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NOTES sur l’ÉVANGILE de MATTHIEU

 

 

par J. N. DARBY

 

Table des matières :

1     Introduction

2     Chapitre premier

3     Chapitre 2

4     Chapitre 3

5     Chapitre 4

6     Chapitres 5-7

7     Chapitre 8

8     Chapitre 9

9     Chapitre 10

10     Chapitre 11

11     Chapitre 12

12     Chapitre 13

13     Chapitre 14

14     Chapitre 15

15     Chapitre 16

16     Chapitre 17

17     Chapitre 18

18     Chapitre 19

19     Chapitre 20

20     Chapitre 21

21     Chapitre 22

22     Chapitre 23

23     Chapitre 24

24     Chapitre 25

25     Chapitre 26

26     Chapitre 27

27     Chapitre 28

 

1                    Introduction

 

La plupart de nos lecteurs savent déjà, je pense, que le Seigneur Jésus nous est présenté dans chacun des quatre évangiles sous un point de vue différent. Ce n’est que d’un seul de ces évangiles que je vais, avec le secours de Dieu, les entretenir maintenant. Si donc je commence par signaler le caractère de chacun des quatre, c’est pour mettre en saillie celui de l’évangile dont je vais m’occuper.

Les évangiles sont divisés en deux classes : d’une part, l’évangile de Jean ; de l’autre, les trois premiers appelés synoptiques. Chacun sent, en lisant l’évangile de Jean, combien il diffère des trois autres. Je vais signaler d’une manière plus précise cette différence.

Dans les trois premiers évangiles, le Christ est présenté aux hommes et plus particulièrement aux Juifs, pour en être reçu ; et chacun d’eux se termine par le récit de sa réjection. Il n’en est pas ainsi de Jean. Dès le premier chapitre on trouve le Seigneur déjà rejeté :

«Il était dans le monde, et le monde fut fait par lui ; et le monde ne l’a pas connu. Il vint chez soi ; et les siens ne l’ont pas reçu». Dans le verset qui suit, on voit que c’est la grâce qui opère afin qu’il soit reçu de quelques-uns. Il est reçu, non de ceux qui sont nés de la chair, mais de ceux qui sont nés de Dieu. Dans cet évangile tout entier les Juifs sont traités comme des réprouvés, et la grâce souveraine du Père qui attire, ainsi que l’élection sont mises en relief. Les brebis entendent sa voix. Les Juifs ne l’entendent pas parce qu’ils ne sont pas de ses brebis. Il est venu d’auprès du Père, et venu dans le monde ; c’est pourquoi, ici, point de généalogie qui remonte à la souche de promesse en Abraham et en David ; point de généalogie humaine qui remonte jusqu’à Adam (fils) de Dieu. C’est Dieu la Parole, qui était auprès de Dieu et qui était Dieu ; en qui était la vie, la vie lumière des hommes, lumière luisant dans les ténèbres, que les ténèbres ne comprennent pas ; puis la Parole faite chair, Dieu manifesté ici-bas. Tout le reste s’accorde avec cela. Point d’angoisse en Gethsémané, point de cri sur la croix. Quand le moment est arrivé, il remet lui-même son esprit. L’heure était venue pour passer de ce monde au Père. Cet évangile nous présente donc ce que Christ est ; puis, qu’on soit Juif ou d’entre les nations, il faut être né de nouveau. À la fin le Saint Esprit, comme témoin devant le monde, vient pour remplacer le Seigneur auprès des siens, car le monde aussi est jugé. Il mentionne à la fin certaines manifestations ultérieures de sa gloire sur la terre, d’une manière à dessein mystérieuse ; mais il n’y a pas d’ascension. C’est lui-même, fils de l’homme, mais c’est Dieu manifesté ici-bas.

Les trois premiers évangiles, nous l’avons dit, racontent la manière dont le Christ a été présenté aux hommes pour être reçu ; son rejet, puis sa résurrection ; Marc et Luc mentionnent son ascension. En Luc, nous trouvons, après le plus délicieux tableau du petit résidu fidèle au milieu de la corruption d’Israël, le Fils de l’homme et, par lui, la grâce envers les hommes. La généalogie remonte à Adam ; et Lui, le second homme, le dernier Adam, monte dans le ciel depuis Béthanie, en bénissant les siens. La commission donnée aux apôtres vient du ciel et embrasse tous, Juifs et Gentils. En Marc, nous trouvons le serviteur et prophète. Cet évangile commence par son ministère précédé de celui de Jean-Baptiste. Nous y trouvons à la fin, comme en Matthieu, sa rencontre avec ses disciples en Galilée après sa résurrection ; mais, de plus, un appendice depuis le verset 9, dans lequel ce qui se trouve en Luc et même en Jean est brièvement raconté ; c’est-à-dire le côté céleste de ces derniers événements et une commission plus générale et plus universelle donnée aux disciples. Elle porte le salut ou la condamnation dans toute la création sous le ciel.

 

2                    Chapitre premier

 

J’ai réservé Matthieu pour la fin, parce que je vais m’en occuper avec plus de détails. Il nous présente Emmanuel, le Messie, objet des promesses et des prophéties, l’Éternel au milieu d’Israël, Sauveur de son peuple, mais rejeté comme aux chapitres 49 et 50 d’Ésaïe (*), et sa présence sur la terre remplacée par le royaume en mystère (chap. 13) ; par l’Église (16) ; le royaume en gloire (17). Cependant, tout en insinuant la substitution de l’Église et du royaume, le principal sujet est toujours le Seigneur dans ses relations avec son peuple terrestre ; sa rencontre avec ses disciples après sa résurrection a lieu en Galilée ; ils sont envoyés aux nations et il n’y a pas d’ascension. Voilà l’idée générale. Ainsi donc Matthieu commence tout naturellement avec la semence d’Abraham et avec la semence de David. Jésus est envisagé comme l’héritier des promesses, comme le fils de David. On se trouve dans l’atmosphère des pensées et des espérances d’Israël, mais des pensées et des espérances d’Israël selon Dieu. La généalogie est tracée selon la ligne de Joseph, duquel le Messie héritait la royauté selon la loi. Cependant sa naissance de Marie quant au fait, présente des faits évidemment encore plus importants, comme tenant à sa personne en tant que manifestée sur la terre. Sauf pour attirer l’attention de nos lecteurs sur eux, ces faits, tout importants qu’ils soient, sont si bien connus et si simplement narrés, que je n’ai guère besoin de m’étendre là-dessus ; sa nature humaine, sans tache ni souillure, conçue dans le sein de la Vierge par la puissance du Saint Esprit, est une chose parfaitement sainte ; aussi est-il, selon la chair, né de Dieu, tout en étant la semence de la femme, vrai homme dans ce monde. Et non seulement cela, mais il doit être nommé Jésus (soit Joshua ou Ja hoshea), Jéhovah-Sauveur ; car il devait sauver son peuple de leurs péchés. Lui était l’Éternel ; le peuple était son peuple. Ainsi nous avons un homme sans péché et l’Éternel manifesté en chair : fait qui est une preuve de grâce infinie et auquel rien ne ressemble ; fait qui reste unique dans les fastes de l’homme, comme dans les conseils de Dieu. Il est vrai que la rédemption était nécessaire, savoir sa mort, pour que ce fait fût valable pour les hommes et que les conseils de Dieu fussent accomplis ; mais tout dépendait de ce que Dieu est devenu homme, de ce que la Parole a été faite chair.

(*) Dans la seconde partie de la prophétie d’Ésaïe, qui commence au chapitre 40, les chapitres 40-48 parlent du péché du peuple en rapport avec la controverse de l’Éternel avec les idoles ; les chapitres 49-58 s’occupent du rejet du Messie ; depuis le chapitre 59, il s’agit de la restauration du peuple.

Jamais ailleurs il n’y a eu un homme ayant parfaitement connaissance du bien et du mal sans péché ; jamais la perfection divine, Dieu lui-même manifesté en chair, ce qui restera éternellement vrai et sans quoi la rédemption elle-même n’aurait pas pu être accomplie. Nous trouverons dans toute sa vie l’obéissance parfaite de l’homme — la manifestation parfaite de Dieu. Aussi est-il reconnu comme l’accomplissement de la prophétie du chapitre 7 d’Ésaïe : «Emmanuel, Dieu avec nous !» et Joseph lui donne le nom qui lui avait été assigné par l’ange, le nom de Jésus (1:23, 25). Il a pris ainsi, selon le témoignage de Dieu, sa place au milieu de son peuple. Mais les nations devaient espérer dans le rejeton d’Isaï, et les mages arrivent de l’Orient pour rendre hommage à Celui qui est né roi des Juifs.

 

3                    Chapitre 2

 

Toutefois, dès son bas âge il doit connaître ce que c’est d’être rejeté. Le faux roi d’Israël cherche à le faire mourir ; et, dirigé par l’oracle de Dieu, Joseph le conduit en Égypte, d’où il doit remonter, le vrai cep, pour recommencer l’histoire d’Israël comme l’arbre vert, le cep vivant : en tant que ressuscité, il a recommencé l’histoire de l’homme comme dernier Adam. Il revient appelé d’Égypte, fils de Dieu, mais il doit prendre sa place là où l’Israélite sincère et pieux ne pouvait croire que quelque chose de bon se trouvât. Il demeure à Nazareth. Tout ceci est très significatif, mais ce n’est que comme une préface qui indique ce dont il s’agit dans le livre de sa vie qui suit. Au chapitre 3 son histoire commence avec le témoignage préparatoire de Jean-Baptiste. Il va devant la face de l’Éternel. Tel est le témoignage clair et précis de Malachie 3:1 ; ou, si nous prenons la citation de Matthieu lui-même, c’est la voix de celui qui prépare le chemin du Seigneur. Tel est le Christ. L’Éternel au milieu des hommes et en particulier des Juifs, tel est, d’une manière frappante, le Christ de Matthieu ; mais le Fils de Dieu a aussi pris la forme de serviteur ainsi que nous allons voir.

 

4                    Chapitre 3

 

Le témoignage de Jean (3:9), n’acceptait pas le fait qu’on était fils d’Abraham selon la chair. Dieu pouvait susciter des fils à Abraham par sa toute-puissance. Le jugement ou le royaume était en vue ; il fallait la repentance, il fallait porter de bon fruit ; et, pour l’homme pécheur, le tout premier de ces fruits c’était la repentance : son baptême, en un mot, était le baptême de la repentance à l’approche du royaume et comme préparation pour y entrer. Le peuple non repentant ne pouvait entrer en masse. Or, si lui, Jean, baptisait d’eau pour la repentance, il y en avait un là qui allait exécuter le jugement en purifiant son aire, mais celui-là baptisait du Saint Esprit. Trois caractères se rattachaient à ce témoignage : le jugement particulier et séparatif ; déjà la cognée était à la racine des arbres (v. 10). Celui qui baptisait du Saint Esprit était là. Lui, purifierait son aire par un jugement définitif qui rassemblerait le bon grain et brûlerait la balle au feu qui ne s’éteint pas. Jésus se rend à son baptême. C’est son aire qui va être purifiée, le grenier est à lui, c’est lui qui brûle la balle dans le jugement : mais il vient se placer au milieu de son peuple. Rien de plus frappant que ce rapprochement, rien de plus positif que la déclaration qu’il est l’Éternel, rien de plus clair que le fait qu’il se place au milieu de son peuple dans le chemin où sa grâce le conduit. Il ne se joint sûrement pas au peuple rebelle et revêche ; mais, dès le premier pas que font ceux qui, par la grâce, écoutent la parole du témoignage de Dieu, dès le premier pas dans le bon chemin, Christ se trouve avec eux dans sa grâce infinie. Au verset 14, le coeur répond de suite au témoignage de Jean, que Celui qui venait là n’avait aucun besoin de la repentance. Nous le savons : c’était bien le contraire ; il accomplissait la justice. Mais pour les siens c’était le bien selon Dieu, la vie de Dieu qui exhalait son premier souffle dans l’atmosphère de Dieu, mais qui, au milieu des hommes, faisait son premier pas dans le chemin divin, le chemin vers le royaume qui allait paraître. Il ne veut pas les y laisser seuls. Il prend sa place avec eux. Grâce infinie, douce pensée pleine de son amour pour le coeur des siens !

Remarquez aussi comment le Seigneur s’abaisse ici au niveau de son messager : «Ainsi il nous est convenable d’accomplir toute justice». Tu as ta part, moi la mienne, en accomplissant la volonté de Dieu. Le voilà déjà serviteur. Le voilà baptisé et ayant pris sa place au milieu des siens, au milieu du résidu fidèle qui marchait sous l’effet de la puissance de la parole de Dieu. Et maintenant où est-il, lui, ce serviteur qui s’est abaissé lui-même, prenant sa place avec son pauvre peuple, les plus pauvres de son troupeau ? Le ciel est ouvert, le Saint Esprit descend sur lui, le Père le reconnaît pour son fils. Il est le modèle de la position qu’il a prise pour nous par la rédemption. Jamais le ciel ne s’est ouvert auparavant, jamais il n’y a eu, sur la terre, un objet que le ciel pût reconnaître comme faisant ses délices ; maintenant il y en avait un. Pour nous aussi le voile est déchiré et le ciel est ouvert ; nous avons été oints et scellés du Saint Esprit comme Jésus l’a été ; le Père nous a reconnus comme ses fils bien-aimés déjà dans ce monde. Lui était tel de son propre et plein droit, digne de l’être en lui-même ; nous avons été introduits par la grâce et la rédemption : mais lui, entré au milieu de son peuple, montre quelle est la position qui, en lui, leur appartient : comme je viens de le dire, il en est le modèle. Quel bonheur ! quelle grâce ! Mais, remarquez-le bien, sa divine personne reste toujours telle, différence d’ailleurs qui ne se perd jamais, quels que soient son abaissement et sa grâce envers nous. Lorsque le ciel est ouvert à Jésus, lui n’a pas d’objet là-haut auquel il regarde pour fixer son attention. Il est lui-même l’objet que contemple le ciel. Lorsque le ciel est ouvert à son serviteur Étienne (comme il l’est à nous pour la foi), Jésus fils de l’homme est l’objet qu’il contemple. En grâce, le Seigneur prend place avec nous. Il ne perd jamais la sienne, ni pour son Père, ni pour le coeur du croyant ; plus nous sommes près de lui, plus nous l’adorons.

