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ÉTUDES sur la PAROLE :
ÉVANGILE selon LUC
par J.-N. Darby
Table des matières :
25 Note sur les souffrances et la mort de Christ
Le Sauveur nous est présenté dans Luc sous le caractère de Fils de l’homme déployant la puissance de l’Éternel en grâce au milieu des hommes. C’est pourquoi cet évangile fait davantage mention de l’action présente de la grâce et de ses effets, et rapporte même la prophétie au temps présent. Elle ne le remplace pas, comme en Matthieu, par d’autres dispensations, mais le remplit de la grâce céleste qui sauve. Au commencement, sans doute (et précisément, parce qu’Il devait être révélé comme homme et en grâce envers les hommes), nous le voyons, dans une espèce de préface, dans laquelle nous avons un tableau exquis du résidu pieux, présenté à Israël auquel il avait été promis et en relation avec lequel, selon la chair, il s’est placé par sa naissance dans ce monde. Mais ensuite, cet évangile nous présente des principes moraux qui s’appliquent à l’homme quel qu’il soit, tout en manifestant pour le moment au milieu du peuple et de diverses manières cette puissance de Dieu en grâce dans son application aux besoins des hommes.
Après la transfiguration qui est rapportée dans Luc plus tôt (*) que dans les autres évangiles, nous trouvons le jugement de ceux qui ont rejeté Jésus, et le caractère céleste de la grâce qui, puisqu’elle est grâce, s’adresse aux nations, aux pécheurs, sans avoir égard particulièrement aux Juifs, renversant les principes légaux par lesquels ceux-ci prétendaient être en relation avec Dieu, et quant à leur position extérieure, y avaient été appelés à l’origine en Sinaï. Les promesses inconditionnelles faites à Abraham, etc., et leur confirmation prophétique, sont un autre sujet. Elles seront accomplies en grâce et devaient jusque-là être saisies par la foi. Ce qui devait arriver à ce peuple selon le juste gouvernement de Dieu, nous est annoncé ensuite ; et à la fin, nous trouvons le récit de la mort et de la résurrection du Sauveur, événements qui accomplissent la rédemption. Il est à remarquer que Luc qui, sous le rapport moral, met de côté le système judaïque pour établir les relations de l’homme avec Dieu sur la base de la révélation de Dieu lui-même, donne beaucoup plus de développements que les autres évangélistes à son récit des faits qui tiennent aux relations de Jésus avec les Juifs. C’est lui qui introduit le Fils de l’homme comme l’homme devant Dieu selon le coeur de Dieu, en le faisant voir comme rempli de toute la plénitude de Dieu demeurant en lui corporellement. L’homme devant Dieu selon le coeur de Dieu, Jésus, est Médiateur entre l’homme et Dieu, et centre d’une sphère morale beaucoup plus vaste que celle du Messie au milieu des Juifs : et c’est essentiellement de ces nouvelles relations (vraiment anciennes dans les conseils de Dieu) que Luc s’occupe. Cependant nous trouverons dans les premiers chapitres de son évangile beaucoup plus de détails qu’ailleurs à l’égard de l’entrée de Jésus au milieu des Juifs (représentés par le pieux résidu de ce peuple), lorsqu’Il a été fait chair, ainsi que sur les faits qui se sont succédés à cette époque, faits propres à servir pour ce peuple de preuves de la mission de Jésus en entrant dans ce monde, à attirer son attention et à la fixer sur l’enfant qui leur était né.
(*) C’est-à-dire, quant au contenu de cet évangile. Le récit du dernier voyage du Seigneur se rendant à Jérusalem commence au chap. 9 et continue jusqu’au chap. 18. Au vers. 31 de ce chapitre est mentionné le fait qu’il monte à Jérusalem, et dès lors l’évangéliste donne surtout une série d’instructions d’une portée morale et montre les voies de Dieu en grâce qui vont être introduites. Au vers. 35 du chap. 18, nous trouvons l’aveugle de Jéricho déjà mentionné comme formant le début de la dernière visite du Seigneur à Jérusalem.
Il faut ajouter que ce qui caractérise le récit de Luc, et donne son intérêt particulier à cet évangile, c’est qu’il nous présente ce que Christ est, — Lui-même ; et non pas sa gloire officielle ou une position relative prise par Lui, ni la révélation de sa nature divine en elle-même, non plus que sa mission comme le grand Prophète. C’est Lui tel qu’il était, homme sur la terre ; la personne que j’aurais rencontrée chaque jour si, en ce temps-là, j’eusse vécu en Judée ou en Galilée.
J’ajouterai une remarque concernant le style de Luc, qui pourra faciliter au lecteur l’étude de cet évangile. Il condense souvent une quantité de faits dans un court récit général, et développe ensuite un fait isolé, où sont exposés des principes moraux et la grâce.
Plusieurs avaient entrepris de donner le récit de ce qui était historiquement reçu au milieu des chrétiens, selon que les compagnons du Seigneur le leur avaient raconté. Or Luc ayant suivi ces choses depuis le commencement et en ayant eu ainsi une exacte connaissance, avait trouvé bon d’en écrire méthodiquement à Théophile, afin que celui-ci eût la certitude des choses dans lesquelles il avait été instruit. C’est ainsi que Dieu a pourvu à l’instruction de l’Église tout entière, par la doctrine contenue dans le tableau de la vie de Jésus que nous devons à cet homme de Dieu, qui, mû personnellement par des motifs chrétiens, a été dirigé et inspiré par le Saint Esprit pour le bien de tous les croyants (*).
(*) L’union des motifs et de l’inspiration que les incrédules ont voulu mettre en contradiction se trouve à chaque page de la Parole ; aussi ces deux choses ne sont-elles incompatibles que dans l’esprit borné de ceux qui ne connaissent pas les voies de Dieu. Dieu ne peut-il donc point donner des motifs et par ces motifs engager un homme à entreprendre une tâche quelconque, et puis le diriger parfaitement et absolument en tout ce qu’il fait ? Eût-ce été même une pensée humaine (ce que je ne crois pas), si Dieu l’approuvait, ne pouvait-il pas veiller sur l’exécution, afin que le résultat fût entièrement selon sa volonté ?
Au vers. 5, l’évangéliste commence par les premières révélations de l’Esprit de Dieu relatives à ces événements, événements dont l’état du peuple de Dieu et l’état du monde dépendaient tout entiers, et dans lesquels Dieu devait se glorifier pour toute l’éternité.
Le récit nous fait entrer de suite dans l’atmosphère judaïque, au milieu des institutions judaïques : ce sont les ordonnances juives de l’Ancien Testament, les pensées et l’attente qui s’y rattachent qui forment le cadre dans lequel le grand et solennel fait est placé. Hérode, roi de Judée, en fournit la date ; et c’est un sacrificateur de l’une des vingt-quatre classes, homme juste et intègre, que nous rencontrons aux premiers pas sur notre chemin. Sa femme était des filles d’Aaron, et tous les deux justes devant Dieu, marchant sans reproche dans tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur (Jéhovah). Tout chez eux était en règle devant Dieu selon sa loi, dans le sens judaïque ; mais ils ne jouissaient pas de la bénédiction souhaitée par tout Juif : ils n’avaient pas d’enfant. Cependant il était selon les voies, on peut dire, ordinaires de Dieu dans son gouvernement au milieu de son peuple, d’accomplir sa bénédiction en manifestant la faiblesse de l’instrument dont il se servait ; faiblesse qui, d’après les pensées humaines, ôtait dans ce cas-ci tout espoir. Telle avait été l’histoire des Sara, des Rebecca, des Anne, et de bien d’autres dont la Parole nous parle pour nous instruire dans les voies de Dieu.
Cette bénédiction, objet des voeux, souvent exposés à Dieu, du pieux sacrificateur, ne lui avait pas été accordée jusqu’alors : l’exaucement tardait. Mais maintenant lorsque, au moment d’exercer son ministère régulier, Zacharie s’approche pour offrir l’encens qui, selon la loi, devait monter (figure de l’intercession du Seigneur) comme un parfum devant Dieu, et tandis que le peuple priait en dehors du lieu saint, l’ange de l’Éternel se présente au sacrificateur à la droite de l’autel des parfums (vers. 8 et suiv.). À la vue de ce glorieux personnage, le trouble s’empare de l’esprit de Zacharie ; mais l’ange l’encourage en lui déclarant qu’il porte de bonnes nouvelles, et en lui faisant connaître l’exaucement de ses voeux, longtemps et en apparence inutilement présentés à Dieu : «Ne crains pas, Zacharie, parce que tes supplications ont été exaucées, et ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, et tu appelleras son nom Jean», c’est-à-dire «la faveur de l’Éternel». «Et il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance», qui sera pour eux un sujet d’actions de grâces. Mais ce n’est pas seulement comme fils de Zacharie, que cet enfant devait réjouir les coeurs de plusieurs : l’Éternel le donne à Zacharie, et il sera grand devant le Seigneur ; il sera Nazaréen et rempli du Saint Esprit dès le ventre de sa mère, et aussi il fera retourner le coeur de plusieurs des enfants d’Israël au Seigneur leur Dieu. Il ira devant sa face dans l’esprit d’Élie et avec la même puissance, pour rétablir en Israël, dans ses sources mêmes, l’ordre moral, pour ramener les désobéissants à la pensée des justes, et pour préparer au Seigneur un peuple bien disposé.
«L’esprit d’Élie» était un zèle ferme et ardent pour la gloire de l’Éternel et pour l’établissement ou le rétablissement, par la repentance, des relations d’Israël avec Lui. Le coeur de Jean tenait à ce lien du peuple avec leur Dieu, selon la force et la gloire de ce lien même, mais dans le sentiment de l’état de décadence du peuple, et conformément aux droits de Dieu qui se rattachaient à ces relations elles-mêmes. En effet, quoique la grâce de Dieu envers son peuple eût envoyé Jean, l’esprit d’Élie était un esprit légal en un certain sens ; il faisait valoir les droits de l’Éternel en jugement. La grâce, par lui, ouvrait la porte à la repentance ; c’était la grâce, mais non la grâce souveraine qui apporte le salut même, quoique cependant elle en préparât la voie. C’est dans la force morale de son appel à la repentance que Jean est ici comparé à Élie, dans le but de rapprocher Israël de l’Éternel. Or l’Éternel, en effet, était là quand Jésus a paru.
Mais la foi de Zacharie en Dieu et dans sa bonté n’était pas, cas trop ordinaire, hélas ! à la hauteur de sa requête ; et quand celle-ci est exaucée à une époque qui rendait nécessaire une intervention particulière de la puissance de Dieu, il ne sait pas marcher sur les traces des Abraham et des Anne, et il demande encore comment la chose peut se faire ?
La bonté de Dieu fait tourner le manque de foi de son serviteur en un châtiment instructif pour lui, et pour le peuple, en une preuve que Zacharie a été visité d’en haut : Zacharie restera muet jusqu’à ce que la parole de l’Éternel soit accomplie ; et les signes qu’il fait au peuple étonné de sa longue station dans le sanctuaire, en expliquent la cause.
Or la parole de Dieu s’accomplit en faveur de Zacharie ; et Élizabeth, reconnaissant la bonne main du Seigneur qui l’avait bénie, se cache avec un tact qui tenait à sa piété. La grâce qui la bénissait ne la rendait pas insensible à ce qui était une honte en Israël, et qui, tout en étant ôté, laissait aux yeux des hommes des traces de cet opprobre dans les circonstances surnaturelles mêmes de la bénédiction qui lui était accordée. Il y avait là une justesse de sentiment convenable à une sainte femme. Mais ce qui se dérobe justement à l’homme, a toute sa valeur devant Dieu, et Élisabeth est visitée dans sa retraite par la mère du Seigneur.
Ici la scène change pour introduire le Seigneur lui-même dans cette scène merveilleuse qui se déroule devant nos yeux. Dieu, qui avait tout préparé d’avance, envoie maintenant annoncer à Marie la naissance du Sauveur. Dans le lieu que l’homme eût le moins soupçonné, et dont la renommée suffisait aux yeux du monde pour la condamnation de ceux qui en sortaient, une jeune fille inconnue à tous ceux que le monde connaissait, était fiancée à un pauvre charpentier ; Marie était son nom. Or tout était renversé en Israël : le charpentier était de la maison de David. Mais les promesses de Dieu qui jamais ne les oublie, et jamais ne méconnaît ceux qui en sont les objets, trouvaient ici le lieu de leur accomplissement ; la puissance et les affections de Dieu se dirigent ici selon leur énergie divine. Qu’importait que Nazareth fût grand ou petit, sinon pour montrer que Dieu ne s’attend pas à l’homme, mais que c’est à l’homme de s’attendre à Dieu ! Gabriel est donc envoyé à Nazareth, «à une vierge, fiancée à un homme dont le nom était Joseph, de la maison de David» (vers. 27).
Le don de Jean à Zacharie avait été une réponse aux prières de celui-ci — Dieu était fidèle à sa bonté envers un peuple qui s’attend à Lui. Mais ici, il y a une visitation de la grâce souveraine : Marie, vase d’élection, avait dans ce but trouvé grâce aux yeux de Dieu ; elle était favorisée par la grâce souveraine et bénie entre les femmes (*). Elle devait concevoir et enfanter un fils qu’elle appellerait Jésus. «Et voici, tu concevras dans ton ventre, et tu enfanteras un fils, et tu appelleras son nom Jésus. Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il régnera sur la maison de Jacob à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume» (vers. 31-33).
