ! Ainsi les voies du Seigneur en puissance et en grâce sont comme esquissées à l’avance dans les voies de ce prophète honoré de Dieu. De quel degré d’intimité avec le Seigneur, si je puis parler ainsi, ne jouissait-il pas ! Qu’il était bien dans l’affection de son Dieu, dans la confidence de ses secrets ! Que cette histoire est un beau commentaire de ces paroles : «Le Seigneur, l’Éternel, ne fera rien, qu’il ne révèle son secret à ses serviteurs les prophètes» (Amos 3:7). Élisée connaissait des montagnes de force et de délivrance qui étaient complètement invisibles a tous les autres ; il connaissait l’abondance à la porte pour le lendemain, quoique le jour même tout ne fût que famine et mort dans la ville. Et telle était l’admirable condescendance de l’amour de Dieu envers lui, de cet amour si familier à son âme, que, lorsque tout ne lui est pas révélé d’avance, il en est comme étonné (voir 4:27). Et ne peut-on pas aussi réellement dire de chacun de nous (je ne parle pas de prophètes distingués, mais des plus faibles des saints) : «Nous avons la pensée de Christ» ? Oh ! puissent nos âmes être rendues capables d’apprécier une telle bonté en Dieu, une telle dignité et une telle bénédiction en nous-mêmes !
Cette portion de l’histoire de notre prophète est tout particulièrement significative. Les voies de la grâce divine sont admirablement illustrées dans ce tableau frappant de la misère de Samarie et de sa délivrance.
Le siège de cette ville par l’armée syrienne l’avait réduite aux dernières extrémités de la famine. Une tête d’âne se vendait quatre-vingts pièces d’argent, et des mères furent poussées à se nourrir de leurs propres enfants.
Il serait difficile de se représenter une plus grande détresse. Elle apparaît ici dans toute son horreur. Elle nous rappelle celle de Légion dans les évangiles, autre tableau de ce que pourrait faire sur chacun de nous le pouvoir du grand tyran, s’il n’était pas réprimé.
Mais l’homme est ici manifesté sous d’autres aspects encore : il est montré dans son caractère naturel, aussi bien que dans sa misère et dans son état d’esclavage sous le joug de l’impitoyable destructeur. «Ainsi Dieu me fasse, et ainsi il y ajoute», dit le roi d’Israël, «si la tête d’Élisée, fils de Shaphath, demeure sur lui aujourd’hui !»
C’était l’homme accusant Dieu ou son serviteur (ce qui était la même chose) de tout le mal qui arrivait alors. C’était là agir comme Adam le fit lors du premier péché : «La femme que tu m’as donnée pour être avec moi, — elle, m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé» (Gen. 3:12). C’était, de la part du roi, rejeter le péché et le malheur, sa conséquence, sur le seul être qui en fût complètement exempt.
C’était là le plus haut degré du péché, comme la croix de Christ. C’était le moment où Samarie comblait la mesure de son iniquité. Mais, comme la croix de Christ, ce moment même fut précisément l’occasion du déploiement de la grâce de Dieu. La ruine était complète, sans remède, sans espoir de la part de l’homme. C’est alors que les lèvres d’Élisée s’ouvrent pour faire entendre une promesse ; c’est alors qu’il prononce une parole de la part de l’Éternel.
Quand la force d’Israël s’en est allée, quand il n’y a plus personne, homme lié ou homme libre, l’Éternel ne se repentira-t-il pas en faveur de ses serviteurs ? (Deut. 32:36). Quand Dieu voit qu’il n’y a pas un homme, point d’intercesseur, son propre bras n’apportera-t-il pas la délivrance ? Quand l’ennemi s’avance comme un fleuve, l’Esprit de l’Éternel ne lèvera-t-il pas un étendard contre lui ? (És. 59:16, 19). C’était là l’état dans lequel se trouvait Samarie. Un tel moment était celui de la glorieuse grâce de Dieu : là où le péché abondait, la grâce surabondait ; comme dans la croix de Christ encore, qui était à la fois l’apogée de la rébellion de l’homme et l’apogée de la gloire de la grâce de Dieu ; de même ici, le péché et la misère de Samarie étant au comble, la coupe des bénédictions divines est aussi toute prête à déborder. «Et Élisée dit : Écoutez la parole de l’Éternel. Ainsi dit l’Éternel : Demain à cette heure-ci, la mesure de fleur de farine sera à un sicle, et les deux mesures d’orge à un sicle, à la porte de Samarie».
