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MÉDITATIONS  sur  le Premier  LIVRE  des  CHRONIQUES

 

par H. Rossier

 

TABLE DES MATIÈRES

 

1     INTRODUCTION

2     Chapitres 1 à ch. 9:34    Les GÉNÉALOGIES

2.1      Chapitre 1    D’Adam aux douze tribus.

2.2      Chapitre 2    Juda en rapport avec la royauté.

2.3      Chapitre 3    La famille de David.

2.4      Chapitre 4    Encore Juda, Jahbets. La tribu de Siméon.

2.5      Chapitre  5    Les tribus en deçà du Jourdain.

2.6      Chapitre  6    La tribu de Lévi.

2.7      Chapitre 7    Issacar, Benjamin, Nephthali, Éphraïm, Aser.

2.7.1      Les filles de Tselophkhad.

2.8      Chapitre 8    La tribu de Benjamin en rapport avec la famille de Saül

2.9      Chapitre 9:1-34    Ruine du peuple et restauration de Juda et de Benjamin. Les Lévites.

3     LA ROYAUTÉ DE DAVID SELON LES CONSEILS DE DIEU    Chapitres 9:35  à  ch. 27

3.1      Chapitres 9:35  à  ch. 10    Ruine de la royauté selon la chair.

3.2      Chapitre 11    Établissement de la royauté selon les conseils de Dieu

3.3      Chapitre 12    La royauté reconnue.

3.4      Chapitre 13    L’arche et le chariot neuf.

3.5      Chapitres 14  à  ch. 16:6.    Victoires de David. Fruits de la grâce dans son coeur. Son association avec la famille lévitique.

3.6      Chapitre 16:7-43    Le cantique du début de la royauté.

3.7      Chapitre 17    Prière de David.

3.8      Chapitres 18  à  20    Les guerres.

3.9      Chapitre 21    Le dénombrement et l’aire d’Ornan.

3.10    Chapitre 22    Préparation des matériaux du temple. Caractère de Salomon.

3.11    Chapitre 23    Salomon établi roi. Les lévites.

3.12    Chapitre 24    Les sacrificateurs.

3.13    Chapitre 25    Les chantres.

3.14    Chapitre 26    Portiers, gardiens des trésors et juges.

3.15    Chapitre 27    Le service du roi.

4     DERNIÈRES INSTRUCTIONS DE DAVID     Chapitres 28  à  29

4.1      Chapitre 28    Salomon, roi des conseils de Dieu, et sa responsabilité comme tel.

4.2      Chapitre 29    Prière de David. Salomon établi roi pour la seconde fois.

 

 

1                    INTRODUCTION

Un lecteur superficiel pourrait penser que les Chroniques sont le complément des livres de Samuel et des Rois. C’est en effet le caractère qui leur fut donné par les Juifs dès les temps anciens. Les chrétiens en ont usé de même à l’égard des trois évangiles synoptiques ; ils pensent que les Évangiles de Marc et de Luc complètent la vie du Seigneur racontée par Matthieu. En réalité, les Chroniques, comme ces évangiles, présentent la pensée de Dieu sous un jour entièrement nouveau et nous montrent la royauté sous un aspect très important, que ces pages sont destinées à faire ressortir. En rapport avec ce sujet, une ou deux remarques préliminaires ne seront pas inutiles.

Nous avons insisté, dans d’autres Méditations (*), sur l’origine et la portée prophétique des livres de Samuel et des Rois. Les Chroniques n’ont pas le même caractère, quoique, chose remarquable, on y voie à toute occasion l’intervention des prophètes. Les Juifs même ne les comptaient pas parmi les livres prophétiques dont la plupart des écrits historiques font partie, mais les rangeaient parmi les «Saints écrits» à la tête desquels se trouvaient les Psaumes.

(*) Méditations sur les livres de Samuel et des Rois par H. R.

Tous les livres historiques, jusqu’à la fin des Rois, nous racontent l’histoire du peuple et de la royauté, jusqu’à leur ruine définitive. Ils se terminent à la captivité, d’abord d’Israël, puis de Juda, et ne dépassent pas cette époque. Les Chroniques, par contre, Esdras et Néhémie formant leur suite immédiate, vont plus loin (comp. 2 Chroniques 36:22, 23 avec Esdras 1:1-3). Elles portent, du reste, partout la marque d’une rédaction tardive, postérieure au retour de la captivité babylonienne. Nous trouvons en diverses portions de ces livres la preuve de leur date relativement récente et plutôt subséquente au livre de Néhémie. C’est ainsi que nous y voyons la généalogie de la famille de David ne pas s’arrêter à Zorobabel, chef royal de Juda, remonté de la captivité, mais descendre après lui jusqu’à la cinquième génération, composée de Hodavia et de ses frères (chap. 3:19-24). C’est ainsi encore que nous rencontrons (3:22) Shemahia, fils de Shecania, de la troisième génération après Zorobabel qui (s’il s’agit toutefois du même personnage) remonte de Babylone en Néh. 3:29. Enfin notre livre décrit la captivité de Babylone comme un événement historique appartenant à un passé déjà éloigné (6:15).

À l’appui du fait, incontesté du reste, de la date postérieure des Chroniques, il serait facile de multiplier les citations. Bornons-nous seulement encore à quelques remarques qui la confirment : D’abord les lacunes des généalogies, dans les neuf premiers chapitres de notre livre, sont un précieux témoignage du temps où il fut écrit. Nous savons, en effet, qu’au retour de la captivité, les généalogies de Juda et de Benjamin se trouvèrent insuffisantes en bien des cas et que les membres de la famille de Lévi qui ne purent les fournir furent exclus de la sacrificature (Esdras 2:62). La comparaison de 1 Chron. 9 avec Néh. 11 peut aussi nous convaincre que certaines généalogies des Chroniques offrent de nombreuses lacunes, propres au peuple retourné de la captivité.

Ajoutons encore que nous rencontrons, dès le premier chapitre, la preuve que la prononciation de plusieurs noms était différente de la prononciation primitive. Il semble que l’on peut rapporter une bonne partie de ces différences à des changements de dialecte dus à la captivité. Toutes ces choses subsistent dans notre livre comme preuve du désarroi dans lequel était tombé cette nation coupable sur laquelle Dieu avait prononcé Lo-Ammi.

Ainsi l’Esprit de Dieu a soin de nous marquer lui-même la date approximative de ces livres.

Le but principal des Chroniques se dessinera clairement à mesure que nous avancerons dans leur étude, cependant il est nécessaire que nous y insistions dès le début.

Les Chroniques nous donnent l’histoire des rois de Juda, c’est-à-dire de la famille de David, tandis que, dans les livres des Rois, nous trouvons l’histoire des souverains qui ont dominé sur Israël. Les actes des rois de Juda n’apparaissent dans ces derniers, jusqu’à la captivité des dix tribus, que selon leurs rapports avec le royaume d’Israël ; puis, une fois l’histoire des dix tribus terminée par leur transportation, le récit des Rois reprend l’exposé exclusif de la carrière des derniers souverains de Juda.

Mais la remarque la plus importante pour l’intelligence des Chroniques, a trait aux conseils de Dieu et il nous faut entrer dans quelques considérations à ce sujet :

La Parole envisage l’homme sous deux aspects : Selon sa responsabilité, ou selon la position qu’il occupe dans les conseils de Dieu, c’est-à-dire dans ses desseins éternels, avant les temps des siècles, avant qu’aucune responsabilité fût en cause.

L’Ancien Testament contient l’histoire de l’homme responsable, donnée par Dieu lui-même. Cette histoire montre que l’homme a toujours manqué à ce que Dieu attendait de lui ; de chute en chute il arrive finalement à la croix où il a cloué le Fils de Dieu. Il met fin lui-même à son histoire par une révolte ouverte contre Celui qui était venu le sauver. Mais, sur cette même croix, Dieu, de son côté, termine aussi l’histoire de l’homme. Il y charge son Fils de toute notre responsabilité, jusqu’à le faire péché à notre place, afin que ses conseils de grâce envers nous puissent avoir un plein accomplissement.

En effet, c’est à la mort de Christ que les conseils de Dieu (le mystère de sa volonté, caché de tout temps en Lui) ont été mis en évidence. Là, le voile qui séparait le pécheur de Dieu a été déchiré ; là, l’homme, racheté par le sang de Christ, a vu s’ouvrir un chemin jusqu’à Dieu ; puis Jésus, ressuscité d’entre les morts, monté à la droite de Dieu et envoyant de là le Saint Esprit, a préparé dans sa personne une place pour l’homme dans la gloire.

Les conseils de Dieu, le mystère de sa volonté, se sont donc accomplis en Christ homme, que Dieu établira comme centre de toutes choses ; mais ils ne se bornent pas à ce fait. Dieu donne à Christ, comme Chef, un corps, son complément — comme Époux, une compagne, son Assemblée — un corps qui est sa «plénitude», une compagne, chair de sa chair et os de ses os.

Ces conseils de Dieu ne pouvaient, en aucune manière, être révélés avant la croix. Tout au plus étaient-ils indiqués, en figure, par Adam, type de Celui qui devait venir, et Ève, sa compagne. Ainsi, non seulement Christ est l’objet des conseils de Dieu, mais, en Christ, nous sommes devenus les objets de ces mêmes conseils.

L’homme entre dans la gloire de Dieu, parce que l’homme, en Christ, l’a parfaitement glorifié. Le second Adam devient le chef d’une race nouvelle, sainte et irréprochable devant Dieu, digne d’occuper la gloire éternelle.

Rien de tout cela n’était révélé dans l’Ancien Testament. Et toutefois une partie des conseils de Dieu à l’égard de Christ y est mise en lumière, non la plus élevée sans doute, mais celle qui concerne la domination de la terre. C’est pourquoi il nous est dit dans l’épître aux Éphésiens (1:9, 10) que «Dieu nous a fait connaître le mystère de sa volonté... savoir de réunir en un toutes choses dans le Christ, les choses qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre». Le conseil de Dieu n’était pas d’établir le premier Adam qui a failli, mais le second Adam comme chef de la création et cela, en vertu de ses souffrances. C’est parce qu’il a été fait de peu inférieur aux anges que Dieu «l’a fait dominer sur les oeuvres de ses mains et a mis toutes choses sous ses pieds, les brebis et les boeufs, tous ensemble, et aussi les bêtes des champs, l’oiseau des cieux et les poissons de la mer, ce qui passe par les sentiers des mers» (Ps. 8:5-8). Il en est de même, et c’est le sujet qui va nous occuper dans les Chroniques, quant à l’établissement du royaume terrestre de Christ. Ici il n’est question, ni de l’homme glorifié, ni de Christ centre de toutes choses, ni du Chef de l’Église, ni de notre union avec Lui, mais du Fils de Dieu, racine et postérité de David, établissant son Royaume sur la terre et associant à son règne, au jour de sa puissance, un peuple de franche volonté. Lui-même est l’objet de ces conseils et les accomplira, alors que les hommes, auxquels la domination avait été confiée, ont entièrement manqué au but de Dieu.

Avant que ces desseins, quant à la royauté de Christ, s’accomplissent, Dieu, pour les faire connaître, a donné dans l’Ancien Testament, par des exemples tels que ceux de David et de Salomon, des types de ce que sera la royauté selon ses conseils. Mais comment de telles figures pourraient-elles avoir une portée absolue quand ces hommes de Dieu ont péché si grièvement dans leur carrière ? Leur histoire rentre bien plutôt dans celle de l’homme et de la royauté responsables, telle que les livres de Samuel et des Rois nous la présentent. Sans doute on voit, tout du long de leur histoire, la grâce de Dieu à l’oeuvre pour les discipliner, les restaurer, et rendre, malgré tout, ces hommes faillibles, capables de représenter le caractère de Christ. Dieu produit ce résultat en les façonnant par les épreuves, et c’est ce dont nous parlent les livres de Samuel et des Rois. Mais il s’agit, dans les Chroniques, non pas de nous faire connaître la grâce qui restaure et qui remédie aux fautes du croyant, placé sous sa responsabilité, mais de nous donner une vue anticipée des conseils de Dieu, et cela, autant que possible, sans les mélanger avec tout ce qui pourrait les obscurcir. C’est ce qui nous explique le caractère et la portée générale des Chroniques. Dieu y groupe les traits de la royauté future de Christ, en David et en Salomon, par exemple, sans nous cacher cependant que David, ne fut-ce que par deux fautes, car ce livre n’en signale que deux, et Salomon, même sans en mentionner une seule, ne peuvent être personnellement «Celui qui vient» et qu’il faut «en attendre un autre». Mais il résulte, de ce que nous venons de dire, que les Chroniques, pour répondre à leur but, devront taire tous les graves péchés de ces deux rois.

