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Épreuves et Discipline
Paul Fuzier
Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest
Table des matières abrégée :
2 « Celui qui vous appelle est fidèle... » 1 Thes. 5:24
3 « Sonde-moi, ô Dieu ! et connais mon cœur... » (Ps. 139:23, 24)
5 Ében-Ézer (1 Samuel 4 à 7) et le chemin de retour vers Dieu
6 Restauration des frères de Joseph. Gen. 42 à 45
7 Prétentions et réalités — 1 Samuel 2 à 7
8 Enseignements tirés de Juges 6
9 Mise à l’épreuve (Exode 32 et 33)
11 À propos des fils de David (sur l’éducation des enfants)
12 Le Dieu qui a été mon berger… Gen. 48:15, 16
Table des matières détaillée :
1.7 Abraham chez Abimélec, roi de Guérar
1.8 « Chasse cette servante et son fils »
2 « Celui qui vous appelle est fidèle... » 1 Thes. 5:24
2.1 Des deuils. Ézéchiel 24:15-27
2.2 Deut. 8:3-6. Manifestation de l’état du cœur
2.3 Qu’est-ce que manifeste notre marche et notre témoignage ?
2.4 Le Seigneur discipline pour notre profit
2.5 Ni résignation ni stagnation. Prendre courage
3 « Sonde-moi, ô Dieu ! et connais mon cœur... » (Ps. 139:23, 24)
3.1 Importance d’examiner son propre cœur
3.2 Sondés par la Parole de Dieu
3.3 Causes secondes, causes premières
3.5 Ne pas fuir la présence de Dieu
3.6 Circonstances utilisées par Dieu pour révéler l’état du cœur
3.7 Garde ton cœur plus que tout ce que l’on garde
4.1 Deux sortes de tentations selon Jacques
4.3 L’épreuve de la foi tournant à louange, à gloire et à honneur
4.4 Épreuve de la foi, discipline formative et châtiment se mêlent
4.5 Manifestation de l’état de cœur par l’épreuve
4.5.1 Châtiment. Josaphat. 2 Chron. 19 et 20
4.5.3 Épreuve par la prospérité. David, Ozias, Ézéchias
4.6 Le bon état de cœur : craindre Dieu, marcher dans Ses voies, L’aimer, Le servir
5 Ében-Ézer (1 Samuel 4 à 7) et le chemin de retour vers Dieu
5.1 Une défaite et une discipline douloureuse. 1 Sam. 2 à 4
5.2 1 Sam. 5 à 7:2. Israël se lamente après l’Éternel
6 Restauration des frères de Joseph. Gen. 42 à 45
6.1 Double utilité de cette histoire
6.3 Pardon, mais besoin d’une restauration
6.5 Manifestation de l’état intérieur
6.6 Approfondissement du travail de conscience
6.8 « Dieu a trouvé l’iniquité de tes serviteurs » (Gen. 44:16)
6.9 Communion pleinement rétablie
6.11 Amour et vérité dans les rapports entre frères
7 Prétentions et réalités — 1 Samuel 2 à 7
7.1 1 Samuel 2: l’état d’Israël
7.2 Comprendre et reconnaître la discipline de Dieu
7.3 Se prévaloir de ses privilèges quand on est dans un mauvais état
7.4 Déshonneur sur le nom de l’Éternel et opprobre pour le peuple
7.5 Ne pas cacher son état. Humiliation et restauration. 1 Samuel 5 à 7
8 Enseignements tirés de Juges 6
8.2 Respecter l’autorité dans la famille et dans l’assemblée
8.3 Histoire qui se renouvelle : infidélités et relèvements se succèdent
8.4 Privés d’armes (armure du croyant)
8.5 Privés de nourriture (la Parole de Dieu pour le croyant)
8.6 Dieu attend pour répondre : il faut un travail intérieur
8.7 Ne pas se résigner devant la situation difficile
8.8 Ceux qui ont bien servi acquièrent un bon degré
8.9 Mettre de l’ordre chez soi
8.10 L’obéissance amène une grande délivrance
9 Mise à l’épreuve (Exode 32 et 33)
9.1 Le veau d’or et ses offrandes
9.2 Types de ce qui nous concerne
9.3 Ce qui guide l’action de Moise
9.4 Appel aux promesses. Appel à se séparer pour l’Éternel
9.5 Suivre la pensée de Dieu et avoir Son approbation
9.6 Hors du camp. Amour vrai pour le peuple de Dieu
9.8 Tente d’assignation dressée hors du camp
9.9 Responsabilités en rapport avec la tente d’assignation
9.11 Résumé. Témoignage et communion
10.1 Quand le Seigneur en a parlé
10.2 Qualités et défauts de Pierre
10.3 Avertissements donnés à l’avance à Pierre
10.4 Grâce du Seigneur qui prend Pierre à Gethsémané
10.5 Pierre interpellé à Gethsémané
10.6 Satan criblant Pierre, le Seigneur le sachant
10.8 Le Seigneur priant à l’avance pour que la foi ne défaille pas
10.10 Le reniement et les alertes intermédiaires
10.11 Encouragements pour ceux qui ont des proches qui sont tombés bas
10.12 Le bon Berger ramène la brebis égarée
11 À propos des fils de David (sur l’éducation des enfants)
11.1 Gouvernement de Dieu : les quatre fils morts
11.3 Mort d’Amnon et haine d’Absalom
11.4 Relations David-Absalom réparées sans repentance. La grâce sans vérité endurcit la conscience
11.5 Gouvernement de Dieu sur les parents par le moyen des enfants
11.6 Place que doit prendre de lui-même le croyant sous le gouvernement de Dieu
11.7 Les conséquences irrémédiables. Mort d’Absalom
11.8 Adonija qui n’avait jamais été chagriné
11.9 Exhortations sur l’éducation des enfants
12 Le Dieu qui a été mon berger… Gen. 48:15, 16
12.1 Une conclusion de vie touchante
12.2 Avons-nous marché devant la face de Dieu ?
12.3 Que Dieu bénisse ces jeunes hommes !
12.4 Vie de Jacob : L’Ange qui m’a gardé de tout mal
12.4.2 Bénédiction acquise par ruse
12.4.8 Perte de Rachel et Benjamin
12.4.9 Jouissance finale de la bénédiction
ME 1954 p. 33-39, 57-65, 91-101
Si la Parole nous a conservé le récit des circonstances vécues par bien des hommes de Dieu, ce n’est pas seulement pour nous intéresser, c’est avant tout pour nous instruire, car « toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice... » (2 Tim. 3:16). Parmi tous ceux dont l’Ancien Testament nous retrace l’histoire, il n’en est guère dont la vie offre autant d’instruction que celle d’Abraham. Remarquons d’ailleurs qu’il est, avec Moïse et David, l’un des hommes de Dieu de l’Ancien Testament dont il est le plus fréquemment parlé dans le Nouveau. Ce détail suffirait à nous faire toucher du doigt l’intérêt particulier qu’il y a pour nous à méditer l’histoire du fils de Térakh. Il est vrai qu’elle l’a souvent été, et certainement toujours avec profit ; de nombreux écrits demeurent à notre disposition, aide précieuse pour ceux qui voudront reprendre la lecture attentive des chapitres 12 à 25 du livre de la Genèse. Nous ne saurions trop les y encourager.
Il n’est pas dans notre intention de considérer, dans le détail, toutes les étapes de la longue vie d’Abraham ; nous nous limiterons à quelques circonstances particulières, en rapport avec le sujet que nous nous proposons de méditer, sans perdre de vue pour autant que l’histoire d’Abraham illustre tout le déroulement de la vie d’un croyant.
