[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index ouvrages | Index auteurs | Index sujets | Centres d'intérêt ]

 

ÉTUDES sur la PAROLE :

 

 

ÉVANGILE SELON MATTHIEU

 

 

par J.-N. Darby

 

Table des matières:

1     [Chapitre 1]

2     Chapitre 2

3     [Chapitre 3]

4     Chapitre 4

5     Chapitre 8

6     Chapitre 9

7     Chapitre 10

8     Chapitre 11

9     Chapitre 12

10      [Chapitre 13]

11      Chapitre 14

12      Chapitre 15

13      [Chapitre 16]

14      [Chapitre 17]

15      Chapitre 18

16      Chapitre 19

17      [Chapitre 21]

18      Chapitre 22

19      Chapitre 23

20      Chapitre 24

21      Chapitre 25(*)

22      Chapitre 26

23      Chapitre 27

24      Chapitre 28

 

 

Examinons maintenant l’évangile selon Matthieu. Cet évangile nous présente Christ dans le caractère de fils de David et d’Abraham, c’est-à-dire en rapport avec les promesses faites à Israël, mais il nous le montre en même temps comme Emmanuel, Jéhovah le Sauveur, car tel était le Christ. C’est Lui qui, étant reçu, devait accomplir les promesses (et plus tard il le fera) en faveur de ce peuple bien-aimé. L’évangile de Matthieu est ainsi, de fait, l’histoire du rejet de Christ par le peuple ; et par conséquent l’histoire de la condamnation du peuple lui-même, autant que cela concernait sa responsabilité (car les conseils de Dieu ne peuvent manquer), et la substitution de ce que Dieu devait introduire selon son dessein.

À mesure que le caractère du roi et du royaume se développe et réveille l’attention des principaux d’Israël, ceux-ci s’y opposent et se privent, ainsi que le peuple qui les suit, de toutes les bénédictions attachées à la présence du Messie. Le Seigneur leur annonce les conséquences de leur opposition ; il montre à ses disciples quel serait l’état du royaume qui devait être établi sur la terre à la suite de son rejet, et aussi les gloires qui en résulteraient pour Lui et pour son peuple avec Lui. Et dans sa personne, et quant à son oeuvre, le fondement de l’Assemblée est aussi révélé, l’Église étant bâtie par Lui. En un mot, comme conséquence de son rejet par Israël, premièrement le royaume est révélé tel qu’il existe maintenant (chap. 13), ensuite l’Église (chap. 16), et ensuite le royaume dans la gloire (chap. 17). À la fin, après sa résurrection, une nouvelle commission, adressée à toutes les nations, est donnée aux apôtres envoyés par Jésus ressuscité (*).

(*) Cela eut lieu après sa résurrection, en Galilée, et non du ciel et de la gloire, comme sur le chemin de Damas.

1                    [Chapitre 1]

Le but de l’Esprit de Dieu, dans l’évangile de Matthieu, étant de montrer Jéhovah comme accomplissant les promesses faites à Israël et les prophéties qui se rapportaient au Messie (et nul ne peut manquer d’être frappé du nombre de passages qui ont trait à leur accomplissement), notre évangile commence par la généalogie du Seigneur, en partant de David et d’Abraham, les deux souches d’où sort la généalogie messianique, et auxquelles les promesses avaient été faites. La généalogie se divise en trois périodes qui sont conformes à trois grandes divisions de l’histoire du peuple : d’Abraham à l’établissement de la royauté, dans la personne de David ; de l’établissement de la royauté jusqu’à la captivité ; et de la captivité jusqu’à Jésus.

On peut remarquer que le Saint Esprit mentionne dans cette généalogie les graves péchés commis par les personnes, dont les noms sont rapportés, exaltant ainsi la grâce souveraine de Dieu, qui pouvait donner un Sauveur en rapport avec des péchés tels que ceux de Juda, avec une pauvre Moabite introduite au milieu de son peuple, et avec des crimes tels que ceux de David.

La généalogie, dans Matthieu, est la généalogie légale, c’est-à-dire celle de Joseph ; de Joseph dont Christ homme était l’héritier légitime selon la loi des Juifs. L’évangéliste a omis trois rois de la parenté d’Achab pour avoir les quatorze générations dans chaque période ; Joakhaz et Jehoïakin aussi sont omis ; mais le but de la généalogie n’est en rien changé par cette circonstance. Le fait était de la donner comme reconnue par les Juifs, et tous les rois étaient connus de chacun.

Matthieu raconte brièvement les faits relatifs à la naissance de Jésus. Ces faits sont d’une importance infinie et éternelle, non seulement pour les Juifs qui s’y trouvaient directement intéressés, mais pour nous aussi: Dieu ayant daigné y lier sa propre gloire à nos intérêts, c’est-à-dire à l’homme.

Marie était fiancée à Joseph. Sa postérité était par conséquent celle de Joseph légalement, quant aux droits d’héritage ; mais l’enfant qu’elle portait dans son sein était d’une origine divine, conçu par la puissance du Saint Esprit. L’ange de l’Éternel est envoyé comme instrument de la Providence pour rassurer la conscience délicate et le coeur juste de Joseph, en lui communiquant que ce que Marie avait conçu était du Saint Esprit.

On peut remarquer ici que l’ange en s’adressant à cette occasion à Joseph, le nomme «fils de David». Le Saint Esprit attire ainsi notre attention sur la relation de Joseph (qui était censé le père de Jésus) avec David, Marie étant appelée sa femme. L’ange en même temps donne à l’enfant qui devait naître, le nom de «Jésus», c’est-à-dire «Jéhovah le Sauveur». Il applique ce nom à la délivrance d’Israël de l’état où le péché l’avait plongé (*). Toutes ces choses ont eu lieu pour accomplir ce que l’Éternel avait dit par la bouche de son prophète: «Voici, la vierge sera enceinte et enfantera un fils, et on appellera son nom Emmanuel, ce qui, interprété, est: Dieu avec nous». (Chap. 1: 23).

(*) Il est écrit : «Car c’est lui qui sauvera son peuple», ce qui montre parfaitement le titre de Jéhovah contenu dans le nom de Jésus ou Josué. Car Israël était le peuple de l’Éternel, c’est-à-dire de Jéhovah.

Voici donc ce qui nous est présenté par l’Esprit de Dieu dans ces quelques versets: Jésus, le fils de David, conçu par la puissance du Saint Esprit ; Jéhovah, le Sauveur, qui délivre Israël de ses péchés — Dieu avec ce peuple — Celui qui accomplissait ces merveilleuses prophéties qui indiquaient plus ou moins clairement les lignes d’un cadre que le Seigneur Jésus seul pouvait remplir.

Joseph, homme juste, simple de coeur et obéissant, discerne sans difficulté la révélation du Seigneur, et y obéit.

Ces titres impriment à cet évangile son caractère, c’est-à-dire la manière dont Christ y est présenté. Mais quelle merveilleuse révélation déjà de Celui qui devait accomplir les paroles et les promesses de l’Éternel ! Quelle base de vérité pour l’intelligence de ce qu’était cette glorieuse et mystérieuse Personne, dont l’Ancien Testament avait assez dit pour réveiller le désir et confondre l’intelligence du peuple auquel il était donné !

Né d’une femme, né sous la loi, héritier de tous les droits de David selon la chair, aussi Fils de Dieu, Jéhovah le Sauveur, Dieu avec son peuple: — qui pouvait comprendre ou sonder le mystère de la nature de Celui qui était toutes ces choses à la fois ? Sa vie, en effet, ainsi que nous le verrons, montre l’obéissance de l’homme parfait, les perfections et la puissance de Dieu.

Les titres de Jésus, ces titres d’héritier de David, de Sauveur de son peuple, et d’Emmanuel, que nous venons de signaler et que nous lisons au chap. 1: 20-23, se lient à sa gloire au milieu d’Israël. Sa naissance par le Saint Esprit accomplissait à l’égard de Jésus, envisagé comme homme né sur la terre, le Ps. 2: 7. Le nom de Jésus et sa conception par la puissance du Saint Esprit s’étendent sans doute plus loin que cette relation, mais tout se lie aussi d’une manière particulière à sa position au milieu d’Israël (*).

(*) La relation plus étendue est indiquée plus particulièrement dans l’évangile de Luc, où sa généalogie remonte jusqu’à Adam ; mais ici, le titre de Fils de l’homme lui est spécialement appliqué.

2                    Chapitre 2

Étant né ainsi, ainsi caractérisé par l’ange, et accomplissant les prophéties qui annonçaient la présence d’Emmanuel, Jésus est formellement reconnu comme roi des Juifs par les gentils conduits par la volonté de Dieu qui gouverne le coeur de leurs sages (*). C’est-à-dire que nous trouvons le Seigneur, Emmanuel, le fils de David, Jéhovah, le Sauveur, le Fils de Dieu, né Roi des Juifs, reconnu par les chefs des gentils. C’est là le témoignage de Dieu dans l’évangile de Matthieu et le caractère sous lequel Jésus y est présenté. Ensuite, en présence de Jésus ainsi révélé, nous voyons les chefs des Juifs en rapport avec un roi étranger qui connaît cependant, comme système, les révélations de Dieu dans sa Parole, tout en étant entièrement indifférent à Celui qui était l’objet de ces révélations ; nous trouvons le roi, ennemi acharné du Seigneur, vrai Roi et Messie, qu’il cherche à faire mourir.

 (*) L’étoile n’a pas conduit les mages de leur pays jusqu’en Judée. Dieu a voulu présenter ce témoignage à Hérode et aux chefs du peuple. Ayant été dirigés par la parole (dont les principaux et les scribes eux-mêmes déclaraient la portée, et d’après laquelle Hérode les renvoyait à Bethléhem) les mages retrouvent l’étoile qu’ils avaient vue dans leur pays et qui les conduit à la maison où était le petit enfant. Leur visite a eu lieu quelque temps après la naissance de Jésus. Ils avaient sans doute vu premièrement l’étoile à l’époque de cette naissance. Hérode aussi se dirige dans ses calculs d’après le moment de l’apparition de l’étoile dont il s’était exactement informé auprès des mages. Leur voyage a dû prendre quelque temps. La naissance de Jésus est racontée au chap. 1. Le premier verset du chap. 2 devrait être traduit : «Or Jésus ayant été né...», si cela se pouvait dire en français ; car il s’agit d’un temps déjà passé.

Je ferai remarquer également ici que les prophéties de l’Ancien Testament sont citées de trois manières qui ne doivent pas être confondues ; la Parole dit : «afin que fût accompli» — «en sorte que fut accompli , — ou «alors fut accompli». Dans le premier cas, il s’agit du but même de la prophétie ; voyez Matthieu 1: 22-23, qui en est un exemple. Dans le second cas, il s’agit d’un accomplissement qui est dans l’intention de la prophétie, sans que cela soit cependant la seule et complète pensée du Saint Esprit ; Matthieu 2: 23, peut servir d’exemple. Enfin en troisième lieu, il ne s’agit que d’un fait répondant à la pensée du passage qui s’y applique dans son esprit, sans en être l’objet positif (Voyez chap, 2: 17).

La providence de Dieu veille sur l’enfant qui est né à Israël, en employant des moyens qui laissent toute la place à la responsabilité du peuple, et accomplissent en même temps toutes les pensées de Dieu à l’égard de ce seul vrai résidu d’Israël, seule vraie source d’espérance pour le peuple. Car hors de Lui, tout devait succomber et subir les conséquences de son association avec le peuple.

Descendu en Égypte pour éviter le cruel dessein d’Hérode qui voulait lui arracher la vie, Jésus devient le vrai sarment ; il recommence, moralement parlant, dans sa personne, l’histoire d’Israël, aussi bien (dans un sens plus étendu) que celle de l’homme, comme dernier Adam en rapport avec Dieu ; et cela pour que sa mort eût lieu — sans doute pour la bénédiction de tout.

Or il était Fils de Dieu et Messie, donc Fils de David. Mais pour prendre sa place comme Fils de l’homme, il devait mourir (Voy. Jean 12). Ce n’est pas seulement la prophétie d’Osée: «J’ai appelé mon fils hors d’Égypte» (11: 1), qui s’applique à ce vrai commencement d’Israël en grâce, comme le bien-aimé selon Ses conseils, le peuple ayant entièrement manqué à sa responsabilité, de sorte que, sans cette grâce, Dieu aurait dû le retrancher. Nous avons vu en Ésaïe, Israël serviteur faire place à Christ serviteur, rassemblant un résidu fidèle (les enfants que Dieu lui a donnés pendant qu’il cache sa face à la maison de Jacob. És. 8: 17-18), qui devient le noyau du nouveau peuple d’Israël selon Dieu. Le chap. 49 d’Ésaïe nous présente cette transition d’Israël au Christ, d’une manière frappante. Du reste, c’est là le fondement de toute l’histoire de ce peuple envisagé comme ayant manqué sous la loi et se trouvant rétabli en grâce. Christ en est moralement la nouvelle souche (comparez Ésaïe 49: 3 et 5) (*).

(*) Au verset 5, Christ prend ce titre de Serviteur. La même substitution de Christ à Israël se trouve en Jean 15. Israël avait été le cep transporté d’Égypte. Christ est le vrai cep.

Hérode étant mort, Dieu le fait savoir à Joseph en songe, lui commandant de retourner avec le jeune enfant et sa mère dans la terre d’Israël. Ici, on peut remarquer que le pays d’Israël est mentionné sous le nom qui rappelle ses privilèges de la part de Dieu. Ce n’est ni la Judée, ni la Galilée, c’est «la terre d’Israël». Mais le Fils de David peut-il, en y entrant, s’approcher du trône de ses pères ? Non ; il doit prendre la place d’un étranger, avec les méprisés de son peuple. Dirigé de Dieu en songe, Joseph conduit Jésus en Galilée, dont les habitants étaient l’objet du profond mépris des Juifs, comme n’étant pas en rapport habituel avec Jérusalem et la Judée, le pays de David, des rois reconnus de Dieu, et du temple, pays dont la langue était bien la même, mais dont le dialecte trahissait la séparation d’avec ceux qui, par la faveur de Dieu, étaient rentrés de Babylone en Judée. En Galilée même, Joseph s’établit dans une ville dont le nom seul était un opprobre à quiconque y demeurait et une tache à sa réputation.