On pourrait nous objecter qu’après Salomon l’histoire des rois de Juda se continue dans les Chroniques et que l’on ne trouve pas, dans les récits qui suivent, quelque chose qui préfigure les conseils de Dieu quant au règne futur de Christ. Cette remarque est juste, avec la restriction, toutefois, qu’un roi pieux, dans les Chroniques comme dans les Rois, peut être un représentant de Christ ; mais il faut se souvenir que Dieu, en relatant leur histoire dans les Chroniques, établit encore un autre fait, à savoir que ses conseils ont en vue Christ comme fils de David par descendance royale. Cette race de David s’est parfois affreusement corrompue, mais dans ce cas même Dieu a soin de faire ressortir, partout où la chose est possible, ce que la grâce a pu produire en ceux qui devaient être la souche du Messie, lorsque, depuis plus de deux siècles la royauté en Israël avait cessé d’exister. Ces voies de grâce ressortent particulièrement dans ce livre, au cours de l’histoire des successeurs de Salomon. Conformément au plan et au but des Chroniques, tout ce que la grâce produit dans le coeur des plus mauvais rois, tel par exemple un Manassé, y est mis en lumière, afin de montrer que la grâce envers l’homme est le seul moyen d’amener à son égard l’accomplissement des conseils de Dieu.

En résumé, les Chroniques ne nous présentent pas l’histoire de la royauté responsable, mais de la royauté selon les conseils de Dieu en grâce, conseils qui ne trouveront leur plein accomplissement que lorsque la couronne sera posée sur la tête du Christ. C’est pourquoi les Chroniques ne manquent jamais d’enregistrer les voies de Dieu en grâce pour remédier aux fautes des rois qui se succèdent sur le trône jusqu’à l’apparition du grand Roi. C’est pourquoi aussi le récit divin passe autant que possible sous silence les fautes commises. L’Esprit de Dieu omet, comme nous l’avons dit, les graves péchés de David et toutes leurs conséquences ; il en est de même pour ceux de Salomon.

À ces traits caractéristiques vient s’en ajouter un autre. Les Chroniques sont absolument muettes sur la réjection et sur toutes les souffrances de David, et nous introduisent immédiatement dans les gloires qui suivent ces souffrances, preuve évidente que ce livre n’a pas, en rapport avec l’oeuvre de Christ, le caractère prophétique de ceux qui l’ont précédé.

Si nous trouvons dans les Chroniques les conseils de Dieu à l’égard du Christ, dans les types de David et de Salomon, et les voies de Dieu en grâce à l’égard de la famille royale en vue de l’apparition du vrai Roi, n’oublions pas de mentionner qu’elles contiennent ces mêmes conseils à l’égard de Juda comme le peuple du Messie. Dieu nous montre que rien n’entravera le cours de ses desseins d’éternité envers ceux qui en sont les objets. Partout où le mal domine, Dieu se hâte d’introduire le bien, en sorte que, selon l’expression d’un serviteur de Dieu, «le bien produit par Lui, puisse toujours être sous ses yeux au lieu du mal produit par l’homme». Il prépare donc tout, en vue de la pleine manifestation et de la gloire future de son Oint.

Il est d’autant plus frappant de trouver dans les Chroniques le tableau de la grâce agissant dans le coeur de l’homme, que ces livres sont écrits, comme nous l’avons vu, après la ruine définitive du peuple et de la royauté. Mais quelle consolation pour le pauvre Résidu, remonté de Babylone, dans l’asservissement et le mépris, de trouver ici son histoire, écrite en ces temps désastreux par l’Esprit de Dieu lui-même et montrant à chaque page qu’aucune infidélité du peuple ne peut modifier les conseils de Dieu, ni altérer la grâce par laquelle il établira, à l’égard de son peuple, ses desseins éternels dans la personne de Christ.

Les conseils de Dieu au sujet de la royauté étant la vérité capitale de ce livre, nous y trouverons nécessairement tout ce qui se rattache d’une part à l’organisation sacerdotale, de l’autre, à l’organisation politique du peuple. En effet, le royaume selon Dieu est caractérisé par un ordre divin dans le domaine religieux et civil.

Le domaine religieux vient naturellement en premier lieu dans l’organisation du royaume selon les pensées de Dieu. Sans le culte de l’Éternel, ni la royauté ni le peuple ne pouvaient subsister ; sans lui, la nation retombait au niveau des autres nations et, comme elles, devait être détruite. Le peuple d’Israël n’avait aucune raison d’être s’il ne maintenait, par le service religieux, ses rapports avec le Dieu qui l’avait choisi pour être à Lui. Du moment qu’Israël abandonnait ces rapports pour s’adonner à l’idolâtrie, Dieu l’abandonnait aussi, comme nous le voyons dans l’histoire des Juges et plus tard des Rois. Enfin ses transgressions sont devenues telles que Dieu prononça Lo-Ammi sur lui.

Il en a été de même de la royauté. Responsable de conduire et de gouverner le peuple pour Dieu, elle ne pouvait subsister sans observer le culte de l’Éternel et tout ce qui s’y rattachait. Les deux piliers des relations d’Israël avec Dieu, la royauté et la sacrificature, ne pouvaient être disjoints sans que tout le système croulât ; si l’un des deux manquait, une ruine complète en était la conséquence. Avant même l’établissement de la royauté, l’alliance indissoluble entre elle et la sacrificature, se voyait dans le cas de Moïse, roi en Jeshurun, et d’Aaron, son frère ; il y eut cependant ici cette différence, c’est que la royauté proprement dite étant établie, la sacrificature lui fut subordonnée, parce qu’elle avait failli à sa vocation ; désormais le sacrificateur fidèle dut toujours marcher devant l’oint de l’Éternel (1 Sam. 2:35). Dans les conseils de Dieu, la royauté et la sacrificature, le gouvernement et le Culte, doivent nécessairement subsister ensemble. De là l’immense importance de tout le service du temple dans l’histoire de David et de Salomon, tels que les Chroniques nous les présentent. Et quand, après eux, nous assistons à des réveils lors de la ruine de la royauté, nous voyons toujours en premier lieu le culte rétabli, comme par exemple dans l’histoire d’Ézéchias et de Josias.

L’union des domaines civil et religieux nous est présentée dans les Chroniques comme types de son accomplissement en Christ dans un temps futur. Ces deux éléments se réuniront en Lui comme base inébranlable du royaume de Dieu sur la terre. Christ sera «sacrificateur sur son trône» (Zach. 6:13). (*)

(*) Notons ici une fois pour toutes que, lorsque les récits de Samuel, des Rois et des Chroniques concordent d’une manière générale, nos réflexions ne portent que sur leurs divergences, les traits qu’ils ont en commun ayant été déjà considérés dans les ouvrages précédents.

2                    Chapitres 1 à ch. 9:34    Les GÉNÉALOGIES

Au moment d’aborder les premiers chapitres de ce livre, il nous semble utile d’insister sur l’importance des généalogies pour le peuple d’Israël.

Elles étaient nécessaires, car, la promesse de l’héritage de Canaan étant faite à Abraham et à sa semence, cette semence devait être enregistrée, puisqu’elle avait seule le droit d’entrer dans la terre promise.

Arrivé en Canaan, le peuple avait besoin de ses généalogies pour distribuer le pays entre les tribus et les maisons de pères.

Elles étaient tout aussi nécessaires pour empêcher le mélange des nations environnantes avec le peuple élu.

Enfin, et avant tout, elles étaient indispensables en vue de la royauté, du Messie, car sa filiation devait remonter, à travers la sérié des rois jusqu’à Juda «le législateur», puis, de Juda à Jacob, Isaac, Abraham, Noé, Adam et Dieu !

Les généalogies étaient importantes aussi, pour établir la succession de la sacrificature aaronique, destinée à marcher toujours devant le vrai Roi, l’Oint de l’Éternel.

Telle est, en quelques mots, l’utilité des généalogies. Cette utilité était d’autant plus grande depuis que le peuple, après être tombé sous le jugement de Dieu, traversait un état d’anarchie, où il était difficile, souvent même impossible, de prouver son origine, comme nous le voyons dans les livres d’Esdras et de Néhémie.

Hâtons-nous toutefois de remarquer que, si l’on veut entrer dans les détails du sujet qui nous occupe, il faut être très circonspect dans ses conclusions, car les généalogies juives présentent d’innombrables difficultés. On y rencontre d’abord les cas très fréquents où ceux qui sont appelés fils d’un tel, ne sont pas nécessairement ses enfants, mais ses petits-fils, voire même ses arrière-neveux — puis les cas où un chef de race est considéré comme le père d’une génération, en omettant toutes les générations intermédiaires — les cas où un parent éloigné devient par «droit de rachat» (voyez Ruth) chef d’une famille éteinte — ceux, très fréquents lors de la captivité, où une famille succédait à l’héritage d’une famille disparue, sans être, par descendance directe, en rapport avec le chef de race — les cas où, le nom des ancêtres faisant défaut, l’endroit de naissance tenait lieu, pour ainsi dire, du chef de famille — les cas, communs parmi les Juifs, où une personne avait plus d’un nom (voyez par exemple ces noms connus : Benjamin et Benoni, Rehuel et Jéthro, Salomon et Jedidia, etc., etc.). — les cas enfin où une généalogie était donnée en abrégé, les noms indiqués n’étant que de simples jalons pour établir la descendance.

Ces faits expliquent comment le recensement de la même tribu, opéré à deux époques différentes, présente de l’une à l’autre des diversités très notables. Tout cela se complique encore du fait que les généalogies contiennent des omissions volontaires ou des transpositions de noms destinées à accentuer le but de l’Esprit de Dieu, surtout dans le livre que nous étudions.

À ces nombreuses difficultés viennent encore s’ajouter les suivantes. Les généalogies des Chroniques contiennent parfois des noms de source très ancienne, que l’on ne trouve pas dans l’Ancien Testament. Beaucoup de noms appartiennent, non à des individus, mais à des races ou à des familles. D’autres sont des généalogies qu’on pourrait appeler géographiques, insérant, faute d’autres sources, des noms de tribus, de districts, de villes. Nous avons déjà parlé de ce fait en étudiant le chap. 2 d’Esdras. Nous le retrouvons en 1 Chron. 2:18-24, 25-33, 42-55 ; 4:1-23, 28-33 ; 5:11-17 ; 7:37-40, etc., etc.

Il serait facile d’ajouter d’autres difficultés à cette liste, déjà longue. Ce qui a été dit doit suffire pour mettre en garde les chrétiens qui, tentés d’étudier les généalogies, se heurteront, à chaque pas, à d’apparentes contradictions. Non pas que le sujet ne porte en lui-même son édification, comme du reste toute la parole de Dieu, mais il ne servirait de rien de l’aborder avec sa propre intelligence, comme l’ont fait, si souvent, les rationalistes. Ce n’est du reste pas, hâtons-nous de le remarquer, à ces généalogies-là que l’apôtre défend de s’attacher (1 Tim. 1:4 ; Tite 3:9) mais à un certain système philosophique qui établissait des degrés interminables dans la hiérarchie des esprits.

En abordant cette étude nous insistons de nouveau sur le fait important que, depuis la captivité, par suite de négligence, d’indifférence, ou pour d’autres causes, des lacunes innombrables existaient dans les généalogies et qu’il était, en suite de cela, souvent impossible de reconnaître certaines personnes comme faisant partie d’Israël, à moins qu’une déclaration divine n’intervînt, à un moment donné, par les Urim et les Thummim (Esdras 2:63).