Remarquez encore ici une autre chose bien importante. C’est dans et par l’abaissement volontaire de, Jésus que toute la Trinité est pour la première fois pleinement révélée. Le Fils est là, l’objet spécialement en scène comme homme ; le Saint Esprit vient et demeure sur lui ; et la voix du Père le reconnaît : merveilleuse révélation associée avec la position que le Fils avait prise ! Le Fils est bien reconnu pour l’Éternel (Ps. 2) ; le Saint Esprit se trouve partout dans l’Ancien Testament ; mais la pleine révélation des trois personnes dans l’unité de Dieu — base du christianisme — est réservée pour le moment où le Fils de Dieu prend sa place au milieu des pauvres de son troupeau, sa vraie place au milieu de la race dans laquelle il trouvait ses délices, les enfants des hommes. Quelle grâce que celle du christianisme ! quelle place que celle où se trouvent nos coeurs, si, enseignés de Dieu, nous avons appris à connaître cette grâce et Celui dans lequel elle nous est parvenue ! Telle est donc notre position selon cette grâce, dans le Christ Jésus : devant Dieu notre Père rendus agréables dans le Bien-aimé.

 

5                    Chapitre 4

 

Toutefois, si telle est notre relation avec Dieu, nous sommes dans le combat ici-bas avec l’ennemi de nos âmes. Eh bien ! il faut que Jésus y entre aussi pour nous. C’est ce qui suit immédiatement : Jésus est conduit par le Saint Esprit dans le désert pour être tenté par le diable. S’il prend ou plutôt s’il fait notre place avec Dieu, il faut qu’il la prenne vis-à-vis de l’ennemi pour lier l’homme fort qui nous tenait captifs. Je ne sais, cher lecteur chrétien, si cette grâce vous frappe comme elle me frappe, mais elle me paraît tellement dépasser toute la portée de nos pensées, que l’essai de la reproduire en des paroles humaines pour attirer l’attention des âmes sur elle, ne fait que trahir la faiblesse qui en parle. Toutefois, poursuivons notre essai, puisqu’on peut l’étudier dans la Parole même, une fois l’attention ainsi attirée. Jésus prend donc notre position dans le combat : moment solennel où tout dépendait de sa victoire ! Il n’était pas possible, sans doute, qu’il ne remportât pas la victoire, mais si le second Adam avait succombé comme le premier, tout était fini, tout était perdu. Cela ne se pouvait pas ; cependant il a dû vaincre pour nous, et vaincre comme homme. C’est justement de cette position que l’ennemi veut le faire sortir, de la position de serviteur, d’homme comme tel. «Si tu es Fils de Dieu (et le Père venait de le reconnaître tel) dis que ces pierres deviennent des pains» ; agis en Fils ; il n’y a pas de mal à manger quand on a faim ; tu n’as qu’à dire ce mot et voilà de quoi satisfaire à tes désirs. C’était dire : fais ta volonté, sors de la position de serviteur que tu as prise. Pas un instant : il avait pris, étant en la forme de Dieu, la forme de serviteur, et il reste serviteur de son Dieu. Or, dans nos jours de mépris de la Parole, il est bon pour le coeur de remarquer comment Jésus répond. Un seul texte de cette Parole, des Écritures, suffit à la fidélité et à la toute-puissance du Seigneur ; à la sagesse du Fils de Dieu, un seul texte suffit pour réduire au silence le diable qui voulait le séduire. Le Fils de Dieu reste dans sa position d’homme serviteur, et la parole de Dieu dirige ses voies, en est le mobile. Il est écrit : «L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu». Quel bel et parfait exemple ! pas de mouvement de son coeur vers autre chose que vers l’autorité de son Dieu, duquel il s’était fait serviteur. La parole de Dieu sort de la bouche de Dieu ; les paroles sorties de sa bouche, que son nom en soit béni, dirigent l’homme. Christ se maintient dans sa place d’homme. «L’homme ne vivra pas de pain seulement». La Parole est la source de sa conduite, il en vit. Elle la dirige, sans doute, mais c’est elle qui met en mouvement sa volonté ; sans cela il ne fait rien. Il est venu pour faire la volonté de Dieu ; les paroles qui sortent de sa bouche déclarent cette volonté et mettent en mouvement l’âme de l’homme serviteur. C’est là l’obéissance de Christ. Le diable n’y peut rien. Il se tait. Souvenons-nous ici, quoique ce ne soient que des choses accessoires, que ce n’était pas dans le jardin d’Eden que ce combat fut livré ; pas au milieu des jouissances qui témoignaient de la bonté de Dieu. Le Christ avait subi déjà quarante jours d’épreuve, période solennelle d’exercice et d’endurance, comme nous le savons par Moïse et par Élie, ou d’une manière analogue par les quarante ans d’Israël dans le désert. Il avait été soustrait à l’état ordinaire de l’humanité, non point afin de le préparer pour la présence de Dieu, comme Moïse et Élie l’ont été. Il était dans le désert, loin des agréments qui, par la bonté de Dieu, restent à l’homme dans ce monde déchu ; aux prises, non avec des tentations spéciales, mais aux prises avec l’Ennemi. Sa position était telle que celle du monde dans sa réalité morale comme Dieu le voit : un désert où Satan domine (Marc 1:13). Éprouvé ainsi par amour pour nous, et pour accomplir les conseils de Dieu ; subissant pleinement, selon les voies de Dieu (car il était conduit par le Saint Esprit dans le désert), les peines qui venaient de la puissance de Satan dans ce monde, Jésus entre dans le combat spécial qu’il doit livrer à Satan, combat où nous avons à le suivre, mais contre un ennemi déjà battu. Il n’est pas las de son service de fidélité ; il reste homme serviteur, obéissant ; il reconnaît l’autorité absolue de la Parole, s’appuyant sur elle comme la base de toute sa conduite. C’est la simplicité qui est la perfection absolue. Satan est vaincu. Je le répète, un seul texte de la Parole suffit — quelles que soient les folles prétentions humaines — pour le Seigneur ; il suffit pour Satan. Qu’elle nous suffise aussi, cette Parole : seulement que Dieu nous accorde la grâce de nous en servir sous l’influence de l’Esprit de Dieu dont elle est le glaive, afin qu’elle soit efficace entre nos mains.

Mais pour oser obéir à Dieu dans ce monde, il faut savoir se fier à Dieu. C’est la seconde épreuve que subit pour nous le Seigneur. «Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas». Essaie si Dieu sera fidèle à sa promesse (Ps. 91:11, 12). Ç’aurait bien été aussi sortir du chemin de l’obéissance. Dans ce chemin-là il pouvait toujours compter sur Dieu, tandis que mettre Dieu à l’épreuve pour voir s’il serait fidèle, c’est ne pas se fier à lui comme assurément tel. C’est ce que veut dire l’expression tenter Dieu, et non pas aller trop loin en se fiant à lui (Ex. 17:7). La confiance est parfaite comme l’obéissance. Il s’attend à l’Éternel. Sûr que Celui-ci sera fidèle, qu’il l’est toujours, il n’a qu’à suivre le chemin de l’obéissance et dépendre de lui. Sa Parole dirigera ses pas et ses pensées, et sera accomplie dans ses promesses. Ce sont là les deux éléments de la vie du nouvel homme, de la vie de Christ en nous — obéissance, dépendance. Christ était parfait dans les deux ; et dans une obéissance qui avait la Parole, la volonté de Dieu, comme source de son activité, non pas seulement comme règle. Quand Satan présente traîtreusement la Parole comme un piège, la Parole suffit comme réponse parfaite pour conduire les pas et les pensées de l’homme.

Remarquez encore dans ces réponses si instructives du Seigneur, que, quand il s’agit des ruses du diable, la sagesse du Seigneur se borne à une simplicité frappante et qui consiste en ceci : qu’il n’a besoin de penser à rien qu’à son propre devoir. Cela suffit, et Satan n’y peut plus rien. «L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu». Voilà tout : mais c’est assez. Sa conduite est parfaitement tracée. C’est la soumission, le chemin marqué par les paroles de Dieu. Il n’entre dans aucune controverse avec l’ennemi : il s’y est trouvé plus tard avec les hommes. Ici, c’est le chemin parfait de l’homme obéissant, sa marche à lui. La parole de Dieu lui trace pour lui-même ce chemin, et le but est complètement atteint. Satan est vaincu.

Ensuite Satan se découvre : il ne s’agit plus de ses ruses. Il offre le monde et sa gloire au Seigneur s’il veut lui rendre hommage. Aux yeux de l’homme obéissant qui reconnaissait Dieu, c’était se trahir ; et, pour un tel homme, Satan manifesté n’a aucune force. Résistez au diable, il s’enfuira. Le monde est l’appât que Satan peut offrir pour qu’on le suive. L’homme qui ne veut que son Dieu est ici à l’abri de tout vrai danger. Toutefois, c’est encore par la Parole que le Seigneur répond. Elle est l’épée de l’Esprit pour l’homme : l’épée de Dieu, mais faite pour l’homme qui s’en sert par l’Esprit ; et, s’il ne cherche qu’à obéir, elle suffit pour la défaite certaine de l’ennemi des âmes. Le diable quitte le Sauveur ; et si l’homme a dû combattre et vaincre par une obéissance aussi simple, les anges de Dieu lui-même sont là pour le servir.

Il était impossible de ne pas faire remarquer l’instruction qui se trouve dans ces détails ; mais je désirais particulièrement attirer l’attention de nos lecteurs sur la manière dont le Seigneur a fait et pris notre place, des deux côtés pour ainsi dire ; du côté de Dieu : fils, oint du Saint Esprit, devant le Père, avec le ciel ouvert ; puis, dans le combat avec Satan, où en effet il a lié pour nous l’homme fort.

Le Seigneur, homme ici-bas, avait été reconnu par le Père comme son Fils bien-aimé, le ciel lui étant ouvert, et lui-même oint du Saint Esprit. Il avait présenté ainsi en lui-même la place que devaient tenir, selon les conseils de Dieu, ceux qu’il n’avait pas honte d’appeler ses frères. Pour eux, il était entré dans le combat que leur livre l’homme fort, et, l’ayant vaincu pour eux, il leur avait montré comment, par sa grâce, ils pouvaient vaincre à leur tour. Il va maintenant exercer son ministère au milieu du peuple, et, tout en annonçant l’évangile du royaume, piller l’homme fort qu’il avait lié. Mais, dès le commencement, la disposition de l’homme se manifeste : Jean-Baptiste est mis en prison. Jésus, de la Judée où il avait opéré, s’en va en Galilée au milieu des pauvres et des méprisés du peuple. Il demeure à Capernaüm, endroit qui même est appelé sa ville. C’est là, selon la prophétie (et Matthieu nous présente toujours Celui qui est le sujet de la prophétie), que la lumière doit briller. Ce n’est ni à Jérusalem, au milieu des orgueilleux chefs des Juifs, ni là où il était chez lui, qu’il commence son oeuvre. Les pauvres du troupeau, le témoignage de Dieu, l’esprit du Seigneur, parfait en sagesse spirituelle, s’unissent pour diriger ses pas vers l’endroit voulu de Dieu. Je ne dis pas que la prophétie ait dirigé ses pas, mais ses actes ont accompli la prophétie. Ce que Jésus annonçait était ce que Jean avait publié. C’était un appel à la repentance parce que le royaume des cieux était proche. Le trône de Dieu avait été établi sur la terre à Jérusalem ; l’Éternel l’avait quitté lors de la captivité de Babylone ; le siège du pouvoir suprême avait été transporté là, et cette puissance confiée aux nations. Mais les cieux devaient régner, et Dieu devait établir d’en haut sa puissance bienfaitrice sur la terre. Jusqu’à aujourd’hui il n’a pas pris sa grande puissance et agi en roi ; mais le roi est assis dans le ciel sur le trône du Père, et le royaume existe en mystère.

Il importe de remarquer ici qu’il ne s’agit pas seulement du salut de tel ou tel individu (bien que les choses puissent se lier ensemble, et se lient en effet comme Jean 3 le démontre), mais de l’établissement d’un système d’autorité, par lequel les cieux impriment leur caractère en bonheur sur la terre. Le rejet de Christ a introduit des choses meilleures et des relations plus intimes et plus entièrement célestes, mais le royaume s’établira avec un développement encore plus complet quand le Seigneur reviendra. Toutefois ce n’est pas la place ici de développer ce thème ; poursuivons notre évangile.

Le Seigneur se fait le centre d’un peuple qui s’attache entièrement à lui : principe important, droit qui n’appartient qu’à lui seul. Il prêche la repentance à tous : il faut revenir à Dieu en se jugeant, car Israël s’était éloigné de lui, et la crise de son histoire était arrivée. Mais outre cela, la puissante attraction de l’appel du Seigneur attachait les âmes à lui, en les faisant tout quitter et rompre tout autre lien. Emmanuel était là, et ceux qu’il appelait étaient à lui. L’appel devait les faire pêcheurs d’hommes.

Ensuite, tout le ministère de Jésus est en somme raconté dans les trois versets qui suivent, voire dans le seul verset 23. Plus on examine ces versets 17 à 23, plus on voit qu’ils contiennent, et avec intention, un résumé de tout le ministère du Seigneur ; les versets 24 et 25 nous annoncent l’effet de ce ministère en Palestine et dans toutes les contrées avoisinantes. Au reste, c’était un ministère accompagné d’une puissance propre à attirer leur attention. Il rassemblait des disciples autour de lui ; l’évangile du royaume était annoncé, et le caractère des miracles était aussi important que la puissance qui les accomplissait : c’était la puissance de Dieu manifestée en bonté sur la terre.