«À la porte de Samarie» ! Parole bien précieuse pour l’âme qui a le sentiment de ses besoins, — confirmation bénie de la grâce de l’Évangile ! Ce n’est pas dans les hauteurs des cieux, ce n’est pas dans les profondeurs de l’abîme qu’il faut chercher le salut. Il est venu jusqu’à nous. Le sacrifice pour le péché est à la porte. L’Israélite n’avait pas besoin de s’éloigner du seuil de sa demeure pour accomplir tout ce qu’il fallait faire afin de mettre sa maison à l’abri de l’épée du destructeur. La grâce apporte le soulagement que la grâce a préparé. La fine farine et l’orge allaient être mis à la disposition du peuple affamé à la porte même de leur ville ! (voir Rom. 10:6-8).
Comme on distingue aisément ici les traces du salut de Dieu ! «Grâce», comme a dit un ancien auteur, «pour chercher, ou plutôt pour désirer, non, pour rien d’autre si ce n’est pour recevoir».
Cela m’apparaît comme tout à fait frappant. Et la gloire d’Élisée dans cette scène consistait en ce qu’il connaissait la pensée de Dieu. Le méchant coeur de l’homme manifeste, d’autre part, tout le mal qui est en lui. Le roi d’Israël, ainsi que je l’ai déjà fait observer, rejette le mal sur le seul être qui en était réellement innocent. Il ressemblait en cela au souverain sacrificateur Caïphe, qui était d’avis qu’un seul homme mourût pour le peuple, afin que toute la nation ne pérît point ; et cet homme devait être précisément le seul qui ne fût pas coupable des malheurs de tout le peuple (Jean 11). Mais c’est alors que le remède de Dieu se manifeste. C’est alors que la grâce surabonde. Et là même où, ce jour encore, une tête d’âne se vendait quatre-vingts pièces d’argent ; là même, dès le lendemain, on achèterait pour un sicle une mesure de fleur de farine ou deux mesures d’orge, et cela à la porte même de la ville qui se détruisait elle-même.
Mais, si nous avons ainsi sous les yeux le comble du mal chez l’homme, surmonté par l’abondance de la grâce de Dieu, nous trouvons aussi dépeintes dans ce récit les diverses manières dont cette grâce est reçue ou traitée dans le monde.
Elle y rencontre l’opposition formelle de la plupart de ceux à qui elle est annoncée, qui la rejettent décidément. Cette catégorie de personnes est ici représentée par le capitaine sur lequel s’appuyait le roi. Il ne voulut pas croire que Dieu pût faire tout ce que son prophète venait d’annoncer.
Il y avait pour cet homme un lion dans le chemin. Si l’Éternel faisait des fenêtres aux cieux, cela pourrait arriver ; mais qui a jamais entendu parler de fenêtres aux cieux ? Comme les paroles de ce capitaine respirent l’esprit d’incrédulité, le méchant tempérament du coeur des hommes qui refusent de recevoir les bonnes nouvelles d’une grande joie de la part de Dieu, qui repoussent les saintes pensées et ne connaissent rien d’une confiance filiale dans le Seigneur, mais qui, au contraire, quand Dieu parle de pardon et de bénédiction, rejettent la grâce et se complaisent dans leur affreuse idée qu’une telle grâce est impossible, tant le coeur de l’homme est ignorant et étranger à la vie de Dieu !
