[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi - l'Évangile | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index ouvrages | Index auteurs | Index sujets | Centres d'intérêt ]

 

Assemblée — Série B

 

Paul Fuzier

Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

 

Table des matières abrégée :

1     D’un commun accord. Actes 2:46

2     Participation à la Cène du Seigneur

3     Sur 1 Corinthiens 11:23 à 34

4     Comment surmonter des difficultés dans une assemblée — Actes 15

5     La vraie grandeur — Les leçons de Matthieu 16 à 18

6     La vérité. Fausse image du miroir brisé

 

Table des matières détaillée :

1     D’un commun accord. Actes 2:46

1.1      Les chrétiens du début des Actes

1.2      Origine des divergences de pensées

1.3      Ne pas nuire au commun accord

1.4      Commun accord et réunion de culte

1.5      Commun accord et réunion de prière

1.6      Conclusion

2     Participation à la Cène du Seigneur

2.1      Responsabilité individuelle

2.2      Responsabilité de l’assemblée : a) Recevoir — b) à la gloire de Dieu

2.3      Ni trop étroits ni trop larges dans l’admission

2.4      Savoir ce qu’on fait en entrant en communion

2.5      Participation occasionnelle à la Cène

2.6      Veiller. Sagesse. Discernement

3     Sur 1 Corinthiens 11:23 à 34

3.1      Un souvenir précieux

3.2      Danger de la routine

3.3      Danger d’un état moral incompatible avec la présence du Seigneur

3.4      Se juger, et non pas s’abstenir

3.5      Danger d’être trop occupé de soi-même

3.6      Responsabilité de l’assemblée

3.7      Gouvernement de Dieu. Discerner et comprendre ce gouvernement

3.8      Être attentif

4     Comment surmonter des difficultés dans une assemblée — Actes 15

4.1      Dieu s’est servi des difficultés du commencement pour nous instruire

4.2      Tentative de fausse doctrine

4.2.1      Phase initiale

4.2.2      Analyse par des frères capables. Réunion de frères et son déroulement

4.2.3      Accord de l’assemblée

4.2.4      Effet de la lettre des frères. Consolation à Antioche

4.2.5      Fermeté, sagesse, spiritualité, discernement, amour vrai

4.3      Difficulté dans des rapports mutuels entre frères

4.3.1      L’affaire de Barnabas et Paul

4.3.2      Sentimentalité. Relations de famille

4.3.3      Amour vrai pour Marc

4.4      Conclusion

5     La vraie grandeur — Les leçons de Matthieu 16 à 18

5.1      La Personne du Seigneur dans Matt. 16 et 17

5.1.1      Grandeur de la personne du Seigneur  — Matt. 16:13-18

5.1.2      Abaissement présent du Seigneur, gloire future — Matt. 16:21-28 ; 17:1-8

5.1.3      La gloire cachée, ce qui appartenait au Seigneur

5.2      Leçons de Matthieu 18

5.2.1      Des cœurs insensibles à la gloire du Seigneur. La grandeur qui les occupe

5.2.2      Qui sera estimé la plus grand ?

5.2.3      L’exemple des petits enfants

5.2.4      Va vers ton frère… reprends-le. Grâce et vérité

5.2.5      Pour que l’œuvre de restauration s’opère

5.3      La vraie grandeur

6     La vérité. Fausse image du miroir brisé

6.1      Vérité dont il doit être rendu témoignage

6.2      Un témoignage complet

6.3      Fausse image du miroir brisé

 

 

 

1                    D’un commun accord. Actes 2:46

ME 1960 p. 29

1.1   Les chrétiens du début des Actes

Nous ne pouvons prétendre rétablir aujourd’hui, à la fin de son histoire sur la terre, l’état de l’Église au commencement, tel qu’il nous est dépeint dans les chapitres 2 et 4 du Livre des Actes. Mais nous devons avoir à cœur de manifester les traits qui ont caractérisé ces croyants des premiers jours dans leur marche individuelle et dans leurs rapports les uns avec les autres ; nous connaîtrons alors dans l’assemblée quelque chose de la vie et de la fraîcheur qui ont marqué ce début de l’histoire du témoignage. Toutes les ressources qui étaient à la disposition des fidèles du commencement demeurent encore aujourd’hui ; elles sont aussi intactes, aussi parfaites qu’alors, car ce qui est de Dieu ne peut changer.

Nous ne reprendrons pas dans le détail les enseignements d’Actes 2:42 à 47 ; nous désirons, dans le présent article, nous arrêter sur une seule expression de ce passage : « d’un commun accord » (v. 46).

 

1.2   Origine des divergences de pensées

On peut certes se trouver en plein accord pour faire ce qui n’est pas selon Dieu. Pilate et Hérode, ennemis jusque-là, se sont parfaitement entendus dans leur opposition à Christ (cf. Luc 23:12). Que Dieu nous garde de réaliser un accord dans les choses qui ne peuvent avoir son approbation et de penser que nous sommes ainsi en pleine et vraie communion les uns avec les autres ! — Notre communion doit être d’abord « avec le Père et avec son Fils Jésus Christ », c’est seulement ainsi que nous aurons communion les uns avec les autres et que notre joie sera accomplie (cf. 1 Jean 1:3, 4). C’est en fait, disons-le tout de suite, le secret pour que nous soyons « d’un commun accord » entre frères. Cultivons, chacun pour notre part, la communion avec notre Dieu et Père et avec notre Sauveur et Seigneur Jésus Christ ; nous aurons ainsi « la pensée de Christ » et, par conséquent, tous ensemble une seule et même pensée. Nos divergences viennent, la plupart du temps sinon toujours, de nos différents degrés de communion avec le Seigneur. Quelle perte nous faisons, quel affaiblissement pour le témoignage lorsque nous ne sommes pas tous « d’un commun accord » ! Parmi nous et parmi ceux qui nous entourent, bien des âmes sont ainsi découragées, d’autres éloignées...

 

1.3   Ne pas nuire au commun accord

Que Dieu nous donne d’être attentifs à tout ce qui est susceptible de nuire à l’accord qui doit régner dans l’assemblée ! Telle chose, qui est peut-être excellente en soi, est à laisser de côté si elle doit troubler l’accord des frères. Il faut sans doute attendre le « moment opportun » pour la faire ou pour la présenter — attendre que Dieu ait disposé les cœurs pour qu’elle soit acceptée par tous dans « un commun accord ». Et ce temps d’attente et d’exercice n’est certainement pas inutile, malgré les apparences.

« Deux hommes peuvent-ils marcher ensemble s’ils ne sont pas d’accord ? » (Amos 3:3), — Or, des frères sont appelés à marcher dans le même sentier et à y manifester les caractères qui ont été vus dans les premiers croyants. Dans nos rapports les uns avec les autres, dans l’assemblée, nous ne marcherons d’une manière qui plaira au Seigneur que dans la mesure où nous serons « d’un commun accord ».

« Commun accord », combien nécessaire dans les différentes réunions de l’assemblée, particulièrement la réunion pour le culte et la réunion pour la prière !

 

1.4   Commun accord et réunion de culte

Dans la réunion de culte : « que, d’un commun accord, d’une même bouche, vous glorifiiez le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ » (Rom. 15:6). Comment rendre culte dans le sanctuaire, selon la pensée de Dieu, s’il y a des désaccords entre frères ou sœurs ? — L’Esprit est contristé, Dieu est frustré de ce qui Lui est dû. Tout ce qui conduit à un désaccord dans l’assemblée aboutit, en définitive, à ce résultat ! Y pensons-nous assez ? (Soulignons ici, par parenthèse, l’importance du « c’est pourquoi » qui commence le verset 7 de Romains 15 — nous ne pourrons glorifier notre Dieu et Père « d’un commun accord, d’une même bouche » si nous perdons de vue l’exhortation qui suit — « recevez-vous les uns les autres, comme aussi le Christ vous a reçus, à la gloire de Dieu ». Des réceptions qui ne sont pas « à la gloire de Dieu » nuiront inévitablement à la communion de l’assemblée et Dieu n’aura pas la louange qui Lui est due).