Voilà la position du Fils de Dieu en entrant dans ce monde, et les rapports du Fils de David avec son peuple, lorsque, par grâce et selon les conseils de Dieu, il se trouve au milieu de lui.

Il était, d’un côté, Emmanuel, Jéhovah leur Sauveur, mais de l’autre, le Fils de David, tout en prenant sa place au milieu de son peuple et s’associant avec les plus pauvres et les plus méprisés du troupeau ; réfugié en Galilée, de devant l’iniquité d’un faux roi qui régnait en Judée par l’appui des gentils de la quatrième monarchie, et avec lequel les sacrificateurs et les principaux du peuple se trouvaient en rapport. Ceux-ci, infidèles à Dieu et mécontents des hommes, détestaient orgueilleusement un joug auquel leurs péchés les avaient assujettis, et qu’ils n’osaient pas secouer quoiqu’ils ne reconnussent pas assez leurs péchés pour s’y soumettre comme à un juste châtiment de la part de Dieu.

Voilà comment l’évangéliste, ou plutôt le Saint Esprit, nous présente le Messie en rapport avec Israël.

3                    [Chapitre 3]

Nous commençons maintenant (chap. 3) sa véritable histoire. Jean-Baptiste vient selon la prophétie d’Ésaïe (chap. 40) pour préparer le chemin du Seigneur devant sa face, annonçant l’approche du royaume des cieux et invitant le peuple à se repentir. Ce ministère de Jean envers Israël est caractérisé dans cet évangile par trois choses:

1. Le Seigneur, Jéhovah lui-même venait. Le Saint Esprit (dans la citation qu’il fait d’Ésaïe 40: 3) laisse de côté les mots : «pour notre Dieu», à la fin du verset, parce que Jésus venait comme homme dans l’humiliation, tout en étant reconnu comme l’Éternel, et qu’Israël n’avait pas le droit de dire «notre».

2. Le royaume des cieux (*) s’approchait — cette nouvelle dispensation qui devait remplacer celle qui appartenait proprement à Sinaï où l’Éternel avait parlé sur la terre. Dans cette nouvelle dispensation, «les cieux régneront». Ils seront le siège de l’autorité de Dieu dans son Christ, et la caractériseront.

(*) Cette expression ne se trouve qu’en Matthieu, comme s’occupant des dispensations et des voies de Dieu à l’égard des Juifs. «Le royaume de Dieu» est le terme générique. «Le royaume des cieux», c’est le royaume de Dieu, mais le royaume de Dieu prenant particulièrement le caractère de gouvernement céleste ; nous le trouverons, plus loin, séparé en royaume de notre Père, et royaume du Fils de l’homme.

3. Le peuple, au lieu d’être béni comme tel dans son état actuel, est invité à se repentir en vue de l’approche de ce royaume. Jean par conséquent se rend dans le désert : il s’éloigne des Juifs avec lesquels il ne pouvait pas s’associer, car il venait dans les voies de la justice (21: 32). Il se nourrit de ce que le désert lui fournit (ses habits même de prophète rendent témoignage à la position qu’il avait prise de la part de Dieu) rempli lui-même du Saint Esprit.

Ainsi Jean était prophète ; car il venait de la part de Dieu, s’adressant à son peuple pour l’appeler à la repentance, et pour lui annoncer la bénédiction de Dieu selon les promesses de Jéhovah son Dieu. Mais Jean était plus qu’un prophète, car il présentait comme chose immédiate et l’introduction d’une nouvelle économie longtemps attendue, et la venue du Seigneur en personne. En même temps, bien que Jean vînt à Israël, il ne reconnaissait pas le peuple ; car il devait être jugé, l’aire de Jéhovah devait être nettoyée, les arbres qui ne portaient pas de bons fruits devaient être coupés. L’Éternel ne devait placer dans une nouvelle position, dans le royaume qu’il annonçait, qu’un résidu seulement, sans qu’il eût encore révélé de quelle manière il établirait ce royaume. Jean annonçait le jugement du peuple.

Quel fait immense que la présence de l’Éternel Dieu au milieu de son peuple, dans la personne de Celui qui, quoique devant être l’accomplissement de toutes les promesses, était nécessairement, bien que rejeté, le juge de tout le mal qui se trouvait au milieu des siens !

Plus on donne aux passages qui nous occupent leur vraie application, c’est-à-dire plus on les applique à Israël, plus on saisit leur vraie force (*).

(*) Il faut se rappeler que, outre les promesses spéciales faites à Israël et son appel comme peuple de Dieu sur la terre, ce peuple représentait justement l’homme envisagé dans sa responsabilité envers Dieu sous la culture la plus parfaite que Dieu pût lui donner. Jusqu’au déluge, il y avait un témoignage, mais pas de dispensations ou d’institutions de Dieu. Après, dans le monde nouveau, on voit un gouvernement humain, un appel et des promesses en Abraham, la loi, le Messie, Dieu venu en grâce ; Dieu pouvait tout faire, et il le fit avec une patience parfaite, mais en vain, quant à trouver du bien dans la chair ; maintenant Israël ayant été mis de côté comme étant dans la chair, celle-ci étant jugée et le figuier maudit comme stérile, l’Homme de Dieu, le dernier Adam, Celui en qui est la bénédiction par la rédemption, est manifesté au monde. Dans les trois premiers évangiles, comme nous l’avons vu, Christ est présenté à l’homme pour qu’il le reçoive ; en Jean, l’homme et Israël sont mis de côté, et les voies souveraines de Dieu en grâce et en résurrection sont introduites.

Sans doute, la repentance est une nécessité éternelle pour toute âme qui s’approche de Dieu ; mais dans quel jour cette vérité n’est-elle pas placée, lorsque nous voyons l’Éternel lui-même intervenir pour appeler son peuple à cette repentance, et, sur le refus de ce peuple, mettre de côté tout le système des relations d’Israël, avec Lui, établissant une économie nouvelle — un royaume qui n’appartient qu’à ceux qui l’écoutent — et faisant enfin éclater son jugement contre son peuple et la ville qu’il avait si longtemps chéris ! «Si tu eusses connu, toi aussi, au moins en cette tienne journée, les choses qui appartiennent à ta paix ! mais maintenant elles sont cachées devant tes yeux». (Luc 19: 42).

Cette vérité donne lieu à la mise en lumière d’une autre vérité de la plus haute importance, annoncée ici au point de vue des droits souverains de Dieu plutôt que de ses propres conséquences, mais qui portait déjà en elle-même toutes ces conséquences. Le peuple — et c’étaient surtout, comme nous le lisons ailleurs, les impies et les méprisés — venait de toutes parts pour être baptisé, confessant ses péchés. Mais ceux qui, à leurs propres yeux, tenaient au milieu de ce peuple le premier rang, étaient aux yeux du prophète qui aimait le peuple selon Dieu, les objets du jugement qu’il annonçait. La colère était imminente. Qui avait averti ces orgueilleux de la fuir ? Qu’ils s’humilient comme les autres ; qu’ils prennent leur vraie place et montrent un changement de coeur. Se vanter des privilèges de leur nation ou de leurs pères, ne servait à rien devant Dieu. Dieu demandait ce que sa nature même, sa vérité exigeaient. De plus, il était souverain ; il pouvait de pierres mêmes susciter des enfants à Abraham, et c’est ce que sa grâce souveraine a fait par Christ à l’égard des gentils. Il fallait de la réalité. La cognée était à la racine des arbres ; ceux qui ne portaient pas de bons fruits seraient coupés (v. 7-10).

Voilà le grand principe moral qui allait être mis en vigueur par le jugement. Le coup n’était pas encore donné ; mais la cognée était déjà à la racine des arbres. Jean était venu pour placer dans une nouvelle position ceux qui recevaient son témoignage, ou du moins dans un état nouveau où ils étaient préparés pour ce témoignage. Ceux qui se repentaient, il les distinguait des autres par le baptême. Mais Celui qui venait après — Celui duquel Jean n’était pas digne de porter les sandales — nettoierait parfaitement son aire, séparerait ce qui était vraiment sien, moralement sien au milieu de son peuple d’Israël (c’était là son aire) et exécuterait le jugement sur tout le reste. Auparavant, Jean ouvre de sa part la porte à la repentance ; après viendrait le jugement.

Le jugement n’était pas tout ce qu’il appartenait à Jésus de faire. Cependant deux choses Lui sont attribuées dans ce témoignage de Jean. Il baptise de feu — c’est le jugement annoncé au v. 12 — qui consume tout mal. Mais Jésus baptise aussi du Saint Esprit ; cet Esprit qui, donné à l’homme et agissant en énergie divine en lui — vivifié, racheté, purifié dans le sang de Christ, — le fait sortir de l’influence de tout ce qui agit sur la chair et le place en rapport et en communion avec tout ce qui est révélé de Dieu, avec la gloire dans laquelle Dieu introduit ses créatures, dans la vie qu’il communique, en détruisant moralement en nous la puissance de tout ce qui est contraire à la jouissance de ces privilèges.

Remarquez ici que le seul bon fruit reconnu par Jean comme le seul moyen d’échapper, est la confession sincère, par la grâce, de ses péchés. Ceux-là seuls qui font cette confession échappent à la cognée. Les seuls arbres réellement bons étaient ceux qui se confessaient mauvais.

Mais quel moment solennel que celui-là pour le peuple chéri de Dieu ! Quel événement que la présence de l’Éternel au milieu de la nation avec laquelle il était en relation !

Remarquez que Jean le baptiseur ne présente pas ici le Messie comme le Sauveur venu en grâce, mais comme le Chef du royaume, comme Jéhovah qui devait exécuter le jugement si le peuple ne se repentait pas. Nous allons voir ensuite la position que Jésus prend, en grâce.

Au v. 13, Jésus lui-même, qui jusqu’ici nous a été présenté comme Messie et même comme Jéhovah, vient à Jean pour être baptisé du baptême de la repentance. Se présenter à ce baptême, avons-nous dit, était le seul bon fruit que pouvait produire le Juif dans l’état où il se trouvait. Cet acte même était le fruit d’une oeuvre de Dieu — de l’action efficace du Saint Esprit. Celui qui se repent confesse qu’il a marché loin de Dieu auparavant ; de sorte qu’il y a dans ce fait-là un fait nouveau, fruit de la parole et de l’oeuvre de Dieu en lui, signe d’une nouvelle vie, de la vie de l’Esprit dans son âme. Il n’y avait, par le fait même de la mission de Jean, d’autre fruit ou d’autre preuve recevable de la vie de Dieu dans un Juif que la confession ; ce qui ne veut pas dire qu’il n’y eût personne en qui l’Esprit agissait déjà vitalement ; mais dans l’état du peuple, et selon l’appel de Dieu par son serviteur, c’était là la preuve même de cette vie — du mouvement du coeur vers Dieu. Ceux-là étaient le vrai résidu du peuple que Dieu reconnaissait comme tels ; et c’est ainsi qu’ils étaient séparés d’avec la masse qui mûrissait pour le jugement. C’étaient les vrais saints — les excellents de la terre ; quoique la seule place pour de tels hommes fût l’humiliation de la repentance. C’est par là qu’ils devaient commencer. Lorsque Dieu apporte la miséricorde et la justice, on profite avec actions de grâce de la miséricorde en la reconnaissant comme la seule ressource de l’âme, et le coeur fléchit devant la justice comme juste conséquence de l’état du peuple de Dieu, mais en se l’appliquant à soi-même.

Or Jésus se présente au milieu de ceux qui prennent cette position (v. 13). Quoiqu’il fût vraiment le Seigneur, l’Éternel, le juste Juge de son peuple, Celui qui devait nettoyer son aire, il se place néanmoins avec le résidu fidèle qui s’humilie devant ce jugement. Il prend la place, devant Dieu, du plus petit de son peuple. Il appelle, comme au Ps. 16: 2 et 3, l’Éternel, son Seigneur, en lui disant: «Ma bonté ne s’élève pas jusqu’à toi» ; et aux saints et aux excellents qui sont sur la terre: «En eux sont toutes mes délices». Parfait témoignage de grâce, le Sauveur s’identifiant, selon cette grâce, avec le premier mouvement de l’Esprit dans le coeur de son peuple, le Sauveur s’abaissant lui-même, non seulement dans la condescendance de sa grâce envers les siens, mais en se plaçant comme l’un d’eux dans leur vraie position devant Dieu ; non seulement pour rassurer leur coeur par une telle bonté, mais aussi pour sympathiser avec toutes leurs peines et leurs difficultés ; pour être le modèle, la source, et l’expression parfaite de tous les sentiments qui convenaient à leur position. Il ne pouvait s’associer avec Israël méchant et sans repentir, mais avec le premier effet vivant de la parole et de l’Esprit de Dieu dans les pauvres du troupeau. Il pouvait agir en grâce et le faisait. Il fait de même maintenant. On trouve Christ dès le premier pas, celui qui est réellement de Dieu.

Mais il y avait plus. Jésus vient pour mettre ceux qui le recevaient en rapport avec Dieu, selon la faveur qui reposait sur une perfection telle que la sienne et sur l’amour qui, en s’intéressant à son peuple, satisfaisait le coeur de l’Éternel et, ayant parfaitement glorifié Dieu en tout ce qu’il est, le rendait capable de se satisfaire en bonté. Sans doute, pour que cela eût lieu, le Seigneur dut donner sa vie ; l’état du Juif, comme de tout homme, exigeait ce sacrifice pour que l’un et l’autre fussent en relation avec le Dieu de vérité. Or, pour ce sacrifice aussi, l’amour de Jésus n’a pas manqué non plus. Mais ici, il conduit les siens vers la jouissance de la bénédiction exprimée dans sa Personne, laquelle devait être solidement fondée sur ce sacrifice, — bénédiction à laquelle ils devaient parvenir par le chemin de la repentance dans lequel ils entraient par le baptême de Jean, et ce baptême, Jésus le recevait, afin qu’ils pussent marcher ensemble vers la possession de tous les biens que Dieu avait préparés pour ceux qui l’aimaient.