De grandes multitudes l’entouraient ; il importait que ses disciples, et même la multitude, comprissent quel était le vrai caractère de ce royaume qui allait être introduit et de ceux qui devaient y avoir part. Le ministère de Jean, du reste, avait détaché un résidu de la masse impénitente du peuple.

 

6                    Chapitres 5-7

 

Le Seigneur donc, voyant que sa doctrine avait attiré la foule, rassemble ses disciples et proclame les grands principes, les principes essentiels, qui devaient servir de bases morales à son royaume et caractériser ceux qui devaient y avoir part. Les seize premiers versets du chapitre 5 contiennent l’énoncé de ces principes, ainsi que le caractère et la position des vrais enfants du royaume ; ce qui suit, jusqu’à la fin du chapitre 7, consiste en avertissements contre les égarements du coeur de l’homme, et place les anciens dictons et préceptes qui avaient cours parmi les Juifs en contraste avec les exigences de moralité du royaume des cieux. Il s’agissait d’avoir le coeur pur et exempt de haine, et l’esprit soumis de telle sorte que son impatience ne surgit pas, et que son mal ne se fît pas jour dans le coeur même ; il s’agissait de la patience et de la douceur qui tient plus à conserver le caractère céleste que ses propre biens ; de la bonté, prête à donner et qui ressemble au caractère de Dieu lui-même, leur Père, qui aime sans qu’il soit aimé.

Ensuite (chap. 6), le Seigneur veut que les motifs soient purs, et que la prière se rapporte aux véritables relations d’alors des siens avec Dieu et aux désirs qui en découlent. Il veut que le but du coeur soit céleste et qu’il y ait confiance aussi en Dieu pour ce bas monde. Ensuite (chap. 7), il ne fallait pas juger quand il s’agissait des motifs, mais, d’autre part, il ne fallait pas se méprendre quand l’insolent mépris de Dieu et de la morale était là ; puis on devait exprimer sa dépendance et sa confiance diligemment, en présentant ses demandes à Dieu, et Dieu exaucerait comme un bon Père ; enfin, il fallait que l’obéissance pratique posât une base solide à l’espérance de l’avenir.

 

On le voit donc, il n’est pas parlé de la rédemption, ni du pécheur, mais du caractère qui convient au royaume, caractère nécessaire pour y entrer. L’état requis précède l’entrée du royaume. Il devait bien dépasser le pharisaïsme, car Dieu voyait le coeur. Israël était en chemin avec l’Éternel et devait se réconcilier avec lui. Le royaume des cieux allait être établi : voilà ce qu’il fallait pour y entrer. On avait affaire avec Dieu. Quant aux disciples, le Seigneur suppose l’opposition à leur témoignage et les combats ; ce qui donne lieu à la révélation de la partie céleste du royaume (chap. 5:11, 12).

Ainsi la partie positive de l’enseignement du Seigneur embrasse les promesses (comme v. 5) pour la terre, et pour les cieux les versets déjà cités. D’autres passages s’appliquent généralement à l’esprit voulu de Dieu, qui, pour le fond, est le caractère de Christ lui-même. Les disciples étaient placés comme le sel de la terre (de ce qui était en relation avec Dieu) en contraste avec toute corruption, et comme la lumière du monde, témoignage de Dieu à ceux qui gisaient dans les ténèbres du dehors. Leur témoignage devait être assez clair pour que les hommes sussent à quoi attribuer les fruits qui se manifestaient en eux. La place des disciples se dessinait ainsi clairement, comme un résidu appelé par la grâce.

Le sermon sur la montagne n’est nullement une spiritualisation de la loi. On n’y trouve que deux commandements auxquels on pourrait dire qu’il soit fait allusion, et cela même n’est pas vrai, car le Seigneur donne un enseignement qui ne s’accorde pas avec ce qui avait cours parmi les anciens, si même il ne le contredit pas ; et jamais il n’aurait parlé ainsi de la loi de Dieu. Il dit que chaque mot de la loi et des prophètes sera accompli. Il est venu, lui, pour les accomplir. Encore accomplir n’a-t-il nullement le sens d’obéir, mais tout simplement de ce qui est dit, d’accomplir. La désobéissance à la loi, quand elle était en vigueur, n’était pas le moyen d’entrer dans le royaume. Le Seigneur, aussi bien que l’évangile, confirme pleinement la loi comme venue de Dieu. Quand elle subsistait, lui obéir était le chemin de Dieu ; mais ici, tout en disant cela, le Seigneur met son enseignement en contraste avec les discours des temps de la loi. La porte étroite et le chemin étroit caractérisaient la marche des disciples ; leurs fruits démontreraient la vraie nature de ceux qui cherchaient à les en faire sortir.

Ce discours n’est pas la large grâce annoncée aux pécheurs, non plus que la rédemption, mais le chemin tracé pour les fidèles qui voudraient avoir part au royaume qui allait s’établir. On remarquera que le nom de Père est très distinctement employé dans ce discours du Sauveur ; comme il dit en Jean 17 : «Je leur ai fait connaître ton nom». Le Fils étant là, le nom du Père se révélait. C’est la mesure même de la conduite ordonnée aux disciples à l’égard des autres : «parfaits comme votre Père est parfait». C’est de ce nom que découlent les principes de leur marche dans ce monde. Ils étaient ici-bas, il est vrai, et lui dans le ciel, et ils s’adressaient à lui ainsi, mais le Père était révélé ; c’est du royaume du Père qu’ils doivent demander la venue.

 

Ayant présenté les grands principes du royaume des cieux, le Seigneur descend de la montagne. Alors commence la présentation à Israël de l’Éternel venu en grâce au milieu de ce peuple, Emmanuel, Dieu avec eux, ainsi que de tous les traits de bonté, de compassion, d’amour, révélés dans ses voies envers eux jusqu’à son rejet ; tableau de toute beauté et du plus profond intérêt ! traits que nous essaierons, autant que possible, de reproduire, tout en sentant combien la plume, hélas ! quelquefois aussi le coeur, quoique involontairement, y fait défaut. Mais avant d’entrer dans ce jardin divin pour jouir des fleurs et des fruits qui y croissent, ce sera bien de dire un mot sur le royaume et sur le discours que nous venons de résumer brièvement, en rapport avec le royaume.

Le royaume tout entier est en vue dans ses parties céleste et terrestre (chap. 5:5 et 12) ; et ce qu’ils doivent demander, nous l’avons vu, c’est le royaume du Père. Mais les disciples sont tous au milieu de difficultés et de persécutions, le sel au milieu de la corruption, la lumière dans un monde de ténèbres. La loi et les prophètes doivent être accomplis ; mais une autre chose est maintenant introduite. Tel devait être le royaume des cieux. Le roi était là dans un monde ennemi, et au milieu d’un peuple qui allait le rejeter ; mais le royaume des cieux ne pouvait avoir lieu : pour cela le roi devait monter au ciel, car le royaume des cieux est le royaume de Dieu lorsque le roi et le gouvernement sont dans le ciel.

 

7                    Chapitre 8

 

Nous avons dans ce qui précède une esquisse du ministère du Seigneur et des principes de son royaume. C’est là un tout complet. Dans ce qui suit, nous le voyons comme il s’est présenté personnellement au peuple, avec le résultat de cette présentation. Il est rejeté par Israël, et, pour le moment, Israël est remplacé par l’Église et le royaume, quoique reconnu de nouveau en grâce lorsque le royaume sera rétabli. Pour le moment, c’est la présentation personnelle du Seigneur au peuple avec les suites de cette présentation. Comme il descendait de la montagne avec la foule, un lépreux vint à sa rencontre. Or l’Éternel seul guérissait la lèpre. L’homme avait appris que Jésus possédait la puissance nécessaire, mais n’était pas assuré de sa bonne volonté. Si tu veux, dit-il, tu peux la guérir. Mais l’amour et la puissance se trouvaient là ; l’Éternel était là en grâce pour guérir. «Je veux, dit Jésus, sois net». À qui appartenait-il de dire : Je veux, sois ? À un seul, et la chose a été faite. Mais Celui qui l’a dit était aussi là pour s’approcher de l’homme comme étant homme lui-même. Il met sa main sur l’homme, il touche le lépreux. Beau tableau de ce qui était réellement là ! Dieu capable de tout faire, amour et bonne volonté pour le faire, mais homme au milieu d’une race contaminée qu’il a touchée dans sa grâce sans être rebuté par le mal, sans être contaminé par la souillure, bien qu’il la touchât pour la guérir ; et l’homme était guéri, car l’Éternel était là, homme au milieu de son peuple. C’est là le grand fait par lequel cette partie de cet évangile commence. C’est le fait essentiel de toute la chose — Emmanuel. Un autre élément l’accompagne. Il reconnaît l’autorité du système au milieu duquel il se trouve. Le lépreux guéri devait aller se montrer au sacrificateur ; mais, en le prononçant net et acceptant le sacrifice, celui-ci reconnaissait de fait la puissance divine de Celui qui avait ainsi guéri le lépreux. L’homme qui est vraiment de l’humanité, quoique sans souillure, et que le mal avec lequel il était en contact ne pouvait souiller, était Emmanuel, l’Éternel qui guérissait, mais entré par la porte et soumis à tout ce que l’Éternel avait ordonné en Israël.

Le second fait est un fait parallèle à celui-ci. Un homme d’entre les Gentils — avec une foi non rétrécie par cet égoïsme orgueilleux qui bornait tout aux promesses faites au peuple et aux privilèges qui leur appartenaient ; foi qui voyait la puissance divine, si elle était là, davantage dans sa propre largeur — demande à Jésus de guérir son serviteur. Une foi qui place un homme en la présence de Dieu, qui réalise sa présence, est toujours humble. Le Gentil ne s’estime pas digne que Jésus entre sous son toit. Le Seigneur n’a qu’à dire un mot : tout lui obéirait, comme ses propres soldats lui obéissent. Jésus reconnaît sa foi ; le mot est dit : le serviteur est guéri. Mais voici une autre grande vérité qui ressort de ce fait : la foi des Gentils est reconnue, et les enfants du royaume selon la chair seront jetés dehors. Là où Dieu se trouve, il ne peut pas se borner à un peuple particulier, tout en venant au milieu d’eux selon sa promesse ; et, qui plus est, il ne peut se renier lui-même ni changer de caractère. Si ceux qui étaient de son peuple ne répondaient pas à ce caractère, ils ne sauraient être avec lui ; or maintenant il se révélait lui-même, et était le centre nécessaire de tout ce qui pouvait être reconnu.

On le voit ensuite, présent dans cette puissance de bonté qui met de côté tous les effets du péché et de la domination de Satan dans ce monde. Un seul mot de Jésus, et les maladies cessent, et les démons s’enfuient, et les possédés sont délivrés. Ce n’est pas seulement la puissance, mais la bonté ; c’est Dieu présent, mais c’est en même temps l’homme qui avec une parfaite sympathie pour les hommes, porte leurs misères sur son coeur et se charge des peines de leurs infirmités. Il guérit ces infirmités en les sentant. On le voit gémir profondément au tombeau de Lazare, bien qu’il le ressuscite d’entre les morts.

Mais il n’en est pas moins vrai qu’il est le méprisé et le rejeté des hommes : le fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête, n’a pas le privilège des renards et des oiseaux dans ce monde. Il n’est pas de ce monde, et le suivre c’est rompre entièrement avec tout ce qui en est. Dieu venu dans ce monde, est venu parce que le monde était sans lui ; il faut qu’il ait un droit absolu sur le coeur, et cela pour le séparer de ce monde et de la chair qui s’était arrangée sans lui, et pour attacher le coeur entièrement à Celui qui était venu le chercher. Les motifs les plus puissants pour le coeur humain étaient nuls devant les droits de Dieu venu en grâce parce que l’homme était perdu. Ce n’est pas que Dieu ne reconnaisse pas les relations que lui-même a formées ; mais, quand elles veulent faire valoir leurs droits contre Celui qui les a formées, elles les perdent entièrement, car elles tirent ces droits de sa volonté : lui résister en les alléguant, c’est les détruire. Au reste, si le Seigneur est là, ses droits s’élèvent au-dessus de tout.

Le Seigneur ne cherche pas l’admiration de la foule. Il fait son oeuvre, mais une multitude curieuse n’est rien pour lui. Il passe à l’autre rive du lac. Mais accompagner le Sauveur, être vraiment avec lui, ce n’est pas la tranquillité, mais l’exercice de la foi. Une tempête s’élève et le bateau est couvert par les vagues. Selon les apparences, le Seigneur est étranger au péril des siens. Il dort, tandis que les disciples pensent être engloutis par les eaux. Ils avaient une certaine foi en lui, s’il était réveillé ; tout au moins pourrait-il s’occuper du danger. Mais, tout de même, quel manque de foi ! Penser que les conseils de Dieu et le Seigneur lui-même allaient être engloutis ensemble par un orage, ou, selon le monde, par un accident ! Ils étaient dans une même barque avec le Seigneur, objet de tous les conseils de Dieu. Les accidents n’arrivent point là, — pour ne pas dire nulle part. Un mot de lui calme les eaux et le vent. La compagnie du Seigneur, lorsqu’il est rejeté, nous conduit dans l’orage, et il semble laisser tout aller sans y faire attention ; mais, grâces à Dieu, nous sommes avec lui dans la même barque. Il exerce la foi et paraît être indifférent à l’égard des difficultés ; lui n’est pas inquiet, et sa grâce et sa puissance se réveillent au temps opportun. C’est le caractère du chemin dans lequel le Seigneur a introduit les siens en quittant la foule de ce monde.

