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Réflexions sur l’Évangile selon Matthieu

 

F. B. Hole

 

Les Réflexions sur les évangiles et les Actes de F.B. Hole ont premièrement paru en anglais en 1937-1939 dans le périodique « Edification » et en 1940 à 1944 dans le périodique « Scripture Truth ».

 

 

Table des matières :

1     Chapitre 1

2     Chapitre 2

3     Chapitre 3

4     Chapitre 4

5     Chapitre 5

6     Chapitre 6

7     Chapitre 7

8     Chapitre 8

9     Chapitre 9

10       Chapitre 10

11       Chapitre 11

12       Chapitre 12

13       Chapitre 13

14       Chapitre 14

15       Chapitre 15

16       Chapitre 16

17       Chapitre 17

18       Chapitre 18

19       Chapitre 19

20       Chapitre 20

21       Chapitre 21

22       Chapitre 22

23       Chapitre 23

24       Chapitre 24

25       Chapitre 25

26       Chapitre 26

27       Chapitre 27

28       Chapitre 28

 

 

 

1                        Chapitre 1

Le premier verset du Nouveau Testament ramène nos pensées au premier livre de l’Ancien, « généalogie » (ou « génération ») étant la traduction du mot grec « genesis ». Matthieu en particulier, et tout le Nouveau Testament en général, est le « livre de la généalogie de Jésus Christ ». Si nous revenons au livre de la Genèse, nous voyons qu’il se divise en onze sections et que chacune d’elles, sauf la première, commence par des « générations ». Ainsi, la troisième section s’ouvre par : « C’est ici le livre des générations d’Adam » (5:1) ; et tout l’Ancien Testament nous révèle la triste histoire d’Adam et de sa race, histoire à laquelle, avec un sinistre à-propos, le mot « malédiction » vient mettre un point final. Quel immense soulagement que de pouvoir alors passer des générations d’Adam à « la généalogie de Jésus Christ », où la grâce est introduite ; et c’est sur cette note que le Nouveau Testament se termine.

Jésus est présenté dès le début sous un double aspect. Il est Fils de David, et par conséquent la couronne royale que Dieu destinait originairement à David Lui appartient. Il est également Fils d’Abraham ; il a donc droit au pays et toutes les bénédictions promises lui reviennent. Ceci établi, nous avons sa généalogie, depuis Abraham jusqu’à Joseph, le mari de Marie. C’est sa généalogie officielle, selon la manière juive. La liste qui nous en est donnée est remarquable pour ses omissions : trois rois, étroitement liés à l’infâme Athalie, manquent au verset 8 ; et le résumé relatif aux « quatorze générations » du verset 17, montre qu’il ne s’agit pas d’un oubli accidentel, mais que Dieu désavoue et refuse de compter les rois qui descendent le plus directement de cette femme vouée au culte de Baal.

Cette généalogie est aussi remarquable du fait que seules quatre femmes y figurent, et encore, ce ne sont pas celles que nous nous serions attendus à trouver là. Deux d’entre elles (Rahab et Ruth) étaient des Gentiles, ce qui ne doit pas avoir été sans porter un certain coup à l’orgueil juif ; elles étaient toutes deux des femmes d’une foi exceptionnelle, bien que la première ait vécu dans l’immoralité qui caractérisait le monde païen. De la seconde nous ne savons que du bien. Les deux autres (Tamar et Bath-Shéba) ont chacune une triste histoire ; il ne nous est rien dit qui soit vraiment à leur honneur. En fait, le nom de Bath-Shéba n’est pas mentionné ; elle est simplement « celle qui avait été femme d’Urie », ce qui proclame sa honte. Ainsi là encore tout est de nature à porter atteinte à l’orgueil juif. Certes, la généalogie de notre Seigneur n’ajoute rien à ce qu’il est. Mais elle était la garantie de sa vraie humanité, et du fait que les droits accordés à David et à Abraham étaient légalement siens.

Mais si les dix-sept premiers versets nous confirment que Jésus était véritablement un homme, la suite du chapitre nous montre qu’il était bien davantage qu’un homme ; Il était Dieu lui-même, présent au milieu de nous. Un messager angélique prévient Joseph, le fiancé de Marie, que l’enfant qui a été conçu en elle est « de l’Esprit Saint », et qu’il devra être appelé Jésus à sa naissance. C’est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés, aussi doit-il porter le nom de Sauveur. Seul Dieu a la capacité de donner un nom en vue de ce qui sera accompli dans l’avenir. Il peut le faire, et combien ce nom merveilleux a été pleinement justifié ! Dans des jours à venir, quelle riche moisson d’êtres sauvés sera rassemblée, tous délivrés de leurs péchés, et non pas seulement du jugement que ceux-ci méritaient ! Seul « son peuple » sera sauvé ainsi. Il faut en faire partie par la foi en Lui pour connaître son salut.

Ainsi a été accomplie la prédiction d’Ésaïe 7:14, qui annonçait clairement la grandeur et la puissance du Sauveur qui devait venir. Son nom prophétique, Emmanuel, indiquait qu’il serait Dieu manifesté en chair — Dieu parmi nous d’une manière bien plus merveilleuse qu’il n’avait jamais été manifesté au milieu d’Israël aux jours de Moïse, bien plus merveilleuse aussi que lorsqu’il était avec Adam avant que le péché entre dans le monde. Les deux noms sont intimement liés. Il serait impossible d’avoir Dieu avec nous si nous n’étions pas sauvés de nos péchés : Sa présence ne pourrait que nous écraser en jugement. Être sauvés de nos péchés et ne pas avoir Dieu avec nous aurait été possible, mais l’histoire de la grâce aurait été privée de sa gloire principale. Dans la venue de Jésus, nous avons les deux. Dieu est venu à nous et, nos péchés étant ôtés, nous avons été amenés à lui.

 

2                        Chapitre 2

Les premiers versets du chapitre 2 jettent une lumière vive et pénétrante sur les conditions de vie parmi les Juifs qui séjournaient à Jérusalem, les descendants de ceux qui étaient remontés de la captivité sous Zorobabel, Esdras et Néhémie. Le Roi des Juifs est né à Bethléhem et ils restent des semaines sans rien en savoir. Que le roi Hérode l’ait ignoré n’est pas du tout surprenant ; il n’était pas un Israélite, mais un Iduméen. Mais les principaux sacrificateurs en tout cas auraient dû être informés de ce grand événement qu’ils professaient attendre — la naissance du Messie. En Luc 2, nous voyons qu’elle est proclamée du ciel, tout au plus quelques heures après qu’elle s’est produite, à des âmes humbles qui craignaient le Seigneur. « Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent », a dit le psalmiste (Ps. 25:14) ; les bergers et d’autres en fournissent l’exemple. Mais les chefs religieux à Jérusalem n’étaient pas de leur nombre ; ils étaient de ces « orgueilleux » que les hommes tiennent pour « heureux » (voir Mal. 3:15, 16). Ils étaient par conséquent dans la même ignorance que le méchant Hérode.

Mais il y a pire. Il n’est pas étonnant, nous le répétons, qu’Hérode ait été troublé en apprenant la nouvelle, car pour lui c’était apparemment un rival qui élevait des prétentions à son trône. Pourtant, nous lisons qu’il « fut troublé, et tout Jérusalem avec lui ». Ainsi la naissance du Sauveur a été non pas un sujet de réjouissance, mais de consternation pour le peuple même qui prétendait l’attendre ! Il y avait donc là quelque chose de fondamentalement mauvais, puisque ce n’était alors que la réaction de leurs sentiments pervertis : ils ne l’avaient pas vu et lui-même n’avait encore rien fait : ils pressentaient seulement que sa venue allait plutôt mettre un frein à leur volonté propre que représenter l’accomplissement de leurs espérances.

Ces hommes étaient pourtant tous bien versés dans les Écritures. Ils pouvaient donner une réponse prompte et correcte à la question d’Hérode, et citer Michée 5:2. Ils avaient la connaissance qui enfle et ne connaissaient par conséquent rien comme il faut connaître (voir 1 Cor. 8:1, 2) ; ainsi ils mettaient leur savoir au service de l’adversaire. Le « grand dragon roux » (Apoc. 12:3-5) de l’Empire romain, dont Hérode était le représentant local, se tenait prêt à dévorer le « Fils mâle », et eux, ils étaient là, disposés à l’aider. C’est qu’ils avaient cette sorte de fausse connaissance des Écritures, et cela peut bien nous servir d’avertissement.

Le passage qu’ils citent place le Seigneur devant nous comme un « conducteur » qui paîtrait son peuple. En Michée, Israël seul est en vue, mais nous savons que la domination du Seigneur sera universelle. Nous avons là le troisième caractère sous lequel Il nous est présenté. Nous voyons, en JÉSUS, Dieu venu pour sauver ; en EMMANUEL, Dieu venu pour demeurer ; dans le CONDUCTEUR, Dieu venu pour régner. Sa pensée a toujours été de demeurer avec les hommes, dirigeant tout selon son bon plaisir ; et pour accomplir cela il devait d’abord venir pour sauver.

La naissance du petit enfant à Bethléhem était le gage que chacun de ces trois caractères se réaliserait ; et si Jérusalem était ignorante et hostile, il y avait des Gentils d’Orient attirés par sa venue, qui ont reconnu en lui le Roi des Juifs. Quelle condamnation terrible pour les chefs religieux de Jérusalem ! Les bergers de Luc 2 apprennent sa naissance dans les quelques heures qui suivent ; les mages d’Orient dans les quelques jours, ou semaines tout au plus ; tandis qu’il faut attendre plusieurs mois avant que la moindre information sur ce qui s’était produit parvienne aux sacrificateurs et aux scribes. Dieu a parlé à ces sages, d’abord par une étoile, puis par un songe, mais il n’a rien dit du tout aux fanatiques de Jérusalem. Et pourtant, il y avait eu un temps où celui d’entre eux qui était souverain sacrificateur était en relation avec Dieu par les urim et les thummim. Maintenant Dieu gardait le silence à leur égard. Ils étaient dans l’état qui nous est décrit en Malachie, et probablement dans un état pire encore.

En Hérode, nous avons un mélange de puissance sans scrupule et de ruse. Contrarié par la manière de procéder des mages, il pense parvenir à ses fins en faisant tuer tous les enfants de Bethléhem. La fixation de la limite d’âge à deux ans semblerait indiquer que la période entre l’apparition de l’étoile et l’arrivée des mages à Jérusalem, a duré plusieurs mois. Son ordre impitoyable et méchant a été un accomplissement de Jérémie 31:15. Si nous lisons ce verset dans son contexte, nous verrons que sa réalisation finale et complète aura lieu dans les derniers jours, lorsque Dieu mettra enfin un terme aux larmes de Rachel en ramenant ses enfants du pays de l’ennemi. Néanmoins ce qui s’est passé à Bethléhem était analogue, quoique sur une plus petite échelle.

Toujours est-il qu’Hérode s’oppose à Dieu, qui réduit à néant ses intentions en envoyant pour la deuxième fois son ange à Joseph dans un songe. Le petit enfant est emmené en Égypte, le verset d’Osée 11:1 trouvant ainsi un accomplissement remarquable, et Jésus commence à refaire l’histoire d’Israël. Dieu n’a eu aucune difficulté à déjouer les mauvais desseins d’Hérode ni, peu après, à s’occuper d’Hérode lui-même. Matthieu ne s’attarde pas à nous décrire sa fin ; il nous rapporte simplement que, « Hérode étant mort », l’ange du Seigneur s’est adressé une troisième fois à Joseph dans un songe, lui disant de retourner dans la terre d’Israël, celui qui cherchait la vie du petit enfant étant mort.

L’intention première de Joseph était évidemment de revenir en Judée. Mais apprenant qu’Archélaüs avait succédé à son père, la crainte le fait hésiter. Alors, pour la quatrième fois, Dieu lui donne des instructions par un songe. Et ainsi Marie, le petit enfant et lui-même sont ramenés à Nazareth, son lieu d’origine, comme Luc nous l’apprend. La manière dont Dieu a dirigé tous ces déplacements — en partie par des circonstances, tel le décret d’Auguste ou les nouvelles concernant Archélaüs, et en partie par des songes — est riche en enseignement. Les desseins de l’adversaire ont été ainsi déjoués. Malgré tout ce qu’il pouvait faire, le « portier » maintenait la porte de la « bergerie » ouverte pour que le vrai Berger puisse entrer. Et les Écritures étaient accomplies : non seulement Jésus a été conduit hors d’Égypte, mais il a été connu comme le Nazaréen.