(*) Les expressions «eureV carin» tu as trouvé grâce et «kecaritwmenh» favorisée par la grâce, n’ont pas du tout la même signification. Personnellement, Marie avait trouvé grâce, de sorte qu’elle ne devait pas craindre ; mais Dieu, dans sa souveraineté, lui avait accordé cette grâce, cette faveur immense d’être la mère du Seigneur ; elle était en cela l’objet de la faveur souveraine de Dieu.
On remarquera que le sujet placé ici devant nos yeux par le Saint Esprit est la naissance de l’enfant, tel qu’il serait ici-bas dans ce monde, tel qu’il serait, enfanté de Marie : Lui qui serait né. L’instruction du Saint Esprit sur ce point est divisée en deux portions ; l’une concernant l’enfant qui naîtra ; l’autre relative à la manière de sa conception et à la gloire qui découlera de son résultat. Ce qui est présenté ici n’est pas la nature simplement divine de Jésus, la Parole qui était Dieu et qui a été faite chair, mais ce qui était né de Marie et la façon particulière de cette naissance. Nous savons bien que c’est de ce même précieux et divin Sauveur proclamé par l’apôtre Jean qu’il est question en Luc ; mais il est présenté ici sous un autre aspect d’un intérêt infini pour nous, et nous devons le considérer sous le jour dans lequel le Saint Esprit le montre comme né de la vierge Marie dans ce monde de larmes. Occupons-nous d’abord des vers. 31-33.
Celui qui était annoncé par l’ange était un enfant vraiment conçu dans le sein de Marie qui l’a enfanté au temps réglé pour la nature humaine par Dieu lui-même : elle l’a porté jusqu’au terme pour accoucher. Ceci ne nous dit rien encore du comment : c’est le fait qui est révélé, fait pour nous d’une importance impossible à exagérer ou à mesurer : Il était réellement et vraiment homme, né comme nous d’une femme, non pas quant à la source, ni quant à la manière de sa conception dont nous ne parlons pas encore, mais quant à la réalité de son existence comme homme ! C’était une personne vraiment et réellement humaine, redisons-le encore.
Mais d’autres choses qui se rattachent à la personne de Celui qui doit naître sont aussi racontées. Son nom sera appelé Jésus, c’est-à-dire, Jéhovah le Sauveur : il sera manifesté dans ce caractère et avec cette puissance : car il était réellement celui dont il portait ainsi le nom. Ceci n’est pas rattaché au fait «qu’il sauvera son peuple de leurs péchés», comme en Matthieu, où l’on trouve la manifestation de la puissance de l’Éternel, du Dieu d’Israël, à ce peuple dans l’accomplissement des promesses à lui faites. Ici nous voyons que Jésus a droit à ce nom ; mais le titre divin reste caché sous la forme d’un nom personnel ; car Celui que Luc nous présente c’est le Fils de l’homme, quelle que fût d’ailleurs sa puissance divine.
Ensuite, selon les paroles de l’ange, celui qui naîtrait «serait grand» ; et né dans ce monde, il «serait appelé le Fils du Très-Haut». Avant que le monde fût, il était le Fils du Père ; mais né dans ce monde, cet enfant, tel qu’il serait ici-bas, serait appelé Fils du Très-Haut, titre qu’il démontrerait avoir le droit de porter, et par ses actes et par tout ce qui manifesterait ce qu’il était. Pensée précieuse et pleine de gloire pour nous ! un enfant né d’une femme jouit à juste titre de ce nom, suprêmement glorieux pour quelqu’un qui avait la position d’un homme et l’était réellement devant Dieu.
Mais à celui qui naîtrait se rattachent encore d’autres choses : Dieu lui donnera le trône de David, son père. De nouveau, nous le voyons bien ici, il est considéré comme né homme dans ce monde ; le trône de David, son père, lui appartient : Dieu le lui donnera. Il est par droit de naissance héritier des promesses terrestres, qui, quant à la royauté, se concentraient dans la famille de David : mais ce sera selon les conseils et la puissance de Dieu. Il régnera «sur la maison de Jacob», non seulement sur la Judée et dans la faiblesse d’une puissance passagère et d’une vie éphémère ; ce sera «à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume». — En effet, ainsi que Daniel l’avait dit (chap. 2:44), ce royaume «ne sera jamais détruit» et «ne passera point à un autre peuple» : il sera établi selon les conseils de Dieu qui ne changent pas, selon sa puissance qui ne fait pas défaut. Jusqu’à ce qu’il remette le royaume à Dieu le Père, Jésus exercera une royauté indiscutable que, tout étant accompli, il remettra à Dieu, mais dont la force royale ne défaudra jamais entre ses mains. Tel serait l’enfant qui allait naître, cet enfant véritablement né d’une manière miraculeuse comme homme. Pour celui qui savait comprendre son nom, il était Jéhovah le Sauveur, et il serait roi sur la maison de Jacob selon une puissance qui ne défaillirait, ni ne manquerait jamais, jusqu’à ce qu’elle se confondît avec la puissance éternelle de Dieu comme tel.
Le grand sujet de la révélation donnée par l’ange à Marie, c’est que l’enfant serait conçu et né : ce qui est ajouté encore, c’est la gloire qui lui appartient étant né. Mais c’est la conception que Marie ne comprend pas ; et Dieu lui permet de demander à l’ange comment elle aurait lieu. La question de Marie était selon Dieu ; et je ne crois pas qu’ici il y eût manque de foi. Zacharie avait constamment demandé un fils, et il ne s’agissait que de la puissance et de la bonté de Dieu pour réaliser ses voeux. Amené par la déclaration positive de Dieu au point où il n’y avait plus qu’à se confier dans une promesse, il ne s’y fie pas, lors même qu’il n’y avait dans un ordre de choses naturel, qu’à attendre un exercice extraordinaire de la puissance de Dieu. Mais Marie demande avec une sainte confiance, puisque Dieu la favorisait ainsi, comment s’accomplirait, en dehors de l’ordre naturel, la chose qui lui était annoncée : de l’accomplissement elle ne doute pas (*) ; elle demande le comment de ce qui s’accomplira, puisque cela doit se faire hors de l’ordre de la nature. L’ange poursuit sa mission en communiquant à Marie la réponse de Dieu à cette question qui, dans les voies de Dieu, a été, grâce à la réponse qu’elle a reçue, une occasion de révéler la conception miraculeuse de Jésus. Il s’agissait de Sa naissance de la vierge Marie : c’était de cela que l’ange parlait. Le Seigneur Jésus était Dieu et il était homme. Cette personne née, et née de la vierge Marie, et qui a marché ici-bas, était Dieu, et elle est devenue homme. Ce n’est pas cela toutefois qui nous est spécialement déclaré ici, mais bien la manière de la conception ; ce n’est pas non plus ce qu’elle était auparavant, mais la conception miraculeuse de Celui qui est né tel qu’il a été dans ce monde. Selon les paroles de l’ange, le Saint Esprit viendrait sur Marie et agirait en puissance sur ce vase de terre, sans la volonté de celui-ci, ni celle d’aucun homme. Dieu est donc la source de la vie de l’enfant promis à Marie en tant que né dans ce monde, et par Sa puissance cet enfant est sorti du sein de Marie, de cette femme élue de Dieu : «La puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi aussi la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu» (vers. 35). Saint par sa naissance, conçu par l’intervention de la puissance de Dieu agissant sur Marie, puissance qui était le principe divin de son existence ici-bas dans ce monde, celui qui commencerait ainsi son existence, ce fruit du sein de Marie, aurait dans ce même sens le titre de Fils de Dieu ; cette sainte chose qui serait née de Marie serait appelée le Fils de Dieu. Ce n’est pas ici la doctrine de la relation éternelle du Fils avec le Père : l’évangile de Jean, l’épître aux Hébreux, celle aux Colossiens constatent cette précieuse vérité et signalent son importance ; mais ici, c’est ce qui a été né en vertu de la conception miraculeuse qui est, à ce titre-là, appelé Fils de Dieu.
(*) Voyez, au verset 45, ce que dit Élisabeth : «Bienheureuse est celle qui a cru !»
Ensuite, l’ange annonce à Marie la bénédiction d’Élisabeth par la toute-puissance de Dieu ; et devant la volonté de son Dieu, Marie s’incline soumise à Ses desseins, comme vase de leur accomplissement, reconnaissant dans ces desseins une élévation qui ne lui laissait, à elle, leur passif instrument, que la place de la soumission à ce que Dieu voulait. C’était sa gloire par la faveur de son Dieu.
Mais il convenait que des merveilles accompagnassent et rendissent un juste témoignage à cette intervention miraculeuse de Dieu. La communication de l’ange ne reste pas sans fruit dans le coeur de Marie, et dans une visite à Élisabeth, elle va reconnaître ces voies merveilleuses de Dieu. La piété de la vierge se montre ici d’une manière touchante. L’intervention miraculeuse de Dieu l’a rendue humble au lieu de l’élever : elle a vu Dieu et non pas elle-même dans ce qui est arrivé ; et bien plus, la grandeur de ces merveilles a amené Dieu assez près d’elle pour la cacher à elle-même. Elle se courbe devant sa sainte volonté : mais dans tout ceci, Dieu est trop proche de son coeur pour qu’elle s’y voie comme quelque chose d’important. La visite de la mère du Seigneur d’Élisabeth à cette dernière était toute naturelle, car Dieu avait visité la femme de Zacharie (l’ange le lui avait annoncé), et elle s’intéressait aux choses de Dieu, parce que Dieu était près de son coeur par la grâce qui l’avait visitée. Conduite par le Saint Esprit dans son coeur et dans ses affections, Élisabeth, parlant par cet Esprit, reconnaît la gloire qui se rattachait à Marie en vertu de la faveur de Dieu qui l’avait élue pour être la mère de son Seigneur. Sous l’influence de la même inspiration, elle reconnaît aussi la foi pieuse de Marie et lui annonce l’accomplissement de la promesse que Dieu lui avait faite. Tout ce qui se passe est un témoignage éclatant rendu à Celui qui devait naître au milieu d’Israël et des hommes. — Alors le coeur de Marie s’épanche en actions de grâce. Elle reconnaît Dieu son Sauveur dans la grâce qui l’a remplie de joie, et sa propre petitesse, figure de l’état du résidu d’Israël, petitesse qui servait d’occasion à la grandeur de Dieu pour intervenir avec un plein témoignage que tout était de Lui. Quelle que fût la piété convenable à un instrument qu’il employait, piété qui se trouvait en effet chez Marie, celle-ci n’était grande qu’en tant qu’elle se cachait, car alors Dieu était tout, et c’était par elle qu’il intervenait pour la manifestation de ses voies merveilleuses. En faisant quelque chose d’elle-même, elle perdait sa place : mais elle n’a rien fait ainsi. Dieu l’a gardée par sa grâce, afin que Sa gloire fût pleinement déployée dans l’événement divin. Et Marie reconnaît cette grâce, et en même temps que tout est grâce envers elle.
Le caractère et l’application des pensées qui remplissent le coeur de Marie, sont tout judaïques. On peut rapprocher du cantique qui nous les fait connaître, le cantique d’Anne (1 Samuel 2) qui célèbre prophétiquement cette même intervention divine (voyez les vers. 44-45). Mais Marie, il faut le remarquer, remonte aux promesses faites aux pères, non pas à Moïse, et elle embrasse tout Israël. On voit dans ses paroles la force de Dieu qui s’accomplit dans l’infirmité quand il n’y a plus de ressource et que tout est contraire. C’est le moment qui convient à Dieu ; et pour cela, il lui faut des instruments qui soient nuls, afin que Lui soit tout.
Il n’est pas dit, chose à remarquer aussi, que Marie fût remplie du Saint Esprit ; et il me semble que c’est une distinction honorable pour elle. Le Saint Esprit visitait Élisabeth et Zacharie d’une manière exceptionnelle ; mais quoique l’on ne puisse douter que Marie ne fût sous l’influence de l’Esprit de Dieu, la réponse de celle-ci était un effet plus intérieur de l’action de cet Esprit et se rattachait davantage à sa propre foi, à sa piété, et aux relations habituelles de son coeur avec Dieu, formées par cette foi et cette piété. Marie s’exprimait par conséquent en termes qui étaient davantage la voix de ses propres sentiments. Elle rendait grâces pour la bonté et la faveur dont elle était l’objet, elle de si basse condition, et cela en relation avec les espérances et la bénédiction d’Israël. Dans tout ceci, il y a, ce me semble, une convenance très frappante avec la grâce merveilleuse qui avait été faite à Marie. Je le répète, Marie est grande en tant qu’elle n’est rien ; mais étant favorisée de Dieu d’une manière sans pareille, tous les âges la diront bienheureuse. Mais dans le cantique qui nous occupe, sa piété et ce qui l’exprime ayant un caractère plus personnel, étant une réponse à Dieu plutôt qu’une révélation de sa part, Marie se borne clairement à ce qui, pour elle, devait être la sphère de cette piété, savoir Israël, les espérances de ce peuple et les promesses à lui faites. Elle atteint, nous l’avons vu, au point de vue le plus élevé des relations de Dieu avec Israël ; mais elle ne le dépasse pas.