Il y a aussi toute une génération d’hommes qui n’ont point d’espérance. Ce sont des gens qui ont dépensé tout leur bien en médecins pour être guéris de leur maladie et qui ne s’en trouvent nullement mieux. Il y a toujours des lépreux hors du camp, de pauvres pécheurs convaincus de leur état et qui ne valent rien pour personne si ce n’est pour Jésus. La mort est devant eux, derrière eux, autour d’eux. L’armée des Syriens, du moins ils le croient, est devant eux ; la ville, mourant de famine, derrière eux ; enfin ils sont environnés de leurs corps lépreux et comme déjà morts. C’est bien dans le temps du besoin que la grâce arrive à de tels malheureux. Ils sentent qu’elle est toute pour eux ; car il n’y a pour eux qu’une mort certaine, à défaut de cette seule ressource en Dieu lui-même. Eh bien ! ils se lèvent et trouvent abondance de butin. Leurs misères mêmes les poussent sur le lieu où Christ a remporté la victoire.
C’est là ce que font les quatre lépreux dont il est parlé dans ce chapitre. Ils étaient dans la position la plus désespérée. Pressés par la mort qui les entoure de tous côtés, leurs propres détresses les poussent dans le camp des Syriens, où le Seigneur seul vient de remporter une victoire complète. Car c’était le Seigneur qui avait fait entendre dans le camp des Syriens un bruit de chars et un bruit de chevaux ; c’est Lui qui, seul, avait de cette manière mis en fuite tous les ennemis. Il n’y avait pas un seul des enfants d’Israël avec Lui. C’était «la journée de l’Éternel» . Israël périssait à Samarie. Les lépreux se mouraient hors de la ville. Dieu attaque seul l’armée syrienne. Et les pauvres lépreux n’ont autre chose à faire qu’à se lever et à partager les fruits du triomphe du Seigneur. Il en est de même pour le pécheur aujourd’hui encore, dont le salut est dû entièrement à la victoire de Jésus. En cette oeuvre et en cette heure, personne n’a été avec Jésus, personne n’a été pour Lui. Seul Il est entré dans le camp de l’ennemi, — seul Il a souffert la peine du péché, — seul Il a bu la coupe, — trois heures d’obscurité et de ténèbres tombèrent du ciel, parce que le Saint était fait péché, — seul Il était pendu au bois comme un maudit. Et l’Évangile est la publication de tout ce combat et de ce triomphe de Jésus ; il annonce que les pécheurs, morts comme des lépreux, peuvent venir et trouver de la nourriture et la vie, en abondance et pour toujours, à ce festin, à ces dépouilles, fruit de la glorieuse bataille que Jésus a gagnée pour eux.
Et quel sentiment leur fait aussitôt éprouver leur propre joie ? Le désir de partager le butin avec d’autres. Ils répandent au loin la bonne nouvelle qu’ils ont eux-mêmes entendue et par laquelle ils ont la vie. En effet, il n’est pas une disposition de l’âme qui contraste davantage avec l’esprit du nouvel homme, que l’égoïsme de notre vieille et méchante nature. Les fruits en sont si contraires à la glorieuse et gratuite grâce de Dieu dans l’Évangile que, quand le chrétien s’y laisse aller ou l’entretient dans son coeur, l’égoïsme laisse après lui un sentiment de crainte dans l’âme. «Nous ne faisons pas bien», se disent les lépreux les uns aux autres ; «ce jour est un jour de bonnes nouvelles, et nous nous taisons. Si nous attendons jusqu’à la lumière du matin, l’iniquité nous trouvera. Et maintenant, venez, allons et rapportons-le à la maison du roi».
Puis ils vont immédiatement le publier de toutes leurs forces à la porte de la ville. Ces exercices du coeur seront facilement compris par tout esprit qui a goûté la grâce de l’Évangile et a été formé par elle. Mais il y a plus encore dans ce tableau si frappant : nous voyons dans le roi un coeur lent à croire ou faible en la foi. Il raisonne sur la bonne nouvelle, sans la repousser toutefois entièrement, sans témoigner une méprisante et audacieuse incrédulité comme son capitaine. Mais il raisonne de manière à montrer beaucoup de défiance. «Ô gens sans intelligence et lents de coeur à croire toutes les choses que les prophètes ont dites !» (Luc 24:25). Mais la grâce abonde. Ici, comme dans le cas de Naaman, la grâce suscite un ministre aussi bien qu’un trésor — et le roi, lent de coeur, aussi bien que les lépreux, prompts de coeur à croire, partage les dépouilles de la glorieuse victoire du Seigneur. Vient ensuite toute la famille affamée. «Les boiteux pillent les dépouilles» (És. 33:23). Personne n’en est privé, si ce n’est l’incrédule capitaine. La défiance de la libéralité de Dieu est, seule, exclue et tenue en dehors dans le jour de ce festin donné à Israël. Tout s’accomplit à la lettre : les mesures de fleur de farine et d’orge sont vendues à la porte, et le capitaine périt dans son incrédulité.