En fait aucun prophète de l’Ancien Testament n’a annoncé littéralement qu’il serait un « nazaréen » ; mais plusieurs ont dit qu’il serait l’objet du mépris et de l’opprobre. Aussi le verset 23 nomme-t-il « les prophètes », et non pas l’un d’entre eux en particulier. Ils ont annoncé qu’il serait méprisé, ce qui, au temps du Seigneur, était exprimé par l’épithète « nazaréen ». La nouvelle traduction anglaise de J.N. Darby — l’édition complète avec notes — donne un commentaire précieux sur ce verset, en relation avec les termes exacts employés pour l’accomplissement (« en sorte que fût accompli »), en contraste avec les expressions que nous avons trouvées précédemment, aux chapitres 1:22 (« afin que fût accompli ») et 2:17 (« Alors fut accompli »). Cela montre la précision avec laquelle les citations de l’Ancien Testament sont faites. C’est une note qu’il vaut la peine de lire (*).

 

(*) On la trouve aussi dans les « Études sur la Parole de Dieu » par J.N.Darby Nouveau Testament, Vol. 1, p. 40 (seconde partie de la note 2) (Ed).

Nazaréen est le quatrième nom donné à notre Seigneur dans ce premier évangile. Nous avons vu qu’Il est Jésus, Emmanuel, Conducteur, mais Il est également le Nazaréen. Dieu peut venir au milieu des hommes pour sauver, pour demeurer, pour régner ; mais hélas ! Il sera « méprisé et délaissé des hommes ».

 

3                        Chapitre 3

Le troisième chapitre présente Jean le Baptiseur sans aucun préambule quant à sa naissance ou à son origine. Il accomplissait la prophétie d’Ésaïe. Il prêchait dans le désert, loin des lieux fréquentés par les hommes. Son vêtement et sa nourriture le distinguaient des autres. Le thème de sa prédication était la repentance, parce que le royaume des cieux était proche. C’était un ministère absolument unique. Quel autre prédicateur a jamais choisi un désert comme sphère géographique de son ministère ? Philippe l’évangéliste a certes été vers le midi dans un désert pour y rencontrer une personne déterminée ; mais la puissance de Dieu était si manifestement avec Jean que les foules sortaient vers lui, et demandaient à être baptisées, confessant leurs péchés.

Dans cet évangile, « le royaume des cieux » est fréquemment mentionné, il l’est ici pour la première fois. Matthieu ne donne pas d’explication ni n’en rapporte aucune que Jean aurait fournie ; la raison en est sans doute que le livre de Daniel avait annoncé la venue d’un jour où le « Dieu des cieux » établirait un royaume et où tous connaîtraient que « les cieux dominent ». Par conséquent, l’expression ne devait pas être inconnue à ses auditeurs ou à un lecteur juif. Le même prophète avait eu une vision du Fils de l’homme venant avec les nuées des cieux pour prendre le royaume, ses saints le possédant avec lui. Maintenant, le royaume s’était approché : « Jésus Christ, Fils de David » était présent au milieu des hommes.

Lorsqu’une œuvre de Dieu vraie et puissante se produit, les hommes n’aiment pas en être laissés à l’écart, surtout s’ils sont des chefs religieux ; c’est ainsi que nous voyons des pharisiens et des sadducéens venir au baptême de Jean. Mais Jean les recevait avec un discernement prophétique. Il démasquait les caractères du serpent qui étaient les leurs et les avertissait de la colère qui allait venir sur eux. Il savait qu’ils se vanteraient de descendre d’Abraham, mais il leur retire cet argument en montrant que leur origine n’aurait pas de valeur devant Dieu. La seule chose nécessaire était la repentance, et c’est ce que son baptême avait en vue. Mais cette repentance devait être réelle et se manifester par des fruits qui conviennent. Jacques, dans son épître, insiste sur le fait que la foi, si elle est réelle et pour la vie, doit s’exprimer par des œuvres correspondantes. Ici Jean demande exactement la même chose en relation avec la repentance.

Ces versets, au milieu du chapitre 3, font ressortir ce qui allait mal. Le vrai Fils de David et d’Abraham étant là, le royaume était proche, et une simple relation de descendance avec Abraham ne servirait à rien. Moïse leur avait donné la loi ; Élie les avait ramenés à la loi quand ils l’eurent abandonnée ; Jean ne faisait que leur adresser un clair appel à la repentance, et cela revenait à dire : « Sur la base de la loi, vous êtes perdus ; il ne vous reste rien d’autre à faire que de le reconnaître honnêtement, avec humilité et tristesse ». La grande masse, pour sa ruine, n’était pas préparée à cela.

Jean annonçait aussi la venue du Tout-Puissant dont il était le précurseur. Il n’y avait pas de comparaison possible entre celui qu’il annonçait et lui-même, et il le reconnaissait en disant qu’il n’était pas digne de porter même les sandales de ses pieds. Il mettait aussi en contraste le baptême d’eau dont il baptisait avec le baptême de l’Esprit Saint et de feu. Celui qui allait venir, qui était plus grand que lui, aurait un discernement parfait pour séparer le froment de la balle. Les uns, il les baptisera de l’Esprit Saint, les autres du feu du jugement ; et les résultats seront éternels, car le feu sera inextinguible.

Ces paroles de Jean doivent avoir été terriblement exerçantes, et elles auront leur accomplissement à l’aube du millénium. L’Esprit sera alors répandu sur toute chair, c’est-à-dire sur tous ceux qui ont été rachetés — et non pas sur les Juifs seulement. D’un autre côté, les méchants s’en iront dans le feu éternel, comme la fin du chapitre 25 de notre évangile le montrera. Entre-temps, il y aura un accomplissement anticipé du baptême de l’Esprit, dans l’établissement de l’Église, comme nous le voyons en Actes 2. Dans notre chapitre, le contexte indique clairement que le « feu » est une allusion au jugement, et non pas aux langues comme de feu du jour de la Pentecôte ou quelque autre manifestation de bénédiction similaire.

Quand Jésus entra dans son ministère, son premier acte fut de venir auprès de Jean pour être baptisé par lui, et cela malgré l’objection soulevée par ce dernier. La protestation de Jean a servi à mettre en évidence le principe selon lequel le Seigneur agissait. Il accomplissait la justice. Il n’avait pas de péchés à confesser, mais ayant pris la place de l’homme, il était convenable qu’il s’identifie avec les fidèles qui, eux, prenaient par là leur vraie position devant Dieu. C’est ce que des hommes de Dieu avaient fait autrefois — Esdras et Daniel, par exemple — confessant comme étant leurs des péchés desquels ils n’étaient guère responsables, bien qu’étant eux-mêmes des pécheurs. Maintenant Celui qui est sans péché est là et il le fait d’une manière parfaite. Et pour éviter toute confusion, au moment même où il le fait, les cieux lui sont ouverts, première grande manifestation de la Trinité, et la voix venant des cieux déclare qu’il est le Fils bien-aimé en qui le Père trouve son plaisir. Sous la forme d’une colombe, l’Esprit descend sur Celui qui va lui-même en baptiser d’autres de ce même Esprit.

 

4                        Chapitre 4

Jésus ne prenait pas seulement la place de l’homme. Il prenait plus particulièrement celle d’Israël. Les Israélites ont été appelés hors d’Égypte lorsqu’ils ont été baptisés pour Moïse dans la nuée et dans la mer ; ensuite ils sont entrés dans le désert. Nous venons de voir Jésus appelé comme Fils de Dieu hors d’Égypte, et maintenant il est baptisé ; puis au début du chapitre 4, nous voyons l’Esprit qui était descendu sur lui, le conduire aussitôt dans le désert pour être tenté par le diable. Quel contraste ! Israël, dans le désert, a tenté Dieu et a failli en toutes choses. Jésus a été tenté lui-même et il est sorti vainqueur de tout.

Pourtant, les tentations dont il a été assailli par le diable étaient semblables à celles qu’Israël a connues dans le désert, car il n’y a rien de nouveau dans les tactiques de l’adversaire. Israël a été tenté par la faim, et par sa position privilégiée en relation avec Dieu — nous le voyons plus particulièrement dans le cas de Coré, de Dathan et d’Abiram — et par des séductions pour les entraîner à adorer et servir un autre que l’Éternel : ils ont succombé et ont adoré le veau d’or. Jésus a répondu à chacune des tentations par la parole de Dieu. Dans chacune des occasions, il a cité un court passage du livre du Deutéronome rappelant à Israël ses responsabilités. Le peuple a failli dans celles-ci, et Jésus y a répondu en perfection, dans chaque détail.

Le diable met toujours en doute la Parole divine. Comparez le verset 17 du chapitre 3 avec les versets 3 et 6 du chapitre 4 et vous verrez combien c’est frappant. À peine Dieu a-t-il dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », que Satan répète deux fois : « Si tu es Fils de Dieu ». Le petit mot « si » est le terme de prédilection du diable ! Jésus lui répond par la parole de Dieu. Cette Parole est aussi indispensable à la vie spirituelle de l’homme que le pain l’est à sa vie naturelle. Et l’homme a besoin de toute parole que Dieu a prononcée, et non pas seulement de quelques passages. Notre vie spirituelle trouve-t-elle sa nourriture dans « toute parole qui sort de la bouche de Dieu » ?

La tentation de Jésus par le diable montre à l’évidence que ce dernier existe réellement. Dès l’époque de Genèse 3, il s’est employé à séduire les hommes en faisant appel à leurs convoitises et à leur orgueil. En Jésus, il rencontrait quelqu’un qui n’avait ni convoitise ni orgueil et qui répondait à chacune de ses attaques par la parole de Dieu ; vaincu par conséquent, il dut le laisser. Son vainqueur était un vrai homme qui avait jeûné quarante jours et quarante nuits et que les anges servaient. Jamais auparavant ils n’avaient servi leur Dieu de cette manière merveilleuse.

L’emprisonnement de Jean, comme nous l’indique le verset 12, est l’événement qui a marqué l’entrée effective du Seigneur dans son ministère public. Quittant Nazareth, il alla demeurer à Capernaüm, accomplissant ainsi la prophétie d’Ésaïe, en tout cas pour ce qui concerne sa première venue. Si nous lisons ce passage (Ésaïe 9:1-7), nous constaterons que, comme très souvent, les deux venues y sont envisagées. Sa venue brillait, semblable à une étoile devant les prophètes, mais ils ne savaient pas encore que c’était, pour ainsi dire, une étoile double. La Galilée verra la grande lumière de sa gloire, de même qu’ils ont vu alors la grande lumière de sa grâce. Le précurseur ayant été jeté en prison et ne pouvant plus parler, Jésus reprenait et confirmait son message de la repentance parce que le royaume était tout proche. L’évangile selon Jean nous montre que le Seigneur était actif dans son service avant ce moment-là. Il avait des disciples et était en Judée quand « Jean n’avait pas encore été jeté en prison » (3:24).

L’appel de Pierre, d’André, de Jacques et de Jean ne marque ainsi pas le début de leur relation avec Jésus. Celle-ci était plus ancienne et nous est rapportée en Jean 1. Il y a aussi eu évidemment des occasions où ces disciples ou d’autres sont allés avec le Seigneur avant d’être définitivement appelés à abandonner leurs occupations séculières et à lui consacrer tout leur temps. S’ils le suivaient, il ferait d’eux des pêcheurs d’hommes. Par l’application et l’étude, des hommes peuvent devenir de bons prédicateurs, mais lui seul peut faire des pêcheurs d’hommes. Il était lui-même le plus excellent en cela et, en marchant avec lui, ils apprendraient de lui et seraient animés du même esprit.

Dans les trois derniers versets du chapitre 4, Matthieu résume les premiers jours du ministère de Jésus. Son message était « l’évangile du royaume ». Il convient de le distinguer de « l’évangile de la grâce de Dieu » qui est annoncé aujourd’hui. Ce dernier a pour grand thème la mort et la résurrection de Christ, et proclame le pardon comme étant le fruit de l’expiation accomplie. Le premier était la bonne nouvelle que le royaume annoncé par les prophètes leur était maintenant apporté en Lui. S’ils se soumettaient à l’autorité divine dont il était investi, la puissance du royaume s’exercerait en leur faveur. Pour le prouver, il manifestait la puissance du royaume en guérissant les hommes dans leur corps. Tous les maux et les tourments physiques étaient ôtés, gage du fait qu’il pouvait guérir toute maladie spirituelle. Ce déploiement de la puissance du royaume, allié à la prédication du royaume, exerçait beaucoup d’attrait et de grandes foules le suivaient.