Mais il y a plus. Venu avec puissance pour détruire l’oeuvre du diable, sa présence manifeste la puissance de l’ennemi ; celle-ci se réveille et se montre ; c’est même parce qu’il agit que le Seigneur permet la manifestation de la réalité de cette puissance. Les êtres immondes qui deviennent les vases de cette énergie de l’ennemi se précipitent dans la destruction ; un mot du Seigneur délivre celui que le monde ne pouvait retenir ; mais le monde ne peut pas supporter Dieu si près de lui, et, sous l’influence tranquille de Satan, plus dangereuse que sa force, il se débarrasse du Seigneur. Ce n’est pas de la puissance de Satan qu’il était question (pour cela il suffisait d’un mot), mais de son influence sur le coeur, oui, sur le coeur ; de même que le coeur de l’homme ne veut pas de Dieu. Ce qui manifeste Dieu, manifeste sans doute Satan, mais c’est la délivrance de ceux qui sont assujettis à sa puissance. Mais c’est Dieu, et l’homme ne veut pas de lui, alors même qu’il délivre. Telle est l’histoire du Sauveur, de Dieu, dans ce pauvre monde.

Nous venons de voir la présentation sommaire d’Emmanuel, du chemin de Jésus sur la terre ; la plénitude de la grâce, mais l’homme qui ne veut pas de Dieu. C’est bien en Israël que tout ceci a lieu (et c’est ainsi que cet évangile le présente), mais l’oeuvre s’étend au monde en grâce et en jugement. C’est un tableau remarquable de la présence d’Emmanuel et de son effet : la grâce, la bonté en puissance sur la terre, la manière dont cela a été reçu, et le résultat de sa manifestation pour le coeur de l’homme. Ce qui suit (chap. 9) est son ministère.

 

8                    Chapitre 9

 

Dans ce chapitre nous trouvons l’oeuvre du Seigneur, son caractère en grâce. Au chapitre 8, c’était sa personne (toutefois spécialement en Israël), mais rejetée. Le Seigneur retourne en sa propre ville (Capernaüm), loin de la scène qui a clos le dernier chapitre et qui est complète en elle-même : le monde le rejetant, et, lui, laissant le monde.

Maintenant on le voit de nouveau au milieu de son service en Israël. La foi apporte un homme frappé dans son corps. Le Seigneur est encore ici comme Emmanuel, cependant un homme au milieu d’eux, tandis qu’il se présente là avec la bénédiction promise de la présence de l’Éternel en grâce. Il ne s’agit point ici de la rédemption, quoique, certes, sans elle il ne saurait y avoir un tel pardon, mais de l’application du pardon en grâce au milieu d’Israël (comme on le voit au Psaume 103), car, pour la bénédiction présente, il faut qu’Israël soit pardonné. Le Seigneur vient avec cette bénédiction, ce qui est un témoignage direct du pardon. S’il en eût été autrement, le Seigneur aurait tout simplement guéri le paralytique, comme il l’a fait en d’autres cas. Ici l’Éternel, venant en grâce, pardonnait tous leurs péchés et guérissait toutes leurs infirmités. Le Seigneur annonce la présence de l’Éternel pour faire la première de ces choses, c’est-à-dire pour pardonner (v. 6). Les scribes murmurent en eux-mêmes. Quel autre que l’Éternel pouvait pardonner ? Mais Celui qui connaît les pensées était là et prouve par l’autre portion du même verset que le Seigneur était là dans la puissance de sa grâce. Il guérit sur-le-champ l’infirmité du malade.

Nous pouvons remarquer qu’en cela, comme dans le chapitre précédent, il prend le titre de Fils de l’Homme, son titre de prédilection en amour pour nous, titre d’une plus vaste portée que celui de «Christ», lequel, bien qu’il fût le Christ, il n’était pas venu prendre alors et qu’il ne prend jamais en Israël. Il est là comme Emmanuel L’Éternel, pour sauver son peuple ; mais sous le nom de Fils de l’homme, titre de toute importance. Celui qui prend le royaume en gloire depuis le ciel, qui même a toutes choses sous ses pieds, Christ, ne se présente jamais lui-même comme le Christ. Le Fils de l’Homme devait être fort pour Dieu (Ps. 80:17) ; toutefois, maintenant, il fallait qu’il souffrît. Quoique au milieu de son peuple, il faut que Dieu, lorsqu’il est ici-bas, prenne, dans sa nature et dans son oeuvre, sa position en rapport avec les hommes ; une position au-delà de toute relation selon la loi, comme rejeté sur la terre. «Le Fils de l’Homme a le pouvoir sur la terre de pardonner les péchés» ; aussi la foule dit-elle que Dieu donne «un tel pouvoir aux hommes» (v. 8).

Le pardon était donc là, ainsi que la grâce pour les pécheurs. Jésus était là dans ce caractère. Il va et mange avec les publicains, après avoir appelé Matthieu qui en était un. Ce n’était pas le dehors qui dirigeait sa marche. Dieu était là, et l’oeuvre devait être l’effet de sa présence et de sa grâce ; elle ne dépendait point de ce qu’il rencontrait. Il connaissait aussi le coeur et les vaisseaux à choisir pour les placer sous l’effet de cette grâce comme ses instruments. Mais le principe de l’oeuvre était le principe de sa grâce. Il était venu, non pour trouver, mais pour apporter ce qui était nécessaire. Les vaisseaux pour recevoir cela, en vue du service, étaient des vaisseaux choisis, connus de Dieu et disposés par la grâce en instruments nouveaux et appropriés.

Il est donc là, pardonnant les péchés et mangeant avec les pécheurs, mais il est l’Éternel qui guérit (Ps. 103:3). Cependant la révélation, quant à l’oeuvre, va plus loin. On ne pouvait enfermer celle-ci dans les vieilles formes juives, ni prendre ce qui se trouvait en elles comme des vaisseaux pour la contenir. Un publicain devait être un apôtre ; un pharisien devait apprendre qu’il fallait qu’il naquît absolument de nouveau. Aucune des vieilles formes de justice réellement en rapport avec la chair et l’homme dans la chair, ne pouvait recevoir le vin nouveau ; la doctrine de la grâce en puissance venait par Jésus Christ. Les vieilles outres appartenaient à la chair, mais ce qui était venu maintenant c’était la puissance divine en grâce ; et cette chose, complètement nouvelle, devait avoir ses propres vaisseaux. En outre, l’Époux était là : ce n’était pas, pour les fils de la chambre nuptiale, le temps de jeûner. Le temps pour cela viendrait. C’est une chose frappante de voir comment le Seigneur tient toujours sa réjection à lui comme partie intégrante de son histoire. Il faut que le Fils de l’homme souffre ; que l’Époux soit ôté. C’était l’Éternel là en grâce ; cela ne pouvait s’adapter aux vieilles outres et ne faisait qu’exciter la haine de l’homme et d’Israël ; d’Israël préférant ses outres, qui lui donnaient de l’importance, à Dieu lui-même, et à Dieu révélé en grâce.

Le récit suivant contient la véritable histoire d’Israël sur le point de mourir (*) ; Christ a affaire avec lui comme mort et il le peut ; mais ceux qui, en chemin avec lui, ont foi en lui, sont guéris complètement alors que tout autre secours faisait défaut. La vertu et la puissance de la vie étaient en lui, bien qu’en définitive il eût à vivifier un Israël réellement mort. Telle est l’histoire du ministère du Fils de l’homme — l’Éternel en Israël. Après cela viennent deux effets accessoires de son pouvoir quant à son caractère spécial à l’égard d’Israël, lorsqu’un appel lui est adressé comme au Fils de David. Toutefois (v. 27-34), le caractère général, bien que manifesté en Israël, va, dans sa nature, au-delà d’Israël — l’Éternel et le Fils de l’homme — et ceci est d’un intérêt profond ; mais il était le Fils de David en Israël.

(*) Arti eteleuthsen : «finit juste à présent» ;— «morte en ce moment». Nous savons que le père reçut en route la nouvelle qu’elle était réellement morte. «Arti» est le point jusqu’auquel le temps s’était étendu ; «nun», la chose existe déjà.

Au verset 27, nous entrons exclusivement sur le terrain israélite où l’esprit des chefs se manifeste pleinement, tandis que la patience du Seigneur continue encore en grâce. Les aveugles en Israël recouvrent la vue par la foi au Fils de David, et ici il est dans la maison (v. 28), et alors il ouvre là aussi la bouche des muets. L’attention de la multitude étant attirée, elle confesse qu’on n’avait jamais rien vu de pareil ; mais, s’il chasse la puissance du diable, les chefs du peuple appellent sa puissance celle du diable. L’esprit d’une impardonnable apostasie était déjà manifesté, mais Jésus n’avait pas fini son oeuvre de bonté en Israël. Il va par les villes et par les bourgades, enseignant, prêchant l’évangile du royaume, et opérant des guérisons. Son coeur était ému de compassion pour Israël, pour ces multitudes qui étaient comme des brebis sans bergers. Car, s’il était l’Éternel dans sa bonté, son coeur pouvait être ému de ce qu’il voyait comme homme, jusqu’à ce que cette bonté ne trouvât plus lieu à son exercice. Son temps, en grâce, ne trouvait pas d’obstacle dans la méchanceté de ses ennemis ; la moisson était encore abondante, les ouvriers peu nombreux. Oh ! combien, aujourd’hui encore, le coeur peut sentir cela ! Le Seigneur veut encore accomplir son oeuvre, avoir ses brebis. Notre part à nous est de demander au Maître de la moisson qu’il envoie ses ouvriers.

Nous avons vu, dans ce chapitre, la grâce de son ministère ; son véritable caractère : le ministère de l’Éternel venu en grâce, profitable pour la foi, mais qui aboutit à ressusciter des morts, et qui, en tant que chose actuelle, est rejeté et blasphémé. Sa personne et son oeuvre n’ont pas de place ici, sauf en grâce. Pendant qu’il peut travailler ainsi, il continue encore à s’occuper de tous ceux qui peuvent être atteints par sa grâce.

 

9                    Chapitre 10

 

Le Seigneur, touché de compassion envers les masses délaissées, avait dit à ses disciples de demander au Seigneur de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. Mû par cette même compassion, il les envoie lui-même, car il est aussi Seigneur de la moisson ; mais il est toujours ici à la recherche des brebis perdues de la maison d’Israël. Il a toujours sa propre réjection en vue ; mais il agit encore dans le cercle des promesses ; il n’en sort pas, tout en annonçant qu’on viendrait de l’occident et de l’orient. Le serviteur accomplit son service dans les limites de sa mission ; mais Dieu et sa grâce ne sauraient être ainsi bornés. La grâce de sa divinité et ses droits percent à travers l’humiliation à laquelle il s’est assujetti ; cependant il sert encore dans ces limites, et renvoie ses disciples dans le champ où il cherche encore ses brebis. Ils ne doivent pas aller par le chemin des Gentils, ni entrer dans une ville des Samaritains. Ils devaient annoncer l’arrivée prochaine du royaume des cieux, puis exercer la puissance que Jésus leur avait confiée : celle de détruire parmi les hommes toute la puissance de l’ennemi, jusqu’à celle de la mort elle-même. Remarquez ici, que non seulement Jésus faisait des miracles, mais qu’il pouvait conférer le pouvoir d’en faire. C’était la puissance divine qui se révélait dans sa personne, tout en servant. Comme il avait été envoyé, il envoyait.

Le discours du Seigneur se divise en deux parties : l’une se rapportant à la mission dans laquelle étaient engagés les disciples dans ce moment-là ; l’autre, plus générale, se rapportant en même temps au service qu’accompliraient ses disciples après sa mort, voire jusqu’à son retour ; à la présence du Saint Esprit et au retour du Fils de l’homme, mais toujours à un service rendu au milieu d’Israël, quoique l’effet dût s’en étendre jusqu’aux Gentils — par le moyen même de la persécution suscitée par les Juifs. La première partie s’étend du verset 5 jusqu’au 15°. La seconde, du 16° jusqu’à la fin, comprend les principes généraux de leur position.

 

Comme les disciples allaient, envoyés de la part de Dieu et munis de sa puissance, pour renverser toute celle de l’ennemi, ils devaient aussi se confier entièrement en lui, ne rien prendre avec eux, ne pas faire provision de ce qu’il fallait pour leur voyage. Emmanuel présent, disposait les coeurs et prenait soin d’eux. Le temps viendrait, sans doute, où il n’en serait pas ainsi (voyez Luc 22:35 et suiv.). Toutefois ils devaient demander, en entrant dans une ville, qui y était digne, puis demeurer là jusqu’à ce qu’ils s’en allassent de la ville. C’était, on peut le dire, le dernier témoignage rendu à Israël. Il y eut bien encore les soixante-dix, la dernière fois qu’il monta à Jérusalem, mais il n’en est pas question dans cet évangile. Le Seigneur avertissait le résidu en Israël. En souhaitant la paix à une maison, si un fils de paix y demeurait, la paix y resterait ; sinon elle reviendrait sur eux. Ce n’est pas l’évangile envoyé au monde, aux pécheurs, mais l’évangile du royaume envoyé à ceux qui avaient des oreilles pour écouter en Israël. Ensuite, là où ils n’étaient pas reçus, ils devaient secouer la poussière de leurs pieds. On voit ici le caractère final du témoignage qu’ils devaient rendre. Le jugement d’une telle cité serait plus terrible que celui de Sodome et de Gomorrhe. Ici se termine la première partie de leur mission. Le Seigneur lui-même les envoie, avec la conscience, et il l’exprime, qu’il les envoyait comme des brebis au milieu des loups, et qu’il leur faudrait être sages comme des serpents et simples comme des colombes ; conseil impossible à suivre, si ce n’est par ceux qui sont enseignés de Dieu.