2.1   Chapitre 1    D’Adam aux douze tribus.

Les chapitres que nous allons considérer pourraient sembler, à première vue, dénués d’intérêt. Nous verrons cependant qu’ils sont pleins d’instruction ; de plus, ils nous révèlent d’emblée le caractère du livre dont ils sont la préface.

En effet, les Chroniques, s’occupant des conseils de Dieu et de ses voies de grâce envers l’homme, commencent naturellement avec Adam. Elles poursuivent ensuite la lignée de l’homme, élu selon les conseils de grâce, en contraste avec la lignée de l’homme selon la chair. L’homme est devenu pécheur ; il est en chute presque à son origine. Si Dieu a des desseins de grâce envers lui, il n’en est pas moins établi qu’en premier lieu il engendre, comme pécheur, des fils à son image, et qui n’ont aucune liaison avec les conseils divins, des fils qui sont la semence d’une nature en chute et corrompue. Si Dieu n’intervient dans sa miséricorde, l’homme ne peut engendrer que le mal. Nous trouverons donc toujours, dans ces chapitres, la descendance de la chair en premier lieu, celle de l’Esprit en second, parce que Dieu n’engendre que lorsque l’homme pécheur a fourni la preuve de ce que sa nature pouvait produire. C’est pourquoi l’apôtre nous dit, en 1 Cor. 15:46 : «Ce qui est spirituel n’est pas le premier, mais ce qui est animal (selon la nature de l’homme), ensuite ce qui est spirituel». Or ce qui est spirituel participe, non de la nature du premier Adam, mais de celle du second.

C’est ainsi que Dieu l’a ordonné. Toute la question de la responsabilité de l’homme doit être résolue, avant que l’homme selon les conseils de grâce apparaisse ; et, de fait, la grâce ne pourrait se manifester, s’il n’était pas prouvé dans quel abîme l’homme, livré à lui-même, est tombé. Cette grande vérité forme le fondement de toutes les Écritures, car celles-ci donnent pour base à l’Évangile de la grâce la ruine irrémédiable de l’homme.

Il appartient donc à un livre comme celui-ci, qui nous parle des conseils de Dieu envers l’homme et (nous le verrons) tout particulièrement envers la royauté, de nous montrer qu’ils proviennent uniquement de la libre grâce de Dieu, manifestée quand l’homme, dans la lignée de la chair, a prouvé qu’il n’était capable que du mal.

Dès qu’il s’agit des généalogies de Christ dans les Évangiles, nous voyons disparaître entièrement la lignée selon la chair, contenue dans ces chapitres, pour faire place à la lignée par laquelle, selon l’élection de grâce, s’accomplissent les conseils de Dieu à l’égard de son Roi. Mais, du moment que c’est par grâce, loin de prendre des hommes parfaits pour constituer la lignée du Christ, Dieu choisit des hommes pécheurs, souvent d’entre les pires, ou des femmes pécheresses, par quoi Il démontre la liberté de son choix.

Dans les Chroniques, il s’agit de l’homme, et de la manière dont Dieu réalisera ses conseils, au cours de son histoire, pour en amener le triomphe dans la personne du Christ. Aussi voyons-nous comme nous l’avons dit, la généalogie commencer à Adam. Les versets 1 à 4 sont conformes à ce qui nous est révélé dans la Genèse. Au reste, point de lacunes dans ce premier chapitre. Du moment que l’on entre au chap. 2 dans l’histoire d’Israël, les lacunes surviennent, car d’après la date des Chroniques, la généalogie de plusieurs membres de ce peuple restait en suspens pour n’avoir pu être prouvée.

Disons immédiatement que le chapitre 9 nous amène un peu au-delà du temps de Néhémie, et interrompt les généalogies royales à huit générations avant l’arrivée du Messie. L’Évangile de Matthieu comble cette lacune en nous faisant connaître comment, à travers la ruine, Dieu lui-même a pris soin de conserver la généalogie du fils de David, son propre Fils, jusqu’à sa venue comme fils de Joseph et de Marie. Le premier chapitre de Matthieu forme donc la suite naturelle du 9° chapitre des Chroniques.

Nous trouvons au chap. 1er qui nous occupe en ce moment, deux séries de noms, mises en relief. La première (v. 1-4) commence à Adam et finit aux fils de Noé, Sem, Cham et Japheth. La seconde (v. 24-27) recommence à Sem et finit à Abraham. Ces deux séries forment une chaîne ininterrompue, dont le point de départ est la grâce envers l’homme déchu, et qui aboutit aux promesses faites à Abraham et saisies par la foi.

Ceci établi nous trouvons, au v. 4, Sem nommé en premier, quoiqu’il ne soit pas le premier-né, fait qui, du reste, se répète fréquemment dans les généalogies de la Genèse avant Abraham. Mais les généalogies de Japheth et de Cham sont comptées avant la sienne (v. 5-16), comme on le voit du reste aussi dans la Genèse (chap. 10). Aux yeux de Dieu, Sem, un élu de la grâce, a la prééminence, mais dans l’ordre naturel ce qui est spirituel n’est pas le premier comme nous l’avons déjà fait remarquer. Il en est de même de la descendance d’Abraham : «Les fils d’Abraham, Isaac et Ismaël» (v. 28) ; Isaac nommé d’abord, comme vu premier dans la pensée de Dieu, mais Ismaël, l’aîné, compté d’abord (v. 29) comme semence selon la chair. De même pour Isaac, la postérité de son fils Ésaü est comptée en premier lieu (v. 35), comme nous l’avons vu pour Cham et pour Ismaël.

Une ou deux petites considérations secondaires serviront à clore nos remarques sur ce chapitre. Parmi les fils de Cham, Nimrod est simplement mentionné comme ayant «commencé à être puissant sur la terre». En Gen. 10:9-12 nous trouvons, très détaillée, l’étendue de sa domination. Le chap. 10 de la Genèse a pour sujet la répartition des nations sur la terre, et les développements qu’on y trouve seraient sans utilité pour le but du livre qui nous occupe. Par la même raison les limites des Cananéens, en Gen. 10:18-20, et celles des fils de Joktan (Gen. 10:29-32) sont ici entièrement passées sous silence (cf. v. 16, 23).

Au v. 32, les fils de Ketura, concubine d’Abraham, sont énumérés comme on les trouve en Gen. 25:1-4. Ils font suite, dans notre chapitre, à la postérité d’Ismaël (v. 28-31) afin de marquer qu’eux aussi font partie de la descendance selon la chair. La généalogie d’Ismaël lui-même est donnée selon Gen. 25:12-15. Quant à Ésaü (v. 35-42), ses fils sont mentionnés en abrégé, sans les noms de leurs mères et les nombreux détails qui nous sont donnés en Gen. 26:1-19.

Les rois d’Édom sont énumérés ensuite (43-54, cf. Gen. 36:31-43). La violence caractérise toute cette race ; car pas un de ces rois n’a son fils pour successeur.

Nous croyons devoir mentionner ces détails comme caractérisant le but de l’Esprit de Dieu dans ce livre. Ils ne sont point comme le prétendent les rationalistes, une compilation très inexacte ou volontairement altérée d’autres documents, mais un choix, parmi des documents antérieurs, de ce qui est approprié au but que Dieu se propose.

Au reste, si ce premier chapitre contient, comme nous l’avons vu, l’omission volontaire de certains détails, il s’accorde complètement avec les listes généalogiques de la Genèse. Nous répétons qu’on n’y trouve pas de lacunes. Ces dernières ne commencent qu’à partir des généalogies des douze tribus.

Une fois la descendance selon la nature énumérée, la question est considérée comme définitivement close (*). Dieu n’y revient pas, ne peut faire aucun usage de «l’homme animal», abandonné désormais à lui-même, sans lien, sans rapport avec Dieu, pour faire place à une descendance selon l’élection de grâce et selon les conseils éternels de Dieu.

(*) Cependant nous rencontrerons plus tard le même principe à propos de la royauté, de la descendance de Saül et de la sacrificature.

2.2   Chapitre 2    Juda en rapport avec la royauté.

Dès le début de ce chapitre, les noms des fils de Jacob, appelé Israël, sont mentionnés sans ordre, dans le but, je pense, de nous les montrer comme étant tous, indistinctement, les objets des desseins de Dieu en grâce. C’est ainsi que nous trouvons d’abord les enfants de Léa, puis ceux de Rachel mentionnés entre Dan et Nephthali, fils de Bilha, enfin Gad et Aser, les fils de Zilpa, servante de Léa.

Ce que nous constatons ici nous fournit l’occasion d’une remarque qui semble ne pas avoir attiré l’attention.

L’énumération des fils de Jacob et respectivement des douze tribus se retrouve, sauf erreur, vingt-deux fois dans les Écritures et chaque fois dans un ordre différent. Il faudrait plus de place que nous n’en pouvons disposer pour examiner en détail les causes de ce fait. Outre les versets 1 et 2 de notre chapitre nous rencontrons encore trois fois cette énumération dans le premier livre des Chroniques (*).

(*) Voyez l’Appendice à la fin de cet ouvrage.

Note Bibliquest : Nous pensons que l’ordre des tribus se trouve 23 fois en tenant compte de Éz. 48:31-34. L’appendice est mis sur le site Bibliquest en document séparé trouvable dans l’index par sujet, à la rubrique « tribus, ordre des - »

Reprenons le cours de notre chapitre :

Dans les Chroniques, l’exactitude des généalogies dépend, en grande partie, de l’importance que les Juifs y apportèrent pendant leur captivité et le désordre qu’elles révèlent correspond à l’état du Résidu, tel que nous le trouvons dans les livres d’Esdras et de Néhémie. Un nombre considérable de personnes, soit du peuple, soit de la sacrificature, ne put prouver sa généalogie. À défaut de chefs, ils purent cependant se faire reconnaître par leurs noms de familles, de groupes et de villes, qui devinrent de cette manière, pour ainsi dire, une «personne morale», reconnue comme souche de leur descendance (cf. Esd. 1 et ici 2:50, 54, 55 ; 4:9). De plus, le grand désordre qui s’était introduit, explique, en partie du moins, pourquoi les descendants très éloignés d’un chef de race furent considérés comme ses fils (Voyez par exemple, Shobal, l’arrière-petit-fils d’un petit-fils de Juda (cf. 2:50 ; 4:1). Ce même désarroi explique aussi comment on voit apparaître inopinément, et compter comme chef de race, un chef de famille dont le nom n’avait pas été prononcé jusqu’alors (8:33).

La généalogie de Caleb offre un frappant exemple de ce désordre et de la tenue fragmentaire des registres généalogiques. Caleb (appelé non sans but, je le pense, Kelubaï au v. 9) est fils de Hetsron et arrière-petit-fils de Juda. Nous trouvons sa généalogie aux versets 18-20, et la descendance de ses deux femmes, Azuba, Éphrath. Aux versets 42 à 49 nous retrouvons la descendance de ce même Caleb par ses concubines. Il est appelé frère de Jerakhmeël (fils d’Hébron, v. 9). Mais, tout à la fin de cette énumération, nous sommes subitement transportés en présence d’Acsa, fille, comme nous le savons, de Caleb, fils de Jephunné (Jos. 15:16). Aux v. 50 à 55 nous rencontrons, pour la troisième fois dans ce chapitre, la descendance de Caleb, fils d’Hetsron, par Hur, premier-né d’Éphratha, dont une partie de la généalogie nous a déjà été donnée au v. 20.

Enfin, au chap. 4:13-15, nous trouvons la descendance de Caleb, fils de Jephunné et de son frère Kenaz. Or, même de ce côté-là, cette généalogie est tronquée.

