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NOTES sur L’ÉVANGILE de LUC
prises à des conférences de J. N. Darby
Table des matières abrégée :
19 Chapitre 18:35 à Chapitre 19
Table des matières détaillée :
19 Chapitre 18:35 à Chapitre 19
Luc nous présente le Sauveur dans son caractère de Fils de l’homme, manifestant la puissance de l’Éternel en grâce au milieu des hommes. Les premiers chapitres nous présentent, sans doute, Jésus en relation avec Israël, auquel il avait été promis ; mais, plus loin, des principes moraux s’appliquant à l’homme comme tel, dans quelque position qu’il se trouve, sont mis en évidence. Ce qui caractérise avant tout le récit de Luc et lui donne un charme et un intérêt particuliers, c’est qu’il nous présente, non pas la gloire officielle du Christ comme Matthieu, ou sa mission et son service comme Marc, ou la révélation particulière de sa gloire divine comme Jean, mais Christ lui-même, Jésus lui-même, tel qu’il était, un homme sur la terre marchant au milieu des hommes journellement.
Plusieurs avaient entrepris de raconter ce qui était historiquement reçu au milieu des chrétiens, comme le leur avaient transmis ceux qui en avaient été les témoins oculaires ; mais quelque bonne qu’eût été l’intention des auteurs de ces récits, leur oeuvre était une oeuvre entreprise et exécutée par des hommes. Luc avait une exacte et intime connaissance de tout dès le commencement, et il trouve bon d’en écrire « par ordre » à Théophile, afin que celui-ci connût la certitude des choses dont il avait été instruit ; ainsi Dieu a pourvu aux besoins de l’Église par l’enseignement renfermé dans la peinture vivante de Jésus dont nous sommes redevables à cet homme de Dieu ; car Luc, quoiqu’il ait pu être personnellement déterminé par des motifs chrétiens, n’en était pas moins, je n’ai pas besoin de le dire, inspiré du Saint Esprit pour écrire.
Le récit de Luc nous place au milieu d’institutions, de pensées et d’espérances juives. C’est d’abord un sacrificateur de la classe d’Abia, l’une des vingt-quatre classes établies par David (voyez 1 Chron. 24), et sa femme qui était des filles d’Aaron. « Et ils étaient tous deux justes devant Dieu, marchant dans tous les commandements et dans toutes les ordonnances du Seigneur, sans reproche. » Tout en eux était selon la loi de Dieu au point de vue judaïque ; mais ils ne jouissaient pas de la bénédiction si ardemment désirée par tout Juif : ils n’avaient pas d’enfant. Il est dans l’ordre des voies de Dieu de bénir, tout en manifestant la faiblesse de l’instrument dont il se sert. Le temps était venu où Dieu ne devait plus retenir la bénédiction si longuement désirée et demandée : quand Zacharie entre dans le temple pour offrir le parfum, l’ange de l’Éternel lui apparaît. Zacharie est troublé à sa vue ; mais l’ange lui dit : « Ne crains pas... parce que tes supplications ont été exaucées, et ta femme Elisabeth t’enfantera un fils, et tu appelleras son nom Jean », c’est-à-dire « la faveur de l’Éternel » ; et plusieurs se réjouiront de sa naissance, et il sera grand devant le Seigneur et sera rempli du Saint Esprit dès le ventre de sa mère. « Et il fera retourner plusieurs des fils d’Israël au Seigneur leur Dieu. Et il ira devant lui dans l’esprit et la puissance d’Élie... pour préparer au Seigneur un peuple bien disposé. » — « L’Esprit d’Élie », c’est un zèle ferme et ardent pour la gloire de l’Éternel et pour le rétablissement, par la repentance, des relations d’Israël avec Lui. Le coeur de Jean s’attachait à ce lien du peuple avec Dieu, et c’est dans la force morale de son appel à la repentance que le Précurseur est comparé ici à Élie.
Mais la foi de Zacharie, comme il arrive, hélas ! souvent, n’était pas à la hauteur de sa requête. Il ne sait pas marcher sur les traces d’Abraham et il demande encore comment ces choses arriveront (v. 18). La bonté de Dieu répond à l’incrédulité de son serviteur par un châtiment profitable pour lui et qui servait en même temps de preuve, pour le peuple, qu’il avait été visité d’en haut. Zacharie reste muet jusqu’à ce que la parole de l’Éternel soit accomplie.
Elisabeth, avec le sentiment qui convenait si bien à une sainte femme, se souvenant de ce qui, ayant été un opprobre pour elle en Israël, n’était rendu que plus sensible par la bénédiction surnaturelle qui lui était accordée, se cache en reconnaissant en même temps la bonté du Seigneur envers elle. Mais ce qui peut nous dérober à la vue des hommes a un grand prix devant Dieu.
Luc nous transporte maintenant ailleurs, afin d’introduire le Seigneur lui-même sur la scène merveilleuse qui se déploie devant nos yeux. À Nazareth, ville méprisée, vivait une jeune vierge, inconnue du monde : son nom était Marie. Elle était fiancée à un homme nommé Joseph qui était de la maison de David ; tout était dans un tel désordre en Israël que ce descendant d’un roi était charpentier. Mais qu’est-ce que cela pour Dieu ? Marie était un vase d’élection ; elle avait trouvé grâce devant Dieu.
Il faut remarquer qu’il s’agit ici de la naissance de l’enfant Jésus comme né de Marie. Il n’est pas autant question de la nature divine du Sauveur, la Parole qui était auprès de Dieu et qui fut faite chair (bien qu’assurément ce soit toujours la même précieuse Personne), que de Jésus réellement et véritablement homme, né d’une vierge. Son nom devait être appelé Jésus, c’est-à-dire l’Éternel le Sauveur ; « Il sera appelé le Fils du Très-haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ». L’Esprit parle ici en le considérant toujours comme homme né dans le monde. Mais il était Dieu aussi bien qu’homme. Saint par sa naissance, conçu par la puissance de Dieu, ce Sauveur précieux qui, même en tant que né de Marie, est appelé cette « sainte chose », devait être appelé le « Fils de Dieu ».