 

1.5   Commun accord et réunion de prière

Dans la réunion de prières : « Je vous dis encore que si deux d’entre vous sont d’accord sur la terre pour une chose quelconque, quelle que soit la chose qu’ils demanderont, elle sera faite pour eux par mon Père qui est dans les cieux » (Matt. 18:19). L’accord de ceux qui demandent est une condition nécessaire à l’exaucement. Réalisons-nous toujours cet accord dans nos réunions de prières ? Et s’il y a des questions à propos desquelles nous nous trouvons en désaccord dans nos manières de voir, avons-nous assez de sagesse pour n’en pas parler ou pour prier comme il convient, demandant à Dieu qu’Il nous donne sa pensée à Lui afin que nous puissions nous trouver en plein accord ? — Il convient d’éviter de demander ce que nous pouvons demander dans le particulier mais sur quoi nos frères ne seraient pas d’accord. — Quel exemple nous donnent, là encore, les croyants des premiers jours : lorsque Pierre et Jean, relâchés, viennent vers « les leurs », rapportant tout ce qui leur a été dit par les principaux sacrificateurs et les anciens, « ils élèvent d’un commun accord leur voix à Dieu » (Actes 4:23, 24). Pas de pensées divergentes, il n’en est pas qui prient pour que Dieu leur épargne des souffrances, d’autres pour que les apôtres soient mis hors de l’atteinte des chefs du peuple. Il y a un plein accord, une seule voix, « une même bouche », pour demander à Dieu une seule et même chose : « donne à tes esclaves d’annoncer ta parole avec toute hardiesse » (v. 29, 30). Le verset 31 nous dit quelle fut la réponse de Dieu à une telle prière, faite « d’un commun accord » ! — Comme aussi Actes 2:47 nous dit quelle bénédiction Dieu pouvait répandre sur l’assemblée fidèle, sur des croyants qui se trouvaient « d’un commun accord ».

 

1.6   Conclusion

Nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire de développer ce sujet. Les passages cités sont certainement suffisants pour exercer nos cœurs et nos consciences. Que Dieu veuille opérer, par leur moyen, afin de produire en nous des fruits à sa gloire et pour la bénédiction de son témoignage !

« Voici, qu’il est bon et qu’il est agréable que des frères habitent unis ensemble... C’est là que l’Éternel a commandé la bénédiction... » (Ps. 133).

 

 

2                    Participation à la Cène du Seigneur

ME 1960 p. 148

2.1   Responsabilité individuelle

Il y a certainement une responsabilité individuelle dans la participation à la Cène, la Parole nous l’enseigne. Nul ne peut y être contraint, mais tout enfant de Dieu, né de nouveau et ayant par l’Esprit la jouissance de sa relation avec Dieu comme Père, n’aurait-il pas à cœur de se souvenir du Seigneur, pendant le temps de son absence, de la manière dont Il a Lui-même exprimé le désir que nous le fassions : « Faites ceci en mémoire de moi » (Luc 22:19) ? — Dieu veuille produire dans le cœur des siens des pensées qui les conduisent à répondre à cette si touchante invitation du Seigneur ! Qu’Il amène chacun d’eux à comprendre sa responsabilité à cet égard et aussi à mettre en pratique les enseignements de 1 Corinthiens 11:23 à 32 quant à l’état moral requis pour la participation à la Cène. À ce sujet, il est très remarquable que, lors de l’institution du mémorial de sa mort, le Seigneur ait d’abord adressé à ses disciples une parole qui les conduit à un profond jugement de soi-même : il semble qu’Il ait ainsi voulu montrer aux siens la nécessité d’un tel exercice de conscience avant de prendre la Cène (cf. Matt.26:20 à 30, Marc 14:17 à 26). Les différents passages que nous venons de citer nous disent avec quel sérieux un enfant de Dieu doit envisager le privilège qui est pour lui la participation à la fraction du pain : il est responsable tout à la fois de répondre au désir du cœur du Seigneur et de le faire dans l’état moral qui convient. Telle est, à cet égard, la responsabilité individuelle de tout racheté de Christ.

 

2.2   Responsabilité de l’assemblée : a) Recevoir — b) à la gloire de Dieu

Mais, prendre la Cène ne saurait cependant être laissé à la seule responsabilité individuelle. La Parole de Dieu nous présente des vérités très importantes concernant la table du Seigneur (1 Corinthiens 10:14 à 22) et la responsabilité de l’assemblée de maintenir cette table pure de toute souillure de chair ou d’esprit, car elle est la table de Celui qui se présente en témoignage fidèle comme « le saint, le véritable » (Apoc.3:7). Laisser chacun libre de participer à la fraction du pain, à la table du Seigneur, aboutirait vite, dans l’état de confusion où est la chrétienté aujourd’hui, au plus grand désordre. La sainteté et la vérité ne seraient plus maintenues et l’assemblée ne remplirait plus sa fonction de « colonne et soutien de la vérité » (1 Tim.3:15). Elle perdrait son caractère.

Aux tout premiers jours de l’histoire de l’Église sur la terre, trois mille personnes pouvaient être ajoutées à la suite d’une prédication de l’apôtre Pierre, et le nombre des hommes monta à cinq mille dans une autre circonstance (Actes 2:41 ; 4:4). L’assemblée était alors un lieu où le mal n’avait pas pénétré, l’Esprit de Dieu y agissait avec une telle puissance que nul de ceux qui n’y avaient pas leur place n’eût pu se tenir là, et même, aucun d’eux ne l’aurait voulu. Et si, peu après, le mal est entré dans l’assemblée, il a été aussitôt discerné, mis au jour et jugé, de telle manière que « d’entre les autres, nul n’osait se joindre à eux » (Actes 5:13). Ces temps-là ne sont plus. Déjà, au chapitre 9 de ce même Livre des Actes, nous voyons Saul de Tarse — qui venait d’être arrêté par le Seigneur sur le chemin de Damas et auquel, soulignons-le, devaient être révélées les vérités capitales concernant l’Assemblée corps de Christ, la cène et la table du Seigneur — désireux de « se joindre aux disciples » ; sans doute avaient-ils des raisons de craindre celui qui jusqu’alors avait persécuté l’Assemblée, mais, quoi qu’il en soit, Saul doit être recommandé aux apôtres et c’est Barnabas qui prend cette responsabilité (Actes 9:26 à 30). Ne pouvons-nous voir là comme une demande d’entrée en communion et une introduction dans l’assemblée sur le témoignage de l’un de ceux qui en faisaient déjà partie ? — Plus tard, Saul de Tarse devenu l’apôtre Paul adressera aux chrétiens de Rome cette exhortation, qui est aussi pour nous : « Recevez-vous les uns les autres, comme aussi le Christ vous a reçus, à la gloire de Dieu » (Rom. 15:7). Cette parole implique une double responsabilité. D’abord, une responsabilité de réception, ce qui exclut la possibilité pour chacun de s’introduire soi-même (disons ici, par parenthèse, que l’on ne peut pas plus se retirer que s’introduire soi-même ; l’assemblée n’est pas une « association » de laquelle on peut « démissionner », si cette expression nous est permise, comme on le ferait dans une association humaine. Si un frère ou une sœur estime, pour telle ou telle raison, ne pouvoir continuer à prendre la Cène, les frères d’abord, l’assemblée ensuite s’il y a lieu, sont appelés à s’occuper de son cas. Ce cas peut être tel qu’en effet ce frère ou cette sœur ne soit plus en état de rompre le pain, mais alors c’est l’assemblée qui doit l’exclure de la communion, selon 1 Corinthiens 5, ce n’est pas l’intéressé qui se retire). Ensuite, une responsabilité de réception « à la gloire de Dieu ». Serait-ce « à la gloire de Dieu » que de recevoir une personne apportant, moralement, ou doctrinalement, quelque souillure à la table du Seigneur ? Ces enseignements sont en accord avec ceux que nous trouvons déjà dans l’Ancien Testament : dans un jour de ruine, il convenait d’établir sa « généalogie » (Esdras 2:59 à 63).

 

2.3   Ni trop étroits ni trop larges dans l’admission

Tout esprit soumis à l’Écriture admettra donc que des frères, désireux eux-mêmes d’y obéir, ne puissent laisser à la responsabilité de chacun la participation à la Cène. Chaque cas particulier est à examiner. Il convient de se rendre compte si la personne qui désire rompre le pain est bien un enfant de Dieu, si rien dans sa marche individuelle ou dans ses associations religieuses ne constitue un obstacle à la communion réalisée à la table du Seigneur. Deux écueils se présentent ici : en premier lieu, il faut éviter de manifester une certaine étroitesse d’esprit qui nous conduirait à refuser d’admettre en communion un enfant de Dieu, sain dans la foi, ne retenant pas de fausses doctrines ou n’étant pas lié à ceux qui les professent, ayant une marche fidèle, sous le seul prétexte qu’il n’aurait pas assez d’intelligence des enseignements de l’Écriture au sujet du rassemblement ou ne serait pas d’accord avec nous sur des points secondaires dont on ne saurait faire une question de communion à la table du Seigneur. Mais, écueil opposé, il serait dangereux de se montrer large à l’excès, ce qui aboutirait en définitive à laisser pénétrer « le méchant » dans l’assemblée.