Faut-il conclure de tout cela que le texte des Chroniques est une compilation humaine et fantaisiste et que, même la valeur historique de ce livre est nulle ? C’est ce que prétendent les rationalistes, mais, grâce à Dieu, leur raison se trouve toujours en défaut quand elle s’attaque à Sa Parole. Nul chrétien éclairé ne niera que les généalogies des Chroniques ne soient composées de fragments récoltés au milieu de la confusion générale, documents que Dieu marque du sceau de son approbation. Cela est si vrai qu’une quantité de passages dans ces généalogies sont de source très ancienne, non mentionnée dans les autres livres de l’Ancien Testament.

La généalogie fragmentaire de Caleb, sur laquelle nous avons insisté plus haut est très instructive sous ce rapport. Nous savons, d’après une quantité de passages des Écritures (Nombres 13:7 ; 14:30, 38 ; 32:12 ; 34:19 ; Deut. 1:36 ; Jos. 14:13) quelle faveur Caleb, fils de Jephunné, s’attira de la part de Dieu, par sa persévérance, son courage moral, sa fidélité, son ardeur à conquérir un lot dans le pays de Canaan. L’approbation de l’Éternel était sur lui, tandis que Caleb, fils de Hetsron et de Juda, n’est point mentionné, malgré sa nombreuse descendance, comme l’objet d’une faveur spéciale de Dieu. Or, si les généalogies fragmentaires de Caleb, fils de Juda, sont la preuve du désordre existant, Dieu coordonne ces fragments en vue d’un but spécial et nous y trouvons une pensée plus profonde. C’est Caleb, fils de Jephunné, que Dieu a tout particulièrement en vue, comme la Parole nous l’enseigne ; c’est lui qu’Il introduit d’une manière si extraordinaire dans la généalogie du fils d’Hetsron (2:49). C’est en vue de lui, que cette généalogie est inscrite à côté de celle de David, comme faisant partie de la tribu de Juda, d’où sort la race royale. Mais, par quels liens Caleb, fils de Jephunné, qui eut Acsa pour fille, se rattache-t-il à Caleb, fils d’Hetsron ? C’est ici que survient un fait du plus haut intérêt qui n’a peut-être pas assez attiré l’attention. Caleb, fils de Jephunné, n’était pas originairement de la race de Juda. En Nomb. 32:12, en Josué 14:6, 14, il est appelé Caleb, fils de Jephunné, le Kenizien. De même le jeune frère de Caleb, Othniel, auquel Caleb donna sa fille Acsa pour femme est appelé «fils de Kenaz» (Jos. 14:17 ; Juges 1:13 ; 3:9, 11). Or, en Genèse 36:11, nous apprenons que Kenaz est un nom édomite, d’où la conclusion qu’à un certain moment la famille de Kenaz, et par conséquent de Caleb, fils de Jephunné, fut incorporée aux tribus d’Israël comme tant d’autres étrangers, tels que Jéthro, Rahab, Ruth, qui devinrent, en vertu de leur foi, membres du peuple de Dieu. Cela explique une parole caractéristique en Jos. 15:13 : «Selon le commandement de l’Éternel à Josué, il donna à Caleb, fils de Jephunné, une part au milieu des fils de Juda... c’est Hébron». Et, en Jos. 14:14 : «C’est pourquoi Hébron appartient en héritage, jusqu’à ce jour, à Caleb, fils Jephunné, le Kenizien, parce qu’il avait pleinement suivi l’Éternel, le Dieu d’Israël».

Ainsi Caleb qui, par son origine, n’avait pas réellement droit de cité en Israël, reçoit ce droit au milieu de Juda en vertu de sa foi et est incorporé dans la famille de Caleb, fils d’Hetsron, comme il apparaît en 2:49, et dans les passages déjà cités de Josué. Les fragments conservés de la généalogie de Caleb, fils d’Hetsron, confirment la place assignée par Dieu à Caleb, fils de Jephunné, et cette substitution est un des points importants que l’Esprit de Dieu nous signale ici.

En résumé, le nom de Caleb est mis en évidence dans ce chapitre. À ce nom se rattache l’idée de «vertu», c’est-à-dire d’une énergie morale qui, en vue du but à atteindre, fait franchir au croyant les obstacles le séparant de toute entrave, et du péché qui enveloppe si aisément. «Joignez à votre foi la vertu», est-il dit en 2 Pierre 1 ; Caleb en est l’exemple. Autour de ce nom viennent se ranger des caractères de même trempe que celui du fils de Jephunné : Othniel, Acsa (4:3 ; 2:49) ; Hur (2:19, 50 ; 4:1, 4) ; Jaïr (quoique ce dernier ait perdu ensuite tout ce que son énergie avait d’abord acquis, 2:22, 23) ; les Récabites (2:55).

D’autres membres de la famille de Caleb, fils d’Hetsron, tout en étant témoins des grâces accordées à la foi, le sont en même temps de la stérilité qui est la conséquence de la ruine. Tels Séled, Jéther, Sheshan qui meurent sans fils (v. 30, 32, 34).

La stérilité caractérise surtout, il est vrai, la descendance de Jerakhmeël. Quoiqu’il soit l’aîné des fils de Hetsron (v. 9), il a de nouveau ici la dernière place (v. 25) et ce fait s’accorde avec ce que nous avons vu du caractère des Chroniques au chap. 1. Les caractères de l’homme naturel sont aussi bien héréditaires que les caractères d’un homme de foi comme Caleb, seulement ces derniers le sont par grâce. Ce n’est pas de Jerakhmeël, mais de Ram, son frère puîné, que descend la race de David (v. 9-16).

2.3   Chapitre 3    La famille de David.

Nous avons rencontré, au chap. 2:9-16 — et c’est de fait le but principal de ce chapitre — la généalogie de David, issu de Juda et remontant, à travers les âges, jusqu’à Adam en passant par Jacob, Isaac, Abraham, Sem et Noé. Le chap. 3 nous présente la descendance de David jusqu’à quelques générations avant le Christ. Ici, cette descendance part d’Hébron, lieu où la royauté du fils d’Isaï fut reconnue par les tribus. Les Chroniques passent entièrement sous silence l’histoire et les afflictions de David comme roi rejeté. Elles nous montrent en David l’objet des conseils de Dieu quant à la royauté, conseils qui trouveront leur plein accomplissement en Christ, fils de David. Cependant, tout en taisant ses souffrances, elles font d’Hébron le point de départ de sa gloire. Hébron était avant tout le lieu de la mort, car c’est là qu’était le sépulcre de Sara, d’Abraham, de Joseph et des patriarches. Ce fut de ce même lieu que Joseph, type de Christ rejeté, alla chercher ses frères. Hébron devint ensuite une ville de refuge contre le vengeur du sang, et figura la croix qui met à l’abri le peuple coupable ; ce fut enfin là le lieu principal où demeurèrent les sacrificateurs, fils d’Aaron, types de la sacrificature qui fait de la mort de Christ le centre de ses louanges. Ce lieu nous parle donc, d’une manière frappante, de la croix comme fondement de la gloire royale, et base de toutes nos bénédictions. Il fut choisi par Caleb, comme résidence. La carrière de Caleb aboutit à Hébron ; celle de David y a son point de départ.

Mais, nous le répétons, si les Chrdniques indiquent en type et incidemment la mort de Christ comme la base de tout, les conseils de Dieu à l’égard de la royauté sont le sujet dont elles nous entretiennent.

La famille de David elle-même porte comme son chef (il était le dernier de la maison de son père) la marque évidente de l’élection de grâce (3:9). Amnon, le fils selon la chair, honte de la maison de son père, vient en premier lieu, pour être répudié comme tout ce qui provient de la nature. De fait, quant à leur origine, tous les fils de David, sans exception, sont compris entre ces deux noms, Amnon et Thamar (v. 1-9). Bien plus encore, tous les fils nés avant le plein établissement du règne, ceux du moins dont l’histoire nous est rapportée, subissent une égale condamnation : Amnon, Absalom, Adonija, la corruption, la révolte, l’orgueil qui prétend au trône et voudrait supplanter Salomon, tombent sous le jugement. Il faut arriver au règne définitivement établi à Jérusalem, endroit du libre choix de la grâce (Ps. 132:13), pour rencontrer en Salomon, après David son père, l’homme des conseils de Dieu. Là encore, l’ordre selon la nature est sans aucune valeur. Shimha, Shobab, Nathan, mentionnés les premiers, comme fils de Bath-Sheba, disparaissent devant Salomon, son dernier fils. De même tous les autres fils qui viennent après lui n’ont aucun droit à la royauté.

Les v. 10 à 24 enregistrent la descendance directe de Salomon. Le mot «son fils» constamment répété jusqu’à Sédécias accentue le contraste entre la descendance selon la grâce et celle selon la nature, telle que nous l’avons vue dans l’histoire d’Édom (1:43-54).

Depuis le v. 15, après le règne du fidèle Josias, nous trouvons les rois de la ruine définitive de Juda ; cette série aboutit enfin à Zorobabel, remonté de la captivité, mais ne portant déjà plus le titre de roi. Après Zorobabel, les Chroniques enregistrent encore cinq générations jusqu’à Hodavia et ses frères. Si les années de l’un d’entre eux étaient connues, elles nous donneraient la date approximative de la rédaction des Chroniques. Les noms correspondant à ceux de Hanania, Shecania, Nearia, Élioénaï, Hodavia ne se retrouvent pas dans la généalogie de Matt. 1. On a supposé que les souverains de Babylone les avaient changés (cf. Dan. 1:6, 7) pour effacer de l’esprit des Juifs les traces de la royauté, remarque qui, sans être confirmée, pourrait avoir quelque probabilité.

2.4   Chapitre 4    Encore Juda, Jahbets. La tribu de Siméon.

Les versets 1 à 23 reprennent pour la seconde fois la généalogie de Juda. Deux noms ont un relief particulier dans les chap. 2 à 4. D’abord celui de David, car la royauté de Juda est, comme nous l’avons vu, le sujet principal des Chroniques ; en second lieu celui de Caleb, fils de Jephunné, qui représente l’énergie et la persévérance de la foi ; Hur, qui joue un rôle prépondérant dans l’histoire d’Israël (Ex. 17:12 ; 24:14), est lui-même fils de Caleb (2:19, 50 ; 4:1, 4). Jahbets (4:9, 10) est de la même race (4:9, 10 ; 2:55).

La mère de Jahbets l’avait enfanté avec douleur et l’avait nommé Jahbets : «Douleur». Elle avait éprouvé pour elle-même et reconnaissait les suites du péché, la malédiction qui en était la conséquence pour l’homme, la juste sentence de Dieu prononcée sur la femme séduite par le serpent, car Dieu avait dit : «Je rendrai très grandes tes souffrances et ta grossesse ; en travail tu enfanteras des enfants» (Gen. 3:16). La mère de Jahbets acceptait cette sentence par la foi. Elle cherchait si peu à s’y soustraire qu’elle la transmit à son fils en lui faisant porter le nom «Douleur». Du côté de l’homme, tout espoir de bonheur était perdu, par la chute, et la douleur était fatalement sa part.

Jahbets commença par cette conviction ; c’est pourquoi il fut «plus honoré que ses frères». Alors il «invoqua le Dieu d’Israël», sachant qu’il ne pouvait dépendre que de l’Éternel pour être délivré de la malédiction du péché. Il savait, d’autre part, que cette délivrance pouvait être si absolue que lui, Jahbets, fût sans douleur !

Jahbets fait quatre requêtes à Dieu ; si Dieu les lui accorde, elles seront la preuve de sa complète délivrance.

La première requête est celle-ci : «Si tu me bénissais abondamment..». Dieu avait maudit l’homme et le sol dont il avait été tiré (Gen. 3:17). Lui seul pouvait annuler cette sentence et la remplacer par la bénédiction, première preuve de la fin de la douleur. Lui seul pouvait changer les circonstances de telle sorte que le pécheur, banni de Sa présence, pût être amené à Lui pour jouir de Sa grâce et de ses promesses inconditionnelles. «Je te bénirai», avait dit l’Éternel à Abraham. La foi de Jahbets remonte aux conseils de grâce et aux promesses de Dieu quand tout est ruiné. Son histoire, relatée dans ce livre seul, n’est-elle pas bien d’accord avec le caractère général des Chroniques ? «Dieu fit arriver ce qu’il avait demandé». De même, pour nous, Dieu a aboli, par le sacrifice de Christ, toutes les conséquences du péché, en sorte que nous pouvons être bénis, en Lui, de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes.