Marie reste trois mois auprès d’Élisabeth, de la femme bénie de Dieu, de la mère de celui qui sera la voix de Dieu dans le désert ; puis elle se retire pour suivre humblement sa propre voie, afin que celles de Dieu s’accomplissent. Rien de plus beau dans son genre que ce tableau des entretiens de ces femmes pieuses, inconnues au monde, mais instruments de la grâce de Dieu pour accomplir ses desseins glorieux, infinis dans leurs conséquences. Elles se cachent et se meuvent dans une scène où rien n’entre que la piété et la grâce — mais Dieu est là, pas plus connu du monde que ces pauvres femmes qu’il ignorait, mais préparant et accomplissant ce que les anges désirent sonder jusqu’au fond. Cela se passe dans l’ombre, loin d’un monde qui ne connaît pas Dieu ; mais les coeurs des pieuses femmes, visités de Dieu et touchés par sa grâce, répondaient par leur piété mutuelle à ces visites merveilleuses d’en haut ; et la grâce de Dieu se reflétait d’une manière vraie dans le calme du coeur de Marie qui reconnaissait Sa main et Sa grandeur en se confiant en Sa bonté et en se soumettant à Sa volonté. C’est une grâce pour nous d’être admis là d’où le monde a été exclu par son incrédulité et son éloignement de Dieu, et où Dieu a agi de la sorte.
Mais ce que la piété reconnaît en secret par la foi, dans les visitations de Dieu, doit enfin se publier et s’accomplir à la face des hommes. Le fils de Zacharie et d’Élisabeth est né, et son père, obéissant à la parole de l’ange, cesse d’être muet (vers. 57 et suiv.) ; il annonce la venue du rejeton de David, de la corne du salut d’Israël dans la maison du roi élu, pour accomplir toutes les promesses faites aux pères et toutes les prophéties par lesquelles Dieu avait annoncé la bénédiction future de son peuple. L’enfant que Dieu a donné à Zacharie et à Élisabeth ira devant la face de l’Éternel pour lui préparer le chemin ; car le Fils de David est «l’Éternel qui vient», selon les promesses et la parole par laquelle Dieu avait annoncé la manifestation de sa gloire.
La visitation d’Israël par l’Éternel, célébrée par la bouche de Zacharie, embrasse tout le bonheur du millénium. Ce bonheur se rattache à la présence sur la terre de Jésus, l’apportant dans sa personne qui en fait le centre et la sûreté. Toutes les promesses sont oui et amen en Lui ; toutes les prophéties l’entourent de la gloire qui se réalisera à cette époque (dans le millénium), et font de Lui la source même d’où elle jaillit. Abraham trouvait sa joie à voir la journée glorieuse du Christ. — C’est ce que fait toujours le Saint Esprit quand il s’agit de l’accomplissement de la promesse en puissance : il s’avance jusqu’au plein effet que Dieu opère à la fin. La différence ici est que ce ne sont plus des joies annoncées pour un avenir lointain, quand il y aurait eu pour cela un Christ ou un enfant à naître, pour introduire ces jours de réjouissance, en des temps encore obscurs à cause de leur éloignement : le Christ est là, à la porte, et c’est l’effet de sa présence qui est célébré. Nous savons que, puisqu’il a été rejeté et qu’il est maintenant absent, l’accomplissement de ces choses est nécessairement renvoyé à son retour ; mais sa présence amènera cet accomplissement qui est annoncé comme rattaché à cette présence.
On observera que ce premier chapitre se renferme dans les strictes limites des promesses faites à Israël, c’est-à-dire aux pères. Nous y trouvons les sacrificateurs, le Messie, le précurseur de celui-ci, les promesses faites à Abraham, l’alliance de la promesse et le serment de Dieu. Ce n’est pas la loi ; mais l’espérance d’Israël, fondée sur la promesse, l’alliance et le serment de Dieu, et confirmée par les prophètes, qui trouve sa réalisation dans la naissance de Jésus, du Fils de David. Ce n’est pas la loi, je le répète, mais Israël sous la bénédiction, non encore accomplie, sans doute, mais dans les relations de la foi avec Dieu qui devait l’accomplir. Il ne s’agit que de Dieu et d’Israël, de ce qui s’était passé en grâce entre Lui et son peuple seul.
La scène change ici. On sort de ces relations selon la grâce entre Dieu et Israël, pour être placé de prime abord devant l’empereur païen du monde, le chef du dernier empire de Daniel, exerçant sa puissance sur la terre d’Emmanuel et sur le peuple de Dieu, comme si Dieu ne les connaissait pas. Cependant nous assistons à la naissance du Fils de David, d’Emmanuel lui-même ; mais cet événement s’accomplit extérieurement sous la puissance du chef de la Bête, d’un empire païen. Quel étrange état de choses le péché n’introduit-il pas ? Toutefois ce qui le fait ressortir ici, c’est la grâce, l’intervention de Dieu. — Mais d’autres circonstances encore, auxquelles, il est bon de faire attention, se rattachent à la mission de Jésus au milieu de cet état de choses. Lorsqu’il est question des intérêts et de la gloire de Jésus, toute cette puissance qui gouverne sans la crainte de Dieu, toute cette puissance qui domine en cherchant sa propre gloire là où le Christ devait dominer, toute la gloire impériale, n’est qu’un instrument entre les mains de Dieu pour l’accomplissement de ses desseins. Pour ce qui est du fait public dont la Parole nous entretient, nous voyons l’empereur romain exerçant un pouvoir despotique et païen là où aurait dû être le trône de Dieu, si le péché du peuple n’eût rendu l’établissement de ce trône impossible dans «la sainte cité». L’empereur veut que tout le monde se fasse enregistrer, et chacun se rend dans sa ville. La puissance terrestre se signale par un acte qui montre sa suprématie sur ceux qui (comme le peuple de Dieu) auraient dû être libres de tout, sauf du gouvernement de leur Dieu, ce qui d’ailleurs fait leur gloire ; et cet acte par son caractère montre la complète dégradation et l’assujettissement du peuple : ils sont, à cause de leurs péchés, esclaves des païens dans leurs corps et dans leurs biens (*) ; mais cet acte, d’ailleurs, n’aboutit à autre chose qu’à accomplir l’admirable dessein de Dieu, qu’à faire naître le Roi libérateur dans le village où, selon le témoignage de Dieu, sa naissance devait avoir lieu. Et plus que cela, cette divine Personne qui devait faire éclater la joie et les louanges du ciel, est née au milieu des hommes, lui-même un enfant dans ce monde.
(*) Néhémie 9:36, 37
L’enregistrement ordonné ici par César Auguste est d’autant plus remarquable, que, sitôt le dessein de Dieu accompli, il n’a pas eu de suite sur le moment, mais plus tard seulement, sous le gouvernement de Cyrénius (*).
(*) Je ne doute nullement que la seule vraie traduction de ce passage ne soit : «Le recensement même n’a eu lieu que lorsque Cyrénius était gouverneur de la Syrie», ou, si l’on veut, «a premièrement eu lieu quand Cyrénius, etc.». Le Saint Esprit rapporte cette circonstance pour faire voir qu’une fois le dessein de Dieu historiquement accompli, ce n’est que plus tard qu’on a donné suite au décret de l’empereur. Ce passage qui, pour moi, est simple et clair dans son texte, a donné lieu à beaucoup de discussions.
L’état de choses que nous rencontrons ici en Israël et dans le monde, c’est donc la suprématie des gentils et l’absence du trône de Dieu. Le Fils de l’homme, le Sauveur, Dieu manifesté en chair, vient y prendre place, mais une place que la grâce seule avait pu trouver et occuper dans un monde qui ne le connaît pas.
Le Fils de Dieu est né dans ce monde, mais il n’y trouve pas de place. Le monde est chez soi, ou au moins il trouve par ses ressources mondaines une place dans l’hôtellerie : le Fils de Dieu n’en trouve que dans la crèche. Est-ce pour rien que le Saint Esprit relève cette circonstance ? Non certes. Dans ce monde il n’y a pas de place pour Dieu, ni pour ce qui est de Dieu ; mais l’amour qui a amené Dieu ici-bas en est d’autant plus parfait. Jésus commença sa carrière dans une crèche et la termina sur la croix ; et, durant sa vie, il n’avait pas un lieu où reposer sa tête.
Dans le monde, le Fils de Dieu paraît, enfant participant à toute la faiblesse et à toutes les circonstances de la vie humaine ainsi manifestée (*). Mais si Dieu entre dans le monde et qu’une crèche le reçoive dans la nature qu’il a prise en grâce, les anges s’occupent de cet événement duquel dépend le sort de tout l’univers et en qui s’accomplissent tous les conseils de Dieu : car Dieu se choisit les choses faibles pour anéantir les choses fortes. Ce pauvre petit enfant est l’objet de tous les conseils de Dieu, le soutien et l’héritier de la Création tout entière, le Sauveur de tous ceux qui hériteront de la vie et de la gloire éternelles. De pauvres gens qui s’acquittaient fidèlement de leur tâche pénible, loin de l’inquiète activité d’un monde ambitieux et pécheur, reçoivent les premières nouvelles de la présence du Seigneur sur la terre. Le Dieu d’Israël ne cherchait pas les grands de son peuple, mais avait égard aux pauvres du troupeau.
(*) C’est-à-dire comme un petit enfant. Il n’a pas paru comme le premier Adam sortant dans sa perfection des mains de Dieu : Il est fils de l’homme, et né de femme, ce qu’Adam n’était pas.
Deux choses se présentent ici : l’ange qui vient annoncer aux bergers de Judée l’accomplissement des promesses de Dieu à Israël ; et le choeur des anges qui, dans leurs louanges célestes, célèbrent la portée réelle de ce merveilleux événement.
«Aujourd’hui, dans la cité de David, vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur», dit le messager céleste aux pauvres bergers qu’il visite. C’était annoncer une bonne nouvelle pour eux et pour tout le peuple.
Mais la naissance du Fils de l’homme, Dieu manifesté en chair, et l’accomplissement de l’incarnation avaient une portée tout autrement grande, Le fait que ce pauvre petit enfant était là méconnu et abandonné à son sort, humainement parlant, avait une portée qui, pour les intelligences célestes, pour la foule des armées célestes, dont les louanges retentissaient lors de la déclaration faite par l’ange aux bergers, se résumait ainsi : «Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts ; et sur la terre, paix ; et bon plaisir [de Dieu] dans les hommes !» Ces quelques mots embrassent une telle étendue de pensées que, dans un travail comme celui-ci, il est difficile de s’en occuper convenablement : quelques remarques sont cependant nécessaires. — D’abord, il est profondément doux de voir que la pensée de Jésus dont les anges sont remplis, exclut tout ce qui pouvait oppresser le coeur dans ce qui a accompagné sa présence sur la terre. Le péché était là ; hélas ! il était manifesté dans la position même où se trouvait cet enfant merveilleux. Mais si le péché l’avait placé là, la grâce l’y avait placé aussi : la grâce surabonde ; et en pensant à Lui, la bénédiction, la pensée de Dieu à l’égard du péché, ce que Dieu est, en tant que manifesté en la personne de Jésus, absorbent l’esprit, possèdent le coeur, et sont pour lui un soulagement dans un monde comme celui-ci. On ne voit que la grâce ; et le péché ne fait que rehausser la plénitude, la domination et la perfection de cette grâce. Dieu, dans ses voies glorieuses, efface le péché à l’égard duquel il agit et qu’il montre ainsi dans toute sa difformité : mais il y a ce qui surabonde. Jésus, venu en grâce, remplit le coeur. Il en est de même dans tous les détails de la vie chrétienne ; et c’est là la vraie source de puissance morale, de sanctification et de joie.
Ensuite, cette présence de Jésus né comme un enfant sur la terre, fait ressortir d’abord ce qui est exprimé par ces mots : «Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts !» L’amour de Dieu, sa sagesse, sa puissance qu’il a manifestés non pas en tirant l’univers du néant, mais en se mettant au-dessus du mal, et en faisant de l’effet de toute la puissance de l’Ennemi, l’occasion (et cela par le moyen de la faiblesse même dont Il s’était revêtu) de montrer que cette puissance n’était qu’impuissance et folie devant ce que l’on peut appeler la faiblesse de Dieu ; l’accomplissement de ses éternels conseils ; la perfection de ses voies là où le mal était entré ; la manifestation de Lui-même au milieu de ce mal de manière à se glorifier devant les anges : toutes ces choses réunies donnaient lieu à ces louanges. Dieu, en un mot, était manifesté de telle sorte par la naissance de Jésus, que l’armée des cieux, à laquelle sa puissance était familière depuis longtemps, pouvait entonner : «Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts !» Et toute voix se joignait à la célébration de ces louanges. Quel amour que cet amour ! et Dieu est amour. Quelle pensée purement divine que celle de Dieu devenu homme ! Quelle suprématie du bien sur le mal ! Quelle sagesse, si Dieu voulait s’approcher du coeur de l’homme ! Quelle convenance de s’adresser ainsi à l’homme ! Quel maintien de la sainteté de Dieu ! Quelle proximité du coeur de l’homme, quelle participation à ses besoins, quelle expérience de son état ! Mais par-dessus tout, Dieu au-dessus du mal en grâce, et visitant dans cette grâce le monde souillé, pour se faire connaître comme jamais il n’avait été connu.