L’ange annonce ensuite à Marie la bénédiction qui a été accordée à Elisabeth. La merveilleuse intervention de Dieu avait rendu Marie humble au lieu de l’élever ; elle avait vu Dieu et non pas elle-même dans ce qui était arrivé. Le moi lui était caché, parce que Dieu avait été amené si près d’elle, et elle se soumet à sa sainte volonté : « Voici l’esclave du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole ».
Marie s’en va visiter Elisabeth, car son coeur aime à voir et à reconnaître la bonté du Seigneur. Elisabeth, parlant par l’Esprit, reconnaît Marie comme la mère de son Seigneur et annonce l’accomplissement de la promesse de Dieu son Sauveur dans la grâce qui la remplit d’une telle joie, en même temps qu’elle reconnaît son propre néant ; car quelle que puisse être la sainteté de l’instrument que Dieu emploie, et c’était le cas de Marie, — celle-ci n’était grande qu’aussi longtemps qu’elle se cachait, car alors Dieu était tout. En s’estimant quelque chose, Marie eût perdu sa place ; mais elle ne le fit pas : elle fut gardée, afin que la grâce de Dieu fût pleinement manifestée.
Le caractère des pensées qui remplissent le coeur de Marie est juif. Son cantique nous rappelle celui d’Anne (1 Sam. 1) qui parle prophétiquement de cette même intervention de Dieu. Mais Marie remonte aux promesses faites aux pères et embrasse tout Israël.
Après être demeurée trois mois avec Elisabeth, Marie s’en retourne dans sa maison attendant humblement que les voies de Dieu s’accomplissent. Rien n’est plus beau à sa place que le tableau des rapports de ces saintes femmes, inconnues du monde, mais qui étaient des instruments de la grâce de Dieu pour l’accomplissement de ses glorieux desseins. Elles se mouvaient dans une sphère où rien n’entrait que la piété et la grâce ; mais Dieu était là lui-même, aussi inconnu du monde que l’étaient ces pauvres femmes, mais préparant et accomplissant ce que les anges désirent regarder de près.
Ce qui n’est connu que de la foi dans le secret, est finalement accompli devant tous les hommes. Le fils de Zacharie et d’Elisabeth naît et Zacharie, à qui la parole est rendue, prononce la précieuse prophétie rapportée dans les versets 68-80. La visitation d’Israël par l’Éternel dont cette prophétie parle, embrasse toute la bénédiction millénaire liée à la présence de Jésus sur la terre. Toutes les promesses sont oui et amen en Lui. Toutes les prophéties l’entourent d’un cercle de gloire qui sera réalisé alors. Nous savons que, depuis sa réjection et en son absence, l’accomplissement de ces choses est nécessairement renvoyé à son retour.
Lorsqu’il plaît à Dieu de s’occuper de ce monde et de prendre une part à ce qui s’y passe, il est merveilleux de voir comment il agit et quelle instruction il donne. Il n’y a aucun accord, mais une complète opposition entre ses voies et les voies des hommes : l’empereur et son décret ne sont que d’insignifiants instruments entre ses mains. César Auguste agit en vue de ses sujets ; mais, sans le savoir, il est le moyen dont Dieu se sert pour accomplir la prophétie qui annonçait que Jésus devait naître à Bethléhem. Le courant tout entier de ce monde est en dehors du courant des pensées de Dieu. Le point capital pour Dieu et pour son royaume ici-bas, c’est la naissance de l’enfant de Bethléhem : mais l’empereur ne s’en doute nullement. Son décret met le monde en mouvement, et Dieu accomplit ses pensées ici-bas. Qu’elles sont admirables les voies de Dieu ! Tout le monde doit se faire enregistrer, afin qu’il arrive, comme cela était nécessaire pour l’accomplissement de la prophétie, que le pauvre charpentier avec Marie, la femme qui lui avait été fiancée, se trouve dans la cité de David et que l’héritier de David y naisse à ce moment-là. Ce fait est d’autant plus remarquable que le recensement lui-même n’eut lieu que quelques années plus tard, lorsque Cyrénius était gouverneur de la Syrie. Dieu accomplit ses desseins d’amour ; mais l’homme n’a pas d’yeux pour les voir ! Qui prenait garde au pauvre Juif, bien qu’il fût de la maison et de la lignée de David ? Les choses qui sont absolument indifférentes à l’homme remplissent le coeur et le regard de Dieu.
L’atmosphère est toute juive ici : des promesses s’accomplissent, l’enfant doit naître à Bethléhem, dans la ville de David (verset 4 ; comp. Matt. 2:1 et suiv.). « La ville de David » n’est rien pour le chrétien, sauf comme témoignage de l’accomplissement de la prophétie : pour nous, le Fils vient du ciel. Sur la terre, l’enfant Jésus est l’objet des conseils de Dieu : les anges et le ciel sont occupés de sa naissance ; mais, dans le monde, il n’y a point de place pour Lui ! Allez où le vaste monde enregistre chacun, entrez dans le petit monde d’une hôtellerie où l’oeil exercé du maître d’hôtel estime chacun et lui assigne sa place, de la mansarde au premier étage... : il n’y a point de place pour Jésus ! Et la crèche, quand le temps est venu, aboutit à la croix !
Quelle leçon pour nous relativement à ce monde ! Quelle différence aussi entre laisser le monde ou être laissé par lui ! Nous disons adieu au monde avec une certaine facilité peut-être ; mais quand il nous méprise comme il a méprisé Christ, nous découvrons, à moins que Lui ne remplisse et ne satisfasse notre coeur, que nous tenions à son estime sans nous en douter. Si l’obéissance est pour nous, dans notre mesure, aussi importante qu’elle l’était pour Christ, nous poursuivrons notre course, quelque obstacle que nous ayons à rencontrer sur notre route, sans nous inquiéter du monde : non que nous soyons insensibles, mais quand on a Christ devant soi comme objet, on n’est occupé que de Lui.
