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LES ENFANTS DE DIEU

 

 

Edward Dennett

 

Table des matières :

1     Ch. 1 : Avant-Propos

2     Chapitre 2 — Christ nous révélant le Père

2.1      Révélation de Dieu avant Christ

2.2      C’est Christ qui a révélé le Père

2.3      Comment le Seigneur révèle le Père

2.4      Les actes et les paroles du Seigneur comme moyens de révéler le Père

2.5      Le Père révélé dans la mort de Christ

2.6      Christ parfaite révélation du Père

2.7      Christ connu dans l’Écriture seulement

2.8      Le Père révélé aux disciples

2.9      Les disciples dans la même position que Christ

3     Chapitre 3 — Les enfants de Dieu

3.1      Enfants selon Jean 11 et Jean 1

3.2      Enfants par la nouvelle naissance

3.2.1             Enfants comme conséquence de l’amour du Père

3.2.2             Nés de Dieu, nés de l’Esprit

3.2.3             Nés par l’effet de la Parole

3.3      Expiation et pardon nécessaires même avec la nouvelle naissance

3.4      La place d’enfant est un droit conféré par Dieu

3.5      Le nom du Père connu des enfants

3.6      Les enfants aimés du Père

4     Chapitre 4 — L’Esprit d’adoption

4.1      La relation enfant-Père connue par l’Esprit

4.2      Condition pour recevoir le Saint Esprit et rapports avec la nouvelle naissance

4.3      Effets de la présence du Saint Esprit

4.3.1             Avoir l’esprit filial

4.3.2             Rechercher l’esprit filial — Ne pas contrister l’Esprit Saint

4.3.3             Le Saint Esprit conduit les enfants

4.3.4             Le Saint Esprit notre seule puissance

4.3.5             Héritier de Dieu, co-héritiers de Christ

4.3.6             On ne peut échapper à la souffrance

5     Chapitre 5 — Trois classes dans la famille de Dieu (1 Jean 2)

5.1      Unité de la famille

5.2      Points communs à toute la famille

5.3      Les pères.

5.3.1             Un caractère spirituel

5.3.2             Celui qui est dès le commencement

5.3.3             Connaître Celui qui est dès le commencement

5.3.4             Le plus haut degré de la connaissance

5.3.5             Les pères ont aussi à croître

5.3.6             Ne pas rester des nains

5.4      Les jeunes gens.

5.4.1             La Parole de Dieu demeure en eux

5.4.2             La Parole source de victoire

5.4.3             Danger du monde

5.4.4             Danger des choses qui sont dans le monde

5.5      Les petits enfants

5.5.1             Connaître le Père

5.5.2             Exhortations spéciales aux petits enfants

5.5.3             Les antichrists

5.5.4             Besoin d’être avertis —Les trois moyens d’être gardés

5.5.4.1             L’onction de la part du Saint

5.5.4.2             Connaître la vérité

5.5.4.3             Retourner au commencement

5.5.5             Encouragements

5.5.5.1             La promesse de la vie éternelle

5.5.5.2             Une relation établie

5.5.6             L’enseignement

5.5.7             Attendre le retour de Christ

6     Chapitre 6 — Traits distinctifs des enfants de Dieu

6.1      Certitude d’être enfant

6.2      Ne pas pécher

6.3      Pratiquer la justice

6.4      L’amour des frères

6.5      Victorieux du monde

7     Chapitre 7 — Les désirs du Père pour ses enfants

7.1      Manifester la vie de Christ

7.2      Parfait comme le Père céleste

7.3      Miséricordieux comme le Père

7.4      Sans murmures et sans raisonnements

7.5      Irréprochables et purs

7.6      Refléter Christ

8     Chapitre 8 — Le gouvernement du Père à l’égard de ses enfants

8.1      Le principe du gouvernement de Dieu

8.2      Garder la pensée du rachat par le sang de l’Agneau préconnu

8.3      La discipline des vrais fils

8.3.1             L’exemple de Christ

8.3.2             La contradiction des pécheurs utilisée comme discipline

8.3.3             La discipline : une expression de l’amour du Père

8.3.4             Dieu obligé de châtier

8.3.5             La discipline concerne les vrais fils

8.4      Buts variés du châtiment

8.5      Amour et souffrances dans la discipline

8.6      Courage et confiance dans la discipline

9     Chapitre 9 — Les privilèges des enfants de Dieu

9.1      Entourés de bénédictions et de l’amour du Père

9.2      Enfants : les objets des soins du Père

9.3      Besoins du corps, besoins terrestres

9.4      Chercher premièrement le royaume de Dieu

9.5      Les enfants exposent à Dieu leurs besoins

9.6      L’exaucement ou le non exaucement des prières

9.7      Rendre grâces

9.8      Prière et besoins en dehors de nous

9.9      La communion avec le Père et le Fils

9.10      Rechercher la jouissance de nos privilèges

10     Chapitre 10 — La condition future et la demeure des enfants de Dieu

10.1      Condition des enfants de Dieu : rendus conformes à l’image de Christ

10.1.1             Le propos de Dieu

10.1.2             Dieu travaille à rendre ses enfants conformes à Christ

10.1.3             Les yeux fixés sur Christ

10.1.4             Rendus conformes à Christ comme condition présente

10.1.5             Rendus conformes à Christ comme condition future

10.1.6             Rendus conformes à Christ dans le corps ressuscité

10.1.7             Rendus conformes à Christ comme homme glorifié

10.2      La demeure des enfants de Dieu

10.2.1             Une place préparée

10.2.2             Attendant la possession de la place préparée

10.2.3             Comment est la demeure préparée

10.2.4             Une demeure où l’on est avec Christ

Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest ; ME 1886 p. 293 à ME 1887 p. 221 (20 fractions)

 

 

1                    Ch. 1 : Avant-Propos

 

L’auteur de ces pages a essayé d’exposer la vérité concernant la famille de Dieu. Il commence par parler de Christ qui nous a révélé le Père, puis il passe en revue les différents aspects de la famille de Dieu, que l’Écriture nous présente. Il recommande bien instamment ce sujet à ses lecteurs, parce que, au milieu des nombreuses questions ecclésiastiques qui troublent souvent les enfants de Dieu, le coeur peut être réchauffé et élargi par la contemplation de toutes les affections de Dieu. Dans les temps de discussion comme les nôtres, le coeur se refroidit et se rétrécit facilement, s’il n’a pas toujours présents devant lui les droits de tous les enfants de Dieu. Quelle inexprimable souffrance d’être forcé, pour l’amour du Seigneur et par obéissance à sa parole, de se retirer des saints qui marchent dans le désordre (2 Thes. 3:6) ; mais c’est pour cela qu’il est d’autant plus nécessaire de nous rappeler que nous ne pouvons jamais être déchargés de notre dette d’amour à leur égard. L’obligation que nous impose la parole du Seigneur subsiste toujours : «C’est ici mon commandement : Que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés» (Jean 15:12).

Le désir de l’auteur, c’est d’exposer les relations de tous les croyants avec Dieu comme leur Père, de rappeler le fait que, tous ensemble, ils sont l’objet de l’amour du Père, et que, en conséquence, il existe nécessairement un lien commun entre eux et avec Dieu. Sa prière, c’est que, dans l’énergie du Saint Esprit, le Seigneur emploie ce moyen pour imprimer, tout de nouveau, Sa Parole dans les coeurs de ses bien-aimés.

 

 

 

2                    Chapitre 2 — Christ nous révélant le Père

2.1   Révélation de Dieu avant Christ

Il a plu à Dieu de se révéler de différentes manières et sous différents caractères, dans tous les âges et dans toutes les dispensations. Avant la croix, il s’est fait connaître à Adam, aux patriarches et à son peuple d’Israël ; mais c’est seulement à la venue de Christ, qui a glorifié Dieu sur la terre et a achevé l’oeuvre que Celui-ci lui avait donnée à faire, que tout fut manifesté, que Dieu, sous son nom de Père, put être pleinement révélé. Avant cela, il était entouré de nuées et d’obscurité ; mais, aussitôt que l’expiation eut été accomplie par la mort de Christ sur la croix, le voile fut déchiré, et les croyants purent entrer dans la lumière comme Dieu est dans la lumière. Tout ce qui nous tenait à distance de Dieu, tout ce qui nous le cachait, avait disparu, et tout ce qu’il est, tout ce que nous rappelle ce nom de Père, fut pleinement manifesté. Christ lui-même, comme le Fils éternel, mais comme la Parole, qui fut faite chair et habita au milieu de nous (Jean 1:14), fut Celui qui nous révéla le Père ; mais jusqu’à la descente du Saint Esprit, il y avait peu de puissance pour saisir cette révélation, si même il y en avait, chez ceux auxquels elle était présentée. Quelques yeux rendus clairvoyants contemplaient sa gloire comme celle d’un Fils unique auprès du père ; mais Jean-Baptiste ne le connaissait que comme celui sur qui il avait vu le Saint Esprit descendre, et le Seigneur dut même dire à Philippe : «Celui qui m’a vu, a vu le Père» (Jean 14:9).

Pratiquement donc, Dieu n’était pas connu comme Père avant la Pentecôte. C’est ce qui paraîtra clair au lecteur, s’il considère les révélations successives que Dieu accorda à son peuple sous l’ancienne alliance. Dieu dit à Abraham : «Je suis le Dieu fort, tout-puissant ; marche devant ma face et sois intègre» (Gen. 17:1) et à Moïse : «Je suis celui qui suis». Il dit aussi : «Tu diras ainsi aux enfants d’Israël : Celui qui s’appelle Je suis m’a envoyé vers vous» (Ex. 3 ; 4) ; et lorsqu’il entra dans des relations particulières avec Israël, ce fut sous le nom de Jéhovah, qui resta Son nom comme Dieu de l’alliance avec Israël. Cherchez dans tout l’Ancien Testament, et vous verrez que le nom de Père appliqué à Dieu, ne s’y trouve pas plus de cinq ou six fois, et, dans la plupart de ces cas, pour indiquer la source de notre existence plutôt que nos relations.