 

2.4   Savoir ce qu’on fait en entrant en communion

Dans le cas le plus général, les frères peuvent s’entretenir avec la personne qui présente une demande d’admission, confronter ensuite leurs pensées et, surtout, prier le Seigneur de leur donner Lui-même la sienne. S’ils estiment pouvoir le faire, la demande est alors placée devant l’assemblée, frères et sœurs réunis, et c’est l’assemblée comme telle qui prend une décision. Elle reçoit ou elle exclut, elle lie ou elle délie, selon les expressions de Matthieu 18. — Sans exiger d’une telle personne l’intelligence qu’elle peut fort bien ne pas avoir, il convient cependant de s’assurer qu’elle sait ce qu’elle fait en exprimant le désir d’entrer en communion. A-t-elle compris ce qu’est la séparation individuelle, puis la recherche en commun de la justice, la foi, l’amour, la paix selon les enseignements de 2 Timothée 2:19 à 22 ? A-t-elle saisi les vérités relatives à la Cène et à la table du Seigneur, présentées en 1 Corinthiens 11 et 10 ? Cette âme peut ne pas aller très loin sur ces sujets, encore convient-il qu’elle en ait compris l’essentiel, faute de quoi elle risque, tôt ou tard, de souffrir et de faire souffrir les autres. À cet égard, on peut sans doute se poser la question : les frères, auxquels on reproche volontiers de se montrer trop étroits, n’ont-ils pas, au contraire, été trop larges ? Ce qui pourrait expliquer que plusieurs se trouvent être en communion à la table du Seigneur sans avoir compris ce qu’est le rassemblement dans la séparation et ce qu’est la table du Seigneur. Cela nuit à la communion dans l’assemblée.

 

2.5   Participation occasionnelle à la Cène

Une question plus délicate et qui soulève parfois quelques difficultés est celle de la participation occasionnelle à la Cène de croyants pieux, rattachés à telle ou telle dénomination chrétienne. Dans le principe, rien ne s’oppose à cela, étant entendu cependant que l’on se trouve en présence d’un enfant de Dieu, connu pour sa marche fidèle, disposé à se soumettre à la discipline de l’assemblée et ne posant pas comme condition qu’il lui soit possible de retourner dans le rassemblement où il allait jusqu’alors, de se rendre indifféremment dans l’un ou dans l’autre. Dans la pratique, la chose est plus délicate qu’il ne paraît à première vue. Plusieurs seraient disposés à aller très loin, oubliant que la confusion actuelle de la chrétienté est beaucoup plus grande que celle qui existait déjà au siècle passé et que, d’autre part, nous n’avons très probablement pas le discernement spirituel qu’avaient nos devanciers. Insistons sur ce point car il est très important : au siècle dernier, il y avait une puissance spirituelle, une énergie pour juger le mal (qu’en est-il aujourd’hui ? — Cette seule question nous fait baisser la tête...) telles que ceux qui n’avaient pas leur place dans l’assemblée n’osaient guère s’en approcher ; il y avait aussi, conséquence d’une marche pratique plus fidèle, plus de discernement spirituel. À ce moment-là, nos devanciers ont « acheté » la vérité, alors qu’aujourd’hui on serait parfois plutôt porté à la « vendre » (cf. Prov. 23:23). De sorte que les frères pouvaient agir à bon escient dans des cas d’admission occasionnelle, tandis que nous sommes, la plupart du temps, dans l’incapacité de le faire. Y prétendre malgré tout, n’est-ce pas prétendre à plus de force et de discernement spirituel que nous n’en avons ? Au lieu de manifester de semblables prétentions, humilions-nous au contraire de nous trouver dans un tel état de faiblesse que nous devons, par notre faute, laisser parfois à l’écart quelqu’un que nous recevrions à la table du Seigneur si nous avions davantage de capacités spirituelles. Commençons donc, en premier lieu, par remédier à cet état de faiblesse. Toutes les ressources pour cela demeurent à la disposition de la foi.

Pour justifier une large application du principe, on met en avant divers extraits de lettres de J. N. D., sans tenir compte d’ailleurs de tout ce qu’il a écrit quant à la fermeté nécessaire pour réaliser une sainte séparation de tout mal doctrinal. Outre ce que nous venons de rappeler au sujet des temps actuels, si différents de ceux qui ont précédé, il faut remarquer encore que J. N. D. présente bien des réserves, sur lesquelles on passe rapidement...

D’abord celle-ci (M. É. 1876 - p. 382 - Lettre d’août 1875). Après que l’auteur de la lettre a parlé de « l’examen » qu’il convient de faire subir à une personne désireuse de prendre sa place à la table du Seigneur — « examen » qui n’est autre chose, dit-il, que « le témoignage de l’un ou de l’autre des saints, responsable envers l’assemblée à cet égard » ou « le témoignage de deux ou trois qui l’auraient visitée » — il ajoute : « Ce qui importe ici, c’est que, par l’un ou l’autre moyen, il y ait un témoignage suffisant pour que la conscience de l’assemblée soit satisfaite et à l’aise ». C’est une considération que l’on ne doit jamais perdre de vue. C’est l’assemblée qui reçoit ; par conséquent, si un frère prend sur lui de donner occasionnellement la cène à quelqu’un, il agit en fait au nom de l’assemblée. Il assume donc une grave responsabilité : il doit avoir le sentiment très net, sans aucun doute possible, que si l’assemblée avait à se prononcer elle prendrait une décision d’admission. S’il n’en a pas la conviction assurée, il doit s’abstenir. Quelle responsabilité serait la sienne, s’il donnait la cène à un croyant de passage sans avoir la certitude que la conscience de l’assemblée sera satisfaite et à l’aise !

Et combien il serait coupable s’il le faisait en ayant le sentiment que la conscience de l’assemblée ne sera ni satisfaite ni à l’aise ! Dieu nous garde de tout ce qui pourrait faire violence à la conscience de l’assemblée ! Cela ne peut que troubler la communion et ce qui trouble la communion n’est pas selon le Seigneur. Une telle considération doit suffire pour arrêter celui qui voudrait prendre semblable initiative.

J. N. D. écrit encore, dans cette même lettre « Ensuite, je craindrais aussi que ceux qui viennent se refusassent à prendre part sincèrement à l’opprobre de la position, de la vraie position séparée des saints, et qu’ils voulussent pouvoir dire à d’autres : « Je n’en suis pas, je n’y vais que comme croyant ». Moi je ne vais que comme croyant, mais j’accepte la position. En pareil cas, il est bon d’attendre que l’on soit au clair... ». Plus loin : « Je n’admettrais pas les personnes dont je viens de parler... Ces personnes ne viennent pas réellement pour rompre le pain avec nous sur le pied de l’unité du corps, si elles pensent qu’elles ne sont pas avec nous quand elles viennent ainsi ; car si notre position est vraie et scripturaire, elles ne sont pas un avec le corps de Christ, le seul et unique principe de rassemblement que je connaisse... »

Rappelons enfin les réserves contenues dans la lettre, si souvent citée, qui a paru dans le M.É. 1905, page 16 : « Si un chrétien vient à nous, posant comme condition qu’il lui soit loisible d’aller des deux côtés, il ne vient pas en simplicité dans l’unité du corps. Je sais que ce qu’il a l’intention de faire est mauvais ; je ne puis donc le permettre, et il n’a pas le droit d’imposer une condition quelconque à l’Église de Dieu... Je ne pense pas non plus qu’un chrétien qui va régulièrement et systématiquement des deux côtés puisse avoir de la droiture dans cette double marche... »

 

2.6   Veiller. Sagesse. Discernement

Que le Seigneur nous soit en aide et nous accorde la grâce de maintenir pure sa table, veillant à ce qu’aucune souillure n’y soit apportée ! Qu’Il nous donne sagesse et discernement pour l’examen des demandes d’admission en communion, ne perdant de vue ni le principe de l’unité du corps ni la responsabilité qui nous incombe de maintenir la sainteté qui est l’un des caractères essentiels de la table du Seigneur ! Ayons à cœur d’éclairer les âmes qui désirent s’approcher, s’il est encore des vérités fondamentales qu’elles n’ont pas saisi ; nous leur serons utiles en cela beaucoup plus que par une admission hâtive, faite dans des conditions qui ne conviennent pas. Agissons toujours de telle manière que nous ayons la communion des saints dans notre action, sans chercher à imposer des vues personnelles qui seraient susceptibles de faire violence à la conscience de l’assemblée et de troubler la communion ! — Que Dieu nous donne plus de piété, de crainte de son Nom, de communion avec Lui et avec le Seigneur !  Qu’Il nous accorde d’être davantage nourris de Christ, occupés des choses excellentes, forts de la force qui vient de Lui ! Alors nous aurons le discernement spirituel qui nous permettra de faire toutes choses selon sa pensée.