Toute intelligence des choses de Dieu vient de sa révélation et non pas des raisonnements des hommes. C’est pourquoi les pauvres en esprit avancent davantage dans l’intelligence spirituelle que les sages et les prudents de la terre. Dieu agit ici de manière à mettre de côté toute apparence de sagesse humaine. Heureux celui qui a assez saisi l’intention de Dieu pour être identifié avec elle, et n’avoir besoin de personne si ce n’est de Lui ! Tels étaient les bergers : ils connaissaient peu la pensée qui avait présidé à l’enregistrement ; mais ce fut à eux, et non aux sages, que Dieu se révéla. Notre vraie science est produite par ce que Dieu révèle ; mais nous n’arrivons jamais à la possession des pleines bénédictions de Dieu sans que notre chair soit abaissée et annulée ; je parle ici de la marche. Nous ne pouvons entrer dans la joie simple et la puissance de Dieu sans avoir pris une place d’abaissement et d’humiliation, sans que notre coeur soit dépouillé de ce qui est contraire à l’abaissement de Christ. Les bergers qui reçoivent le message de Dieu étaient paisiblement occupés de l’accomplissement de leur humble devoir : c’est là qu’est la place de la bénédiction. Celui qui transige avec le monde ne marche pas avec Dieu ; car Dieu n’est pas là avec lui. De la crèche à la croix, tout en Christ était simple obéissance. Combien autre était Theudas, qui se disait « être quelque chose ! » Christ faisait tout selon que Dieu l’enseignait ; il faut que nous en venions là, nous aussi.
La gloire du Seigneur resplendit autour des bergers ; l’ange leur parle ; il leur indique le signe auquel ils reconnaîtront l’enfant ; et quel signe ! « Vous trouverez un petit enfant emmailloté et couché dans une crèche » (v. 12). « Et soudain il y eut avec l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu », — et pourquoi ? À cause du mystère de la piété : « Dieu a été manifesté en chair »... (1 Tim. 3:16). L’espérance d’Israël est révélée aux bergers, — la bonne nouvelle d’une grande joie pour tout le peuple (v. 10), car Jésus est le pivot de tous les conseils de Dieu en grâce. Adam lui-même n’était qu’une figure de Celui qui devait venir (Rom. 5:14). Christ était toujours dans la pensée de Dieu. Il n’est pas donné tous les jours à des yeux mortels de contempler de pareilles manifestations de gloire, mais Dieu les place devant nous dans sa Parole ; et chaque jour il nous faut considérer le signe donné de Dieu, Jésus, l’enfant dans la crèche. Si Lui remplissait l’oeil, l’oreille et le coeur, quels n’en seraient pas les effets sur notre personne, notre esprit, notre conversation, nos vêtements, nos maisons, nos richesses ! ...
Le signe que Dieu donne de l’accomplissement de sa promesse et de sa présence dans le monde, c’est un « enfant emmailloté et couché dans une crèche », — ce qu’il y a de plus petit et de plus humble ! Mais c’est là qu’on trouve Dieu, quoique ces choses dépassent l’homme, qui ne peut ni marcher avec Dieu ni comprendre sa gloire morale : mais le signe de Dieu est à portée de la foi, signe de faiblesse parfaite, un petit enfant qui ne peut que pleurer. Tel est, né dans ce monde, Christ le Seigneur ; telle est la place que Dieu choisit : la dernière place ! L’intervention de Dieu est manifestée et reconnue par un signe comme celui-là. Jamais l’homme n’eût eu cette pensée. Les armées du ciel louent Dieu, et disent : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts ; et sur la terre, paix ; et bon plaisir dans les hommes » (v. 13, 14) ; car rien n’est plus merveilleux, sauf la croix, pour ceux qui ont la pensée du ciel. Le choeur céleste voit Dieu, Dieu manifesté en chair, et loue Dieu dans les lieux très hauts. Les anges se réjouissent de ce que ses délices sont avec les fils des hommes (comp. Prov. 8:30, 31). Aux jours d’autrefois Dieu s’était révélé à Moïse dans une flamme de feu qui ne consumait pas le buisson (Ex. 3) ; mais ici, d’une manière bien plus merveilleuse, il se révèle dans l’objet le plus faible sur la terre : pensée moralement infinie, quoique le monde puisse la mépriser ! Qu’il est difficile d’accepter que l’oeuvre de Dieu et de son Christ s’accomplît toujours dans la faiblesse ! Les chefs du peuple voyaient en Pierre et Jean des hommes ignorants et illettrés. La faiblesse de Paul à Corinthe était l’épreuve de ses amis, la joie de ses ennemis, mais ce dont lui se glorifiait (2 Cor. 12:7-10 ; 1 Cor. 2:3-5). La puissance du Seigneur s’accomplit dans la faiblesse. L’écharde dans sa chair jetait du mépris sur Paul, et il pensait qu’il vaudrait mieux que l’écharde fût ôtée. Il avait besoin de cette leçon : « Ma grâce te suffit ». Il fallait qu’il apprît que Dieu choisit les choses faibles pour confondre les fortes. Il faut que tout repose sur la puissance divine, sinon l’oeuvre de Dieu ne peut se faire selon la pensée de Dieu. On se persuade difficilement qu’il faille être faible pour faire l’oeuvre de Dieu, mais Christ a été crucifié en faiblesse, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes (1 Cor. 1:17-29). Pour faire l’oeuvre de Dieu, il faut que nous soyons faibles, afin que la puissance soit de Dieu (2 Cor. 4:7 et suiv.), et cette oeuvre demeurera quand la terre aura passé.