Tous les saints de l’Ancien Testament étaient, sans doute, nés de nouveau. Cela est bien certain, car sans la vie nouvelle et la nouvelle nature, ils n’auraient pu converser avec Dieu ; mais il est également vrai qu’ils n’ont jamais connu Dieu comme Père, et que, par conséquent, ils ne pouvaient jouir des privilèges de cette relation. Une parole de l’Écriture fixe ce point d’une manière définitive : «Personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui a qui le Fils voudra le révéler (Matt. 11:27).

 

2.2   C’est Christ qui a révélé le Père

Il est donc bien prouvé que Dieu n’est pas révélé comme Père avant la venue de Christ. Passant maintenant au Nouveau Testament, nous verrons, comme cela a déjà été établi, que Christ lui-même fut celui qui nous révéla le Père, et que c’est dans l’évangile de Jean qu’il se présente à nous comme tel. Dans le premier chapitre de cet évangile, il est dit : «Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître» (Jean 1:18). Non seulement ce passage nous apprend que le Fils unique nous a fait connaître le Père, mais il nous enseigne aussi que nul autre que lui ne pouvait le faire, et cela à cause de la position qu’il occupait, position d’intimité et de communion dont il jouissait, lui seul, et qui est indiquée par ces mots : «dans le sein du Père». Il n’a jamais quitté cette place ; il y était (car ceci est une expression morale) autant, quand il était l’homme de douleur et sachant ce que c’est que la langueur, que lorsqu’il jouissait de la gloire du Père avant que le monde fût fait ; et sur la croix même, il y était encore, car il dit : «À cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie, afin que je la reprenne» (Jean 10:17). Sa mort, par obéissance au commandement qu’il avait reçu, fournissait à l’amour de son Père un nouveau motif de s’exprimer. Plus loin dans cet évangile, nous voyons qu’un de ses disciples peut se reposer sur son sein, et ce même disciple fut l’instrument choisi pour développer, dans son évangile, ce qui nous est révélé, que Christ est le Fils éternel de Dieu ; et ceci peut, en quelque mesure nous aider à comprendre que celui-là seul qui était toujours dans le sein du Père, pouvait le révéler dans ce caractère et cette relation. Dans les choses de Dieu, c’est un principe bien établi, que nous ne pouvons exprimer aux autres que ce dont nous avons connaissance dans nos propres âmes. Si nous ne possédons pas bien la chose dont nous parlons, nos paroles, quelque claires qu’elles puissent paraître, n’auront que peu de portée. Le Seigneur lui-même a établi ce principe, quand il dit : «Nous disons ce que nous connaissons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu» (Jean 3:11).

 

2.3   Comment le Seigneur révèle le Père

Voyons maintenant comment le Seigneur révèle le Père. Lui-même a répondu à cette question. «Si vous m’aviez connu», dit-il aux Juifs, «vous auriez connu aussi mon Père» (Jean 8:19) ; et encore, s’entretenant avec Philippe, il dit : «Si vous m’aviez connu, vous auriez connu aussi mon Père ; et dès maintenant, vous le connaissez, et vous l’avez vu. Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. Jésus lui dit : Je suis depuis si longtemps avec vous, et tu ne m’as pas connu, Philippe ? Celui qui m’a vu, a vu le Père, et comment dis-tu, toi : Montre-nous le Père ? Ne crois-tu pas que moi je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? Les paroles que moi je vous dis, je ne les dis pas de par moi-même ; mais le Père qui demeure en moi, c’est lui qui fait les oeuvres. Croyez-moi, que moi je suis dans le Père, et que le Père est en moi ; sinon, croyez-moi à cause des oeuvres elles-mêmes» (Jean 14:7-11).

Christ donc, lui-même, dans tout ce qu’il était, dans toute sa vie terrestre, était la révélation du Père, c’est-à-dire que moralement il représentait parfaitement le Père dans tout ce qu’il est pour tous ceux qui avaient des yeux pour le reconnaître. Comme il dit : «Je leur ai fait connaître ton nom» (Jean 17:26). On sait que, dans l’Écriture, le nom est l’expression de ce qu’une personne est réellement ; — il signifie donc ici la vérité quant au Père. Ainsi, quand Christ traversait la scène de ce monde, il représentait parfaitement toutes les perfections, le coeur et la pensée de son Père, dans tous les traits de sa figure morale, en sorte que, si ceux qui étaient de Christ n’avaient pas été aveuglés, ils auraient vu en lui la vivante personnification du Père. Pour l’homme naturel, c’était Jésus de Nazareth le fils du charpentier, et rien de plus ; mais l’homme éclairé par le Saint Esprit contemplait en lui «la gloire du Fils unique du Père», et voyait en lui comme tel celui qui l’a fait connaître.

 

2.4   Les actes et les paroles du Seigneur comme moyens de révéler le Père

Mais entrons dans les détails de cette merveilleuse révélation. Le Seigneur a lui-même indiqué les deux moyens par lesquels elle s’est faite ; ces moyens sont d’ailleurs les seuls par lesquels l’homme puisse exprimer ce qu’il est. Nous avons déjà cité le passage dans lequel il dit qu’il ne parle pas de lui même ; et dans un chapitre précédent, il est dit : «Le Fils ne peut rien faire de lui-même, à moins qu’il ne voie faire une chose au Père» (Jean 5:19 ; 8:28). Il n’est donc la source (car c’est bien là la force de cette déclaration) ni de ses paroles, ni de ses actes. Quoiqu’il fût le Fils éternel, il était venu, non pour faire sa propre volonté, mais la volonté de Celui qui l’avait envoyé (Jean 6:38), et pour cette raison, toutes ses paroles et tous ses actes étaient l’expression de sa parfaite obéissance, car le motif des uns comme des autres n’était pas dans sa propre volonté, quelque parfaite qu’elle fût, mais dans celle de son Père. C’est-à-dire qu’il ne parlait et n’agissait que dans la dépendance de lui, et dans la soumission à sa volonté ; et c’est pour cette raison que ses paroles et ses actes étaient la révélation de Celui qui l’avait envoyé.

Quelle précieuse vérité quant à lui-même nous révèle ce trait, mais de notre côté, quel triste contraste ! Tel qu’il était, ses paroles étaient aussi parfaites que ses actes ; aussi, quand les Juifs lui demandaient : «Toi qui es-tu ?» il répondit : «Absolument ce qu’aussi je vous dis» (Jean 8:25) ; c’est-à-dire, pour emprunter les expressions d’un autre, que ses paroles étant la vérité, le présentaient lui-même. Nos paroles à nous disent souvent moins ou plus que la vérité, et nous sommes humiliés en découvrant que nous n’avons pas su exprimer ce que nous désirions, ou bien, à la pensée que nos paroles, à cause de leur imperfection, ont laissé une impression inexacte, sinon tout à fait fausse. Tandis que chez lui toute parole était parfaite, était, par conséquent, un rayon de sa propre gloire aussi bien qu’une manifestation du Père. Nous voyons ainsi dans Jean 14, qu’il identifie ses paroles avec ses actes : «Les paroles que moi je vous dis, je ne les dis pas de par moi-même ; mais le Père qui demeure en moi, c’est lui qui fait les oeuvres» (Jean 14:10). Ses paroles étaient aussi parfaites que ses oeuvres ; et les unes aussi bien que les autres étaient la révélation du Père. Quel prix infini cette pensée donne à tout ce qui nous est rapporté de notre Seigneur !

Toutes les choses que le Seigneur a dites et faites ici-bas n’ont pas été rapportées ; ne nous est-il pas arrivé parfois de le regretter ? Il est de fait que nous avons connaissance de toutes les paroles et de tous les actes qui étaient nécessaires pour la parfaite révélation du Père, ni plus, ni moins. Si nous avions eu davantage, cette révélation n’eût pas été plus complète. Nous n’avons donc rien perdu ; car la sagesse et l’amour divin ont veillé à ce que nous fût donné tout ce qui était nécessaire à la gloire de Dieu comme à notre instruction et à notre bien. En un mot, ce qui est rapporté est une parfaite représentation de lui-même, et ainsi du Père. S’il manquait au tableau une seule parole ou une seule action, il ne serait plus parfait. Il est bien nécessaire d’insister sur ce point, dans un temps comme le nôtre, où l’on voit d’un côté, une critique impitoyable, fruit d’un rationalisme impie, chercher à détruire la confiance dans l’authenticité de telle ou telle portion des évangiles, et où, de l’autre, une audacieuse présomption voudrait donner, à sa manière, un récit de la vie de notre bien-aimé Seigneur, récit destiné soit à remplacer, soit à élucider celui des quatre évangiles. De quel côté y a-t-il le plus de témérité ? C’est ce qu’il serait difficile de dire. Quoiqu’il en soit, il est certain que tout cela tend à ébranler la foi dans la parole de Dieu, à obscurcir le caractère sacré du Seigneur, et par là, à faire un tort irréparable aux âmes des lecteurs.