Ainsi, je le répète, les grandes choses de l’Évangile de Dieu sont comme illustrées dans cette remarquable peinture de la misère et de la délivrance de Samarie, qui nous présente des sujets utiles et sanctifiants de consolation et d’avertissement. Cependant il ne suffit pas d’étudier et d’admirer ces voies de la sagesse divine ; il faut que nous y prenions garde et que nous les méditions, pour que nos âmes puissent être rafraîchies, et que nous sentions s’affermir, d’une manière bénie, notre foi en Celui qui pourvoit miséricordieusement à tous nos besoins dans le temps et à toutes nos joies pour l’éternité.
Ce nouveau détail des voies de notre prophète nous montre encore comme il était familier avec la pensée de Dieu ; il nous rappelle de nouveau ce passage : «Le Seigneur, l’Éternel, ne fera rien, qu’il ne révèle son secret à ses serviteurs les prophètes» (Amos 3:7).
La famine est annoncée à l’avance à Élisée, comme autrefois à Joseph, comme plus tard à Agabus, comme à d’autres en divers temps. «Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ?» disait le même Seigneur, plein de grâce envers les siens qu’Il traite ainsi comme ses amis. C’étaient la pensée et la main, les conseils et la force du Seigneur, que notre prophète portait si glorieusement avec lui.
Et ici encore nous voyons toutes ces richesses employées par Élisée en grâce pour d’autres. «À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue de l’utilité» (1 Cor. 12:7). Abraham l’employait au profit d’autrui ; dès qu’il est informé des conseils et des jugements de Dieu, il intercède pour le résidu juste à Sodome. De même Élisée, dans ce passage. Il est averti de la famine qui va arriver, et il engage la pieuse Sunamite à s’en garantir avec sa famille.
Les circonstances de cette digne femme sont bien changées : il est très probable qu’elle avait perdu son mari ; son enfant, don de Dieu à cette fille de Sara, a grandi. Mais la famine a éloigné la mère et le fils de leur maison et de leurs champs dans la tribu d’Issachar (voir chap. 4). Elle aimait autrefois les biens qu’elle possédait en cette contrée. «J’habite», disait-elle, «au milieu de mon peuple» (chap. 4:13). Elle ne se souciait pas de la cour ni de l’appui du roi ; et, si elle le cherche maintenant, c’est uniquement pour recouvrer sa simple demeure et pouvoir y vivre de nouveau au milieu de son peuple. Et nous pouvons bien penser que «la petite chambre haute» contribuait à lui rappeler avec bonheur et à lui faire désirer de retrouver cette maison bénie, où elle avait fait l’expérience de la force vivifiante et de la puissance de résurrection de son Seigneur et Sauveur par le moyen du serviteur de son choix.
Guéhazi, lui aussi, est dans une tout autre position. Peut-être la racine de son mal bourgeonne-t-elle encore en lui. Quoi qu’il en soit, il est lépreux, et par conséquent séparé du prophète de Dieu. Et ce qui l’en a séparé, lui, ce n’est pas la famine, mais l’amour de l’argent. Maintenant il peut rappeler et raconter les grandes choses qu’a faites Élisée, il ne peut plus en être témoin. Heureux est-il encore, si, dans le sentiment de sa faute, il peut parler de ces choses au roi avec une sainte joie ; — plus heureux eût-il été si la persévérance dans la foi et dans l’esprit de sa vocation l’eût fait demeurer toujours dans la société de son maître. Mais il a fait tort à son âme, comme nous le faisons tous plus ou moins en suivant nos propres voies. «Bienheureux l’homme qui m’écoute» , dit la Sagesse, «veillant à mes portes tous les jours, gardant les poteaux de mes entrées ! Car celui qui m’a trouvée a trouvé la vie, et acquiert faveur de la part de l’Éternel ; mais celui qui pèche contre moi fait tort à son âme» (Proverbes 8:34-36).