Dans son Épître aux Romains, après avoir prouvé la culpabilité de l’homme et déclaré : « il n’y a pas de différence, car tous ont péché et n’atteignent pas à la gloire de Dieu », pour montrer comment Dieu a pu rétablir ses relations avec lui, relations interrompues par le péché, l’apôtre développe, jusqu’au chapitre 5 de cette épître, le sujet de la justification par la foi. Il commence ainsi : « étant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est dans le christ Jésus, lequel Dieu a présenté pour propitiatoire, par la foi en son sang, afin de montrer sa justice à cause du support des péchés précédents dans la patience de Dieu, afin de montrer, dis-je, sa justice dans le temps présent, en sorte qu’il soit juste et justifiant celui qui est de la foi de Jésus » (Rom. 3:23 à 26). La justification par la foi n’était pas une doctrine nouvelle : l’apôtre va citer, dans le chapitre 4 de cette épître, deux exemples, celui d’Abraham et celui de David, particulièrement significatifs pour les Juifs puisque leur Messie leur est présenté comme « fils de David, fils d’Abraham » (Matt. 1:1), et il va montrer qu’Abraham et David ont été justifiés par la foi, non par les œuvres. Il met en évidence deux points très importants relativement à la justification : Abraham a été justifié parce qu’il a cru Dieu (Rom. 4:3), David, parce qu’il a « fait connaître son péché », comme nous l’enseigne le Psaume 32, dont l’apôtre cite ici (v. 7 et 8) les deux premiers versets. Un croyant est donc justifié quand il a cru Dieu et confessé son péché ; il devient ainsi un « bienheureux » et fait partie de la lignée d’Abraham, que l’apôtre appelle « le père de tous ceux qui croient » (Romains 4:11). De même, Paul écrit ailleurs : « Abraham a cru Dieu, et cela lui fut compté à justice. Sachez donc que ceux qui sont sur le principe de la foi, ceux-là sont fils d’Abraham » (Gal. 3:6 et 7). La foi d’Abraham s’appuyait sur la parole que Dieu lui avait dite, la nôtre est fondée sur l’œuvre accomplie à la croix ; cependant l’une aussi bien que l’autre assure une pleine justification, car toutes deux sont de même nature : « Or ce n’est pas pour lui seul (Abraham) qu’il a été écrit que cela lui a été compté, mais aussi pour nous, à qui il sera compté, à nous qui croyons en celui qui a ressuscité d’entre les morts Jésus notre Seigneur, lequel a été livré pour nos fautes et a été ressuscité pour notre justification. Ayant donc été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ » (Romains 4:23 à 5:1).
Des œuvres de loi ne pourront jamais permettre à un homme de mériter son salut; mais un croyant, justifié par la foi sans œuvres de loi, est exhorté à accomplir des œuvres pour témoigner de la réalité de sa foi. Pour présenter cet enseignement, dans le chapitre 2 de son épître, l’apôtre Jacques choisit, lui aussi, l’exemple d’Abraham. Abraham a cru Dieu lorsque, dans la scène rapportée en Genèse 15, une promesse lui a été faite et « cela lui fut compté à justice » ; quand Dieu lui demande ensuite d’offrir en sacrifice son fils Isaac, celui par le moyen duquel la promesse devait être accomplie, Abraham montre une entière confiance en Dieu et, par son œuvre, manifeste sa foi (Jacques 2:14 à 26).
L’exemple d’Abraham illustre donc ces deux enseignements fondamentaux : justification par la foi, sans œuvres de loi et, d’autre part, accomplissement par le croyant d’œuvres de foi, pour témoigner de la foi qu’il possède. Mais encore, tout au long de la vie de cet homme de Dieu, nous trouvons maintes circonstances pleines d’instructions pour nos âmes.
Abraham a été souvent mis à l’épreuve durant son long pèlerinage, d’abord par le moyen des circonstances, permises par Dieu ou envoyées par Lui (nous pouvons donc, dans ce sens, appeler ces épreuves des épreuves indirectes), ensuite, tout à la fin, par Dieu Lui-même, de manière directe. La méditation des chapitres 12 à 22 du livre de la Genèse nous montrera de quelle façon il a traversé ces diverses épreuves ; disons tout de suite qu’il y a eu chez lui, à côté de remarquables victoires de la foi, plusieurs défaillances ; sa vie, comme celle de tout croyant, a été marquée de hauts et de bas. Un seul a été constamment vainqueur dans le chemin de la foi, Celui sur lequel l’apôtre nous exhorte à fixer les yeux, « Jésus, le chef et le consommateur de la foi » (Hébr. 12:1 à 3). Si, à côté du seul et parfait Modèle, la Parole nous présente, pour nous instruire et nous encourager, des exemples d’hommes de foi, c’est afin que, retrouvant en eux, hommes « ayant les mêmes passions que nous » (Jacques 5:17), ce que nous sommes, avec toutes nos faiblesses, nous voyions comment Dieu opère, au travers de tout cela, de manière à produire quelques fruits à sa gloire.
Dieu nous met à l’épreuve de bien des manières. Ne pouvons-nous pas dire que toutes nos circonstances sont, en fait, de sa part, une mise à l’épreuve ? Sans doute, la mise à l’épreuve peut être plus ou moins marquée, elle n’en est pas moins toujours réelle, même dans des circonstances qui nous paraissent de peu d’importance, car c’est dans les moindres détails que se manifeste la fidélité, nous ne l’oublions que trop, hélas ! Si nous considérons le chemin que nous avons déjà parcouru, nous devons confesser qu’il y a eu, chez nous aussi, des hauts et des bas, et probablement plus de bas que de hauts, alors que Dieu voudrait que toutes nos circonstances soient le moyen de manifester que nous Le connaissons, que nous nous confions en Lui parce que nous L’aimons, qu’Il suffit à notre cœur en tous temps ! Puissions-nous donc trouver une grande instruction pratique en méditant ces quelques phases de la vie d’Abraham. Nos circonstances sont certainement bien différentes de celles du patriarche, mais que de principes importants nous pouvons dégager des récits que nous rapporte le livre de la Genèse, principes que nous sommes exhortés à mettre en application dans notre vie de chaque jour !
Abraham typifie le croyant, justifié sur le principe de la foi et responsable de montrer sa foi par des œuvres ; il présente aussi le côté de son élection et de son appel. Il a été appelé de Dieu à être, dans ce monde, un étranger céleste. Pour ce qui nous concerne, ces vérités sont développées dans l’Épître aux Éphésiens : l’élection (1:4), puis, la possession d’un héritage céleste dont nous avons déjà les arrhes, ayant cru à l’évangile (1:13 et 14). Actes 7:2 à 5 retrace, en quelques mots, l’appel adressé par « le Dieu de gloire » à Abraham, alors qu’il était encore en Mésopotamie, la halte faite à Charan d’où, après la mort de Térakh son père, Dieu le fit passer dans le pays de Canaan. Il était appelé à quitter son pays, sa parenté et la maison de son père (cf. Gen. 12:1), car dans aucune de ces trois sphères Dieu n’avait la place qui Lui était due. Abraham devait réaliser ce que nous lisons en Luc 14:26, choisir entre les liens naturels et l’appel divin. Or, les liens naturels sont si souvent une entrave quand il s’agit de répondre à l’appel de Dieu ! Et c’est bien ce qui arriva à Abram et le retint à Charan, jusqu’à ce que Dieu, retirant Térakh son père, brisât les liens qui l’avaient empêché d’avancer dans son voyage vers le pays de Canaan. Arrivé là, « il ne lui donna pas d’héritage dans ce pays, pas même où poser son pied, et il lui promit de le lui donner en possession, et à sa postérité après lui, alors qu’il n’avait point d’enfant » (Actes 7:5). Dans ce pays, qu’il possédera plus tard, il est un étranger, comme doit l’être le croyant dans ce monde aujourd’hui encore sous la puissance de Satan (dont le Cananéen était un type) (Gen. 12:7), mais sur lequel bientôt Christ exercera son autorité, nous associant alors à Lui dans son règne. La « tente » d’Abram marque sa position d’étranger dans le pays ; l’« autel », son caractère d’adorateur (vers. 7 et 8).
Nous avons là sans doute la première mise à l’épreuve d’Abram : l’Éternel l’a choisi et appelé à sortir d’Ur des Chaldéens pour aller en Canaan, « dans le pays que je te montrerai », lui dit-il, car il n’est pas question encore, pour lui, de le posséder (cf. Gen. 11:31 ; 12:1 et 7). Comment va-t-il répondre à cette mise à l’épreuve ? Il s’en alla, « comme l’Éternel lui avait dit » (vers. 4) et Hébreux 11:8 — qui passe sous silence la défaillance de Charan, comme d’ailleurs celles des divers hommes de foi dont il est question dans ce chapitre — nous montre comment il réalise, par la foi, ce que Dieu attendait de lui : « Par la foi, Abraham, étant appelé, obéit pour s’en aller au lieu qu’il devait recevoir pour héritage ; et il s’en alla, ne sachant où il allait. Par la foi, il demeura dans la terre de la promesse comme dans une terre étrangère, demeurant sous des tentes... ». Retenons ce premier enseignement: nous sommes exhortés à répondre, comme Abram l’avait fait, à l’appel céleste : « appelés par la gloire et par la vertu », « appelés d’un saint appel », nous avons à « marcher d’une manière digne de l’appel dont nous avons été appelés », réalisant que nous sommes « forains et étrangers » ici-bas (cf. 2 Pierre 1:3 ; 2 Tim. 1:9 ; Éph. 4:1 ; 1 Pierre 2:11). Si Abram, à cet égard, a répondu à ce que Dieu attendait de lui, humilions-nous de ce que nous avons autre chose que « la tente » qui devrait nous suffire, manifestant que nous ne sommes pas du monde comme aussi notre divin Modèle n’en était pas ! (cf. Jean 17:14 à 16).