 

2.5   Le Père révélé dans la mort de Christ

Le Seigneur lui-même, dans sa vie sur la terre, a donc révélé parfaitement le Père ; mais, en même temps, il n’est pas moins vrai que c’est par sa mort que cette révélation fut consommée. Comme le Fils unique du Père, comme Celui qui était sans péché dans son excellence et sa perfection immuables, il ne put, en aucun temps, être moins que ce qu’il était ; il n’y eut pas un moment de sa vie dans lequel il n’aurait pu dire : «Celui qui m’a vu a vu le Père», et cependant, il n’est pas moins vrai que sa mort fut l’acte qui a couronné, pour ainsi dire, la parfaite manifestation du Père. Elle l’était de deux manières. D’abord, en ce qu’elle donnait une preuve de son entière consécration à la gloire de Dieu, puisqu’il s’humiliait en devenant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. Sur la croix, c’était, si l’on peut s’exprimer ainsi, une obéissance d’une autre sorte, une obéissance dans des circonstances et des conditions nouvelles ; car c’était là qu’il glorifiait Dieu, à la place même du péché et à cause du péché, étant fait péché pour nous. C’est ainsi qu’il parlait de sa mort, comme d’un motif spécial de l’amour de son Père pour lui (Jean 10:17), et c’est à cause de cela aussi que la mort de Christ était ce qui achevait la parfaite manifestation de sa gloire morale (Jean 13:31). Secondement, sa mort était nécessaire pour la pleine révélation du coeur du Père. «Et nous avons vu, et nous témoignons que le Père a envoyé le Fils pour être le Sauveur du monde» (1 Jean 4:14). Tout ce que Dieu est, — tous ses attributs, sa sainteté, sa justice, sa vérité, sa miséricorde, sa majesté et son amour, — tout fut manifesté dans et par la croix de Christ ; et quand nous voyons que le Père a envoyé son Fils, et qu’il l’a envoyé pour être le Sauveur de tous ceux qui croiraient, Juifs ou gentils, nous pouvons pénétrer dans les profondeurs insondables de son coeur. Oui, «Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui, ne périsse pas, mais ait la vie éternelle (*)» (Jean 3:16).

 

(*) La note suivante, tirée d’un autre auteur, pourra être utile à quelques-uns : «On verra dans les écrits de Jean, que, quand il est question de la responsabilité, c’est le mot Dieu qui est employé ; quand il s’agit de sa grâce en notre faveur, il est parlé du Père et du Fils».

Il est bien instructif, en effet, de remarquer que l’Esprit de Dieu n’emploie pas indifféremment les noms qui servent à désigner Dieu ou notre Seigneur lui-même. La signification de bien des passages de l’Écriture dépend de cette observation.

2.6   Christ parfaite révélation du Père

Nous comprendrons peut-être mieux, maintenant, les paroles du Seigneur à Philippe : «Celui qui m’a vu a vu le Père». Si donc nous voulons arriver à une connaissance plus complète du Père, nous ne le pouvons qu’en apprenant à mieux connaître Christ. Les pères auxquels Jean s’adressait (1 Jean 2), et qui sont caractérisés par ces mots : «Ils connaissent celui qui est dès le commencement», c’est-à-dire Christ, «la vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée» (1 Jean 1:2), ces pères étaient ceux qui connaissaient mieux le Père lui-même, car c’est en Christ, comme nous l’avons vu, qu’il a été pleinement manifesté. Voilà ce qu’il ne faudrait jamais oublier, car l’une des erreurs de la théologie traditionnelle et formelle consiste à trop séparer Christ, comme Fils, de son Père. En insistant, avec raison, sur la sainteté de Dieu et la nécessité de l’expiation pour que Dieu puisse agir en grâce envers les hommes, cette théologie a perdu de vue le fait que Christ était la vraie expression du coeur du Père, de son caractère et de sa nature. Il en résulte que, lorsque, sous l’action de l’Esprit de Dieu, le coeur a cherché refuge auprès de Christ et vers l’oeuvre qu’il a accomplie sur la croix, il y a, en même temps, un sentiment d’éloignement de Dieu, parce qu’il a été présenté seulement sous l’aspect d’un juge. La connaissance donc que Dieu est bien disposé en faveur de son peuple, que le coeur du Père se repose sur les siens avec délices, a été comparativement le partage d’un bien petit nombre ; aussi les croyants, en général, n’ont-ils que peu de liberté en présence de Dieu, et presque aucune connaissance de leur relation avec lui comme leur Père. Ce serait une immense bénédiction pour tous, de saisir la vérité dont nous parlons, que Christ est la parfaite révélation du Père ; car alors, tous ceux qui sont enseignés par lui seraient aussi enseignés par le Père, et entreraient, par là, dans la jouissance pleine et toujours croissante de son amour. Lui-même nous a dit : «Moi et mon Père sommes un» (Jean 10:30), un en esprit, en pensée, en dessein, en but ; il est dans le Père et le Père est en lui, et ainsi nécessairement, il est l’expression parfaite de tout ce que le Père est.

 

2.7   Christ connu dans l’Écriture seulement

On demandera peut-être : Où pouvons-nous trouver une connaissance plus complète de Christ, de manière à connaître le Père plus parfaitement ? La réponse à cette question est de toute importance. C’est seulement dans les Écritures que nous pouvons apprendre ce qu’est Christ. Nous pouvons méditer sur lui, sans doute ; mais si nous voulons être préservés des séductions du mysticisme et de l’imagination, il faut que nos méditations reposent sur le fondement de la parole de Dieu. Il faut tenir ferme cette vérité, que la révélation de Christ est dans les Écritures ; et quand le Saint Esprit glorifie Christ en prenant ce qui est à lui pour nous l’annoncer (Jean 16:14), c’est par la Parole qu’il le fait. Ce n’est pas trop de dire qu’il n’y a de contact avec un Christ vivant et glorifié que par la parole de Dieu écrite. Il y a une manifestation de Christ à l’âme, manifestation qui nous donne le sentiment particulier de sa présence ; mais ce privilège et cette bénédiction même sont liés à l’observation de ses commandements et de sa parole (Jean 14:21-23). Exposés, comme nous le sommes, à différents dangers, venant soit des raisonnements de l’homme, soit d’un mysticisme spiritualiste, on ne peut trop le répéter, nous ne pouvons saisir Christ, ce qu’il était sur la terre, et ce qu’il est à la droite de Dieu, toujours le même Christ, la gloire morale dont il jouit maintenant étant la même que celle qu’il avait ici-bas, mais dans des conditions différentes, nous ne pouvons apprendre tout ce qu’il est que par les pages inspirées de la parole de Dieu. Cette pensée sera pour nous un nouveau motif à l’étude des Écritures, et en même temps, quand nous les lisons, elle nous tiendra, comme Marie, aux pieds de notre bien-aimé Seigneur. Nous contemplerons partout l’homme Christ Jésus, et nous répéterons sans cesse à nos cœurs : Celui que nous contemplons, agissant selon sa miséricorde et son amour, Celui que nous entendons parler comme jamais homme n’a parlé, est le Fils unique qui est dans le sein du Père ; et dans tous ses actes et toutes ses paroles, il est lui-même la révélation du Père. Lire les Écritures dans un tel esprit, ce sera trouver l’occasion de rendre un culte d’adoration, de louanges et d’actions de grâces.

 

2.8   Le Père révélé aux disciples

Avant de terminer ce sujet, nous devons remarquer deux choses que notre Seigneur a faites pour aider ses disciples à saisir cette vérité. Sur le point de les quitter, il leur dit : «Je vous ai dit ces choses par des similitudes ; l’heure vient que je ne vous parlerai plus par des similitudes, mais je vous parlerai ouvertement de mon Père. En ce jour-là, vous demanderez en mon nom, et je ne vous dis pas que moi je ferai des demandes au Père pour vous ; car le Père lui-même vous aime», etc. (Jean 16:25-27). Ils ne pouvaient venir au Père que par lui, mais il voulait qu’ils sussent qu’ils étaient venus au Père par lui. Ils devaient continuer à prier en son nom, mais le Seigneur voulait qu’ils comprissent que le Père lui-même les aimait. Il désirait diriger leurs regards sur le Père, afin qu’ils pussent le connaître et savoir aussi qu’ils étaient chers à son coeur. Plusieurs auraient besoin aujourd’hui d’être rendus attentifs à cet enseignement de notre Seigneur. N’y a-t-il pas danger pour nos âmes d’oublier que le Père nous a été révélé, que, par le Seigneur Jésus, nous sommes venus à lui, et que nous pouvons compter sur son coeur en tout temps ?

 

2.9   Les disciples dans la même position que Christ

Une autre chose à remarquer, c’est que, avant de quitter ses disciples, le Seigneur les a mis dans la même position qu’il occupe lui-même. Il l’a fait quand il les a présentés au Père dans la prière qu’il a prononcée devant eux : «Je fais des demandes pour eux ; je ne fais pas de demandes pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, parce qu’ils sont tiens (et tout ce qui est mien est tien, et ce qui est tien est mien), et je suis glorifié en eux. Et je ne suis plus dans le monde, mais ceux-ci sont dans le monde, et moi, je viens à toi. Père saint, garde-les en ton nom, le nom que tu m’as donné, afin qu’ils soient un, comme nous» (Jean 17:9-11, 16-26). Mais après sa résurrection, il leur présente, d’une manière précise, le caractère de la position dans laquelle ils étaient placés dès lors : «Va vers mes frères, dit-il à Marie, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu» (Jean 20:17). Nous espérons expliquer ces paroles dans le chapitre suivant ; mais nous désirons appeler maintenant l’attention sur le fait que, sur la base de la rédemption accomplie par sa mort et sa résurrection, le Seigneur introduit les siens dans la place qu’il occupe, et dans les rapports où il est lui-même avec Dieu. Dieu ne devait pas être connu désormais comme Jéhova ou Jéhova Éloïm, ainsi qu’il était connu par Israël, mais comme Dieu et Père de son peuple, parce qu’il l’est de notre Seigneur Jésus-Christ. Aussi voyons-nous, en lisant les épîtres, que presque toutes les bénédictions qui nous sont assurées en Christ nous rappellent ce double fait. Voir 2 Corinthiens 1:2-3 ; Éphésiens 1:2-3 ; 1 Pierre 1:3.