Jean sentant la dignité et l’excellence de la personne de Celui qui venait vers lui, s’oppose au dessein du Seigneur. Le Saint Esprit fait ainsi ressortir le vrai caractère de l’acte du Seigneur. Quant à Jésus, c’était la justice qui l’amenait là, et non le péché — la justice qu’il accomplissait en amour. Il accomplissait, ainsi que Jean-Baptiste, ce qui convenait à la place qui lui était assignée par Dieu. Avec quelle condescendance en même temps il s’unit à Jean, disant: «Ainsi il nous est convenable». C’est le serviteur humble et obéissant ; telle a toujours été sa conduite sur la terre. De plus, quant à sa position, la grâce a amené Jésus là où le péché nous a amenés, il est entré par la porte que le Seigneur avait ouverte pour ses brebis. En confessant le péché tel qu’il est, en venant devant Dieu en faisant la confession de notre péché (ce qui est moralement le contraire du péché), nous nous trouvons en compagnie de Jésus (*). En vérité, c’est le fruit de son Esprit en nous. C’est ce qui est arrivé à ces pauvres pécheurs qui sont venus vers Jean. C’est ainsi que Jésus a pris sa place en justice et en obéissant au milieu des hommes, et plus exactement au milieu des Juifs repentants. C’est dans cette position d’homme — juste, obéissant et accomplissant sur la terre, dans une parfaite humilité, l’oeuvre pour laquelle il s’était offert en grâce, selon le Ps. 40, se livrant à l’accomplissement de toute la volonté de Dieu dans un parfait renoncement — que Dieu son Père l’a pleinement reconnu et l’a scellé, proclamant sur la terre son Fils bien-aimé.

(*) Il en est de même du sentiment de notre néant. Il s’est anéanti lui-même, et dans la conscience de notre néant, nous nous rencontrons avec Lui et, en même temps, nous sommes remplis de sa plénitude. Même quand nous tombons, ce n’est pas après que nous avons été amenés à nous connaître tels que nous sommes, que nous voyons Jésus nous relever encore.

Jésus étant baptisé — signe le plus frappant de la position qu’il avait prise avec son peuple — les cieux lui sont ouverts, et il voit le Saint Esprit descendre sur Lui comme une colombe ; et voici voix du ciel qui disait : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir» (v. 16-17).

Mais ces circonstances demandent notre attention.

Jamais les cieux n’ont été ouverts sur la terre, ni à aucun homme sur la terre, avant que le Bien-aimé y fût (*). Dieu, sans doute, dans sa patience et d’une manière providentielle, avait béni non seulement toutes ses créatures, mais selon les règles de son gouvernement terrestre, il avait encore béni son peuple. Il avait aussi des élus qu’il gardait dans sa fidélité. Néanmoins, jusqu’alors, le ciel n’avait pas été ouvert. Un témoignage avait été suscité de Dieu, en rapport avec son gouvernement de la terre ; mais il n’y avait pas sur cette terre d’objet sur lequel l’oeil de Dieu pût se reposer en s’y complaisant, jusqu’à ce que Jésus vînt, obéissant et sans péché, Fils bien-aimé de Dieu. Mais ce qui est si précieux pour nous, c’est qu’aussitôt qu’il prend par la grâce publiquement cette place d’humiliation avec Israël — c’est-à-dire avec le résidu fidèle, en se présentant ainsi devant Dieu, accomplissant Sa volonté — les cieux s’ouvrent sur un objet digne de leur attention. Toujours, sans doute, il était digne de leur adoration, même avant que le monde fût ; mais maintenant, il vient de prendre comme homme cette position dans les voies de Dieu, et les cieux s’ouvrent sur Jésus, l’objet de l’affection parfaite de Dieu sur la terre. Le Saint Esprit descend sur Lui visiblement. Et Lui, homme sur la terre, homme prenant place avec les débonnaires du peuple qui se repentent, il est reconnu Fils de Dieu. Non seulement il est oint de Dieu, mais comme homme il a la conscience de la descente du Saint Esprit sur Lui, — le sceau du Père mis sur Lui. Et ici, il ne s’agit pas, évidemment, de sa nature divine dans le caractère de Fils éternel du Père. Le sceau ne serait pas même en rapport avec ce caractère ; et quant à sa Personne, ce sceau est manifesté, avec la conscience qu’il en avait, à l’âge de douze ans, dans l’évangile de Luc. Mais tout en étant Fils éternel du Père, il est aussi homme. Fils de Dieu sur la terre, et scellé comme homme. Il a, comme homme, la conscience de la présence immédiate du Saint Esprit avec Lui. Cette présence est en rapport avec le caractère d’humilité, de douceur et d’obéissance dans lequel le Seigneur paraissait ici-bas. C’est «comme une colombe» que le Saint Esprit descend sur Lui, de même que ce fut sous forme de langues de feu qu’il vint sur la tête des disciples pour leur témoignage en puissance dans ce monde, selon la grâce qui s’adressait à tous, et à chacun dans sa propre langue.

(*) Au commencement d’Ézéchiel (1: 1), il est bien dit que les cieux ont été ouverts, mais ce n’était qu’en vision, ainsi que le prophète l’explique. Dans ce cas-là, c’était la manifestation de Dieu en jugement.

Jésus crée ainsi, dans sa position d’homme, la place où il nous introduit par la rédemption. Mais la gloire de sa Personne est toujours soigneusement réservée. Il n’y a pas d’objet présenté à Jésus comme à Saul, par exemple, et dans un cas plus analogue, à Étienne, qui, étant plein de l’Esprit, voit aussi les cieux ouverts, y regarde et voit Jésus, le Fils de l’homme, et est transformé à son image. Jésus est venu ; il est lui-même celui sur lequel les cieux s’ouvrent ; il n’a pas d’objet transformant, comme Étienne, ou comme nous-mêmes dans l’Esprit ; les cieux le contemplent, objet parfait de délice. C’est sa relation déjà existante avec son Père, qui est scellée (*). Le Saint Esprit ne crée pas non plus son caractère (sauf en tant qu’il a été conçu par sa puissance, quant à sa nature humaine, dans le sein de la vierge Marie) ; il s’était uni aux pauvres dans la perfection de ce caractère, avant d’être scellé, et alors il agit selon l’énergie et la puissance de ce qu’il a reçu sans mesure, dans sa vie d’homme ici-bas (Matth. 12: 28 ; Jean 3: 34 ; comp. Actes 10:38).

(*) Cela est aussi vrai de nous, quand nous sommes dans cette relation par grâce.

Nous trouvons dans la Parole quatre occasions mémorables où les cieux s’ouvrent, et Christ est l’objet de chacune de ces révélations. Chacune d’elles a son caractère spécial. Dans celle qui nous occupe ici, le Saint Esprit descend sur Jésus, et il est reconnu Fils de Dieu (Comp. Jean 1: 33-34).

À la fin du chap. 1 de l’évangile de Jean, Jésus s’annonce comme Fils de l’homme: et les anges de Dieu montent et descendent sur lui. Il est, comme Fils de l’homme, l’objet de leur ministère (*).

(*) C’est une complète erreur de faire de Christ l’échelle. Il est, comme le fut Jacob, l’objet de leur service et de leur ministère.

À la fin du 7° chap. des Actes, une scène toute nouvelle s’ouvre. Les Juifs rejettent le dernier témoignage que Dieu leur envoie. Étienne, qui rend ce témoignage devant eux, est rempli du Saint Esprit, et les cieux lui sont ouverts. Le système terrestre était définitivement terminé par le rejet du témoignage du Saint Esprit à la gloire du Christ monté en haut. Mais ce n’est pas uniquement un témoignage. Le chrétien est rempli de l’Esprit, le ciel lui est ouvert, la gloire de Dieu lui est manifestée, et le Fils de l’homme lui apparaît debout à la droite de Dieu. Ceci est une chose différente du ciel ouvert sur Jésus, objet des délices de Dieu sur la terre. C’est le ciel ouvert au chrétien lui-même, son objet s’y trouvant pendant qu’Il est rejeté sur la terre. Il y voit par le Saint Esprit la gloire céleste de Dieu, et Jésus, Fils de l’homme, objet spécial de son témoignage, dans la gloire de Dieu. La différence est aussi remarquable qu’intéressante pour nous, et montre, de la manière la plus frappante, la vraie position du chrétien sur la terre, et le changement qu’a produit le rejet de Jésus par son peuple terrestre. Seulement l’Église, l’union des croyants en un seul corps avec le Seigneur en haut, n’était pas encore révélée.

Enfin le ciel s’ouvre (Apoc. 19), et le Seigneur lui-même sort, Roi des rois et Seigneur des seigneurs.

Nous trouvons donc :

Jésus, Fils de Dieu, sur la terre objet des délices du ciel, scellé du Saint Esprit ;

Jésus, Fils de l’homme, objet des soins du ciel, les anges de Dieu étant ses serviteurs ;

Jésus en haut, à la droite de Dieu, et le fidèle rempli de l’Esprit et souffrant sur la terre pour Lui, le fidèle voyant la gloire en haut et le Fils de l’homme dans cette gloire ;

Enfin Jésus, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, sortant pour juger et faire la guerre contre les hommes orgueilleux qui contestent son autorité et oppriment la terre.

Mais revenons à la fin de notre chap. 3. Le Père lui-même reconnaît Jésus, homme sur la terre, obéissant, et entrant comme le bon berger par la porte ; il le reconnaît pour son Fils bien-aimé en qui il trouve tout son délice. Le ciel est ouvert sur Jésus, il voit le Saint Esprit descendre pour le sceller ; ce sceau de l’Esprit fait la force et le soutien de la perfection de sa vie humaine, et il reçoit du Père le témoignage de sa relation entre Lui et les siens. Aucun objet sur lequel la foi de son coeur dût se reposer, ne Lui est présenté, comme il l’est à nous. C’est sa propre relation avec le ciel et avec son Père qui est scellée. Son âme en jouit par la descente du Saint Esprit et la voix de son Père.

Mais ce passage de Matthieu demande d’autres remarques. Notre adorable Seigneur, ou plutôt ce qui Lui est arrivé, montre la place où il met les croyants ou le modèle qu’il leur donne, qu’ils soient Juifs ou gentils ; seulement il est évident que nous n’y sommes amenés que par la rédemption. «Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu», telles sont ses paroles bénies après sa résurrection. Mais pour nous le ciel est ouvert ; nous sommes scellés du Saint Esprit ; le Père nous reconnaît comme fils. Toutefois la dignité divine de la personne de Christ est toujours soigneusement réservée, aussi bien ici dans son humiliation que dans la transfiguration en gloire. Moïse et Élie sont dans la même gloire, mais ils disparaissent quand la précipitation de Pierre, alors qu’il lui est permis de s’exprimer, voulait les mettre sur le même niveau. Plus nous sommes près d’une Personne divine, plus nous adorons et reconnaissons ce qu’elle est.

Mais on trouve ici un autre fait très remarquable. Pour la première fois, quand Christ prend, dans l’humilité, cette place au milieu des hommes, là Trinité est pleinement révélée. Sans doute, le Fils et l’Esprit sont mentionnés dans l’Ancien Testament ; mais là l’unité de la Divinité est le grand point révélé. Ici, le Fils est reconnu dans l’homme, le Saint Esprit descend sur Lui, et le Père le reconnaît comme son Fils. Quelle merveilleuse relation avec l’homme, quelle place pour l’homme que d’y être ! Par la relation de Christ avec l’homme, la Divinité est révélée dans sa plénitude. Son humanité l’a fait ressortir dans son déploiement. Il était vraiment un homme, mais l’homme en qui les conseils de Dieu à l’égard de l’homme devaient s’accomplir.

Pour cette raison, comme il a réalisé et manifesté la place que l’homme occupe devant Dieu dans sa Personne, et notre relation avec Dieu selon les conseils de sa grâce envers nous, ainsi sommes-nous en lutte avec l’ennemi. Il entre aussi dans ce côté de notre position. Nous avons notre relation avec Dieu notre Père, et alors nous avons aussi affaire avec Satan. Le Seigneur triomphe et il nous apprend à vaincre. Remarquez aussi que d’abord la relation du Seigneur avec Dieu est pleinement établie et manifestée, et qu’ensuite là commence le conflit avec Satan, il en est de même pour nous. Mais la première question était: le dernier Adam tiendrait-il là où le premier avait manqué ? Et de plus, c’était dans le désert de ce monde et sous la puissance de Satan — au lieu des bénédictions de Dieu — car c’est là que nous étions arrivés.

Il faut remarquer ici un autre point qui fait ressortir pleinement la place que le Seigneur prend. La loi et les prophètes ont été jusqu’à Jean. Alors une chose nouvelle est annoncée, le royaume des cieux. Le jugement se termine par le peuple de Dieu. La cognée est mise à la racine des arbres, le van est dans la main de Celui qui vient, le froment est assemblé dans le grenier de Dieu, la balle est brûlée. C’est-à-dire que nous avons la fin de l’histoire du peuple de Dieu en jugement. Nous entrons sur le terrain où l’homme est perdu et attend le jugement ; mais l’histoire de l’homme responsable est close. Voilà pourquoi il est dit: «Maintenant, en la consommation des siècles, il a été manifesté une fois pour l’abolition du péché par son sacrifice». Cela est arrivé extérieurement et littéralement à Israël ; mais c’est moralement vrai de nous: seulement nous sommes rassemblés pour le ciel, comme c’était le cas pour le résidu d’alors, et nous serons dans le ciel. Mais Christ étant rejeté, l’histoire de la responsabilité est finie, et nous entrons en grâce comme des êtres déjà perdus. Comme conséquence de l’annonce de l’imminence de ce fait, Christ vient et, s’identifiant avec le résidu qui échappe par la repentance, fait cette place nouvelle pour l’homme sur la terre: seulement nous ne pouvions y être avant que la rédemption fût accomplie. Cependant il a manifesté le nom du Père à ceux qu’il Lui avait donnés du monde.