 

 

3        Sur 1 Corinthiens 11:23 à 34

ME 1963 p. 94

3.1      Un souvenir précieux

Entourer la table du Seigneur et y prendre la cène, proclamant ainsi l’unité du corps de Christ et annonçant « la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne », tel est l’inestimable privilège accordé aux deux ou trois qui désirent, malgré leur faiblesse mais dans l’obéissance à la Parole, maintenir le témoignage confié à l’assemblée sur la terre. C’est aussi la réponse du cœur du racheté au désir si touchant exprimé par le Seigneur lorsque, la nuit durant laquelle Il fut livré, Il a institué le précieux mémorial de sa mort :« Faites ceci en mémoire de moi »  (Luc 22:14 à 20). Il l’a institué tandis qu’Il était ici-bas le pauvre, le méprisé, et alors qu’Il avait la croix devant Lui ; mais du haut de la gloire de laquelle Il a été glorifié après qu’Il a eu achevé l’œuvre que le Père lui avait donnée à faire, Il a voulu le rappeler à l’apôtre Paul qui peut ainsi écrire aux Corinthiens : « Car moi, j’ai reçu du Seigneur ce qu’aussi je vous ai enseigné... » (1 Cor. 11:23 à 26).

Combien ce souvenir est précieux à notre Seigneur !

 

3.2      Danger de la routine

Nous savons ces choses, nous connaissons sans doute par cœur, pour les avoir lus tant de fois, les passages de l’Écriture qui nous les présentent, aussi bien dans les Évangiles que dans les Actes ou la 1re Épître aux Corinthiens. Le danger n’est-il pas précisément dans le fait qu’elles nous sont si familières que nous risquons de nous y accoutumer et de prendre la cène du Seigneur par une sorte d’habitude, sans que, chaque fois, les affections de nos cœurs soient vraiment saisies comme tout à nouveau en présence de ce témoignage de l’amour de Christ si merveilleusement révélé dans le don de Lui-même ? Combien il est à désirer — prions beaucoup pour cela — que nous soyons gardés de toute routine, de tout ce qui nous conduirait à l’accomplissement d’un rite, et que nous soyons amenés, tout au contraire, à participer à la cène du Seigneur avec des affections toujours renouvelées pour sa Personne !

 

3.3      Danger d’un état moral incompatible avec la présence du Seigneur

Il est un danger plus sérieux encore, celui qui conduit l’apôtre à écrire aux Corinthiens les versets 27 et suivants du chapitre 11 de sa 1re Épître. Sans doute ne sommes-nous pas placés dans des circonstances qui nous feraient peut-être agir comme autrefois les croyants de Corinthe, mais quoi qu’il en soit nous pouvons comme eux perdre de vue le caractère de sainteté de la table et nous en approcher pour y prendre la cène dans un état moral incompatible avec la présence du Seigneur et la participation au mémorial de sa mort. Tout comme les Corinthiens, nous pouvons « manger le pain ou boire la coupe du Seigneur indignement ». En mesurons-nous la gravité ? Et même, sommes-nous conscients du danger ?

La mort de Christ à la croix a mis fin à l’histoire de l’homme pécheur et coupable ; là, Dieu a « condamné le péché dans la chair », Christ a été « fait péché pour nous », Lui qui n’avait pas connu le péché (Rom. 8:3 ; 2 Cor. 5:21). En participant au mémorial de sa mort, nous rappelons ce qu’elle a été pour Christ — Il a « goûté la mort » (Hébr. 2:9) — nous rappelons aussi qu’elle était nécessaire pour que le péché puisse être un jour « aboli » ( cf. Hébr. 9:26), pour que déjà maintenant nous puissions nous tenir devant Dieu sans conscience de péchés. Et, proclamant cela à la table du Seigneur, nous nous approcherions cependant parfois avec du péché non jugé ? Quiconque agirait ainsi « mangerait le pain ou boirait la coupe du Seigneur indignement » et, le faisant, « serait coupable à l’égard du corps et du sang du Seigneur ». Quelle grave responsabilité ! N’essayons pas de détourner la pointe de l’épée, considérons avec attention ce verset 27 de 1 Corinthiens 11.

 

3.4      Se juger, et non pas s’abstenir

Cela aurait-il pour conséquence de nous tenir en arrière ? Dans la crainte d’encourir une pareille responsabilité, nous abstiendrions-nous de participer à la cène ? Si nous agissions ainsi, nous méconnaîtrions l’enseignement donné dans le verset qui suit : « Mais que chacun s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe » (v.28). Chacun est responsable de réaliser ce jugement de soi-même, de son état et pas seulement de ses actes, jugement qui conduit à la confession du ou des péchés commis. Une telle confession assure pardon et justification (1 Jean 1:9). Cela nous est présenté en figure dans l’Ancien Testament : pour s’approcher de l’autel « pour faire le service, pour faire fumer le sacrifice fait par feu à l’Éternel », les sacrificateurs devaient préalablement « laver leurs mains et leurs pieds » à la « cuve d’airain » (Exode 30:17 à 21). Ce « lavage », ce jugement de soi-même doit être réalisé non pas une fois de temps à autre, ou encore lorsque nous nous disposons à venir dans le rassemblement, mais au fur et à mesure, sans que nous ayons à attendre pour confesser un péché, un manquement, lorsque nous l’avons commis. Tant que la confession n’en est pas faite, notre communion avec le Seigneur est interrompue et, d’autre part, attendre le samedi soir ou le dimanche matin pour procéder, plus ou moins à la hâte, à une sorte d’examen de conscience suivi de la confession de nos fautes, nous exposerait sans doute à en oublier, tant nous sommes portés à passer facilement sur nos manquements et à les perdre de vue...

 

3.5      Danger d’être trop occupé de soi-même

Vivre dans le jugement de soi-même est indispensable pour jouir de la communion avec le Seigneur et pour pouvoir participer à la cène dans l’état moral qui convient. N’est-il pas vrai que nous sommes en danger de l’oublier ? Mais il vaut la peine de signaler l’écueil opposé : des enfants de Dieu, à la conscience délicate, en arrivent à passer à peu près tout leur temps à ce jugement de soi ; ils finissent de la sorte par n’être occupés que d’eux-mêmes et ne connaissent aucune vraie paix. Disons que le jugement de nous-mêmes n’est pas, et ne saurait être une fin en soi ; ce ne doit jamais être qu’un moyen de nous dépouiller de tout ce qui en nous est un obstacle à la communion, un moyen de nous amener à être occupés du Seigneur.

Le désir du Seigneur est bien de voir ses rachetés « manger du pain et boire de la coupe ». Mais jamais « indignement » ! Il y a un état moral qui convient pour « manger » et pour « boire ». C’est seulement après s’être « éprouvé soi-même » que l’on peut « manger du pain et boire de la coupe » : « ... et qu’ainsi... » (v.28). L’expression est importante à souligner.

 

3.6      Responsabilité de l’assemblée

Lorsqu’un frère ou une sœur, au mépris de 1 Corinthiens 11:27, 28, persiste à s’approcher de la table du Seigneur dans un mauvais état, cet état étant connu et manifesté, l’assemblée est responsable d’intervenir. Elle doit maintenir pure la table du Seigneur, pure de tout mal, de toute souillure. Il y aura dans certains cas des avertissements à adresser, des disciplines appropriées à exercer ; si tout ce qui a été fait, avec sagesse et amour, demeure inefficace, comme aussi chaque fois que le caractère du « méchant » est immédiatement et clairement manifesté, l’assemblée doit agir selon les enseignements de 1 Corinthiens 5 : elle « ôte le méchant du milieu d’elle-même », car elle est responsable de « juger ceux qui sont de dedans » (1 Cor. 5:12, 13). Ainsi donc, un frère ou une sœur qui ne pratique pas le jugement de soi-même s’expose à connaître le jugement de l’assemblée.