À côté du témoignage additionnel que la mère de Jésus rend par son offrande aux circonstances dans lesquelles le Seigneur de gloire naquit ici-bas, nous pouvons voir que Dieu qui, à travers tout l’Évangile, place l’homme dans une nouvelle position devant Lui, n’oubliait pas son ancien peuple. Oui, Dieu, on le voit ici, était là pour répondre à toute pensée de tout coeur d’homme touché par la grâce, en Israël ; son coeur était spécialement tourné vers ceux qui menaient deuil sur les péchés et la désolation de son peuple, et qui attendaient la délivrance, criant à Lui du milieu des ténèbres : « Jusques à quand, Seigneur ? » — Dieu accomplira en puissance ce en quoi l’homme a failli au point de vue de sa responsabilité. Serait-ce une raison de nous tenir pour satisfaits lorsque le peuple de Dieu ne le glorifie pas ? — Non, assurément : la foi n’est pas insensible, elle mènera deuil, mais se confiera en Dieu et attendra que le temps de Dieu soit venu ; car Celui qui a promis est « fidèle, qui aussi le fera » : il saura accomplir ses propres desseins.
Siméon « attendait la consolation d’Israël » ; Anne ne quittait pas le temple, mais servait Dieu en jeûnes et en prières, nuit et jour (v. 36, 37) ; ainsi faisaient tous ceux qui attendaient la délivrance, à Jérusalem. Il y avait « ceux qui attendaient » ; et Anne les connaissait et leur parlait. Les autres sans doute étaient occupés de l’oppression romaine ; mais ces quelques-uns attendaient le Christ, courbés sous la main de Dieu qui juge le mal, mais attendant sa délivrance.
Je pense qu’il y avait dans l’âme de Siméon quelque chose de plus que la joie de tenir dans ses bras le petit enfant, le Messie désiré : Siméon sentait qu’il avait Dieu ; et il était satisfait. C’est pourquoi, sans même porter ses regards en avant jusqu’à la gloire, il dit : « Maintenant, Seigneur, tu laisses aller ton esclave en paix selon ta parole ». Au chapitre 5, verset 11, de l’épître aux Romains, l’apôtre, après avoir dit que nous nous réjouissons dans l’espérance de la gloire de Dieu, ajoute : « Et non seulement cela » (car . il y a même plus que cette espérance), « mais aussi nous nous glorifions en Dieu ». Les yeux de Siméon ont vu le salut de Dieu, et il demande au souverain Maître de le laisser maintenant aller en paix.
Nous voyons souvent quelque chose de semblable au lit de mort des chrétiens qui jouissent profondément de l’amour du Seigneur pour les siens, et de la proximité de sa venue pour eux. Quelqu’un dira peut-être : Quelle consolation peut apporter la proximité de la venue de Christ à ceux qui meurent et qui s’en vont auprès de Lui ? — La voici : Plus nous sommes près de Dieu, plus nous attachons de prix à toute sa vérité et à tout ce à quoi Lui attache du prix. Ainsi, aux versets 30-32, Siméon se réjouit en contemplant l’étendue de la délivrance de Dieu : elle était pour la révélation des nations, qui avaient été jusqu’alors cachées dans les ténèbres de l’idolâtrie et de l’impiété, aussi bien que pour la gloire d’Israël. Mais l’âme de Siméon est satisfaite, parce qu’elle possède Christ et qu’elle anticipe l’effet de sa présence dans le monde entier : Siméon a tout EN LUI, et désire s’en aller en paix. Si un homme marche avec Dieu et qu’il ait achevé sa course, il sait que son oeuvre est accomplie, et il a le sentiment que le temps du Seigneur est venu ; il est associé et en communion avec le Seigneur, avec lequel il a marché. Si, au contraire, il est simplement placé sur un lit de maladie, il ne sera pas, à ce moment-là, prêt à s’en aller, non pas qu’il craigne, mais Dieu lui apprend autre chose. Mais lorsque le temps de Dieu est venu, tout est joie et l’âme est prête ; elle sent et dit comme Siméon : « Maintenant tu laisses aller ton esclave en paix ».
Lorsque Siméon bénit Joseph et Marie, l’Esprit lui donne d’annoncer les résultats immédiats de la présence de « l’Enfant » en Israël : Jésus devait être une pierre de touche pour plusieurs coeurs, un sujet de chute, aussi bien que de relèvement pour plusieurs en Israël ; un signe auquel on contredirait, et l’âme de Marie devait être transpercée, quelle que fût d’ailleurs la joie présente ou la gloire à venir.
Israël, en effet, était tombé bien bas, mais Israël ne le savait pas et il fallait que Dieu le lui fît connaître. Nous aussi, nous avons besoin que Dieu nous enseigne à cet égard, car Christ a dû descendre dans le sépulcre et ressusciter d’entre les morts. Il faut que les pensées du coeur soient révélées, quelle que soit l’apparence extérieure de l’homme ; mais Christ est celui qui manifeste aussi les pensées de Dieu. S’il est le Christ, la gloire du peuple de Dieu, il est aussi Celui qui abaissera la chair et qui rencontrera et humiliera l’homme dans son orgueil ; il est Celui qui nous fera connaître si dans sa réjection il est plus précieux que toute autre chose.
Quand ils eurent tout accompli selon la loi, les parents de Jésus s’en retournèrent en Galilée, à Nazareth. Jésus ne serait pas le Christ dont nous avons besoin, s’il avait reçu quelque gloire de Jérusalem : partout en Israël sa place est au milieu des pauvres du troupeau.
« Et l’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse ; et la faveur de Dieu était sur lui. » Luc nous fournit plus de détails que les autres évangiles sur la réalité de l’enfance du Sauveur. Il n’en a pas été de Jésus comme d’Adam qui a été créé homme fait.
Si quelqu’un lit seulement, sans commentaire, ces pages que Dieu nous a données, combien il en sent l’indicible prix ! Quand nous voyons qui est Celui dont elles nous parlent, nous voyons la nature humaine en Lui remplie de Dieu, pour ainsi dire. Il ne s’agit pas d’une distinction officielle ; mais le coeur sent que Dieu s’est approché de lui, et le charme et la beauté intrinsèque de l’enfant le remplissent.
L’incident lié à la Pâque, alors que Jésus avait douze ans, n’est pas moins profondément instructif que ce qui précède. Le vrai caractère du Seigneur y apparaît, quoique Jésus ne fût pas encore appelé à agir selon ce caractère. Il vint pour être un Nazaréen, pour être aux affaires de son Père, Luc nous le dit positivement avant que Jésus entre dans son ministère public, afin qu’il soit bien évident que ce caractère se lie à sa personne et ne dépend pas seulement de son office. Jésus était le Pasteur du troupeau, en esprit et en caractère. Le troupeau était à Lui. Il était le Fils du Père, quoiqu’il attendît pour le manifester le temps déterminé de Dieu.