C’est ainsi encore que se termine l’évangile de Jean (*). Cet évangile commence par ce qui est dit de la Parole qui était avec Dieu et qui était Dieu, qui était le Fils éternel, et comme tel le révélateur du Père, et à la fin nous voyons le Seigneur introduisant ses disciples dans la place qu’il occupe auprès de son Dieu et Père et dans les rapports où il est lui-même avec Dieu, et cela sur le principe de la résurrection. Jusque-là ils n’avaient pas pu jouir de ces bénédictions, mais il les leur avait apportées, et c’était le fruit de son oeuvre de rédemption. Béni soit son nom !

 

(*) Le chapitre 21 est, en quelque sorte, un appendice se rapportant au millénium, aux brebis qu’il faut paître, et au ministère de Jean qui devait durer jusqu’au retour du Seigneur. Le chapitre 20 est donc bien la fin de l’évangile historique.

 

3                    Chapitre 3 — Les enfants de Dieu

 

Nous avons déjà vu que Christ, comme Fils, révélait le Père, et aussitôt que celui-ci est révélé comme tel, il faut qu’il y ait des êtres qui entrent dans la jouissance de cette relation ; en d’autres termes, le Père doit avoir ses enfants. C’est ainsi que nous trouvons la famille dans le même évangile où Dieu nous est révélé comme Père. C’est ce que nous voyons dans trois passages, sur lesquels nous allons attirer l’attention.

 

3.1   Enfants selon Jean 11 et Jean 1

Le premier se trouve au chapitre 1 ; mais voyons d’abord celui du chapitre 11. Après la résurrection de Lazare, les principaux des Juifs se réunirent pour consulter ensemble. Ils ne pouvaient nier le miracle qui avait été accompli ; mais, fermant les yeux à l’enseignement divin qu’il renfermait et à la responsabilité qui en résultait pour eux, ne pensant qu’à leurs intérêts personnels et à leur avantage, ils prirent la résolution de se débarrasser de Celui qui troublait leur paix et faisait tant de disciples. Ils ne pensaient qu’à eux-mêmes dans leurs coupables desseins ; mais Dieu était derrière la scène, surveillant leurs pensées, et il allait faire tourner leur rage à sa gloire, dans l’accomplissement des éternels conseils de sa grâce et de son amour. C’est ainsi que, par la bouche de Caïphe, il prophétisa que Jésus devait mourir pour les Juifs, ce qui était dans les conseils de Dieu de toute éternité ; et, à cette prophétie, l’Esprit de Dieu en ajoute une autre pour caractériser pleinement la mort de Christ. Il le fait par la plume de Jean, qui dit : « Et non seulement pour la nation, mais aussi pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés» (Jean 11:49-52). Nous apprenons ainsi, non seulement que le coeur de Dieu était occupé de ses enfants, mais aussi que la mort de Christ était nécessaire, nécessaire pour la gloire de Dieu, aussi bien que pour la rédemption de son peuple, comme le fondement sur lequel l’Esprit de Dieu pouvait pénétrer dans tous les pays en y portant le message de l’évangile, et y réunir un à un ceux qui devaient composer la famille du Père et comme tels être les héritiers de Dieu et les cohéritiers de Christ. Comme le Père ne pouvait être pleinement révélé que par la vie et la mort de Christ, de même c’est par cette mort que les enfants pouvaient être cherchés, distingués, trouvés et réunis.

Le second passage se trouve au chapitre 1:12-13 ; il montre par quel moyen — le seul possible — nous devenons enfants. Considérons plus attentivement ce sujet. Ce moyen est présenté dès le commencement, selon le caractère de cet évangile. Dans les trois précédents évangiles, généralement appelés les synoptiques, Christ est présenté à l’acceptation de son peuple, et le cours du récit nous montre sa réjection. Cela est vrai des trois évangiles, malgré les différences caractéristiques qu’ils présentent. Dans Jean, au contraire, Christ est présenté, dès l’abord, comme déjà rejeté. «Il était dans le monde, et le monde fut fait par lui, et le monde ne l’a pas connu. Il vint chez soi ; et les siens ne l’ont point reçu». (Jean 1:10-11). Le monde était ignorant (ne connaissant pas Dieu, comme il est dit dans 2 Thes. 1:8), les Juifs le rejetèrent, c’est-à-dire n’obéirent pas à l’évangile, comme nous le voyons aussi dans le passage cité. De là vient que nous avons plus de détails sur la personne de Christ dans l’évangile de Jean, et que l’évangéliste introduit, dès le commencement (chapitre 3), la croix et les enseignements bénis qui en découlent, au lieu d’attendre la fin du récit pour en parler. C’est pourquoi, immédiatement après la déclaration relative à sa réjection, il est parlé de ceux qui l’ont reçu, et qui, par là, ont aussi reçu le pouvoir ou le droit d’être enfants de Dieu. Et pour ôter toute incertitude quant à la nature du changement, 1’évangéliste ajoute : «Lesquels sont nés, non pas de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu» (v. 13). C’est une divine et souveraine opération, accomplie par un pouvoir et par des agents en dehors de l’homme, et avec lesquels, quoiqu’il puisse être le sujet de leur énergie, il peut n’avoir rien à faire.

 

3.2   Enfants par la nouvelle naissance

Mais nous sommes ainsi conduits à considérer la source même de l’existence des enfants de Dieu. Ils sont nés de Dieu. Dans le chapitre 3, le Seigneur dit à Nicodème : «Si quelqu’un n’est né d’eau et de l’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu» (v. 5) ; et ici, nous trouvons une autre vérité, savoir que ceux qui sont nés de nouveau par ces moyens, entrent, comme enfants, en relation avec le Père. En rapprochant ces passages, nous aurons devant nous toute la vérité relativement à la manière dont se forme la famille de Dieu.

 

3.2.1       Enfants comme conséquence de l’amour du Père

Son origine est en Dieu lui-même ; et le même apôtre nous dit autre chose encore, non seulement que les croyants sont nés de Dieu, mais aussi que leur place et leurs relations découlent du coeur du Père. «Voyez, s’écrie-t-il, de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu» (1 Jean 3:1) ; en sorte que le fait même que nous sommes enfants de Dieu est l’expression du coeur du Père. Il voulait avoir des enfants pour sa propre satisfaction et pour sa joie propre. Un autre passage nous montrera que ce dessein de grâce était formé de toute éternité. «Nous ayant prédestinés, comme dit Paul, pour nous adopter pour lui par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté à la louange de la gloire de sa grâce, dans laquelle il nous a rendus agréables dans le Bien-aimé» (Éph. 1:5-6). Nous ne pouvons trop nous arrêter sur ce fait que, si nous sommes enfants, ce n’est qu’une simple conséquence de l’amour du Père. Et quand encore nous considérons ce que nous étions, notre complet éloignement de Dieu, la profonde inimitié de nos coeurs pour lui, nous comprendrons, en quelque mesure, ce cri de l’apôtre : Voyez de quel amour le Père nous a fait don ! Oui, c’est un amour ineffable, illimité et divin, ne trouvant pas un motif pour s’exprimer, ailleurs que dans le coeur d’où il découle. Quel sujet de nous humilier en présence de cet amour, quand nous songeons que nous, autrefois pauvres pécheurs d’entre les gentils, en sommes devenus les objets et avons été amenés à en jouir, et cela pour l’éternité.

 

3.2.2       Nés de Dieu, nés de l’Esprit

Le coeur de Dieu est la source, mais Dieu a ses moyens à lui de nous faire entrer dans sa famille. «Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu ; savoir à ceux qui croient en son nom ; lesquels ne sont nés ni de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu» (Jean 1:12-13). Il y a deux ou trois déclarations importantes dans ces paroles. D’abord, que ceux qui ont reçu Christ ou cru en son nom, sont maintenant nés de Dieu. Et plus que cela, sans doute. Cette déclaration est conçue en des termes qui excluent toute action ou tout droit humain. Pour le Juif, la descendance d’Abraham, être né de son sang, était d’une grande importance, car c’est ainsi qu’il faisait partie du peuple élu. Mais maintenant que Christ est venu, la descendance naturelle ne constitue plus aucune espèce de privilège, car les privilèges sont dès lors abolis, rien n’a de valeur que la nouvelle naissance. Ce n’est donc pas seulement, comme les théologiens disent, une adoption, — ce serait, sans doute, déjà une merveilleuse et précieuse grâce ; — mais c’est plus encore, c’est une nouvelle naissance actuelle, produite par l’action de la souveraine puissance de Dieu, puissance qui rend participants d’une nouvelle nature et d’une nouvelle vie ceux sur lesquels elle agit. C’est ainsi que Jean, parlant d’une manière abstraite (c’est-à-dire, en portant son attention uniquement sur le caractère de la nouvelle nature, sans regarder à la vieille, à la nature adamique que tous les croyants possèdent encore), peut dire : «Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, car la semence de Dieu demeure en lui, et il ne peut pas pécher, parce qu’il est né de Dieu» (1 Jean 3:9). Rien moins que cela, — né de Dieu, — n’est la vérité ; mais si nous voulons rappeler le caractère spécial de cet acte, né de Dieu c’est être né de l’Esprit. Le Saint Esprit est l’agent divin par lequel est opéré ce merveilleux changement, selon cette parole déjà citée : né d’eau et de l’Esprit.