Le monde peut être prudent en connaissant le mal ; le coeur peut être simple par ignorance et se trouver trompé. Le chrétien peut être prudent, sage par la sagesse de Dieu qui le dirige, et simple parce qu’il marche selon la vie qui est en lui, et n’exprime autre chose que ce qui s’y trouve de fait. Les deux choses se lient, parce que, par la possession positive du bien, on discerne le mal ; alors les pièges ne réussissent pas, parce que les motifs qui engagent les hommes à y toucher n’exercent aucune influence sur notre coeur. On garde la simplicité, parce qu’on agit selon ce qu’on est. On est prudent, parce que, sachant qu’on est au milieu du mal, on l’évite par l’intelligence qui appartient à la spiritualité. Ce n’est pas la simplicité de l’ignorance, c’est le bien qui évite tout ce qui le ferait sortir de sa vraie position devant Dieu. Mais (mot terrible pour l’homme) : «Soyez en garde contre les hommes», dit le Seigneur. Tous sont maintenant jetés comme tels dans la même masse. Il ne dit pas : «Des hommes d’Israël». C’était bien en Israël qu’ils travaillaient ; mais Israël est fondu dans la masse de l’iniquité humaine. Dieu pouvait penser à Israël et à ses promesses ; mais, par le fait, le coeur de l’homme était là le même qu’ailleurs. La malice des autorités judaïques les forcerait à comparaître devant elles, et même devant les tribunaux des Gentils ; et ainsi la malice humaine contribuerait à porter leur témoignage jusqu’aux couches supérieures de la société. C’est ainsi que Dieu porte son témoignage dans les hauts parages du monde et non pas en mondanisant les siens ; — mais là Dieu serait avec eux.

Ici nous voyons clairement que cette partie du chapitre se rapporte au temps où le Seigneur serait absent. Ce serait l’Esprit de leur Père qui parlerait en eux. Alors la haine du coeur humain contre le témoignage de Dieu, se montrerait en poussant les hommes à rompre tous les liens que Dieu a formés lors de la création ; les affections naturelles du coeur humain se changeraient en une antipathie positive. Plus la relation serait intime, plus la haine serait acharnée. Il y a des droits dans ces relations ; mais, maintenant, ce seraient les droits de la haine : le frère livrerait son frère à la mort.

Quel solennel effet du rejet du Christ, seul vrai lien de l’homme avec l’homme, parce que la volonté est restreinte et Dieu reconnu ! Dieu peut retenir la bride, et il l’a fait en miséricorde ; mais quand Dieu est rejeté en grâce, il ne reste plus que la manifestation du coeur de l’homme tel qu’il est. La nature ne bride pas la nature, et le témoignage de Dieu, quand Dieu est rejeté, ne fait que réveiller la haine de celui qui ne veut rien de Ses droits, qui ne veut pas qu’il en existe, parce qu’il sait qu’il a abandonné Dieu. Néanmoins, sa grâce poursuit son oeuvre pour arracher les âmes au mal.

Si les disciples étaient persécutés dans une ville, ils devaient aller dans une autre ; ils n’auraient pas accompli leur tâche en Israël avant que le Fils de l’homme fût venu. Ainsi nous voyons que ce témoignage des disciples en Israël s’étend jusqu’au retour du Seigneur. Interrompu par la destruction de Jérusalem, et inachevé, il doit cependant s’accomplir. Un autre témoignage fut suscité par Dieu dans la personne de Paul, l’apôtre de l’incirconcision ; mais ici nous avons la mission antérieure des disciples, formellement limitée à Israël ; les Gentils en sont exclus. Les disciples devaient s’attendre à l’opprobre ; ils n’étaient pas au-dessus de leur maître que les adversaires avaient déjà appelé Béelzébul. Leur part était de se fier à Dieu, quels que fussent les complots cachés de leurs ennemis ; tout serait mis en lumière ; eux devaient agir comme étant déjà dans la lumière. Ils ne devaient pas craindre. Premièrement, ils devaient plutôt craindre celui qui pouvait jeter corps et âme en enfer que ceux qui ne pouvaient rien faire que tuer le corps ; mais, de plus, sans leur Père, sans Celui qui les gardait comme un père, pas un passereau ne tombait à terre. Ils avaient plus de valeur à ses yeux que bien des passereaux. Enfin, celui qui confesserait Jésus devant les hommes, Jésus le confesserait devant les anges de son Père. Ce sont les trois motifs qu’il donne pour leur fermeté ; mais ils ne devaient pas penser qu’il fût venu mettre la paix sur la terre. Comme résultat final, il le fera, lorsqu’il régnera comme Prince de paix ; mais un Sauveur rejeté est autre chose. Il serait l’occasion d’une guerre intestine dans la maison. Voilà le triste effet de l’arrivée de Dieu et de la vérité sur la terre. L’homme ne supporterait ni l’un ni l’autre, surtout pas dans sa maison. D’un autre côté, Jésus était, lui, la pierre de touche pour le coeur. C’en était fait de l’homme selon la nature, nature que Dieu reconnaissait pleinement en elle-même, mais qui était tombée en ruine, Christ étant rejeté, lui, la clef de voûte, si cette nature avait pu être bénie. Dès lors, tout dépendait de Jésus seul ; si l’homme, par sa haine, violait les relations naturelles, les disciples, dévoués à Jésus, devaient être au-dessus de la nature par la grâce. Il était, il est tout : quand il s’agit de lui, tout doit céder, et cela non seulement à l’égard des relations naturelles, mais à l’égard de soi-même (et c’est toujours le moi qui est en question). Désormais, il faut charger sa croix et suivre Christ : qui trouverait sa vie pour lui-même, la perdrait ; et qui la perdrait pour l’amour de Christ, la sauverait. Tout dépendait maintenant, dans un monde déchu et jugé, de la réception de la Parole, de l’estimation qu’on en faisait, et de la justice selon Dieu. Celui qui recevait un prophète en qualité de prophète, avait aux yeux de Dieu la valeur morale de la parole que portait le prophète ; car il aimait la parole de Dieu, telle qu’elle était présentée de la part de Dieu ; il en était de même pour la justice pratique.

Les cérémonies n’avaient abouti à rien. Il s’agissait de la parole de Dieu et de ce que Dieu aimait, dans un monde qui avait rompu avec lui. Ne fût-ce qu’un verre d’eau, donné à cause de Christ, l’âme qui le donnait aimait Christ ; elle ne serait pas oubliée. C’est par rapport aux voies de Dieu au milieu d’Israël, que toutes ces choses sont développées ; c’est à l’oeuvre des disciples en Israël que s’appliquent les instructions données aux douze, mais quelles instructions pour nous tous, quant à l’effet du rejet de Christ ! Le chapitre qui suit nous fait voir le changement qui est survenu historiquement, lors du rejet du Christ par l’homme, et la place que prend le Christ, seul resté debout devant Dieu, au milieu de la ruine du monde et d’Israël.

 

10               Chapitre 11

 

Jean, maintenant en prison, soulève la question de savoir si Jésus était bien le Christ, puisque aucune délivrance n’était opérée pour Israël. Ce n’était pas un manque de confiance dans la parole du Seigneur, puisque Jean s’en rapporte à cette parole ; mais tout est changé dans les relations entre Jean et Christ et Israël. Quant à l’intelligence, Jean, probablement, comme individu, était embarrassé, et l’effet de cet embarras était d’échanger son rôle de prophète contre une question de foi individuelle. La tournure que prennent les choses et que Jésus leur donne, est selon la sagesse divine. Pleinement reconnu de Jésus comme plus que prophète, Jean doit croire individuellement en Jésus, selon le témoignage que Jésus donne de. lui-même : Puissant pour tout accomplir, plein de grâce pour penser aux pauvres, pour leur apporter l’Évangile, mais déjà rejeté, tandis qu’un petit résidu est reconnu par ces paroles : «Et bienheureux... quiconque n’aura pas été scandalisé en moi». De sorte que nous avons encore ici l’Éternel, pierre d’achoppement en Israël, mais sanctuaire pour ceux qui se confieraient en lui. Jean doit recevoir Jésus sur ce témoignage ; ensuite c’est l’Éternel qui reconnaît son serviteur ; c’est Christ qui rend témoignage à Jean, et non pas Jean à Jésus.

Le témoignage des deux avait été rendu ; les chants lugubres de Jean et le son attrayant de la flûte avaient été entendus sur la place publique, mais Israël ne voulait ni s’humilier pour les premiers, ni se réjouir de l’autre. Tout cela avait pris fin. Seulement il y avait un résidu selon la grâce, et la sagesse de Dieu avait été justifiée dans ces deux genres de témoignage, et cela au moyen «des enfants de la sagesse». Jésus restait seul dans sa grâce : l’Éternel dans le monde (dans un monde où l’homme avait montré qu’il ne voulait rien de lui), pour manifester ce qu’il était en lui-même, relativement aux besoins de ceux qui, dans un monde pareil, avaient fait la découverte de ces mêmes besoins et de leurs misères. Le monde avait été mis pleinement à l’épreuve par Jésus. Lui-même savait qu’il n’y avait rien ici-bas pour consoler un coeur éprouvé ; il savait que son esprit avait été comme la colombe envoyée par Noé, dans une grâce qui brillait avec d’autant plus de splendeur que le monde était plus ténébreux. Alors Jésus se présente à toute âme travaillée, comme la ressource, mais comme une ressource parfaite pour ses besoins. Il donne le repos dans la révélation de l’amour du Père en sa personne ; puis, dans la parfaite soumission d’un coeur incliné sous la volonté de Dieu, il donne le repos dans la vie pratique. Mais les détails demandent un peu plus d’attention.

Le Seigneur n’était nullement insensible à son rejet ; il le sentait profondément, bien que ce fût dans un esprit de grâce. On le voit pleurer plus tard sur l’obstination finale de Jérusalem ; son coeur, rempli d’amour, pensait avec douleur à l’endurcissement de Jérusalem, en voyant la cité bien-aimée, mais méchante, rejeter le dernier effort de Dieu pour la ramener et la bénir. Ici (v. 20-24), le sentiment de son coeur était un peu différent. Il avait déployé sa puissance en bénédictions et en témoignage, mais tout avait été en vain. Il leur reprochait la dureté de leur coeur. Il s’était dépensé pour eux, mais leur coeur était resté insensible. Ni Tyr, ni Sidon, ni Sodome, ni Gomorrhe, ne seraient restées insensibles dans les mêmes circonstances ; elles se seraient repenties, depuis longtemps, sous le sac et la cendre. Leur jugement en serait d’autant plus terrible ; mais alors, et dans la même heure, il accepte tout de la main de son Père. Soumission parfaite ! Son Père, ayant trouvé bon d’humilier l’orgueil de l’homme, avait caché ces choses aux sages et aux intelligents, et les avait révélées à de petits enfants. Aux yeux de Dieu, ces voies étaient bonnes, et Jésus les accepte sans question.

Alors, dans cette parfaite soumission de l’homme, s’ouvre devant lui toute la vérité de sa gloire, de la position relative d’Israël et de lui, ainsi que de sa propre position vis-à-vis des hommes. Le Fils de Dieu était là ; toutes choses lui étaient données de la part du Père, et personne ne connaissait le Fils, si ce n’est le Père. Il était selon la vérité de sa personne, que personne ne le connût. La divinité du Fils est sauvegardée, dans son humiliation, par l’inscrutabilité de sa personne. Le témoignage rendu à ce que les hommes en Israël étaient appelés à croire, avait été accepté par ceux auxquels le Fils avait voulu le révéler. Cependant la pleine vérité allait beaucoup plus loin ; elle sortait de l’obscurité, maintenant que le témoignage de Jean, de Christ et de ses oeuvres, était rejeté. Lui était inconnu ; mais c’était lui qui révélait le Père. La grâce souveraine de Dieu dans cette révélation est alors manifestée. On n’avait qu’à venir au Fils et on aurait le repos. Ce n’était plus le royaume en Israël, mais, par la révélation du Père, le repos de l’âme fatiguée. Ainsi c’était Dieu en grâce pour celui qui en avait besoin, — le Fils révélant le Père.

Mais il y avait un autre élément dans ce touchant tableau de la grâce. La soumission parfaite d’un homme humble de coeur avait été l’occasion de la révélation de la gloire et de la grâce dans sa personne : il en est de même en Jean 12 ; il en est toujours ainsi. La soumission aux voies de Dieu ouvre la porte à la connaissance de sa grâce et de sa gloire. Or il en était ainsi de Jésus homme, et il engage ses auditeurs à prendre ce joug qu’il avait porté lui-même, et à apprendre de lui, dans cette manifestation de soumission et de pauvreté d’esprit ; ils trouveraient ainsi le repos de leurs âmes. C’est la grâce parfaite, la révélation du Père dans le Fils, qui donne le repos aux coeurs fatigués de ce monde de péché. C’est la soumission parfaite de la volonté qui donne la paix pratique du coeur, pendant qu’on traverse ce monde. C’est Christ-Fils révélant le Père, Christ homme parfaitement soumis au joug, qui donne le repos et la paix.

 

11               Chapitre 12

 

Dans ce chapitre, nous trouvons le rejet final du système judaïque et de ceux qui étaient à sa tête. Christ rompt avec le système, il en juge les chefs ; il se place au-dessus du sabbat, qui était le sceau de l’alliance, annonce la ruine complète de la génération perverse d’Israël, et refuse de reconnaître ses liens selon la chair avec ce peuple. Il ne veut reconnaître que les disciples amenés par la Parole et qui avaient suivi cette Parole. Mais il faut étudier le chapitre de plus près.

Les pharisiens blâmaient les disciples de ce qu’ils avaient cueilli des épis et les frottaient entre leurs mains. Le Seigneur répond que, lorsque David, l’oint de Dieu, avait été rejeté, la loi de Moïse avait perdu sa force. Les sacrificateurs aussi, quand l’occasion le demandait, violaient le sabbat. Enfin, il y avait là quelqu’un de plus grand que le temple : le Dieu vivant lui-même, faisant de l’homme son temple. Ensuite, ils auraient dû comprendre ce qui est dit, que la miséricorde se glorifiait en se mettant au-dessus du jugement. De plus, le Fils de l’homme était Seigneur du sabbat ; il était au-dessus du système qu’il avait établi lui-même comme l’Éternel, et son caractère de Fils de l’homme le plaçait en dehors et au-dessus des droits que l’ancienne alliance avait sur l’homme, ainsi que du repos qu’elle exigeait, mais qu’elle ne pouvait donner. Au reste, il montre leur hypocrisie en ces choses, dans le cas de l’homme qui avait la main sèche : l’amour et la bonté de Dieu sont au-dessus des cérémonies, quelque saintes qu’elles soient. Ainsi, sa personne rejetée, comme l’avait été David, est au-dessus du système judaïque ; et la bonté de Dieu ne peut pas céder les droits souverains de sa grâce divine envers l’homme. Mais le temps du jugement n’était pas encore là. On n’entend pas sa voix dans la rue, jusqu’au moment où il l’élèvera en jugement dans le temps de sa gloire, et où il enverra ce jugement, victorieux de toute opposition ; jusqu’au moment enfin où les Gentils se confieront en lui. Il chasse encore un démon. Alors l’hostilité sans conscience et sans coeur des pharisiens éclate ; ils ne peuvent pas nier le miracle, mais, plutôt que de reconnaître Jésus, ils l’attribuent à un démon ; c’est-à-dire que, reconnaissant malgré eux que la puissance de Dieu était là, ces adversaires de Dieu appellent le Saint Esprit, par lequel le miracle se faisait, un démon. Pour ceci il n’y avait pas de pardon.