Une circonstance survient cependant qui va montrer que, si le divin Modèle a été parfait en toutes choses, les hommes de foi qui nous sont proposés comme exemples ont tous eu leurs manquements : « et il y eut une famine dans le pays » (Gen. 12:10). C’est une deuxième mise à l’épreuve pour Abram. À considérer cet homme de Dieu, étranger céleste, n’ayant que sa tente et son autel, les apparences sont très belles ; qu’en est-il de la réalité ? Dieu, que les apparences ne peuvent jamais tromper, veut manifester le réel état du cœur. Comment Abram va-t-il se comporter dans ce pays, où il est étranger, où il n’a que sa tente et son autel, lorsque toutes les ressources viennent à y manquer ? Sa conduite dira si les apparences correspondent bien à la réalité. Sans doute Abram pouvait-il trouver surprenant de rencontrer une telle difficulté alors qu’il avait obéi et, en cela, manifesté sa foi ; il pouvait être amené à se demander s’il n’avait pas fait fausse route et peut-être l’ennemi le lui suggérait-il... Les difficultés et les exercices ne manquent pas dans le chemin de la foi et de l’obéissance ; c’est la discipline à laquelle le Père soumet ses enfants, pour leur profit et parce qu’Il les aime, discipline qui nous apprend à mieux nous connaître et ouvre nos yeux sur ce que nous ne verrions pas sans cela, afin que nous puissions le juger devant Dieu et, ainsi, « participer à sa sainteté ». Sujet de tristesse quand nous l’endurons, elle produit « le fruit paisible de la justice » lorsque sont manifestés les résultats que Dieu avait en vue en nous la dispensant (cf. Héb. 12:4 à 11). Cette discipline peut nous faire « perdre courage » : l’ennemi vient nous dire que si nous la rencontrons sur notre route, c’est parce que nous ne sommes pas dans le bon chemin, comme il le disait autrefois aux croyants hébreux auxquels l’apôtre adresse son Épître ; il lance « ses dards enflammés », que nous ne pourrons éteindre que grâce au « bouclier de la foi » (Éph. 6:16). Si nous n’avons pas revêtu « l’armure complète de Dieu », et « le bouclier de la foi » en particulier, nous serons en grand danger de nous laisser circonvenir par l’adversaire et, dans une circonstance du genre de celle dont il est question en Genèse 12:10, d’aller chercher secours et nourriture dans le monde, ce qui est la négation de notre position d’étrangers ici-bas.
À cette deuxième mise à l’épreuve, Abram faillit : « Abram descendit en Égypte pour y séjourner ». Descendre et séjourner dans le pays d’Égypte ! Dans le premier de ces deux mots, il y a certainement un sens moral : se rendre en Égypte, image du monde avec ses richesses et les ressources qu’il offre, c’était, pour le patriarche, abandonner le niveau où Dieu l’avait établi ; moralement, c’était « descendre ». Et Abram « descend » en Égypte « pour y séjourner », lui étranger céleste dans le pays de Canaan ! Sans doute, dans ces jours-là, lorsque survenait une famine en Canaan, était-il naturel de descendre en Égypte ; c’était même prudent. Abram suit le courant... Mis à l’épreuve par le moyen des circonstances que Dieu permet, il adopte la manière de faire du monde, les habitudes des gens du pays dans lequel il demeurait en étranger. En combien de circonstances l’avons-nous imité en cela, à notre propre honte !
Mais cependant, dira-t-on, Abram n’a-t-il pas prospéré en Égypte ? N’y eut-il pas « du menu bétail et du gros bétail, et des ânes, et des serviteurs et des servantes, et des ânesses, et des chameaux » ? N’était-il pas alors « très riche en troupeaux, en argent et en or » ? (cf. Gen. 12:16 ; 13:2). Certainement. Mais la prospérité matérielle n’est pas toujours le signe de la faveur de Dieu et l’indice d’une vraie prospérité spirituelle, c’en est même parfois tout l’opposé. Il eût mieux valu, pour Abram, connaître des jours de famine en Canaan que descendre en Égypte pour y séjourner et s’y enrichir ! Dans la disette, il aurait fait la précieuse expérience des soins et de la fidélité de Celui qui n’abandonne jamais les siens et n’exerce leur foi que pour répondre richement à son attente ; il aurait pu dire ce que David a exprimé plus tard, lorsqu’il a composé le Psaume 23. Tout au contraire, il se couvrit de confusion en Égypte, devant le Pharaon lui-même, qu’il avait trompé !
Un premier faux-pas en entraîne toujours un autre. Disons plutôt : bien d’autres ! Après avoir décidé de descendre en Égypte pour y séjourner, Abram pense déjà, en chemin, à la ruse qu’il emploiera au sujet de Saraï sa femme (cf. Gen. 12:11 à 13). Aller chercher du secours dans le monde, c’est s’exposer à se trouver placé sous son pouvoir, en butte à sa violence et à son avidité. N’est-il pas vrai que nous nous mettons parfois dans des conditions semblables, dans des positions où nous sommes conduits à ruser et à mentir pour essayer d’échapper à des dangers, certains ou simplement redoutés ; et cela, parce que nous avons quitté notre véritable position pour rechercher une amélioration de notre situation matérielle, pour aller quémander secours ou faveurs dans le monde, au lieu de compter, avec foi, sur Celui qui a fait des promesses et qui est fidèle et puissant pour les accomplir ?
Considérons l’homme parfait, mis à l’épreuve comme le fut jadis Abram. « Mené par l’Esprit dans le désert », il fut « tenté par le diable quarante jours. Et il ne mangea rien pendant ces jours-là ; et lorsqu’ils furent accomplis, il eut faim ». Le monde, domaine de Satan, offre ses ressources, comme l’Égypte offrait les siennes à Abram. Le diable tente l’homme parfait : « Si tu es Fils de Dieu, dis à cette pierre qu’elle devienne du pain » ; certes, Il est le Fils de Dieu, mais venu ici-bas comme homme, recommençant l’histoire de l’homme, aussi, Il ne quittera pas la position de dépendance et d’obéissance qu’Il a prise. Peut-être aurons-nous à souffrir si nous refusons ce que nous offre le monde ; Abram eût souffert s’il était demeuré en Canaan, pendant la famine, au lieu de descendre en Égypte ; Jésus « a souffert lui-même, étant tenté » (Hébr. 2:18) — « il eut faim » — mais Il a enduré la souffrance, la souffrance physique et à un plus haut degré encore la souffrance morale, plutôt que de quitter le chemin de la dépendance et de la foi. Lui, sort vainqueur de cette mise à l’épreuve : « Et Jésus lui répondit, disant : Il est écrit que « l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu » (Luc 4:1 à 4). Vivre « de toute parole de Dieu », quel contraste avec les richesses offertes par l’Égypte à Abram, avec tout ce que le monde peut nous donner !
Abram avait abandonné le sentier de la foi, aussi n’a-t-il fait aucun progrès en Égypte. Bien au contraire, sa conduite a été blâmée même par l’homme du monde et c’est le Pharaon qui le chasse du pays : « et maintenant, voici ta femme : prends-la, et va-t-en » (Gen. 12:18 à 20). Quelle honte pour l’homme de Dieu ! Quel déshonneur pour un croyant qui est allé chercher du secours dans le monde et qui, de faiblesse en faiblesse, allant jusqu’à une chute, en arrive à être repris même par des inconvertis ! Mais surtout, quel déshonneur pour le Seigneur !