 

3.2.3       Nés par l’effet de la Parole

Ceci nous amène à parler du second agent que Dieu emploie. Si l’Esprit est la puissance, et la seule suffisante, la Parole, car l’eau en est un emblème (voir Éphésiens 5:26), est l’instrument que le Saint Esprit emploie pour opérer la nouvelle naissance. Pierre dit : «Vous qui êtes régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la vivante et permanente parole de Dieu : parce que toute chair est comme l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l’herbe : l’herbe (toute chair) est séchée et sa fleur (la gloire de l’homme) est tombée, mais la parole de Dieu demeure éternellement. Or, c’est cette parole qui vous a été annoncée» (1 Pierre 1:23-25). Comme tout ceci est simple ! — si simple que même un enfant peut le comprendre ! L’évangile est prêché, Christ est présenté dans l’évangile, et, par la grâce de Dieu, le coeur reçoit Christ, le reçoit comme le Sauveur, et, en le recevant, entre en possession d’une nouvelle vie et d’une nouvelle nature. Cette âme est née de Dieu. La foi en Christ est donc à la fois le signe et le moyen de la nouvelle naissance et ainsi, nous n’avons pas à nous inquiéter de la manière dont Dieu agit ou de la souveraineté de Dieu quand il agit, mais seulement et absolument de la foi dans le Seigneur Jésus-Christ. Tout dépend de là. Si vous l’avez reçu, si vous avez cru en son nom, vous êtes nés de Dieu ; si vous ne l’avez pas reçu, vous êtes sans la nouvelle naissance, et encore chair ; car ce qui est né de la chair est chair ; et toute chair est comme l’herbe, et toute la gloire de l’homme comme la fleur de l’herbe.

 

3.3   Expiation et pardon nécessaires même avec la nouvelle naissance

Un mot encore pour prévenir toute erreur, et, nous aimons à l’espérer, pour encourager les âmes faibles. En parlant de la nécessité et du fait de la nouvelle naissance, il y a un danger à signaler, danger qui se remarque particulièrement dans les écrits de quelques docteurs évangéliques, c’est celui de perdre de vue le pardon des péchés, et, en insistant sur la nécessité de la régénération, d’oublier celle de l’expiation pour les péchés, car nous avons autant besoin de la purification que de la nouvelle naissance. Dans Jean 3, les deux choses se trouvent réunies intentionnellement. Si, d’un côté, notre Seigneur dit : «Il faut que vous naissiez de nouveau», il dit aussi, d’un autre côté : «il faut que le Fils de l’homme soit élevé». La nouvelle nature, — si chose pareille pouvait arriver, — la nouvelle nature serait insuffisante à elle seule, puisque la question de nos péchés ne serait pas résolue. Mais, il est à peine besoin de le remarquer, quand l’âme croit en Christ, non seulement elle est née de nouveau, mais elle est au bénéfice de toute l’efficacité de son oeuvre rédemptrice. Cela peut n’être pas toujours bien compris. Il peut arriver que, par incrédulité, ignorance, ou par un enseignement défectueux, une âme soit née de nouveau, depuis des années, sans être dans la jouissance du pardon des péchés. Celui qui croit est sauvé par le plus léger contact avec Christ ; bien plus, si nous sommes amenés en contact avec Christ, nous sommes, devant Dieu, quoique souvent et même ordinairement nos âmes n’en aient pas conscience, en possession de toute la valeur de Christ, et au bénéfice de son oeuvre expiatoire. On éviterait bien des confusions, en faisant plus attention à la vérité contenue dans le chapitre 3 de Jean. Au lieu d’insister sur la nécessité de la nouvelle naissance (qui est, sans doute, absolument nécessaire), il faudrait présenter Christ au pécheur ; car le premier besoin qu’il sent vient de la conscience de sa culpabilité, et du moment que son coeur est ouvert pour recevoir Christ comme son Sauveur, le fardeau de sa culpabilité lui est ôté, il entre en jouissance du pardon, et est en même temps né de nouveau, né de Dieu. Tout revient donc à ceci : il faut que Christ soit présenté à l’âme et qu’elle le reçoive.

 

3.4   La place d’enfant est un droit conféré par Dieu

La dernière chose à remarquer dans ce passage, c’est la puissance, l’autorité, ou le droit conféré : «À tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être faits enfants de Dieu», de prendre cette position. Tous ceux qui sont ainsi désignés sont nés de Dieu, et en conséquence, ils sont autorisés, divinement autorisés, à prendre leur place d’enfants de Dieu. C’est le mot d’enfants qui se trouve ici et non celui de fils. Jean n’use jamais de ce terme de fils ; c’est toujours celui d’enfants que nous trouvons dans ses écrits. Paul emploie les deux. Dans son épître aux Galates, on ne trouve que celui de fils ; tandis que les deux sont employés dans le chapitre 8 des Romains, ce qui permet de saisir la différence de signification. Le mot de fils se rapporterait plutôt à la position dans laquelle nous sommes introduits par la foi en Christ, celui d’enfants rappelle plutôt l’idée de la relation, de son intimité et de ses jouissances.

Combien est merveilleux ce que l’évangéliste dit ici, savoir que tous ceux qui croient au nom de Christ, sont autorisés à prendre la place d’enfants de Dieu. Rien de semblable ne s’était vu avant l’arrivée de Christ. Les saints d’entre les Juifs étaient, sans aucun doute, nés de Dieu mais comme l’expiation n’était pas encore accomplie, et que l’Esprit Saint n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’était pas encore glorifié, il leur était impossible de prendre cette place d’enfants. Eussent-ils été enfants, ils auraient été incapables de jouir de cette position. Jusqu’à ce que, par une seule offrande pour le péché accomplie par la mort de Christ, nous soyons arrivés à n’avoir plus conscience de péchés, jusqu’à ce que nous ayons acquis la certitude que nous sommes parfaits pour toujours, il ne peut y avoir pour nous ni paix, ni liberté en présence de Dieu ; car l’idée que nous nous faisons d’un enfant, c’est qu’il est en parfaite liberté devant son père, et qu’il jouit de se trouver auprès de lui dans la conscience de son amour. Or c’est la place que nous avons le droit de prendre ; nous y sommes autorisés par la grâce divine et le privilège qui nous est conféré.

Le fait que cette place nous appartient nous est révélé ici, et, à la fin de l’évangile, comme nous l’avons vu dans le chapitre 20, le Seigneur lui-même, le matin de sa résurrection, y introduit ses disciples. Quel amour et quelle tendresse de sa part ! Ici (à la fin de l’évangile), il nous est dit que cette place nous appartient par droit divin ; et maintenant, pour que nous ne puissions pas en perdre la jouissance par notre faiblesse et notre incrédulité, il veut bien nous en expliquer le caractère et nous révéler combien elle est bénie. «Va vers mes frères», dit-il à Marie, «et leur dis : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu» (Jean 20:17). Nous apprenons donc, par ces paroles, que la place où Dieu nous veut comme enfants est celle qu’occupe Christ lui-même. Dieu était le Dieu de notre Seigneur en tant qu’homme ; en tant que Fils, Dieu était son Père. Ces deux relations se retrouvent dans la position qu’il occupait ici-bas et dans celle qu’il occupe, maintenant qu’il est glorifié à la droite de Dieu. C’est pourquoi, nous trouvons si souvent, dans les épîtres, cette expression : «le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ» (voir par exemple 2 Cor. 1:3 ; Éph. 1:3 ; 1 Pierre 1:3, etc.) ; et c’est pourquoi aussi, nous nous adressons à Dieu dans nos prières en l’appelant notre Dieu et Père, parce qu’il est le Dieu et Père de notre Seigneur ; — or ces titres révèlent en même temps la source des bénédictions individuelles qui découlent, pour nous, de la rédemption. Mais ici, puisqu’il est question d’enfants, nous avons particulièrement affaire avec le terme Père. «Mon Père et votre Père». En un mot, il nous donne sa propre place, et rien ne pouvait pareillement nous révéler la merveilleuse efficace de sa mort et de sa résurrection. Sa propre place disons-nous, c’est la place qui lui appartient en vertu de sa relation, en sorte que nous pouvons nous adresser à Dieu dans les mêmes termes que lui-même. Il faut toutefois faire bien attention que, s’il nous associe à lui devant Dieu, il conserve pourtant toujours la prééminence. Il ne dit pas, il ne pouvait pas dire : notre Père, mais «mon Père et votre Père», car s’il n’a pas honte de nous appeler ses frères, il est le premier-né, comme nous l’enseigne le passage qui nous dit que Dieu nous a prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, afin qu’il fut le premier-né entre plusieurs frères (Rom. 8:29). Plusieurs de nos hymnes ont oublié cette distinction, et ont ainsi répandu des expressions et des idées qui ne sont pas selon l’Esprit de Dieu. Si notre Seigneur nous met, par sa grâce, dans la position qu’il occupe lui-même, s’il veut bien nous appeler ses frères, ce serait, de notre côté, oublier ce qui est dû à sa dignité, à sa suprématie absolue, si nous nous adressions à lui comme à notre frère. Quelque étroite que soit l’intimité dans laquelle, par son grand amour, il introduit les siens, quelque bienveillants que soient les termes qu’il leur applique, ils ne doivent jamais oublier — et ils s’en souviendront à proportion qu’ils jouissent réellement de son amour — que son nom est au-dessus de tout nom, et que la joie de leurs coeurs, en sa présence, doit se manifester par des accents de respect et d’adoration. Il veut que nous comprenions pleinement le caractère de la position dans laquelle il nous introduits, aussi bien que le fait de notre union avec lui en la présence de Dieu, comme étant notre Dieu et notre Père, parce qu’il est son Dieu et son Père.