La présence de Celui qui manifestait Dieu sur la terre, a, en second lieu, pour effet que la «paix» sera sur la terre. Rejeté, son nom y sera une occasion de guerre, mais le choeur céleste occupé du fait de sa présence et du résultat de cette présence, quand elle aura produit tout son effet, et considérée dans ses propres fruits, en célèbre les conséquences bénies et bienheureuses. Le mal disparaîtra ; l’introduction de l’amour parfait bannira toute inimitié : Jésus, puissant en amour, dominera et prêtera le caractère dans lequel il est venu à toute la scène qui l’entourera, au monde où il venait de paraître, afin que celui-ci fût selon son coeur qui trouvait dans ce caractère ses propres délices (voyez Prov. 8:31) (*). Voyez, dans des termes plus brefs, Ps. 85:10, 11. Les moyens par lesquels ces bénédictions seront accomplies, savoir la rédemption, la destruction de la puissance de Satan, la réconciliation de l’homme avec Dieu par la foi, et celle de toutes choses dans les cieux et sur la terre, ne sont pas indiqués. Tout dépendait de la présence et de la personne de Celui qui était né : tout se renfermait en Lui. L’état de bénédiction annoncé dans le choeur des anges naissait avec la naissance de cet enfant. Offert à la responsabilité de l’homme, l’homme est incapable d’en profiter ; et la bénédiction renfermée dans la présence du Seigneur manque tout entière : la position même de l’homme en est aggravée. Mais pour celui qui s’attachait à la personne de Jésus, toutes les conséquences bénies de sa présence en découlaient nécessairement. C’était, après tout, l’intervention de Dieu accomplissant les conseils de son amour, le propos arrêté de son bon plaisir ; et une fois Jésus là, la conséquence ne pouvait pas manquer, quelqu’interruption qu’il y eût à son accomplissement : Jésus en était le garant ; il était venu au monde ; il contenait et il exprimait dans sa personne toutes ces conséquences. Le Fils de Dieu au milieu des pécheurs, disait pour l’intelligence spirituelle : «Paix sur la terre !»
(*) Cette citation nous conduit à une connaissance glorieuse à la fois de ce qui avait lieu alors et de notre bénédiction. L’intérêt spécial de Dieu est dans les fils des hommes ; la sagesse (Christ est la sagesse de Dieu) fait les délices de l’Éternel tous les jours, se réjouissant en la partie habitable de sa terre, avant la création, suivant son dessein, et ses délices dans les fils des hommes. Son incarnation en est la preuve certaine. En Matthieu, nous avons notre Seigneur, lorsqu’il prend sa place avec le résidu, pleinement révélé. C’est dans le Fils, prenant cette place comme homme et étant oint du Saint Esprit, que toute la Trinité est pleinement révélée. C’est une merveilleuse révélation des voies de Dieu.
Cette présence de Jésus sur la terre, a pour troisième effet : «le bon plaisir (*), l’affection de Dieu dans les hommes». Rien de plus simple : puisque Jésus était un homme, il n’avait pas pris les anges, mais la semence d’Abraham ; les hommes étaient les objets de sa grâce infinie. C’était un témoignage glorieux que l’affection, le bon plaisir de Dieu se concentraient sur cette pauvre race dans laquelle, tout éloignée qu’elle fût de Lui, il voulait accomplir tous ses conseils glorieux. En Jean 1, «la vie était la lumière des hommes». En un mot, c’était la puissance de Dieu présente en grâce dans la personne du Fils de Dieu, prenant part à la nature et s’intéressant au sort d’un être qui s’était éloigné de Lui, et faisant de cet être même la sphère de l’accomplissement de tous ses conseils et de la manifestation de sa grâce et de sa nature à toutes ses créatures. Quelle position pour l’homme ! car c’est bien dans l’homme que tout cela s’accomplissait. Tout l’univers devait apprendre dans l’homme et dans ce que Dieu était pour l’homme, ce que Dieu est en lui-même, le fruit de tous ses conseils glorieux, ainsi que «son repos» parfait en sa présence et d’après sa nature d’amour.
(*) C’est le même mot lorsqu’il est dit de Christ : «En qui j’ai trouvé mon plaisir». Il est beau de voir ces êtres célestes célébrer sans arrière-pensée l’élévation d’une autre race à cette place glorieuse, par l’incarnation de la Parole. C’était à la gloire de Dieu, et cela leur suffisait. Combien cela est beau !
Voilà ce qu’impliquait la naissance de cet enfant dont personne ne tenait compte, mais qui était le sujet naturel et merveilleux des louanges des saints habitants du ciel, de ces multitudes de l’armée céleste auxquelles Dieu en avait donné la connaissance. «Et il arriva, lorsque les anges s’en furent allés d’avec eux au ciel, que les bergers dirent entre eux : Allons donc jusqu’à Bethléhem, et voyons cette chose qui est arrivée que le Seigneur nous a fait connaître» (vers. 15). La foi était en exercice dans ces simples Israëlites ; elle trouvait sa joie dans la bénédiction qui s’accomplissait devant leurs yeux, et qui donnait une réalité vivante à cette grâce que Dieu leur avait faite en leur annonçant la bénédiction elle-même. Ces mots : «la parole qui leur avait été dite» (v. 17), ajoutent leur témoignage de bonté à tout ce dont nous jouissons en grâce de la part de Dieu.
L’enfant reçoit le nom de Jésus le jour de sa circoncision, selon les coutumes des Juifs (comp. chap. 1:59), mais selon les conseils et les révélations de Dieu communiqués par les anges de sa puissance. Tout au reste s’accomplit selon la loi : car historiquement nous nous trouvons toujours en rapport avec Israël. Celui qui est né de femme «est né sous la loi» (Gal. 4:4).
La pauvreté des circonstances dans lesquelles Jésus a été placé ici-bas se montre encore dans le sacrifice offert pour la purification de sa mère. «Et quand les jours de leur purification, selon la loi de Moïse, furent accomplis, ils le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur (selon qu’il est écrit dans la loi du Seigneur, que tout mâle qui ouvre la matrice sera appelé saint au Seigneur), et pour offrir un sacrifice, selon ce qui est prescrit dans la loi du Seigneur, une paire de tourterelles ou deux jeunes colombes» (vers. 22-24).
Mais un autre point important est ici mis en relief par le Saint Esprit, tout chétif en apparence que puisse être Celui qui en fournit l’occasion. Jésus est reconnu du résidu pieux d’Israël en tant que le Saint Esprit agit en celui-ci, et il devient une pierre de touche pour toute âme en Israël. L’état de ce résidu enseigné par le Saint Esprit, c’est-à-dire conduit par la grâce, et qui, ainsi éclairé de la lumière de Dieu, avait pris sa vraie position, était celui-ci : il avait la conscience de la misère et de la ruine d’Israël, mais s’attendait au Dieu d’Israël et à sa fidélité immanquable pour la consolation de son peuple ; et Dieu était avec ce résidu. Il avait fait connaître à ceux qui comptaient ainsi sur sa bonté, la venue du rédempteur d’Israël qui avait été promis et qui devait être l’accomplissement de cette bonté pour le peuple (vers. 25 et suiv.).
Ainsi, en présence de l’oppression des gentils et de l’iniquité d’un peuple qui mûrissait dans le mal, le résidu qui compte sur Dieu ne perd pas ce que, dans le chapitre précédent, nous avons vu appartenir à Israël : dans la misère du peuple, il a pour consolation ce que la promesse et la prophétie annonçaient pour la gloire d’Israël.
Le Saint Esprit avait averti Siméon qu’il ne mourrait point avant d’avoir vu le Christ du Seigneur : voilà sa consolation, et elle était grande ; elle se renfermait dans la personne de Jésus le Sauveur, sans aller plus loin dans les détails de la manière ou des temps de l’accomplissement de la délivrance d’Israël. Siméon aimait Israël et s’en allait en paix, puisque Dieu le bénissait selon les désirs de sa foi. La joie de la foi s’arrête au Seigneur et à son peuple, mais elle voit dans la relation qui existe entre eux, toute l’étendue de ce qui donne lieu à cette joie. Le salut, la délivrance de Dieu étaient venus en Christ ; et la présence de Christ était pour la révélation des gentils jusqu’alors cachés dans les ténèbres de l’ignorance sans révélation, et pour la gloire d’Israël, peuple de Dieu. Ce que le Saint Esprit dit ici par la bouche de Siméon, est l’expression du résultat du gouvernement de Dieu en Christ, c’est-à-dire du millénium. Mais si l’Esprit révélait à ce pieux et fidèle serviteur de Dieu l’avenir qui dépendait de la présence du Fils de Dieu, il lui révélait qu’il tenait ce Sauveur lui-même dans ses bras, lui donnant ainsi une paix présente et une telle conscience de la faveur de Dieu que la mort en avait perdu ses terreurs. Ce n’était pas une connaissance de l’oeuvre de Jésus qui se rapportait à une conscience éclairée et convaincue ; mais c’était l’accomplissement des promesses faites à Israël, la possession du Sauveur et la preuve de la faveur de Dieu, de sorte que la paix qui en découlait remplissait l’âme de Siméon. Il y avait pour lui trois choses : la prophétie qui annonçait la venue du Christ, la possession du Christ, et l’effet de sa présence dans tout le monde. Nous sommes ici en rapport avec le résidu d’Israël, et par conséquent nous ne trouvons pas l’Église et les choses célestes proprement dites : le rejet de l’objet de ces témoignages vient après. Ce qui nous est présenté dans cette portion de l’évangile est tout ce qui appartient au résidu en fait de bénédiction par la présence de Jésus ; l’oeuvre du Seigneur n’est pas le sujet dont l’Esprit de Dieu parle dans ces passages.
Quel beau tableau et quel témoignage rendu à cet enfant, dont nous suivons l’histoire pas à pas, que la manière dont, par la puissance du Saint Esprit, il remplissait le coeur de ce saint homme sur la fin de sa vie terrestre ! Et remarquez quelles étaient les communications de l’Esprit de Dieu à ce faible résidu inconnu au milieu des ténèbres qui couvraient le peuple ! Qu’il est doux en même temps de penser combien de ces âmes, remplies de grâce et de la communion du Seigneur, ont fleuri dans l’ombre, inconnues de l’homme, mais connues et chéries de Dieu, de ces âmes qui, quand elles paraissent, sortant selon sa volonté de leurs retraites pour rendre témoignage à Christ, jouissent elles-mêmes et nous parlent d’une manière si douce pour nos coeurs, d’une oeuvre de Dieu qui se fait malgré tout ce dont l’homme s’occupe, et s’accomplit derrière la scène pénible et pleine d’amertume qui se déploie dans ce monde ! Mais le témoignage de Siméon, ce saint homme de Dieu, était plus que l’expression des pensées profondément intéressantes qui avaient rempli son coeur, comme fruit de ce qui se passait entre Dieu et lui. Cette connaissance de Christ et des pensées de Dieu à son égard qui se développe en secret entre Dieu et l’âme, donne de l’intelligence sur l’effet de la manifestation au monde de Celui qui est l’objet dont l’âme s’occupe. L’Esprit parle de cet effet par la bouche de Siméon. Précédemment, nous recevions de la même source et par le même moyen la déclaration du sûr accomplissement des conseils de Dieu dans le Messie, la joie de son propre coeur ; maintenant, c’est l’effet de la présentation de Jésus comme le Messie à Israël ici-bas qui nous est dépeint. Quelle qu’ait été la puissance de Dieu en Christ dans la bénédiction, Dieu mettait le coeur de l’homme à l’épreuve. Il serait ainsi, en découvrant les pensées de plusieurs, une occasion de chute pour plusieurs, le moyen de relever plusieurs de leur état d’abaissement et de dégradation ; car il était lumière en lui-même et les pensées de bien des coeurs seraient d’autant plus découvertes qu’il a été abaissé dans un monde rempli d’orgueil. Marie même, toute mère du Messie qu’elle fut, aurait le coeur transpercé d’une épée ; car son enfant serait rejeté, les relations naturelles du Messie avec le peuple rompues et méconnues. Ainsi la contradiction des pécheurs contre le Seigneur mettrait à découvert les coeurs, leurs désirs, leurs voeux, leur ambition, quelles que fussent les formes de la piété.
Tel était le témoignage rendu au Christ en Israël selon l’action de l’Esprit de Dieu dans le résidu, au milieu de la misère et de l’esclavage du peuple : dans sa personne était renfermé le plein accomplissement des conseils de Dieu envers Israël et envers le monde par Israël, pour la joie du coeur du fidèle qui avait espéré dans les promesses, mais l’épreuve, dans ce moment-là, de tous les coeurs par un Messie auquel on contredirait. Les conseils de Dieu et le coeur de l’homme se révélaient en Lui.
Malachie avait dit que ceux qui craindraient l’Éternel dans le mauvais temps où l’on tiendrait pour heureux les orgueilleux, s’entretiendraient souvent ensemble (Mal. 3:15-16) : ce temps était bien arrivé en Israël. Depuis Malachie jusqu’à la naissance de Jésus, Israël n’avait fait que passer de la misère à l’orgueil qui, du reste, commençait à poindre déjà du temps du prophète ; mais ce que Malachie disait du résidu : «Ils ont parlé l’un à l’autre», s’accomplissait aussi. Nous voyons qu’ils se connaissaient mutuellement dans ce tableau ravissant du peuple de Dieu. «Elle parlait de Lui à tous ceux qui, à Jérusalem, attendaient la délivrance» (v. 38). Anne paraît ici, cette sainte veuve qui ne quittait pas le temple et qui, consciente de la misère d’Israël, assiégeait le trône de Dieu avec un coeur de veuve pour une nation dont Dieu n’était plus le mari, et qui était réellement veuve comme elle. Anne sort pour annoncer à tous ceux qui repassaient ces choses ensemble, que le Seigneur avait visité son temple. Ils attendaient la délivrance à Jérusalem, et le Libérateur méconnu des hommes était là. Quel sujet de joie pour ce pauvre résidu ! Quelle réponse à sa foi !