 

5                        Chapitre 5

Le Seigneur s’adresse ensuite à ses disciples (bien que la foule soit présente), pour leur enseigner les principes du royaume. Tout d’abord, il leur montre quelles sortes de gens posséderont le royaume et jouiront de ses bénédictions. Dans les royaumes de la terre, si un homme veut réussir aujourd’hui, il doit être plein de confiance en lui-même et de dynamisme ; pour le royaume des cieux, c’est le contraire. L’Ancien Testament l’indiquait déjà : le Psaume 37, par exemple, dans son verset 11 en particulier, l’établit clairement ; mais le Seigneur nous en donne ici une présentation beaucoup plus large. Il esquisse devant nos yeux un tableau moral du résidu pieux qui entrera à la fin dans le royaume. Il mentionne huit caractères, commençant par la pauvreté en esprit et finissant par la persécution, ce qui correspond à un ordre moral. La repentance produit la pauvreté en esprit, et c’est par là que tous doivent commencer. Puis viennent le deuil et la douceur, produits par une vraie connaissance de soi et accompagnés par la soif de la justice qui se trouve en Dieu seul. Le disciple caractérisé par cela revêt alors les traits mêmes de Dieu — miséricorde, pureté, paix. Mais le monde ne veut ni de Dieu ni de son caractère, aussi la persécution met-elle un point final à la liste.

La bénédiction présentée dans les versets 3 à 10 sera pleinement réalisée dans le royaume des cieux, lorsqu’il sera établi sur la terre. Dans chacune de ces béatitudes, à l’exception de la dernière, les fidèles sont décrits d’une manière impersonnelle tandis que dans les versets 11 et 12, le Seigneur s’adresse à ses disciples personnellement. Le « ceux » du verset 10 se transforme en « vous » au verset 11 ; et alors, parlant à ses disciples, une récompense est promise dans les cieux. Il savait que ces disciples-là étaient appelés à entrer dans un ordre de choses nouveau et céleste ; aussi tout en réaffirmant des choses vieilles de façon plus claire, il commence à indiquer quelques-unes des choses nouvelles qui allaient survenir. Le changement dans ces deux versets est frappant et souligne le caractère du « Sermon sur la montagne », dans lequel le Seigneur résume son enseignement et le relie à celui de Moïse. En Jean 13 à 16, passage que nous pouvons appeler « le sermon dans la chambre haute », nous le voyons donner une portée plus étendue à son enseignement et le rapporter à la pleine lumière qu’il dispenserait quand le Saint Esprit serait venu.

Ses disciples seraient bienheureux quand ils seraient persécutés à cause de Lui ; ils devaient l’admettre et s’en réjouir. Nous reculons naturellement devant la persécution, mais l’histoire prouve la véracité de ces paroles. Ceux qui s’identifient pleinement et ouvertement à Christ ont à souffrir, mais ils sont soutenus et récompensés ; tandis que ceux qui cherchent à échapper à la persécution par des compromis perdent toute la récompense et sont misérables. En outre, c’est lorsque le disciple est persécuté par le monde qu’il est de façon très nette « le sel de la terre » et « la lumière du monde ». Le sel préserve et la lumière éclaire. Nous ne pouvons avoir aucune saveur sur la terre si nous sommes de la terre. Nous ne pouvons rayonner dans le monde si nous sommes du monde. Or rien ne contribue davantage à nous maintenir distincts et séparés de la terre et du monde que la persécution de la part de celui-ci, peu importe la forme qu’elle revête. Persécuté pour Christ, le disciple est du sel qui sale véritablement et il émet également un maximum de lumière. Cette parole du Seigneur ne nous révèle-t-elle pas la raison cachée d’une grande partie de notre faiblesse ?

Remarquez aussi que la lumière est censée luire dans la vie pratique, non pas seulement dans le domaine théologique. Les hommes ne sont pas appelés à la discerner, exprimée en paroles, dans la clarté ou l’originalité de nos enseignements, mais plutôt dans nos actes et nos œuvres. Ils devraient certes entendre nos bonnes paroles, mais ils doivent avant tout voir nos bonnes œuvres si nous voulons que notre lumière luise devant eux. Le mot employé pour « bonnes » ici ne signifie pas précisément que ce sont des œuvres de bonté, mais plutôt des œuvres droites ou honnêtes. De telles actions ont leur source dans le Père qui est dans les cieux ; elles répandent sa lumière et le glorifient.

À partir du verset 17 et jusqu’à la fin du chapitre 5, nous voyons le Seigneur montrer la relation entre ce qu’il enseignait et ce qui avait été donné par Moïse. Il n’était pas venu pour annuler ou détruire ce qui avait été donné précédemment, mais pour l’accomplir. Il était la confirmation et la réalisation de tout ce qui avait été dit (v. 18, 19), et aucune parole prononcée par Dieu ne devait être supprimée. De plus, comme le verset 20 l’indique, il insistait sur le fait que la justice exigée par la loi surpassait de loin tout ce que les scribes et les pharisiens superficiels de son temps pouvaient connaître ou admettre. Ils observaient une obéissance technique dans le domaine cérémoniel, et ils ignoraient l’esprit véritable de la loi et le but que Dieu avait en vue. Leur justice ne conduisait pas au royaume des cieux.

Par conséquent, il va leur montrer que les exigences de la loi avaient une signification d’une richesse insoupçonnée, et il ne cite pas moins de six points pour illustrer son thème. Il évoque le sixième et le septième commandements ; puis la loi quant au divorce en Deutéronome 24:1, et quant aux serments en Lévitique 19:12 ; ensuite le principe de la rétribution tel qu’il est énoncé en Exode 21:24 et ailleurs ; enfin cette justification de la haine à l’égard de ses ennemis, telle qu’on la trouve en Deutéronome 23:6.

Quant aux deux commandements qu’il cite, il enseigne clairement que Dieu a égard non seulement à l’acte extérieur, mais aussi à la disposition intérieure du cœur. L’interdiction ne porte pas uniquement sur le fait de tuer ou de commettre adultère, mais sur la haine et la convoitise qui trouvaient leur expression dans l’acte. Jugé d’après ce critère, qui peut tenir devant les saintes exigences du Sinaï ? La « justice » du scribe et du pharisien s’effondre complètement. Toutefois dans les deux cas, après avoir exposé ce fait, le Seigneur ajoute encore quelques enseignements.

Dans les versets 23 à 26, il montre deux choses importantes : d’abord que Dieu n’accepte aucun don offert quand il y a un différend entre soi et son prochain. Nous ne pouvons réparer un tort fait à autrui par une profession de piété envers Dieu. On ne peut s’approcher de Dieu que lorsque la réconciliation est intervenue. Puis, secondement, si l’affaire qui cause de l’inimitié est portée devant la justice, la loi doit être appliquée indépendamment de la miséricorde. Les paroles du Seigneur ont ici sans doute une signification prophétique. Les Juifs comme nation allaient faire valoir leur cause contre Lui, qui devenait ainsi leur « partie adverse », et cela aboutirait à leur condamnation. Maintenant encore ils n’ont pas payé le dernier quadrant.

Dans l’exemple suivant, il nous indique aussi qu’un sacrifice n’a de valeur que s’il permet d’échapper à la géhenne.

Dans les troisième et quatrième cas (v. 31-37), le Seigneur nous montre de nouveau que ce qui a été ordonné par Moïse n’exprimait pas toute la pensée de Dieu. Tant le divorce que les serments étaient autorisés et ainsi le niveau que les hommes devaient atteindre n’était pas trop élevé. Les deux sujets sont placés ici dans une lumière plus vive, et nous voyons qu’une seule chose peut être admise pour rompre le lien du mariage ; et aussi que la parole des hommes devrait être si claire et catégorique que recourir à des serments solennels, jurer par telle ou telle chose, est inutile. On ne peut pas faire confiance à un homme qui est obligé d’accompagner ses affirmations par un serment.

La loi stipulait encore, pour chaque tort infligé, une rétribution de nature identique. Elle enjoignait ce que nous appellerions le « coup pour coup » ; comme aussi elle autorisait à haïr son ennemi, tout en recommandant d’aimer son prochain. Le Seigneur infirme cela. Il enseigne le support et la grâce qui donne, plutôt que l’insistance sur ses droits ; et également l’amour qui bénit et fait du bien à l’ennemi. Tout cela pour que ses disciples soient absolument distincts des pécheurs du monde, et se montrent dans le caractère de Dieu lui-même.

Dieu leur est présenté non pas comme l’Éternel, le Législateur, mais comme « votre Père qui est dans les cieux ». C’est-à-dire qu’il est maintenant révélé sous une lumière nouvelle. Telle est ici la ligne directrice des enseignements du Seigneur, car si nous le connaissons sous ce jour nouveau, nous découvrons qu’il est caractérisé par la bonté envers les injustes et les méchants ; et dans notre mesure, nous avons à être ce qu’il est. Le ministère de Jésus mettait au jour une nouvelle révélation de Dieu, et celle-ci entraînait un nouveau critère de perfection. Nous devons paraître pratiquement comme les fils de notre Père qui est dans les cieux, car la perfection d’un fils, c’est d’être comme le Père.

Huit fois dans ce chapitre il répète : « moi, je vous dis », et six fois, cette expression est précédée du mot « mais », pour établir le contraste entre sa déclaration et ce que la loi avait dit précédemment. Nous pouvons bien demander : « Qui donc est celui-ci pour citer la sainte loi de Dieu et affirmer ensuite calmement : « Mais moi, je vous dis » — ceci et cela ? En fait, il change et élargit la loi, ce que jamais aucun prophète n’avait ose faire ! N’est-ce pas une présomption terrible, frôlant le blasphème ? » Oui, certes, et seule une explication pourra le blanchir de cette accusation. Mais cette explication est de poids : nous sommes ici en présence du vrai Législateur, de Celui qui a parlé autrefois depuis le Sinaï. Il est venu sur la terre comme un Homme, Emmanuel. Emmanuel est monté sur une autre montagne et il s’adresse maintenant non pas à une nation, mais à ses disciples. Il a tous les droits d’élargir ou d’amender sa propre loi.

 

6                        Chapitre 6

À la fin du chapitre 5, le Seigneur a placé ses disciples devant Dieu dans une lumière nouvelle ; au chapitre 6, c’est celle-ci qui est l’objet de tout l’enseignement. L’expression « votre Père », avec quelques légères variantes, ne revient pas moins de douze fois. L’enseignement porte sur quatre sujets : les aumônes (v. 1-4) ; la prière (v. 5-15) ; le jeûne (v. 16-18) ; les richesses terrestres et ce qui est nécessaire dans la vie (v. 19-34). La tendance et la coutume des Juifs étaient de traiter les trois premiers d’une manière technique, formelle, et de mettre tout l’accent sur le quatrième, d’y vouer toute leur attention. Le Seigneur Jésus les place tous dans la lumière que ses paroles venaient de projeter. Dans le chapitre 5, il leur avait montré un Dieu qui s’occupe des motifs intérieurs autant que des actions extérieures, et pourtant ce Dieu doit être connu comme un Père céleste. Remarquons encore qu’il répète : « Je vous dis ». Il n’enseigne pas comme les scribes qui basaient leurs affirmations sur les traditions des anciens ; nous devons recevoir ce qu’il dit simplement parce qu’il le dit.

Si nous nous appuyons sur les traditions, nous risquons bien de nous trouver dans la position qui était celle des Juifs avec leurs aumônes, leurs prières et leurs jeûnes. Pour eux c’était devenu autant de formes à observer, pour frapper les yeux ou les oreilles des gens. En revanche, si nous élevons nos pensées vers le Père qui est dans les cieux, qui s’intéresse de près à ce qui nous concerne, tout doit devenir réel et vital, et être fait devant Lui qui nous entend et nous voit. Le Seigneur répète trois fois au sujet des simples formalistes : « Ils ont déjà leur récompense », c’est-à-dire l’approbation et la louange de leurs semblables. Ils l’ont ; elle est tout entière dans le présent, et il n’y a rien à attendre de plus. Au contraire, celui qui donne, ou prie, ou jeûne, remarqué non par les hommes, mais par Dieu, sera récompensé ouvertement dans le jour à venir.

Quant à la prière, il enseigne à prier non seulement dans le secret, mais aussi brièvement, ce qui est signe d’authenticité. Quelqu’un qui demande avec un sentiment du besoin et un sérieux intenses va directement au but avec le minimum de mots. Il ne va pas s’égarer dans un dédale de circonlocutions. Les versets 9-13 nous donnent la prière modèle, celle qui convenait exactement aux disciples dans leurs circonstances. Il y a six requêtes. Les trois premières ont affaire avec Dieu : son nom, son royaume, sa volonté. Les trois dernières sont en rapport avec nous : notre pain, nos dettes, notre délivrance. Le Père céleste et ses droits doivent venir en premier, et nos besoins ensuite. La bénédiction des hommes sur la terre dépend de ce que la volonté de Dieu soit faite sur la terre, et il n’en sera ainsi que lorsque son royaume sera établi.

Le pardon dont il est question dans les versets 14 et 15 est en relation avec les dettes du verset 12. Dans le saint gouvernement du Père céleste envers ses enfants, l’esprit implacable tombe sous Son châtiment. Si quelqu’un nous offense et que nous refusions de pardonner, nous nous privons du pardon gouvernemental de Dieu. Il ne s’agit pas ici du pardon pour l’éternité, puisque ceux auxquels le Seigneur s’adresse étaient des disciples pour qui cette grande question était déjà réglée.