Ensuite, le Seigneur en vient à la condamnation complète des Juifs. Remplis d’incrédulité, ils demandent un signe, eux qui, plutôt que de le croire, venaient d’attribuer le signe au démon ; mais le Seigneur ne leur donne aucun autre signe que celui de Jonas, préfiguration de son séjour dans la tombe, mais signe que maintenant c’était trop tard pour eux ; que Celui qu’ils avaient déjà rejeté était le Fils de Dieu ; enfin, que toute relation avec cette génération était terminée pour toujours. Il cite les gens de Ninive et une reine du Midi qui se lèveraient en jugement contre cette génération, car un plus grand que Jonas ou que Salomon était là.

Il me semble qu’un sentiment de profonde affliction perce à travers les paroles de Jésus, à la vue de l’incrédulité des conducteurs d’Israël ; d’aveugles qui prétendaient conduire des aveugles. Mais le temps du jugement était venu, et le Seigneur prononce ce jugement. L’esprit immonde était sorti de ce peuple : l’esprit d’idolâtrie, je n’en doute point, car, depuis la captivité de Babylone, ils n’étaient pas tombés dans l’idolâtrie. Néanmoins le démon avait besoin, pour ainsi dire, de ce peuple où le nom de Dieu se trouvait, mais où Dieu n’était plus, car ils l’avaient rejeté lorsqu’il était venu au milieu d’eux dans la personne de Jésus. La maison était vide, balayée et ornée ; les formes religieuses et la piété extérieure s’y trouvaient ; mais Dieu n’y était pas. L’esprit immonde rentrerait avec sept esprits plus méchants que lui-même et y demeurerait, et le dernier état serait pire que le premier. L’état final du peuple, au moins de la génération perverse, serait plus mauvais que lors de ses péchés précédents. Déjà, après la mort du Seigneur, ils se sont montrés comme les porcs de Génézareth, mais ces paroles-ci auront leur accomplissement à la fin du siècle, lorsque les Juifs seront de nouveau idolâtres, et que toute la puissance du démon sera développée sous l’antichrist.

Il est bon qu’on comprenne, chacun pour soi-même, que si un vice est vaincu sans Dieu, rien n’est réellement gagné. On peut chasser un vice grossier par un péché plus subtil : si ce n’est pas vraiment l’oeuvre de Dieu dans le coeur, celui-ci peut en être endurci et Satan y régnera plus que jamais. Le Seigneur applique ce qu’il dit ici à la génération qui l’a rejeté, aux Juifs incrédules et pervers auxquels Dieu a caché sa face pour en voir la fin (Deut. 32:20).

Ensuite (v. 46) ceux qui étaient l’expression du lien par lequel il était attaché selon la chair au peuple juif, viennent en faisant valoir ce lien. Le Seigneur ne veut pas les reconnaître ; mais, indiquant ses disciples, il dit : «Voici ma mère et mes frères» ; les relations que je reconnais sont celles qui sont formées par la parole de Dieu. Ouant à l’histoire des Juifs, tout était fini. La grâce pouvait continuer, pouvait relever le peuple dans un résidu reconnu de Dieu ; mais, quant à la responsabilité, l’histoire du peuple était finie.

Le Seigneur ne cherche plus du fruit sur un arbre démontré mauvais ; il se montre, au bord de la mer, comme un semeur apportant ce qui, reçu dans le coeur, produirait du fruit. Dès lors ceci introduisait le royaume des cieux où les Gentils pouvaient avoir part.

 

12               Chapitre 13

 

Le chapitre auquel nous sommes arrivés a été si souvent traité, que je n’aurai pas besoin de m’étendre beaucoup sur les détails ; il nous faudra seulement un aperçu général sur la position qu’il tient dans l’évangile, et quelques mots sur la dernière parabole.

Nous avons vu le Seigneur prononcer sur le peuple juif un jugement qui s’étend jusqu’au dernier temps, et rompre, en tant que venu en chair, toutes ses relations avec lui. Les chefs du peuple avaient blasphémé contre le Saint Esprit et amené ce jugement sur le système tout entier, bien que la patience de Dieu cherchât encore tous ceux qui avaient des oreilles pour écouter. Le Seigneur ne cherchait plus de fruit dans sa vigne ; après tous ses soins il n’y avait que du verjus. Tel était réellement l’homme, car Israël, c’était l’homme placé sous la loi, avec tous les avantages que Dieu pouvait lui prodiguer. Dans l’épreuve à laquelle l’homme avait été ainsi assujetti, deux choses avaient été démontrées : qu’il ne pouvait pas atteindre à la justice selon la loi ; et qu’il ne voulait pas recevoir Dieu venu en grâce, manifesté dans l’humanité pour gagner l’homme, et exerçant une puissance suffisante pour guérir tous les maux auxquels l’homme avait été assujetti par le péché.

Il sort donc de la maison (signe, je n’en doute pas, de ce changement immense dans les voies de Dieu), s’assied dans une nacelle, sur la mer, et se présente comme un semeur ; c’est-à-dire, comme ne cherchant plus de fruit, mais apportant avec lui, dans ce monde, ce qui devait en produire. Le Seigneur ne va pas plus loin que la parole du royaume. Les versets 10-17 constatent le jugement du peuple selon la prophétie d’Ésaïe, dont le Seigneur, dans sa patience, avait si longtemps différé l’accomplissement ; puis la séparation d’un résidu reconnu du Seigneur, résidu dont les oreilles et les yeux étaient ouverts par la grâce.

Il est bon de rappeler qu’il y a sept paraboles : la première n’est pas une similitude du royaume ; les autres le sont. De celles-ci, les trois premières nous présentent la forme que prendrait le royaume dans le monde ; les trois dernières, les pensées de Dieu en établissant de cette manière le royaume, et puis le résultat de tout à la fin du siècle. La première s’occupe des individus et de l’effet visible de la Parole. Il n’est pas question de l’oeuvre du Saint Esprit, ce qui se trouve enseigné ailleurs, sans doute, mais ici c’est l’oeuvre extérieure de Christ comme semeur ; puis l’effet, le résultat, en tant que manifesté sur la terre. Nous avons bien ici la parole du royaume, mais ni le royaume, ni la fin du siècle. Christ sème ; et voici le résultat dans ce monde, dans l’homme sur la terre : la semence produit du fruit dans un cas sur quatre. Dans le premier cas, la semence ne pénètre pas du tout. Satan l’enlève aussitôt qu’elle est semée : c’est la légèreté du coeur, son indifférence qui ne reçoit rien. La Parole n’est pas comprise, le coeur est occupé d’autre chose. Toutefois, c’est une parole adaptée à l’homme et semée dans son coeur. Dans le second cas, au contraire, le coeur est, pour un moment, gagné quant à ses sentiments ; mais la conscience n’est pas atteinte, il n’y a pas de racine : la doctrine a été reçue pour la joie qu’apporte le message ; puis, dès que la Parole apportait les souffrances à la place de la joie, le coeur n’en voulait plus. il n’y avait pas un vrai besoin. Le Saint Esprit produit toujours des besoins. Ce n’était pas comme lorsque les apôtres disaient : «Seigneur, à qui irions-nous ?». Dans le troisième cas, le monde a étouffé le bon grain. Hélas ! Il n’y a pas besoin d’explication ; cela se voit tous les jours. C’est pourtant un mal plus subtil : le monde, les affaires, n’ont pas l’air mauvais comme le péché grossier ; néanmoins la Parole est étouffée et ne produit rien.

Le danger et la tendance de ces choses se trouvent chez le chrétien. Selon la mesure dans laquelle le monde exerce de l’empire sur lui, sa vie en souffre. Il n’est pas mort, soit ; mais il dort, il ne comprend pas les choses spirituelles, ne les voit pas, n’en jouit pas. Malheureux en présence des chrétiens spirituels, il ne jouit pas des choses dont ils jouissent et même il souffre des reproches de sa conscience ; s’il va avec le monde, il souffre aussi dès qu’il y réfléchit. Sa conscience lui reproche son manque de fidélité ; comme un malade qui souffre, il n’est pas mort, car alors il ne souffrirait pas, mais c’est un triste moyen de savoir que la vie est là. Dans le quatrième cas, la Parole est comprise ; elle pénètre, croît, et produit du fruit à des degrés différents en différentes personnes. Dans le premier cas, la Parole n’était point comprise ; dans ce cas-ci, il est dit qu’elle est comprise ; dans les autres cas, ce point n’est pas touché. Dans le premier cas, on voyait que rien n’avait pénétré. Dans les deux suivants, il y en avait l’apparence ; mais il n’en était rien : la plante périt sans fruit. Dans le dernier cas, la semence se développe dans l’intérieur du coeur et le fruit est produit — précieux effet ! — selon la nature de ce qui a été semé, fruit pour Celui qui a semé la semence et pour celui qui l’a reçue ! Il n’y a pas de jugement. Le Seigneur constate les faits patents, en contraste avec sa vigne et son figuier où il cherchait du fruit ; en contraste aussi avec le royaume ou l’état de choses dans le monde, et leur résultat qui est le jugement, à la fin.

La première des six paraboles suivantes (v. 24-30) montre l’effet des semailles dans le monde jusqu’à la fin du siècle, mais on n’y voit pas l’exécution du jugement final ; cela se trouve, ainsi que la manifestation de la gloire, dans l’explication donnée aux disciples dans la maison (v. 36-43). On doit remarquer que, dans la parabole du semeur, celui-ci n’est pas nommé, parce qu’il s’agit de l’effet de la Parole dans le coeur de l’homme, quel que soit celui qui l’a semée. Ici, par contre, nous avons une similitude du royaume, et celui qui sème prend, non pas le caractère de Christ (nous avons vu son oeuvre terminée par son rejet, car le Christ, cherchant du fruit, était venu pour être reçu en Israël), mais le caractère de Fils de l’homme. Celui qui sème est le Fils de l’homme ; le champ est le monde ; mais j’anticipe.

Nous avons encore ici le caractère général de l’oeuvre que le Seigneur faisait : il semait ; nous n’y avons pas le résultat personnel dans l’individu, mais bien le résultat public dans le monde. Il a semé de bonne semence dans son champ ; et ici la responsabilité de l’homme est en question dans le résultat produit : or, pendant que les hommes dormaient, l’ennemi est venu et a semé de l’ivraie. Cela n’empêchait pas que le bon grain ne fût pour le grenier ; mais cela gâtait l’ensemble de la récolte dans le champ, et le mal qui avait été fait était sans remède. Il est défendu aux serviteurs d’arracher l’ivraie, de peur qu’ils n’arrachent le bon grain avec elle. C’est bien ce qui est arrivé quand on a voulu arracher l’ivraie. Les deux devaient croître ensemble jusqu’à la moisson. Le royaume des cieux présentait dans ce monde une récolte gâtée, fruit, d’une part, de l’oeuvre du Seigneur, de l’autre, de l’oeuvre de l’ennemi. Or, dans la parabole, nous avons seulement ce qui arrivera dans le royaume avant la manifestation du roi et avant l’exécution du jugement par lui. Quand lui sera manifesté, et que le jugement public sera là, il n’y aura plus de paraboles ; le mystère de Dieu sera terminé. Dans les paraboles nous avons des mystères : ce qui exige une révélation pour qu’on puisse les connaître. L’exécution du jugement est en elle-même la révélation la plus éclatante. Dans la parabole, nous avons donc à la fin, en général, le temps de la moisson ; puis l’ivraie est premièrement rassemblée en faisceaux pour être brûlée. L’ivraie est là en faisceaux sur le champ de ce monde ; le bon grain est caché dans le Seigneur.

Avant d’expliquer la parabole de l’ivraie, le Seigneur donne deux autres similitudes du royaume ; et souvenons-nous qu’il s’agit ici du royaume. Il est bon de remarquer que le mot similitude n’est pas le même dans ces paraboles et dans celle du semeur. Ici, c’est seulement le caractère que prendra le royaume : il est semblable à... etc. Dans la parabole du semeur, il est devenu ; il a été fait semblable. C’est un caractère qu’il a pris dans les circonstances actuelles, vu le rejet du roi.

Il vaut la peine aussi de distinguer, entre ces paraboles, celles dans lesquelles la chose en elle-même est le sujet de comparaison, et celles où c’est l’individu ou bien ceux qui forment la partie essentielle de la parabole.

Le royaume même est semblable à un petit grain de moutarde devenant un grand arbre, symbole, dans l’Ancien Testament, d’une chose élevée dans ce monde, d’une puissance politique. Nous savons bien que cela est arrivé ; — que les oiseaux, nichant dans ses branches, signifient la protection qu’il accorde (comp. Dan. 4:12). C’est l’apparence publique du système chrétien telle qu’elle a été pendant des siècles. Ici, point de jugement.