« Et il descendit avec eux, et vint à Nazareth, et leur était soumis. » Quelle majesté dans toute la vie du Sauveur ! Le fait qu’il était Dieu assurait sa perfection comme enfant et comme homme ici-bas. Il avait toujours conscience de sa relation avec son Père ; il était un enfant obéissant, mais ayant conscience d’une gloire qui était indépendante de tout assujettissement à une parenté humaine. Il était à Marie et même à Joseph ; mais, dans un autre sens, il n’était pas à eux. Il avait pleine conscience de sa relation comme Fils de Dieu, quand d’autre part son obéissance à ses parents était absolument juste et parfaite.
« Et Jésus avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes » : son intelligence humaine se développant, il devenait ainsi — quoique toujours parfait — parfait dans un sens plus complet : l’enfant parfait devenait l’homme parfait. La plante pleine de beauté et de grâce croissait et s’épanouissait devant Dieu et devant les hommes.
Les deux chapitres précédents nous ont donné le caractère général de l’évangile de Luc ; ils nous ont montré comment les pensées de Dieu descendent vers l’homme. Si nous considérons son évangile dans son ensemble, Luc est spécialement occupé de ce qui n’est pas juif ; toutefois la partie qu’on peut appeler juive nous est donnée d’abord avec beaucoup de détails, parce qu’Israël, vu son incrédulité et sa dépravation morale, sera mis de côté pour ouvrir la voie à de nouvelles relations, fondées sur la révélation de ce que Dieu est pour l’homme en Jésus, vrai et seul Médiateur. Mais si le chapitre 1 nous a montré la fidélité de Dieu aux promesses faites à Abraham, à son alliance et à son serment, le chapitre 2 nous met en présence du gouvernement actuel du monde, du pays et du peuple du Seigneur, sous la quatrième « bête », qui est l’empire romain. Quelle confusion le péché ne crée-t-il pas ? Les Juifs sont assujettis aux nations : Joseph et Marie, de la maison royale de David, vont se faire enregistrer et taxer ! Mais les voies de Dieu brillent d’un éclat d’autant plus grand qu’elles s’accomplissent au milieu des ténèbres. « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même » (2 Cor. 5:19). Cependant Israël allait être mis à une nouvelle épreuve morale par le fait que Dieu se présentait ainsi aux regards des hommes. Hélas ! on devait voir bientôt que si les Juifs n’avaient pas gardé la loi, ils haïssaient la grâce. « Voici, celui-ci est mis pour la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et pour un signe que l’on contredira. »
Au chapitre 3, Dieu intervient par un prophète, comme jadis il était intervenu par le ministère de Samuel : « La parole de Dieu vint à Jean, le fils de Zacharie, au désert ». — Ce n’est pas sans motif que l’Esprit mentionne ici la quinzième année de Tibère César : toute la terre jouissait en apparence du repos sous son maître païen ; la parole de Dieu trouvait dans le désert la sphère qui lui convenait. La loi et les prophètes étaient jusqu’à Jean ; au milieu d’un tel état de choses, quel lieu pouvait convenir à celui-ci, sinon le désert ? Pouvait-il reconnaître moralement l’état d’Israël ? Dieu ne veut pas que son messager soit à Jérusalem.
La « prophétie » est l’intervention souveraine par laquelle Dieu peut communiquer avec son peuple, quand il est déchu et s’est détourné de Lui. Jean le comprend et prêche le baptême de repentance pour la rémission des péchés. Ésaie le prophète, bien des siècles auparavant, lui avait assigné cette place. Il ne servait de rien à Israël de mettre en avant ses droits et ses privilèges : son état tout entier était mauvais, et le Juge était à la porte. Jean ne rappelait pas le peuple à la loi ; il préparait le chemin du Seigneur. En cela il différait des prophètes aussi bien que de la loi, ou plutôt il allait plus loin ; car le temps de Dieu était venu pour faire un pas en avant. Les prophètes ramenaient le peuple en Horeb ; Jean parle autrement, quoique son père fût un sacrificateur, et lui-même un descendant d’Aaron. Il ne cherche pas à rétablir ce qui était terminé ; il annonce le royaume. Il n’introduit pas l’Église, ni même les bonnes nouvelles de la grâce de Dieu, car toutes deux attendaient l’accomplissement de l’oeuvre de la rédemption ; mais il laisse la loi et montre que le dessein de Dieu, c’est « le royaume ».
La citation d’Ésaïe met de côté Israël, non pas les gentils seulement, mais Israël, comme de l’herbe séchée dans laquelle il n’y a plus un seul brin vert. Cependant la parole de Dieu demeure à jamais ; et elle demeure quand tout espoir du côté de l’homme s’est évanoui. Israël peut avoir failli, mais la parole de Dieu demeurera. De plus, puisque c’est le Seigneur qui vient, « toute vallée sera comblée, et toute montagne et toute colline sera abaissée... » ; et non seulement les Juifs, mais « toute chair verra le salut de Dieu ». Si le péché plonge tout le monde dans une commune ruine et sous un même jugement, Dieu peut satisfaire aux besoins de l’homme ainsi déchu ; mais sa gloire ne sera pas renfermée dans les limites étroites d’Israël.
Mais, pour être béni, il faut que l’homme se repente. Dieu veut de la réalité et non pas seulement un peuple nominal ; il veut des faits qui conviennent à des coeurs sentant et jugeant leur condition morale et qui par conséquent se tournent d’eux-mêmes vers Lui. Des ordonnances, des droits formels, qui auraient dû être des moyens de bénédiction, n’étaient nullement un abri contre la colère qui vient, et Dieu ne permettrait pas à ceux qui se prévalaient de ces droits, d’empêcher qu’il créât de vrais enfants de la promesse, si la génération présente devait reprendre le caractère d’Ismaël. Le jugement doit commencer par la maison de Dieu (voyez 1 Pierre 4:17).