Viennent ensuite des paroles très exerçantes à l’égard des richesses terrestres. Rien n’est plus profondément enraciné dans l’être humain que la tendance à poursuivre des trésors sur la terre, à s’en emparer et à les amasser, et pourtant ceux-ci sont à la merci des éléments naturels et de l’intervention d’hommes violents. Si nous connaissons réellement le Père qui est dans les cieux, nous trouverons notre trésor dans le ciel et là sera notre cœur ; il nous suffit d’avoir l’œil simple pour voir cela, et aussi toute autre chose clairement. Alors notre corps sera plein de lumière ; autrement dit, nous nous caractériserons nous-mêmes par la lumière. Nous ne pouvons être dominés que par Dieu ou par Mammon, car nous ne pouvons pas servir deux maîtres. Dieu et Mammon sont trop complètement opposés pour que cela soit possible.

En servant Dieu, qui est effectivement un Père céleste, nous nous plaçons sous ses soins attentifs et bienveillants. Il connaît tous nos besoins et s’en occupe. Nous sommes impuissants, incapables d’ajouter une coudée à notre taille ou de nous revêtir comme l’herbe des champs. Notre Père a une sagesse et une puissance infinies, et veille sur les plus humbles de ses créatures ; nous pouvons donc avoir une confiance absolue dans ses soins d’amour pour nous. C’est ainsi que nous ne devons être en souci de rien. Les hommes du monde se jettent sur les trésors de ce monde qui disparaissent si rapidement, et ils sont pleins de soucis pour les protéger et les utiliser. Tandis que nous pouvons nous reposer sur la sollicitude et l’amour de notre Père, et être libres de toute anxiété.

Tout cela est principalement négatif. Nous devons être délivrés de l’anxiété et des soucis qui remplissent tant de cœurs ; mais c’est afin que nous soyons libres pour chercher le royaume de Dieu, et pour le chercher premièrement. Au lieu de regarder avec appréhension le lendemain, nous sommes invités à remplir le jour présent de ce qui concerne le royaume, et ce royaume nous conduit dans les voies de la justice.

Tel était le bon plaisir de Dieu pour les disciples qui suivaient le Seigneur quand il était avec eux ; et cela demeure son bon plaisir pour nous qui le suivons maintenant que son œuvre est parfaitement accomplie et qu’il est retourné au ciel. L’esprit qu’il inculquait était aussi étranger à la religion des pharisiens de son temps, qu’il l’est aujourd’hui à la religion de forme et mondaine.

 

7                        Chapitre 7

Les enseignements du Seigneur, rapportés au chapitre 6, avaient pour but de placer ses disciples dans des relations telles avec leur Père qui est dans les cieux que Lui remplisse leurs pensées, qu’il s’agisse d’aumônes, de prières, de jeûnes ou de leur attitude à l’égard des richesses et des besoins de cette vie. Le chapitre 7 commence par des enseignements qui devaient régler leurs rapports avec leurs frères, et aussi avec les incrédules.

Juger son frère est une tendance très profondément ancrée dans le cœur humain. Il n’est pas interdit de juger les choses ou un enseignement ; nous y sommes encouragés — nous le voyons, par exemple, en 1 Corinthiens 2:15 ; 10:15 — mais juger des personnes est défendu. L’assemblée est appelée à juger, dans certains cas, ceux qui en font partie, comme 1 Corinthiens 5 et 6 l’indiquent, mais à part cela, le jugement des personnes est une prérogative du Seigneur. Si, en dépit de l’interdiction du Seigneur, nous nous y complaisons, deux peines suivront immanquablement, comme Jésus le dit ici. D’abord, nous serons nous-même jugé, et il nous sera mesuré de l’exacte mesure dont nous aurons mesuré les autres. Secondement, nous serons entraîné dans l’hypocrisie. Dès le moment où nous nous mettons à juger les autres, nous devenons aveugle à nos propres défauts. La petite imperfection de notre frère prend une proportion énorme à nos yeux, et nous n’avons pas du tout conscience de notre propre gros défaut, de nature à fausser notre vue spirituelle. La forme de jugement la plus profitable pour chacun de nous est le jugement de soi-même.

Le verset 6 a en vue les impies, insensibles au bien et impurs dans leurs goûts. Les choses qui sont saintes et précieuses ne le sont pas pour eux ; et si malgré tout nous les leur présentons, ils les méprisent, et nous risquons de subir leur violence. Il est juste que nous soyons des dispensateurs des choses saintes de Dieu, mais pas envers de telles personnes.

Toutefois si nous sommes appelés à donner, il nous faut d’abord recevoir, et c’est ce dont parlent les versets 7-11. Pour recevoir, nous devons nous approcher de Dieu — demander, chercher, frapper. Une réponse de la part de notre Père est assurée. Si nous demandons ce qui est nécessaire, nous le recevrons, car il ne nous donnera pas à la place un objet sans valeur comme une pierre, ou nuisible comme un serpent. Nous pouvons être certains qu’il nous donnera « des bonnes choses », car son caractère de Père est céleste. Ainsi sa mesure ne tombera pas au-dessous de celle d’un père sur la terre. Nous pouvons appliquer ici Ésaïe 55:9, et déclarer que, comme les cieux sont élevés au-dessus de la terre, ainsi ses pensées de Père sont élevées au-dessus de nos pensées. Nous ne pouvons évidemment pas atteindre son niveau. C’est pourquoi, au verset 12, le Seigneur ne demandait pas à ses disciples une mesure au-delà de celle qui est établie par la loi et les prophètes.

Dans les versets 13 et 14, le Seigneur regarde manifestement plus loin que ses disciples et s’adresse à la foule. Ceux qui la composaient se trouvaient confrontés au choix entre le chemin large et le chemin étroit, entre la destruction et la vie. Nous ne pouvons pas dire que la grâce de Dieu est étroite, car elle est apparue à tous les hommes ; ce qui est étroit, c’est le chemin du jugement de soi et de la repentance. Peu nombreux sont ceux qui le trouvent, et encore moins nombreux ceux qui le proclament. La majorité des prédicateurs préfère annoncer des vérités plus agréables.

Nous avons ensuite l’avertissement contre les faux prophètes. On les reconnaît à leurs fruits, non pas à leurs belles paroles. Le fruit est le résultat et l’expression suprême de la vie, et il révèle le caractère de la vie dont il est l’aboutissement. Le faux prophète a une vie fausse qui se manifeste nécessairement par des mauvais fruits.

Il n’y a cependant pas seulement des faux prophètes ; il y a aussi des faux disciples — ceux qui font profession de fidélité au Seigneur, mais chez lesquels le lien vital de la foi manque. La foi vitale, comme le dit l’apôtre Jacques, doit s’exprimer par des œuvres. Tous ceux qui se placent vraiment sous la seigneurie de Christ par la foi, doivent obligatoirement être prêts à faire la volonté du Père qui est dans les cieux, que Lui représentait. Judas Iscariote offre une illustration terrible des versets 22 et 23. Certes il a accompli des œuvres de puissance comme les autres disciples, mais à la fin, il est apparu qu’une relation de foi réelle n’avait jamais existé, et qu’il n’était qu’un ouvrier d’iniquité.

Aussi le Seigneur termine-t-il son discours par la parabole des deux maisons. Les constructeurs de l’une et de l’autre, le prudent et l’insensé, étaient des auditeurs des paroles de Jésus, mais un seul d’entre eux les mettait en pratique — le prudent. La parabole n’enseigne pas le salut par les œuvres, mais le salut par cette foi vivante qui conduit aux œuvres. Si nous reportons nos pensées au sermon sur la montagne nous verrons tout de suite que seule une foi véritable en Christ pouvait amener quelqu’un à faire ce qu’il enseignait. Nous discernerons aussi combien ses enseignements vérifiaient pleinement ses propres paroles du chapitre 5:17. Il nous a donné la plénitude de la loi et des prophètes, tout en ajoutant une lumière nouvelle au sujet du Père qui est dans les cieux, et en préparant par là le chemin pour la lumière plus complète de la grâce qui allait briller comme fruit de sa mort et de sa résurrection. C’est l’autorité avec laquelle il parlait qui frappait la foule. Les scribes s’appuyaient sur les enseignements des rabbins d’autrefois, tandis qu’il disait les choses qu’il connaissait de Dieu et avec Dieu.

 

8                        Chapitre 8

Les trois chapitres dans lesquels Matthieu nous rapporte les enseignements du Seigneur sont suivis par deux autres qui nous montrent ses œuvres de puissance. Jésus ne se contentait pas d’énoncer les principes du royaume ; il en manifestait la puissance dans une variété de manières propres à attirer l’attention. Il y a cinq illustrations principales de cette puissance dans le chapitre 8, et autant dans le chapitre 9. Dans chacun des cas, nous pouvons dire que le miracle accompli par le Seigneur en relation avec des besoins extérieurs et visibles, prouvait qu’il pouvait s’occuper des besoins plus profonds de l’âme.

Le premier cas est celui de l’homme atteint de lèpre, une image du péché dans sa puissance en souillure, en corruption. Le pauvre homme était convaincu de la puissance de Jésus, mais pas pleinement persuadé de sa grâce. Toutefois, le Seigneur le délivre instantanément en le touchant et en prononçant une parole de puissance. Quatre mots seulement : « Je veux, sois net », et la chose est accomplie ; constituant un témoignage aux sacrificateurs — si l’homme a fait comme il lui a été dit — que la puissance de Dieu était là au milieu d’eux.

Le deuxième cas, celui du centurion d’entre les Gentils et de son serviteur, illustre l’impuissance que le péché produit. Ici de nouveau, la puissance de la parole du Seigneur est mise en évidence. Le centurion lui-même le souligne, car il connaissait la puissance que revêt un ordre dans le système militaire romain, par exemple. Le rang de centurion n’était pas élevé, pourtant ceux qui étaient placés sous ses ordres lui obéissaient sans discuter ; et la foi de cet homme découvrait en Jésus Celui qui pouvait accomplir un miracle. Le Seigneur qualifie sa foi de grande et de supérieure à tout ce qu’il avait trouvé en Israël ; il prononce la parole nécessaire et le serviteur est guéri. Il annonce également que plus d’un Gentil venant de loin entrerait dans le royaume avec les patriarches d’Israël, alors que ceux qui considéraient cette place comme leur droit acquis seraient jetés dans les ténèbres de dehors.

Le troisième cas est celui de la belle-mère de Pierre. Ici, Jésus la touche et elle est instantanément guérie ; il ne nous est pas dit qu’il ait prononcé une parole. Qu’il s’agisse du contact de sa main et de sa parole comme pour le lépreux, ou de sa parole seule comme pour le serviteur du centurion, ou seulement d’un contact, dans chacun des cas le résultat est identique — c’est la délivrance immédiate. Il n’y a pas eu de convalescence après la fièvre : la femme s’est aussitôt levée et a servi les autres. Le péché entraîne un état d’esprit et d’âme fébrile, qui disparaît au contact du Seigneur.

Dans les versets 16 et 17, nous avons d’abord un résumé de ses nombreuses œuvres de puissance et de grâce, le soir étant venu ; puis la citation d’Ésaïe 53, qui nous révèle la manière et l’esprit dans lesquels il accomplissait ces choses. Certains ont utilisé à tort les paroles citées, leur faisant dire que, sur la croix, Jésus a porté nos maladies, et que, par conséquent, le croyant ne devrait jamais être malade. Nous avons ici la vraie application de ce passage. Il ne soulageait pas les hommes sans ressentir leurs peines et leurs maladies. Il portait dans son esprit le poids des maux qu’il chassait par sa puissance.

Les incidents rapportés dans les versets 18-22 nous montrent que comme pour notre délivrance, notre service doit résulter de l’appel de sa parole d’autorité. Un certain scribe s’engage à le suivre sans avoir reçu Son appel. Le Seigneur lui indique aussitôt ce qu’impliquerait de le suivre, lui, le Fils de l’homme qui n’avait pas un lieu où reposer sa tête. Mais inversement, son appel suffit. Celui qui voulait donner la première place à un devoir terrestre était déjà un disciple. L’appel et le droit du Maître doivent être absolument impératifs. Le verset 23 nous montre qu’il avait des disciples qui reconnaissaient ses droits et le suivaient ; ils lui offrent dans leur nacelle une place où reposer sa tête. Mais, même ainsi, marcher à sa suite les entraîne dans des difficultés.