C’est la grâce divine qui est intervenue en faveur d’Abram, bien que ce soit par le moyen du Pharaon le chassant d’Égypte. Si Dieu l’a permis ainsi, c’est sans doute pour parler plus fortement à la conscience d’Abram, pour mieux lui faire sentir jusqu’où il était « descendu ». Maintenant, le patriarche, ayant jugé sa faute, « monte d’Égypte ». Tandis qu’à la fin du chapitre 12, il est chassé par le Pharaon, au commencement du chapitre 13, c’est lui qui « monte » d’Égypte ; ce sont deux aspects différents, le fait qu’Abram « monte » impliquant le jugement de sa défaillance et un progrès moral certain. Un chemin qui monte est généralement un chemin pénible et douloureux ; sans aucun doute l’était-il pour Abram, après les humiliantes expériences faites en Égypte. Mais, après l’avoir retiré d’Égypte, la grâce de Dieu le ramène en Canaan, « au lieu où était sa tente au commencement, ...au lieu où était l’autel qu’il y avait fait auparavant ». Abram retrouve ainsi sa position initiale, sa « tente » et son « autel », son véritable caractère d’étranger et d’adorateur dans le pays de la promesse, il retrouve la communion avec l’Éternel, communion dont il ne pouvait pas jouir en Égypte, où il n’avait pas d’autel : « et Abram invoqua là le nom de l’Éternel » (Gen. 13:1 à 4). Merveilleuse grâce que celle de notre Dieu, qui cherche celui qui s’est égaré et le ramène, qui restaure celui qui est tombé et lui accorde à nouveau les joies de la communion !
Dieu va maintenant se servir d’une autre circonstance pour mettre Abram à l’épreuve : une « querelle entre les bergers des troupeaux d’Abram et les bergers des troupeaux de Lot » sera le moyen qu’Il emploiera pour manifester, tout à la fois, l’état du cœur d’Abram et celui de Lot. Cette querelle ne produisit pas plus le désir d’acquérir des richesses chez Lot que la dépendance et la foi chez Abram, elle ne fit que les mettre en lumière. Querelles et divisions sont toujours fort humiliantes pour nous, mais Dieu s’en sert pour révéler l’état des cœurs ; elles deviennent souvent la cause de bien des misères, elles ne sont jamais cependant qu’une cause seconde. D’ailleurs remarquons qu’ici, il n’y a pas la moindre querelle entre Abram et Lot, eux-mêmes (Gen. 13:8 et 9), c’était entre les bergers de l’un et de l’autre qu’une dispute était survenue. Comme il est vrai que Dieu se sert de toutes nos circonstances pour nous mettre à l’épreuve et manifester l’état de nos cœurs, même de circonstances qui ne nous atteignent pas directement, mais concernent des personnes qui nous touchent de plus ou moins près !
Lot lève les yeux, voit la riche plaine du Jourdain et, sans aucune hésitation, sans avoir recherché les directions d’en-haut, sans même avoir pensé, peut-être, que ces directions fussent nécessaires, il choisit ! N’accablons pas « le juste Lot » (2 Pierre 2:7), nous avons si souvent agi comme lui... S’il n’hésite pas un instant dans le choix qu’il fait, par contre, quelles hésitations seront les siennes, plus tard, lorsqu’il faudra quitter Sodome, la ville sur laquelle le jugement va fondre et de laquelle l’Éternel veut, au préalable, le retirer ! (cf. Gen. 19).
Abram, lui, ne choisit rien. Il ne revendique aucun des droits que lui donnait son âge, il ne fait pas valoir sa position par rapport à son neveu, il prendra ce que Lot lui laissera... Que Lot s’empare de la partie la plus riche du pays, qu’importe ! Abram a appris une leçon au cours de sa dernière mise à l’épreuve, il a compris qu’il n’y avait aucune commune mesure entre les richesses acquises en Égypte et tout ce qu’il y avait perdu spirituellement. N’est-il pas vrai que si nous sommes lents à apprendre les leçons que notre Dieu veut nous enseigner, par contre, nous avons vite fait de les oublier ? Qu’une fois de plus nous soyons mis à l’épreuve et nous nous comportons comme si nous n’avions déjà fait aucune expérience ! Imitons l’exemple d’Abram qui, remonté d’Égypte, a retenu l’humiliante leçon qu’il y avait apprise ! Mis à l’épreuve par cette querelle de bergers, il comprend aussitôt ce que Dieu attendait de lui: Dieu lui suffisait-il, ou bien la prospérité matérielle avait-elle plus de prix à ses yeux ? Telle était la question à laquelle, par ses actes, il avait à répondre. N’avons-nous pas été mis à l’épreuve, à cet égard, bien des fois peut-être ? Comment y avons-nous répondu, non pas des lèvres mais par notre manière de faire ? Qu’avons-nous montré, que nous « cherchions », « le royaume de Dieu et sa justice », ou la prospérité matérielle ? Nous ne pourrons pas prospérer spirituellement si nous faisons notre objet de la « recherche » des biens matériels. Cette mise à l’épreuve est pour chacun de nous, quels que soient notre âge, notre situation ou nos besoins, mais elle est souvent, plus particulièrement au début de la vie, le moyen de manifester ce que désire, au fond de son cœur, un jeune croyant. Certes, il est normal et compréhensible qu’un jeune homme ou une jeune fille, croyants, essaient d’obtenir la situation qui leur assurera les conditions de vie les plus faciles ; mais peut-on espérer prospérer, dans ce monde, quelle que soit la voie choisie (pensons à Lot !), dans l’indépendance de Dieu ? Ce serait folie que de le croire ! Ce que Dieu nous demande, c’est de « chercher premièrement » son « royaume », ce royaume dont Romains 14:17, 18 définit les caractères. Il nous assure ensuite : « toutes ces choses vous seront données par-dessus », c’est-à-dire la nourriture et le vêtement, en d’autres termes : les biens matériels nécessaires à la vie dans ce monde (cf. Matt. 6:24 à 34). Nous désirerions encourager la jeunesse chrétienne, déjà aux prises avec les difficultés de la vie, à retenir l’exhortation et la promesse de Matthieu 6:33. Il est bien vrai que « nul ne peut servir deux maîtres », c’est une impossibilité absolue, soulignée par le Seigneur Lui-même, qui ajoute : « car, ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre : vous ne pouvez servir Dieu et Mammon ». S’attacher aux richesses matérielles, faire de leur « recherche » le but de sa vie, c’est en devenir l’esclave et, en fait, « mépriser » Dieu, c’est-à-dire : n’attacher aucun prix au privilège si élevé que possède le croyant de Le connaître et de pouvoir Le servir et, par suite, ne pas Lui donner, dans sa vie, la place qui Lui est due.
L’attitude d’Abram, à la suite de la querelle de ses bergers avec ceux de Lot, manifeste l’état de son cœur : il s’attendait à l’Éternel pour recevoir, de Lui, ce qu’Il trouverait bon de lui donner. Comme David le dira plus tard — et comme seul le parfait Modèle a pu le dire, le réalisant pleinement — Abram aurait pu, lui aussi, s’exprimer ainsi : « Les misères de ceux qui courent après un autre seront multipliées... (ce fut bien le cas de Lot — cf. Gen. 14 et 19) ...L’Éternel est la portion de mon héritage et de ma coupe ; tu maintiens mon lot. Les cordeaux sont tombés pour moi en des lieux agréables ; oui, un bel héritage m’est échu » (Ps. 16:4 à 6). À l’invitation de l’Éternel, il lève les yeux, contemple le pays de la promesse, dans lequel il pourra se promener « en long et en large », puis, venu habiter « auprès des chênes de Mamré », « il bâtit là un autel à l’Éternel ». Bienheureux Abram ! Il goûte en paix, dans la communion avec Dieu inséparable de l’esprit d’adoration, la récompense accordée à la foi !
L’homme céleste, étranger dans le pays, demeurant dans la communion avec Dieu « auprès des chênes de Mamré », est gardé par Celui en qui il a mis sa confiance (comp. Ps. 16:1 et 4 à 6). Que surviennent des conflits entre rois, il peut bien s’en affliger mais il est en dehors de la lutte ! Le croyant n’a pas à s’occuper des batailles des rois de ce monde, ce n’est pas son affaire ; et si, comme Abram, il réalise sa véritable position, Dieu est puissant pour le tenir à l’abri du danger. Il en est tout autrement pour le croyant mondain, ou simplement terrestre. De par son habitation dans les villes de la plaine — il avait « dressé ses tentes jusqu’à Sodome » (Gen. 13:12) — Lot se trouvait, bien malgré lui sans doute, mêlé aux combats ! Si les conflits de ce monde nous touchent parfois de très près, si nous avons à en souffrir dans nos personnes ou dans nos biens, demandons-nous si ce ne serait pas parce que nous ressemblons beaucoup plus à Lot qu’à Abram. Qu’avons-nous « cherché » ? Lot avait « choisi » toute la plaine du Jourdain, il y a « trouvé » la perte de ses biens et la captivité : « car Lot habitait dans Sodome » (Gen. 14:12).