De fait, nous le savons, Jean fut décapité, le Seigneur crucifié, et le royaume présenté en Lui et par Lui, rejeté par Israël ; mais bientôt, le royaume sera établi visiblement et en puissance (*). En attendant l’Église est formée, parce que le royaume n’est pas encore établi sous cette forme visible ; et ceux qui maintenant prennent leur place avec le Seigneur partagent sa réjection. Ils sont membres de son corps, l’Église ; ils partageront sa gloire ; mais ce sera une gloire céleste et non pas terrestre. En un autre sens, nous sommes dans le royaume maintenant. Pour la foi, les cieux règnent à présent, et nous le reconnaissons et nous le savons ; mais Satan est actuellement prince et dieu de ce monde ; et ainsi, ceux qui sont faits rois pour Dieu (car c’est là notre vraie place en tant que chrétiens) sont appelés à souffrir. C’est pourquoi Paul allait partout, prêchant le royaume de Dieu, aussi bien que Christ et l’Église. Nous avons ce en vertu de quoi nous régnerons avec Christ ; mais nous avons une part bien plus glorieuse encore qui est d’être avec Christ, son corps et son épouse. Pour peu que notre pensée s’arrête sur la personne de Christ, nous comprendrons facilement que, lorsque Lui est retranché, tout est fini pour ce qui concerne la terre. Il est le centre de tout ; et lorsqu’il est rejeté, c’en est fait de ce que la prophétie annonçait et de ce qui semblait sur le point de s’accomplir. Mais Christ rejeté ressuscite et monte au ciel, entrant dans une gloire qui est au-dessus des cieux ; et là, dans les cieux, les saints trouvent leur place avec Lui (comp. Ps. 2 et 8).
(*) Remarquez que Matthieu seul se sert de l’expression de : « royaume des cieux ». Cette expression peut souvent, dans un sens général, être confondue avec celle de « royaume de Dieu », comme nous le voyons par la comparaison avec Luc ; cependant les deux termes ne peuvent pas toujours se remplacer mutuellement, et Matthieu dit : « royaume de Dieu », dans quelques passages où il ne pouvait pas dire : « royaume des cieux » (voyez Matthieu 6:33 ; 12:28 et 21:43).
Ainsi le « royaume de Dieu » était présent lorsque Christ, le roi, était présent ici-bas ; le « royaume des cieux » commença lorsque Christ monta dans les cieux. Le jour vient où Satan cessant de gouverner, le « royaume des cieux » (et « de Dieu » aussi, sans doute) prendra une autre forme, non plus en mystère, mais en manifestation. Le « royaume de Dieu » a aussi un sens moral que le terme de « royaume des cieux » n’a pas ; et dans ce sens, l’expression est fréquemment employée par Paul dans ses écrits et elle convenait particulièrement au dessein de l’Esprit dans Luc (voyez Actes 20:25 ; Rom. 14:17 ; 1 Cor. 6:9, 10 ; 15:50 ; 2 Thess. 1:5 ; Luc 6:20 ; 8:1 ; 9:62 ; 13:18, 20, etc.).
Jean s’adresse aux Juifs, demandant la repentance et la justice qui en est le fruit. Il leur montre que si, extérieurement, ils sont plus rapprochés de Dieu que les nations, ils doivent d’autant plus tôt attendre le jugement : il insiste sur le fait que, si le Seigneur venait, il devait trouver ce qui convient au Seigneur. Même alors la cognée était mise à la racine des arbres ; chaque arbre, s’il ne portait pas de bon fruit, devait être abattu et brûlé. Repentance ou colère : choisissez ! Le Seigneur n’admettra pas vos prétentions comme descendants d’Abraham, si vos voies renient Abraham : le Seigneur veut de la justice. C’est le Seigneur qui vient ! Et il faut qu’il ait un peuple préparé pour Lui ; sinon des pierres mêmes il se formera un peuple selon ses pensées.
Évidemment, la parole de Jean n’est pas une voix de miséricorde pour le pauvre pécheur ; Jean présente Dieu comme juge, et non pas comme agissant dans la souveraineté de sa grâce ; il ne dit pas et ne pouvait pas dire : « Venez à moi », parce que Jean n’était pas Christ. Christ seul a pu dire : « Venez à moi ». Jean venait dans les voies de la justice.
Les versets 10-14 renferment un témoignage moral. Jean entre dans les détails et s’occupe de l’iniquité pratique de chacune des classes dont se composait la foule qui l’entourait. Même lorsque la question du Christ est soulevée, dans les versets 15-18, Jean dit : Il en vient un « plus puissant que moi » ; il pense particulièrement à la puissance de Celui qui vient, — à sa puissance morale aussi bien qu’extérieure. Celui-là « vous baptisera de l’Esprit Saint et de feu. » Il s’agit ici de la puissance du Saint Esprit et de son jugement consumant. Jean ne pouvait parler de la grâce de l’Évangile tel que nous le connaissons maintenant ; il annonçait un glorieux personnage qui venait après lui, non pas un salut actuel. Tout ce qui ne pouvait pas endurer le feu devait être brûlé ; car « il a son van dans sa main, et il nettoiera entièrement son aire et assemblera le froment dans son grenier » (comp. És. 21:10 et suivants). « L’aire de Dieu », — c’était Israël : là Dieu trouvait son froment, s’il y en avait ; mais il avait son van dans sa main et il allait faire une oeuvre abrégée. Titus finalement a mis de côté l’aire de Dieu sur la terre ; le péché d’Israël avait fait perdre moralement sa place au peuple, lorsqu’il rejeta Christ ; mais à la destruction de Jérusalem, Israël perdit entièrement cette place pour le présent.