Cela nous amène au quatrième de ces cas significatifs — la tempête sur la mer, type de la manière dont la puissance du diable déchaîne la mer agitée de l’humanité. Pour Jésus ce n’était rien et il dormait paisiblement. Mais au cri de ses disciples, il se lève et reprend ces puissants éléments de la nature. De même qu’un homme donne un ordre à son chien et que la bête obéissante vient se coucher à ses pieds, ainsi les vents et la mer se calment à la voix de leur Créateur.

Arrivé à l’autre rive, le Seigneur se trouve en face de deux hommes possédés par des serviteurs du diable. L’un d’entre eux peut être comparé à une forteresse spéciale tenue par toute une légion de démons, comme nous l’apprennent Marc et Luc, mais ils étaient bien évidemment deux et ainsi un témoignage suffisant était donné à la puissance de Jésus sur l’Ennemi. Les démons le connaissaient et ils savaient qu’ils n’avaient pas le pouvoir de résister à sa parole ; aussi demandent-ils la permission d’entrer dans le troupeau de pourceaux impurs, qui ne se serait jamais trouvé là si Israël avait marché selon la loi. D’après le récit qui nous est donné, Jésus ne prononce qu’une seule parole — « Allez ». Aussitôt les hommes sont délivrés, et les pourceaux détruits.

Nous avons considéré jusqu’ici quelques manifestations de la puissance du Seigneur ; avant de quitter ce chapitre, voyons la réponse qu’elle a reçue de la part des hommes. Il y a un contraste frappant entre la « grande foi » du centurion et la « petite foi » des disciples dans la tempête. La grande foi est caractérisée par deux choses que nous trouvons au verset 8. Le centurion déclare : « Je ne suis pas digne », se condamnant lui-même, et se mettant ainsi de côté. Il ajoute, à l’adresse du Seigneur : « Dis seulement une parole ». Il ne faisait aucun cas de lui-même, mais avait une haute opinion du Seigneur — si haute qu’il était prêt à donner foi à sa parole sans aucun support extérieur. On voudrait souvent que la parole du Seigneur soit confirmée par des sentiments, par la raison ou par l’expérience ; mais une grande foi résulte de la découverte en Jésus de quelqu’un de si grand que sa seule parole suffit.

Pour les disciples, c’était juste le contraire. Leurs pensées étaient concentrées sur eux-mêmes. C’était : « Sauve-NOUS ! NOUS périssons ». Lorsque Jésus eut calmé la tempête, ils s’en étonnèrent, disant : « Quel est celui-ci ? » Oui, en effet, quel était-il ? S’ils l’avaient véritablement connu, ils auraient été surpris qu’il n’ait pas fait valoir sa puissance. Le fait est qu’ils avaient une haute opinion d’eux-mêmes et une bien petite du Seigneur ; c’est là une petite foi. Aussi s’étonnent-ils en le voyant agir ; tandis que dans le cas du centurion, c’est Jésus qui s’étonne de sa foi. Pourtant, malgré leur petite foi, ils l’aimaient et le suivaient.

Au début du chapitre, nous avons une foi en défaut chez le lépreux. Il voyait clairement la puissance de Jésus, mais ne discernait guère son bon vouloir. À la fin du chapitre, nous trouvons des hommes qui n’avaient pas de foi du tout.

Peu leur importait que des démons aient été chassés, car une délivrance spirituelle ne signifiait pas grand-chose pour eux. Ce qui comptait, c’était la perte de leurs pourceaux. Ils n’estimaient pas Jésus, mais bien leurs pourceaux ! Figure appropriée des hommes du monde qui ont l’œil à toute sorte de gain matériel, mais qui n’ont pas de cœur pour Christ. Ceux-ci n’ont en définitive rien gagné, tandis que tous les autres ont reçu. Remarquez le fait précieux que la foi défectueuse et la faible foi ont obtenu la bénédiction tout aussi réellement et aussi pleinement que la grande foi. La bénédiction n’est pas en proportion de la qualité ou de la quantité de foi, mais elle dépend de la pure grâce du Seigneur.

 

9                        Chapitre 9

Les Gergéséniens ne désirant pas sa présence, Jésus passe de nouveau à l’autre rive et rencontre aussitôt d’autres personnes dans le besoin. Dans le chapitre 9, nous voyons comment il délivre l’homme frappé de paralysie, la femme malade, la fille de Jaïrus, les deux aveugles et le muet démoniaque — de nouveau une quintuple manifestation de la puissance du royaume qui s’était approché dans sa Personne.

Dans le premier de ces cas, le Seigneur établit clairement la relation existant entre le miracle qu’il opérait pour le corps et la bénédiction spirituelle correspondante ; le premier facilement visible, la seconde cachée. En réponse à la foi des hommes qui ont amené le paralytique, le Seigneur va directement à la racine du mal et prononce le pardon des péchés. Comme celui-ci est mis en question, il prouve son pouvoir de pardonner par sa puissance de transformer la condition physique de l’homme. Ses détracteurs ne pouvaient ni pardonner les péchés ni guérir la paralysie. Il pouvait, lui, l’un et l’autre. Les foules le constatent et glorifient Dieu.

Les versets 9-17 rapportent un incident concernant Matthieu lui-même. Ceux qui connaissent la puissance terrible que l’argent exerce sur l’esprit humain pourraient presque qualifier de miracle l’appel relaté au verset 9. Matthieu était assis dans son bureau de recette, tout entier à la tâche agréable d’encaisser de l’argent, lorsqu’il entend ces deux mots de la bouche de Jésus — « Suis-moi ». Celui qui l’appelle prend une telle dimension à ses yeux, que l’argent s’en trouve détrôné et perd son attrait — un vrai miracle assurément ! Il se lève et suit Jésus.

C’est dans sa maison que Jésus se met à table avec des publicains, des pécheurs et ses disciples ; ainsi maintenant Matthieu débourse de l’argent au lieu d’en recevoir. Ce sont les autres évangélistes qui nous le disent, alors que Matthieu, avec une modestie bienséante, ne le mentionne pas. La scène entière est une offense pour les pharisiens, mais elle permet d’établir en quelques mots quelle est la mission de Jésus. Les pharisiens ne s’étaient pas arrêtés aux paroles du Seigneur par Osée, selon lesquelles il préférait l’exercice de la miséricorde à l’offrande de sacrifices cérémoniels — une parole que bien des pharisiens modernes ignorent aussi — et ils ne connaissaient pas sa mission envers ceux qui étaient malades spirituellement : appeler des pécheurs à la repentance. S’il était venu appeler « des justes », les pharisiens seraient accourus en foule, mais ils auraient tous été renvoyés, puisque selon le critère divin, il n’y a pas de « justes ».

La question soulevée par les disciples de Jean amène une déclaration supplémentaire. Après avoir appelé des pécheurs à la repentance, il se les attache comme étant « les fils de la chambre nuptiale » et les introduit dans une position de liberté, en contraste avec le respect des exigences de la loi. Dans les jours qui viendraient, pendant son absence, il y aurait un jeûne d’une autre sorte. Mais il ne pouvait pas y avoir de véritable mélange entre les choses nouvelles qu’il apportait et l’ancien système légal. Le vin nouveau du royaume doit être mis dans des outres neuves. Essayer de retenir à l’intérieur de formes légales la grâce du royaume qui s’étend à tous donne un résultat désastreux. La grâce est perdue et les formes sont ruinées.

Comme il leur disait ces choses, d’autres incidents surviennent qui, dans une certaine mesure, servent d’illustration à ses paroles. Alors qu’il est en route pour ressusciter la fille de Jaïrus, il est arrêté par la foi hardie de la femme qui avait une perte de sang. Elle faisait partie de ces malades qui avaient besoin du Médecin. Son acte de foi dérangeait le programme, mais qu’était-ce pour Celui qui trouve son plaisir dans la miséricorde et non dans les sacrifices ? Sa foi est reconnue et la femme est guérie instantanément. Puis lorsque le programme reprend son cours, et qu’ils arrivent à la maison de Jaïrus, Jésus bouscule le déroulement habituel des choses, tel qu’il était prescrit. Les formes juives ne résistent pas longtemps à la puissance de Sa grâce. Il ordonne : « Retirez-vous », et tout doit effectivement reculer devant la puissance de vie qu’il détient : l’enfant morte est ressuscitée.

Le cri des deux aveugles (v. 27) renferme les accents de la foi. Ils le reconnaissent comme le Fils de David promis. Lui reconnaît leur foi et la met à l’épreuve. Dans leur réponse ils affirment leur foi en sa puissance. Aussi, dans ce cas, il exauce leur prière, selon leur foi. Il savait que cette foi était réelle ; et cela nous est confirmé par le fait que leurs yeux furent ouverts aussitôt. Posons-nous chacun la question : Si mes prières devaient être exaucées selon ma foi, que recevrai-je ?

Le péché a réduit l’homme à la misère ; il l’a rendu spirituellement malade, mort et aveugle ; mais il l’a aussi rendu muet à l’égard de Dieu. Lié par le diable, il ne peut pas parler. Lorsque l’homme du verset 32 lui est amené, Jésus s’occupe de la puissance démoniaque qui était à la racine de son état. La cause étant atteinte, l’effet disparaît aussitôt. Le muet parle et les foules s’en étonnent. Jamais auparavant elles n’ont vu ou entendu parler de délivrances semblables à celles qui sont opérées par la puissance du royaume en grâce. Seuls les pharisiens demeurent insensibles ; et non simplement insensibles, mais ils sont entièrement dans le mal, car ne pouvant pas nier la puissance, ils se soustraient volontairement à son influence en l’attribuant au diable lui-même.

Ce chapitre se termine sur le fait merveilleux que le rejet inique de Sa grâce n’a pas tari sa compassion. Il va par toutes les villes et par les villages, prêchant l’évangile du royaume et en manifestant la puissance par des miracles de guérison. La vue des foules et de leurs besoins ne fait que l’émouvoir d’une profonde compassion — la compassion du cœur de Dieu. La foule n’avait pas de berger, et il y avait encore une grande moisson à rentrer. Il se prépare à y envoyer des ouvriers.

 

10                  Chapitre 10

À la fin du chapitre précédent, le Seigneur a invité ses disciples à prier afin que des ouvriers soient envoyés. Ce chapitre s’ouvre sur l’appel des douze et leur envoi. Ils devaient être eux-mêmes la réponse à leur prière ! Le cas n’est pas rare. Lorsque nous demandons que telle ou telle chose s’accomplisse dans le service du Seigneur, il nous répond souvent : « C’est à vous de le faire ». Pour qu’une mission quelconque s’effectue il faut : des personnes mises à part, de la puissance conférée et l’indication de la bonne manière de procéder.

Ce chapitre traite précisément de ces trois points. Dans les versets 2-4, nous avons les noms des douze disciples choisis ; et au verset 1, nous lisons que Jésus leur confère la puissance nécessaire. Cette puissance s’exerçait dans deux sphères : spirituelle et physique. Les esprits immondes devaient leur obéir et toutes espèces de maladies physiques disparaissaient à leur parole. À partir du verset 5 et jusqu’à la fin du chapitre, nous avons l’énumération des instructions qu’il leur donne pour l’accomplissement correct de leur mission.

Le premier enseignement concerne la sphère de leur service : ce n’était ni les Gentils ni les Samaritains, mais uniquement les brebis perdues de la maison d’Israël. Cela nous indique d’emblée clairement que l’évangile aujourd’hui ne découle pas de cette mission. On a voulu faire dire au verset 6, à l’appui d’une théorie fausse, que les disciples devaient aller vers les Israélites dispersés parmi les nations. Mais le mot « perdues » signifie spirituellement perdues. Si nous considérons Jérémie 50, en particulier les versets 6 et 17, nous verrons qu’Israël est à la fois « perdu » et « chassé ou dispersé ». Perdu parce que leurs bergers les ont fourvoyés — perdu spirituellement. Chassé de par l’intervention des rois d’Assyrie et de Babylone — dispersé géographiquement. Cette distinction dans l’emploi des deux mots semble être observée dans toute l’Écriture. Jamais les disciples ne sont sortis du pays quand Christ était sur la terre, mais ils prêchaient aux Juifs spirituellement perdus qui les entouraient.

Au verset 7, leur message est résumé en six mots. Il correspond exactement à celui de Jean le Baptiseur (3:2), et du Seigneur lui-même (4:17), sauf qu’ici le « repentez-vous » est omis. C’était un message très simple, ne permettant pas beaucoup d’adjonctions ou de variations. Ils ne pouvaient pas annoncer des événements non encore accomplis ; mais le Roi promis était là dans son propre pays ; aussi le royaume était-il près d’eux. Voilà ce qu’ils annonçaient. C’était la bonne nouvelle du royaume, et ils devaient confirmer ce qu’ils disaient en manifestant la puissance du royaume, apportant gratuitement la guérison et la délivrance.