Il y avait là une discipline de Dieu vis-à-vis de Lot : Celui qui aimait « le juste Lot » eût voulu le retirer de Sodome. Hélas ! elle a été sans fruit à cet égard, Lot est retourné à Sodome et le chapitre 19 nous dit comment Dieu a dû agir pour l’en délivrer, au moment où le jugement allait fondre sur la ville coupable. Quel enseignement et quel avertissement pour nous ! — Il y avait également une mise à l’épreuve pour Abram. Va-t-il raisonner ainsi : Lot a choisi la plaine du Jourdain, il récolte maintenant ce qu’il a semé ! Je ne puis que me louer d’avoir écouté l’Éternel et d’être aujourd’hui à l’abri… ? C’eût été manquer d’amour. « Son frère » avait été emmené captif, aussitôt ses affections s’émeuvent et « il met en campagne ses hommes exercés, trois cent dix-huit hommes... » Qu’étaient ces trois cent dix-huit hommes en présence des armées de quatre rois alliés, ayant déjà remporté la victoire sur celles des cinq rois ennemis ? Aux yeux des hommes, c’était folie que d’engager ce combat par trop inégal. Mais la foi d’Abram compte sur Dieu, assuré que son attente ne sera pas déçue ; il sait que la puissance divine est infinie, combien plus grande que celle des hommes ! « Et il ramena tout le bien, et ramena aussi Lot, son frère, et son bien... » (Gen. 14:1 à 16). Mise à l’épreuve à nouveau, la foi d’Abram a triomphé encore !
C’est alors que le roi de Sodome se présente à Abram : « le roi de Sodome sortit à sa rencontre dans la vallée de Shavé... » Il a un marché à proposer, une offre à faire au patriarche. Mais, avant qu’il ne s’adresse à lui, l’Éternel vient, en la personne de Melchisédec, apporter à son serviteur la nourriture et la joie, symbolisées par « du pain et du vin ». Dieu sait ce que nous sommes, « de quoi nous sommes formés » (Ps. 103:13 et 14), et tandis qu’Il nous fait passer d’épreuve en épreuve, Il fortifie notre foi, Il nous donne la nourriture dont nous avons besoin et réjouit nos cœurs d’une joie que le monde ne peut pas donner. Mais encore, Melchisédec apporte à Abram la bénédiction du « Dieu Très-haut, possesseur des cieux et de la terre ! » Et il bénit ce Dieu puissant qui a donné la victoire à Abram. « Et Abram lui donna la dîme de tout » (Gen. 14:17 à 20 - cf. Hébr. 7:1 à 10).
Abram est ainsi préparé par Dieu pour le nouveau combat qu’il va avoir à livrer, combien plus dangereux que le précédent ! L’ennemi emploie mille ruses pour essayer de faire broncher un croyant fidèle... « Et le roi de Sodome dit à Abram : Donne-moi les personnes, et prends les biens pour toi ». Mis à l’épreuve par l’offre du roi de Sodome, Abram va manifester ce qu’il y a dans son cœur : béni comme il vient de l’être par Melchisédec, de la part du « Dieu Très-haut, possesseur des cieux et de la terre », a-t-il besoin de ce que le roi de Sodome vient lui proposer ? Aussi, avec une sainte énergie, il refuse tout. Il ne prendra « quoi que ce soit » ; pourrait-il être dit que le roi de Sodome a « enrichi Abram » ?
Enrichi par le roi de Sodome, Abram aurait montré que Dieu n’était pas son tout et il eût été, dans une certaine mesure, sous l’autorité de celui de qui il avait reçu quelque chose, son obligé en tout cas. Nous suffit-il d’être « bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ », selon l’expression de Éph. 1:3, et d’avoir le puissant secours de la sacrificature de Christ, vrai Melchisédec, qui se plaît à nous apporter nourriture et joie ? Rechercher les biens, les faveurs ou les honneurs que les hommes nous proposent, n’est-ce pas accepter les biens du roi de Sodome ? Même « un fil » ou « une courroie de sandale » suffiront à nous placer dans une fausse position ! Quand Dieu nous met à l’épreuve sur ce point, comment nous comportons-nous ? Puissions-nous imiter l’exemple du croyant Abram !
Cette mise à l’épreuve d’Abram correspond à la deuxième tentation du Seigneur, en Luc 4 (v. 5 à 8). Dans cette deuxième tentation, il ne s’agit pas, comme dans la première, des besoins de l’homme céleste traversant ce monde, mais des droits qu’il aura à y exercer dans un jour à venir. Le monde n’est pas envisagé comme lors de la première tentation, c’est-à-dire comme un désert, il est vu comme un héritage (cf. Ps. 2:8). Actuellement, l’héritage est entre les mains de l’usurpateur, car il est un usurpateur bien qu’il dise: « elle m’a été donnée », en parlant de « la gloire de ces royaumes ». Pour le croyant, c’est un temps d’attente. En vertu de l’œuvre accomplie à la croix, le fils de l’homme a recouvré ses droits à l’héritage et bientôt Il les exercera ; mais Satan, désirant conserver sa suprématie sur le monde dont il est présentement « le chef », cherche à introduire la gloire royale sans la croix (comme il eût voulu empêcher l’accomplissement de cette œuvre !) et en réclamant l’hommage du roi ! L’homme parfait rejette la tentation. Il refuse de recevoir quoi que ce soit de Satan, comme Abram du roi de Sodome : « Je te donnerai toute cette autorité et la gloire de ces royaumes », avait dit le diable ; « prends les biens pour toi », avait proposé le roi de Sodome : même tentation, venant au fond du même tentateur ! L’homme de foi remporte la victoire, Abram en son temps, « le chef et le consommateur de la foi » aux jours de sa chair !
Quel exemple et quel Modèle pour nous !
« Après ces choses », Abram entend « la parole de l’Éternel » : « Abram, ne crains point ; moi, je suis ton bouclier et ta très grande récompense » (Gen. 15:1). Abram aurait-il pu craindre les rois qui avaient emmené captif « Lot, son frère », du moment que l’Éternel était « son bouclier » ? Aurait-il pu désirer recevoir quoi que ce soit du roi de Sodome, alors que l’Éternel était « sa très-grande récompense » ?
Mis à l’épreuve dans les différentes circonstances dont nous parlent les chap. 13 et 14, Abram a pleinement répondu à la pensée de Dieu. Mais il y a des défaillances dans la vie du plus fidèle des croyants et le chapitre 16 va nous montrer Abram écoutant la voix de Saraï et manifestant l’impatience du cœur naturel. Une promesse lui avait été faite et, sans doute, il avait cru Dieu (15:4 à 6), mais entre le moment où la promesse était faite et celui où elle serait réalisée, s’écoulait un temps durant lequel la foi d’Abram était mise à l’épreuve, tout comme sa patience. Et Abram a manqué de patience !
Il est bien vrai que nous manquons de foi, mais sans doute plus encore de patience que de foi ! Dans tant de circonstances de notre vie nous réalisons que notre foi est faible et le Seigneur pourrait bien nous dire, à nous aussi : « Pourquoi êtes-vous craintifs, gens de petite foi ? » (Matthieu 8:26) ; cependant, quelque faible qu’elle soit, notre foi est, la plupart du temps, réelle : au fond, nous ne doutons pas que le Seigneur accomplira ses promesses. Ce qui nous fait surtout défaut, c’est la patience : nous voudrions avoir aussitôt ce que le Seigneur trouve bon de nous donner plus tard seulement. Aussi, l’histoire d’Abram, à cette période de sa vie, est-elle tout particulièrement instructive pour nous. Il a cru Dieu et cela lui a été compté à justice ; un héritier lui est promis, sa semence sera comme les étoiles des cieux ; mais l’accomplissement de cette promesse tarde, Abram n’a pas d’enfant ! Son impatience se manifeste alors et, sur le conseil de Saraï sa femme, il va vers Agar, la servante égyptienne. Un fils naîtra, Ismaël, mais ce n’est pas par lui que la promesse sera accomplie: Bien au contraire, ce fils, né de la servante, sera une épine dans la maison et les affections d’Abram : non seulement Saraï est méprisée par Agar, mais encore elle est pleine d’amertume à l’égard d’Abram ; et, plus tard, Ismaël se moquera d’Isaac et Abraham devra chasser « la servante et son fils » (Gen. 16:4 et 5 ; 21:9 à 11). Même si nous ne doutons pas que Dieu accomplira ses promesses, l’impatience de la chair pour hâter cet accomplissement nous procurera peines et douleurs !