4                    Chapitre 4

Ayant ainsi pris en grâce sa position comme homme sur la terre, Jésus commence sa carrière terrestre, étant conduit par l’Esprit au désert pour être tenté par le diable. L’homme juste et saint, le Fils de Dieu, jouissant comme tel de tous les privilèges qui Lui sont propres, doit subir le jugement de ces ruses par lesquelles le premier Adam est tombé. Son état spirituel est mis à l’épreuve. Il ne s’agit pas ici d’homme innocent, jouissant de toutes les bénédictions naturelles de Dieu, et mis à l’épreuve au milieu de ces bénédictions qui auraient dû lui rappeler Dieu. Christ, près de Dieu comme son Fils bien-aimé, mais au milieu de l’épreuve ayant la connaissance du bien et du mal, et, pour ce qui est des circonstances extérieures, étant descendu au milieu de l’état de chute de l’homme, Christ doit avoir sa fidélité à cette position pleinement mise à l’épreuve quant à sa parfaite obéissance. Il devait pour s’y maintenir ne pas avoir d’autre volonté que celle de son Père, et accomplir cette volonté ou la subir, quelles qu’en fussent les conséquences pour lui-même. Il devait l’accomplir au milieu de toutes les difficultés, de toutes les privations, et dans l’isolement au désert où se trouvait la puissance de Satan. Toutes ces choses pouvaient l’engager à suivre un chemin plus doux que celui qui seul serait à la gloire de son Père. Il devait renoncer à tous les droits qui appartenaient à sa Personne, sauf à les recevoir de Dieu et à les Lui abandonner dans une confiance parfaite.

L’ennemi faisait tous ses efforts pour engager Christ à user de ses privilèges — «si tu es Fils de Dieu» — pour son propre soulagement, en dehors du commandement de Dieu et en évitant les souffrances qui accompagneraient l’accomplissement de cette volonté. Mais c’était pour l’amener à faire sa propre volonté et non celle de Dieu.

Jésus, jouissant dans sa propre personne et dans sa relation avec Dieu, de la pleine faveur de Dieu, comme Fils de Dieu, de la clarté de sa face, va passer quarante jours dans le désert pour être aux prises avec l’ennemi. Il n’est pas éloigné de l’homme et de toute communication avec l’homme et les choses humaines, pour être avec Dieu, comme Moïse et Élie. Déjà pleinement avec Dieu, il est séparé des hommes par la puissance du Saint Esprit pour être seul dans sa lutte avec l’ennemi. Dans le cas de Moïse, c’était l’homme en dehors de son état naturel, pour être avec Dieu. Dans le cas de Jésus, il en est ainsi pour être avec l’ennemi: être avec Dieu était sa position naturelle.

L’ennemi tente Jésus d’abord en l’engageant à satisfaire aux besoins de son corps, et, au lieu de s’attendre à Dieu, à employer, d’après sa propre volonté et pour lui-même, la puissance dont il était doué. Or si Israël a été nourri de la manne de la part de Dieu dans le désert, le Fils de Dieu, quelle que soit sa puissance, agira selon ce qu’Israël aurait dû apprendre en recevant cette manne, savoir que «l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu».

L’homme, le Juif obéissant, le Fils de Dieu s’attendait à cette parole, et ne faisait rien sans elle. Il n’était pas venu pour faire sa volonté, mais la volonté de Celui qui l’avait envoyé. C’est là le principe qui caractérise l’Esprit de Christ dans les Psaumes. Aucune délivrance n’est acceptée sinon l’intervention de Jéhovah quand il le trouve bon. C’est la patience parfaite, afin d’être parfait et accompli dans toute la volonté de Dieu. Il ne pouvait se trouver aucun désir coupable en Christ ; mais avoir faim n’était pas pécher ; c’était pourtant un besoin humain, quel mal y avait-il donc à manger quand on avait faim ? Il n’y avait pas de volonté de Dieu à le faire, et c’était cette volonté, d’après la parole, que Jésus était venu accomplir. La suggestion de Satan était: «Si tu es Fils de Dieu, commande», mais il avait pris la place du serviteur, et ce n’était certes pas celle du commandement: Satan cherchait à faire sortir le Seigneur de la place de l’obéissance et du service parfaits, de la place de serviteur.

Remarquez ici l’importance que l’Écriture a et le caractère de l’obéissance de Christ. Pour cette obéissance, la volonté de Dieu n’était pas simplement une règle, c’était le seul mobile d’action. Notre volonté est souvent arrêtée par la Parole. Il n’en était pas ainsi de Christ. La volonté de son Père était son mobile : il agissait non seulement selon la volonté de Dieu, mais parce qu’elle était la volonté de Dieu. Nous nous plaisons à voir un enfant qui, courant à quelque chose qu’il aime, s’arrêterait et ferait joyeusement la volonté de ses parents, quand il y serait appelé. Mais Christ n’a jamais obéi ainsi, il n’a jamais cherché sa propre volonté, mais s’en est tenu à celle de son Père. Et nous sommes sanctifiés pour l’obéissance de Christ. Notez encore que l’Écriture était ce dont il vivait et ce qui le faisait vaincre. Ici, tout dépendait de la victoire de Christ, comme tout dépendit de la chute d’Adam. Mais pour Christ, une parole, bien employée naturellement, suffisait. Il n’en cherchait pas d’autre que l’obéissance. Cela suffit pour Satan, il n’a rien à redire. Ses ruses sont ainsi déjouées.

Le premier principe du triomphe, c’est l’obéissance simple et absolue qui vit de toute parole sortant de la bouche de Dieu. Le second, c’est la confiance parfaite dans le sentier de l’obéissance.

En second lieu, l’ennemi place Jésus sur le temple pour l’engager à s’appliquer les promesses faites au Messie, sans se tenir dans les voies de Dieu. L’homme fidèle assurément doit compter sur le secours de Dieu en marchant dans ses voies. L’ennemi veut que le Fils de l’homme mette Dieu à l’épreuve (au lieu de compter sur Lui en demeurant dans ses voies), pour savoir si l’on peut compter sur Lui. Cela aurait été un manque de confiance en Dieu et pas de l’obéissance ; ou de l’orgueil qui se flatte de ses privilèges, au lieu de compter sur Dieu dans l’obéissance (*). Prenant sa place avec Israël dans la condition où il se trouvait sans roi dans le pays, et rappelant les directions qui lui étaient données dans ce livre pour le guider au chemin de Dieu, lequel y était enseigné, Jésus emploie, pour sa propre conduite, cette partie de la Parole qui contient le commandement divin à ce sujet: «Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu» ; passage souvent cité comme s’il défendait un excès de confiance en Dieu, tandis qu’il signifie qu’il ne faut pas se défier, mais essayer s’il est fidèle. Le peuple tentait Dieu en disant: «Dieu est-il vraiment au milieu de nous ?» Voilà ce que Satan voulait obtenir du Seigneur.

(*) Nous avons besoin de confiance pour avoir le courage d’obéir ; mais la vraie confiance se trouve sur le chemin de l’obéissance. Satan peut se servir de la Parole avec ruse, mais il n’en peut détourner Christ le Seigneur. Christ peut encore l’employer comme l’arme divine suffisante, et Satan n’a point de réplique. Interdire l’obéissance aurait été se montrer soi-même Satan. Quant à la place où se trouvait le Seigneur d’une manière dispensationnelle, nous pouvons remarquer qu’il cite toujours d’après Deutéronome.

L’ennemi, ne réussissant pas à tromper ce coeur obéissant, même en se cachant sous l’emploi de la parole de Dieu, se montre dans son vrai caractère en engageant pour la troisième fois le Seigneur à s’épargner toutes les souffrances qui l’attendaient, Lui montrant l’héritage du Fils de l’homme sur la terre, héritage qui devait Lui appartenir quand il y serait parvenu au travers de toutes ces voies, pénibles, mais nécessaires à la gloire du Père, et que le Père avait tracées pour Lui. Tout serait à Lui, s’il reconnaissait Satan, le dieu de ce monde, en lui rendant hommage. C’était, en effet, ce que les rois de la terre avaient fait seulement pour une partie de ces choses ; combien souvent on les fait pour une futile vanité ! mais Lui, il les aurait toutes. Mais si Jésus devait hériter la gloire terrestre (comme toute autre), le but de son coeur était Dieu lui-même, son Père, pour le glorifier. Quel que fût le prix du don, c’était comme don du Donateur que son coeur l’appréciait. Au reste, il prenait la place d’un homme éprouvé et d’un fidèle Israélite ; et quelle que fût l’épreuve de la patience où le péché du peuple l’avait placé, dût l’épreuve être grande, il ne servirait que son Dieu seul.

Or si le diable pousse la tentation, le péché, jusqu’au bout, et se montre l’Adversaire (Satan), le fidèle a le droit de le chasser. S’il vient comme tentateur, le fidèle doit lui répondre par la fidélité à la Parole, guide parfait de l’homme, selon la volonté de Dieu. Il n’est pas nécessaire qu’il pénètre tout. La Parole est la Parole de Celui qui agit, et en la suivant, on marche selon une sagesse qui connaît tout, et dans un sentier formé par cette sagesse et qui conséquemment implique une confiance absolue en Dieu. Les deux premières tentations étaient de ruses du diable, la troisième, une hostilité ouverte contre Dieu. S’il vient comme adversaire avoué de Dieu, le fidèle a le droit de n’avoir rien à faire avec lui. «Résistez au diable, et il s’enfuira de vous». Il sait qu’il a rencontré Christ, non la chair. Puissent les croyants résister, si Satan cherchait à les tenter par la Parole, se rappelant que le domaine de Satan est dans l’homme tombé !

Ce qui le garantit moralement (c’est-à-dire quant à l’état de son coeur), c’est un oeil simple. Si je ne cherche que la gloire de Dieu, ce qui ne me présente pour motif que mon propre agrandissement ou ma propre satisfaction de corps ou d’âme, n’aura pas de prise sur moi, et se montrera à la lumière de la Parole, qui dirige l’oeil simple, comme étant contraire à la pensée de Dieu. Ce n’est pas l’arrogance qui rejette la tentation comme si l’on était bon ; c’est l’obéissance, qui donne humblement à Dieu sa place et par conséquent aussi à sa Parole. «Par la parole de tes lèvres je me suis gardé des voies de l’homme violent» (Ps. 17: 4), de celui qui faisait sa volonté propre et en faisait son guide. Si le coeur ne cherche que Dieu, la ruse la plus habile est découverte, car l’ennemi ne nous pousse jamais à ne chercher que Dieu. Mais cela suppose un coeur pur et aucune recherche de soi-même. C’est ce qui a été montré en Jésus.

Notre sauvegarde contre la tentation, c’est la Parole employée par le discernement d’un coeur parfaitement pur qui vit dans la présence de Dieu, apprend à connaître ses pensées dans sa Parole (*), et connaît par conséquent l’application de cette Parole aux circonstances présentes. C’est la Parole qui garantit l’âme des ruses de l’ennemi.

(*) Il ne doit y avoir d’autre motif d’action que la volonté de Dieu qui, pour l’homme, doit toujours se chercher dans la Parole ; parce que, dans ce cas, lorsque Satan nous pousse à agir, comme il le fait toujours, par quelque autre motif, on voit que celui-ci est opposé à la Parole qui est dans le coeur et au motif qui le gouverne ; il est par conséquent jugé comme lui étant contraire. Il est écrit : «J’ai caché ta parole dans mon coeur, afin que je ne pèche pas contre toi». C’est pour cette raison qu’il est souvent important, quand nous sommes dans l’incertitude, de nous demander par quel motif nous sommes influencés.

Remarquez aussi que c’est conséquemment dans cet esprit d’obéissance simple et humble que réside la puissance, car là où il existe, Satan ne peut rien. Dieu est là, aussi l’ennemi est-il vaincu.

Il me semble que ces trois tentations, sont présentées au Seigneur sous les trois caractères d’homme, de Messie, et de Fils de l’homme.

Il n’avait pas de convoitise comme un homme déchu, mais il avait faim. Le tentateur l’engageait à satisfaire ce besoin sans Dieu.

Les promesses du Père lui appartenait comme étant faites au Messie. Et tous les royaumes lui appartiennent comme Fils de l’homme.

Jésus répond toujours comme un Israélite fidèle, personnellement responsable à Dieu, citant le livre du Deutéronome qui traite ce sujet (c’est-à-dire l’obéissance d’Israël en vue de la possession de la terre et des privilèges qui lui appartenaient en rapport avec cette obéissance, et en dehors de l’organisation qui en formait un corps devant Dieu (*)).

(*) Un examen attentif du Pentateuque montrera que, quoique les faits historiques nécessaires soient établis, le contenu de l’Exode, du Lévitique et des Nombres est essentiellement typique. Le tabernacle était fait selon le modèle montré sur la montagne, modèle des choses célestes ; non seulement les ordonnances cérémonielles, mais les faits historiques, ainsi que l’apôtre l’établit clairement, leur arrivèrent comme types et ont été écrits pour notre instruction. Le Deutéronome donne des directions pour leur conduite dans le pays ; les trois livres mentionnés, même là où ils contiennent des faits historiques, sont typiques dans leur objet. Je ne sais pas si un sacrifice fut offert après leur institution, à moins peut-être que ce ne soient des sacrifices officiels (Voyez Actes 7 : 42).