Ils devaient en outre se passer de toutes les précautions ordinaires d’un voyageur prudent, et être ainsi visiblement dépendants de leur Maître pour tous leurs besoins ; en entrant quelque part, ils devaient chercher à savoir qui y était digne, c’est-à-dire rechercher ceux qui craignaient le Seigneur et qui montraient qu’ils recevaient le Maître en recevant ses serviteurs. Ils devaient témoigner contre ceux qui ne Le recevaient pas et qui, par conséquent, les rejetaient eux et leurs paroles ; leur responsabilité serait infiniment plus grande que celle de Sodome et de Gomorrhe.

Ensuite, il les avertit clairement qu’ils auraient à rencontrer l’opposition, la réjection et la persécution ; et il les instruit quant à l’attitude à adopter alors. C’est le sujet des versets 16-39. En se déplaçant ainsi parmi les hommes, ils seraient comme des brebis au milieu des loups ; autrement dit, comme leur Maître dans leur position ; et ils devaient aussi être comme Lui dans leur caractère — prudents et simples. Lorsqu’ils seraient accusés devant des gouverneurs, ils devaient se reposer sur Dieu comme étant leur Père et ne pas s’inquiéter à préparer leur défense, puisqu’à l’heure du besoin, l’Esprit de leur Père parlerait en eux et par eux. Dans certains cas, le martyre les attendrait et dans tous les cas ils seraient confrontés à une haine qui ferait fi de toute affection naturelle. Pour ceux qui ne seraient pas martyrisés, la persévérance jusqu’à la fin signifierait salut.

Le sens de « la fin » est indiqué dans le verset suivant (v. 23) : c’est la venue du Fils de l’homme. Au chapitre 24:3, 6, 13, 14, le Seigneur parlera de nouveau de « la fin », avec une signification semblable, car il s’agit là de « la consommation du siècle ». Ainsi, cette mission, que le Seigneur inaugurait, doit s’étendre jusqu’à sa seconde venue, et même alors, elle ne sera guère achevée. Le verset 6 a montré que les villes d’Israël étaient le champ à couvrir pendant qu’ils étaient persécutés, et leur persévérance serait couronnée par le salut à sa venue. En regardant en arrière, il pourrait sembler que ces prédictions n’ont pas tout à fait été réalisées. Comment l’expliquer ?

C’est évidemment que ce témoignage à la proximité du royaume a été suspendu et qu’il sera repris au temps de la fin. Les disciples sont considérés comme des hommes représentatifs ; ce qui est dit s’appliquait à eux à ce moment et s’appliquera à d’autres qui se trouveront dans une position semblable en la consommation du siècle. Le royaume, tel qu’il était présenté à ce moment en Christ personnellement, a été rejeté et, par conséquent, le témoignage a été retiré, comme nous le voyons au chapitre 16:20. Il sera repris lorsque le rassemblement de l’Église sera achevé ; et il se terminera lorsque le Fils de l’homme viendra pour recevoir et établir son royaume, comme cela avait été annoncé en Daniel 7.

Dans l’intervalle, le disciple doit s’attendre à être traité comme son Maître, et pourtant il n’a pas à avoir de crainte. Il sera dénoncé, diffamé et même tué par les hommes ; mais dans les versets 26 à 33, le Seigneur mentionne trois sources d’encouragement. D’abord, la lumière brillera sur tout, et les mauvais desseins des hommes seront tous balayés. L’affaire du disciple est de faire luire maintenant la lumière dans son témoignage. Deuxièmement, il y a la sollicitude du Père, qui descend jusqu’au plus petit détail. Troisièmement, il y a la récompense d’être reconnu publiquement par le Seigneur devant le Père qui est dans les cieux. Rien sinon la foi ne nous permettra de rechercher la lumière, de nous reposer sur les soins de Dieu, et d’apprécier son approbation davantage que celle des hommes.

Le verset 28 demande une remarque spéciale, car il enseigne d’une façon très nette que l’âme n’est pas sujette à la mort, contrairement au corps. Dieu peut détruire et l’âme et le corps dans la géhenne ; mais le mot employé pour « détruire » est différent de celui pour « tuer » ; il signifie faire périr ou ruiner et ne renferme pas la moindre pensée d’annihilation. L’expression « l’immortalité de l’âme » ne se trouve pas littéralement dans l’Écriture, mais les paroles du Seigneur que nous avons ici établissent ce fait solennel. Les termes du verset 34 peuvent sembler en contradiction avec des déclarations comme celles que nous avons en Luc 1:79 ; 2:14, ou Actes 10:36. Ce n’est en fait pas le cas. Dieu s’est approché des hommes, en Christ, avec un message de paix, mais il a été rejeté. À ce point de l’évangile selon Matthieu, sa réjection se dessine, et ainsi il déclare que l’effet immédiat de sa venue sera la division et la guerre. La paix sur la terre, Il l’établira à sa seconde venue ; c’est ce que les anges ont vu à l’avance et ont célébré à sa naissance. La paix est à vrai dire le but final, mais la croix était imminente ; et si le Seigneur se préparait à la prendre, les disciples devaient s’attendre à une épée, et à perdre leur vie par amour pour lui. Mais cette perte serait finalement un gain.

Les derniers versets montrent que recevoir les disciples impopulaires serait en fait recevoir leur Maître impopulaire, et par là Dieu lui-même. Tout service ainsi rendu, même aussi insignifiant que de donner une coupe d’eau froide à boire, ne perdra pas sa récompense dans le jour à venir.

 

11                  Chapitre 11

Le premier verset montre que l’envoi des douze n’impliquait pas la cessation de l’activité personnelle du Seigneur ; et l’écho de toutes ses œuvres parvient aux oreilles de Jean dans sa prison. Il s’attendait manifestement à ce que le personnage important qu’il avait annoncé intervienne en sa faveur ; or il était là, délivrant toutes sortes d’êtres indignes de leurs maladies et de leurs peines, et oubliant apparemment son précurseur. Mise ainsi à l’épreuve, la foi de Jean est quelque peu ébranlée. La réponse que lui fait le Seigneur revêt la forme d’un nouveau témoignage à ses propres activités de grâce, montrant bien qu’il accomplissait la prophétie d’Ésaïe 61:1. Bienheureux celui qui n’était pas scandalisé par son humiliation et l’absence de la gloire extérieure qui caractérisera sa seconde venue.

Ensuite Jésus rend témoignage à Jean. Celui-ci n’était ni un roseau agité par le vent ni un homme vêtu de vêtements précieux, mais il était plus qu’un prophète, il était le messager annoncé par Malachie, envoyé pour préparer le chemin du Seigneur. En outre Jean était le prophète « Élie » de la première venue, et il marquait la fin d’une époque. La dispensation de la loi et des prophètes allait jusqu’à lui, et à partir de son jour, le royaume des cieux était ouvert, pour autant qu’il y avait la « violence » ou l’énergie de la foi pour en ravir l’entrée. Quand le royaume sera établi visiblement, il n’y aura plus besoin de la même énergie de la foi. Tout ceci montrait la grandeur de Jean ; toutefois le moindre dans le royaume des cieux aurait une position plus élevée que cet homme éminent qui a préparé le chemin mais n’a pas vécu pour y entrer. La grandeur morale de Jean était sans égale, mais beaucoup de personnes d’un poids moral bien inférieur seraient plus grandes quant à la position extérieure.

Après avoir parlé de Jean, de sa grandeur et de la position qui lui avait été donnée quant à son ministère, le Seigneur se penche sur l’indifférence du peuple. Ils avaient entendu la prédication énergique de Jean, puis ils avaient écouté le Seigneur et avaient vu ses œuvres de puissance ; mais rien ne les avait vraiment touchés.

Ils étaient semblables à des enfants irrités qu’on ne parviendrait pas à persuader d’entrer dans le jeu. Il y avait eu une note de sévérité dans le ministère de Jean, mais ils ne manifestaient aucune trace de lamentation et de repentance ; Jésus était venu, plein de grâce et de la joie de la délivrance, et ils ne montraient aucun signe réel de bonheur. Ils trouvaient plutôt moyen de discréditer l’un et l’autre.

Le reproche qu’ils faisaient à Jean d’avoir un démon était un mensonge éhonté, tandis que leur blâme au Seigneur comportait un élément de vérité, parce qu’il était dans le sens le plus élevé « un ami des publicains et des pécheurs ». Pour eux, il l’était dans le sens le plus bas possible ; car lorsqu’un adversaire lance des accusations contre quelqu’un pour le discréditer, une demi-vérité le sert en général davantage qu’un pur mensonge. Tant que nous marchons dans l’obéissance à Dieu avec une bonne conscience, nous n’avons pas à craindre la boue que les adversaires aiment à remuer. Jean, parmi les plus grands des prophètes, et le Fils de l’homme lui-même ont dû endurer cela. Ceux qui étaient les enfants de la sagesse n’étaient pas dupes de ces calomnies. Ils donnaient raison à la sagesse, et condamnaient par là les adversaires. Le même fait a été constaté en d’autres termes lorsque Jésus dit : « Vous ne croyez pas, car vous n’êtes pas de mes brebis... Mes brebis écoutent ma voix » (Jean 10:26, 27).

À ce point, nous voyons le Seigneur reconnaître que les villes de Galilée dans lesquelles le plus grand nombre de ses miracles avaient été faits, l’avaient définitivement refusé. Elles avaient été au bénéfice d’un témoignage tel que ni Tyr et Sidon, ni le pays de Sodome, n’en avaient jamais eu. Or, plus le privilège est grand, plus la responsabilité est grande, et plus le jugement est sévère lorsqu’on méprise le privilège et qu’on faillit à la responsabilité. Un triste sort est réservé à Chorazin, Bethsaïda et Capernaüm. Leurs habitants de cette époque ont devant eux le jour de jugement, et les villes elles-mêmes ont été tellement détruites qu’aujourd’hui encore leur site est un objet de controverse. Ils avaient rejeté « Jésus Christ, Fils de David, Fils d’Abraham » (1:1), et par conséquent le royaume qui était présenté en lui.

Mais dans ce moment de crise, Jésus se reposait sur le propos du Père et sur la perfection de ses voies — les voies conduisant à l’accomplissement de son propos. Ceux dont le Seigneur avait déploré l’indifférence étaient selon l’estimation du monde les « sages » et les « intelligents » ; mais il y avait aussi les « petits enfants », et c’est à ceux-ci, non pas aux premiers, que le Père avait révélé les choses de toute importance pour le présent. C’était ce que le Père avait trouvé bon devant lui, et Jésus l’acceptait avec reconnaissance. Dieu a toujours agi ainsi et il continue d’agir ainsi aujourd’hui, comme nous le voyons en 1 Corinthiens 1:21-31. Le propos de Dieu s’accomplira. Le royaume, présenté en Christ, allait être rejeté et le royaume prendrait un caractère caché, du fait de l’absence du roi, en attendant son établissement dans une puissance et une gloire visibles. Il y en aura qui se placeront sous le joug du Fils et qui goûteront ainsi dans leur âme le repos du royaume.

Le propos de Dieu est que toutes choses soient placées entre les mains du Fils. À cet effet, toutes choses lui ont déjà été remises. Dans le jour à venir, nous le verrons disposer de toutes dans un jugement puissant, discriminatoire ; aujourd’hui il révèle le Père. Le Fils est si véritablement Dieu qu’il y a en lui des profondeurs insondables, connues du Père seul. Le Père est au-delà de toute connaissance humaine, mais le Fils le connaît, et il est venu pour le révéler. C’est comme Celui qui révèle le Père qu’il dit : « Venez à moi... et moi, je vous donnerai du repos ». Il se reposait dans la connaissance du Père, de son amour, de son conseil, de ses voies ; et c’est dans ce repos qu’il introduit ceux qui viennent à lui.

Son invitation s’adressait spécialement à « vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés », c’est-à-dire à ceux qui cherchaient sincèrement et pieusement à garder la loi, dont Pierre dit, en Actes 15:10, qu’elle est « un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ». Plus ils étaient sincères, plus ils devaient se sentir chargés sous ce joug. Aussi les paroles du Seigneur s’adressaient-elles aux « enfants de la sagesse », aux « petits enfants » ; en d’autres termes, au résidu pieux au milieu de la masse incrédule du peuple. Ils pouvaient maintenant échanger le joug pesant de la loi contre le joug aisé et léger de Christ. Ils apprendraient de lui ce que la loi ne pourrait jamais leur enseigner.