La seconde requête est celle-ci : «Si tu étendais mes limites». Ces généalogies mettent en relief, à diverses reprises, les individus dont Dieu étend les limites dans la terre de la promesse, lorsque l’ensemble du peuple avait failli quand il s’agissait de conquérir entièrement son héritage. Jaïr nous en a déjà offert la preuve au chap. 2. Les noms de Caleb, d’Acsa, d’Othniel, sont autant d’exemples de cette énergie individuelle de la foi, qui retrouve des limites étendues quand elle compte sur Dieu. Il en est de même pour nous : nos limites spirituelles s’étendent dans le domaine céleste, pendant que nous sommes ici-bas. Pour les acquérir, il nous faut reconnaître notre ruine irrémédiable, l’incapacité dont nous avons fait preuve pour étendre nous-mêmes nos limites, et montrer l’humble dépendance qui s’appuie sur la grâce de Dieu seul pour les posséder.

Jahbets dit en troisième lieu : «Si ta main était avec moi». Il ne compte pas sur son énergie naturelle pour accroître ses limites, mais sur la puissance de Dieu. Cela frappe d’autant plus qu’il était d’une race renommée pour son énergie.

Il dit enfin, en quatrième lieu : «Si tu me mettais à l’abri du mal». Le mal qui a amené la douleur dans ce monde n’a pas disparu ; il est toujours présent. Jahbets le sait bien, car il ne demande pas qu’il soit ôté, mais désire être mis à l’abri de ce mal dont il constate l’existence. Ici encore, il reconnaît que ce n’est pas sa volonté, mais la puissance de Dieu seule qui est capable de le garder.

Une confiance absolue dans la grâce et la puissance de Dieu est le seul moyen d’obtenir ces choses. Jahbets les obtint. Comment la douleur pouvait-elle subsister dans le coeur de cet homme de Dieu quand toutes ses demandes étaient exaucées ? Sans doute, la douleur pas plus que le mal qui l’a engendrée, n’avait disparu du monde, mais le coeur de Jahbets, rempli des choses excellentes qui lui étaient accordées, n’avait plus de place pour elle.

 

On trouve encore chez le peuple de Dieu d’autres devoirs et d’autres activités que d’étendre ses limites comme Jahbets. Joab est «père des artisans» (v. 14). Dieu nous a confié certaines fonctions, humbles mais très utiles à leur place, auxquelles nous faisons bien d’être attentifs sans ambitionner des choses plus élevées. Nous sommes ainsi gardés dans l’humilité. Parmi les fils de Shela on trouve des «ouvriers en byssus», des potiers, des jardiniers (v. 23). Ce n’étaient pas des occupations relevées, mais elles acquéraient de l’importance par le fait que ces hommes «habitaient auprès du roi pour ses travaux». Quoique très humbles, ils étaient ses coopérateurs dans les limites que son oeuvre leur assignait ; à cause de cela le roi les tenait à sa portée ; ils avaient le grand privilège, inutilement ambitionné par plus d’un noble ou d’un prince, d’habiter auprès de lui (*).

(*) Les mots : «Ce sont des choses anciennes» contredisent l’opinion assez singulière que le roi était Nébucadnetsar.

Il en est de même pour nous. Remplissons chacun notre tâche ; n’ambitionnons pas de hautes positions parmi le peuple de Dieu, mais contentons-nous des humbles ; nous en acquitter avec soin est ce que le Seigneur nous demande ; soyons fidèles en peu de choses, pourvu que nous coopérions à ses travaux. Sans parler d’une récompense future, nous en retirerons l’inappréciable avantage actuel «d’habiter auprès du roi» et de contempler sa face.

Aux v. 24 à 43 nous avons les généalogies des fils de Siméon. Par suite du péché de Siméon et de Lévi, ces deux frères étaient «divisés en Jacob et dispersés en Israël» (Gen. 49:7). Ils différaient cependant en ceci que Dieu se servit en grâce de la dispersion de Lévi pour lui donner des fonctions sacerdotales répondant à sa position, tandis qu’il n’en fut pas ainsi de Siméon qui continua à garder la marque du jugement de Dieu : «Ses frères n’eurent pas beaucoup de fils et toutes leurs familles ne se multiplièrent pas comme les fils de Juda» (v. 27). Siméon était petit en nombre, partiellement enclavé dans le territoire de Juda, ouvert aux attaques de l’ennemi du côté du midi, sans frontières définies. Mais nous retrouvons ici la vérité déjà énoncée que, lorsque la foi collective a fait faillite, la foi d’un petit nombre, aussi bien que jadis la foi individuelle d’un Caleb, les porte à «étendre leurs limites». Plusieurs «mentionnés par nom, furent princes dans leurs familles ; et leurs maisons de pères se répandirent beaucoup» (v. 38). «Ils trouvèrent un pâturage gras et bon» là où étaient auparavant les fils de Cham (v. 40) ; ils allèrent même jusqu’à «la montagne de Séhir» occupée par Édom (verset 42). Ce n’était ni du nombre, ni de la puissance que dépendait l’étendue de leur possession. Ils portaient, comme Jahbets, les conséquences de la malédiction prononcée sur eux, mais leur extrême pauvreté qu’ils ne pouvaient nier, les décida à conquérir ce que Dieu mettait à leur portée.

Remarquez qu’ils obtinrent leurs bénédictions sous les deux règnes de grâce en Juda : celui de David (v. 31) ; et celui d’Ézéchias (v. 41), alors que déjà l’état du peuple attirait sur lui le jugement prochain par le roi de Babylone. Combien tous ces détails nous ramènent toujours à la grande pensée de ce livre précieux ! Tout ce qui est selon la nature aboutit à une faillite complète et n’a aucune valeur pour Dieu ; la grâce est la seule chose sur laquelle nous puissions compter en nous appuyant sûrement sur les conseils et l’élection de grâce qui sont établis à jamais.

2.5   Chapitre  5    Les tribus en deçà du Jourdain.

Nous trouvons ici la généalogie des deux tribus et demie qui avaient choisi leur part en deçà du Jourdain : Ruben, Gad et la demi-tribu de Manassé. Mais ces tribus ne sont pas réunies par cette seule circonstance : la place que Ruben occupe dans la généalogie est, comme nous l’avons vu plus haut, déterminée par son péché. La primogéniture lui appartenait par droit de naissance, mais elle lui fut ôtée (v. 1) pour être donnée à Joseph et à ses fils. Joseph est, comme du reste dans toute l’Écriture, le type du Messie rejeté par ses frères, et obtenant la domination des nations à la suite de ce fait. Mais notre passage (v. 1, 2) nous explique pourquoi il ne vient pas ici en premier lieu. C’est que sa place est donnée à Juda, souche de la royauté selon les conseils de Dieu : «Le prince sort de lui». Nous voyons ici, une fois de plus, combien les Chroniques restent constamment d’accord avec leur plan qui est de montrer les conseils divins au sujet de la royauté. Cependant, comme partout dans ces chapitres, les voies de la chair sont mentionnées en premier lieu (v. 3-6), et vont jusqu’à la captivité des dix tribus par Tilgath-Pilnéser (cf. 2 Rois 15:29). Il est vrai que l’énergie de Ruben pour étendre ses limites est mise en évidence (v. 10) ; mais ce n’est plus la vertu de Caleb, provenant uniquement de la foi. Le déploiement d’activité de Ruben a un motif purement humain et terrestre : «Leurs troupeaux s’étaient multipliés dans le pays de Galaad» (v. 9).

Gad (v. 11-17) a plus de distinction spirituelle que Ruben. Comme ce dernier, il cherchait des pâturages (v. 16), mais il avait encore d’autres intérêts que celui-là. Il est dit de lui : «Ils furent tous enregistrés dans les généalogies, aux jours de Jotham, roi de Juda, et aux jours de Jéroboam, roi d’Israël» (v. 17). Gad avait un vrai souci de sa généalogie, et quand même le résultat de son zèle fut annulé par sa transportation, du moins, jusqu’aux jours de Jotham et de Jéroboam, sa position en Israël était claire et établie, et montrait chez lui un souci véritable de faire partie du peuple de Dieu et, malgré tout, de ne pas renier Juda, centre de la royauté sous Jotham.

Un autre fait est mentionné aux v. 18-22. Ces deux tribus et demie «firent la guerre contre les Hagaréniens, contre Jethur, et Naphish, et Nodab ; et ils furent aidés contre eux, et les Hagaréniens et tous ceux qui étaient avec eux furent livrés en leur main ; car ils crièrent à Dieu dans la bataille, et il se rendit à leurs prières, car ils avaient mis leur confiance en lui» (v. 19, 20). Dieu se rendit à leurs prières de même qu’il avait exaucé la prière d’un seul, de Jahbets. «Ils avaient mis leur confiance en lui» ; le Dieu de grâce devait à son caractère de leur répondre, quelque coupables du reste qu’ils fussent quant à l’unité du peuple de Dieu. Ainsi, malgré la ruine, la grâce répond toujours à la confiance et c’est l’un des caractères distinctifs de tout ce livre des Chroniques. La chair est condamnée ; son indépendance a la captivité pour conséquence, mais la foi est exaucée, parce que Dieu n’est pas seulement un Dieu de gouvernement qui rend à l’homme selon sa responsabilité, mais un Dieu de grâce qui ne peut renier son caractère. Il nous est dit au v. 22 : «La bataille venait de Dieu». Il avait provoqué la difficulté pour mettre, chez son peuple, la foi et la confiance en exercice, afin de pouvoir y répondre.

La demi-tribu de Manassé en deçà du Jourdain est mentionnée ensuite (v. 23-26). Son territoire, comparé à celui des autres tribus, était immense. Dieu, dans sa grâce, avait fait prospérer les hommes de Manassé : «Ils étaient nombreux» (v. 23). Mais les bénédictions qui leur étaient acquises par la faveur de Dieu, les détournèrent au lieu de les rapprocher de Lui : «Ils péchèrent contre le Dieu de leurs pères» (v. 25), et «le Dieu d’Israël réveilla l’esprit de Pul, roi d’Assyrie, et l’esprit de Tilgath-Pilnéser, roi d’Assyrie, et il transporta les Rubénites et les Gadites, et la demi-tribu de Manassé, et les emmena à Khalakh, et à Khabor, et à Hara, et au fleuve de Gozan où ils sont jusqu’à ce jour» (v. 26). Au jour où les Chroniques furent rédigées, ces tribus restaient en captivité dans les endroits mentionnés ici. Ce passage, comme beaucoup d’autres, pourrait, à l’occasion, servir à identifier la date de notre livre.

2.6   Chapitre  6    La tribu de Lévi.

Nous trouvons dans ce chapitre la généalogie de la famille sacerdotale et des familles des Lévites, ainsi que leurs habitations.

La généalogie sacerdotale forme le pendant de la généalogie royale (chap. 2 et 3), mais elle s’arrête ici à la captivité, sans la dépasser comme la race de David (3:19-24).

Au v. 1 nous trouvons d’abord, selon un principe souvent énoncé, les fils de Lévi d’après l’ordre naturel ou de naissance : Guershom, Kehath et Merari ; puis, au v. 2, Kehath (et non Guershom) élu par grâce comme souche de la sacrificature aaronique. C’est Aaron, et non Moïse qui vient en premier rang au v. 3 : «Aaron et Moïse et Marie». L’ordre de cette énumération correspond au contenu des Chroniques qui traitent de la royauté de Juda selon les conseils de Dieu, et de la sacrificature dans ses rapports avec elle.

Ces trois noms, Aaron, Moïse et Marie, représentent la sacrificature, la loi et la prophétie, mais dès qu’il s’agit des conseils de grâce en rapport avec la royauté, la loi, Moïse, cède le pas à la sacrificature.