Après tout néanmoins, Jérusalem n’était pas le lieu où Dieu visitait le résidu de son peuple, mais cette ville était le lieu de l’orgueil de ceux qui disaient : «le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel…» (Jér. 7:4). Joseph et Marie ayant accompli ce que la loi exigeait, vont prendre leur place et Jésus la sienne, dans le lieu méprisé dont il devait porter le nom, et dans les contrées où le résidu méconnu, les pauvres du troupeau, avaient pour la plupart leur place, et où le témoignage de Dieu avait annoncé l’apparition de la lumière. Là sa vie d’enfant s’écoule dans l’accomplissement physique et intellectuel de la nature véritablement humaine qu’il avait prise : simple et précieux témoignage ! Mais quand le moment est arrivé pour Lui de s’entretenir avec les hommes, il n’en a pas moins la conscience de sa relation avec son Père. Cette humanité et sa relation avec le Père se trouvent réunies dans ce qui est dit à la fin du chapitre. Dans le développement de son humanité se manifeste le Fils de Dieu sur la terre. Joseph et Marie qui, tout en s’étonnant de tout ce qui lui arrivait, ne connaissaient pas sa gloire d’une manière complète par la foi, blâment l’enfant selon la position dans laquelle il se trouvait personnellement par le fait, et extérieurement vis-à-vis d’eux (de fait, Joseph n’était pas son père du tout). Or ceci donne lieu à la manifestation d’un autre caractère de perfection de Jésus. S’il était Fils de Dieu et en avait toute la conscience, il était homme obéissant, essentiellement et toujours parfait et sans péché ; il était enfant obéissant, quel que fût d’ailleurs le sentiment d’une relation qui n’avait en elle-même aucun rapport avec celle de la soumission à des parents humains ; la conscience de l’une de ces relations ne nuisait pas à sa perfection dans l’autre : que Jésus fût Fils de Dieu, assurait sa perfection comme homme et enfant sur la terre.
Mais il y a une autre chose importante à remarquer ici : c’est que cette perfection ne tenait pas à ce qu’il fût oint du Saint Esprit. Il a accompli son ministère public d’après la puissance et la perfection de cette onction sans doute ; mais sa relation avec son Père tenait à sa personne même. Le lien subsistait entre Lui et son Père : il en avait toute la conscience, quel que fût le moyen ou la forme de sa manifestation publique et de la puissance de son ministère. Il était tout ce qu’un enfant doit être, mais c’était le Fils de Dieu qui était tel. Sa relation avec son Père lui était aussi connue que son obéissance à Joseph et à sa mère était belle, convenable et parfaite.
C’est là que nous terminons cette touchante et divine histoire de la naissance et des premiers jours du divin Sauveur, Fils de l’homme, histoire qui, donnée de Dieu, porte l’empreinte de la grâce qui nous l’a accordée et qui a été manifestée dans les faits dont elle parle. Impossible de trouver quelque chose de plus profondément intéressant. Désormais, c’est dans son ministère, dans sa vie publique, que nous allons le retrouver, rejeté des hommes, mais accomplissant les conseils et l’oeuvre de Dieu ; et séparé de tous pour le faire, selon la puissance du Saint Esprit qui était en Lui sans mesure, et pour fournir cette carrière à laquelle rien ne peut se comparer : elle est le centre et le moyen, et le seul possible, comprenant sa mort, son offrande sans tache à Dieu, de toute relation de nos âmes avec Dieu, la perfection de la manifestation de sa grâce, et le fondement des seules relations que Dieu puisse maintenant reconnaître de toutes les créatures avec Lui.
Au chapitre troisième, nous trouvons l’exercice du ministère de la Parole envers Israël, par un témoignage qui annonce en même temps l’introduction du Seigneur dans ce monde : ce ne sont pas les promesses à Israël et ses privilèges assurés de la part de Dieu, ni la naissance de l’enfant, héritier de toutes les promesses ; l’empire même, témoin de la captivité d’Israël, servant d’instrument à l’accomplissement de la Parole qui concernait le Seigneur.
«Or, en la quinzième année du règne de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, et Hérode tétrarque de la Galilée, etc.» (vers. 1-2). Les années sont comptées ici d’après le règne des gentils : la Judée est une province entre les mains de l’empire des gentils, et les autres parties du pays de Canaan sont partagées entre divers chefs subordonnés à l’empire. Le système juif cependant continue ; et les souverains sacrificateurs sont là pour indiquer par leurs noms les années de leur assujettissement aux gentils, et en même temps pour conserver l’ordre, la doctrine et les cérémonies des Juifs, autant que cela était possible dans les circonstances où Israël se trouvait.
«Or, en la quinzième année de Tibère César... la parole de Dieu vint à Jean, le fils de Zacharie, au désert. Et il alla dans tout le pays des environs du Jourdain, prêchant le baptême de repentance en rémission de péchés» (vers. 3 et suiv.). Or la parole de Dieu est toujours sûre, et lorsque le peuple de Dieu a manqué de fidélité, de sorte que ses relations avec Dieu ne trouvent pas de fondement dans l’intégrité du peuple, lorsque, en un mot, il n’y a point d’autre moyen que celui-là, alors Dieu maintient ses relations souverainement, par le moyen des communications d’un prophète. Mais dans le cas présent, le message de l’Éternel à son peuple avait un caractère particulier, car Israël était ruiné, ayant abandonné le Seigneur. La bonté de Dieu avait encore laissé subsister le peuple et l’avait laissé extérieurement dans la jouissance des formes de son culte et du service divin ; mais le trône du monde était transféré aux gentils. Il s’agissait pour Israël de se repentir, d’être pardonné, et de prendre une nouvelle place par la venue du Messie.
Le témoignage de Dieu n’est donc point en rapport avec ses ordonnances à Jérusalem (quoique le juste s’y soumette) : le prophète non plus ne les appelle pas à être fidèles, sur le terrain sur lequel ils se trouvaient ; c’est la voix de Dieu dans le désert, aplanissant ses sentiers, afin que Dieu arrivât comme du dehors pour celui qui se repentirait et qui se préparerait à son arrivée. Aussi, puisque c’était l’Éternel lui-même qui venait, sa gloire ne serait pas renfermée dans les étroites limites d’Israël : «Toute chair» verra la délivrance opérée par Dieu (vers. 6). L’état du peuple même, était cet état duquel Dieu, en annonçant la colère qui allait fondre sur une nation rebelle, appelait les âmes à sortir par la repentance. Au reste, si Dieu venait, il voulait des réalités, des fruits réels de justice, et non un peuple qui n’en eût que le nom ; aussi en susciterait-il un pour lui-même, selon sa puissance souveraine qui savait former pour elle-même ce qu’elle voulait avoir devant ses yeux. Dieu arrivait : il voulait la justice quant à la responsabilité de l’homme, car il était juste. Il pouvait se susciter une semence d’Abraham par sa puissance divine, et cela de pierres même s’il le trouvait bon. C’est la présence, la venue de Dieu lui-même qui caractérise tout ici.
Or la cognée était «déjà» mise à la racine des arbres, et chacun était jugé d’après ses fruits. Il ne suffisait pas de s’appeler Juif : si l’on jouissait de ce privilège, où en étaient les fruits ? Là où Dieu trouverait des fruits selon son coeur, il reconnaîtrait le bon arbre. Jean s’adresse à la conscience de tous. Ainsi, les péagers haïs des Juifs comme instruments de l’oppression fiscale des gentils, et les soldats qui exécutaient les ordres arbitraires des gouverneurs païens ou des rois imposés au peuple par les Romains, étaient exhortés à faire ce que la vraie crainte de Dieu devait leur enseigner, en contraste avec l’iniquité qui se pratiquait habituellement selon la volonté de l’homme. Jean exhorte à la charité pratique la foule qui l’interroge ; tandis que le peuple, envisagé comme peuple, est à ses yeux une race de vipères qu’attendait la colère de Dieu. La grâce agit à leur égard, en les avertissant du jugement qui était à la porte.
Dans les vers. 3-14, nous avons donc ces deux choses : vers. 3-6, la position de Jean vis-à-vis du peuple comme tel, dans la pensée que Dieu lui-même allait paraître ; vers. 7-14, l’appel de Jean à la conscience des individus, faisant comprendre (vers. 7-9) que, devant la présence du Dieu juste et saint, les privilèges formels du peuple ne présentaient aucun abri : s’en couvrir n’était qu’attirer sur soi la colère, car le peuple était sous le jugement et exposé à la colère de Dieu. Au vers 10, Jean en vient aux détails ; puis, vers. 15-17, la question du Messie se résout.
Du reste, comme nous l’avons dit, le grand sujet de tout ce passage, la grande vérité qui éclate aux yeux du peuple dans le témoignage de Jean le baptiseur, c’est que Dieu lui-même va paraître. L’homme doit se repentir : les privilèges accordés en attendant, comme moyens de bénédiction, ne sauraient être invoqués contre la nature et la justice de Celui qui venait, ni détruire la puissance par laquelle il pouvait se créer un peuple selon son coeur ; toutefois la porte de la repentance est ouverte selon sa fidélité envers un peuple qu’il aimait.
Or il y avait une oeuvre spéciale pour le Messie, selon les conseils, la sagesse et la grâce de Dieu. «Lui vous baptisera de l’Esprit Saint et de feu» (vers. 16), c’est-à-dire qu’il introduirait la puissance et le jugement qui écartent le mal — l’Esprit Saint, écartant le mal par une puissance qui agit en sainteté et en bénédiction — le feu, symbole de ce jugement qui consume et détruit ce qui s’oppose à la volonté de Dieu. Le Christ baptise de l’Esprit Saint : ce n’est pas simplement un renouvellement de désirs, mais la puissance en grâce au milieu du mal ; il baptise de feu : c’est le jugement qui consume le mal. Ensuite ce jugement s’applique à Israël, son aire. Christ mettra le froment ailleurs en sûreté ; la balle sera brûlée par le jugement.
Mais Jean est mis en jugement par le chef royal du peuple : non pas que cet événement ait eu lieu historiquement au moment dont il vient d’être question ; mais l’Esprit de Dieu veut montrer la fin du témoignage de Jean au point de vue moral, pour commencer le récit de la vie de Jésus, le Fils de l’homme, mais né Fils de Dieu dans ce monde.
C’est avec le vers. 21 que cette histoire commence ; et de quelle manière étonnante et pleine de grâce ! Dieu avait appelé par Jean le baptiseur son peuple à la repentance ; et ceux qui écoutaient sa parole venaient se faire baptiser par celui-ci : c’était le premier signe de la vie et de l’obéissance. Et comme tout le peuple était baptisé, Jésus aussi vient, Jésus, parfait en vie et en obéissance, vient en grâce pour le résidu de son peuple ; il prend place avec ce résidu ; il est baptisé du baptême de Jean, comme le résidu l’avait été. Touchant et merveilleux témoignage ! Jésus n’aime pas de loin, ni en pardonnant seulement ; il vient se placer par la grâce là où le péché de son peuple avait placé celui-ci : c’était une place prise sous l’influence du sentiment que l’Esprit convertissant et vivifiant de son Dieu donnait à ce peuple. Jésus y pousse son peuple par sa grâce ; mais il l’accompagne dans le chemin dans lequel il l’introduit, dès le premier pas qu’il y fait ; il prend place avec lui dans toutes les difficultés du chemin et marche à la rencontre de tous les obstacles qui s’y présentent, s’identifiant réellement avec le pauvre résidu, ces «excellents de la terre en qui il trouvait ses délices», appelant l’Éternel, son Seigneur, s’anéantissant et disant que sa bonté ne s’élevait point jusqu’à l’Éternel (Ps. 16). En s’identifiant ainsi avec les siens dans leur confession, le Seigneur ne prend pas sa place éternelle, mais celle de l’humiliation, et partant de la perfection, dans la position jusqu’à laquelle il s’était abaissé, mais une perfection qui reconnaissait l’existence du péché ; parce qu’en effet il y avait du péché, et le résidu a dû le sentir en retournant à Dieu : ce sentiment était le commencement du bien, de l’oeuvre de la grâce et de l’Esprit dans le résidu. C’est là que Jésus prend place avec lui pour aller jusqu’au bout. En Christ, quelque humble que fût la grâce, c’était la grâce qui s’accomplissait par la justice, car c’était en Lui l’amour et l’obéissance, ainsi que la marche par laquelle il glorifiait son Père. Il est entré par la porte.
Jésus donc, en prenant cette position d’humiliation que demandait l’état du peuple bien-aimé, et dans laquelle la grâce le plaçait, Jésus se trouvait dans celle de l’accomplissement de la justice et de tout le bon plaisir du Père dont il devenait ainsi l’objet. Le Père pouvait le reconnaître comme satisfaisant son coeur là où se trouvait le péché (et en même temps les objets de sa grâce), de sorte qu’il pouvait donner libre cours à sa grâce. La croix était le plein accomplissement de cette oeuvre de grâce, dans laquelle Jésus s’est identifié avec les siens pour porter toutes les conséquences de leur état. Il y a une différence, il est vrai, entre la croix et cette identification avec eux dans sa vie d’amour, et nous dirons un mot de cette différence en parlant de la tentation du Seigneur : mais le principe de ce qu’il fait est le même dans les deux cas. Christ était ici avec le résidu, au lieu d’être substitué et mis à sa place pour expier le péché. Mais l’objet des délices du Père avait pris place par grâce avec son peuple, lorsque ce peuple confessait son péché devant Dieu (*) et qu’il était en ce sens dans son péché, quoique renouvelé pour le confesser ; sans quoi le Seigneur n’aurait pu être avec lui, sauf comme témoin pour lui adresser la grâce prophétiquement.