Satan laisse Jésus, et les anges viennent exercer leur ministère en faveur du Messie, le Fils de l’homme victorieux par l’obéissance. Il a pleinement répondu à ce en quoi Satan aurait voulu l’amener à éprouver Dieu. Les anges sont pour nous aussi des esprits administrateurs.

Mais qu’il est profondément intéressant de voir notre adorable Seigneur, le Fils de Dieu, descendre du ciel et prendre sur la terre — Lui, la Parole faite chair — sa place au milieu de pauvres êtres pieux ; puis, ayant pris cette place, reconnu du Père comme son Fils, les cieux étant ouverts et ouverts sur Lui, et le Saint Esprit descendant et demeurant sur Lui comme homme, quoique sans mesure, de le voir former le modèle de notre position, bien que nous n’y fussions pas encore ; toute la Trinité, comme je l’ai dit, était d’abord pleinement révélée lorsqu’il s’est ainsi associé à l’homme ; et alors, quand nous étions esclaves de Satan, il est allé dans ce caractère et cette relation rencontrer Satan pour nous, afin de lier l’homme fort et de donner par lui-même cette place aussi à l’homme ; seulement il fallait la rédemption pour nous amener où il est.

Jean étant mis en prison, le Seigneur se rend en Galilée. Ce mouvement, qui plaçait la scène de son ministère en dehors de Jérusalem et de la Judée, avait une grande portée à l’égard des Juifs. Le peuple (en tant que concentré à Jérusalem, se vantant de posséder les promesses, les sacrifices, le temple, et d’être la tribu royale) perdait la présence du Messie, fils de David. Jésus, pour la manifestation de sa personne, pour le témoignage de l’intervention de Dieu en Israël, se rend au milieu des pauvres et méprisés du troupeau ; car le résidu et les pauvres du troupeau sont déjà, aux chapitres 3 et 4, clairement distingués des chefs du peuple. Ainsi, il devient réellement le vrai tronc, au lieu d’être une branche de ce qui avait été planté ailleurs, quoique cet effet n’eût pas été pleinement manifesté. Ce moment correspond au chap. 4 de Jean.

Ce serait le lieu ici de remarquer que, dans l’évangile de Jean, les Juifs sont toujours distingués de la foule (*). La langue ou plutôt la prononciation des Galiléens était entièrement différente de celle des Juifs. On ne parlait pas le chaldéen en Galilée.

(*) Appelée le peuple dans les évangiles.

Cette manifestation du fils de David en Galilée était en même temps l’accomplissement d’une prophétie d’Ésaïe, dont la force est celle-ci: bien que la captivité romaine fût tout autrement terrible que les invasions des Assyriens lorsqu’ils avaient envahi le pays d’Israël, il y avait cependant une circonstance qui changeait tout, savoir la présence du Messie, de la vraie lumière, dans ces contrées mêmes.

Nous remarquons que l’Esprit de Dieu passe ici par-dessus toute l’histoire de Jésus jusqu’au commencement de son ministère après la mort de Jean le baptiseur. Il donne à Jésus sa position propre au milieu d’Israël — Emmanuel, le Fils de David, le Bien-aimé de Dieu, reconnu comme son Fils, le Fidèle en Israël, quoique exposé à toutes les tentations de Satan ; et ensuite, sa position prophétique annoncée par Ésaïe et le royaume proclamé comme étant proche (*).

(*) Nous pouvons remarquer ici, comme on l’a déjà fait, qu’il quitte les Juifs et Jérusalem, et sa place naturelle, pour ainsi dire, qui Lui donnait son nom, Nazareth, et prend sa place prophétique. La mise en prison de Jean était le signe de son propre rejet. Jean y était son précurseur, comme, dans sa mission, il l’avait été du Seigneur (voyez chap. 17: 12). Le témoignage de Jésus est le même que celui de Jean le baptiseur.

Jésus s’entoure alors de ceux qui devaient le suivre définitivement dans son ministère et dans ses tentations, et qui, à son appel, abandonnant tout, lient leur sort et leur portion à son sort et à sa portion.

L’homme fort était lié, de sorte que Jésus pouvait piller ses biens et annoncer le royaume avec les preuves de la puissance qui pouvait établir ce royaume.

Deux choses sont alors mises en avant dans le récit de l’évangile: 1° La puissance qui accompagne la proclamation du royaume, fait annoncé dans deux ou trois versets (*), sans autre détail. Le royaume est proclamé avec des actes de puissance qui attirent l’attention de tout le pays, de tout l’ancien territoire d’Israël. Jésus paraît devant eux investi de cette puissance. 2° (Chap. 5-7) Le caractère du royaume est annoncé dans le sermon sur la montagne, ainsi que le caractère des personnes qui y auront part (le nom du Père étant révélé en même temps). C’est-à-dire que le Seigneur avait annoncé le royaume à venir et, par la puissance présente de bonté, avait vaincu l’adversaire ; il montre alors ce qu’étaient les vrais caractères selon lesquels le royaume serait établi, qui y entrerait, et comment. Il n’y est pas question de la rédemption, mais du caractère et de la nature du royaume, et de ceux qui pourraient y entrer. Cela montre clairement la place morale que ce sermon tient dans l’enseignement du Seigneur.

(*) Il est frappant de voir que tout le ministère du Seigneur est raconté dans un seul verset. (4: 23). Tout ce qui est exposé ensuite, ce sont des faits ayant une importance morale particulière, et montrant ce qui se passait au milieu du peuple en grâce, jusqu’à son rejet ; ce n’est pas une histoire consécutive proprement dite. Cela marque très clairement le caractère de Matthieu.

Il est évident que, dans toute cette partie de l’évangile, c’est la position du Sauveur qui est l’objet de l’enseignement de l’Esprit, et non les détails de sa vie. Ces détails viennent après, afin de montrer pleinement ce qu’il était au milieu d’Israël, ses rapports avec ce peuple, et son sentier dans la puissance de l’Esprit qui a conduit à la rupture entre le Fils de David et le peuple qui aurait dû le recevoir. L’attention de tout le pays ayant été attirée par ses actes de puissance, le Seigneur propose à ses disciples — mais le peuple l’entendant — les principes de son royaume.

On peut distinguer dans ce discours les parties suivantes (*) :

(*) La division que nous donnons peut aider d’une manière pratique à l’application du sermon sur la montagne. Quant aux sujets que renferme ce discours, on pourrait peut-être, quoique !a différence ne soit pas très grande, le diviser encore mieux ainsi :

Le chap. 5: 1-16, contient le tableau complet du caractère et de la position du résidu qui reçoit les instructions du Seigneur, la position de ce résidu telle qu’elle devait être selon les pensées de Dieu. Ceci est complet en soi.

Les vers. 17-48 du chap. 5, établissent l’autorité de la loi qui aurait dû régler la conduite du fidèle jusqu’à l’introduction du royaume, loi qu’ils auraient dû accomplir, ainsi que les paroles des Prophètes, afin qu’ils (le résidu) fussent placés sur ce nouveau terrain ; quiconque serait coupable du mépris de cette loi serait exclu du royaume.

Mais, tout en établissant ainsi l’autorité de la loi, il reprend les deux grands éléments du mal, traités seulement dans les actes extérieurs de la loi, violence et corruption, et juge le mal dans le coeur (vers. 22, 28) ; il faut à tout prix se débarrasser du mal et de toute occasion de le faire, montrant ainsi ce que devait être la conduite de ses disciples et l’état de leur âme — ce qui devait les caractériser sous ce rapport. Le Seigneur considère alors certaines choses supportées par Dieu en Israël, et ordonnées suivant ce qu’il pouvait porter. Ensuite il amène, à la lumière d’une vraie estimation morale, le divorce — le mariage étant la base divinement établie de toutes les relations humaines — et les jurements ou voeux, l’action de la volonté de l’homme en relation avec Dieu, puis le support du mal et la plénitude de la grâce, c’est-à-dire son caractère béni qui apportait avec lui le titre moral de ce qui était sa place vivante — fils de leur Père qui était dans les cieux.

Au lieu d’affaiblir ce que Dieu exigeait sous la loi, il voulait non seulement qu’on observât la loi jusqu’à son accomplissement, mais que ses disciples fussent parfaits comme leur Père qui est aux cieux est parfait. Ceci ajoute à la révélation du Père la marche morale et l’état moral qui convenaient au caractère des fils, tel qu’il était révélé en Christ.

Au chap. 6, nous avons les motifs, le but, qui doivent gouverner le coeur en faisant le bien, en menant une vie religieuse. Les yeux des disciples devaient être sur leur Père. Ceci est individuel.

Le chap. 7 s’occupe essentiellement de ce qui convient aux disciples de Jésus quant à leurs rapports avec les autres — ne pas juger ses frères et prendre garde aux profanes. (Vers. 1-6). Ensuite le Seigneur exhorte les siens à se confier en leur Père, Lui demandant ce qu’il leur fallait ; il leur apprend à agir envers les autres d’après cette même grâce qu’on voudrait voir mise en pratique envers soi-même. Ceci est fondé sur la connaissance de la bonté du Père (vers. 7-12). Enfin, le Seigneur exhorte les siens à l’énergie qui les fera entrer par la porte étroite et prendre coûte que coûte le chemin de Dieu (car beaucoup aimeraient à entrer dans le royaume, mais non par cette porte-là). Il les avertit à l’égard de ceux qui chercheraient à les tromper en prétendant posséder la parole de Dieu. Ce n’est pas seulement notre propre coeur, et le mal proprement dit, qui est à craindre quand il s’agit de suivre le Seigneur, mais aussi les ruses et les agents de l’ennemi. Or ceux-ci se trahiront par leurs fruits.

Le caractère et la portion de ceux qui seront dans le royaume, chap. 5: 1-12.

Leur position dans le monde, chap. 5: 12-16.

Les rapports des principes du royaume avec la loi, chap. 5: 17-48 (*).

(*) Il est cependant important de remarquer qu’il n’y a pas de spiritualisation de la loi, comme on le prétend souvent. Il y est question des deux grands principes d’immoralité parmi les hommes (violence et mauvaise convoitise), auxquels s’ajoutent les serments volontaires. Il y a en cela un contraste entre les exigences de la loi et ce que Christ demandait.

L’esprit dans lequel les disciples de Jésus doivent faire les bonnes oeuvres, chap. 6: 1-18.

La séparation d’avec l’esprit du monde et d’avec ses soucis, chap. 6: 19-34.

L’esprit des rapports des disciples avec les autres hommes, chap. 7: 1-6.

La confiance en Dieu qui leur convient, chap. 7: 7-12.

L’énergie qui doit les caractériser pour entrer dans le royaume ; cependant non seulement pour y entrer, plusieurs chercheraient à le faire, mais pour y entrer selon ces principes qui rendent la chose difficile à l’homme, pour y entrer selon Dieu — par la porte étroite : mais aussi le moyen pour eux de discerner ceux qui chercheront à les tromper, ainsi que la vigilance nécessaire pour ne pas se laisser tromper, chap. 7: 13-23.

Enfin, l’obéissance pratique et réelle aux paroles du Seigneur, la vraie sagesse de ceux qui écoutent ses paroles, chap. 7: 23-29.

Il y a un autre principe encore qui caractérise ce discours: c’est l’introduction du nom du Père. Jésus place ses disciples en rapport avec son Père comme étant leur Père ; il leur révèle le nom du Père pour qu’ils soient en relation avec Lui, et qu’ils agissent d’après ce qu’il est.

Ce discours donne les principes du royaume, tout en supposant le rejet du Roi ; il donne la position dans laquelle ce rejet amènerait ceux qui sont siens et qui doivent attendre une récompense céleste. Ils devaient être une saveur divine dans laquelle Dieu était connu et agissait, et ils seraient faits un spectacle pour le monde entier. C’était, du reste, le but de Dieu. Leur confession devait être assez franche pour que le monde rapportât leurs oeuvres au Père. Ils devaient agir d’une part selon un jugement du mal qui atteignît le coeur et les motifs ; et d’autre part, selon le caractère du Père en grâce, s’en rapporter à l’approbation du Père qui voit dans le secret, là où l’oeil de l’homme ne peut pénétrer. Ils devaient avoir une pleine confiance en Lui pour tous leurs besoins. Sa volonté était la règle d’après laquelle on entre dans le royaume.

On peut remarquer que ce discours se rattache à la proclamation du royaume comme étant proche ; et que tous ces principes de conduite y sont présentés comme caractérisant le royaume, et comme étant les conditions d’entrée dans ce royaume. Sans doute, il en résulte qu’ils conviennent à ceux qui y sont entrés. Mais le discours est prononcé au milieu d’Israël (*), avant que le royaume soit établi, comme l’état préalable exigé pour y entrer et pour mettre en évidence ses principes fondamentaux, en rapport avec ce peuple, et en contraste moralement avec l’idée qu’Israël s’en était faite.

(*) Il faut toujours se rappeler que, tandis qu’Israël a, d’une manière dispensationnelle, une grande importance comme centre du gouvernement de ce monde par Dieu, il était moralement l’homme en qui toutes les voies et toutes les relations de Dieu avaient été développées, de manière à mettre en lumière ce que l’homme était. Le gentil, c’était l’homme laissé à lui-même quant aux voies spéciales de Dieu, et ainsi il n’était pas révélé. Christ était une lumière (eis apocalupsin ethnôn) qui révélait les gentils.

En examinant les béatitudes, on trouvera que cette partie du discours nous donne en général le caractère de Christ lui-même. Ces béatitudes supposent deux choses: la possession à venir de la terre d’Israël par les débonnaires ; et la persécution du résidu fidèle, vraiment juste dans ses voies et qui affirmait les droits du vrai Roi (le ciel étant proposé à ce résidu comme espérance pour soutenir son coeur) (*).