Et en outre, il les enseignerait d’une manière nouvelle. Il était lui-même l’exemple de ce qu’il enseignait. La débonnaireté et l’humilité de cœur sont nécessaires pour prendre et garder une place de soumission ; et il manifestait parfaitement ces choses. Bien que Fils, il « a appris l’obéissance », et ayant été obéissant jusqu’à la mort, « il est devenu, pour tous ceux qui lui obéissent, l’auteur du salut éternel » (Héb. 5:8, 9). Dans notre évangile, nous voyons Celui qui a été obéissant nous appeler à l’obéissance envers lui, une obéissance qui n’est pas pesante, mais qui conduit au repos. Le « repos pour vos âmes » était proposé comme résultat d’une marche fidèle dans les « sentiers anciens » de la loi (voir Jér. 6:16), mais ce repos n’a jamais été atteint par les hommes. Le seul moyen d’y parvenir était celui que le Fils, venu pour révéler le Père, donnait à connaître. Il faut que le Père soit connu pour que son propos puisse être accompli.

 

12                  Chapitre 12

Des hauteurs contemplées dans le chapitre précédent, nos regards plongent maintenant dans les profondeurs de la folie et de l’aveuglement humains tels qu’ils sont manifestés chez les pharisiens. Dans ce chapitre, nous voyons le Seigneur très clairement rejeté par les chefs des Juifs, et non plus seulement par les villes de Galilée. Dans les deux premiers cas, le sabbat est au centre du débat. Le Seigneur justifie l’action de ses disciples pour quatre raisons au moins (v. 3-8).

Lorsque David, le roi oint de Dieu, était rejeté, ses besoins ont passé avant toute institution religieuse, et ceux qui étaient avec lui ont été associés à lui en cela. Maintenant, le Fils de David, plus grand que lui, était rejeté ; est-ce qu’alors les besoins de ses disciples ne devaient pas être couverts, même si les règlements concernant leur sabbat étaient enfreints ? Mais, deuxièmement, le temple avait pris le pas sur le sabbat, car les sacrificateurs avaient toujours travaillé les jours de sabbat ; et Jésus déclarait être plus grand que le temple. Dieu était effectivement en Christ dans une mesure infiniment plus complète qu’il n’avait jamais été dans le temple. Troisièmement, il y avait ce passage sur la miséricorde en Osée 6 auquel le Seigneur avait fait allusion précédemment ; il s’appliquait dans ce cas. Et, quatrièmement, Jésus affirmait que comme Fils de l’homme, il était Seigneur du sabbat ; en d’autres termes, que le sabbat n’avait aucun pouvoir contraignant sur lui. Il l’avait institué, et pouvait en disposer comme il le voulait.

Dans le second cas, le Seigneur répond à leur objection en faisant appel à leurs propres habitudes. Ils n’avaient aucun remords de travailler un jour de sabbat pour sauver une brebis. Qui étaient-ils donc pour s’opposer à ce qu’il exerce la miséricorde à l’égard d’un homme le jour de sabbat ? Le Seigneur l’exerce sans tarder ; mais la dureté de leur cœur était telle que sa miséricorde fit seulement monter en eux des pensées de meurtre. Dès ce moment, ils décidèrent de le faire mourir.

Jésus commence alors à mettre fin au témoignage qu’ils se préparaient à étouffer dans la mort, défendant à ceux envers lesquels il exerçait encore sa miséricorde de rendre son nom public. Matthieu cite la magnifique prophétie d’Ésaïe 42 pour montrer comment elle a été accomplie en lui. Une partie doit encore avoir son accomplissement à sa seconde venue, car il n’a pas encore produit le jugement en victoire. Mais il a rencontré sans contestation, ni cris, et sans écraser ses ennemis, la haine et la réjection amères auxquelles il a été confronté à sa première venue. Rien n’a moins de valeur qu’un roseau froissé, et rien n’est plus rebutant à l’odorat qu’un lumignon qui fume. Les pharisiens étaient semblables à l’un et à l’autre, mais il ne les brisera pas ni ne les éteindra avant que le temps du jugement soit là. En attendant, les nations apprennent à espérer en son nom.

En Ésaïe 42, comme souvent dans les passages de l’Ancien Testament, les venues ne sont pas distinguées, mais maintenant nous discernons clairement que les deux s’y trouvent comprises. À cette époque, Jésus venait pour exercer la miséricorde, et non pas le jugement. Rejeté par les chefs du peuple, il se tournerait vers les nations et déverserait sur elles la miséricorde. Ce passage l’indique clairement.

N’est-ce pas d’un intérêt immense pour nous qui faisons partie des nations ayant espéré en son nom ?

Chez les pharisiens, nous avons vu la haine allant jusqu’au meurtre ; et nous avons trouvé chez Jésus une douceur et une humilité telles qu’il est amené à suspendre tout acte de jugement et à accepter leur méchanceté sans contestation ni protestation. Matthieu relate maintenant le cas d’un homme rendu à la fois aveugle et muet par un démon. Jésus lui rend la vue et la parole en chassant le démon, et les foules, dans une profonde admiration, commencent à se demander s’il n’est pas le vrai Fils de David. Témoins de cela, les pharisiens sont acculés aux grands moyens, et ils répètent, plus hardiment encore, l’affirmation blasphématoire que la puissance qu’il détient est celle de Satan. Le blasphème qu’ils avaient prononcé précédemment (voir 9:34) était resté sans réponse, mais cette fois le Seigneur relève leur défi.

D’abord, il les prend sur le terrain de la raison. Leur accusation impliquait une absurdité, car si Satan chassait Satan, il détruirait son propre royaume. Elle était aussi diffamatoire à l’égard de leurs propres fils qui prétendaient chasser des démons. Mais ensuite, il leur donne la vraie explication : Il était ici-bas comme un homme, agissant par l’Esprit de Dieu. Comme tel il avait lié Satan, l’homme fort, et maintenant il arrachait à son pouvoir ceux qui n’avaient été que ses « biens ». C’était une nouvelle preuve évidente que le royaume était au milieu d’eux.

Cela caractérisait aussi très clairement la situation : ne pas être d’une manière déterminée du côté de Christ et ne pas assembler avec lui, c’était être contre lui et disperser. Le Seigneur est alors amené à démasquer la nature véritable de leur péché, qui était au-delà des limites du pardon, malgré le fait que toute sorte de péchés peut être pardonnée. Dans le Fils de l’homme, Dieu leur était présenté objectivement ; s’ils parlaient contre lui, ils pouvaient pourtant être amenés, par l’opération de l’Esprit, à la repentance et être ainsi pardonnés. Mais blasphémer contre le Saint Esprit, par qui seul la repentance et la foi sont opérées dans l’âme, c’est se placer dans une position désespérée. C’est refuser pour soi-même la repentance et la foi, verrouiller et barrer la seule porte qui conduit au salut.

Le triste fait est que ces pharisiens étaient des arbres absolument mauvais, une race de vipères, et leurs méchantes paroles n’étaient que l’expression de la méchanceté de leur cœur. Dans les versets 33 à 37, le Seigneur démasque ces cœurs de cette manière, et déclare qu’ils seraient jugés par leurs paroles. Si les hommes doivent rendre compte au jour de jugement même de paroles oiseuses, que mériteront des paroles méchantes telles que celles-ci ? En ce jour, par leurs paroles ils seront entièrement condamnés.

La question des pharisiens, rapportée au verset 38, manifeste qu’ils étaient moralement aveugles et insensibles, autant que corrompus et méchants. Ils demandent un signe, ignorant, soit par indifférence, soit volontairement, tous ceux qui avaient été donnés. Nous en avons signalé cinq dans le chapitre 8 et cinq dans le chapitre 9, sans compter ceux qui sont rapportés dans notre chapitre. Étant méchants et adultères, ils ne pouvaient pas percevoir le signe le plus évident, aussi aucun autre ne serait donné, sinon le plus grand de tous — sa propre mort et sa résurrection qui avaient été typifiées dans l’histoire remarquable de Jonas. La génération qui rejetait le Seigneur avait été mise en présence de plus de signes que toutes celles qui l’avaient précédée. Jonas et sa prédication avaient été un signe aux Ninivites ; à une époque plus reculée, Salomon et sa sagesse en avaient été un à une reine du midi, et il s’en était suivi des résultats remarquables. Pourtant Jésus était rejeté.

Or il est infiniment au-dessus d’eux tous. Dans notre chapitre, il parle de lui-même comme étant « plus grand que le temple », « plus que Jonas », « plus que Salomon ». Remarquons aussi qu’il souligne que tant Jonas que Salomon avaient été des signes aux nations. Bien qu’étant des serviteurs de Dieu en Israël, leur renommée s’était étendue respectivement au nord en direction de Ninive et au midi vers Sheba. Ces Gentils avaient eu des oreilles pour entendre et un cœur pour apprécier, alors que les Juifs pharisaïques qui entouraient le Seigneur étaient aveugles et farouchement opposés, jusqu’au point de commettre ce péché impardonnable.

Quelle serait la fin de cette génération incrédule ? Le Seigneur nous le dit dans les versets 43 à 45. L’esprit immonde d’idolâtrie qui les avait possédés dans leur histoire passée, était effectivement sorti d’eux. Christ, Celui qui révèle le vrai Dieu, aurait dû occuper la maison ; mais ils le rejetaient. Cet esprit immonde allait alors revenir avec sept autres esprits plus méchants que lui-même. Dans les derniers jours, sous l’antichrist, cette parole du Seigneur se réalisera. La génération incrédule des Juifs adorera l’image de la bête et sera asservie à des puissances sataniques terriblement fortes. Lorsque le jugement s’abattra, les Juifs apostats sur qui il tombera seront pires que tous ceux qui les ont précédés. Cela sera sans doute également vrai des générations des nations.

Le chapitre se clôt sur l’incident significatif concernant la mère et les frères de Jésus. En fait, ils venaient dans un mauvais esprit ; nous le voyons en Marc 3:21 et 31. Mais ce n’est pas ce qui est souligné ici. Le Seigneur se sert de leur intervention pour désavouer une relation purement naturelle, et pour montrer que ce qui compterait dorénavant, c’était une relation de nature spirituelle. De cette manière figurative, il mettait de côté pour le moment l’ancien lien formé par sa venue comme fils d’Abraham, fils de David, et indiquait que le lien reconnu désormais était celui constitué par l’obéissance à la volonté de Dieu. Les Juifs comme peuple l’avaient rejeté, et maintenant lui les désavoue. Il reconnaît ses disciples comme étant dans une relation vraie avec lui, car malgré leur faiblesse, ils s’attachaient à faire la volonté de son Père qui est dans les cieux.

 

13                  Chapitre 13

Le début de ce chapitre montre Jésus agissant conformément à ses paroles. Il quitte les limites étroites de la maison et sort pour aller près de la mer — symbole des nations. Là, depuis un bateau, il commence à enseigner la foule à l’aide de paraboles. Ce chapitre en contient sept. Relevons d’abord l’expression du verset 52, « des choses nouvelles et des choses vieilles », qui nous aide à saisir le but des paraboles. Des choses vieilles sont mentionnées, le royaume des cieux par exemple, annoncé en Daniel, mais ce sont les choses nouvelles qui prédominent. Avant de considérer les paraboles un peu plus en détail, nous indiquerons quatre choses nouvelles. Premièrement, le Seigneur adopte une nouvelle méthode d’enseignement : par paraboles. Le verset 10 montre que cette innovation a frappé les disciples. Deuxièmement, il indique dans la première parabole une nouvelle méthode du travail divin. Au lieu de chercher du fruit comme résultat du labourage de Dieu par la loi et les prophètes, il allait semer la parole pour produire du fruit. Troisièmement, Jésus présente des développements qui donnent une signification nouvelle à l’expression « royaume des cieux ». Quatrièmement, il prononce des révélations nouvelles, ouvrant la bouche pour annoncer des choses « qui ont été cachées dès la fondation du monde » (v. 35).

La première parabole est complète en elle-même, et si nous ne la comprenons pas, nous ne comprendrons pas les autres. La grande affaire désormais serait de semer la « parole du royaume » dans les cœurs. Cela ne confère aucune place spéciale au Juif. Au verset 19, Jésus dit : « Toutes les fois que quelqu’un entend » ; la porte est ainsi ouverte à tout auditeur de la Parole, quel qu’il soit. Ce qui importe, c’est d’écouter avec intelligence. Les obstacles sont les activités du diable, l’inconstance de la chair, les soucis et les richesses de ce monde. Mais la Parole est reçue par certains, et du fruit est produit en quantités différentes. Cette méthode de travail divin est toujours actuelle. Elle caractérise le jour dans lequel nous vivons. Le christianisme est fondé non pas sur ce qu’il trouve dans l’homme, mais sur ce qu’il produit par la puissance de Dieu.