Ensuite vient la parabole du levain. Le levain est la similitude. La femme n’est pas un semeur. Ce n’est pas le Seigneur, semant ce qui est désigné comme une bonne semence ; ce n’est pas un grand arbre dans le monde : c’est une doctrine qui s’insinue partout en de certaines limites et forme la pâte entière selon sa propre nature. Le tout est levé : c’est la chrétienté ; mais, ni dans l’une, ni dans l’autre de ces deux paraboles, nous n’arrivons au jugement. C’est le royaume tel qu’il est, quand le grain de moutarde ou le levain ont pleinement agi et produit leur effet. Il est vrai que le levain est toujours employé dans un sens mauvais ; toutefois je ne pense pas que ce soit le but de la parabole, mais bien une doctrine qui forme tout dans une seule pâte, là où elle pénètre. Si c’était purement le mal comme mal, nous aurions eu quelque exception. Ceci est noté dans le cas de l’ivraie, mais sous un autre aspect. Ce n’est pas le bien qui est semé, ni le Seigneur qui sème ; de sorte que l’idée du bien positif est soigneusement évitée, ainsi que de celui qui le fait. Il ne s’agit pas de la parole de Dieu, mais du fait de la profession générale du christianisme, et cela dans une forme où aucune idée du bien n’est présentée ; car, certes, le levain n’est pas, dans la Parole, une image du bien. La parabole n’est pas davantage la description d’un individu : il n’est guère besoin de discuter ce point, parce qu’il s’agit d’une similitude du royaume des cieux et que, en aucun cas, un individu n’est le royaume des cieux. Au reste, le résultat dans un individu n’est pas ce qui est dépeint ici.

Voilà donc les trois descriptions du royaume sur la terre pendant l’absence du roi, tel que ce royaume s’est présenté aux yeux de tous : un mélange de bons et de mauvais ; la récolte était ainsi gâtée comme un tout ; — ensuite, une grande puissance humaine et politique sur la terre, et une profession générale de doctrine, sans question de l’état individuel de qui que ce soit. Ensuite le bon grain est caché dans le grenier, et la Providence prépare la semence de l’ennemi pour être brûlée, en liant ensemble son produit en faisceaux sur la terre.

Après cela, le Seigneur entre dans la maison, où, parlant à ses disciples seuls, il développe davantage les principes intérieurs du royaume dont il parle, prédisant non pas l’effet dans le monde, mais communiquant les pensées de Dieu, le grand résultat qui expliquera tout par le jugement et la gloire manifestée sur la terre ; puis le but réel de ce qu’a fait le Seigneur, ainsi que l’action de ceux qui entrent avec intelligence dans ses voies.

Premièrement, il explique la parabole de l’ivraie. Nous avons déjà parlé de ses traits principaux, mais le Seigneur ajoute ici ce qui concerne la manifestation du résultat dans ce monde. Dans la parabole, nous avons laissé le froment dans le grenier et l’ivraie en faisceaux sur le champ : les méchants rassemblés par les anges, soit par la providence de Dieu. Mais ici paraît sur la scène le Fils de l’homme, pour ôter tout scandale de son royaume (ce qu’il fait), et il jette ces méchants dans une fournaise de feu, où il y a des pleurs et des grincements de dents. C’est le jugement exécuté, tandis que les serviteurs devaient les laisser croître ; puis, après le jugement, les justes luisent dans le royaume comme le soleil — en effet, comme Jésus lui-même. Tel est le résultat, telle est l’explication divine de ce qui était un mystère auparavant ; car le jugement manifeste ce que la foi discerne. Remarquez que tout ce qui est révélé se trouve dans le monde : premièrement le royaume avant, puis le royaume après le jugement. Le fait est constaté que le grain est caché ; mais rien n’est dit du grenier, ni de l’état du grain quand il est là.

Dans les paraboles qui suivent, nous avons, comme il a été dit, les pensées de Dieu, le but du Seigneur dans le royaume ; mais encore, sans parler d’un résultat en jugement, comme c’était le cas aussi dans celles du grain de moutarde et du levain. La première nous fait voir le royaume comme la découverte d’un trésor auparavant inconnu, caché dans un champ, et celui qui l’a trouvé renonçant à tout ce qu’il a pour l’avoir, et achetant le champ dans ce but. C’est ce que Christ a fait. Tout ce qu’il avait comme Messie sur la terre, il l’a laissé pour avoir le trésor, son peuple, en prenant le champ où ils se trouvaient, la terre, pour les avoir. Ils étaient cachés dans ce monde ; mais Christ savait ce qui en était ; enseigné du Père, comme homme sur la terre, il a tout quitté, jusqu’à sa vie, pour nous avoir. Si, de fait, nous renonçons à tout pour avoir Christ, toutefois il ne s’agit pas ici d’un individu, on l’oublie trop, mais du royaume ; et, de plus, nous n’achetons aucun champ pour l’avoir.

Le second cas est un peu différent. Il ne s’agit pas d’une découverte. Le marchand cherchait de belles perles. Il se connaissait en belles perles ; il savait les apprécier ; il lui en fallait de belles. Or Christ a trouvé dans l’Église l’objet de ses recherches, sans tache ni ride, ni aucune chose semblable. Je ne pense pas à l’Église corps, ni à un système, mais à sa beauté morale. Le marchand avait le goût de ce qui était beau en fait de perles ; Christ, de ce qui était beau aux yeux de Dieu, et, pour l’avoir, il a quitté sa gloire messianique et sa vie. Quel bonheur de penser qu’il satisfait son coeur en nous, et que la perfection de beauté aux yeux de Dieu est chose effectuée ! Sion est appelée la perfection de beauté, mais là, c’était terrestre ; ici, c’est céleste et réellement selon le coeur de Dieu.

La dernière parabole demande l’attention la plus sérieuse. Pour ma part, je ne doute pas qu’elle ne s’applique particulièrement à ces jours-ci. Le filet de l’évangile est jeté dans la mer des peuples et rassemble des poissons de toutes les espèces. L’effet de l’évangile n’est pas que tous les poissons entrent dans son giron, mais qu’une quantité de toutes les espèces, bonnes et mauvaises, soit rassemblée dans le filet. C’est le résultat. Puis ceux qui ont tiré le filet se mettent là, sur le rivage, et s’occupent de ce qu’ils ont à coeur, du but sur lequel ils ont tiré le filet : avoir de bons poissons. Ils choisissent donc les bons, les séparent d’avec les mauvais, et les mettent à part dans des vaisseaux, rejetant les mauvais et les laissant là. Ce sont les pêcheurs qui font cela, et ils ne s’occupent que des bons. C’est-à-dire, quand le christianisme a rassemblé, comme il l’a fait, une certaine masse de gens, qui tous ont place ensemble dans le filet de la chrétienté, à la fin des jours les serviteurs du Christ s’occupent de la masse, et recueillent les bons dans des vaisseaux. Ce sont des serviteurs de Christ qui ont de l’intelligence, savent distinguer les bons, et savent bien ce qu’ils veulent. Quand le jugement public arrivera, ce sera l’inverse. Les anges, ministres de la providence et du gouvernement de Dieu, prennent, non les bons, mais les méchants sur la terre, et les jettent dans le feu. Ils ne s’occupent que des mauvais, tandis que les pêcheurs ne s’occupent que des bons. Le principe, je le crois, s’applique toujours, quand l’évangile, dans un endroit, a rassemblé beaucoup de personnes : le but du Seigneur est de mettre les siens ensemble, en des compagnies à part ; mais la parabole semble parler directement du résultat de l’opération de l’évangile, en rassemblant beaucoup de gens comme ayant part au nom chrétien ; alors, comme seconde opération, on fait le triage sur le rivage, et l’on s’occupe à mettre les bons à part. L’exécution du jugement est autre chose. Dans cette parabole, comme dans les deux précédentes, nous trouvons le discernement spirituel du but de Dieu. Dans la seconde, ce discernement caractérise l’action du marchand ; dans la première et la troisième, le champ est acheté, le filet rempli ; mais, dans les deux cas, le trésor et les bons poissons sont distingués de ce qui est pris extérieurement ; et il sont le but de l’action, soit du marchand, soit des pêcheurs.

 

Il est à remarquer que quatre de ces similitudes ne parlent pas de jugement, mais de l’apparence extérieure ou du but de Dieu dans le royaume, et du résultat, soit dans le monde, soit auprès de Dieu. Le grand arbre et le levain, voilà le résultat dans le monde ; le trésor et la perle, voilà ce qui est acquis pour Dieu. Dans la première et la dernière, nous avons le jugement, mais la différence est sensible. Dans la première, et c’était naturel, on voit le Seigneur commencer l’oeuvre ; il la fait, cela va sans dire, sans mélange de mal ; tout le grain est bon. L’ennemi fait une oeuvre distincte ; il ne peut autrement. Il y a une récolte ; mais la Parole a produit des plantes individuelles ; le mélange se trouve dans la récolte. Mais il y a deux oeuvres distinctes, et les deux choses restent telles quelles jusqu’à la fin ; la préparation du jugement est l’action de Dieu dans le monde, et il s’occupe premièrement des méchants, en les préparant pour le jugement. Les hommes n’agissent pas ; il leur est défendu d’agir. Ce qui est produit est l’effet de l’action du Seigneur et de celle de l’ennemi. Les serviteurs dormaient, voilà tout. Froment et ivraie étaient toujours froment et ivraie ; chacun, fruit d’une oeuvre distincte.

Dans le filet, le mélange était le résultat du travail de l’homme, les genres de poissons divers, sans doute, mais tous rassemblés dans le filet par un seul travail, et cela de la part des hommes, des pêcheurs. Ce n’est pas ici une oeuvre de l’ennemi, mais l’œuvre imparfaite de l’homme. Cependant, le fait seul est constaté : le filet est plein, puis tiré sur le rivage, et ceux qui ont l’intelligence de ce que c’est qu’un bon poisson, ceux dont le but (et c’est le but de Dieu) est d’avoir de bons poissons, en font le triage et mettent les bons dans les vaisseaux. L’explication, comme précédemment, se trouve dans le jugement, qui montre publiquement ce qui était vrai et compris d’avance spirituellement. Toutefois, les anges ne s’occupent que des mauvais. Dans la première parabole, il s’agit d’arracher de ce monde les mauvais, ce qui n’était pas permis aux serviteurs. Dans la dernière, il s’agit de mettre les bons ensemble dans les vaisseaux, ce qui était leur oeuvre intelligente. Il ne faut pas oublier que les derniers temps étaient déjà venus du temps des apôtres.

 

13               Chapitre 14

 

Les relations immédiates et pour le temps d’alors, du Seigneur avec les Juifs, étaient, ainsi que nous l’avons vu, terminées, et le royaume des cieux annoncé dans la forme qu’il devait prendre par suite du rejet du Seigneur. Il ne cherchait plus de fruit dans sa vigne, mais il semait la Parole pour en avoir. Cependant Jésus continuait à s’occuper du peuple, montrant ce qu’Il était, et hélas ! ce qu’ils étaient eux-mêmes ; puis aussi, ce qui devait remplacer ses relations avec les Juifs, telles qu’elles auraient été, s’il avait été reçu.

Les chapitres 14 et 16 nous montrent ce qu’il était alors pour les Juifs, et ce que le résidu deviendrait par son absence loin de ce peuple ; enfin, le renvoi ou la mise de côté de ce dernier. Le chapitre 15 nous montre ce qu’il était divinement pour Israël, lors même que ce peuple était méchant et rejeté ; seulement Jésus était tel, parce qu’il était Dieu et que ses conseils ne pouvaient changer. Cette grâce s’étend aux Gentils qui n’avaient aucun droit aux promesses, bien que le Seigneur n’abandonne pas ses relations positives avec Israël, car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance. Il est bon de nous souvenir que, dans ce déploiement des voies de Dieu, la grâce du Seigneur, une grâce divine et personnelle, se manifeste de la manière la plus touchante et la plus instructive, et que, pour nous, des leçons pratiques ressortent continuellement de tout ce qui passe ainsi devant nos yeux.

Le rejet du témoignage de Dieu commence à se réaliser dans les faits. Jean-Baptiste est mis à mort par Hérode, à l’instigation de sa femme. Le Seigneur touché, et sensible à la violence faite à son fidèle serviteur, se retire dans le désert. Élie, comme il est dit ailleurs, était venu, et ils lui ont fait ce qu’ils ont voulu, et le Fils de l’homme devait aussi souffrir de leur part. Cet acte de cruauté n’était pas seulement la mort du fidèle prédicateur du Seigneur, mais, par le coeur du témoin fidèle, il parlait de l’état du peuple. Quelque douloureux que fussent ses sentiments, comme venu au milieu d’eux, son divin amour s’élève au-dessus de tout, au-dessus de ses peines comme Fils de l’homme.

La multitude entend qu’il s’est retiré dans le désert, et y accourt. Sortant de sa retraite, il voit la foule ; ému de compassion, il les guérit. Sa bonté ne se lassait pas devant l’iniquité de l’homme, qui se hâtait maintenant de l’accomplir. Le soir étant venu, la multitude était là, n’ayant rien à manger. Les disciples, sentant l’inconvénient de cette position, veulent les renvoyer, ressource toute naturelle de l’homme. Mais Dieu était en Israël et voulait encore que ses disciples, après tant de preuves, eussent la conscience de la puissance qui était là. Leur coeur n’avait d’autre ressource que ce qui était visible à l’homme et selon la mesure de l’homme. «Vous, donnez-leur à manger», dit le Sauveur, et moi, je leur donnerai ; mais eux, au lieu de la foi en Dieu, dans la puissance divine du Sauveur, ils avaient cinq pains et deux poissons. Quelle différence entre la foi et la chair ; entre Dieu, qui peut tout, et les pauvres ressources qui sont sous nos mains ! Mais la chair ne voit pas plus loin. Les disciples ne pouvaient pas se servir de la puissance qui était là ; hélas ! ils n’y pensaient pas. Mais ici le Seigneur manifeste ce qu’il était au milieu du mal, non pas en se mettant en relation avec Israël, si Israël le voulait, mais en se montrant au-dessus d’Israël, l’Éternel qui bénissait son peuple, et le faisait selon son coeur. Ce n’était qu’un témoignage de cette grâce, mais c’était à cette grâce que le témoignage était rendu. Au Psaume 132, il est dit des temps où l’Éternel se lèvera, se souviendra de David et agira en grâce selon son coeur : «Je rassasierai de pain ses pauvres». Il le fait ; témoignage inutile pour Israël et même inutile pour les disciples, sauf la grâce, mais non pas inutile pour sa gloire. — Le Christ rejeté est l’Éternel, le Sauveur de son peuple malgré tout. La mort de Jean, prélude de son rejet et de sa mort, le conduit à manifester sa grâce divine et toute-puissante qui est au-dessus du mal et de l’incrédulité, même des siens. Il n’en est pas moins vrai que ce n’est qu’un témoignage et que les choses poursuivent leur cours, comme cela est visible ici par les faits.