Dans l’épître aux Hébreux, où, comme nous l’avons déjà remarqué, il n’est pas question des manquements des hommes de foi, cette défaillance d’Abram est passée sous silence. Au contraire, il nous est présenté comme exemple lorsque nous sommes exhortés à être des « imitateurs de ceux qui, par la foi et par la patience, héritent ce qui avait été promis ». Et quand il nous est dit qu’Abraham « obtint ce qui avait été promis », ce n’est pas à sa foi qu’il est fait allusion mais à sa patience : « Abraham, ayant eu patience, obtint ce qui avait été promis » (Hébr. 6:12 à 15). Cet enseignement appuie ce que nous avons dit plus haut à propos de la foi et de la patience.
Notre cœur naturel n’aime pas la patience, aussi l’épreuve est-elle envoyée par Dieu pour briser notre propre volonté, cette volonté du cœur naturel qui nous conduit à agir pour hâter la délivrance, l’accomplissement des promesses. C’est ainsi que « la tribulation produit la patience », que « l’épreuve de votre foi produit la patience » ; et l’apôtre Jacques écrit encore : « Voici nous disons bienheureux ceux qui endurent l’épreuve avec patience. Vous avez ouï parler de la patience de Job, et vous avez vu la fin du Seigneur, savoir que le Seigneur est plein de compassion et miséricordieux » (Rom. 5:3 - Jacques 1:3 ; 5:7 à 11). Si l’apôtre présente aux croyants hébreux l’exemple d’Abraham qui « ayant eu patience, obtint ce qui avait été promis », c’était pour les encourager à imiter « ceux qui, par la foi et par la patience, héritent ce qui avait été promis », c’était parce qu’ils avaient « besoin de patience, afin que, ayant fait la volonté de Dieu, ils reçoivent les choses promises » (Hébr. 6:12 à 15 ; 10:36). Dans les jours de la grande tribulation, les saints seront encouragés à attendre avec confiance et avec patience le moment de la délivrance : « C’est ici la patience et la foi des saints » (Apoc. 13:10 ; cf. 14:12): Ce n’est pas seulement pour eux que cela est écrit, il y a aussi un enseignement pour nous.
Manquer de patience dans l’exercice de la foi nous conduira toujours à d’humiliantes expériences. Ce sont celles qu’Abram a dû faire après la naissance d’Ismaël. Lorsque l’Éternel lui annonce que c’est de Sara qu’il aura un fils, Isaac, celui par le moyen duquel les promesses seront accomplies, quelle angoisse il éprouve au sujet du fils d’Agar, exprimée par ce cri : « Oh, qu’Ismaël vive devant toi ! » (Gen. 17:15 à 22).
Nous ne dirons rien du chapitre 18, où Abraham est mis à l’épreuve : jusqu’où ira son intercession en faveur des villes sur lesquelles le jugement va être exécuté ? — ni du chap. 19, qui termine l’histoire de Lot, et nous en arrivons au chapitre 20, où nous voyons Abraham séjournant à Guérar. Mis à l’épreuve comme il l’avait été jadis en Égypte, Abraham bronche de la même manière ! Là encore quel enseignement et quel avertissement pour nous ! Il est bien vrai que nous oublions rapidement les leçons si lentement apprises. Quelle humiliation, pourtant, quelle confusion avaient été celles d’Abraham devant le Pharaon ! Tout cela, retenu un moment (cf. Gen. 13), était maintenant perdu de vue et Abraham se comporte à Guérar tout comme en Égypte. La chair ne change jamais et ne s’améliore jamais, elle est la même à Guérar et en Égypte.
Au chapitre 21, c’est la naissance d’Isaac. Dieu accomplit sa promesse, « comme il en avait parlé » et « au temps fixé » (v. 1 et 2). Comme ces expressions font ressortir la défaillance d’Abraham au chapitre 16, son manque de patience ! « Comme il en avait parlé » : la foi peut toujours compter sur Lui, car ce qu’Il a dit, Il l’accomplit certainement. Une chose dite par Lui est, pour la foi, une chose faite. « Au temps fixé » : précieux encouragement à la patience ! Il y a un moment choisi par Lui, où Il réalise ce qu’Il a dit. — Sans doute, avec Sara et Agar, Isaac et Ismaël, nous avons les deux alliances, les deux natures, et Galates 4 nous donne bien des enseignements à ce sujet, mais c’est à un autre point de vue que nous considérons ces récits.
Ismaël peut-il rester dans la maison d’Abraham, alors qu’Isaac est né, l’enfant qui rappellera sans cesse à Abraham l’impatience de son cœur naturel, en présence de celui que Dieu lui a donné « comme il en avait parlé » et « au temps fixé » ?
C’est une nouvelle mise à l’épreuve pour Abraham. Sara, qui l’avait jadis envoyé vers la servante égyptienne, lui dit maintenant : « Chasse cette servante et son fils ». Qu’est-ce qu’Abraham va faire ? Que va-t-il choisir, entre ce qu’il a obtenu selon les pensées de son propre cœur et ce que Dieu lui a donné selon ses promesses ? S’il lui en coûte de prendre la décision qui cependant s’impose à lui, c’est parce qu’elle comporte le renvoi de la servante et de son fils, ce fils qui est aussi le sien ! De toutes les mises à l’épreuve qu’Abraham a dû connaître jusqu’à présent, celle-là est sans doute la plus douloureuse car elle met en jeu les affections de son cœur de père : « Et cela fut très mauvais aux yeux d’Abraham, à cause de son fils ». Pourtant, Dieu lui parle, l’encourage, de telle sorte que, de cette épreuve, il sort vainqueur ! Notre cœur souffre quand il s’agit de rompre avec ce qui est « selon la chair », mais lorsque nous avons compris que la chair n’a aucune place devant Dieu, mis à l’épreuve, nous pouvons triompher.
Toutes les épreuves traversées jusqu’ici par Abraham sont des épreuves que nous pouvons appeler « indirectes » : sans doute, c’est Dieu qui le met à l’épreuve mais, en fait, c’est parce qu’il se trouve placé dans telle ou telle circonstance. La circonstance, permise par Dieu, constitue le moyen de manifester l’état du cœur du patriarche. C’est la famine survenue en Canaan, ou la querelle des bergers de Lot et d’Abram, ou encore la bataille des rois, ou bien les offres du roi de Sodome, c’est le conseil de Saraï, le séjour à Guérar, l’invitation de Sara à chasser Agar et son fils. Soulignons la gradation qu’il semble y avoir dans les différentes mises à l’épreuve d’Abraham : les premières ont trait aux richesses matérielles (Gen. 12 à 14), les suivantes, à l’accomplissement de la promesse, au renvoi d’Ismaël et enfin, au sacrifice d’Isaac.
Cette dernière épreuve est la plus douloureuse de toutes. C’est une épreuve « directe », en ce sens qu’elle vient directement de Dieu ; c’est la seule à propos de laquelle il nous est dit : « Et il arriva, après ces choses, que Dieu éprouva Abraham » (Gen. 22:1). « Après ces choses » : toutes les épreuves précédentes ont été, en quelque sorte, préparatoires et, en particulier, Abraham ayant été manifesté fidèle lorsqu’il s’est agi de chasser Agar et Ismaël, de se séparer de ce qui typifie la chair, Dieu peut éprouver l’homme de foi afin de mettre en lumière les caractères du nouvel homme. C’est « l’épreuve de votre foi, bien plus précieuse que celle de l’or qui périt... » (1 Pierre 1:7). Combien la foi d’Abraham va briller sur la montagne de Morija ! « Par la foi, Abraham, étant éprouvé, a offert Isaac », une foi vivante, manifestée par des œuvres : « ...la foi, si elle n’a pas d’œuvres, est morte par elle-même... Abraham, notre père, n’a-t-il pas été justifié par des œuvres, quand il a eu offert son fils Isaac sur l’autel ? ...par les œuvres la foi fut rendue parfaite. Et l’écriture a été accomplie qui dit : Et Abraham crut Dieu, et cela lui fut compté à justice ; et il a été appelé ami de Dieu » (Hébr. 11:17 à 19 -Jacques 2:17 à 24).