Le mode d’enseignement de Luc mérite d’être remarqué ici en passant : Luc montre que Jean avait prêché et exhorté au point de vue moral ; — et puis il dispose de Jean, l’éliminant pour ainsi dire de la scène, afin d’y introduire Christ. Ce n’est pas que, historiquement, Jean ait été emprisonné à ce moment-là par Hérode le tétrarque, car cet événement n’eut lieu que beaucoup plus tard ; mais nous avons ici un exemple de la manière de Luc ; il revient au Seigneur prenant sa place au milieu du résidu d’Israël, car le Seigneur ne s’identifie pas avec la nation ; mais dès qu’il y a un pauvre résidu, il s’identifie avec lui.
Nous trouvons le récit de ce fait dans les versets 21 et suivants. Qu’elle est merveilleuse et pleine de grâce cette entrée de Jésus au milieu de ceux que la voix de Jean-Baptiste avait rassemblés ! « Et il arriva que, comme tout le peuple était baptisé, Jésus aussi étant baptisé et priant, le ciel s’ouvrit ; et l’Esprit Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe ; et il y eut une voix qui venait du ciel : Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai trouvé mon plaisir. » — Quelqu’un eût pu contempler et écouter avec tristesse ce que nous lisons au sujet de Jean-Baptiste et de son témoignage ; nous eussions pu, en entendant le glas funèbre de l’humanité, nous écrier : Qu’est-ce que l’homme ? Mais maintenant notre oeil se repose sur Jésus : nous trouvons le Seigneur venu du ciel, un homme ! Tout est à recommencer. Si je demande encore : Qu’est-ce que l’homme ? — aussitôt Christ apparaît. Si je regarde à moi-même, à tout ce qui m’entoure, que vois-je ? — assez pour briser le coeur, s’il y a un coeur qui puisse être brisé. La seule chose qui empêche qu’on ne soit entièrement accablé par la vue de l’état des choses ici-bas, c’est qu’on n’a pas de coeur pour sentir les choses comme elles sont. Mais ici il y a du repos ! J’ai trouvé maintenant un homme qui a satisfait Dieu, un homme sur la terre dans la présence de Dieu, regardant vers Dieu, et étant un objet pour Dieu ! — non pas le Messie purifiant son aire, mais Celui en qui toutes les pensées et tous les conseils de Dieu sont renfermés ; — non pas l’homme et sa beauté détruits par la teigne, mais Jésus, le Fils de l’homme, non seulement le descendant d’Abraham et de David, mais Celui dont la lignée remonte jusqu’à Adam et jusqu’à Dieu, — « fils d’Adam, fils de Dieu », le second homme, le dernier Adam, l’Esprit vivifiant ! Quelle consolation ! — car qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce que le « moi », quand le péché du coeur est connu ? — ce « moi » qui, depuis le commencement jusqu’à maintenant abandonne Dieu pour le fruit d’un arbre ? Mais ici un homme apparaît, un homme béni « et priant ». Nous ne trouvons pas ce détail ailleurs. Et pourquoi nous est-il donné ici ? — Parce que Luc présente l’homme dans sa perfection, l’homme dépendant ; car la dépendance est l’essence d’un homme parfait. Sans doute, nous voyons Dieu briller en Jésus, mais en Jésus, l’homme dépendant, à la place et dans la condition de perfection comme homme. La racine du péché en nous c’est la volonté propre, l’indépendance ; ici, en Jésus, mon coeur trouve du repos ! — un homme dépendant au milieu de la misère et de la ruine, mais parfaitement avec Dieu en tout ! (comparez aussi le récit que Luc nous donne de la transfiguration). Dans l’humiliation ou dans la gloire, il n’y a point de différence quant à ce point : l’homme parfait est toujours l’homme dépendant.
Et lorsque ce coeur exprimait ainsi sa dépendance, ne reçut-il aucune réponse ? « Le ciel s’ouvrit. » Est-ce que le ciel s’ouvre ainsi sur moi ? Il est ouvert pour moi, en vérité, sans doute ; mais moi, je prie parce qu’il est ouvert ; — il s’ouvrit, parce que Lui priait. Mais, je viens et je regarde en haut, parce que les cieux furent ouverts sur Lui.
Quel attrayant tableau de la grâce, un tableau dont nous pouvons dire avec hardiesse, que le Père aimait à le contempler. Oui, le Père aimait à regarder d’en haut sur la terre, au milieu de tout ce péché, sur son Fils. Rien que de divin ne pouvait ainsi attirer le coeur de Dieu ; et cependant l’homme humble et parfait, Jésus, ne prend pas la place de sa gloire éternelle comme Créateur, Fils de Dieu : il s’abaisse et il est baptisé ; il dit à Dieu : En toi « je me confie ». Il dit à l’Éternel : « Tu es le Seigneur, ma bonté ne s’élève pas jusqu’à toi » ; et il dit au résidu fidèle en Israël, c’est-à-dire aux saints qui sont sur la terre et aux excellents : « En eux sont toutes mes délices » (Ps. 16). Jésus n’avait pas besoin de repentance, et cependant il est baptisé avec eux, précisément comme plus tard il met dehors ses brebis et va devant elles. Il s’identifie en grâce avec Israël, c’est-à-dire avec ceux qui avaient le coeur pur ; et le Saint Esprit descend sur Lui comme une colombe, — vrai emblème de cet homme sans tache, — vrai lieu de repos pour l’Esprit dans le déluge de ce monde ! (comp. Gen. 8:9). Combien aussi il est précieux pour nous que Jésus nous soit désigné comme l’objet de Dieu. Nous savons quels sont les sentiments du Père à son égard ; nous sommes initiés aux pensées du Père et admis à l’entendre exprimer son affection pour son Fils, à voir les liens se reformer entre Dieu et l’homme. Le ciel est ouvert, non pas sur quelque chose qui soit en haut, mais sur un homme qui est sur la terre. Ainsi je trouve du repos ; et mon coeur entre en communion avec Dieu au sujet de son Fils bien-aimé. Il n’y a que le croyant qui en jouisse ; mais le lien est là ; et si j’ai en moi et autour de moi ce qui trouble mon âme, j’ai en Lui ce qui est une joie et une consolation qui ne pourront défaillir.