Il envoie ses disciples traverser la mer seuls ; il renvoie le peuple et monte sur une montagne pour prier : tableau en peu de traits, mais tableau vivant, de tout ce qui allait arriver. Le peuple juif est renvoyé ; Christ est en haut ; les siens sur la mer. Toutefois, comme nous l’avons déjà vu partout dans cet évangile, les Juifs ou les disciples, comme résidu, sont au premier plan. Je ne doute même nullement que le nombre des corbeilles de débris, quelque léger que soit l’indice, ne se rapporte à la pleine bénédiction des derniers jours lors du règne. C’est le nombre consacré à cela : douze tribus ; douze apôtres ; douze trônes pour eux, jugeant les douze tribus ; douze étoiles sur la femme. — C’est l’idée de la perfection du gouvernement de Dieu dans l’homme. C’est pourquoi ce nombre se retrouve aussi dans la Jérusalem céleste. Mais venons-en aux faits plus formels de cette histoire.

Le Seigneur fait monter ses disciples sans lui dans une nacelle, puis il renvoie la multitude des Juifs qui avait joui de sa présence. Ceci ne représente pas des jugements sur le peuple ; mais lui disparaît pour ainsi dire. Ceux qui sont au Seigneur, le petit résidu, sont à part, exposés au tourment de l’orage, sans avoir, personnellement présent avec eux, le Sauveur qui est en haut tout seul. Voilà la position. Cependant quelques autres faits se produisent. Le Seigneur les rejoint, maître de tous les éléments qui les exercent sur le chemin. L’eau et les vagues sont un chemin pour ses pieds, et aussitôt qu’il rejoint les siens, tout est calme ; alors ceux de la nacelle le reconnaissent comme Fils de Dieu ; le monde aussi. Génézareth, qui l’avait rejeté, le reçoit maintenant avec joie et ses plaies sont guéries, comme le résidu d’Israël avait trouvé la paix.

Nous n’avons pas encore parlé d’un autre fait. Pierre sort de la barque pour aller vers Jésus, avant que celui-ci ait rejoint les disciples. Jésus marche sur l’eau quand Pierre va à sa rencontre. Cette partie de l’histoire nous présente, je n’en doute pas, la position chrétienne en dehors du judaïsme. Jésus n’a pas encore rejoint ses disciples, qu’il avait fait monter dans la barque quand il s’était séparé d’eux. Christ seul est la force et le motif : «Si c’est toi». Il faut marcher là où il n’y a rien, comme Christ y a marché. L’agitation des vagues fait manquer de foi à Pierre ; mais la grâce et la puissance du Sauveur sont là, pour les autres comme pour lui-même. Il étend sa main et soutient son pauvre serviteur. C’est ce qu’il fait afin que nous marchions comme il a marché, là où il n’y a aucun autre soutien que lui. Une fois que Christ est revenu vers ses disciples, tout est paix ; le voyage est fini. Mais il y a encore ici de précieuses instructions personnelles.

Le chrétien doit marcher sur l’eau ; marcher par la foi, marcher comme Jésus a marché, là où il n’y a aucun sentier que la puissance divine ; là où l’homme ne peut pas marcher, et où il est totalement incapable de le faire. Marcher ainsi est le fruit de la puissance de Christ et de la foi dans le chrétien. Mais ce n’est pas tout. Il faut avoir l’oeil fixé sur le Seigneur, sans cela on enfonce. Pierre regarde à la mer agitée et il enfonce. Christ étant hors de sa vue, Pierre se compare lui-même avec les difficultés ; impossible de marcher ainsi. Il avait raison, mais la puissance divine était entièrement oubliée. Ainsi en fut-il d’Israël avec les espions : Les villes sont murées jusqu’au ciel, les Anakim sont là, «nous étions comme des sauterelles». C’était oublier Dieu. Lui, était-il comme une sauterelle devant les Anakim ? Et qu’importaient des murs montant jusqu’au ciel ? Ils tombaient quand on sonnait avec une corne de bélier ! — Non, il s’agit de regarder vers Dieu, dans le chemin de sa volonté, et c’est ce que Josué et Caleb ont dit : Si l’Éternel prend son bon plaisir en nous, nous en sommes bien capables. — Pierre avait dit : «Si c’est toi» ; alors il aurait toujours dû regarder vers Lui. Combien l’incrédulité est insensée ! Pierre a vu la mer agitée ; et si elle avait été calme ? La différence n’était pas là, mais dans le fait de regarder à Jésus ou non. Si l’on regarde à lui, tout est possible, tout réussit, parce qu’il peut tout et veut tout dans sa grâce : toute bénédiction, tout le fruit de la foi, grâces à Dieu ! Jésus est là pour nous soutenir, quand même notre foi nous fait défaut. Si Jésus est l’objet qui nous fait marcher sur l’eau, Jésus est la force pour y marcher et il faut tenir l’oeil fixé sur lui. Si sa puissance est là, l’orage n’est rien. Si elle n’y est pas, on enfonce dans le calme comme dans l’orage. On marche en tout cas par la foi, et il nous faut toujours Jésus, et avec lui nous pouvons tout. L’orage et le calme sont alors la même chose.

 

14               Chapitre 15

 

Dans ce chapitre, la grande controverse avec le peuple, controverse au fond avec le coeur de l’homme, est continuée, mais sur le terrain moral ; toujours au milieu d’Israël, quoique pleine d’instruction pour tous les siècles. Ce sont les ordonnances en contraste avec la moralité voulue de Dieu, moralité immuable dans ce sens qu’elle se rapporte aux relations dans lesquelles l’homme se trouve placé, soit avec Dieu, soit avec les hommes, et qui consiste à maintenir dans notre marche ce qui convient à ces relations. Une fois que Dieu a formé ces relations, soit de sa créature avec lui-même, soit de ses créatures entre elles, les devoirs qui en découlent ne sont que l’expression pratique de la relation, comme, par exemple, un vrai culte rendu à Dieu, la piété et l’obéissance filiales, ou toute autre conséquence de ces relations. Or le coeur corrompu de l’homme aime trop sa volonté propre et la satisfaction de ses convoitises, pour accomplir ses devoirs ; des formes de piété qui nourrissent son amour-propre lui plaisent plus que des devoirs, car elles le laissent libre de suivre ses convoitises ; ni Dieu ni son caractère ne sont vraiment connus. Dieu n’est pas honoré dans le coeur, et le coeur n’est pas purifié. Se laver les mains vaut mieux pour un tel homme, qu’un coeur pur, ou que s’approcher réellement de Dieu.

Le Seigneur touche du doigt cette plaie morale, en montrant en même temps que le culte de ces hypocrites n’était nullement accepté de Dieu ; que les commandements des hommes ne faisaient que mettre Dieu de côté et exalter l’homme au détriment de la gloire divine. Les commandements de Dieu étaient annulés ; son culte envahi par la fausse autorité des hommes, et rendu en vain par ceux-là même qui étaient entraînés dans ce courant (car le coeur de l’homme est facilement subjugué par de telles prétentions à la piété) ; enfin l’homme remplaçait Dieu en ce qui agissait sur le coeur.

Le Seigneur, en s’adressant à la foule qu’il appelait vers lui, prend soin de protester ouvertement contre les principes mêmes qui conduisaient à cette hypocrisie. Il n’y a rien que le Seigneur déteste plus que la religion humaine, les traditions des hommes. Rien n’exclut Dieu davantage, en abusant de son nom pour assujettir les consciences qui ne le connaissent pas véritablement.

Rien toutefois de plus simple : ce qui vient du coeur, voilà ce qui souille l’homme. Mais on voit ici comment le coeur de l’homme est influencé par ces choses et comment les simples subissent, par ce moyen, l’influence des hypocrites et de toute la classe des docteurs religieux. Les pharisiens étaient scandalisés de cette parole, disaient les disciples. Rien d’étonnant. Avoir une conscience placée devant Dieu, selon sa Parole, et dans la lumière de Dieu, pour elle-même, cela gâtait toute leur affaire. Mais par amour pour nous, par la nécessité du vrai et du bon, c’est ce qu’il faut.

Or, au point où nous en sommes dans l’histoire du Sauveur, il ne s’agissait plus de tenir compte de ces faux docteurs ; ce n’étaient pas des plantes que le Père céleste du Seigneur avait plantées. Elles seraient déracinées. Il fallait les laisser : solennelle pensée à l’égard du peuple et aussi pour la chrétienté ! C’étaient des aveugles, conducteurs d’aveugles ; tous les deux tomberaient dans le fossé.

Pour les disciples, la réponse du Seigneur va plus loin, tout en faisant remarquer le manque d’intelligence de l’apôtre ; car, en effet, le principe est évident. Mais alors, quel tableau du coeur de l’homme, suivi, grâce à Dieu, par celui du coeur de Dieu et de ses voies en grâce ! Ce qui sortait du coeur souillait l’homme. C’est tout simple. Mais qu’est-ce qui en sortait ? Mauvaises pensées, meurtres, puis une terrible liste de ces noirs produits du coeur déchu et corrompu. Le Seigneur n’aurait-il pas pu éclaircir un peu ce sombre tableau par des traits de la lumière qui se trouvent dans ces coeurs ? Il ne s’en trouve pas. Il laisse le coeur de l’homme ainsi caractérisé. Lui ne manquait pas de bonté ; il connaissait le coeur, savait ce qui en était de l’homme, mais, au bout de cette liste, il se tait. Ce n’est pas qu’il n’y ait point de traits aimables dans le coeur naturel ; cela se trouve, même dans les animaux ; mais, moralement, voilà ce qui sort du coeur ; voilà les fruits de la racine du péché qui s’y trouve ; restreints, arrêtés, modifiés si l’on veut, mais tels sont les fruits que le coeur de l’homme produit, là où il lui est permis de suivre ses penchants.

Ainsi le Seigneur passe des usages hypocrites, employés par l’homme pour couvrir ce qu’il est et se donner un caractère religieux (quand même les vérités qu’on professe seraient divines et le système, dans son origine, émané de Dieu) il passe, dis-je, des traditions humaines et du vain culte d’ordonnance humaine, au coeur qu’on cherche à cacher, et il le met à nu. Nous apprenons ce qui en est de ce coeur, tel que Dieu le voit dans ceux qui ne sont pas des plantes plantées par le Père. Et leur religion qui le cachait, qu’était-elle ? L’hypocrisie de plus, et Dieu mis de côté par des ordonnances humaines. Voilà, dans un peuple que Dieu avait rapproché de lui-même, et dans une religion qu’il avait lui-même établie, Dieu mis de côté pour introduire l’homme, ses saintes traditions et ses commandements, avec ses mains lavées à la place du coeur, puis, ce que le coeur naturel est dans ses fruits devant Dieu.

Maintenant (v. 21) le Seigneur passe de la manière la plus frappante à ce qui est en dehors de toutes les promesses, à une race maudite selon les promesses faites au peuple de Dieu, dans un endroit que le Seigneur cite comme modèle d’endurcissement. Là il montre, tout en reconnaissant les dispensations de Dieu envers son peuple et sa fidélité en lui envoyant le Christ, ce qui en est d’un coeur poussé par ses besoins et par une foi qui va droit au coeur de Dieu ; ce qu’est ce coeur divin pour les besoins que cette foi lui apporte ; ce qu’il est en soi et en dehors des règles des économies. Le Seigneur s’en va du côté de Tyr et de Sidon. Une femme cananéenne se rend auprès de lui. Sa fille était tourmentée d’un démon. Elle reconnaît le Seigneur comme héritier des promesses en Israël, comme fils de David. C’était bien la foi quant à sa personne. Mais quelle part avait une Cananéenne aux promesses faites à Israël, ou aux bénédictions qui lui étaient accordées comme peuple de Dieu ? Le Seigneur ne lui répond pas. Des leçons plus profondes doivent être données sur ce qu’est l’homme, mais aussi sur ce que Dieu est.

Les disciples auraient voulu que le Seigneur, pour s en débarrasser, fît ce qu’elle demandait ; mais le Seigneur garde sa position de fils de David : il est envoyé aux brebis perdues de la maison d’Israël. Les besoins de la pauvre femme s’élèvent par-dessus sa reconnaissance formelle de Jésus comme fils de David : «Seigneur, assiste-moi». Les besoins sont simples, ils se déclarent ; mais le Seigneur veut l’éprouver pleinement : «Il ne convient pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens». Le Seigneur reconnaît les dispensations de Dieu, à l’égard de son peuple, tout méchant qu’il fût ; la femme les reconnaît aussi ; mais des leçons bien autrement profondes se trouvent enseignées ici.

La pauvre femme, — l’homme en elle, trouve sa place ; il est sous la malédiction, sans promesse, n’ayant droit à rien ; ou sous la puissance du démon. Il faut qu’il se reconnaisse. C’est ce que la femme fait. Elle est un chien, mais dans le besoin. Son espérance n’est pas dans quelque droit qu’elle possède, mais dans la bonté gratuite de Dieu. C’est un besoin qui se rencontre avec Dieu venu en grâce. — Elle reconnaît pleinement ce qu’elle est : un chien ; mais elle maintient que, s’il en est ainsi, il y a assez de bonté en Dieu pour de tels êtres. Dieu pourrait-il dire&nbs