(*) Il faut noter en passant les caractères qui sont vraiment bénis. Ils supposent le mal dans le monde et au milieu du peuple de Dieu. D’abord on ne cherche pas de grandes choses pour soi-même, acceptant une place méprisée au milieu d’une scène contraire à Dieu. Voilà pourquoi ils y sont caractérisés par les afflictions et la débonnaireté, par une volonté qui ne s’élève pas contre Dieu ou qui ne soutient pas sa position ou ses droits. On éprouve alors le désir d’un bien positif, car on ne le possède pas encore ; en être affamé et altéré, tels sont et l’état intérieur et l’activité de l’esprit. Alors la grâce envers les autres se manifeste, de même que la pureté du coeur et l’absence de ce qui exclurait Dieu, et, ce qui y est toujours lié, la paix et ce qui la procure. Je crois qu’il y a dans ces versets une progression morale, l’un conduisant à l’autre comme en en étant un effet. Dans les deux derniers on voit les conséquences du maintien d’une bonne conscience et de la relation avec Christ dans un monde de péché. Il y a, comme en 1 Pierre, deux principes de souffrances : pour la justice et pour l’amour de Christ.

Ce sera là en effet la position du résidu aux derniers jours avant l’introduction du royaume. Moralement il en était ainsi en rapport avec Israël, au temps des disciples du Seigneur, la partie terrestre du royaume étant suspendue. En vue du ciel, les disciples sont envisagés comme témoins au milieu d’Israël ; mais — en même temps que la seule chose conservatrice de la terre — ils étaient en témoignage au monde. Les disciples ainsi sont envisagés comme étant en rapport avec Israël, mais en même temps comme témoins devant le monde de la part de Dieu (le royaume étant en vue, mais pas encore établi). Le rapport avec les derniers jours est évident ; néanmoins le témoignage des disciples alors avait moralement ce caractère. Seulement l’établissement du royaume terrestre a été suspendu, et l’Église, qui est céleste, a été introduite. Le chap. 5: 25, fait évidemment allusion à la position d’Israël au temps de Christ, Israël, de fait, reste captif, en prison, jusqu’à ce qu’il ait reçu son plein châtiment ; alors il en sortira.

Le Seigneur parle et agit toujours comme homme obéissant, mû et dirigé par le Saint Esprit ; mais on voit de la manière la plus frappante dans l’évangile de Matthieu, qui est celui qui agit ainsi ; et c’est ce qui donne au royaume des cieux son vrai caractère moral. Jean le baptiseur pouvait annoncer le royaume des cieux comme changement d’économie, mais son ministère était terrestre. Christ également pouvait annoncer cette même vérité (et ce changement d’économie était de toute importance), mais en Lui il y avait plus que cela. Il était du ciel, le Seigneur qui venait du ciel. En parlant du royaume des cieux, il parlait de la profonde et divine abondance de son coeur. Personne n’avait été dans le ciel, sinon celui qui en était descendu, le Fils de l’homme qui était dans le ciel (Jean 3: 13). Ainsi, en parlant du ciel, Jésus disait ce qu’il savait, et rendait témoignage de ce qu’il avait vu. Cette vérité, comme elle est présentée dans Matthieu, se réalisait de deux manières. Ce n’était plus un gouvernement terrestre selon la loi ; Jéhovah le Sauveur, Emmanuel était là. Pouvait-il être autre que céleste dans son caractère, dans l’esprit, dans les principes essentiels de toute sa vie ?

De plus, lorsque Christ a commencé son ministère public et qu’il a été scellé du Saint Esprit, le ciel lui a été ouvert. Il a été identifié avec le ciel comme homme scellé du Saint Esprit sur la terre. Ainsi il était l’expression continuelle de l’esprit, de la réalité du ciel. Ce n’était pas encore l’exercice de la puissance judiciaire faisant valoir ce caractère contre tout ce qui s’y opposait. C’était la manifestation de ce caractère en patience, malgré l’opposition de tout ce qui l’entourait et l’incapacité de ses disciples pour le comprendre. Ainsi, dans le sermon sur la montagne, nous trouvons la description de ce qui convient au royaume du ciel, et même l’assurance d’une récompense dans le ciel à ceux qui souffriront pour Christ sur la terre. Cette description, comme nous l’avons vu, est essentiellement celle du caractère de Christ lui-même. C’est ainsi qu’un coeur céleste s’exprime sur la terre. Si le Seigneur enseignait ces choses, c’est parce qu’il les aimait, parce qu’il en était la réalité et qu’il les savourait. Étant le Dieu du ciel, rempli, comme homme, du Saint Esprit sans mesure, son coeur était parfaitement en rapport avec un ciel qu’il connaissait parfaitement. C’est pourquoi il termine par ces mots la description du caractère que devaient revêtir ses disciples : «Vous, soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait» (5: 48). Toute leur conduite devait être en rapport avec leur Père céleste.

Plus nous comprenons la gloire divine de Jésus, et la manière dont il était en rapport avec le ciel comme homme, mieux aussi nous saisissons ce qu’était pour Jésus le royaume des cieux au point de vue de ce qui convenait à ce royaume. Lorsque ce royaume sera établi plus tard en puissance, le monde sera gouverné d’après ces principes, quoiqu’ils ne soient pas, à proprement dire, les principes du monde. Le résidu aux derniers jours, je n’en doute pas, trouvant toutes choses autour de lui contraires à la fidélité, et voyant toute espérance juive déchoir devant ses yeux, sera forcé de regarder plus haut et revêtira de plus en plus ce caractère qui, s’il n’est pas céleste, est au moins tout à fait conforme à Christ (*).

(*) Ceux qui seront tués monteront dans le ciel, ainsi que le témoignent Matthieu 5: 12, et l’Apocalypse. Les autres, rendus conformes à Christ, comme Juif souffrant, seront avec Lui sur la montagne de Sion ; ils apprendront le cantique chanté dans le ciel, et accompagneront l’Agneau quelque part qu’il aille (ici-bas).

Nous pouvons encore faire remarquer ici que dans les béatitudes la promesse de la terre est faite aux débonnaires (5: 5), et s’accomplira à la lettre aux derniers jours. Au vers. 12 du même chapitre, il y a la promesse d’une récompense dans les cieux à ceux qui souffrent pour Christ, promesse vraie pour nous maintenant, et vraie en quelque sorte pour ceux qui seront mis à mort pour Lui aux derniers jours, qui auront leur place au ciel, quoiqu’ils aient fait partie du résidu juif et non de l’Assemblée. La même chose se trouve en Dan. 7: seulement, il faut remarquer que ce sont les saisons et la loi, et non les saints, qui sont livrées aux mains de la Bête.

Il y a deux choses qui se rattachent à la présence des foules, au v. 1. — Premièrement le moment exigeait que le Seigneur donnât une vraie idée du caractère de son royaume, puisque déjà il attirait la foule après Lui. Sa puissance se faisant sentir, il importait de faire connaître son caractère. D’un autre côté, cette foule qui suivait Jésus était un piège pour les disciples ; et le Seigneur leur fait comprendre le contraste complet qui existait entre l’effet que pouvait produire sur eux cette foule, et le véritable esprit qui devait les gouverner. Ainsi, plein Lui-même de ce qui était vraiment bon, il met immédiatement en avant ce qui remplissait son propre coeur. C’était le vrai caractère du résidu, qui en ,général ressemblait à Christ en cela. Il en est ainsi souvent dans les Psaumes. Le sel de la terre est autre chose que la lumière du monde. La terre, il me semble, exprime ici ce qui déjà faisait profession d’avoir reçu la lumière de la part de Dieu — ce qui était en relation avec Lui en vertu de cette lumière — ayant revêtu devant Lui une forme définie. Les disciples de Christ étaient le principe conservateur sur la terre. Ils étaient, la lumière du monde qui ne possédait pas cette lumière. Ce devait être leur position malgré eux. C’était l’intention de Dieu qu’ils fussent la lumière du monde, et on n’allume pas une lumière pour la cacher.

Tout ceci suppose la possibilité de l’établissement du royaume dans ce monde, mais l’opposition de la plupart des hommes à cet établissement. Il n’est pas question de la rédemption du pécheur, mais de la réalisation du caractère qui était propre à une place dans le royaume de Dieu ; place que le pécheur devait chercher pendant qu’il était en chemin avec sa partie adverse, de peur d’être livré au juge, et cela est réellement arrivé au Juif.

En même temps, les disciples sont placés individuellement en rapport avec le Père — le second grand principe du discours, la conséquence de ce que le Fils était là — et Jésus leur présente quelque chose de plus excellent que leur position de témoignage pour le royaume. Les disciples devaient, eux, agir en grâce, comme agissait leur Père ; et leur prière devait chercher un ordre de choses où tout répondrait moralement au caractère et à la volonté de leur Père. «Que ton nom soit sanctifié ; que ton règne vienne» ; (*) c’est-à-dire que tout réponde au caractère du Père, que tout soit l’effet de sa puissance. «Que ta volonté soit faite, comme dans le ciel, aussi sur la terre», c’est l’obéissance parfaite (6: 9-10). Toutes choses soumises à Dieu dans les cieux et sur la terre, tel sera le résultat accompli, jusqu’à un certain point, par l’intervention de Christ dans le millénium ; absolument accompli lorsque Dieu sera tout en tous. En attendant, la prière exprime la dépendance journalière, le besoin de pardon, le besoin d’être gardé de la puissance de l’ennemi, le désir de ne pas être criblé par lui comme dispensation de Dieu, ainsi que Job et Pierre l’ont été, et d’être délivré du mal.

(*) C’est-à-dire celui du Père. Comparez Matthieu 13: 43.

C’est encore une prière en relation avec la position du résidu ; elle passe par-dessus l’économie de l’Esprit, par-dessus même ce qui est propre au millénium comme royaume terrestre, afin d’exprimer les justes désirs du résidu, et de parler de son état et de ses dangers, jusqu’à ce que vienne le royaume du Père. Beaucoup de ces principes sont toujours vrais, car nous sommes dans le royaume, et nous devons en esprit en manifester les traits, mais l’application spéciale et littérale de ce passage est bien celle que j’ai indiquée. Les disciples sont mis en relation avec le Père dans la réalisation de son caractère, qui devait reluire en eux, en vertu de cette relation, leur faisant souhaiter l’établissement de son royaume et surmonter les difficultés d’un monde ennemi, se gardant contre les ruses de l’ennemi, et accomplissant la volonté du Père. C’était Jésus qui pouvait le leur communiquer. Ainsi Jésus passe de la loi (*), reconnue comme venant de Dieu, à l’accomplissement de cette loi lorsqu’elle sera, pour ainsi dire, absorbée dans la volonté de Celui qui l’avait donnée, ou accomplie dans ses intentions par Celui qui seul pouvait le faire dans quelque sens que ce fût.

(*) La loi est la règle parfaite pour un enfant d’Adam, la règle ou la mesure de ce qu’il doit être, mais non de la manifestation de Dieu, en grâce, comme l’était Christ, qui est notre modèle en cela — c’est une juste invitation à aimer Dieu et à marcher dans l’accomplissement du devoir en relation avec Lui, mais non une imitation de Dieu, en marchant dans l’amour, comme Christ nous à aimés et s’est livré lui-même pour nous.

5                    Chapitre 8

Ici, le Seigneur commence au milieu d’Israël sa vie patiente de témoignage, vie qui s’est terminée par son rejet de la part du peuple que Dieu avait si longtemps gardé pour Lui et pour leur propre bénédiction.

Le Seigneur avait annoncé le royaume, mis en évidence dans tout le pays sa puissance, déclaré son caractère ainsi que l’esprit de ceux qui devaient entrer dans ce royaume.

Mais ses miracles (*) portent toujours, ainsi que tout l’évangile, le caractère de sa position au milieu des Juifs et des relations de Dieu avec eux, jusqu’à son rejet. Il est Jéhovah, mais l’homme obéissant à la loi, faisant prévoir l’entrée des gentils dans le royaume (son établissement en mystère dans le monde), prédisant l’érection de l’Église, de l’Assemblée sur ce fondement : Lui reconnu comme Fils du Dieu vivant, et le royaume en gloire ; et portant sur son coeur, avec une patience parfaite, le fardeau d’Israël, tout en montrant, comme effet de sa présence, la perversité de ce peuple (**). C’est Jéhovah présent en bonté d’une manière extérieure: étonnante vérité !

(*) Les miracles de Christ avaient un caractère particulier. Ils n’étaient pas seulement des actes de puissance, mais tous étaient des actes de la puissance de Dieu visitant ce monde en bonté. Cette puissance s’était fréquemment manifestée, surtout depuis Moïse, mais souvent en jugement. Tous les miracles de Christ délivraient les hommes des funestes conséquences que le péché avait amenées. Il y eut une seule exception, la malédiction du figuier, mais c’était une sentence judiciaire contre Israël, c’est-à-dire contre l’homme sous l’ancienne alliance, quand il avait une belle apparence, mais pas de fruit.