 

3.5   Le nom du Père connu des enfants

Rappelons encore un autre passage de cet évangile, pour terminer nos méditations sur cette partie de notre sujet. En Jean 17, à la fin de cette merveilleuse prière que notre Seigneur présenta au Père avant de quitter ce monde, il dit : «Je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux» (Jean 17:26). Dans ces paroles, nous voyons le but de la révélation du Père, de même que notre introduction dans nos relations nouvelles. Le nom, comme on l’a déjà dit, exprime toujours, dans 1’Écriture, la personne même ; par exemple, quand il est dit que les saints sont réunis au nom du Seigneur Jésus-Christ (Matt. 18:20), cela signifie qu’ils sont réunis selon la vérité de tout ce que Christ est, aussi bien comme Sauveur que comme Seigneur. Ainsi, le nom du Père est la révélation de tout ce qu’il est dans la relation qui est ainsi exprimée. Le Seigneur avait fait connaître ce nom, et Il continuerait à le faire connaître par le ministère du Saint Esprit et par ses serviteurs, en sorte que le même amour qui avait reposé sur lui comme Fils quand il était dans le monde, non seulement reposât sur eux, mais qu’il fût aussi en eux, et que lui-même fût en nous, qu’il fût en nous comme le moyen ou le canal par lequel cet amour se répandrait dans nos coeurs.

 

3.6   Les enfants aimés du Père

Le chapitre 15:9, éclaire ce sujet d’une manière bien remarquable. Le Seigneur dit : «Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés». L’amour du Père découlait de son coeur dans le coeur de Christ, et ensuite du coeur de Christ dans celui de ses disciples, d’où aussi il se répandait de l’un à l’autre. Mais ici, le point important à remarquer, c’est que c’est le même amour, le même dans son caractère et le même dans son étendue. Qui pourrait le mesurer et le comprendre ? Qu’il est doux pour nos âmes en entendant cette voix du Père : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai trouvé mon plaisir», de penser que le même amour illimité et infini repose sur nous, est en nous, si nous sommes ses enfants. Son amour repose sur tout enfant de Dieu, voilà ce qu’il faut répéter avec joie, sans que cela diminue la force de la vérité dans nos âmes. Vous dites peut-être : je suis si faible, et ma marche est si défectueuse, que je tombe sans cesse et que je contriste l’Esprit de Dieu. Cela peut être vrai, hélas ! cette confession n’a rien d’étonnant, mais le fait n’en demeure pas moins, malgré tout, que vous êtes aimés de l’amour dont Christ était l’objet quand il était ici-bas, comme le Fils bien-aimé de Dieu. Ne perdez jamais de vue cette précieuse vérité, mais qu’elle remplisse vos cœurs ! car, par la grâce de Dieu et la puissance de son Esprit, elle vous gardera et sera pour vos coeurs une source de force et d’encouragement dans les temps de faiblesse et d’épreuve, une source de consolation dans vos afflictions ; enfin elle illuminera votre âme de sa radieuse lumière et, par là, vous donnera un précieux avant-goût de l’atmosphère de joie qui régnera dans la maison du Père, quand nous serons pour toujours avec le Seigneur.

 

4                    Chapitre 4 — L’Esprit d’adoption

4.1   La relation enfant-Père connue par l’Esprit

Nous avons trouvé deux choses dans l’évangile de Jean ; d’abord, le Père révélé dans la personne du Fils, et secondement, le moyen par lequel la famille est réunie et formée, ainsi que sa place et sa relation avec Dieu. Il est aussi vrai que, dans le type de l’eau vive (Jean 4 ; 7), nous avons un enseignement, sous un certain aspect, relatif au Saint Esprit ; mais, l’évangéliste le dit expressément après l’invitation pleine de grâce que le Seigneur avait faite au grand jour des expiations : «Il disait cela de l’Esprit qu’allaient recevoir ceux qui croyaient en lui ; car l’Esprit Saint n’était pas encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié» (Jean 7:39).

Quelle que fût donc l’étendue de la déclaration du Père et quelque bien établie que fût cette vérité de la famille, il n’était pas possible pour les âmes des croyants de saisir leurs relations avec le Père et d’en jouir, avant la descente du Saint Esprit à la Pentecôte. Être né de nouveau est une chose ; c’est un changement opéré par la puissance divine et par le moyen de la parole ; savoir que Dieu est notre Père est une autre chose dont nous ne pouvons jouir que par le don de l’Esprit habitant en nous. Cette distinction se remarque parfaitement dans l’épître de Paul aux Galates. Il dit : «Vous êtes les enfants de Dieu par la foi dans le Christ Jésus», déclaration qui correspond, quant au moyen de la nouvelle naissance, avec Jean 1:12-13, passage que nous avons déjà étudié. Dans le chapitre suivant, il dit : «Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos coeurs, criant : Abba, Père» (Gal. 4:6). De même, dans une autre épître, il écrit : «Vous avez reçu l’Esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba, Père» (Rom. 8:15).

 

4.2   Condition pour recevoir le Saint Esprit et rapports avec la nouvelle naissance

Ce n’est donc qu’après avoir reçu le Saint Esprit de cette manière, que nous pouvons connaître cette relation d’enfants et en jouir ; mais avant d’entrer dans ce sujet, il peut être utile, surtout puisqu’il y a beaucoup de confusion là-dessus, de montrer clairement la base sur laquelle, d’après l’Écriture, l’Esprit est donné. C’est ce qu’on peut faire de deux manières : en rappelant la descente du Saint Esprit sur notre Seigneur lui-même, et en citant les déclarations directes de la parole de Dieu. La scène du baptême de notre Seigneur est d’un profond intérêt, non seulement parce qu’elle fait ressortir son humilité et sa grandeur morale, son amour pour les siens et son identification avec eux, qui sont les saints sur la terre et les excellents dans lesquels il prenait tout son plaisir (Ps. 16), mais aussi parce qu’elle révèle pleinement la position dans laquelle le croyant est maintenant introduit comme résultat de la rédemption. «Et Jésus ayant été baptisé, monta aussitôt, s’éloignant de l’eau ; et voici, les cieux lui furent ouverts, et il vit l’Esprit de Dieu, descendant comme une colombe, et venant sur lui. Et voici une voix des cieux, disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir» (Matt. 3:16-17). Ici, nous voyons les cieux ouverts, Christ scellé comme homme, et en conséquence le Père fait cette déclaration : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir». Et cela, comme on l’a remarqué, montre la position de tout croyant qui a reçu le Saint Esprit. Les cieux lui sont ouverts, et le croyant lui-même est un enfant de Dieu, l’objet du coeur du Père. Il y a ici un contraste intéressant à observer. Dans la scène qui est devant nous, Christ sur la terre est l’objet de Dieu ; mais l’objet du croyant est Christ à la droite de Dieu, Christ vu par l’oeil de la foi à travers les cieux ouverts.

On demandera peut-être en vertu de quoi Christ fut scellé du Saint Esprit. La réponse est facile. Il reçut l’Esprit en vertu de son absolue et parfaite pureté. Notre condition offre, en ceci, un contraste complet qui montre aussi le fondement sur lequel Dieu peut donner le Saint Esprit aux siens. Par nous-mêmes, nous ne pouvons pas subsister devant Dieu, comme étant sans péché, ni souillure ; mais nous sommes devant lui plus blancs que la neige par le précieux sang de Christ. Aussitôt donc que nous sommes purifiés de notre culpabilité par le sang, Dieu envoie le Saint Esprit pour habiter au dedans de nous comme Esprit d’adoption, comme sceau, comme arrhes de l’héritage et comme onction. C’est l’ordre qu’il est si intéressant de retrouver dans les types. Quand les sacrificateurs étaient consacrés et quand le lépreux était guéri (Ex. 29 ; Lév. 14), l’ordre dans les deux cas était le même. D’abord, ils étaient lavés d’eau, ce qui signifiait la nouvelle naissance ; ils étaient ensuite aspergés de sang, type du sang de Christ qui lave de tout péché ; et enfin, ils étaient oints d’huile, l’huile étant, comme toujours, un emblème du Saint Esprit.

D’autres passages de l’Écriture ne feront que confirmer cet ordre. Quand, le jour de la Pentecôte, ceux dont le coeur était saisi dirent à Pierre et aux autres apôtres : «Que ferons-nous, frères ?» Pierre leur dit : «Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, en rémission des péchés, et vous recevrez le don du Saint Esprit» (Act. 2:37-38). De plus, quand Pierre annonçait l’évangile dans la maison de Corneille, nous voyons qu’au moment même où il annonçait la rémission des péchés par la foi en Christ, «comme il prononçait encore ces mots», est-il dit, «l’Esprit Saint tomba sur tous ceux qui entendaient la parole» (Act. 10:44). Ces exemples nous enseignent de la manière la plus évidente, que la condition pour recevoir le Saint Esprit c’est de connaître le pardon des péchés. De même, dans l’épître aux Romains, il n’est fait mention du Saint Esprit qu’après qu’il a été parlé de la justification par la foi, et de la paix avec Dieu (Rom. 5 ; Éph. 1:13). Ceci bien compris, fera disparaître une difficulté qui s’élève souvent. On demande : Est-il possible qu’une âme soit née de nouveau et qu’elle n’ait pas le Saint Esprit ? La question devrait être posée autrement. On devrait dire : Le Saint Esprit peut-il habiter là où manque la connaissance du pardon des péchés ? Ou : Est-il possible qu’une âme devienne le temple du Saint Esprit, avant d’être purifiée de toute culpabilité ? En présence des passages que nous avons considérés, on ne peut répondre que d’une seule manière à cette question. Et quel croyant intelligent ne sait pas que, par défaut de connaissance ou de foi, cette vie, la vie divine, peut exister dans bien des âmes longtemps avant qu’elles jouissent du pardon des péchés ?