Les disciples sont intrigués par le passage au langage des paraboles. Leur question permet au Seigneur d’expliquer qu’il a adopté ce mode d’enseignement afin que les mystères, ou secrets, du royaume des cieux restent cachés à la masse incrédule et ne soient révélés qu’à ceux qui croient. Ceux qui, dans leur incrédulité, avaient rejeté le Seigneur avaient de ce fait même fermé les yeux à la vérité. Maintenant il parlait en paraboles pour qu’ils demeurent dans leur incrédulité. C’est ainsi que la prophétie d’Ésaïe devait s’accomplir en eux. Cette même prophétie est rappelée par Jean dans son évangile (chap. 12:40). Elle est également citée par Paul, une troisième et ultime fois, dans le dernier chapitre du livre des Actes. Ce n’était que l’exercice du gouvernement de Dieu. Pour les croyants, les paraboles sont très instructives et, comme le verset 17 le dit, elles contribuaient à faire connaître aux disciples des choses que les prophètes et les justes d’autrefois avaient désiré voir mais qui restaient hors de leur portée.

Toutefois, pour comprendre la parabole du semeur, même les disciples avaient besoin d’une explication de la part du Seigneur ; celle-ci fournie, Jésus prononce trois autres paraboles aux oreilles de la multitude. Il ne donne l’explication de la deuxième parabole qu’une fois que la foule a été congédiée et qu’il s’est retiré dans une maison avec ses disciples. Il est donc évident que les quatre premières ont été prononcées en public, et traitent des manifestations extérieures du royaume ; tandis que les trois dernières ont été dites en privé et s’occupent de sa réalité intérieure et plus cachée.

La première parabole, comme nous l’avons mentionné, donne la clé de tout le reste. Elle nous montre que l’établissement du royaume résultera du fait que la « parole du royaume » aura été semée, et non pas de l’obéissance à la loi de Moïse. Toutes les autres paraboles nous disent ensuite à quoi le royaume des cieux est semblable, et chacune de ces six similitudes présente des traits qui n’auraient pas pu être discernés à la lumière de l’Ancien Testament. Le royaume dans sa gloire y avait été annoncé, mais ici nous voyons qu’il doit revêtir un caractère nouveau qui le distinguera avant l’établissement de la gloire.

La deuxième parabole, celle du froment et de l’ivraie, montre que pendant la période où le royaume est caractérisé par le Fils de l’homme semant de la bonne semence, le diable sera aussi un semeur, et ses « fils » se trouveront parmi les fils du royaume. Par conséquent, jusqu’à l’heure du jugement, lorsque le Fils de l’homme ôtera tout le mal de son royaume, il y aura, en un mot, mélange. Souvenons-nous que, dans cette parabole, « le champ, c’est le monde » (v. 38) ; il n’y a donc nullement la pensée ici que les fils du méchant doivent être tolérés dans l’assemblée. « Le royaume » couvre une sphère plus vaste que « l’église » et il n’est pas possible de démêler les choses dans le monde avant la venue du Seigneur. C’est à la consommation du siècle que, par le ministère des anges, les méchants seront jetés au feu.

Le froment doit être assemblé dans le grenier. Dans l’explication qu’il donne, le Seigneur va plus loin et parle des justes qui resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Par l’emploi de cette figure, le Seigneur place les saints dans une position céleste, aussi ne sommes-nous pas surpris de trouver plus loin la pleine révélation de l’appel céleste. Il est intéressant de remarquer que dans cette parabole, le Seigneur parle du « royaume des cieux », du « royaume du Fils de l’homme » et du « royaume de votre Père », montrant que le royaume est un, quelle que soit sa désignation. Il a néanmoins différents départements (si nous pouvons nous exprimer ainsi) et peut, par conséquent, être considéré de différentes manières.

La troisième parabole, celle du grain de moutarde, montre que le royaume doit être caractérisé par le développement. Il croîtra et prendra de l’ampleur aux yeux des hommes, mais il deviendra un abri pour les agents du mal, car dans la première parabole, quand le Seigneur explique qui sont « les oiseaux », il dit : « le méchant vient » ; et nous savons que Satan agit par des agents humains.

La quatrième parabole, qui occupe un seul verset (v. 33), montre que, comme nous pouvions nous y attendre par ce que nous venons de voir, le royaume sera graduellement pénétré par la corruption. Dans l’Écriture, le levain est toujours employé comme image de ce qui corrompt. Nous avons ici le seul passage où certains voudraient le voir désigner ce qui est bon. Mais cela vient de ce qu’ils ont un système d’interprétation qui réclame un tel sens : ils s’imaginent que l’évangile va imprégner le monde de bien. Cette altération subite de la signification du levain aurait dû leur paraître suspecte ; les pensées qui la rendent nécessaire ne peuvent être que fausses.

Ici donc, le Seigneur annonce que le royaume se présentera aux yeux de l’homme sous une forme caractérisée par le mélange. Son développement fera de lui une institution imposante dans laquelle les agents du mal trouveront une demeure et, en conséquence, il connaîtra un processus de pénétration par le mal. Jésus parle certes en prophète, car c’est exactement ce qui s’est produit dans cette sphère terrestre où l’on professe reconnaître le gouvernement du ciel.

Mais dans l’intimité de la maison, le Seigneur ajoute trois autres paraboles pour ses disciples. Là nous avons le royaume du point de vue divin, et si nous avons l’onction de l’Esprit pour nos yeux, nous aussi nous y verrons ce que Dieu voit. D’abord, nous constaterons qu’il y a quelque chose dont la valeur est cachée. Le « champ » ici est toujours le monde, et le Seigneur l’a acheté pour s’assurer le trésor caché. Cet achat doit être distingué du rachat, car des hommes méchants vont jusqu’à renier « le maître qui les a achetés » (2 Pierre 2:1). Ils ont été achetés, mais non pas rachetés, sinon ils n’iraient pas au-devant d’une « prompte destruction ». Le royaume est établi pour que la possession du trésor caché dans le monde puisse être assurée.

Puis il y a la parabole de la perle de très grand prix. Dans le royaume tel qu’il existe aujourd’hui, il s’agit de chercher et d’acquérir cet objet, caractérisé aux yeux de Dieu par sa perfection unique. Nous avons ici sans doute en figure, ce dont le Seigneur parlera au chapitre 16 comme « mon assemblée ». Certes il a acheté le champ, mais il a aussi acheté la perle, et dans les deux cas, il se présente comme vendant tout ce qu’il a pour le faire. Il renonce à tout pour acquérir ce qu’il désire posséder, dans l’esprit de 2 Corinthiens 8:9. Nous ne pouvons acquérir Christ en vendant quoi que ce soit de nos biens qui sont sans valeur. Mais c’est ce que lui a fait pour nous. C’est ce qu’il gagnera par le moyen du royaume des cieux dans sa forme mystérieuse actuelle.

Enfin, le royaume est semblable à un filet rassemblant des poissons tirés de la mer des nations. Il y en a de toute sorte, mais nous voyons qu’une sélection est opérée. Cette parabole et celle du froment et de l’ivraie offrent une ressemblance : dans les deux cas, à la consommation du siècle, une séparation est effectuée par des anges. Les méchants sont séparés des justes et sont jetés dans la fournaise de feu. Mais il y a aussi une différence importante, car dans la première parabole les méchants sont dans le monde comme résultat de ce que Satan a semé ; tandis qu’ici « la parole du royaume » est jetée, comme un filet, parmi les nations et des gens de toute sorte professent la recevoir. À la consommation du siècle, la séparation aura lieu : les vrais élus de Dieu seront rassemblés, et les méchants seront rejetés.

N’oublions jamais à quoi le royaume est semblable au point de vue divin ; c’est de toute importance. Il a pris ce caractère particulier en raison du rejet du vrai Fils de David, et de son absence due au fait qu’il est dans les cieux. Malgré le mélange et la corruption qui le distingueront extérieurement, il doit se produire cette œuvre divine intérieure par laquelle Dieu obtiendra le trésor caché, la perle de très grand prix et tous les bons poissons renfermés dans le filet.

Avons-nous compris toutes ces choses ? Les disciples estimaient avoir compris ; mais plus tard, quand ils eurent reçu l’Esprit, ils ont certainement découvert combien peu cela avait été le cas. Nous réalisons, nous aussi sans doute, que nous avons bien peu compris, car le royaume dans sa forme actuelle n’est pas aussi facile à comprendre que lorsqu’il sera manifesté publiquement. Des choses tout à fait nouvelles par rapport à l’Ancien Testament ont la place principale ; aussi est-il parlé « des choses nouvelles et des choses vieilles », non pas « vieilles et nouvelles ». L’accent est mis sur « nouvelles ».

Ce chapitre se termine par le retour de Jésus dans son propre pays dont les habitants à cette époque étaient complètement incrédules. Ils ne discernaient pas en lui Emmanuel, ni même le Fils d’Abraham, le Fils de David ; pour eux il était seulement le fils du charpentier, dont ils connaissaient bien les parents. Leur familiarité incrédule est pour eux une pierre d’achoppement. Sa puissance était toujours la même, mais leur incrédulité mettait un frein à son exercice, exactement comme autrefois l’incrédulité de Joas avait imposé une limite à ses victoires (voir 2 Rois 13:14-19).

 

14                  Chapitre 14

En ce temps-là, lisons-nous au premier verset, Hérode entendit parler de la renommée de Jésus. Au moment même où il est méconnu à Nazareth, sa renommée parvient aux oreilles de cet homme impie et touche, semble-t-il, sa conscience endurcie. Il est d’autant plus remarquable qu’il ait cru que Jean était ressuscité des morts, que nous entendons Paul dire à un autre Hérode : « Pourquoi, parmi vous, juge-t-on incroyable que Dieu ressuscite des morts ? » (Actes 26:8). Ce que, comme fait historique, ils ne pourraient pas croire, est admis par une conscience coupable.

Cela conduit Matthieu à nous rapporter l’histoire du martyre de Jean qui avait eu lieu peu auparavant. Le témoignage fidèle de Jean avait suscité la colère d’Hérode ainsi que la vengeance d’Hérodias, et le précurseur du Seigneur est mort à cause d’un serment impie. Hérode a transgressé la loi de Dieu pour assurer le crédit de sa propre parole. Tel était l’homme qui gouvernait une grande partie des Juifs, un châtiment certain pour leurs péchés accumulés.

Or Jean avait toujours fidèlement dirigé les regards sur Jésus, et le peuple reconnaît que, même s’il n’avait fait aucun miracle, « toutes les choses que Jean a dites de celui-ci étaient vraies » (Jean 10:41). Le fruit de cette belle fidélité de Jean à Jésus est manifesté : ses disciples ont su que faire lorsqu’il fut si soudainement retiré. Son corps leur fut remis et, après l’avoir enseveli, « s’en allant, ils rapportèrent à Jésus ce qui était arrivé ». Jean était la lampe ardente et brillante, tandis que Jésus était la lumière qui, venant dans le monde, éclaire tout homme. La lampe s’était éteinte, aussi se tournèrent-ils vers la vraie lumière, et ils trouvèrent la consolation là.

Ayant entendu cela, Jésus se retire en un lieu désert. Marc nous indique que c’est le moment où ses disciples sont revenus de leur mission. Une période de solitude et de tranquillité s’imposait à ce moment critique pour le Maître, ses disciples et les disciples affligés de Jean (pour autant qu’ils l’aient accompagné, comme cela semble probable).

Mais les foules le suivent encore, et il répond à leurs besoins. Comme toujours, il est ému de compassion. L’indifférence de Nazareth et la méchanceté d’Hérode n’ont produit aucun changement en lui. Penchons-nous et méditons sur les compassions immuables du cœur de Christ. Que son Nom soit béni !

Ce sont les disciples, et non pas le Seigneur, qui, ne pensant qu’à eux-mêmes, suggèrent de renvoyer les foules. C’est le Seigneur qui, dans sa compassion les en empêche et les invite à donner à manger à la multitude. Les disciples sont ainsi mis à l’épreuve, et cela révèle combien peu ils avaient conscience de la puissance de leur Maître. Qu’allait-il faire ? Utiliser les maigres ressources qui étaient déjà entre leurs mains et les multiplier jusqu’à les rendre plus que suffisantes. Un psaume prophétique annonçait que l’Éternel trouverait son repos en Sion et que sa parole serait alors : « Je bénirai abondamment ses vivres, je rassasierai de pain ses pauvres » (Ps. 132:15). L’Éternel était maintenant au milieu de son peuple dans la personne de Jésus, et bien qu’il n’y eût pas de repos pour lui en Sion à ce moment, il prouvait cependant qu’il pouvait répondre aux besoins de ces cinq mille hommes, outre les femmes et les enfants. Il était le dispensateur des dons du ciel, aussi est-ce vers le ciel qu’il regarde en bénissant.

Rappelons ici la situation telle qu’elle est présentée dans cet évangile. Jésus a été clairement rejeté par la nation, leurs chefs allant jusqu’à commettre le péché impardonnable en attribuant au diable Ses œuvres de puissance. Cela l’a amené à briser symboliquement ses liens avec eux. C’est ce que nous avons vu dans les chapitres 11 et 12. Puis, dans le chapitre 13, il énonce les paraboles qui révèlent de nouveaux développements quant au royaume des cieux. Et à