 

3.7      Gouvernement de Dieu. Discerner et comprendre ce gouvernement

Et si l’assemblée ne fait pas son devoir, si elle manque à sa responsabilité, tolérant dans son sein ce qui devrait être jugé ? Lorsqu’il en est ainsi, c’est Dieu Lui-même qui, après avoir usé de patience sans doute, intervient dans son juste gouvernement. N’est-ce pas ce qu’Il avait dû faire à Corinthe : « C’est pour cela que plusieurs sont faibles et malades parmi vous, et qu’un assez grand nombre dorment » (1 Cor. 11:30) ? Certes, bien des faiblesses, bien des maladies, bien des départs ne sont en rien l’exercice d’un jugement gouvernemental de Dieu  il y a l’épreuve de la foi et le délogement qui est pour le juste l’entrée « dans la paix ». Mais si nous avions davantage de discernement spirituel, nous comprendrions mieux le pourquoi de tant de faits douloureux et exerçants dans la vie des assemblées, le pourquoi de certains départs.

Sans doute avons-nous parfois passé trop rapidement sur des enseignements aussi importants que ceux contenus dans ces versets de 1 Corinthiens 11. En combien de circonstances avons-nous manqué de vigilance dans le jugement de nous-mêmes et en combien de circonstances des assemblées ont-elles manqué à leur devoir de juger — parfois hélas ! parce qu’un regrettable état de faiblesse ôte le discernement des choses ou met dans l’incapacité d’exercer l’action nécessaire. De telles infidélités amènent tôt ou tard le jugement du Seigneur. Et encore, lorsqu’un jugement est exercé, d’une manière ou d’une autre, nous sommes souvent incapables de le discerner et d’en dégager les leçons que nous devrions en tirer. Combien tout cela est humiliant !

 

3.8      Être attentif

Ces choses doivent arrêter notre attention, l’attention de chaque frère et de chaque sœur, l’attention des assemblées. Chacun rendra compte pour lui-même à Dieu, ne pensons pas que nous pourrons jamais éluder les responsabilités qui sont les nôtres. Si nous avons quelque chose à juger, il serait grave de dire : mais nous avons toujours agi ainsi et tout va à peu près bien, nous pouvons donc continuer dans la même voie ; d’ailleurs, le Seigneur a patience... Et si une assemblée a jusqu’ici manqué à sa responsabilité, tolérant dans son sein ce qui devrait pourtant être jugé, qu’elle n’oublie pas que rien n’échappe à Celui qui marche au milieu des sept lampes d’or ! Nombre de tristesses, de déchirements, de douleurs et de départs peut-être ne découlent-ils pas, sous le gouvernement de Dieu, d’un manque de vigilance dans le jugement de soi-même, d’une défaillance des assemblées dans le jugement qu’il leur appartenait d’exercer ? N’est-il pas vrai que nous avons perdu de vue, en bien des cas, 1 Corinthiens 11:27 à 34 ?

 

 

4        Comment surmonter des difficultés dans une assemblée — Actes 15

Titre original : Difficulté

ME 1963 p. 172

4.1      Dieu s’est servi des difficultés du commencement pour nous instruire

L’heureux commencement de l’histoire de l’Église n’a été que de courte durée. Très tôt, le mal est entré dans l’Assemblée ; il y a pénétré sous la forme d’une attristante dissimulation, d’une apparence extérieure ne correspondant pas à la réalité. C’est le péché d’Ananias et Sapphira. Dès lors, bien des difficultés sont survenues dans la vie de l’Assemblée. Il n’est que de lire le livre des Actes pour voir comment l’ennemi a opéré, tantôt usant de violence, tantôt employant la ruse, présentant ici de faux enseignements tandis qu’ailleurs il incitait au mal moral. Dieu a permis que de telles circonstances se soient produites alors, afin que nous sachions comment il convient de porter remède à ce qui peut surgir encore aujourd’hui. Généralement en raison d’une connaissance très fragmentaire et assez superficielle des Écritures, plusieurs sont troublés par ces difficultés et en viennent parfois à se demander si elles ne sont pas le signe que nous avons fait fausse route. De telles pensées sont encore le fruit du travail de notre redoutable adversaire ! Il y a eu de graves difficultés dans les premiers temps de l’Église, ne soyons pas surpris qu’il y en ait encore aujourd’hui, alors que nous sommes tout à la fin, dans des jours d’extrême faiblesse, marqués de beaucoup d’ignorance et caractérisés par un manque de discernement spirituel qui devrait être pour nous un motif de profonde humiliation.

Le chapitre 15 du livre des Actes nous donne d’utiles enseignements au sujet de deux difficultés, d’ordre bien différent, survenues dans les premiers temps du ministère de l’apôtre Paul. Il vaut la peine de rappeler aujourd’hui de tels enseignements à notre attention et à notre méditation.

 

4.2      Tentative de fausse doctrine

4.2.1       Phase initiale

Il s’agit en premier lieu d’une tentative de l’ennemi visant à faire pénétrer une fausse doctrine parmi les saints. Plusieurs, venus de Judée jusqu’à Antioche, assuraient les croyants de cette assemblée — croyants d’entre les nations — qu’à moins d’être circoncis ils ne pouvaient être sauvés. D’une part, c’était les placer sous la loi et d’autre part, c’était saper à la base la doctrine du salut gratuit sur le principe de la foi. Paul et Barnabas — alors revenus à Antioche d’où ils avaient été envoyés par l’Esprit Saint et avec la communion de l’assemblée pour accomplir leur premier voyage — se dressèrent avec énergie contre un tel enseignement. Une contestation et même « une grande dispute » s’éleva donc entre eux et les faux docteurs ; elle était susceptible de troubler les saints à Antioche et de créer un désaccord entre les assemblées d’Antioche et de Jérusalem, de nuire aussi au ministère de Paul puisqu’il était parti d’Antioche tandis que les faux docteurs étaient venus de Jérusalem. Il fallait que cette affaire fût réglée sans retard et il était sage qu’elle le fût à Jérusalem. Paul et Barnabas, ainsi que quelques frères, s’y rendirent donc, « accompagnés par l’assemblée », c’est-à-dire par les prières de l’assemblée. Combien les prières de l’assemblée sont nécessaires dans des circonstances de ce genre ! Envoyés par l’assemblée d’Antioche, ils sont reçus à Jérusalem « par l’assemblée et les apôtres et les anciens ». Mais l’ennemi va encore se manifester : « quelques-uns de la secte des pharisiens », bien que ne prétendant pas faire de la circoncision une condition du salut, estimaient cependant qu’elle devait être pratiquée par les croyants d’entre les nations comme par ceux d’entre les Juifs et qu’il fallait enjoindre aux gentils « de garder la loi de Moise ».

 

4.2.2       Analyse par des frères capables. Réunion de frères et son déroulement

Une question de doctrine n’est pas soumise de prime abord à l’examen de l’assemblée, si même elle a à en décider en dernier ressort. Elle doit être placée devant des frères capables et compétents pour l’étudier. C’est ce qui eut lieu à Jérusalem : « Et les apôtres et les anciens s’assemblèrent pour examiner cette affaire ». La suite du chapitre nous donne une sorte de compte rendu de cette réunion. Différents frères, qualifiés pour cela, y participèrent : d’abord Pierre qui atteste que les croyants d’entre les nations avaient reçu l’Esprit Saint tout comme ceux d’entre les Juifs (cf. Actes 10:44 à 48) ; ensuite, Barnabas et Paul, amenés à raconter « quels miracles et quels prodiges Dieu avait faits par leur moyen parmi les nations » ; enfin, Jacques, citant le témoignage des Écritures relativement à la bénédiction actuelle et future des nations. Quelle remarquable réunion de frères et combien elle devrait nous servir d’exemple ! Certes, « une grande discussion » a eu lieu, la question à examiner, loin d’être éludée, a été au contraire largement débattue ; cependant, elle l’a été sans aucune des remarques et des propos qui viennent de nos cœurs naturels, sans aucune des outrances de la chair, sans rien de ce qui peut blesser un frère, sans ces échanges de réflexions qui ne permettent guère de penser qu’elles sont faites par des frères s’occupant des intérêts du Seigneur et de ce qui concerne son Assemblée. Quelle tenue morale, quelle sagesse, quelle dépendance de l’Esprit Saint ! Tout ce qui est dit est à sa place, rien n’est inutile ou hors de propos. Chacun de ceux qui prennent la parole traite un aspect particulier de la question, important à considérer pour l’examen qui en est fait ; ceux qui n’avaient rien d’autre à présenter gardent le silence. Pensons à un tel exemple lorsque nous sommes réunis pour nous occuper de ce qui concerne l’assemblée

 

4.2.3       Accord de l’assemblée

Les apôtres et les anciens sont ainsi arrivés à un plein accord que l’assemblée est appelée à ratifier dans l’heureuse confiance qu’elle peut faire à ceux qui ont examiné cette question. « Alors il sembla bon aux apôtres et aux anciens, avec toute l’assemblée, de choisir parmi eux des hommes, et de les envoyer à Antioche avec Paul et Barnabas » ; ce choix s’est porté sur deux « hommes d’entre ceux qui tenaient la première place parmi les frères », Judas et Silas. Ces frères étaient les porteurs d’une lettre susceptible d’apaiser le trouble produit à Antioche : les faux docteurs y sont désavoués — ils étaient venus de Judée mais n’avaient pas été envoyés par l’assemblée de Jérusalem tandis que Paul et Barnabas sont approuvés, leur fidélité et leur dévouement étant reconnus ; le faux enseignement est condamné. Judas et Silas étaient des frères capables de développer le message écrit de l’assemblée de Jérusalem et de répondre aux questions qui pouvaient leur être posées. Tout était fait avec sagesse et amour en vue du maintien de la saine doctrine.