(*) Il prenait cette place au milieu du résidu pieux et avec lui, dans l’acte qui les distinguait de ceux qui ne se repentaient pas ; cette place était celle qui convenait au peuple, le premier acte de la vie spirituelle. Le résidu qui entoure Jean représente le vrai Juif prenant sa vraie place devant Dieu. C’est là que Christ entre avec lui.
Jésus, ayant pris cette position et priant, occupe la place de l’homme pieux dépendant de Dieu ; et son coeur s’élevant à Lui, dirigé vers Dieu (encore l’expression de la perfection dans cette position !), le ciel s’ouvre à lui. Par le baptême, il prenait sa place avec le résidu ; en priant, il montrait sa perfection dans ses propres rapports avec Dieu dans la place qu’il avait ainsi prise. La dépendance de Dieu et le mouvement du coeur vers Dieu, comme la première chose qui y surgit et l’expression de son existence pour ainsi dire, est la perfection de l’homme ici-bas ; et dans ce cas-ci, de l’homme dans les circonstances où il se trouvait dans ses relations avec Dieu, et Jésus avec lui. Ici, le ciel peut s’ouvrir ; et remarquez-le, ce n’est pas le ciel s’ouvrant pour chercher quelqu’un qui était éloigné de Dieu, ni la grâce ouvrant le coeur à la conscience de cet éloignement ; mais c’est la grâce et la perfection de Jésus qui fait ouvrir le ciel, comme il est dit : «À cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie». Ainsi aussi c’est la perfection positive de Jésus (*) qui est le motif de l’ouverture du ciel. Une fois que ce principe de réconciliation existe, remarquez-le aussi, le ciel et la terre ne sont plus aussi éloignés l’un de l’autre. Il est vrai que, jusqu’après la mort de Jésus, cette relation de paix et de communion a dû se concentrer sur la personne de Jésus lui-même ; mais le fait qu’elle était établie en Lui, renfermait toutes les conséquences précieuses qui en découlent pour nous. La proximité entre le ciel et l’homme était établie en grâce, quoiqu’elle ne pût s’étendre encore plus loin ; car le grain de froment a dû rester seul jusqu’à ce qu’il tombât en terre et mourût. Cependant les anges, ainsi que nous l’avons vu, ont pu dire : «Sur la terre, paix et bon plaisir [de Dieu] dans les hommes» ; et nous voyons l’ange avec les bergers et l’armée céleste, à la vue et à l’ouïe de la terre, louant Dieu de ce qui est arrivé, mais ici, le ciel ouvert sur l’homme et le Saint Esprit descendant sur lui visiblement.
(*) Remarquez ici que Christ n’a pas, comme Étienne, un objet dans le ciel sur lequel fixer son attention. Lui est l’objet du ciel. Il est l’objet d’Étienne par le Saint Esprit, lorsque les cieux s’ouvrent devant le premier martyr. Sa personne demeure toujours clairement en évidence, même lorsqu’il met son peuple dans la place qu’il occupe, ou lorsqu’il s’identifie avec lui. Voyez sur ce sujet l’évangile de Matthieu.
Examinons la portée de ce dernier fait. Christ a pris place avec le résidu dans son faible et humble état ; mais en y accomplissant la justice. La parfaite faveur du Père repose sur lui, et l’Esprit Saint vient l’oindre et le sceller de sa présence et de sa vertu. Fils de Dieu, homme dans ce monde, le ciel est ouvert à Jésus, et toute l’affection du ciel se concentre sur Lui et sur tous les siens en Lui (*). Le premier pas que font ces âmes humiliées dans le chemin de la grâce et de la vie, voit Jésus là avec elles, et s’il est là, c’est la faveur et la dilection du Père et la présence de l’Esprit. Et souvenons-nous toujours que c’est sur Lui homme, quoiqu’il soit en même temps Fils de Dieu.
(*) Je ne parle pas ici de l’union de l’Église avec Christ en haut ; mais de ce qu’il a pris place avec le résidu qui vient à Dieu par la grâce, amené par l’efficace de sa Parole et par la puissance de l’Esprit. C’est, je présume, la raison pour laquelle nous voyons tout le peuple être baptisé, et alors Jésus vient et s’associe avec eux.
Telle est la position de l’homme accepté devant Dieu : Jésus nous présente cette position comme en étant lui-même la mesure, l’expression. Elle est caractérisée par ces deux choses, que l’homme fait les délices du Père, et qu’il est scellé du Saint Esprit dont la puissance repose sur lui. Ensuite cela a lieu dans ce monde, et est connu de celui qui en jouit. Le ciel est ouvert à l’homme en Jésus. Il y a cette différence maintenant, déjà notée dans notre position actuelle, d’avec celle de Jésus, que nous regardons par le Saint Esprit dans le ciel où est Jésus ; mais nous prenons sa place ici-bas.
Il nous faut contempler l’homme tel qu’il est vu dans la personne et la position de Jésus dans ce moment — le ciel ouvert — la puissance du Saint Esprit sur Lui et en Lui — le témoignage du Père — et la relation du Fils avec le Père.
«Et Jésus lui-même commençait d’avoir environ trente ans, étant, comme on l’estimait, fils de Joseph : d’Héli, etc.» (vers. 23 et suiv.). — On remarquera qu’ici la généalogie de Jésus est tracée non jusqu’à Abraham ou à David, afin qu’Il soit héritier des promesses selon la chair, mais jusqu’à Adam, pour montrer que Jésus est le vrai Fils de Dieu, homme dans ce monde, où le premier Adam avait perdu son titre, tel qu’il le possédait. Le second Adam, le Fils de Dieu, accepté du Père, était là, et se préparait à prendre sur Lui les difficultés dans lesquelles le péché et la chute du premier Adam avaient placé, ceux qui, d’entre sa race, s’approchaient de Dieu sous l’influence de la grâce. L’Ennemi était par le péché en possession du premier Adam, et il faut que Jésus remporte la victoire sur lui, s’il veut délivrer ceux qui étaient sous sa puissance ; il doit lier l’homme fort : le vaincre en pratique, c’est la seconde partie de la vie chrétienne. La joie avec Dieu, la lutte avec l’Ennemi, voilà ce qui compose la vie du racheté, scellé du Saint Esprit et marchant par sa puissance ; il est avec Jésus et Jésus avec lui dans ces deux parties de sa vie.
Reconnu Fils de Dieu sur la terre, Jésus est mené au désert par le Saint-Esprit, par lequel il avait été scellé, pour subir la tentation de l’Ennemi auquel Adam avait succombé. Mais Jésus subit cette tentation dans les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons — non dans celles où se trouvait Adam — c’est-à-dire dans toutes les difficultés de la vie de la foi : il la sentit à part le péché, car il «a été tenté en toutes choses comme nous, à part le péché». Remarquez qu’il ne s’agit pas ici de l’esclavage du péché, mais du combat ; quand il s’agit d’esclavage, il s’agit de délivrance et non de combat. Israël combattait en Canaan ; il avait été délivré d’Égypte : il ne s’agissait pas là de combat.
Dans l’évangile de Luc, les tentations sont rapportées d’après leur ordre moral : ainsi d’abord, nous trouvons ce que les besoins du corps exigent ; puis le monde ; enfin la subtilité spirituelle. Dans toutes, le Seigneur garde la position d’obéissance et de dépendance, en donnant à Dieu et à ses communications à l’homme — sa Parole — leur vraie place : simple principe qui nous met à l’abri de toute atteinte ; mais qui, par sa simplicité même est la perfection. Cependant souvenons-nous qu’il en est ainsi ; car ce n’est pas de nous élever à de merveilleuses hauteurs qui est exigé de nous, mais d’appliquer à l’état humain la règle normale de sa conduite. Il s’agit d’obéir, il s’agit de la dépendance, de ne rien faire qu’autant que Dieu le veut ; il s’agit de la confiance en Lui. Cette marche suppose l’existence de la Parole, et que nous possédons cette Parole pour nous diriger et nous faire connaître la volonté de Dieu. La Parole est l’expression de la volonté, de la bonté et de l’autorité de Dieu, applicables à toutes les circonstances de l’homme tel qu’il est : elle montre que Dieu s’intéresse à tout ce qui concerne l’homme. Pourquoi l’homme agirait-il de son chef sans regarder à Dieu et à cette Parole ? Hélas ! en parlant des hommes en général, ils ont une volonté propre : se soumettre et être sous la dépendance est précisément ce qu’ils ne veulent pas, ils sont trop inimitié contre Dieu pour se confier en Lui. C’était donc cette soumission, c’était l’obéissance, qui distinguaient le Sauveur. Le pouvoir d’opérer un miracle, Dieu pouvait le conférer à qui il voulait ; mais un homme obéissant, sans aucun vouloir de faire quoi que ce soit, là où la volonté de Dieu n’était pas exprimée, un homme qui vivait de la Parole et sous la dépendance complète de Dieu, ayant cette parfaite confiance qui n’exige aucune autre preuve de la fidélité de Dieu que sa Parole, et aucun autre moyen de certitude qu’il veuille intervenir, que la promesse de le faire, un homme qui s’attendait à cette intervention de Dieu dans le chemin de Sa volonté — voilà ce qui était plus que du pouvoir. C’était la perfection de l’homme dans la position où l’homme se trouvait ; c’était l’homme, non pas simplement innocent (car l’innocence n’a pas besoin de se confier en Dieu à travers les difficultés, les peines, les questions soulevées par le péché, la connaissance du bien et du mal), mais une perfection plaçant celui qui était tel à l’abri de toute attaque que Satan lui livrerait : car que pouvait Satan contre celui qui ne s’écartait pas de la volonté de Dieu et qui avait dans cette volonté son seul motif d’action ? Or la puissance de l’Esprit de Dieu était avec celui qui agissait dans cet esprit d’obéissance.
Ainsi donc la simple obéissance, dirigée par la Parole, se trouve être la seule arme employée par Jésus. Cette obéissance exige la dépendance de Dieu et la confiance en Dieu pour l’accomplir. Jésus vit de la Parole ; c’est là la dépendance. Il ne veut pas tenter Dieu, c’est-à-dire le mettre à l’épreuve, pour voir s’il est fidèle ; c’est là la confiance. Il agit quand Dieu veut, fait ce que Dieu veut, et parce qu’il le veut : le reste, il le laisse à Dieu. C’est là l’obéissance ; et, remarquons-le, non pas l’obéissance comme soumission à la volonté de Dieu quand il n’y avait point de volonté opposée, mais quand la volonté de Dieu était le seul motif pour agir. Nous sommes sanctifiés pour l’obéissance de Christ. Satan est vaincu et impuissant devant le second Adam, agissant selon la puissance de l’Esprit dans la place où se trouve l’homme, par les moyens que Dieu a donnés à l’homme et au milieu des circonstances dans lesquelles Satan exerce sa puissance. De péché, il n’y en avait pas en Jésus : s’il y en avait eu, c’eût été succomber et non vaincre : le péché était exclu par l’obéissance. Mais Satan est vaincu dans les circonstances de tentation au milieu desquelles l’homme se trouve. Les tentations se rapportent aux besoins du corps qui seraient devenus convoitise si la volonté propre s’y était introduite, au lieu de s’attendre à la volonté de Dieu ; — au monde et à toute sa gloire qui, en tant qu’objet de la convoitise de l’homme, est en effet l’empire de Satan, terrain sur lequel Satan a voulu amener Jésus et s’est montré Satan en le faisant ; — enfin, à l’élévation de soi-même, religieusement, par les choses que Dieu nous a données. Voilà les points d’attaque de l’Ennemi ; mais il n’y avait pas recherche de soi en Jésus.
Nous avons donc trouvé dans ce que nous venons de parcourir : d’abord, l’homme né du Saint Esprit, rempli du Saint Esprit ici-bas, parfaitement agréable à Dieu et objet de son affection, Fils bien-aimé de Dieu dans sa position de dépendance ; nous l’avons trouvé en second lieu, homme vainqueur de Satan au milieu des tentations par lesquelles celui-ci a ordinairement prise sur l’homme. Nous l’avons vu vaincre dans ce combat par la vertu du Saint Esprit, et pour remporter cette victoire, employer la Parole comme dépendant et obéissant, et se confier en Dieu dans les circonstances où nous nous trouvons tous. Dans la première position, Jésus se trouvait avec le résidu ; et dans la seconde, comme en Gethsémané et sur la croix. Toutefois il était là pour nous : et acceptés comme Jésus, en un certain sens, nous avons l’Ennemi à vaincre : mais c’est un ennemi battu auquel nous résistons par la puissance de l’Esprit qui nous est donné en vertu de la rédemption. Si nous résistons à l’Ennemi, il s’enfuit, car il a rencontré son vainqueur ; la chair ne lui résiste pas : — il trouve Christ en nous. La résistance selon la chair ne conduit pas à la victoire.