Il est bien remarquable que, dans les deux épreuves dont nous venons de parler, Abraham est atteint dans les affections de son cœur paternel : il doit, d’abord, chasser son fils Ismaël ; ensuite, offrir en holocauste son fils Isaac. Cette dernière mise à l’épreuve était plus douloureuse encore que la précédente : d’une part, il fallait mettre à mort son fils, et non pas seulement le chasser ; d’autre part, c’était d’Isaac qu’il s’agissait, le fils de la promesse, et non plus d’Ismaël, né de la servante égyptienne ! Mais, quoi qu’il pût lui en coûter, Abraham n’a aucune hésitation ; nous ne lisons pas ici que « cela fut très mauvais » à ses yeux (cf. 21:11). La foi ne raisonne pas, elle se hâte d’obéir et cette obéissance va ici, en figure, jusqu’à la mort, ainsi qu’Hébreux 11 et Jacques 2 nous l’enseignent. Abraham aimait Dieu plus que tout ce qu’il avait au monde et il l’a prouvé par des actes, ne refusant pas son fils, celui qu’il aimait, Isaac. Mis à l’épreuve, le cœur d’Abraham a été manifesté et cela, à la gloire de Celui dans lequel il avait mis sa confiance !
Dieu ne nous demande sans doute pas aujourd’hui un sacrifice semblable à celui qu’il demandait à Abraham. Mais que de circonstances Il nous fait traverser qui sont autant de mises à l’épreuve destinées à manifester l’état de nos cœurs ! Puissions-nous demeurer toujours dans une condition telle que, chaque fois, le résultat de l’épreuve soit à la gloire de Dieu !
ME 1952 p. 3-7
L’année 1951 a été marquée, entre diverses circonstances douloureuses, par des deuils survenus dans des conditions qui ont ajouté à notre tristesse. Dieu a trouvé bon de retirer, de façon subite et que nous estimerions prématurée — mais nous savons que toutes ses voies sont sagesse —des frères dont le service nous paraissait encore nécessaire. Si nous pensons avec beaucoup de sympathie à la perte faite par leurs familles, au grand vide que ces départs y ont laissé, nous avons devant nous, également, l’épreuve de l’Assemblée.
Pour parler au peuple, l’Éternel reprenait à Ézéchiel sa femme, « le désir de ses yeux » (Ézéch. 24:15 et suivants). N’est-ce pas pour parler à son Assemblée que le Seigneur nous a éprouvés de tant de manières ? Aussi, nous convient-il de nous arrêter à cette étape du chemin et d’écouter ce que Dieu veut nous dire par le moyen de ces deuils et des exercices qu’Il a jugé bon de nous dispenser.
Au moment où il allait achever son voyage dans le désert et entrer dans le pays de la promesse, le peuple d’Israël a été exhorté par Moïse à se souvenir « de tout le chemin » par lequel Dieu l’avait fait marcher ces quarante ans, afin de l’humilier et de l’éprouver, «pour connaître ce qui était dans son cœur » (Deut. 8). Nous pouvons en faire une application à ce qui nous concerne aujourd’hui. Quel est l’état de nos cœurs ? Ce sont les épreuves du désert qui le manifestent.
Moïse déclare ensuite au peuple : « Et il t’a humilié, et t’a fait avoir faim... ». Comme Israël autrefois, nous avons la nourriture du désert, la manne, c’est-à-dire Christ, le pain de vie. Mais ne serions-nous pas tentés de dire, nous aussi : « il n’y a pas de pain, et il n’y a pas d’eau, et notre âme est dégoûtée de ce pain misérable » ? (Nomb. 21:5). Pour apprécier une nourriture, il faut avoir faim ; c’est pourquoi, dans sa fidélité, notre Dieu nous « fait avoir faim » : Il nous humilie et nous éprouve par tant de circonstances douloureuses, s’occupant ainsi de nous afin que nos âmes « aient faim » de Christ, pain de vie, nourriture du désert. « Celui qui nous appelle est fidèle » pour opérer une telle œuvre en nous !
« C’est déjà l’heure de nous réveiller du sommeil » (Rom. 13:11). Considérons notre marche individuelle et notre témoignage collectif, notre vie et la vie de l’Assemblée. Cela nous amène-t-il à penser que nous vivons pour le Seigneur et pour la gloire de Dieu ou, au contraire, surtout pour nous-mêmes, alors que, cependant, nous connaissons bien 2 Cor. 5:14, 15 ? — Au lieu de livrer les combats de Canaan, le véritable combat chrétien, n’en restons-nous pas à ceux du désert, dans lesquels d’ailleurs nous sommes souvent défaits parce qu’au lieu de manifester, dans la puissance de l’Esprit, la vie de Christ qui est en nous, nous agissons tant de fois selon les impulsions de la chair, perdant de vue les enseignements, qui nous sont si familiers pourtant, de Galates 5:13 à 26 ? — Et encore, pour ce qui concerne nos rapports dans la vie de l’assemblée, combien souvent nous avons « oublié » Éph. 4:1 à 3, que nous citerions cependant sans aucune défaillance de mémoire !
Résumons ces questions d’un mot : la Parole a-t-elle quelque autorité sur nos cœurs et nos consciences, afin de nous rendre capables d’y conformer nos voies ?
Nous ne voudrions cependant pas qu’à sa venue, le Seigneur nous trouve dans le bas état où nous sommes. Aussi pouvons-nous être reconnaissants de tout le travail qu’Il fait en nous, dans sa fidélité et sa miséricorde ! Il réveille nos affections pour sa personne et nous prépare pour le moment où Il nous ravira, tous ensemble, à sa rencontre en l’air. Il s’occupe de son Assemblée : « Moi, je reprends et je châtie tous ceux que j’aime » (Apoc. 3:19). Si nous n’écoutons pas sa voix, les répréhensions qu’Il nous fait entendre, Il est amené à nous frapper, mais c’est dans son amour qu’Il le fait : Il châtie « tous ceux qu’Il aime ».
Le sarment que le cultivateur nettoie est l’objet d’un travail douloureux, mais nécessaire, « afin qu’il porte plus de fruit » (Jean 15:2). Si nous sommes les objets de la discipline du Père, c’est en vue de la manifestation de la vie divine qui est en nous et que nous sommes responsables de montrer, ce qui est, à proprement parler, « porter du fruit » ; c’est, en d’autres termes, « afin que nous participions à sa sainteté » (Héb. 12:10). Ne méprisons pas cette discipline ! Ne perdons pas courage non plus car, d’une part, elle est « pour notre profit » et, d’autre part, elle est la preuve que nous sommes aimés du Seigneur : « celui que le Seigneur aime, il le discipline ». Soyons exercés par elle ! Pour le présent, ce n’est pas « un sujet de joie, mais de tristesse » ; plus tard, le fruit sera produit (Héb. 12:5 à 11) et le Père sera ainsi glorifié, selon ce que le Seigneur lui-même a dit : « En ceci mon Père est glorifié, que vous portiez beaucoup de fruit ; et vous serez mes disciples » (Jean 15:8).
Nous sommes en chemin vers la maison du Père et près d’y arriver. Si le chemin qui y conduit est difficile, c’est parce que Dieu nous prépare et nous forme pour le ciel ; la vallée de Baca, par laquelle il passe, est la vallée des larmes, non pas seulement la vallée de l’épreuve, car nous pourrions être plus ou moins insensibles aux circonstances extérieures et la discipline pourrait nous laisser à peu près indifférents ou même endurcis. Il faut que les circonstances que Dieu nous envoie, douloureuses, humiliantes parfois, soient un sujet d’exercices pour nous et produisent ce jugement de nous-mêmes qui nous conduira à la repentance — repentance à laquelle Dieu nous exhorte et qui se traduit par les larmes (Apoc. 3:19).
Dieu veuille que, dans ces jours d’épreuves multipliées, nous soyons amenés jusque-là ! Au sein même de la vallée de Baca, nous ferons alors une fontaine. La fontaine, jouissance toute nouvelle de la personne de Celui qui nous aime et de notre relation avec Lui, source de rafraîchissement au milieu de la plus sombre vallée, c’est le fruit béni de l’épreuve et c’est le croyant lui-même qui la « fait » !