 

4.2.4       Effet de la lettre des frères. Consolation à Antioche

Cette lettre fut effectivement pour l’assemblée d’Antioche une « consolation », reçue avec joie. Et Judas et Silas, exerçant leur don de prophète, exhortèrent les frères et les fortifièrent. Quel contraste avec le trouble et le bouleversement produits par les fausses doctrines ! Ensuite, Paul et Barnabas, séjournant à Antioche après que Judas et Silas eurent regagné Jérusalem, enseignèrent et annoncèrent la parole du Seigneur.

 

4.2.5       Fermeté, sagesse, spiritualité, discernement, amour vrai

Ainsi donc il fut démontré une fois de plus que « le méchant fait une œuvre trompeuse » (Prov. 11:18). L’ennemi pensait troubler l’assemblée d’Antioche, ébranler la foi de plusieurs, mettre en désaccord Antioche et Jérusalem, nuire au ministère de Paul et Barnabas ; tout au contraire, l’assemblée est encouragée, exhortée, fortifiée, enseignée, du bien est produit et la parole du Seigneur est annoncée. Cela parce que, en présence de fausses doctrines, il y a eu une manifestation de fermeté et la sagesse nécessaire pour que, la question étant d’abord examinée par des frères capables, l’assemblée se prononce en plein accord avec eux pour rejeter le faux enseignement et maintenir la vérité. Telles sont nos ressources lorsque surviennent des difficultés à propos d’enseignements non conformes à l’Écriture. Que Dieu nous donne d’agir avec la même fermeté, la même sagesse, la même spiritualité, le même discernement, le même amour vrai, qu’Il nous accorde aussi la même soumission que celle manifestée alors à Jérusalem aussi bien qu’à Antioche, et nous ferons l’expérience qu’au travers d’exercices, douloureux peut-être, Dieu se plaît à produire du bien et à bénir son Assemblée.

 

4.3      Difficulté dans des rapports mutuels entre frères

4.3.1       L’affaire de Barnabas et Paul

Survint ensuite une autre difficulté, non plus à l’occasion d’une fausse doctrine, mais dans les rapports mutuels de serviteurs du Seigneur. Paul engage Barnabas, avec lequel il avait fait un premier voyage (Actes 13 et 14), à retourner avec lui visiter les frères dans les différentes localités où ils avaient déjà annoncé la parole du Seigneur. Barnabas est tout disposé à aller mais il veut prendre avec lui Marc, son neveu. Paul s’y oppose. « Il y eut donc entre eux de l’irritation, en sorte qu’ils se séparèrent l’un de l’autre... ». Pénible difficulté entre deux serviteurs qui avaient accompli ensemble un long voyage, connu ensemble bien des vicissitudes et des épreuves, travaillé ensemble avec fidélité et avec fruit ! Et maintenant, au moment de repartir pour un nouveau service, il y a un désaccord entre eux, de l’irritation même. Pourquoi ? Parce que l’un veut prendre Marc, l’autre non.

 

4.3.2       Sentimentalité. Relations de famille

Mais, diraient plusieurs aujourd’hui en présence de difficultés semblables, il ne vaut pas la peine de s’irriter et de se séparer pour une pareille question. L’on citerait peut-être même quelque passage de l’Écriture, par exemple : « Poursuivons les choses qui tendent à la paix », et l’on n’hésiterait pas à blâmer Paul d’avoir fait preuve d’une excessive intransigeance. Véritablement, c’est bien manquer d’amour, irait-on jusqu’à dire. Comment Paul a-t-il pu causer une telle peine à Barnabas ? C’était son neveu que Barnabas voulait prendre avec eux, ce qui est bien compréhensible ; pourquoi donc le lui refuser ? Si même Marc ne pouvait rendre de grands services, il n’aurait pourtant pas contrecarré l’activité de Paul et Barnabas. — Toute cette argumentation paraît très juste, si nous ne jugeons que d’après les apparences et guidés par cette sentimentalité aux funestes effets. Hélas ! c’est trop souvent ainsi que nous raisonnons et que nous jugeons. Cela au lieu de considérer la manière dont l’apôtre a agi dans cette circonstance et d’en retirer l’importante et utile leçon que nous pouvons en dégager.

 

4.3.3       Amour vrai pour Marc

Ah ! si Paul s’était laissé guider par ses sentiments, il n’aurait pas hésité, il aurait pris Marc. Mais c’est précisément alors qu’il aurait manqué d’amour et à l’égard de Barnabas et à l’égard de son neveu. Nous croyons tant de fois manifester de l’amour en nous laissant conduire par nos sentiments, alors que ce n’est qu’une contrefaçon de l’amour ! Paul avait discerné que Marc n’était pas encore prêt pour le service, il « les avait abandonnés dès la Pamphylie » et « n’était pas allé à l’œuvre avec eux » ; il avait discerné aussi que Marc pourrait être un jour « utile pour le service » (2 Tim. 4:11), mais pour cela il fallait qu’il fût encore pendant un temps à l’école du serviteur. Aussi, par amour pour Marc, parce qu’il cherchait son bien, parce qu’il désirait avant tout la gloire du Seigneur dans un service utile au Maître, Paul demeure inébranlable ; il ne prendra pas Marc. Il y aura de l’irritation entre Barnabas et lui et certes, Paul en souffrira, il ne peut pas ne pas en souffrir, mais cette souffrance, si douloureuse qu’elle soit, ne changera en rien sa détermination car cette détermination est dictée par un amour vrai pour le Seigneur, pour Barnabas, pour Marc. Et, soyons-en pleinement assurés, Paul a été beaucoup plus utile à Marc en refusant de le prendre avec lui que s’il avait cédé aux instances de Barnabas. Barnabas part donc avec Marc, approuvé sans doute de tous ceux qui ne jugent que d’après les apparences, tandis que Paul part avec Silas ayant l’approbation du Seigneur et la communion des frères.

Quel enseignement pour nous ! Puissions-nous comprendre à quels égarements peut nous conduire ce manque d’amour vrai, cette appréciation des choses qui n’est basée que sur les apparences. Et que Dieu nous accorde, avec le discernement spirituel nécessaire, l’énergie qui nous permettra d’aller sans défaillance dans la recherche et la poursuite du bien ! Le discernement, la fermeté de Paul lui ont permis de régler la difficulté survenue entre Barnabas et lui de telle manière que, plus tard, il sera manifesté que Marc lui est « utile pour le service ».

 

4.4      Conclusion

Ne nous laissons ni troubler ni décourager par les difficultés que nous pouvons rencontrer dans la vie de l’assemblée ! Qu’en tout premier lieu, elles nous humilient et nous amènent à diriger nos regards vers Celui qui se plaît à nous montrer le chemin à suivre, et à nous y conduire, guidés par sa Parole et son Esprit. Prenons garde à tout ce que peut nous suggérer une sentimentalité ignorante de la pensée de Dieu et des enseignements de l’Écriture, une sentimentalité qui voudrait nous faire croire qu’en nous laissant diriger par elle nous manifesterons de l’amour ! Que Dieu nous donne assez de communion avec Lui pour que nous ayons toujours le discernement de sa pensée, assez de connaissance de l’Écriture et assez d’énergie spirituelle pour maintenir ses enseignements, même si nous avons en cela à connaître l’incompréhension et la souffrance dans les affections de nos cœurs.