Les fils d’Aaron sont Nadab, Abihu, Éléazar et Ithamar. Nadab et Abihu furent jugés à cause de leur péché. Et voici de nouveau, dans la famille sacerdotale, l’histoire de l’homme naturel qui vient en premier lieu, puis est mis entièrement de côté. Après Nadab et Abihu viennent Éléazar et Ithamar ; Éléazar, le sacrificateur selon l’élection de grâce ; Ithamar, le sacrificateur responsable, mis de côté pour faire place au premier.

Éléazar engendra Phinées, l’homme d’énergie, qui sut joindre, comme Caleb, la vertu à sa foi et fut choisi de Dieu pour continuer la lignée sacerdotale. Cette lignée s’étend sans interruption jusqu’à Azaria (v. 9), «qui exerça la sacrificature dans la maison que Salomon bâtit à Jérusalem» (v. 10). D’Azaria elle descend jusqu’à Jotsadak, le dernier souverain sacrificateur mentionné dans les Chroniques. «Il partit quand l’Éternel transporta Juda et Jérusalem par la main de Nébucadnetsar» (v. 15). Esdras et Néhémie nous renseignent sur les souverains sacrificateurs qui exercèrent leurs fonctions après le retour de la captivité. Leur lignée s’interrompt 330 ans environ avant le Christ (Néh. 12:10, 11) ; de même que la descendance royale s’arrête au chap. 3 des Chroniques, quelques générations après Zorobabel.

Au v. 16, l’Esprit de Dieu reprend la généalogie des Lévites, cette fois selon l’ordre de naissance dans lequel leurs familles ont été établies. Le livre des Nombres nous apprend que leurs fonctions consistaient à porter à travers le désert le tabernacle et ses ustensiles. Les plus précieux, y compris l’arche, étaient confiés aux Kehathites. Mais nous trouvons ici que «depuis que l’arche fut en repos», David établit d’entre les trois familles des Lévites, des hommes «pour la direction du chant dans la maison de l’Éternel». «Et ils faisaient le service devant le tabernacle de la tente d’assignation, pour le chant, jusqu’à ce que Salomon eût bâti la maison de l’Éternel à Jérusalem» (v. 31, 32).

Dans chacune de ces trois familles un lévite avait la préséance sur les autres par les dons qu’il avait reçus de Dieu : Pour les Kehathites, Héman ; pour les Guershonites, Asaph ; pour les Mérarites, Ethan. Les autres lévites «furent donnés pour tout le service du tabernacle de la maison de Dieu» (v. 48).

La sacrificature elle-même avait une double fonction : 1° «Aaron et ses fils faisaient fumer ce qui se brûlait sur l’autel de l’holocauste et sur l’autel de l’encens pour tout le service du lieu très saint». 2° «Ils faisaient propitiation pour Israël, selon tout ce que Moïse, serviteur de Dieu, avait commandé» (v. 49). Ainsi la sacrificature seule était appelée à représenter l’oeuvre de Christ, comme il est dit de Lui en Héb. 2:17, qu’Il fut «un miséricordieux et fidèle souverain sacrificateur dans les choses qui concernent Dieu pour faire propitiation pour les péchés du peuple». Les lévites, d’autre part, représentaient le service et la louange en rapport avec cette oeuvre.

Dans les versets 54 à 81 nous trouvons l’énumération des villes attribuées aux lévites, y compris les villes de refuge. Ces dernières sont mentionnées non pas selon l’ordre de leur sanctification, en commençant par Kédesh et Sichem comme en Josué 20:7-9, mais selon l’ordre de Josué 21:11-40, en commençant par Hébron. Ici encore Kehath vient en premier lieu à la place de Guershom (cf. v. 20), car il s’agit du libre choix de l’Éternel : «le sort tomba pour eux» (v. 54). Parmi eux, les fils d’Aaron reçurent «Hébron, dans le pays de Juda» comme ville de refuge (v. 55, 57). Ainsi la sacrificature, issue de Kehath, est unie ici d’une manière intime au territoire de la tribu de Juda et au lieu de l’établissement de la royauté, tandis que les autres membres de la famille de Kehath trouvent leur domicile en Éphraïm et Manassé. Par cela même, Juda et Éphraïm (cf. v. 66) prennent une place prépondérante parmi les fils d’Israël. L’on voit ainsi Juda et Joseph qui a le droit de primogéniture réunis par l’habitation de la sacrificature lévitique au milieu d’eux. Ces trois noms, Juda, Joseph et Lévi nous parlent, d’une manière encore obscure, des caractères du Messie comme roi, comme premier-né, et comme souverain sacrificateur.

L’ordre des villes de refuge correspond, comme nous l’avons dit, à Josué 21. C’est Hébron, Sichem, Golan en Basan, Kédesh, Bétser, Ramoth de Galaad.

2.7   Chapitre 7    Issacar, Benjamin, Nephthali, Éphraïm, Aser.

2.7.1       Les filles de Tselophkhad.

Le chap. 7 clôt la généalogie des tribus. Ce sont d’abord les fils d’Issacar. Ils avaient «beaucoup de femmes et de fils» (v. 4). C’est avec Issacar que commence l’énumération du nombre des hommes de guerre. Dans cette tribu, ce nombre alla en augmentant depuis l’établissement de la royauté. Au temps de David il comportait d’abord 22600, puis 36000 ; enfin, à cause du grand nombre de leurs femmes, 87000 hommes (v. 5). Un second trait qui caractérise avantageusement cette tribu, c’est qu’elle avait soin de ses généalogies, car il nous est dit que tous les hommes y furent enregistrés (v. 5). Enfin un troisième trait n’est mentionné que pour Issacar, Benjamin et Aser : C’étaient tous des «hommes forts et vaillants», propres à la guerre.

La tribu de Benjamin avait les mêmes caractères que celle d’Issacar : Souci des généalogies, hommes forts et vaillants, mais ce dernier trait était prépondérant dans cette petite tribu, si intimement liée à la royauté de Juda et à Jérusalem. Trois fois, ils sont appelés de ce nom (v. 7, 9, 11). Cela nous fait penser au caractère de Christ, combattant et vainqueur, dont Benjamin est le type prophétique, si directement associé à la tribu royale de Juda, qu’il ne s’en sépare jamais. C’est comme antitype de Benjamin que le Christ monte de Botsra, ses vêtements teints de sang, pour établir son règne (És. 63:1-6). Benjamin est «formé au service pour la guerre» (v. 11). Nous allons le voir reparaître une seconde fois, en d’autres circonstances.

Nephthali, fils de Bilha, semble n’avoir eu aucun intérêt pour sa généalogie (v. 13). Sa descendance est à peine mentionnée, encore moins le nombre de ses hommes de guerre.

Manassé, c’est-à-dire la demi-tribu établie au-delà du Jourdain, vient ensuite. Ici, comme ailleurs dans ces généalogies, les femmes sont continuellement nommées, preuve de plus que ces généalogies ne furent reconstruites qu’après la captivité, au milieu des irrégularités qui caractérisaient la ruine d’Israël. Par la descendance féminine, des jalons pouvaient être posés pour retrouver une généalogie, alors qu’un état de choses régulier n’aurait pas exigé de pareilles mentions. Treize femmes sont nommées dans ces quelques versets (v. 14-19) en comptant les cinq filles de Tselophkhad.

Quelques mots sur ces dernières ne sont pas hors de propos. Elles sont rappelées cinq fois, au cours de l’histoire biblique (Nomb. 26:33 ; 27:1-11 ; 36:3-12 ; Josué 17:3-6 ; 1 Chron. 7:15), preuve de la place importante qu’elles occupent dans les pensées de Dieu. Aucun de leurs noms n’est oublié ; elles s’appellent Makhla, Noa, Hogla, Milca et Thirtsa (Nombres 26:33). Au 27° chapitre des Nombres nous notons à leur sujet plusieurs particularités intéressantes. D’abord elles reconnaissent que leur condition anormale est le produit du péché de leur père. «Quoiqu’il ne fût pas dans l’assemblée de ceux qui s’ameutèrent contre l’Éternel, lors de la révolte de Coré», il était cependant «mort dans le désert» et «mort dans son péché», et ce fut la cause pour laquelle «il n’eut pas de fils» (v. 3). Cependant ses cinq filles ont à coeur de perpétuer le nom de leur père ; en vraies filles d’Israël elles tiennent à leur généalogie et, par conséquent, à leur héritage. L’Éternel attend, pour régler leur position, qu’elles expriment ce besoin devant Lui (cf. 26:33 avec 27:2). Il leur répond, quand elles se tiennent «devant Moïse et devant Eléazar, le sacrificateur, et devant les princes et toute l’assemblée, à l’entrée de la tente d’assignation» (v. 2), et que «Moïse apporte leur cause devant l’Éternel» (v. 5). Dieu dit : «Les filles de Tselophkhad ont bien parlé». Partout où se trouve du zèle pour s’approprier les bénédictions et les promesses divines, soyez certains d’obtenir une réponse. Mais l’Éternel leur donne bien plus qu’elles ne demandaient. Il leur transmet l’héritage de leur père et ajoute à sa loi une clause en quatre articles, dont ces faibles femmes sont l’occasion, et qui devient «un statut de droit pour les fils d’Israël». «Et tu parleras», dit l’Éternel, «aux fils d’Israël, disant : 1° Quand un homme mourra sans avoir de fils, vous ferez passer son héritage à sa fille. 2° Et s’il n’a pas de fille vous donnerez son héritage à ses frères. 3° Et s’il n’a pas de frères vous donnerez son héritage aux frères de son père. 4° Et s’il n’a pas de frères de son père, vous donnerez son héritage à son parent qui, de sa famille, lui est le plus proche, et il le possédera» (v. 8-11). En dehors des règles établies par la loi, Dieu fait donc une révélation spéciale pour répondre au désir exprimé par quelques filles d’Israël. Ce désir avait son approbation, et il fallait qu’elles pussent entrer en possession de leur héritage.

Au chap. 27 des Nombres, les filles de Tselophkhad avaient présenté elles-mêmes leur supplique devant Dieu, mais au chap. 36 c’est Manassé, la tribu tout entière à laquelle elles appartiennent, qui, entraîné par le zèle de ces femmes, plaide pour elles devant Moïse et les princes. Le souverain sacrificateur qui pouvait intercéder en leur faveur devant la tente d’assignation ne se trouve pas ici ; Manassé est devenu lui-même intercesseur en faveur des filles de son peuple. Il est aussi jaloux de voir son héritage rester dans son intégrité, sans être entamé, que les filles de Tselophkhad de le posséder. L’Éternel se plaît à reconnaître combien le désir de Manassé est légitime. Il déclare : «La tribu des fils de Joseph a dit juste» (v. 5), comme il avait reconnu au chap. 27 que les filles de Tselophkhad avaient bien parlé. Dieu donne alors une nouvelle révélation pour régler les mariages en rapport avec l’héritage, car Manassé tenait à ne pas se laisser enlever la moindre parcelle du patrimoine qu’il avait conquis. D’autres auraient pu s’en approprier une partie en invoquant les droits naturels du mariage, institution primitivement sanctionnée par Dieu, mais cette usurpation ne pouvait être selon les pensées de l’Éternel. Après avoir donné aux fils de Joseph l’occasion d’exprimer leur désir, car, pour que l’homme reçoive de Dieu une réponse, il faut toujours que sa foi soit en jeu, l’Éternel laisse toute liberté à l’institution du mariage et lui donne sa pleine approbation à condition qu’il ait lieu dans les limites de la tribu (v. 6-9).

N’en est-il pas de même pour nous, chrétiens, quant au mariage ? Il doit rester dans les limites de la famille de Dieu, et dans le domaine de la foi, sinon le désordre s’introduirait bien vite dans l’assemblée. Elle perdrait ou verrait amoindrir la portion de son héritage céleste. Il ne faut pas que celui-ci soit entamé et il ne peut passer en d’autres mains. Toute alliance individuelle avec ceux du dehors est une perte pour l’ensemble qui, dans la mesure où cela a lieu, se trouve frustré de la jouissance d’une partie au moins de son héritage.