Nous sommes, parfois, plus ou moins résignés à ne faire aucun progrès dans la vie chrétienne et, peut-être aussi, sommes-nous découragés en considérant notre état. Prenons courage, Dieu est plus fort que nous et Il nous aime ! Il veut, peu à peu, dans le chemin qui conduit à la maison, nous dépouiller de nous-mêmes afin de nous amener, un peu mieux chaque jour, à vivre Christ. C’est en Lui seul qu’est la source de la force et, dit le Psalmiste : « Bienheureux l’homme dont la force est en toi ». C’est sur ce bienheureux qu’est répandue la pluie de bénédictions !
Quand nous atteindrons le terme du voyage, ce dépouillement de nous-mêmes sera complet et nous pourrons dire, en vérité, nos cœurs n’étant occupés que de Christ : « Vois, ô Dieu ! et regarde la face de ton oint » (Ps. 84).
Le souhait de l’apôtre est celui par lequel nous voulons terminer : « Or le Dieu de paix lui-même vous sanctifie entièrement ; et que votre esprit, et votre âme, et votre corps tout entiers, soient conservés sans reproche en la venue de notre seigneur Jésus Christ » (1 Thess. 5:23). Le but de la discipline est de nous séparer entièrement d’un monde duquel nous ne sommes pas et de nous attacher à Christ afin que, suivant ses traces, nous puissions refléter quelque chose de ses caractères. Dieu « nous discipline pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté » (Héb. 12:10). Il veut nous sanctifier « entièrement », en tous points, esprit, âme et corps. Travail dont la réalisation ne nous paraît pas possible tellement nous vivons peu le christianisme, mais que Dieu opère, dans la vallée de Baca ! Nous sommes infidèles, mais « Celui qui nous appelle est fidèle ». Il est fidèle à Lui-même, à sa propre gloire qu’Il veut manifester dans les siens ! La fidélité dont il est question dans ce passage, c’est celle qu’Il déploiera jusqu’au bout dans le travail de sanctification qu’Il accomplit en ceux qui lui appartiennent.
Ayons donc confiance malgré tout, malgré notre extrême faiblesse et tout ce qui serait de nature à nous décourager dans le chemin. Le Dieu de paix Lui-même nous sanctifiera entièrement ! Il est fidèle, Il le fera !
ME 1953 p. 57-61
Dieu a une parfaite connaissance, non seulement de ce que nous faisons ou disons, mais encore de nos pensées les plus secrètes. Il discerne tout ce qu’il y a dans nos cœurs alors que, la plupart du temps, nous n’y voyons, pas clair nous-mêmes. Que, par exemple, dans des difficultés auxquelles nous sommes mêlés, l’on nous exhorte à juger en nous ce qui n’a pas l’approbation de Dieu et nous nous récrions aussitôt ; nous estimons que tout y est bien et qu’il faut chercher la cause du trouble chez notre frère. Comme nous nous connaissons peu nous-mêmes ! Bien des expériences sont parfois nécessaires pour nous apprendre qu’il convient toujours d’examiner, avant tout, l’état de notre cœur. Quand nous l’avons enfin compris, nous pouvons demander, comme autrefois le Psalmiste : « Sonde-moi, ô Dieu ! et connais mon cœur ; éprouve-moi, et connais mes pensées. Et regarde s’il y a en moi quelque voie de chagrin, et conduis-moi dans la voie éternelle » (cf. Ps. 139:2 à 4 et 23, 24).
Laissons-nous « sonder » par Dieu, par « la parole de Dieu... vivante et opérante » ; elle est « plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants », « elle discerne les pensées et les intentions du cœur » et « toutes choses sont nues et découvertes aux yeux de celui à qui nous avons affaire » (Héb. 4:12, 13). Gardons-nous de détourner le tranchant de la Parole, d’émousser la pointe de l’épée, si nous voulons être maintenus dans une bonne condition morale !
Même dans ce que nous faisons de meilleur, quel mélange y a-t-il, la plupart du temps, de recherche et de satisfaction de soi, d’orgueil peut-être ! Et si, en toute droiture, nous pouvions dire : « Je n’ai rien sur ma conscience », il faudrait pourtant ajouter : « Mais par là je ne suis pas justifié ; mais celui qui me juge c’est le Seigneur » (1 Cor. 4:4).
Puisque nous savons si mal discerner notre propre état, il est nécessaire que Dieu nous montre Lui-même ce qu’il peut y avoir à juger dans notre cœur. C’est pourquoi Il permet, ou envoie, des épreuves qui révèlent ce qu’il y a au fond de nous-mêmes (cf. Deut. 8:2). Il suffit parfois de bien peu — un grain de sable ! — pour que soit mis en lumière l’état d’un cœur. Que des faits sans importance en eux-mêmes arrivent à produire un grand trouble, c’est le signe d’un état laissant beaucoup à désirer ; il eût fallu une difficulté autrement sérieuse si l’état n’avait été aussi mauvais : plus minuscule est le fait qui manifeste un état à redresser, plus mauvais est cet état ! Nous nous arrêtons généralement aux causes secondes et nous serions, par suite, amenés à dire : comment des circonstances aussi insignifiantes ont-elles pu produire de pareils résultats ? Si l’on n’avait pas fait ceci ou dit cela, tout ce qui s’en est suivi ne serait certainement pas survenu. Et que de reproches s’adresse-t-on, ou adresse-t-on à ceux qui ont provoqué ce qui a dévoilé l’état du cœur ! L’on perd ainsi de vue que Dieu Lui-même a tout dirigé, en vue d’un but qu’Il voulait atteindre : manifester l’état intérieur. Le fait qui a conduit à cette manifestation n’a en soi, la plupart du temps, que fort peu d’importance. Dieu avait discerné ce qui devait être jugé, alors que nous n’en avions pas conscience et estimions, au contraire, que tout allait bien ; aussi, parce qu’Il ne voulait pas nous laisser là, Il a permis, ou envoyé, ce qui a ouvert les yeux sur un état qui n’était ni confessé ni même reconnu. Quelle grâce qu’Il agisse ainsi !
Ce qui est vrai pour un croyant l’est aussi pour une assemblée : comment se peut-il qu’un fait anodin y apporte le trouble et la discorde ? Sans doute, parce que Dieu s’en est servi, ou l’a « commandé » (cf. Lam. de Jér. 3:37, 38), pour révéler l’état moral de l’assemblée. De sorte qu’il serait sans profit de s’attarder aux faits eux-mêmes et de rechercher sous prétexte de paix, un « arrangement » qui sauvegarderait peut-être les apparences mais ne constituerait pas le vrai remède. Il faut aller jusqu’à la source, des effets remonter aux causes, en se courbant sous la puissante main de Dieu. C’est l’état des cœurs qui doit être jugé et cela ne peut être fait que dans la présence de Dieu ; c’est pourquoi il est essentiel d’amener les âmes devant Dieu. La restauration de l’état moral d’un croyant ou d’une assemblée, le rétablissement de la paix entre les frères, la communion et la prospérité spirituelle sont à ce prix ! Le méconnaître serait opposer un obstacle au travail de Dieu!
Si l’état d’un croyant, ou d’une assemblée, est bon, les circonstances permises ou ordonnées par Dieu n’amèneront jamais rien de fâcheux, mais manifesteront que tout est en ordre et en règle avec Lui. Si, au contraire, il est mauvais, cette « épreuve » mettant au jour l’état du cœur, ce qui doit être jugé pourra l’être.
Une âme en mauvais état fuit la présence de Dieu (Ps. 139:7 à 12 ; cf. Gen. 3:8 à 10), tandis qu’Il voudrait que nous jouissions constamment de Lui et de la communion avec Lui. C’est pourquoi Il opère afin que rien, dans nos cœurs, ne puisse nous en empêcher : ce que nous ne discernons pas, Il le manifeste pour que soit ôté ce qui serait un obstacle à la jouissance de sa communion. Quand un croyant a compris la valeur et la nécessité de ce travail de Dieu et en a, au moins en quelque mesure, apprécié les résultats, il demande sans cesse qu’il soit poursuivi : « Sonde-moi, ô Dieu ! et connais mon cœur ; éprouve-moi, et connais mes pensées ».
N’oublions jamais que les difficultés, qu’elles soient suscitées par l’adversaire (et toujours avec la permission divine ; cf. Job 1:12 et 2:6) ou envoyées directement par Dieu, sont une mise à l’épreuve ; cela, qu’il s’agisse de la vie individuelle ou de la vie d’assemblée. Combien il est donc important de veiller sur l’état de notre cœur, sur l’état de l’assemblée. Soyons vigilants à cet égard et, pour cela, rep