L’ordre divin est donc : la nouvelle naissance par le moyen de la Parole et par la puissance de l’Esprit, le pardon des péchés, et ensuite l’habitation de l’Esprit. Mais qu’il soit bien établi, qu’il n’est nullement nécessaire qu’il y ait un intervalle, comme cela arrive souvent, entre la nouvelle naissance et le sceau de l’Esprit ; si l’évangile était plus souvent annoncé dans sa plénitude, si la nature de la grâce était bien exposée, cela se verrait plus rarement. Il faudrait rappeler, en même temps, que la nouvelle naissance doit précéder l’habitation du Saint Esprit. C’est parce que nous sommes enfants, que Dieu envoie l’Esprit de son Fils dans nos coeurs, par lequel nous crions : Abba, Père.

 

4.3   Effets de la présence du Saint Esprit

4.3.1       Avoir l’esprit filial

Voyons, maintenant, ce qui s’opère en nous quand nous avons reçu l’Esprit d’adoption. Le premier mouvement, comme nous l’avons vu, c’est de crier : Abba, Père. Dans les Galates, l’apôtre dit : «Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans vos cœurs» (Gal. 4:6). C’est aussi instructif que remarquable. Quand notre Seigneur était dans le jardin de Gethsémané, assailli par Satan, et en perspective de sa mort sur la croix, il s’écria dans cette heure d’agonie : «Abba, Père ! toutes choses te sont possibles ; transporte cette coupe loin de moi ; mais non point ce que je veux, moi, mais ce que tu veux, toi» (Marc 14: 36). Cela montre, d’un côté, ce qu’est l’Esprit de son Fils ; et de l’autre, que le Seigneur jouissait pleinement de sa relation, quelle que fût l’agonie par laquelle il passait. Le même Esprit, par la puissance duquel Christ comme Fils, s’adressait ainsi au Père, habite en nous, dans tous ceux qui ont été lavés par le précieux sang de Christ. Et habitant en nous, il nous enseigne, oui, il pousse nos coeurs à crier : «Abba, Père». Ce cri est, pour ainsi dire, la conséquence nécessaire du fait que nous possédons l’esprit filial. Avant cela, nous pouvons nous être adressés à Dieu dans d’autres termes ; mais aussitôt que la relation existe, et que Dieu l’a scellée par le don du Saint Esprit, nous ne pourrons faire autrement que d’appeler Dieu notre Père. Si nous ne le faisions pas, nous serions aussi peu raisonnables qu’un enfant qui persisterait à appeler son père terrestre maître, au lieu de lui donner le doux nom de père. Il ne faut pas l’oublier, «Abba, Père», est le cri de l’Esprit lui-même dans nos coeurs.

Si donc nous avons l’Esprit, nous ne pouvons pas nous adresser à Dieu autrement ; mais il est impossible à ceux qui n’ont pas l’Esprit de Dieu d’appeler, de tout leur coeur, Dieu leur Père, parce qu’ils ne jouissent pas de cette relation. Tout récemment, un chrétien bien fondé disait à l’auteur qu’après avoir été réveillé dans son âme, il s’efforça, pendant deux ans, d’appeler Dieu du nom de Père, mais en vain. Il ne pouvait pas prononcer ce nom devant Dieu ; mais aussitôt qu’il fut arrivé à la connaissance du pardon des péchés, cette manière de parler lui devint naturelle, parce qu’alors il avait reçu le Saint Esprit. Et cette expérience est en rapport avec la parole de Dieu. Si nous sommes réellement devant Dieu, c’est le fond de notre âme qui paraît ; et ainsi notre état et nos relations se montrent dans la prière, surtout dans la prière particulière, quand nous ne sommes influencés en rien par la présence d’autres personnes. Quelle sérieuse pensée : l’Esprit de Dieu fait maintenant de nos corps ses temples ; le nom même de Père, que nous prononçons devant Dieu, est réellement le cri de l’Esprit ! Et quelle grâce, de la part de Dieu, de nous faire connaître, dès maintenant, qu’il nous a mis au nombre de ses enfants, et qu’il a formé avec nous des relations qui dureront éternellement ! Être dans la puissance de cette vérité précieuse, voilà ce qui rendrait nos prières réelles et bénies, ce qui aussi nous remplirait d’une ineffable gratitude pour Celui qui, dans sa grâce et dans son amour, nous a réunis autour de lui-même comme ses enfants bien-aimés (Éph. 5:1).

Il y a cependant une autre chose. L’apôtre dit : «L’Esprit lui-même rend témoignage avec notre esprit, que nous sommes enfants de Dieu» (Rom. 8:16). Il est ainsi absolument impossible de se tromper. On pourrait appeler Dieu : Père, par imitation, mais nous voyons ici qu’il y a aussi, au dedans de nous, la conscience de nos relations, produite par le Saint Esprit. Il est important de remarquer qu’il ne dit pas : rend témoignage à notre esprit. Si c’était le cas, nous pourrions attendre un témoignage particulier, à un moment donné, pour nous assurer que nous sommes maintenant enfants de Dieu. L’apôtre dit : avec notre esprit, c’est-à-dire que le fruit de l’habitation de l’Esprit est de produire en nous des sentiments et des affections conformes aux relations dans lesquelles nous sommes, et de nous en donner la jouissance. L’enfant de Dieu connaît maintenant le Père et ne met pas en doute qu’il est un enfant, car il a au dedans de lui-même la conscience certaine de sa relation, et ainsi il peut se reposer, en quelque mesure au moins, dans la jouissance de l’amour et de la sollicitude du Père. En d’autres termes, l’esprit filial est le résultat de ce témoignage du Saint Esprit.

 

4.3.2       Rechercher l’esprit filial — Ne pas contrister l’Esprit Saint

Il est permis de demander si cet esprit filial est suffisamment recherché, si on le voit assez chez nous ? Il n’y a rien de plus beau dans la vie chrétienne, rien qui donne un sentiment plus grand de la dépendance de Dieu ou plus de confiance dans la prière. L’apôtre Paul, écrivant aux Thessaloniciens, s’adresse à eux en les nommant l’assemblée des Thessaloniciens qui est en Dieu, le Père (1 Thes. 1:1 ; 2 Thes. 1:1). Aucune autre assemblée n’est ainsi désignée. La raison de ceci peut être que la vie chrétienne de ces jeunes croyants, qui étaient dans la ferveur de leur premier amour, se manifestait surtout par la jouissance de leurs relations filiales. Ce caractère aussi sera le nôtre dans la mesure où l’Esprit d’adoption, non contristé au dedans de nous, poussera nos coeurs à saisir l’amour du Père, et où il formera, au dedans de nous, toutes ces affections filiales que la connaissance de son amour pourra seule produire. La connaissance du Père et de nos vraies relations, voilà la première chose après laquelle l’Esprit pourra, graduellement peut-être, mais d’une manière toujours croissante, nous faire jouir librement de toutes les bénédictions qui sont attachées à notre position. Nous ne pouvons avoir des sentiments d’enfants avant de savoir que nous sommes tels. La jouissance de la relation, les affections filiales, la reconnaissance filiale, le respect, etc., en découleront bientôt. Le témoignage que l’Esprit rend avec notre esprit, la clarté et la puissance dont ce témoignage est rendu, dépendront toujours du caractère de notre marche. C’est ainsi qu’il est dit : «Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui» (1 Jean 2:15). Si le chrétien marche dans l’infidélité ou le relâchement, l’Esprit est contristé, sinon réduit au silence ; et le témoignage rendu avec son esprit, qu’il est un enfant de Dieu, sera affaibli, si même il existe encore. Mais rien d’autre et rien de moins ne doit nous satisfaire que la jouissance bénie et consciente des relations qu’il a plu à Dieu, dans sa grâce, de former avec nous ses enfants.

 

4.3.3       Le Saint Esprit conduit les enfants

Les enfants de Dieu sont aussi conduits par le Saint Esprit. C’est sur ce fait que l’apôtre se base, pour développer le caractère de l’Esprit qui habite maintenant dans les croyants. Auparavant, il avait mis en contraste ceux qui marchent selon la chair et ceux qui marchent selon l’Esprit. Tous les hommes sont renfermés dans ces deux classes. Devant Dieu, les croyants ne sont pas dans la chair, mais dans l’Esprit ; c’est ce qui les caractérise maintenant quant à leur existence en présence de Dieu, si du moins l’Esprit de Dieu habite en eux (Rom. 8:9). Il n’y a pas de milieu entre ces deux états ; car il ajoute : «Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, celui-là n’est pas de lui» (Rom. 8:9), — il n’est pas des siens. Tout chrétien donc, en qui habite le Saint Esprit, est dans un nouvel état devant Dieu. Il est en Christ et non en Adam, car par sa mort avec Christ, il a été séparé du premier homme (Adam), et par la résurrection de Christ, il a été amené sur une nouvelle scène et dans un nouvel état devant Dieu ; sur un terrain qui est au delà du péché, de la condamnation et de la mort, parce qu’on y est en résurrection. Le croyant est maintenant en Christ ressuscité, et le Saint Esprit habite en lui comme puissance de la nouvelle vie qu’il a en Christ, puissance qui lui permet de combattre victorieusement contre la chair. Ayant donc montré que nous sommes délivrés de l’esclavage de la loi et de la mort, jouissant de toutes les conséquences bénies de cette délivrance, et après avoir indiqué ce qui caractérise notre nouvelle position, l’apôtre ajoute : «Ainsi donc, frères, nous sommes redevables, non pas à la chair, pour vivre selon la chair, car si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si, par l’Esprit, vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez. Car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu» (Rom. 8:12-14). Cela nous met en présence de vérités bien solennelles.