(**) J’ajoute ici quelques notes manuscrites prises en lisant l’évangile de Matthieu, après que ceci était écrit ; elles jetteront, je crois, la lumière sur la structure de cet évangile. Les chap. 5-7 indiquent le caractère requis pour entrer dans le royaume, caractère qui devait marquer le résidu reconnu, Jéhovah étant alors en chemin avec la nation pour le jugement. Les chapitres 8 et 9 montrent l’autre côté : la grâce et la bonté introduites, Dieu manifesté, son caractère et ses actes, cette chose nouvelle qui ne pouvait se mettre dans de vieilles outres ; la bonté en puissance encore, mais rejetée, le Fils de l’homme (non le Messie) n’ayant pas où reposer sa tête. Le chapitre 8 présente l’intervention actuelle de Dieu en bonté temporelle avec puissance. Ce chapitre va au-delà d’Israël à cause de la bonté qui agissait en grâce à l’égard de ce qui était exclu du camp de Dieu en Israël. Il comprend la puissance de Dieu au-dessus de tout le pouvoir de Satan, des maladies et des éléments, et cela par Christ prenant le fardeau sur lui-même, mais dans un rejet dont il avait la conscience. Les versets 17 à 20 du chap. 8 nous amènent à Ésaïe 53: 3-4, et à un état de choses qui exige qu’on le suive entièrement, en renonçant à tout. Cela conduit à ce triste témoignage que si la puissance divine chasse Satan, la présence divine qui se manifeste ainsi est insupportable au monde. Les pourceaux représentent Israël. Le chap. 9 offre le côté religieux de la présence du Seigneur en grâce, le pardon, et le témoignage que Jéhovah était là, selon le Ps. 103, mais pour appeler les pécheurs et non les justes ; voilà surtout ce qui ne pouvait convenir aux vieilles outres. Finalement, sauf la patience en bonté, ce chapitre met pratiquement fin à l’histoire. Il est venu pour sauver la vie d’Israël. C’était réellement la mort quand il vint ; seulement, partout où il y avait de la foi au milieu de la foule environnante. il y avait guérison. Les pharisiens montrent le blasphème des conducteurs, mais la patience de la grâce subsiste encore, développée envers Israël, au chap. 10 ; au chap. 11, toutes choses ont été trouvées comme ne servant à rien. Le Fils révélait le Père, et cela demeure et donne du repos. Le chapitre 12 développe complètement le jugement et le rejet d’Israël. Le 13 présente Christ comme un semeur, ne cherchant pas de fruit dans sa vigne ; il présente aussi la forme actuelle du royaume des cieux.

Nous trouvons d’abord la guérison du lépreux. L’Éternel seul pouvait guérir le lépreux par sa bonté souveraine (voyez Lévit. 14). Ici Jésus fait de même. «Si tu veux, dit le lépreux, tu peux» ; «Je veux», répond le Seigneur (8: 2). Mais en même temps Jésus montre dans sa personne ce qui repousse toute possibilité de souillure — ce qui est au-dessus du péché — aussi bien que la plus parfaite condescendance envers celui qui est souillé. Il touche le lépreux, en disant : «Je veux, sois net» (v. 3). On voit la grâce, la puissance, la sainteté incorruptible de Jéhovah descendre, en la personne de Jésus, dans la plus grande proximité du pécheur, le touchant, pour ainsi dire. C’était bien «l’Éternel qui te guérit (*)» (Ex. 15: 26). En même temps Jésus se cache et ordonne à celui qui venait d’être guéri, d’aller vers les sacrificateurs selon l’ordonnance de la loi et d’offrir son offrande. Il ne sort pas de sa place de Juif soumis à la loi ; Jéhovah était là en bonté.

(*) Celui qui touchait un lépreux devenait lui-même impur, mais le Sauveur adorable s’est ainsi approché de l’homme ; il a enlevé la souillure sans la contracter. Le lépreux connaissait sa puissance, mais n’était pas sûr de sa bonté. Le «Je veux» la manifeste, mais avec le droit que Dieu seul avait de dire : «Je veux».

Mais, dans le cas suivant, nous trouvons (v. 5 et suiv.) un gentil qui, par la foi, jouit du plein effet de la puissance que cette foi attribuait à Jésus, donnant occasion au Seigneur de faire ressortir cette solennelle vérité que beaucoup de ces pauvres gentils viendraient dans le royaume des cieux s’asseoir avec les pères, honorés des Juifs comme souches des héritiers de la promesse, tandis que les enfants du royaume seraient dans les ténèbres de dehors. En effet, la foi de ce centenier reconnaissait une puissance divine en Jésus, puissance qui devait, par la gloire de Celui qui la possédait, non pas abandonner Israël, mais ouvrir la porte aux gentils, et enter sur l’olivier de la promesse les branches de l’olivier sauvage à la place de celles qui en seraient retranchées. La forme sous laquelle ces choses s’accompliraient dans l’Assemblée n’était pas alors en question.

Jésus n’abandonne pas encore Israël. Il entre dans la maison de Pierre et guérit sa belle-mère. Il fait de même envers tous les malades qui se pressent le soir autour de la maison, quand le sabbat était passé (*). Il les guérit ; les démons sont chassés, en sorte que la prophétie d’Ésaïe s’accomplit: «Lui-même a pris nos langueurs et a porté nos maladies» (És. 53: 4). Jésus se plaçait de coeur sous le poids de tout le malheur qui pesait sur Israël pour le soulager et le guérir. C’est toujours Emmanuel qui a de la sympathie pour leurs souffrances et est en détresse dans toutes leurs détresses. Mais il vient avec cette puissance qui montre qu’il est capable de les délivrer.

(*) note Bibliquest : voir Marc 1 :21, 29, 32

Les trois cas de guérison dont nous venons de parler montrent le caractère du ministère de Jésus d’une manière claire et frappante. Il se cache, car jusqu’au moment où il devait montrer le jugement aux gentils il n’élève pas sa voix dans les rues. C’est la colombe qui est sur Lui. Les manifestations de sa puissance attirent les hommes auprès de Lui ; mais il ne s’y méprend pas et ne s’éloigne jamais dans son esprit de la place qu’il a prise. Il est le méprisé et le rejeté des hommes, il n’a pas où reposer sa tête ; les renards et les oiseaux ont sur la terre plus de place que Lui, que nous avons vu paraître, il y a un moment, comme l’Éternel, reconnu du moins par les malheureux aux besoins desquels il ne refuse jamais de répondre. Par conséquent, tout homme qui veut suivre Jésus doit renoncer à tout, pour être le compagnon du Seigneur, qui ne serait pas venu sur la terre si tout n’était pas en question, ni sans un droit absolu, quoique ce fût en même temps dans un amour qui ne pouvait s’occuper que de sa mission et de la nécessité qui l’avait amené là.

Le Seigneur sur la terre était tout ou rien. Cela, il est vrai, devait se faire sentir moralement dans ses effets, par la grâce qui, agissant par la foi, attachait le croyant à Lui par un lien ineffable. Autrement, le coeur n’eût pas été moralement mis à l’épreuve ; mais il n’en était pas moins vrai pour cela qu’il était lui-même présent devant eux. Par conséquent les preuves en étaient là: le vent et la mer auxquels, aux yeux des hommes, le Seigneur semblait exposé, obéissaient à l’instant à sa voix — répréhension frappante de l’incrédulité qui l’avait réveillé de son sommeil, et qui avait supposé qu’il était possible aux vagues de l’engloutir, et avec Lui les conseils et la puissance de Celui qui avait créé les vents et les flots !

Il est évident que cet orage avait été permis pour mettre la foi des disciples à l’épreuve, et faire ressortir la dignité de la personne du Seigneur. Si l’ennemi a été l’instrument pour le produire, il n’a réussi qu’à donner au Seigneur l’occasion de manifester sa gloire. Tel est toujours le cas pour Christ et pour nous quand la foi se trouve.

Or la réalité de cette puissance et la manière dont elle opérait ressortent fortement de ce qui suit (8: 28 et suiv.).

Le Seigneur débarque dans le pays des Gergéséniens. La puissance de l’ennemi se déploie là dans toutes ses horreurs. Si l’homme auquel le Seigneur était venu en grâce, ne le connaissait pas, les démons connaissaient leur Juge dans la personne du Fils de Dieu. L’homme était sous leur pouvoir. La crainte qu’ils avaient des tourments du jugement au dernier jour est appliquée dans l’esprit de l’homme à la présence immédiate du Seigneur : «Es-tu venu ici avant le temps pour nous tourmenter ?» Les esprits méchants agissent sur l’homme par la frayeur de leur puissance ; ils n’en ont aucune si on ne les craint pas. Mais c’est la foi seule qui ôte à l’homme cette frayeur. Je ne parle pas des convoitises sur lesquelles ils agissent, ni des ruses de l’ennemi, mais de sa puissance. «Résistez au diable, et il s’enfuira de vous». Ici, les démons désirent manifester la réalité de leur puissance, et le Seigneur le permet, afin qu’il soit évident que dans ce monde il n’est pas simplement question de l’homme bon ou méchant, mais aussi de ce qui est plus fort que l’homme. Les démons entrent dans les pourceaux et ceux-ci périssent dans les eaux. Triste réalité clairement démontrée ! Il ne s’agissait ni de simple maladie, ni de convoitise, mais de démons ! Mais, grâce à Dieu, il s’agissait aussi de quelqu’un qui, tout en étant homme sur la terre, était plus puissant que les démons. Ils sont forcés de reconnaître la puissance de Celui qui est là, et en appellent à cette puissance, sans idée de lui résister. Dans la tentation au désert. Satan avait été vaincu. Jésus délivre complètement l’homme que les démons opprimaient de leur puissance malfaisante. Devant Lui, leur force était nulle. Jésus aurait pu, s’il n’avait été question que de cela, délivrer le monde de tout le pouvoir de l’ennemi et de tous les maux de l’humanité. L’homme fort était lié, le Seigneur pillait ses biens. Mais la présence de Dieu, de Jéhovah, inquiète le monde plus que la puissance de l’ennemi pour dominer et dégrader le corps et l’esprit. L’empire de l’ennemi sur le coeur — empire trop paisible et trop peu aperçu, hélas ! —est plus puissant que sa force. Sa force succombe devant la parole de Jésus ; mais la volonté de l’homme accepte le monde tel qu’il est, gouverné par l’influence de Satan. Toute la cité, témoin de la délivrance du démoniaque et du pouvoir de Jésus qui se trouve là, supplie le Seigneur de s’en aller. Triste image de l’histoire du monde ! Le Seigneur est venu ici-bas avec puissance pour délivrer le monde — l’homme — de toute la puissance de l’ennemi, mais le monde ne l’a pas voulu. L’homme était moralement éloigné de Dieu, et non pas seulement soumis à l’esclavage de l’ennemi. L’homme se soumettait à son joug, il s’y était habitué ; il ne voulait pas de la présence de Dieu.

Je ne doute pas que ce qui est arrivé aux pourceaux ne soit une image de ce qui est arrivé aux Juifs impies et profanes qui ont rejeté le Seigneur Jésus. Il n’y a rien de plus frappant que la manière dont une personne divine, Emmanuel, quoique un homme en grâce, est manifestée dans ce chapitre.

6                    Chapitre 9

Tandis que le Seigneur agit selon le caractère et la puissance de Jéhovah (comme il est présenté au Psaume 103) . «C’est lui qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes infirmités» ; c’est la grâce actuelle, envers Israël dans laquelle il vint, qui est présentée. Ce chapitre donne le caractère de son ministère, comme le précédent présente la dignité de sa Personne et la valeur de ce qu’il était. Le Seigneur se présente à Israël comme son vrai rédempteur et libérateur. Pour démontrer son droit (auquel l’incrédulité s’opposait déjà) d’être ainsi en bénédiction à Israël et de lui pardonner toutes ses iniquités, qui élevaient une barrière entre lui et son Dieu, Jésus accomplit l’autre partie du v. 3 du Ps. 103, «et guérit toutes ses infirmités». Beau et précieux témoignage de bonté envers Israël, et en même temps démonstration de la gloire de Celui qui se trouvait au milieu de son peuple ! Dans le même esprit, comme il avait pardonné et guéri, il appelle le publicain et entre dans sa maison, car il n’était pas venu appeler des justes, mais des pécheurs.

Il nous reste maintenant à examiner une autre partie de l’enseignement de l’évangile: le développement de l’opposition des incrédules, spécialement des docteurs et des religionistes, et le développement du rejet de l’oeuvre et de la personne du Seigneur.

L’idée, le tableau de ce qui est arrivé nous a déjà été présenté dans le cas du démoniaque de Gergésa — la puissance de Dieu présente pour délivrer entièrement son peuple, et le monde s’il la recevait — cette puissance est reconnue par les démons comme étant celle qui les jugerait et les chasserait plus tard, et est manifestée en bénédiction à tous les Gergéséniens ; mais ils la rejettent, parce qu’ils ne veulent pas d’une telle puissance au milieu d’eux ; ils ne veulent pas de la présence de Dieu.

Après cela commence le récit des détails de ce rejet et son caractère. Remarquez que le chap. 8: 1-27, nous décrit la manifestation de la puissance du Seigneur, puissance qui est vraiment celle de Jéhovah sur la terre. Depuis le v. 28, il nous montre l’accueil que cette puissance a trouvé dans le monde, et l’influence qui y régnait, soit comme puissance, soit moralement, dans le coeur des hommes.

Nous arrivons donc au développement historique du rejet de cette intervention de Dieu sur la terre.

La foule glorifie Dieu qui avait donné une telle puissance à un homme. Jésus accepte cette position. Il était homme ; la foule voyait cet homme et reconnaissait la puissance de Dieu, sans savoir cependant comment réunir ces deux idées dans la personne de Jésus.

La grâce qui dédaigne les prétentions de l’homme à la justice, est maintenant mise en évidence.

Matthieu le péager est appelé, car Dieu regarde au coeur, et la grâce appelle les vases d’élection.

Le Seigneur annonce la pensée de Dieu à cet égard et sa propre mission (v. 13) : il est venu appeler les pécheurs ; il veut la miséricorde. C’était Dieu en grâce, et non pas l’homme, avec sa prétendue justice, comptant sur ses mérites.

Jésus (v. 14 et suiv.), donne ensuite deux raisons qui rendent impossible de concilier sa marche avec les exigences des pharisiens. Comment les disciples pouvaient-ils jeûner lorsque l’époux était là ? Quand le Messie sera parti, ils en auront l’occasion. D’ailleurs il est impossible d’introduire les nouveaux principes et la nouvelle puissance de sa mission dans les vieilles formes pharisaïques.

Ainsi nous avons la grâce envers les pécheurs, mais (la grâce étant rejetée) il est donné tout de suite une preuve plus grande que le Messie, Jéhovah, était là et qu’il s’y trouvait en grâce.

Invité à relever une jeune fille de son lit de mort, Jésus se rend à l’invitation. Sur son chemin, une pauvre femme, qui avait déjà employé inutilement tous les moyens de guérison, est guérie instantanément en touchant le pan de sa robe.