C’est une grâce du Seigneur que de nous faire rencontrer encore une fois Guéhazi ainsi occupé ; car nous pouvons espérer que, si, précédemment, il s’était transpercé lui-même de beaucoup de douleurs (1 Tim. 6:10), maintenant ce n’est plus à l’argent que son coeur est attaché, mais aux souvenirs d’Élisée. Ici le Seigneur semble l’employer de nouveau dans sa grâce pour venir au secours de la pieuse amie du prophète, à présent qu’elle est dans la nécessité. Heureux celui qui reçoit de la main de l’Éternel un semblable gage de sa grâce sanctifiante, lors même que l’Esprit de Dieu est si souvent attristé par les infidélités de son peuple. Oh ! louons-Le pour sa bonté et pour ses merveilles envers les fils des hommes ! (*)
(*) Je prévois que cette nouvelle apparition de Guéhazi ne sera pas jugée aussi favorablement par tous. Plusieurs concluront sans doute que l’on retrouve un indice de sa mondanité et de son avarice dans le fait qu’il se trouve ici attaché à la cour et, semble-t-il, jouissant d’un certain crédit auprès du roi. Il est possible qu’il en fût ainsi. Mais j’ai préféré (et j’ai cru pouvoir le faire) exprimer une autre impression, produite en moi par la scène dans laquelle nous le voyons jouer son rôle.
«Une parole dite en son temps, combien elle est bonne !» (Prov. 15:23) pouvons-nous dire aussi à l’égard de l’incident qui nous occupe. Guéhazi et le roi parlaient de la Sunamite, au moment où la Sunamite arriva vers eux. Combien de fois n’avons-nous pas eu l’occasion de remarquer de semblables coïncidences ! Qui est-ce qui n’a pas quelque trait analogue à raconter de sa propre expérience ? «Nous parlions justement de vous» ; voilà ce qui a été dit et répété fréquemment à telle ou telle personne apparaissant subitement au milieu d’un petit cercle d’amis. La foi seule peut comprendre tout ce qu’il y a de grâce dans ces avant-coureurs préparant le chemin et aplanissant les sentiers raboteux, qui conduisent à quelque bénédiction désirée, comme c’était le cas dans notre passage. Et la foi ne se plaindra pas de ce qu’il n’en est pas toujours ainsi ; car la foi dit : «Tout va bien», quelles que soient les circonstances, favorables ou contraires, que la Providence place sur son chemin.
«Oui, tout va bien, quand, devant notre Père,
Nous combattons, nous pleurons, nous prions ;
Oui, tout va bien ! car nous nous relevons,
Soulagés de notre misère».
C’est toujours la même main de l’amour qui ôte l’écharde de la chair, ou qui l’y laisse sans la toucher.
Ici, comme dans le cas qui précède, nous avons un exemple de la connaissance intime que le prophète avait des conseils du Seigneur. Quelles communications journalières ne devait-il pas y avoir entre eux ! C’est que, en effet, dans l’histoire du peuple de Dieu, de glorieuses révélations ont souvent été accordées à ces fidèles, formant un résidu souffrant dans une position de témoignage et d’obéissance. Tels furent Ézéchiel et Daniel parmi les captifs ; quelle perspective étendue des conseils de Dieu se déploie devant leurs yeux étonnés ! De même quand Zacharie, Aggée et leurs compagnons, ce résidu fidèle revenu de la captivité, se mettent, dans la pureté de leurs coeurs et en dépit de leurs ennemis, à travailler à la maison de l’Éternel, quelles scènes de la gloire future Dieu ne fait-Il pas passer devant leurs regards ! Le même fait se répète, d’une manière plus merveilleuse encore, plus tard aux yeux de Jean, relégué à Patmos, où il avait part à la tribulation et au royaume et à la patience en Jésus. Élie et Élisée étaient dans une position toute semblable. Chacun d’eux en son temps était à la tête du résidu pieux de ce temps, et jouissait de l’inappréciable privilège d’avoir les yeux, les oreilles et les lèvres de l’Éternel ouverts en leur faveur.