Nous attirons l’attention d’abord sur ce fait que, d’après ce passage, ce qui caractérise tout enfant de Dieu, c’est qu’il est conduit par l’Esprit. «Tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu» (Rom. 8:14) ; c’est-à-dire que tous les croyants sont ainsi conduits, et de cette manière manifestés comme enfants de Dieu. Il n’est pas tenu compte ici du fait humiliant que, quelquefois, les croyants sont gouvernés par la chair et non par l’Esprit. Ceci, hélas ! est souvent vrai ; mais l’apôtre décrit plutôt ce qui caractérise les croyants comme classe. Ils sont conduits par l’Esprit et non par la chair. Mais ce fait étant bien établi, il est important de nous rappeler que nous sommes toujours conduits ou par l’Esprit ou par la chair. Sans doute, il y a la nature et les affections naturelles comme Dieu les a créées, et que le croyant doit toujours maintenir selon Dieu ; mais nous parlons ici du parfait et absolu contraste que les Écritures établissent toujours entre la chair et l’Esprit. Comme Paul dit dans une autre épître : «La chair convoite contre l’Esprit et l’Esprit contre la chair ; et ces choses sont opposées l’une à l’autre, afin que vous ne pratiquiez pas les choses que vous voudriez» (Gal. 5:17). La chair et l’Esprit sont toujours en antagonisme, de telle sorte que, quand nous ne sommes pas sous la direction de l’Esprit, nous sommes sûrs d’être sous celle de la chair. Comme nous avons donc besoin d’être vigilants ! Hélas ! que nous sommes loin d’être toujours sur nos gardes ! Si nous cessons un moment de veiller, aussitôt la chair excitée, comme c’est toujours le cas, par Satan, saisira cette occasion de se montrer, de nous pousser dans le péché et de contrister le Saint Esprit de Dieu.

 

4.3.4       Le Saint Esprit notre seule puissance

La troisième chose à rappeler, c’est que le Saint Esprit est notre seule puissance. Nous n’en avons pas d’autre pour la marche, la lutte, le service ou le culte. Ce qui distingue donc vraiment les fils de Dieu, c’est qu’ils sont conduits par l’Esprit de Dieu. C’est ce que l’on voyait d’une manière si admirable dans la vie de notre Seigneur. Après son baptême, il fut conduit par l’Esprit dans le désert pour être tenté par le diable ; c’est dans la puissance de l’Esprit qu’il prêchait, qu’il faisait des miracles, qu’il chassait les démons, qu’il guérissait ceux que le diable avait asservis, et qu’il allait de lieu en lieu faisant le bien (Matt. 4 ; 12 ; Luc 4 ; Act. 10). Oui, à chacun de ses pas, dans chacun de ses actes, dans chacune de ses paroles, pendant toute sa vie ici-bas, il fut conduit par le Saint Esprit. Et Jésus est notre modèle, c’est notre privilège d’être conduits aussi par l’Esprit de Dieu ; et dans la mesure où nous serons ainsi conduits, il sera manifesté que nous sommes fils de Dieu.

 

4.3.5       Héritier de Dieu, co-héritiers de Christ

L’apôtre nous montre de plus grandes choses encore. L’Esprit que nous avons reçu est l’Esprit d’adoption ; nous sommes donc enfants. Il nous est dit : «Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers ; héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ ; si du moins nous souffrons avec lui, afin que nous soyons aussi glorifiés avec lui» (Rom. 8:17). Pour le moment, nous nous bornons à parler de la position que nous occupons comme enfants, espérant voir, dans un autre chapitre notre condition future dans la maison du Père. Tous les enfants sont donc héritiers, héritiers de Dieu. Non seulement il lui a plu, dans son amour, de nous placer dans des relations bénies avec lui, mais il nous a aussi faits ses héritiers, et comme si cette merveilleuse manifestation de sa grâce n’était pas suffisante pour répondre aux besoins de son coeur, nous trouvons encore ces mots : cohéritiers de Christ. Ces mots renferment la clef de toutes nos bénédictions. Dieu nous a associés à son Fils bien-aimé. Il est le premier-né d’entre les morts ; nous formons l’Église des premiers-nés par notre union avec lui, et nous sommes ainsi de même associés avec lui pour hériter de tout ce qu’il héritera lui-même comme homme, en vertu de son oeuvre de rédemption. Tout enfant de Dieu est donc mis au rang et dans la position du premier-né, sa propre prééminence et sa dignité personnelle et essentielle étant toujours réservées. Comme enfants, nous sommes devant lui au rang de cohéritiers de Christ. Quelles paroles pourraient exprimer convenablement la richesse de la grâce de Dieu, ou de la bénédiction dans laquelle nous sommes introduits ? Car non seulement il nous a sauvés, nous a amenés à lui et nous a accordé des privilèges et des bénédictions, mais pour satisfaire pleinement son coeur, il nous met au même rang que son Fils bien-aimé. Que ces mots «cohéritiers de Christ», occupent donc une place permanente dans nos âmes, afin que nous puissions, en y pensant continuellement, apprendre toujours mieux ce que Dieu est dans sa grâce, et ce qu’il a fait pour nous par la mort et la résurrection de notre Seigneur et Sauveur ; et sûrement, plus nous les pèserons, plus nous pourrons sonder et explorer le trésor infini de l’héritage qui nous appartient, parce que nous sommes héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ.

 

4.3.6       On ne peut échapper à la souffrance

Mais il y a encore cette parole : «Si du moins nous souffrons avec lui, afin que nous soyons aussi glorifiés avec lui» (Rom. 8:17). Ce «si» n’implique nullement un doute, il indique simplement quelle est la condition nécessaire des enfants et le sentier par lequel passent ceux qui seront glorifiés avec Christ, c’est-à-dire que, si nous sommes enfants, nous aurons à souffrir avec Christ ici-bas. Si nous sommes nés de nouveau et que nous ayons l’Esprit d’adoption, nous ne pouvons échapper à cela. La nouvelle nature en nous, née de Dieu, comme nous le sommes nous-mêmes, doit en quelque mesure éprouver ce que Christ a éprouvé en présence du péché, de Satan, de l’affliction et de la mort. L’Esprit de Dieu qui habite en nous doit nous conduire, à proportion que nous sommes soumis à sa direction, dans le même sentier que celui dans lequel Christ a marché, et nous faire sentir et agir comme il a lui-même senti et agi dans de semblables circonstances. Nous ne pouvons donc être enfants de Dieu, sans souffrir avec Christ. Mais nous ne souffrirons avec lui que dans la mesure où nous sommes sous la conduite et la puissance du Saint Esprit. Un enfant de Dieu qui marche fidèlement devant Dieu, sans contrister l’Esprit, souffrira avec Christ beaucoup plus que celui dont la marche est relâchée. Mais c’est le chemin nécessaire et, on peut le dire, c’est un inexprimable privilège. Quel plus grand privilège, en effet (sauf celui de souffrir pour Christ), de passer à travers ce monde en société et en communion de sentiments avec notre Seigneur, de souffrir comme il a souffert en traversant ce désert de péché et de mort ? Et plus nous souffrirons avec lui, plus nous connaîtrons les profondeurs de son coeur d’amour, qui jamais ne se lassa dans son ministère de grâce, quoiqu’il eût, tous les jours, à endurer la contradiction de la part des pécheurs contre lui-même. Les encouragements à suivre ce chemin ne manquent pas. «Car, dit l’apôtre, j’estime que les souffrances du temps présent ne sont pas dignes d’être comparées avec la gloire à venir qui doit nous être révélée» (Rom. 8:18). La joie placée devant lui soutint notre Seigneur lui-même quand il souffrait la croix, méprisant l’ignominie ; et ici, la vue de la gloire — «étant glorifiés avec Christ» — doit avoir le même effet sur nous. Car rien ne nous élève au-dessus de la souffrance comme la contemplation de la gloire future, et quand nous la comparons avec la souffrance, celle-ci devient bien insignifiante. Comme l’apôtre le dit dans un autre endroit : «Notre légère affliction qui ne fait que passer, opère pour nous un poids de gloire éternel» (2 Cor. 4:17). Mais il ne faudrait jamais oublier que c’est avec Christ qu’il s’agit de souffrir, comme c’est avec lui que nous serons glorifiés. Nous souffrons avec lui et nous sommes glorifiés avec lui. Il y a identification avec un Christ rejeté maintenant, comme il y aura identification avec un Christ glorifié. Que pourrions-nous désirer, ou que pourrait donner de plus le Dieu de toute grâce ?

 

5                    Chapitre 5 — Trois classes dans la famille de Dieu (1 Jean 2)

5.1   Unité de la famille

La famille de Dieu est une, nécessairement une, parce que chaque membre de cette famille possède la même nature et la même vie. Elle est si bien une que le Seigneur a voulu que le monde vît l’expression de cette unité. Il dit : «Je ne fais pas seulement des demandes pour ceux-ci, mais aussi pour ceux qui croiront en moi par leur parole ; afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi ; afin qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé» (Jean 17:20-21). Cette prière fut exaucée d’une manière bien évidente, et il ne pouvait pas d’ailleurs en être autrement. Nous lisons qu’aux jours de la Pentecôte, «la multitude de ceux qui avaient cru était un coeur et une âme (Act. 4:32) ; et en rapport avec cette manifestation de l’unité de la famille de Dieu, les apôtres rendirent témoignage, avec une grande force, à la résurrection du Seigneur Jésus. Leur témoignage était accompagné de signes de puissance, convainquant le monde que Christ avait été envoyé de Dieu. La manifestation de l’unité de toute l’Église disparut