La généalogie dans Luc s’accorde avec la pensée que Dieu agit en grâce dans l’homme et envers l’homme. Jésus, le Fils bien-aimé de Dieu, a une généalogie qui remonte jusqu’à Adam et jusqu’à Dieu. Jésus est Fils de l’homme ; il est héritier dans ce sens et vient revendiquer l’héritage que Dieu donna à l’homme. Quelle vérité ! De quel côté le coeur se tournerait-il pour trouver du repos, s’il n’avait pas Jésus pour se reposer en Lui ? Avec Lui, que le ciel et la terre soient renversés, j’ai cependant un repos ! Quel bonheur pour le coeur d’avoir l’objet dont Dieu lui‑même est occupé ! Que nos coeurs aussi soient de plus en plus tournés vers Lui et occupés de Lui.
Le Seigneur ayant pris la place de serviteur au milieu des « excellents » d’Israël, le ciel s’était ouvert sur Lui, et il avait été reconnu par le Père comme son Fils bien-aimé. Ses plaisirs étaient avec les fils des hommes ; aussi sa généalogie n’est-elle pas retracée seulement jusqu’à Abraham, la racine et le dépositaire des promesses juives, mais jusqu’à Adam et à Dieu lui-même. Indépendamment de sa propre gloire divine comme Fils du Père, Jésus devait être appelé le « Fils du Très-Haut », le « Fils de Dieu ». Comme homme sur la terre, il fut scellé du Saint Esprit. Il prit la forme d’un serviteur et fut fait à la ressemblance des hommes. La plénitude de sa perfection était maintenant d’accomplir comme serviteur la volonté de Celui qui l’avait envoyé ; car un serviteur qui fait sa propre volonté est un mauvais serviteur. La dépendance, la patience et l’obéissance étaient les traits caractéristiques de la place qu’il prenait, et se trouvent en Lui au plus haut degré. C’est pourquoi le Psaume 40, qui nous le présente prophétiquement, dit : « J’ai attendu patiemment l’Éternel ». Il ne demande pas la puissance, mais il s’attend à Dieu : « Penses-tu que je ne puisse pas maintenant prier mon Père, et il me fournira plus de douze légions d’anges ? » (Matt. 26:53). Mis absolument et foncièrement à l’épreuve, il n’a jamais rien voulu si ce n’est faire la volonté de son Père. Il fallait qu’il apprît l’obéissance (comp. Héb. 5:8). Ayant pris la place de serviteur, il garde cette place jusqu’au bout, non pas dans un acte, mais en faisant l’expérience de la force de cette expression : apprenant « l’obéissance », sans qu’il ait eu aucune consolation ici-bas, avec des ennemis tout autour de Lui, des chiens l’entourant, de puissants taureaux de Basan qui l’environnaient. Il dut apprendre l’obéissance, là où l’obéissance était toujours la souffrance, même jusqu’à l’abandon de sa vie. Chacun de ses pas était un pas dans l’humiliation, jusqu’à ce qu’il vînt au terme de sa course, à la croix, où il porta la colère de Dieu en amour pour nous. Sans doute il trouva dans sa réjection des champs blancs « pour la moisson », et nous aussi, dans notre mesure, nous en trouverons, si nous marchons dans le même chemin ; mais la croix (tout ce qui pouvait arrêter un homme) était toujours devant Lui ; cependant il poursuivit sa route, attendant patiemment et ne demandant pas de délivrance. Il présente ainsi le Dieu parfait à l’homme, et l’homme parfait à Dieu.
Dans ce chapitre, Jésus entre publiquement dans le chemin de patiente obéissance. La première chose que nous ayons à remarquer ici, c’est que, plein du Saint Esprit, le Seigneur est conduit par l’Esprit au désert, où il est tenté par le diable. L’ennemi est puissant de deux manières : il tente, ou il effraie. Dans le premier cas, il agit par nos convoitises, présentant ce qui, est calculé pour attirer et ainsi il domine sur nous naturellement ; — dans le second cas, il a la puissance de la mort. Ainsi Judas, étant un homme avare et qui n’avait pas la foi qui purifie le coeur, Satan fait naître l’occasion et s’empare de lui, non pas que Satan ait aucun droit de dominer sur les hommes, mais il acquiert la domination sur eux par les convoitises de la chair ; — d’un autre côté, il effraie par les terreurs de la mort. Il assaillit le Seigneur de ces deux manières, mais ne trouva rien en Lui (comp. verset 13 et Jean 14:30).
Ici donc le diable se rencontre avec l’homme, l’homme dans la puissance de l’Esprit de Dieu ; tenté non dans le paradis, mais dans le désert. Jésus ne dit pas « Je suis Dieu, et toi, tu es Satan ; va arrière de moi » — Dieu n’aurait pas été glorifié ainsi et nous n’en aurions tiré aucun profit. Mais comme le Seigneur avait été conduit dans le désert, non par la convoitise (penser cela serait un blasphème !) mais par le Saint Esprit, ainsi dans sa grâce il se place lui-même là où l’homme se trouvait. Il ne reçoit de secours de personne, pas même de Jean-Baptiste ; bien au contraire, il est entouré de tout ce qui l’aurait fait broncher, si cela avait été possible : il passe au travers de tout comme homme. Il faut qu’il soit tenté, et qu’il soit vainqueur là où l’homme, non seulement avait failli, mais où il gisait sous la puissance du mal.
Il n’y avait pas de mal à avoir faim : ce n’était pas un péché. Jésus eût pu commander que les pierres devinssent du pain : mais faire ainsi, sauf à la parole de son Père, c’eût été faire sa propre volonté, et Jésus n’aurait pas été l’homme parfait. Satan cherche à introduire dans le coeur de Jésus un désir qui ne fût pas dans la parole de Dieu : il avait réussi à insinuer une convoitise dans le coeur d’Adam ; mais ses traits sont impuissants contre Jésus, quoique ce dernier soit quarante jours exposé à sa présence et à sa puissance. Jésus dut apprendre par l’expérience ce que c’est que d’être sans secours d’aucune part, sans amis, dans une affreuse solitude, n’ayant autour de Lui que les bêtes sau