 

 

5        La vraie grandeur — Les leçons de Matthieu 16 à 18

Titre original : Qui donc est le plus grand (Matt. 18:1, 4)

ME 1963 p. 33

5.1      La Personne du Seigneur dans Matt. 16 et 17

5.1.1       Grandeur de la personne du Seigneur  — Matt. 16:13-18

Le Seigneur avait interrogé ses disciples, leur demandant ce que les hommes pensaient de Lui, les invitant ensuite à donner leur propre appréciation. C’est alors que Pierre fut conduit à exprimer ce que le Père Lui-même lui avait révélé : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matt. 16:13 à 17). Celui qui était venu ici-bas, Messie présenté à Israël et rejeté par son peuple, prenait désormais le titre de « fils de l’homme », qui impliquait ses souffrances et sa mort ; mais le Père, afin que fussent maintenues les gloires infinies de son Bien-aimé, conduisait le disciple à proclamer l’excellence de sa Personne : Il était bien plus grand que le plus grand des prophètes, que ce fût Élie, Jérémie ou même Jean le baptiseur (cf. Matt. 11:11), Il était « le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Cette révélation amène le Seigneur à parler de l’assemblée, assemblée qu’Il bâtit Lui-même et qui est fondée sur ce roc inébranlable : « le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Que de sujets offerts à notre méditation dans ces versets 13 à 18 de Matthieu 16, que de gloires y sont présentées de Celui dont nous pouvons dire aussi : « Car combien grande est sa bonté ! et combien grande est sa beauté ! » (Zach. 9:17).

 

5.1.2       Abaissement présent du Seigneur, gloire future — Matt. 16:21-28 ; 17:1-8

Mais le fait que le Seigneur était pleinement conscient des gloires de sa Personne, la révélation qui en était donnée à Pierre par le Père Lui-même, leur proclamation en présence des disciples, ne pouvaient détourner l’Homme parfait du chemin dans lequel Il était engagé. « Dès lors », nous est-il dit, Jésus parla aux siens des souffrances qui allaient être sa part, de la mort qu’Il devait endurer, de sa résurrection. Son chemin était un chemin d’abnégation, de renoncement, d’humiliation volontaire. Chercher à l’arrêter dans un tel sentier, même avec le sincère désir de Lui éviter douleurs et opprobre, ce serait se faire l’instrument de l’ennemi. Un jour, la promesse est certaine, « le fils de l’homme viendra dans la gloire de son Père, avec ses anges », Il sera manifesté en gloire, mais présentement sa gloire brille dans son abaissement et sa réjection (Matt. 16:21 à 28).

« Et après six jours », le Seigneur prend avec Lui, sur une haute montagne, trois de ses disciples, Pierre, Jacques et Jean. Devant eux, Il est transfiguré. Mais Pierre, bien qu’il ait eu peu avant, de la part du Père, une révélation de la gloire divine de l’Homme Christ Jésus, Pierre entre tellement peu dans toute l’excellente grandeur d’une telle Personne, qu’il veut mettre le Seigneur de gloire à la même place que Moïse et Élie. C’est alors que le Père fait entendre sa voix ; une nuée les couvre et le Père Lui-même dit toute la satisfaction qu’Il trouve en son Bien-aimé : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ; écoutez-le ». Tout le reste disparaît et les disciples « ne virent personne que Jésus seul » (Matt. 17:1 à 8).

 

5.1.3       La gloire cachée, ce qui appartenait au Seigneur

Une nouvelle fois les gloires de Jésus seront données à connaître au disciple auquel le Père a déjà révélé l’excellence de Celui qui est « le Christ, le Fils du Dieu vivant » et qui, sur la sainte montagne, a entendu la voix du Père proclamer : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ; écoutez-le ». Les receveurs des « didrachmes »sont venus demander à Pierre si son maître paie « les didrachmes », c’est-à-dire l’impôt du temple. Sans une hésitation, le disciple répond oui. Ce sera l’occasion pour le Seigneur de l’instruire : Il va lui montrer que, dans le chemin d’obéissance et d’humiliation qu’Il est venu suivre ici-bas, Il se soumet aux ordonnances de la loi. Quelle gloire et quelle grandeur pour Celui qui est « le Fils du Dieu vivant », le Fils bien-aimé du Père ! Il se soumet ainsi à ce que prescrivait la loi mais sans cesser d’avoir conscience de la gloire qui est la sienne : Créateur, Il dispose de toutes ses créatures ; Homme abaissé, Il n’avait rien sur lui, même pas la plus petite pièce de monnaie. C’est dans la bouche du premier poisson qu’il prendra que Pierre trouvera le statère avec lequel il paiera l’impôt du temple et pour Jésus et pour lui-même ; car, tout en maintenant la gloire qui Lui appartient, Jésus ne repousse pas son disciple mais au contraire l’associe à Lui. Quelle grâce condescendante, quelle grandeur en même temps ! (Matt. 17:24 à 27).

Ces différentes scènes nous représentent donc d’une façon très remarquable, d’une part : les gloires du Seigneur, le Christ, le Fils du Dieu vivant ; le roc sur lequel est bâtie l’assemblée, assemblée qu’Il bâtit Lui-même ; le Fils bien-aimé du Père, centre de la gloire céleste ; le Seigneur du temple ; le Créateur ; Celui qui a la pleine connaissance de toutes choses — et d’autre part : son abaissement, sa réjection, ses souffrances, la mort qui est devant Lui.

 

5.2      Leçons de Matthieu 18

5.2.1       Des cœurs insensibles à la gloire du Seigneur. La grandeur qui les occupe

Et « en cette heure-là » (Matt. 18:1), quelle est la question que les disciples viennent poser à leur Maître ? Comme elle nous surprend, n’est-ce pas ? Mais comme elle montre bien ce que sont nos pauvres cœurs ! « En cette heure-là les disciples vinrent à Jésus, disant : Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? » Ce qui les occupe, ce n’est pas la Personne glorieuse du Fils de Dieu, Celui qu’ils ont l’inestimable privilège d’entendre, de voir, de contempler, et de toucher (cf. 1 Jean 1:1), ce n’est pas tout ce qui a été dit et révélé de Lui au cours des scènes auxquelles ils viennent d’assister, ce qui les occupe c’est le désir d’être « le plus grand dans le royaume des cieux ». Tels sont nos cœurs, trop souvent fermés et insensibles aux gloires de Christ, cherchant trop peu à y entrer, mais tellement occupés de nous-mêmes, de notre propre gloire !

 

5.2.2       Qui sera estimé la plus grand ?

Cette question posée par les disciples traduit le même état de cœur que la contestation qui s’élèvera plus tard entre eux dans une autre circonstance. De quoi s’agira-t-il alors ? De savoir « lequel d’entre eux serait estimé le plus grand ». Et à quel moment se place cette scène ? Après que le Seigneur a institué la cène, précieux mémorial de sa mort ! Les souffrances de Christ laissent le cœur des disciples aussi insensibles que ses gloires ; ce qui leur importe, c’est de savoir qui, parmi eux, sera « estimé le plus grand ». Plein de grâce, le Seigneur va leur enseigner que la véritable grandeur est dans l’abaissement, dans la position de serviteur. C’est la place qu’Il est venu prendre ici-bas : abaissé, Il est le serviteur volontaire. « Or moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Luc 22:14 à 30 — cf. Matt. 20:26 à 28). Dans ce dernier passage de Matthieu 20, après que le Seigneur a entretenu ses disciples des souffrances qui allaient être sa part (v.17 à 19), la mère des fils de Zébédée vient Lui demander que ses deux fils soient assis, l’un à sa droite et l’un à sa gauche, dans son royaume. C’est toujours la même pensée qui occupe le cœur !

 

5.2.3       L’exemple des petits enfants

Pour répondre à la question des disciples, dans la scène de Matthieu 18, le Seigneur prend un petit enfant, le place devant eux et leur dit : « Si vous ne vous convertissez et ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux ». Être le plus grand dans le royaume des cieux ? Mais il faut d’abord y entrer ! Et pour cela la conversion est nécessaire. Le Seigneur avait dit à son Père : « Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants » (Matt. 11:25). Ce n’est pas en revendiquant la gloire dont peuvent se targuer les « sages » et les « intelligents » que l’on peut entrer dans la connaissance des choses de Dieu ; il faut au contraire s’abaisser, avoir le sentiment de sa petitesse, de son ignorance et croire ce que Dieu nous dit dans sa Parole, sans raisonner. Né de nouveau, celui qui a pris et qui garde la place du petit enfant entre dans le royaume. Non seulement cela, mais encore il y sera « le plus grand » : « Quiconque donc s’abaissera comme ce petit enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des cieux » (Matt. 18:4). La véritable grandeur est dans l’abaissement.