Jésus a vaincu et a ensuite pillé les biens de l’homme fort ; mais dans la tentation, ce qui caractérisait Jésus c’était l’obéissance, c’était d’avoir la volonté de Dieu pour sienne ; c’était enfin l’emploi de la Parole en se tenant sous la dépendance de Dieu, toutes choses que le premier Adam avait abandonnées. C’est ainsi que Jésus a remporté la victoire sur l’Ennemi ; et après cette victoire, nous aussi, comme serviteurs de Christ, nous remportons des victoires positives, ou plutôt nous recueillons les fruits de la victoire déjà remportée en la présence de Dieu.
Le Seigneur a maintenant, pour ainsi dire, pris sa place pour l’oeuvre du second Adam, de l’homme en qui est l’Esprit sans mesure, Fils de Dieu dans ce monde par sa naissance. Il a pris cette place comme semence de la femme (conçu toutefois par l’Esprit Saint) ; il l’a prise comme Fils de Dieu parfaitement agréable à Dieu dans sa personne en tant qu’homme ici-bas ; il l’a prise comme vainqueur de Satan. Reconnu Fils de Dieu et scellé du Saint Esprit par le Père, le ciel étant ouvert sur lui, comme homme, il fait remonter pourtant sa généalogie à Adam. Descendant d’Adam, sans péché, ainsi que rempli du Saint Esprit (comme homme obéissant, la volonté de Dieu étant son seul mobile), il vainc Satan ; puis il se met, et cela comme homme, par la puissance du Saint Esprit, à accomplir l’oeuvre que son Père lui a confiée dans ce monde. Il retourne en Galilée (*) par la vertu de l’Esprit, et sa renommée se répand dans tout le pays d’alentour (vers. 14).
(*) Remarquez ici que c’est comme oint de l’Esprit Saint, et conduit par Lui, que Jésus va pour être tenté, et qu’il revient dans la même puissance. Aucun n’était perdu, et cette puissance se manifestait aussi bien dans le résultat, en apparence négatif, d’avoir vaincu, qu’ensuite, dans la manifestation miraculeuse de cette puissance envers les hommes.
C’est dans ce caractère que Jésus se présente ici : «L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer de bonnes nouvelles aux pauvres ; il m’a envoyé pour publier aux captifs la délivrance... et pour publier l’an agréable du Seigneur» (vers. 18-19). Là il s’arrête : ce qui suit dans le prophète et qui a rapport à la délivrance d’Israël par le jugement qui tire vengeance des ennemis du peuple, est omis par le Seigneur. Or Jésus n’annonce pas des promesses, mais leur accomplissement en grâce par sa propre présence. L’Esprit est sur cet homme plein de grâce ; et le Dieu de grâce, en Lui, manifeste sa bonté. Le temps de la délivrance est là ; le vase de la faveur de ce Dieu de grâce pour Israël se trouve au milieu de ce peuple.
L’examen de la prophétie rend ce témoignage cité par le Seigneur d’autant plus remarquable, que l’Esprit, ayant déclaré le péché du peuple et son jugement dans les chapitres qui précèdent, ne parle que de grâce et de bénédiction envers Israël, en introduisant le Christ, l’Oint. Lors même que c’est la vengeance qui s’exécute, elle est exécutée contre les adversaires du peuple pour le délivrer : mais ici c’est la grâce dans la personne du Christ. Cet homme, Fils de Dieu, est plein du Saint Esprit pour annoncer la miséricorde d’un Dieu fidèle à ses promesses, pour consoler et relever les pauvres en esprit et ceux qui ont le coeur brisé : la bénédiction était là qui se présentait devant leurs yeux. Ils ne peuvent la méconnaître ; mais ils ne voient pas le Fils de Dieu, et ils disent : «Celui-ci n’est-il pas le fils de Joseph ?» (vers 20-22). Voilà toute l’histoire de Christ : il a été la parfaite manifestation de la grâce au milieu d’Israël, son pays et son peuple ; et ensuite, il a été méconnu : «Aucun prophète n’est reçu dans son pays» (vers. 24).
Mais ce rejet du Seigneur donnait lieu à une grâce qui franchissait les limites que voulait lui imposer un peuple rebelle : la femme de Sarepta et Naaman lui servaient de témoins que cette grâce dépassait les limites d’Israël selon la volonté de Dieu (vers. 25-27). Alors la colère s’empare d’un peuple qui ne veut pas la grâce ; incrédules et incapables de voir la bénédiction qui les avait visités, ils ne veulent pas qu’elle aille ailleurs. L’orgueil qui les rendait incapables d’apprécier la grâce, ne voulait pas entendre parler de sa communication à d’autres : alors ils veulent détruire Jésus ; mais Lui poursuit son chemin. Encore une fois, nous trouvons dans cette scène toute l’histoire de Jésus au milieu du peuple tracée à l’avance.
Jésus poursuit son oeuvre ; et l’Esprit nous raconte les faits et les guérisons qui caractérisent son ministère sous le rapport de l’efficace de la grâce et de son extension à d’autres qu’à Israël. La puissance était dans Celui dont la grâce était rejetée. Il est reconnu par les démons s’il ne l’est pas d’Israël : d’un seul mot il les chasse. Toute la puissance de l’Ennemi, les tristes effets extérieurs du péché, disparaissent de devant Lui. Il guérit les malades ; il guérit, puis se retire malgré les sollicitations des foules qui, à cause de l’effet de ses oeuvres, lui rendaient un honneur qu’il ne cherchait point. Il s’en va travailler ailleurs dans le témoignage qui lui avait été confié, car il cherche à accomplir son oeuvre et non à être honoré. Il prêche partout au milieu du peuple ; il chasse l’Ennemi et la souffrance, et annonce la bonté de Dieu aux pauvres (vers. 31-44).
Homme, Jésus était venu pour les hommes et il veut s’associer d’autres hommes pour être ses compagnons dans cette oeuvre glorieuse : il en a le droit. S’il est serviteur en grâce, il l’est selon la pleine puissance du Saint Esprit ; et il opère un miracle propre à frapper ceux qu’il voulait appeler, un miracle qui leur faisait sentir qu’il disposait de tout, que tout dépendait de Lui et qu’il pouvait tout, là où l’homme ne pouvait rien (vers. 4-7). Pierre, frappé jusque dans sa conscience par la présence du Seigneur, confesse son indignité : Il se jeta «aux genoux de Jésus, disant : Seigneur, retire-toi de moi, car je suis un homme pécheur» (vers. 8). La grâce le relève, et dispose son coeur à parler d’elle à d’autres ou à pêcher des hommes, en lui donnant la capacité de le faire. Déjà Jésus n’était pas un prédicateur de justice au milieu du peuple de Dieu, mais Celui qui attirait dans son filet ceux qui étaient loin de cette justice. Il attirait autour de Lui, comme étant la manifestation sur la terre de la puissance de Dieu et de son caractère : c’était la grâce qui se trouvait là. Il était là, avec la volonté et la puissance de guérir ce qui était le signe du péché, la lèpre, ce mal incurable à moins d’une intervention directe de la puissance de Dieu : et Dieu intervenait en grâce. Jésus peut dire, et il dit à celui qui reconnaît sa puissance et doutait de sa volonté : «Je veux, sois net» (*). Toutefois, il se soumettait aux ordonnances comme un Juif obéissant sous la loi ; il priait comme un homme dépendant de Dieu (vers. 16) : c’était sa perfection comme homme né sous la loi. D’ailleurs, il fallait que Christ reconnût l’autorité des ordonnances de Dieu qui, Lui n’étant pas encore rejeté, n’étaient point abrogées : il était au milieu d’Israël. Mais cette obéissance comme homme lui serait pour témoignage ; car la puissance de l’Éternel seule pouvait guérir la lèpre, et les sacrificateurs devaient reconnaître ce qui était arrivé au lépreux et ainsi constater l’intervention de Dieu.
(*) Quand un homme touchait un lépreux, il était impur. Mais ici, la grâce opère, et Jésus qui ne pouvait être souillé touche le lépreux (Dieu en grâce, sans souillure, mais homme, touchant l’objet souillé pour le nettoyer).
Mais Jésus apporte le pardon de nos péchés aussi bien que le nettoiement de nos souillures. Il en donne la preuve en ôtant toute infirmité et en donnant la force à celui qui n’en avait point (vers. 17 et suiv.). Ce n’est pas la doctrine que Dieu pouvait pardonner, car cela on le croyait bien ; mais Dieu était intervenu, et le pardon était là. On n’attendrait plus au dernier jour ou à un jour de jugement pour savoir ce qu’il en était ; un Nathan ne serait plus nécessaire pour venir, de la part de Dieu dans le ciel, annoncer ce pardon aux siens sur la terre : le pardon était arrivé dans la personne du Fils de l’homme venu sur la terre. Or en tout ceci le Seigneur donne des preuves de la puissance et des droits de l’Éternel (c’est dans le cas qui nous occupe l’accomplissement du Ps. 103:3) ; mais il les présente en même temps comme accomplis par la puissance de l’Esprit sans mesure dans l’homme, dans sa personne, vrai Fils de Dieu. «Le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de pardonner les péchés» (vers. 24). En effet, l’Éternel était venu, homme sur la terre : le Fils de l’homme était là devant leurs yeux à tous, en grâce, pour exercer cette puissance, preuve de la présence de Dieu ici-bas.
Dans ces deux cas (*) le Seigneur, tout en déployant une puissance propre à s’étendre et qui devait s’étendre au-delà de cette sphère, agit en rapport avec Israël. Le nettoiement était la preuve de la puissance de l’Éternel au milieu d’Israël ; et le pardon, un pardon qui se rapportait à son gouvernement au milieu de ce peuple, démontrait ainsi, par la guérison parfaite de celui qui souffrait, la présence de celui qui, selon le Ps. 103 déjà cité, accordait ce pardon et accomplissait la guérison (**). Sans doute de tels droits ne se bornaient pas à Israël, mais ils s’exerçaient dans ce moment-là en rapport avec ce peuple. Jésus le nettoyait en grâce de ce dont l’Éternel seul pouvait le nettoyer. Il lui pardonne ce que l’Éternel seul pouvait lui pardonner, en ôtant toutes les conséquences de son péché. C’était dans ce sens un pardon gouvernemental : la puissance de l’Éternel était présente pour restaurer et rétablir pleinement Israël, là du moins où la foi voulait en profiter. Plus tard, nous trouverons le pardon pour la paix de l’âme.
(*) L’appel de Pierre est plus général en ceci qu’il se rattache à la personne du Christ. Cependant, quoique Pierre fût pêcheur d’hommes (un mot employé évidemment en contraste avec les poissons, dont il était occupé), il a exercé son ministère plus particulièrement en rapport avec Israël : mais c’est la puissance dans la personne de Jésus qui a gouverné son coeur, de sorte que, pour le fond, cette influence était une chose nouvelle ; toutefois elle a été exercée dans la sphère des rapports du Messie avec Israël, quoique s’étendant plus loin. C’est à la fin du chap. 7 et au chap. 8, que nous entrons sur un terrain en dehors des limites étroites d’Israël.
(**) Comparez Job 33 et 36, et Jacq. 5:14-15, le premier, en dehors des économies, et Jacques sous le christianisme. En Israël c’est le Seigneur lui-même en grâce souveraine.
L’appel de Lévi et ce qui suit (vers. 27-39), montre non seulement qu’une telle puissance de grâce qui apportait la paix et la vie devait s’étendre au-delà d’Israël, mais que le «vieux vaisseau» ne saurait la supporter : elle devait se former elle-même des vaisseaux pour elle.
On peut également remarquer ici, d’un autre côté, la persévérance comme caractère de la foi. Le sentiment du mal, d’un mal sans remède, uni à l’assurance que Celui qui peut guérir est là, ne nous permet pas de nous laisser rebuter, ni ne renvoie le soulagement de notre besoin. Or la puissance de Dieu était là en réponse à ce besoin.
Ceci termine les récits qui révèlent d’une manière positive la puissance divine, visitant la terre en grâce par la personne du Fils de l’homme, et s’exerçant en Israël dans la condition dans laquelle le Fils de l’homme le trouvait.
Ce qui suit caractérise l’exercice de cette grâce en contraste avec le judaïsme. Mais ce que nous avons déjà examiné se divise en deux parties, ayant des caractères distincts qu’il vaut la peine d’examiner. Ainsi, au chap. 4:31-41, on voit la puissance du Seigneur qui se manifeste de sa part, triomphant (sans rapport particulier avec les pensées de l’individu) de toute la puissance de l’Ennemi, soit dans les maladies, soit dans les possessions. La puissance de l’Ennemi est là : Jésus chasse l’Ennemi et guérit ceux qui souffrent. Mais son occupation est proprement de prêcher. Cependant le royaume n’était pas seulement la manifestation d’une puissance qui chassait toute celle de l’Ennemi, mais d’une puissance qui aussi mettait les âmes en rapport avec Dieu. C’est ce qui se voit au chap. 5:1-26. Dans ce passage-ci, l’état des âmes devant Dieu, le péché, la foi, sont en question — en un mot, tout ce qui tenait à leur relation avec Dieu. Nous voyons par conséquent ici l’autorité de la parole de Christ sur le coeur, la manifestation de sa gloire : Jésus est reconnu Seigneur. La conviction du péché, la juste jalousie pour sa gloire dans le sentiment de sa sainteté qui devait se garantir de toute atteinte, font que l’âme prend le parti de Dieu contre elle-même, parce qu’elle aime la sainteté et respecte la gloire de Dieu, tout en subissant en même temps l’attrait de sa grâce ; et par ces moyens, poissons, barque, dangers, filets, tout est oublié ! Une chose possède l’âme déjà. Ensuite la réponse du Seigneur ôte toute frayeur, et il s’associe l’âme délivrée, dans la grâce qu’il exerçait envers elle et dans l’oeuvre qu’il accomplissait en faveur des hommes.