Nous voyons, par ce traité de l’histoire du prophète, qu’il était honoré au-delà des limites d’Israël : nous le trouvons ici à Damas, où son arrivée est aussitôt rapportée au roi, qui lui envoie de riches présents en le faisant consulter. La renommée de l’homme de Dieu, parvenue aussi loin, et la confiance que l’on a en lui à la cour de Syrie, peuvent bien avoir été une conséquence de la guérison de Naaman, et semblent prouver que le lépreux guéri, que le pécheur d’entre les Gentils sauvé avait rendu témoignage au nom du Dieu d’Israël ; ce qui fait qu’au moins aujourd’hui ce n’est plus au roi (voir chap. 5:5), mais au prophète d’Israël, que s’attend le monarque syrien.
Hazaël était venu à Élisée pour le consulter de la part du roi son maître, au sujet de la maladie dont le roi était alors atteint. Élisée lui dit d’annoncer ceci à son maître : «Certainement tu en relèveras». Puis, après avoir donné cette réponse à la demande du roi, i1 ajoute une autre parole, adressée uniquement à Hazaël lui-même : «Mais l’Éternel m’a montré qu’il mourra certainement» (v. 10).
Le prophète pleure à la pensée de tout le mal que Hazaël fera à Israël, quand il sera parvenu au pouvoir ; — c’est sur des scènes de deuil et de carnage que l’inspiration, sous laquelle il se trouve maintenant placé, conduisait les regards effrayés de l’homme de Dieu. Sa douleur procédait tout naturellement d’un coeur attristé par la vision divine qui venait de passer devant ses yeux.
Après quelques autres paroles échangées entre eux, Hazaël retourne auprès de Ben-Hadad et lui rapporte, d’une manière incomplète et par conséquent erronée, la réponse du prophète à sa demande. Élisée avait dit : «Certainement tu en relèveras», — voulant faire entendre par là qu’il n’y avait rien de fatal pour le roi dans la maladie même ; puis il avait ajouté : «Mais l’Éternel m’a montré qu’il mourra certainement», indiquant par là que Ben-Hadad périrait par d’autres moyens que la maladie. Or Hazaël se borne à rapporter au roi que le prophète lui avait dit que certainement il se rétablirait. C’était là, je le répète, un faux rapport, un mensonge dans la bouche de cet hypocrite. Mais l’événement montra bientôt d’une manière frappante la complète et parfaite vérité des paroles du prophète ; car ce ne fut pas la maladie qui tua le roi ; ce fut autre chose, savoir la main meurtrière du traître Hazaël. Ainsi Ben-Hadad eut pu se relever, et cependant il devait certainement mourir et il mourut en effet, comme le prophète l’avait prononcé.
Ce style énigmatique des réponses ou oracles de l’Esprit est souvent admirable. Il y avait quelque chose de cela dans la parole de notre prophète, adressée au capitaine sur lequel s’appuyait le roi d’Israël : «Voici, tu le verras de tes yeux, mais tu n’en mangeras pas» (ch. 7:2). Quelque étranges que ces mots puissent paraître, ils furent accomplis à la, lettre. «Et il lui en arriva ainsi : le peuple le foula aux pieds dans la porte, et il mourut» ; c’est-à-dire que, dans leur empressement à acheter leur orge et leur fine farine sous les propres yeux du capitaine, les masses le pressèrent au point de le faire mourir (voir chap. 7). De même ici les expressions «tu en relèveras» et «il mourra certainement», quelque contradictoires qu’elles soient à l’oreille, sont vérifiées par l’événement.