Mais le Seigneur va enseigner autre chose encore à ses disciples. Combien il est grave d’être « une occasion de chute » pour un petit enfant et, de façon plus générale, pour tous ceux qui revêtent les caractères spirituels du petit enfant ! (Matt. 18:6 à 9). Comme il faut veiller aussi à ne pas les mépriser ! Pour les petits enfants en particulier, le Seigneur montre d’abord qu’ils sont les objets de la faveur du Père — tel est le sens de Matthieu 18:10 — , nous dit ensuite qu’ils sont au bénéfice de son œuvre expiatoire (v.11) et enfin, que le Père ne veut en voir périr aucun (v.14). Ce qui est petit, abaissé et que nous sommes tentés de mépriser parfois est infiniment précieux au cœur du Seigneur et au cœur du Père.

 

5.2.4       Va vers ton frère… reprends-le. Grâce et vérité

Tout cet enseignement ouvre la voie à ce que le Seigneur dit ensuite à ses disciples : « Et si ton frère pèche contre toi... » (v.15 et suivants). Dans un cas de ce genre, la tendance de notre cœur naturel nous conduit à prendre une position de supériorité à l’égard de notre frère ; nous y sommes d’autant plus aisément portés qu’il a péché. Il nous semble donc qu’il faut que ce soit lui qui fasse le premier pas et vienne reconnaître humblement ses torts. Or, le Seigneur nous dit : « Va... » Dans quel esprit ? Non pas en nous estimant plus « grand » que lui mais en nous abaissant pour remplir à son égard le si précieux et utile service du « lavage des pieds ». Ce service consiste essentiellement à présenter la Parole — l’eau du bassin (Jean 13:5) — de façon qu’elle touche le cœur et atteigne ainsi la conscience. C’est ainsi que pourra être mise en pratique l’exhortation de Matthieu 18:15 : « reprends-le, entre toi et lui seul ». Cette répréhension n’a pas pour objet une quelconque revendication de nos droits — il n’en est même pas question dans le passage — mais le bien spirituel de notre frère : il convient de l’amener à écouter la Parole afin qu’il soit « gagné ».

La grâce doit être jointe à la vérité et c’est tout l’opposé de la présentation d’un commandement légal auquel il faut obéir. C’est réaliser quelque chose du service rempli par Celui dont il nous est dit que la grâce et la vérité vinrent par Lui (Jean 1:17).

 

5.2.5       Pour que l’œuvre de restauration s’opère

On entend dire parfois : Nous n’avons pas le droit de nous montrer exigeants lorsqu’il s’agit d’amener un frère à la confession de son péché ; sachons nous contenter de quelques paroles de regret, même s’il n’y a pas, les accompagnant, les « fruits qui conviennent à la repentance ». Certes, nous n’avons nous-mêmes aucun droit de nous montrer exigeants ! Mais n’oublions pas que dans l’accomplissement si difficile et délicat d’un service de ce genre, le but poursuivi est de « gagner » le frère qui a péché ; celui qui « va » pour le « reprendre » ne doit avoir d’autre désir que de voir la Parole opérer en lui pour y produire une œuvre de restauration. Si l’œuvre est complète, il y aura non seulement les paroles de confession du péché mais aussi les actes qui prouvent la sincérité de la confession, c’est-à-dire les « fruits qui conviennent à la repentance ». De sorte que ce que l’on appelle parfois, et bien à tort, les « exigences » de celui qui a un service à remplir à l’égard de son frère — et la portée du service ne doit pas être limitée au cas particulier de Matt. 18:15 — n’est en définitive que le désir d’aider à l’œuvre de restauration jusqu’à ce qu’elle soit complètement achevée. Se contenter d’un travail incomplet, laisser croire peut-être à celui vers lequel on est allé qu’il est restauré alors qu’en fait il ne l’est pas, c’est, en apparence, n’avoir pas de grandes « exigences » et faire preuve de grâce mais, en réalité, c’est manquer d’amour à l’égard de son frère et ne pas rechercher véritablement son bien.

Cela est évidemment tout aussi vrai lorsqu’il s’agit d’un manquement collectif.

 

5.3      La vraie grandeur

Que de difficultés seraient réglées entre frères si nous savions mieux, en pratique, ce qu’est la vraie grandeur, celle qui est dans la position de serviteur, dans l’abaissement ! La plupart du temps nous n’aurions pas à recourir aux ressources qui nous sont présentées dans la suite de ce passage de Matthieu 18, pour le cas où celui vers lequel nous sommes allés n’a pas voulu écouter. Mais surtout, nous serions gardés soit d’aller trouver notre frère dans l’esprit qui ne convient pas, celui d’une supériorité que nous essayons de dissimuler — sans y parvenir — sous une apparente humilité, soit de ne rien faire et de laisser subsister ainsi, entre frères, un état de choses qui nuit à la communion des saints et, par conséquent, à la paix et à la prospérité de l’assemblée.

 

 

6        La vérité. Fausse image du miroir brisé

ME 1969 p. 253

6.1      Vérité dont il doit être rendu témoignage

Le témoignage que nous sommes appelés à rendre, qu’il s’agisse du témoignage individuel ou du témoignage collectif, présente des aspects divers mais se résume d’un mot : Christ. Les vérités que nous sommes responsables de maintenir se rattachent toutes à cette Personne glorieuse : le pardon des péchés, la justification par la foi nous donnant la paix avec Dieu, le privilège du croyant d’être désormais un enfant de Dieu, possédant sa vie et sa nature, tout cela se lie à la connaissance d’un Christ mort et ressuscité ; — le fait que tout enfant de Dieu fait partie du corps de Christ, dont il est l’un des membres, et peut ainsi jouir des bénédictions qui sont la part de 1’Église déjà maintenant et pour l’éternité, se rattache à la position de Christ glorifié, assis à la droite de la majesté dans les hauts lieux, d’où il a envoyé ici-bas le Saint Esprit comme Personne divine afin d’unir ses rachetés en un seul corps dont il est la Tête ; — enfin, l’espérance du croyant est liée à Christ comme étant Celui qui « vient bientôt ».

 

6.2      Un témoignage complet

Lorsque nous prenons la Cène, à la table du Seigneur, nous nous souvenons de Lui mais aussi nous rendons témoignage, et un témoignage complet : tout d’abord, à un Christ mort et ressuscité ; ensuite, à l’unité du corps de Christ ; enfin, à son prochain retour (1 Cor. 10:16, 17 ; 11:23 à 26). Ce témoignage est donc rendu à la vérité dans son entier — et non pas seulement à certaines vérités — vérité dont l’assemblée (dont nous sommes l’expression) est « la colonne et le soutien » (1 Tim. 3:15).

Nous ne méconnaissons nullement qu’il puisse y avoir de bonnes choses dans la plupart des dénominations de la chrétienté, beaucoup de piété et de crainte de Dieu chez nombre de croyants qui se trouvent dans ces milieux mais, quoi qu’il en soit, dans aucun de ces rassemblements ne se trouve un témoignage rendu à la vérité dans son entier.

 

6.3      Fausse image du miroir brisé

Apprécions avec une profonde reconnaissance la grâce de Dieu qui a voulu nous accorder les immenses privilèges qui sont les nôtres et gardons-nous de les mésestimer et de les mépriser ! Serait-il possible que certains n’en connaissent pas le prix et que, bien que se trouvant parmi les porteurs du témoignage, ils ne voient dans ce rassemblement, expression de l’Assemblée, autre chose qu’une secte au milieu de beaucoup d’autres ? Cette affirmation, tant de fois répétée : la vérité est comme un miroir brisé, dont nous avons tous un morceau, dénote une méconnaissance complète du véritable caractère du témoignage confié, par une pure grâce de Dieu, aux deux ou trois réunis au nom du Seigneur. Il y a là, sans nul doute, une ruse de l’ennemi qui voudrait nous faire perdre de vue la valeur et la grandeur du témoignage et nous conduire ainsi à l’abandonner. Quel triomphe ce serait pour lui s’il parvenait à ses fins ! Ne nous laissons pas égarer par ses raisonnements spécieux, présentés par des instruments dont il se sert souvent à leur insu ! « Gardons le bon dépôt par l’Esprit Saint qui habite en nous » et écoutons la voix de Celui qui se plaît à nous encourager dans le difficile combat pour le maintien de la vérité : « Je viens bientôt ; tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne » (2 Tim. 1:14 ; Apoc. 3:11).