Déjà l’âme était délivrée moralement de tout ce qui l’entourait ; maintenant, jouissant pleinement de la grâce, elle est affranchie par la puissance de cette grâce, étant toute à Jésus. Le Seigneur, parfaite manifestation de Dieu, en créant de nouvelles affections par cette révélation de Dieu, sépare le coeur de tout ce qui l’attachait à ce monde et à l’ordre du vieil homme, afin de le mettre à part pour Lui-même ou pour Dieu. Le Seigneur délivre les âmes moralement, en étant le centre des affections qui les gouvernent et qui sont formées par cette révélation.
Ensuite (ce que l’Éternel seul pouvait faire), le Seigneur nettoie de la lèpre (vers. 12-16) ; toutefois, il ne sort pas de sa position sous la loi : quelque grande que soit sa renommée, il garde sa place de parfaite dépendance comme homme vis-à-vis de Dieu. Le lépreux, le souillé peuvent désormais revenir à Dieu.
Puis le Seigneur pardonne (vers. 17-26). Le coupable ne l’est plus vis-à-vis de Dieu : il est pardonné ; en même temps il acquiert de la force. Toutefois c’est toujours le Fils de l’homme qui est là ; et dans les deux cas dont il vient d’être question, la foi cherche le Seigneur en lui présentant ses besoins.
Maintenant (vers. 27 et suiv.), le Seigneur montre le caractère de cette grâce vis-à-vis des objets dont elle s’occupait. Étant souveraine, étant de Dieu, elle agit en vertu de ses droits ; les circonstances humaines ne l’arrêtent pas. Elle s’adapte par sa nature même à des besoins et non à des privilèges humains : elle ne se soumet pas aux ordonnances (*), ni ne s’introduit en elles. La puissance de Dieu par l’Esprit était là, agissant pour elle-même ; et elle produisait ses effets en laissant de côté ce qui était vieux, ce à quoi l’homme s’attachait (**) et à quoi la puissance de l’Esprit ne pouvait être restreinte.
(*) Christ né sous la loi, s’y soumettait ; mais c’est autre chose. Ici, c’est la puissance divine agissant en grâce.
(**) Mais ici aussi le Seigneur, en donnant les raisons pour lesquelles les disciples ne suivent pas les institutions et les ordonnances de Jean et des pharisiens, rattache ces raisons aux deux principes que nous avons déjà signalés, savoir sa position au milieu d’Israël, et la puissance de la grâce qui en franchissait les limites. Le Messie, l’Éternel lui-même était au milieu d’Israël dans cette grâce d’après laquelle l’Éternel s’appelait : «Je suis l’Éternel qui te guérit» (Exode 15:26). Il y était malgré la chute du peuple sous la loi, malgré son assujettissement aux gentils ; — au moins il était là, pour la foi, dans la suprématie de la grâce. Ceux qui le reconnaissaient pour le Messie, l’époux d’Israël, pouvaient-ils jeûner lorsqu’il était présent ? Il les quitterait, sans doute ; ce serait leur temps pour jeûner. De plus, il ne pouvait (car c’est toujours impossible) adapter le drap neuf du christianisme au vieil habit du judaïsme (par sa nature incapable de recevoir son énergie ou de s’adapter à la grâce) usé en même temps, comme dispensation, par le péché, et sous lequel, en jugement, Israël était assujetti aux gentils.
Ensuite, la puissance de l’Esprit de Dieu en grâce ne saurait se restreindre aux ordonnances légales : elle les détruirait par le fait même de sa force. L’appel de Lévi violait, et de la manière la plus publique, tous les préjugés des Juifs. Leurs propres compatriotes servaient d’instruments d’extorsion à leurs maîtres, et leur rappelaient de la manière la plus pénible leur assujettissement aux gentils. Mais le Seigneur était là en grâce pour chercher les pécheurs.
Ce qui est mis ici devant nos yeux par le Saint Esprit, est la présence du Seigneur ; ce sont les droits qui se rattachent nécessairement à sa personne et à sa grâce souveraine entrée au milieu d’Israël, mais dépassant nécessairement les limites de cette nation, et, en résultat, mettant de côté le système légal qui ne pouvait recevoir le nouvel état de choses. C’est là la clef de tous les récits qui viennent de nous occuper ; et encore, dans ce qui suit à l’occasion du sabbat. Le premier cas dont il est question (chap. 6:1-3) montre la suprématie que sa personne glorieuse donnait au Seigneur sur ce qui était le signe de l’alliance elle-même. L’autre cas (chap. 6:6-11) fait voir que la bonté de Dieu ne peut abandonner ses droits et sa nature ; il voulait faire du bien, même en un jour de sabbat.
Les pharisiens et les scribes ne veulent pas que le Seigneur soit avec les méchants et les gens de mauvaise réputation ; mais Dieu cherche en grâce ceux qui ont besoin de Lui, les pécheurs. Lorsqu’on demande au Seigneur pourquoi ses disciples ne suivent pas les habitudes et les ordonnances de Jean et des pharisiens, par lesquelles ceux-ci dirigeaient la piété légale de leurs disciples, sa réponse est que la chose nouvelle ne saurait s’assujettir aux formes de ce qui tenait à l’ancien et ne supportait pas l’énergie et la force de ce qui venait de Dieu. L’ancien, c’étaient les formes dans lesquelles l’homme selon la chair cherchait sa religion ; le nouveau, c’était l’énergie de Dieu selon le Saint Esprit. Ce n’était pas le moment alors pour une piété, qui prenait dans ce temps-là un caractère de mortification de soi. Que pouvait donc faire l’homme ? Mais l’Époux était là. Toutefois quelque occasion de joie, quelque énergie de Dieu qu’il y eût, l’homme aimerait mieux ce qui était vieux, parce que c’était l’homme et non pas l’énergie de Dieu.
Les récits qui se trouvent ici, vers. 1-10, et que nous avons mentionnés déjà en passant, ont trait à la même vérité et sous un point de vue important. Le sabbat était le signe de l’alliance entre Dieu et Israël ; le repos après le travail achevé. Les pharisiens blâment les disciples de ce qu’ils broient des épis entre leurs mains. Mais un David rejeté franchissait les barrières de la loi quand ses besoins l’exigeaient. Lorsque l’Oint de Dieu fut rejeté et mis dehors, toutes choses devinrent, pour ainsi dire, communes [1 Sam. 21:5]. Le Fils de l’homme (fils de David, rejeté comme le fils de Jessé, roi élu et oint), était Seigneur du sabbat. Dieu était Seigneur du sabbat, puisqu’il avait établi cette ordonnance. Il l’avait établie et, lors de sa présence en grâce, l’obligation de l’homme cédait devant la souveraineté de Dieu ; et le Fils de l’homme était là avec les droits et la puissance de Dieu : fait merveilleux ! Aussi la puissance de Dieu, présente en grâce, ne laissait pas subsister la misère, parce que c’était le jour de la grâce. Mais c’était mettre de côté le judaïsme, l’obligation de l’homme envers Dieu, et Christ était la manifestation de Dieu en grâce envers les hommes (*). Jésus se prévalant des droits de la bonté suprême et montrant la puissance qui légitimait ses prétentions à faire valoir ces droits, guérit en pleine synagogue un homme qui a la main sèche. Mais ceux qui étaient là sont remplis de fureur contre cette manifestation de puissance qui déborde et qui rompt les digues de leur propre justice et de leur orgueil. Toutes ces circonstances, comme on peut le remarquer, sont rassemblées dans un ordre et une relation parfaite entre elles (**).
(*) Ceci est un point important. Avoir part au repos de Dieu est le privilège distinctif des saints du peuple de Dieu. L’homme ne le possédait pas à la chute et cependant le repos de Dieu n’en demeure pas moins la portion spéciale de son peuple. Il ne l’a pas obtenu sous la loi. Mais avec chaque institution nouvelle sous la loi, Dieu insiste de nouveau sur le sabbat, cette expression formelle du repos de premier Adam, et Israël en jouira à la fin de l’histoire de ce monde. Jusque-là, comme dit le Seigneur, dans cette précieuse parole : «Mon Père travaille... et moi je travaille». Pour nous, le jour du repos n’est pas le septième jour, cette fin de la semaine du monde, mais bien le premier jour, le jour après le sabbat, le commencement d’une nouvelle semaine, d’une nouvelle création, le jour de la résurrection de Christ, le point de départ d’un nouvel état pour l’homme, dont la création qui nous entoure attend l’accomplissement, tandis que nous sommes devant Dieu en Esprit, comme Christ l’est lui-même. De là vient que le sabbat, le septième jour, le repos de la première création sur un terrain humain et légal, est toujours rejeté dans le Nouveau Testament, bien qu’il ne soit vraiment mis de côté que lorsque le jugement sera exécuté ; mais, comme ordonnance, le sabbat mourut avec Christ dans la tombe où Il le passa — seulement il avait été donné à l’homme comme une faveur. Le jour du Seigneur est notre jour, avant-goût béni du repos céleste.
(**) Je puis remarquer ici que lorsque l’ordre chronologique est suivi dans Luc, c’est le même ordre que celui de Marc, l’ordre des événements eux-mêmes ; non pas comme en Matthieu où les faits sont placés de manière à faire ressortir le but de l’Évangile. Seulement Luc introduit de temps en temps une circonstance qui a pu se passer à un autre moment afin d’illustrer le sujet présenté historiquement. Mais au chapitre 9, Luc arrive au dernier voyage à Jérusalem (vers. 51), et dès lors suivent une série d’instructions morales jusqu’au chap. 18:31 ; ces instructions ont sans doute été pour la plupart sinon toutes données durant la période du voyage, mais elles n’ont guère à faire avec les dates.
Le Seigneur a montré que la grâce qui avait visité Israël, selon tout ce qu’on pouvait attendre du Dieu tout-puissant fidèle à ses promesses, ne pouvait cependant se borner aux limites étroites de ce peuple, ni s’adapter aux ordonnances de la loi ; il avait montré que les hommes voulant le vieux, la puissance de Dieu agissait selon sa propre nature ; il avait montré que le signe le plus sacré, le plus obligatoire de l’ancienne alliance devait reconnaître son titre à Lui, supérieur à toute ordonnance, et faire place aux droits de l’amour divin qui était en activité. Mais les choses anciennes étaient ainsi jugées et disparaissaient. Le Seigneur s’était montré lui-même en tout, particulièrement par l’appel de Pierre, comme le centre nouveau autour duquel devait se grouper tout ce qui cherchait Dieu et la bénédiction ; car il en était la manifestation vivante dans l’homme. Ainsi Dieu était manifesté, l’ancien ordre de choses usé et incapable de contenir cette grâce, le résidu séparé. Celui-ci entoure le Seigneur du monde — d’un monde qui ne voyait aucune beauté en Lui qui fît qu’il le désirât. Le Seigneur agit maintenant selon la nouvelle position qu’il a prise : la foi le cherche encore en Israël, mais cette puissance de grâce manifeste Dieu d’une autre manière. Dieu, comme centre de bénédiction dans le Christ homme, s’entoure des hommes ; mais il est amour, et dans l’activité de cet amour, il cherche ce qui était perdu. Nul, sauf un seul, Celui qui était Dieu et qui le révélait, ne pouvait s’entourer de ses compagnons. Aucun prophète ne le fit (voyez Jean 1). Nul autre que Dieu ne pouvait envoyer avec l’autorité et la puissance d’un message divin. Christ avait été envoyé, et maintenant il envoie (vers. 12 et suiv.). Et cette mission d’apôtres (ou d’envoyés, car Jésus les nomme ainsi) renferme cette profonde et merveilleuse vérité que Dieu est actif en grâce. Il s’entoure des bienheureux ; il cherche des malheureux, de pauvres pécheurs ; et si Christ, vrai centre de bonheur et de grâce, s’entoure de ceux qui le suivent, il envoie les siens pour rendre témoignage de l’amour qu’il est venu manifester. Dieu s’est manifesté dans l’homme et cherche les pécheurs par l’homme qui a une part dans le déploiement le plus immédiat de la nature divine des deux manières. Il (l’homme) est avec Christ comme étant tel, c’est-à-dire homme ; il est envoyé par Christ. Christ lui-même — comme homme, l’homme rempli du Saint Esprit — envoie : aussi le voit-on toujours manifesté dans la dépendance de son Père ; avant de choisir les apôtres, il se retire pour prier et passe toute la nuit en prière.
Et maintenant, il va plus loin que de se manifester comme personnellement rempli du Saint Esprit pour introduire la connaissance de Dieu au milieu des hommes ; il devient le centre duquel doivent s’approcher ceux qui cherchent Dieu, et la source d’une mission qui accomplit son amour : le centre de la manifestation de la puissance divine en grâce ; et ainsi, il appelle autour de Lui le résidu qui devait être sauvé. Sa position à tous égards se résume dans ce qui est dit lorsqu’il est descendu de la montagne. De sa communion avec Dieu il descend avec ses apôtres