Sous ce rapport, le cas de Sédécias, dernier roi de Juda, est plus remarquable encore. Jérémie avait dit de lui que ses yeux verraient les yeux du roi de Babylone et qu’il irait à Babylone (Jér. 34:3). Ézéchiel avait dit qu’il entrerait dans Babylone, mais qu’il ne la verrait point, quoiqu’il dût y mourir (Éz. 12:13). Au premier abord, il semble presque impossible de concilier ces deux déclarations ; et cependant elles furent accomplies, l’une et l’autre, dans tous leurs détails, jusqu’au moindre iota et trait de lettre. C’étaient des paroles sorties de la bouche de Celui dont la main est merveilleusement puissante et souveraine dans toutes ses opérations (voir Jér. 39).
Notre prophète ne paraît guère qu’à l’arrière-plan dans ces deux chapitres ; mais enfin il y paraît ; d’ailleurs toute cette histoire étant pour nous d’un grand intérêt moral, je ne puis la passer sous silence.
C’est encore ici une leçon bien solennelle qui nous est donnée ; c’est un nouveau fait à l’appui de cette doctrine de l’Écriture, que le Seigneur peut, quand Il le veut, employer comme instruments ou comme ministres des hommes en la personne desquels Il ne prend nullement plaisir. Balaam n’avait aucune place dans les affections ou dans les sympathies de Dieu ; néanmoins Dieu se sert du prophète Balaam, comme aussi du roi Saül et de l’apôtre Judas.
Nos âmes peuvent bien s’arrêter sur une vérité aussi sérieuse que celle-ci, pour en recevoir instruction. «N’avons-nous pas prophétisé en ton nom ?» — «Je ne vous ai jamais connus». — Aucune communion d’esprit entre eux et le Seigneur, quoique leurs mains ou leurs langues puissent avoir été utilisées par le Seigneur.
Tout cela est clairement manifesté en Jéhu. La main de ce capitaine est employée ; mais il n’y a point de communion entre le Seigneur et lui. Il accomplit son service jusqu’au bout ; il exécute en entier la commission qui lui est donnée. Mais, dans tout cela, on ne voit rien en lui qui indique une âme agissant devant Dieu et pour Dieu. Il entreprend, il achève les actes les plus solennels et les plus importants, et cela au nom et par le commandement de l’Éternel ; mais il le fait sans manifester un coeur qui soit en présence de Dieu.
Et c’est là précisément ce qui caractérise l’homme que Dieu peut employer comme ministre, mais en la personne duquel Il ne peut pourtant point prendre plaisir. Tous peuvent être utilisés de cette manière morte : la connaissance et les services peuvent être mis en oeuvre, — oui, mis en oeuvre par une intelligence sans vie, par une main sans vie. Car qu’est-ce que la connaissance, si elle est employée comme un simple instrument tout matériel ? Jéhu avait la connaissance et la force ; une intelligence capable de comprendre les conseils de Dieu relativement à la maison d’Achab, et une main disposée à les exécuter. Mais c’était une intelligence morte, une main morte ; ni l’une ni l’autre n’était animée par la vie de Dieu ou par la grâce. Il en est de même de notre connaissance, si elle n’a pas pour effet de réveiller en nous des affections célestes. La connaissance de Jésus le faisait toujours entrer dans les conseils de Dieu pour les manifester ou les accomplir. En Jéhu il n’y a rien de pareil. Il peut parler des décrets de Dieu et les exécuter, sans avoir pourtant aucune communion avec Dieu.
Et ici encore nous trouvons un détail qui présente un parfait contraste avec cet esprit de Jéhu, et qui fait ressortir admirablement les saintes affections d’Élisée.
Celui-ci dit à son messager que, aussitôt qu’il aura versé l’huile sur la tête de Jéhu, il doit ouvrir la porte et s’enfuir sans s’arrêter, montrant ainsi qu’il n’avait aucune communion avec Jéhu ; tout comme un autre homme de Dieu qui ne devait avoir ni témoigner aucune sympathie pour le lieu qu’il était venu maudire (voir 1 Rois 13:9). Le serviteur d’Élisée avait affaire avec Jéhu, une importante affaire ; mais c’était là tout. En cela Élisée conserve d’une manière bénie une communion de sentiments avec Dieu lui-même. Nous avons déjà vu combien glorieux était le privilège dont il jouissait, de porter en lui et la