La réponse à la demande de Manassé est celle-ci : «Toute fille qui possédera un héritage dans les tribus des fils d’Israël, sera mariée à quelqu’un de la famille de la tribu de son père, afin que les fils d’Israël possèdent chacun l’héritage de ses pères et qu’un héritage ne passe pas d’une tribu à une autre tribu ; car les tribus des fils d’Israël resteront attachées chacune à son héritage» (v. 8, 9). C’est ainsi que Dieu, d’un cas particulier, tire un principe général qui devient aussitôt obligatoire. Rappelons-nous l’institution de la Cène, du premier jour de la semaine, les collectes, un cas de discipline spéciale à Corinthe, devenant une obligation générale. «Les filles de Tselophkhad firent comme l’Éternel l’avait commandé à Moïse» (v. 10). Elles considérèrent elles-mêmes la révélation qui leur était faite et qui répondait à leur besoin particulier, comme un commandement de l’Éternel.

En Josué 17:3, les filles de Tselophkhad se présentent elles-mêmes devant Éléazar le sacrificateur, et devant Josué, fils de Nun, et devant les princes. Selon les directions de l’Éternel elles s’étaient mariées aux fils de leurs oncles (Nomb. 36:11). Maintenant elles demandent à recevoir leur héritage. «L’Éternel a commandé à Moïse de nous donner un héritage au milieu de nos frères», disent-elles, s’appuyant sur la parole de Dieu seule. Cela leur suffit pour tout régler, même dans un cas qui sortait de la règle habituelle de la loi. Bien plus encore, leur foi et leur confiance dans le «commandement de l’Éternel à Moïse» a pour résultat de faire adopter dans tout Manassé, même en deçà du Jourdain, la même règle à l’égard des descendances féminines. «Les filles de Manassé reçurent un héritage au milieu de ses fils» (v. 6). Ainsi la règle donnée à quelques-unes, devint le privilège de toutes.

Cette histoire est pour nous-mêmes d’un profond intérêt. Nous avons à considérer comme inestimables les privilèges de notre héritage céleste. Ne nous laissons pas arrêter par les considérations naturelles et, en apparence, légitimes, qui tendraient à nous empêcher de nous approprier nos bénédictions. Demandons avec instance à Dieu que ces obstacles, s’ils existent, soient levés. Ne pensez pas, vous nos soeurs en Christ, que vos jouissances célestes doivent être amoindries par votre position d’infériorité apparente, et ne vous déclarez pas satisfaites, avant d’avoir acquis la même part d’héritage que vos frères. Rappelez-vous, pour vous en prévaloir, que c’est un commandement de Dieu à votre égard. Votre exemple aura un effet béni pour vos soeurs : il les engagera à le suivre et à se fonder sur les mêmes promesses. Quelle que soit votre humble condition, votre héritage est le même que celui de vos frères. Sans doute, vous n’êtes pas appelées aux mêmes combats, au rôle des hommes forts et vaillants dans la bataille, mais vous êtes appelées à la même possession qu’eux ; vous avez le même lot, les mêmes bénédictions célestes !

Les versets 20 à 28 parlent des fils d’Éphraïm. Leur histoire, comme tribu, commence et finit tristement, alors qu’une place si notoire leur était réservée dans leurs rapports avec la tribu de Lévi (chap. 6:66-70). Dès le début, nous ne savons à quelle époque, ils avaient commis un acte de brigandage envers les Philistins de Gath, acte auquel l’Éternel ne pouvait, en aucune manière, donner son approbation. Voler les Cananéens pour s’enrichir, en les laissant vivre, certes, ce n’était pas les détruire. En 1 Sam. 15, il en fut exactement de même pour Saül. Ici, les gens de Gath exécutent contre Éphraïm le jugement que ce dernier n’a pas su leur faire subir. «Les gens de Gath, qui étaient nés dans le pays, les tuèrent ; car ils étaient descendus pour prendre leurs troupeaux» (v. 21). Plus tard, la race maudite des Philistins de Gath tomba sous les coups des «hommes forts et vaillants» de Benjamin (8:13). Dieu confia à de plus fidèles qu’Éphraïm l’accomplissement de ses desseins et ceux qui auraient dû en être les instruments, furent privés de cet honneur d’une manière bien humiliante. La plus petite de toutes les tribus en remontra à la plus grande. Cette exécution devait avoir lieu, car les décrets de Dieu ne peuvent être annulés par l’infidélité de l’homme. Le résultat moral de la conduite d’Éphraïm ne se fit pas attendre ; «Éphraïm, leur père, mena deuil pendant nombre de jours ; et ses frères vinrent pour le consoler. Et il vint vers sa femme, et elle conçut et enfanta un fils, et elle l’appela du nom de Beriha (dans le malheur), car il était né quand le malheur était dans sa maison» (v. 22, 23) ; bien différent en cela de Jahbets, pour lequel la douleur, suite du péché, devint le point de départ de relations bénies avec l’Éternel. Mais le Dieu qui avait béni Joseph dans son fils Éphraïm, ne s’arrête pas, selon la coutume invariable des Chroniques au malheur que cet homme avait mérité. Le récit qui nous est donné se termine par le nom de Josué, type de Christ en Esprit, conduisant son peuple à la conquête de son héritage. Il en est de même aujourd’hui pour le peuple de Dieu. Il lui faut accepter que, par sa faute, le malheur est dans sa maison, mais il ne doit pas douter un instant que Celui qui est seul digne d’entrer en Canaan lui en donnera la possession. En Lui, nous avons le mot final de toute notre histoire !

Aser (v. 30-40) est soigneux de sa généalogie, aussi le nombre de ses hommes de guerre nous est-il donné à côté de ceux d’Issacar et de Benjamin. Comme ces derniers, ils sont de «forts et vaillants» hommes.

Nous ne pouvons faire ressortir assez souvent que l’importance des généalogies dépend ici du soin mis par les familles à les conserver pendant la captivité. Un Nephthali semble quelque reste desséché d’une plante jadis verte et florissante, tandis qu’un Issacar, un Benjamin, un Aser, gardent intact le dépôt que Dieu leur a confié.

2.8   Chapitre 8    La tribu de Benjamin en rapport avec la famille de Saül

Nous retrouvons ici, pour la seconde fois, la généalogie de Benjamin (cf. 7:6-12), mais avec un but tout spécial. Elle nous amène à Saül et à sa famille (v. 33), à la royauté selon la chair, dont nous verrons la ruine au chap. 10, et qui sera remplacée, selon le plan invariable des Chroniques, par la royauté de David, selon l’élection de Dieu et ses conseils de grâce. Nous avons peu de remarques à faire sur ce chapitre. Le passage obscur des v. 6 et 7 semble faire allusion au chap. 20 des Juges, v. 43, s’il faut lire, selon la note «à Menukha». Nous avons déjà parlé du v. 13. L’habitation de Benjamin à Jérusalem, c’est-à-dire au siège de la royauté, auquel Benjamin avait droit selon sa situation géographique, est mentionnée aux versets 28 à 32. De Benjamin sortirent les hommes forts et vaillants, habiles à tirer de l’arc, ce qui n’empêcha pas Saül de succomber sous l’arme qui faisait la force de sa tribu et aurait dû être la sienne contre ses ennemis. La nature pécheresse, ornée de tous ses avantages, succombe et ne peut résister un instant au jugement de Dieu.

 

2.9   Chapitre 9:1-34    Ruine du peuple et restauration de Juda et de Benjamin. Les Lévites.

 

Le chap. 8 nous a amenés à la royauté selon la chair dont le chap. 10 nous montrera la ruine ; tandis que le chap. 9 nous montre la ruine définitive du peuple : «Juda fut transporté à Babylone à cause de ses péchés» (v. 1). Nous trouvons ensuite la restauration du faible résidu, mentionné dans les livres d’Esdras et de Néhémie, pour attendre à Jérusalem le Messie promis. Ce chap. 9 correspond au chap. 11 de Néhémie. Cependant il diffère sensiblement de Néhémie 11, soit par le nombre des fils de Juda et de Benjamin qui habitèrent Jérusalem, soit par leurs noms. Il ajoute ici des branches collatérales. Quant aux sacrificateurs et aux Lévites il se rapproche beaucoup plus de Néhémie. Il définit enfin très exactement les fonctions des portiers du temple. Nous apprenons aussi, ce que Néhémie ne nous révèle pas, que des fils d’Éphraïm et de Manassé, restés probablement dans le pays de Canaan lors de la captivité de leurs tribus, vinrent habiter à Jérusalem (v. 3) avec les fils de Juda et de Benjamin.

Remarquons un autre détail. Il est dit des sacrificateurs au v. 13 : «Hommes forts et vaillants, pour l’oeuvre du service de la maison de Dieu». En effet, il faut la même force pour le service de la maison de Dieu, que pour le combat. Ces fonctions sont très diverses de nature, mais la même énergie spirituelle est nécessaire pour les unes comme pour les autres.

Aux v. 17-23 nous apprenons quel était, en partie, le service des lévites. Ils étaient, en ces jours de restauration, portiers à la porte du temple, appelée «porte du roi». Autrefois ils gardaient «les seuils de la tente : et leurs pères avaient été préposés sur le camp de l’Éternel, gardant l’entrée ; et Phinées, fils d’Éléazar, fut autrefois prince sur eux». Il est dit de lui : «L’Éternel était avec lui» (v. 20), et c’était tout dire. David et Samuel avaient établi les portiers dans leur charge, alors que le temple, appelé au verset 23 «la maison de la tente», n’était pas encore bâti. Mais, de plus, ces portiers lévites étaient «préposés sur les chambres et sur les trésors de la maison de Dieu, et ils se tenaient la nuit autour de la maison de Dieu, car la garde leur en appartenait, et ils en avaient la clé pour ouvrir chaque matin» (v. 26, 27). Enfin «quelques-uns d’entre eux étaient préposés sur les ustensiles du service, car ils les rentraient en les comptant, et ils les sortaient en les comptant. Et il y en avait qui étaient commis sur les vases et sur tous les ustensiles du lieu saint, et sur la fleur de farine, et sur le vin, et sur l’huile, et sur l’encens et sur les aromates» (v. 28, 29). D’autres avaient «la charge de l’ouvrage des gâteaux cuits sur la plaque ; et des fils des Kehathites, d’entre leurs frères, étaient chargés des pains à placer en rangées, pour les apprêter chaque sabbat». Enfin c’étaient là «les chantres» (v. 32, 33).

De combien de fonctions diverses ces humbles serviteurs étaient revêtus ! Fonctions modestes, mais sans lesquelles tout l’ordre du service de l’Éternel aurait été interrompu, voire même annulé ! Pensons-y, et quand le Seigneur nous confie un service, quelque insignifiant qu’il soit en apparence, acquittons-nous-en avec zèle, en nous disant qu’il est nécessaire à l’ordre de la maison de Dieu. Sachons, quelle que soit notre tâche, «comment il faut se conduire dans la maison de Dieu qui est l’assemblée du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité !» (1 Tim. 3:15).

3                    LA ROYAUTÉ DE DAVID SELON LES CONSEILS DE DIEU    Chapitres 9:35  à  ch. 27

3.1   Chapitres 9:35  à  ch. 10    Ruine de la royauté selon la chair.

Le sujet des généalogies se clôt avec le v. 34 du chap. 9. Les v. 35 à 44 reprennent l’énumération de la famille de Saül, avec quelques différences qui nous initient à la manière dont les généalogies étaient composées. C’est ainsi que nous trouvons dans ce passage l’ascendance de Ner jusqu’à Gabaon, tandis que le chap. 8 (v. 33-39) ne donnait que la descendance de Ner et y ajoutait celle d’Eshek, frère d’Atsel. Comme toujours, l’Esprit de Dieu qui a dirigé la composition des Chroniques a son but déterminé. Il s’agit en premier lieu, dans notre passage, des ancêtres de Saül qui, du droit de leur tribu, habitèrent Jérusalem «à côté de leurs frères» de Juda, puis de la descendance directe de ce roi, en évitant les branches collatérales qui n’ont pas de rapport, ici, avec le but du livre inspiré.