Ce récit nous donne les deux points de vue sous lesquels se présente la grâce manifestée en Jésus. Christ est venu réveiller Israël mort ; il le fera plus tard dans toute l’étendue de ce mot. En attendant, si au milieu de la foule qui accompagnait le Christ, quelqu’un le saisissait par la foi, il était guéri, quelque désespéré que fût son état. Et ce fait, arrivé en Israël, quand Jésus y était, est vrai, au fond, de nous aussi. La grâce en Jésus est une puissance qui ressuscite et qui guérit. Ainsi il ouvrait les yeux, en Israël, à ceux qui le reconnaissaient comme Fils de David et croyaient à sa puissance pour répondre à leur besoin. Il chassait aussi les démons et rendait la parole aux muets (v. 27 et suiv.).

Or Jésus ayant opéré ces actes de puissance en Israël, de sorte que le peuple, pour ce fait, les reconnaissait avec admiration, les pharisiens, la partie la plus religieuse de la nation, attribuent cette puissance au prince des démons. C’est là l’effet de la présence du Seigneur sur les chefs du peuple, jaloux de sa gloire manifestée ainsi au milieu de ceux sur lesquels ils exerçaient leur influence. Mais cela n’interrompt nullement Jésus dans sa carrière de bienfaisance. Il peut encore rendre témoignage au milieu du peuple. Malgré les pharisiens sa patiente bonté trouve encore à s’exercer. Il continue à prêcher et à guérir. Il a compassion du peuple qui était comme des brebis qui n’ont pas de berger et moralement abandonné à lui-même. Il voit encore que la moisson est grande et qu’il y a peu d’ouvriers. C’est-à-dire qu’il voit encore toutes les portes ouvertes pour s’adresser au peuple ; et il passe par-dessus la méchanceté des pharisiens. Aussi longtemps que Dieu lui donne accès auprès du peuple, le Seigneur continue son travail d’amour.

Résumons ce que nous trouvons dans ce chapitre, c’est-à-dire la grâce développée en Israël. D’abord, la grâce guérissant et pardonnant, comme dans le Ps. 103. Ensuite, la grâce venue pour appeler les pécheurs, non les justes ; l’époux était là, et la grâce en puissance ne pouvait être mise dans les outres juives et pharisiennes ; c’était nouveau même à l’égard de Jean le baptiseur. Christ vient en réalité pour donner la vie aux morts, non pour guérir, mais quiconque alors le touchait par la foi — car il y en avait de tels — était guéri dans le chemin. Comme Fils de David, il ouvre les yeux pour qu’on voie, et il ouvre la bouche muette de celui que le diable tenait en son pouvoir. Tout est rejeté avec blasphème par les pharisiens propres-justes. Mais la grâce voit la foule comme n’ayant point de berger ; et pendant que le portier tient la porte ouverte, il ne cesse de chercher et de secourir les brebis.

7                    Chapitre 10

Cependant, quoiqu’il ne cherchât pas sa propre gloire, il avait la conscience de l’iniquité qui gouvernait le peuple. Ayant recommandé à ses disciples de demander que des ouvriers fussent envoyés dans la moisson, il commence à agir selon ce désir. Il appelle ses douze disciples, il leur communique le pouvoir de chasser les démons et de guérir les malades et les envoie aux brebis perdues de la maison d’Israël.

On voit, dans cette mission des douze, combien les voies de Dieu envers Israël font le sujet de cet évangile. Les disciples devaient annoncer à ce peuple, et à lui exclusivement, l’approche du royaume, en exerçant en même temps la puissance qu’ils avaient reçue: témoignage éclatant rendu à Celui qui était venu, et qui pouvait, non seulement opérer lui-même des miracles, mais conférer à d’autres aussi le pouvoir d’en faire. À cet effet, Jésus donne à ses disciples l’autorité sur les démons. C’est bien là ce qui caractérise le royaume: l’homme guéri de tout mal, et le démon chassé. C’est pourquoi les miracles sont appelés (Hébr. 6: 5) «les miracles du siècle à venir» (*).

(*) Car alors Satan sera lié, et l’homme délivré par la puissance de Christ. Il y avait alors des délivrances partielles de la même sorte.

Les disciples devaient aussi, quant à leurs besoins, dépendre entièrement de Celui qui les envoyait. Emmanuel était là. Si les miracles étaient pour le monde une preuve de la puissance de leur Maître, le fait qu’ils ne manquaient de rien devait être pour leur coeur une preuve de cette puissance.

L’ordonnance a été abrogée pour le temps du ministère des disciples qui a suivi le départ de Jésus de ce monde (voyez Luc 22: 35-37). Ce qu’il leur donne ici (Matth. 10) tient à sa présence comme Messie, comme Jéhovah lui-même sur la terre. Aussi la réception ou le renvoi de ses messagers décidaient du sort de ceux auprès desquels ils étaient envoyés. Les rejeter, c’était rejeter le Seigneur, Emmanuel, Dieu avec son peuple (*).

(*) Il y a une division du discours du Seigneur, au verset 15. Jusque-là, c’est sa mission à ce moment-là. À partir du verset 16, nous avons des réflexions plus générales sur la mission des disciples, vue dans son ensemble au milieu d’Israël jusqu’à la fin. Évidemment, cela va au-delà de leur mission d’alors, et suppose la venue du Saint Esprit. La mission à laquelle l’Église comme telle est appelée est différente. Ceci s’applique seulement à Israël : il leur était défendu d’aller vers les gentils. Cela prit fin nécessairement avec la destruction de Jérusalem et la dispersion de la nation juive, mais se renouvellera à la fin jusqu’à la venue du Fils de l’homme. Il y avait pour les gentils seuls un témoignage placé devant Israël comme juge. Tel était Paul, et cette partie de son histoire, même jusqu’à Rome dans le livre des Actes, se passait au milieu des Juifs. La dernière partie, depuis le verset 16, a moins à faire avec l’Évangile du royaume

En effet, Jésus envoyait ses disciples comme des brebis au milieu des loups. Ils avaient besoin de la prudence des serpents et devaient montrer la simplicité des colombes ; qualités rarement réunies, et qui ne se rencontrent que dans ceux qui, par l’Esprit du Seigneur, sont sages quant au bien, et simples quant au mal.

Si les disciples n’étaient pas en garde contre les hommes (triste témoignage à rendre à ceux-ci), ils ne pouvaient que souffrir ; mais battus de verges, amenés devant les sanhédrins, les gouverneurs et les rois, toutes ces tribulations deviendraient pour eux un témoignage, un moyen divin de présenter l’Évangile du royaume aux rois et aux princes, sans en altérer le caractère et sans l’accommoder au monde ou mêler les disciples de Jésus aux usages et à la fausse grandeur de ce monde. Au reste, de pareilles circonstances mettaient leur témoignage beaucoup plus en évidence que ne l’aurait fait l’association avec les grands de la terre. Et pour accomplir ce témoignage, le Seigneur accorderait aux siens cette puissance et cette direction de l’Esprit de leur Père qui ferait de leurs paroles, non les leurs, mais celles de Celui qui les inspirait (v. 19-20).

Ici de nouveau, la relation des disciples avec leur Père, relation qui caractérise si évidemment le sermon sur la montagne, devient la base de leur capacité pour le service qu’ils devaient accomplir. Remarquons que ce témoignage n’était adressé qu’à Israël ; seulement, Israël étant placé depuis Nébucadnetsar sous le joug des gentils, le témoignage parviendrait jusqu’à leurs chefs.

Or ce témoignage devait susciter une opposition qui romprait tout lien de famille et réveillerait une haine qui n’épargnerait pas la vie des êtres les plus chers. Celui qui persévérerait au travers de tout serait sauvé (v. 21-22). Néanmoins, le cas était urgent. Ils ne devaient pas résister, mais, si l’opposition prenait la forme de persécution, ils devaient fuir et prêcher l’Évangile ailleurs, car, avant qu’ils eussent pu parcourir les villes d’Israël, le Fils de l’homme serait venu (*). Ils devaient annoncer le royaume. Jéhovah Emmanuel était là au milieu de son peuple, et les chefs du peuple avaient appelé le maître de la maison Béelzébul. Cela n’avait pas arrêté le témoignage de Jésus, mais il caractérisait très fortement les circonstances dans lesquelles ce témoignage devait être rendu. Il envoie ses disciples en les avertissant de cet état de choses, pour maintenir aussi longtemps que possible leur témoignage au milieu de son peuple bien-aimé. Ce témoignage était rendu dans ce temps-là ; et il est possible de le rendre, si les circonstances le permettent, jusqu’à ce que le Fils de l’homme arrive pour exécuter le jugement ; mais alors le maître de la maison se sera levé pour fermer la porte (**). Le aujourd’hui du Ps. 95 ne sera plus.

(*) Remarquez ici l’expression «Fils de l’homme». C’est le caractère (selon Dan. 7) sous lequel le Seigneur viendra, avec une puissance et une gloire beaucoup plus grandes que celles de sa manifestation comme Messie, Fils de David, puissance et gloire qui se déploieront dans une sphère beaucoup plus vaste. Comme Fils de l’homme, il est l’héritier de tout ce que Dieu destine à l’homme. (Voyez Héb. 2: 6-8, et 1 Cor. 15: 27). Il devait, en conséquence, vu la condition de l’homme, souffrir pour posséder cet héritage. Il était là comme le Messie, mais il doit être reçu dans son vrai caractère, comme Emmanuel, et les Juifs doivent être éprouvés moralement. Il n’aura pas le royaume d’après un principe charnel. Rejeté comme Messie, comme Emmanuel, il ajourne la période de ces événements qui cloront le ministère de ses disciples envers Israël jusqu’à sa venue comme Fils de l’homme. Pendant ce temps, Dieu a produit d’autres choses qui avaient été cachées dès la fondation du monde: la vraie gloire de Jésus, le Fils de Dieu, sa gloire céleste comme homme et l’union de l’Église avec Lui dans le ciel. Le jugement de Jérusalem et la dispersion de la nation ont suspendu le ministère qui avait commencé au moment dont parle ici l’évangéliste. Ce qui a rempli l’intervalle depuis ce moment ne fait pas ici le sujet du discours du Seigneur, car il n’a trait qu’au ministère ayant les Juifs pour objet. Quant aux conseils de Dieu à l’égard de l’Église, en rapport avec la gloire de Jésus à la droite de Dieu, il en sera question ailleurs,

Luc nous donne, avec plus de détails, ce qui concerne le Fils de l’homme. En Matthieu, le Saint Esprit nous entretient du rejet d’Emmanuel.

(**) note Bibliquest : Luc 13 :25

Israël en possession de ses villes, étant l’objet du témoignage qui nous occupe ici, ce témoignage est nécessairement suspendu lorsqu’Israël n’est plus dans sa terre. Le témoignage rendu au royaume à venir par les apôtres, au milieu d’Israël, après la mort du Seigneur, est un accomplissement de cette mission, pour autant qu’un tel témoignage a été rendu dans le pays d’Israël ; car le royaume pouvait être annoncé comme devant être établi pendant qu’Emmanuel était sur la terre, ou bien par le retour de Christ venant du ciel, ainsi que Pierre l’annonce au chap. 3 des Actes. Et cela pouvait avoir lieu si Israël était dans son pays, même jusqu’à ce que Christ revînt. Ainsi le témoignage peut être repris en Israël, quand celui-ci se retrouve sur sa terre et si Dieu donne pour cela la puissance spirituelle qu’exige ce témoignage.

En attendant, les disciples devaient partager la position de Christ lui-même. Si l’on a appelé le maître de la maison Béelzébul, à plus forte raison appellera-t-on ainsi les gens de sa maison. Mais les disciples ne devaient pas craindre. C’était la portion nécessaire de ceux qui étaient pour Dieu, au milieu du peuple. Il n’y avait rien de ce qui était caché qui ne dût être révélé. Les disciples ne devaient rien retenir, mais proclamer sur les toits tout ce qui leur avait été enseigné ; car tout serait mis en lumière: leur fidélité à Dieu sous ce rapport, aussi bien que toutes les autres choses. Cela même, tout en déjouant les complots secrets de leurs ennemis, devait caractériser le chemin des disciples. Dieu qui est lumière et voit dans les ténèbres comme dans la lumière, mettrait tout en lumière, mais ils devaient alors le faire moralement. Aussi ne devaient-ils rien craindre, en accomplissant cette tâche, si ce n’est Dieu lui-même, juste Juge au dernier jour. Du reste, les cheveux de leur tête étaient comptés. Ils étaient précieux à leur Père, qui tient compte même de la mort d’un passereau. Cela ne pouvait arriver sans Lui, qui était leur Père.

Enfin, les disciples devaient être bien pénétrés de la conviction que le Seigneur n’était pas venu pour mettre la paix sur la terre ; au contraire, ce serait la division, même au sein des familles. Mais Christ devait être plus précieux aux siens qu’un père ou une mère, même que leur propre vie. Celui qui gagnerait sa vie au préjudice de son témoignage à Christ, la perdrait ; celui qui la perdrait pour l’amour de Christ, la gagnerait. Celui aussi qui recevrait ce témoignage, dans la personne des disciples, recevait Christ et, en Christ, Celui qui l’avait envoyé. Dieu étant ainsi reconnu dans la personne de ses témoins sur la terre, accorderait à tous ceux qui les recevraient une récompense selon le témoignage qui lui était rendu. Celui qui, reconnaissant ainsi le témoignage du Seigneur rejeté, ne donnerait qu’un verre d’eau froide, ne perdrait pas sa récompense. Dans un monde ennemi, celui qui reçoit le témoignage de Dieu, et accueille (malgré le monde) le serviteur qui porte ce témoignage, confesse réellement Dieu, aussi bien que son serviteur. C’est tout ce que nous pouvons faire. Le rejet du Christ a fait de Lui une épreuve, une pierre de touche.

Dès cette heure, nous trouvons le j