C’est ainsi que nous arrivons au chap. 10 qui va inaugurer les récits des livres de Samuel et des Rois, mais, comme nous l’avons dit si souvent, avec le but de faire ressortir les conseils de Dieu, au sujet de la royauté de Juda, royauté d’où le Christ devait descendre.

Ici une remarque s’impose à nous. Dieu nous présente la ruine de l’homme sous deux aspects. Tantôt il nous donne son histoire en détail, parce qu’il s’agit de nous prouver, par le menu, l’état irrémédiable de l’homme pécheur, placé sous sa responsabilité. Ce n’est que lorsqu’il est démontré que cet état est sans remède, que Dieu se décide à prononcer le jugement. De là, le récit détaillé des livres historiques qui vont de Josué à la fin des Rois. Dans le Nouveau Testament, l’épître aux Romains offre un caractère analogue : l’état de l’homme sans loi et sous la loi y est poursuivi depuis le premier chapitre jusqu’au «misérable homme que je suis !» du chap. 7, expérience finale de l’état désespéré de l’homme, même réveillé, sous la loi, mais responsable devant Dieu de la garder.

D’autre part, quand Dieu nous présente l’étendue de sa grâce et la réalisation de ses conseils d’éternité, il établit d’emblée, comme chose irrémédiable, la ruine définitive de l’homme, sans nous parler de l’épreuve qu’il lui fait subir pour lui prouver cet état. Tel est le caractère du livre des Chroniques. L’épître aux Éphésiens y correspond dans le Nouveau Testament. Cette épître, en ce qui concerne l’état de l’homme pécheur, a pour base ces mots du chap. 2:1 : «Lorsque vous étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés».

L’histoire de Saül, rapportée dans les Chroniques, est un frappant exemple de cette vérité. Après la généalogie de Saül, nous trouvons seulement le récit de sa mort, rapporté, presque mot à mot (chap. 10:1-12), d’après 1 Sam. 31, mais l’Esprit de Dieu ajoute (v. 13, 14) un passage supplémentaire très remarquable : «Et Saül mourut dans son péché qu’il avait commis contre l’Éternel, à propos de la parole de l’Éternel, qu’il n’avait pas gardée, et aussi pour avoir interrogé une femme qui évoquait les esprits pour les consulter ; et il ne consulta point l’Éternel. Et il le fit mourir». Dieu explique dans ce passage la cause du jugement définitif de Saül, la même que celle de tout homme pécheur : la désobéissance et l’abandon de Dieu. Et, chose remarquable, ce sont les paroles que nous retrouvons en Éph. 2, chapitre qui proclame l’état de mort du pécheur : «les fils de la désobéissance» et «sans Dieu dans le monde» (v. 2, 12).

Dieu avait donné Saül à Israël dans la chair, selon sa demande, et cette royauté ne pouvait aboutir qu’à une faillite complète. Désormais Dieu va agir selon les conseils de sa souveraine grâce : «Il transféra le royaume à David, fils d’Isaï» (v. 14)..

3.2   Chapitre 11    Établissement de la royauté selon les conseils de Dieu

La fin du vieil homme est le commencement d’une ère nouvelle. Cette vérité se trouve confirmée ici. Sans aucun préambule, le règne de David commence à Hébron. Saül, le roi selon la nature déchue, est mort, mais cela ne suffit pas. David lui-même, l’oint de l’Éternel, inaugure son règne à Hébron, lieu par excellence de la mort. Tout ce qui précède Hébron (2 Sam. 1-3), la manière graduelle dont s’établit le règne de David, la longue guerre entre sa maison et celle de Saül, la première se fortifiant, tandis que la seconde va s’affaiblissant, tout cela est passé sous silence dans les Chroniques. L’Esprit de Dieu annonce d’emblée l’établissement définitif du règne de David.

Un petit mot caractéristique qui manque au récit du livre de Samuel est ajouté ici, au v. 3 : «Ils oignirent David pour roi sur Israël, selon la parole de l’Éternel par Samuel». L’établissement du règne de David est rattaché ici à la parole immuable de Dieu et à ses conseils de grâce.

Dans les v. 4 à 9 qui décrivent la prise de Jérusalem, nous rencontrons de nouveau une différence notable d’avec le récit de 2 Sam. 5:6-9. Pas un mot des «aveugles et des boiteux qui sont haïs de l’âme de David», et, d’autre part, Joab, complètement omis dans le récit de Samuel, occupe ici la première place après David : «Et David dit : Quiconque frappera le premier les Jébusiens, sera chef et capitaine. Et Joab, fils de Tseruia, monta le premier et fut chef» (v. 6). Il est ici, non pas l’homme ambitieux et vindicatif, mais l’homme destiné, selon les conseils de Dieu, à conquérir pour le roi la forteresse de Sion. Il est même dit de lui au v. 8 : «Joab releva le reste de la ville». Pas un mot de son caractère, ni de tous ses agissements jusqu’à ce moment. Sa lutte avec Abner, la vengeance qu’il tire de ce noble capitaine, le meurtre qu’il commet, sont passés sous silence, ainsi que cette parole douloureuse de David : «Et moi, je suis aujourd’hui faible, bien que j’aie reçu l’onction de roi, et ces hommes-là, les fils de Tseruia, sont trop durs pour moi. Que l’Éternel rende à celui qui fait le mal, selon son méfait !» (2 Sam. 3:39). Ne dirait-on pas, quand on n’aurait que le récit des Chroniques, que Joab était un homme intègre et sans reproche ? La vérité est que Joab est simplement ici l’instrument préparé pour établir à Jérusalem l’Oint de l’Éternel, le roi selon les pensées de Dieu.

Les hommes forts de David sont énumérés au commencement du récit (v. 10-47), tandis qu’ils le sont à la fin en 2 Sam. 23. Ils inaugurent ici le royaume. «Ils se fortifièrent dans son royaume avec lui, avec tout Israël, pour le faire roi, selon la parole de l’Éternel touchant Israël» (v. 10), accomplissant ainsi les desseins que Dieu avait fait connaître d’avance. Ils sont ensuite énumérés. Parmi les trois premiers Shamma, sans être passé sous silence, n’est pas nommé. Quelques noms mentionnés en Samuel sont omis, un grand nombre ajouté. Ainsi notre chapitre cite 81 hommes forts (30 d’entre eux sont enregistrés sans être nommés) ; 2 Sam. 23 en nomme 37 ; ils sont énumérés comme les soutiens dont David avait eu besoin pour affermir son trône ; dans notre chapitre ils n’ont qu’à reconnaître ce que Dieu a fait en établissant David comme son oint, et ne peuvent que soutenir une royauté sortie des conseils de Dieu lui-même. Aussi paraissent-ils devant nous au début du règne.

Notons un détail encore plus remarquable. Urie, le Héthien, qui clôt la liste en 2 Sam. 23, en témoignage du péché et de la chute de David, est comme confondu ici avec les autres hommes forts (v. 41). Son nom n’est pas mis en relief, comme accusateur de David et de ce qui fit la honte de son royaume. De même, tout ce qui a rapport à l’effroyable chute de l’oint de l’Éternel est complètement passé sous silence. Éliam aussi, fils d’Akhitophel (2 Sam. 23:34), dont le père fut si intimement lié aux conséquences du péché de David, est omis dans notre chapitre.

Les attaques insensées des rationalistes contre les livres des Chroniques nous obligent à insister sur tous ces détails, car leur ensemble est la meilleure réfutation de ceux qui ne voient dans les Chroniques qu’une misérable compilation, faite en un temps très postérieur à celui que ce livre lui-même s’assigne, compilation opérée sans ordre, avec des documents falsifiés, bourrés de noms inventés et d’erreurs criantes. Ô folie de la raison humaine, quand elle se mêle de juger les pensées de Dieu, et veut les remplacer par ses propres imaginations !

3.3   Chapitre 12    La royauté reconnue.

Avant de reconnaître David à Hébron (v. 23-27), quelques-unes des tribus, et, chose triste à dire, c’était le petit nombre, s’étaient jointes partiellement à lui, alors qu’il était encore le roi rejeté. Les fautes qu’il a commises dans cette période de son histoire, le manque de foi qui l’avait poussé à s’enfuir vers Akish, les conséquences qui en étaient résultées pour lui, lors de la bataille des Philistins et de son séjour à Tsiklag (voyez 1 Sam. 29:30), ne sont point mentionnées dans les Chroniques. Selon le principe de ce livre, la grâce divine couvre une multitude de péchés ; tandis qu’au deuxième livre de Samuel et dans les Psaumes nous voyons David revenir de sa mauvaise voie et confesser ses fautes.

Mais ce que nous trouvons dans ce chapitre, c’est (v. 1-22) la foi de plusieurs, fruit précieux de la grâce. Cette foi se soumet à l’oint de l’Éternel, au roi des conseils de Dieu et le reconnaît, alors que l’oeil de la chair ne pouvait le distinguer dans sa basse condition. Il en est de même aujourd’hui pour les croyants. Notre David n’a pas encore reçu un royaume visible, mais ceux qui le reconnaissent quand il est encore le roi rejeté, occupent une place spéciale dans les registres divins et sont «plus honorés que leurs frères». C’est ainsi que des hommes de Benjamin et de Manassé se joignent à David à Tsiklag (v. 1, 19), des hommes de Gad, de Juda et de Benjamin, dans le lieu fort au désert (v. 8, 16), avant que toutes les tribus accourent vers lui à Hébron.

Dans tous ces cas, que ce soit à Tsiklag, dans le lieu fort, à Hébron, Benjamin tient la première place (v. 2, 16, 29) et ne manque pas une occasion de reconnaître son roi. C’était un acte de foi d’autant plus remarquable, que Benjamin et surtout «les frères de Saül» avaient, selon la nature, toute raison d’hésiter et de ne prendre une décision qu’après les autres. Mais leur foi sait vaincre les obstacles, car elle est associée à la «vertu» (2 Pierre 1:5) et ne peut s’en séparer dès qu’elle est appelée à l’action.

Cette petite tribu de Benjamin, jadis presque anéantie à la suite de son péché (Juges 20-21), occupe maintenant une place distinguée dans le témoignage. Dieu signale avec complaisance, à leur sujet (v. 1-7), le fait qu’ils étaient «d’entre les frères de Saül». Il y eut chez eux l’ardente foi de la première heure, précédant l’aurore du règne. Comment ne pas retracer cette foi, à laquelle la présence personnelle de David suffisait seule, au moment même où, selon le jugement de l’homme, tout semblait à jamais perdu pour l’oint de l’Éternel. Repoussé par Saül, rejeté par les Philistins, il ne possédait que Tsiklag et ce lieu lui-même tombait au pouvoir d’Amalek ! (1 Sam. 30).

Quel appoint ces hommes auraient fourni aux Philistins, ennemis du peuple de Dieu ! Mais, d’autre part, quel appoint ils auraient fourni à Saül, ces hommes «armés d’arcs, se servant de la main droite et de la main gauche pour lancer des pierres, et pour tirer des flèches avec l’arc !» (v. 2). Le manque d’archers que Saül aurait pu opposer aux Philistins fut la cause immédiate de sa ruine. Il est dit qu’il eut une très grande peur quand il s’aperçut qu’il ne pouvait pas se mesurer avec les archers des Philistins. Et cependant David n’employa point contre Saül ce secours inespéré. Il laissa Dieu lui-même diriger les circonstances et prononcer le jugement en sa faveur et ne voulut en aucune manière combattre contre son peuple. Combien souvent de pareilles occasions s’offrent aux chrétiens, quand Satan réussit à les faire entrer en conflit les uns avec les autres. S’ils n’apprennent pas alors que «dans la tranquillité et le repos réside leur force», ils s’engagent nécessairement dans des difficultés nouvelles.

Les Gadites qui rejoignirent David dans le «lieu fort» étaient «des hommes forts et vaillants, hommes exercés pour la guerre, armés de boucliers et de piques ; et leurs faces étaient comme des faces de lions, et ils étaient