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Méditations sur la PRIÈRE

 

 

Paul Fuzier

Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

 

Table des matières abrégée :

1     Quelques réflexions sur Matthieu 6:1-18

2     Sept enseignements de Jacques sur la prière

3     Réunions de prières. Enseignements tirés d’Actes 4

4     Conditions et buts de l’exaucement

 

Table des matières détaillée :

1     Quelques réflexions sur Matthieu 6:1-18

1.1      Activité. Les œuvres

1.1.1      Hypocrisie : Être vu des hommes

1.1.2      Activité extérieure - vie cachée (Marthe et Marie)

1.1.3      Les récompenses

1.1.4      Mais toi : responsabilité individuelle

1.1.5      Agir par la chair ou par la foi

1.1.6      Activité publique et recherche de soi

1.2      La prière

1.2.1      Vaines redites

1.2.2      Besoins matériels et besoins spirituels

1.2.3      L’Esprit nous est en aide

1.3      Le « notre père » et son application aujourd’hui. Le Seigneur enseigne à prier.

1.3.1      Pas un rite

1.3.2      Les trois premières demandes ont trait à la gloire de Dieu

1.3.3      Que ton nom soit sanctifié

1.3.4      Que ton règne vienne

1.3.5      Que la volonté de Dieu soit faite

1.3.6      Pardon

1.3.7      Entrer en tentation

1.3.8      Connaître et juger le mal

1.3.9      Avoir les sens exercés à discerner le bien et le mal. Absence de discernement

1.3.10     Avoir un esprit de prière

2     Sept enseignements de Jacques sur la prière

2.1      Vous n’avez pas, parce que vous ne demandez pas. (4:2)

2.2      Quand il n’est pas répondu à la prière (4:3)

2.3      Manque de sagesse. Demander sans douter

2.4      Quelqu’un parmi vous est-il maltraité, qu’il prie (5:13)

2.5      Maladie et guérison

2.6      Confession et prière mutuelle

2.7      Exemple d’Élie

3     Réunions de prières. Enseignements tirés d’Actes 4

3.1      Une interdiction de parler et enseigner au nom de Jésus

3.2      Réunion de prière immédiate

3.3      Commun accord

3.4      Préparation de la réunion de prière

3.5      Précision des demandes. Appel à la puissance divine

3.6      Importance des réunions de prières

4     Conditions et buts de l’exaucement

4.1      Dieu ne répond pas toujours

4.2      Matthieu 18:19, 20

4.2.1      Si deux d’entre vous sont d’accord…

4.2.2      Réponse à la foi

4.3      Matt. 21:22 — Difficultés en apparence insurmontables

4.4      Jean 14:13, 14. Demander en Son nom

4.5      Avoir le sentiment de nos besoins

 

 

 

 

1        Quelques réflexions sur Matthieu 6:1-18

ME 1958 p. 85

Les chapitres 5 à 7 de l’évangile selon Matthieu groupent l’ensemble des discours adressés par le Seigneur à ses disciples, alors qu’Il était « monté sur la montagne » pour « les enseigner » (5:1, 2 — cf. 7:28, 29) ; c’est pourquoi cet ensemble a été appelé le « sermon sur la montagne ». Dans la première partie du chapitre 6 (v. 1 à 18), le Seigneur les entretient des différents exercices de piété qu’ils sont exhortés à accomplir, soit envers les hommes : bienfaisance (6:1-4), soit envers Dieu : prière et jeûne (6:5-18). D’autres portions des Écritures (1 Pierre 4:7-11, pour ne citer qu’un exemple) nous présentent aussi ce double aspect de la vie chrétienne, l’un concernant nos rapports avec ceux qui nous entourent, l’autre nos rapports avec Dieu. Déjà la loi, dans ses deux grands commandements, demandait l’amour de Dieu et l’amour du prochain (cf. Marc 12:28-34 ; Luc 10:25-28) et les principes du royaume ne mettent pas de côté cet enseignement de la loi (cf. Matt. 5:17 à 48). Dans le royaume de Dieu, que le croyant est invité à « chercher premièrement » c’est-à-dire qu’il doit désirer avant tout en manifester, pour la gloire de Dieu, les caractères moraux — ces deux aspects de la vie chrétienne doivent être, l’un et l’autre, le fruit d’une réelle communion avec Dieu. Ce qui est fait pour autrui, aussi bien que ce qui concerne nos rapports avec Dieu, ne doit pas être accompli pour nous mettre en relief aux yeux des hommes mais « dans le secret » avec Dieu.

 

1.1      Activité. Les œuvres

1.1.1       Hypocrisie : Être vu des hommes

Le Seigneur, enseignant ses disciples, les met en garde contre l’hypocrisie qui peut caractériser certaines activités. Les hypocrites agissent avec ostentation, de manière à être « vus des hommes » et « pour être glorifiés par les hommes », alors que leur cœur n’est pas véritablement engagé avec Dieu (Matt. 6:2, 5 et 16). Sans doute, cela dépeint l’apparence extérieure, l’activité d’une profession chrétienne d’où la vie de Dieu est absente, mais nous nous tromperions si nous pensions que là se limite la portée de cet enseignement. Un danger sérieux guette ceux qui possèdent la vie divine et leur responsabilité est combien plus grande que celle des inconvertis ! Nous aussi, nous pouvons fort bien déployer une certaine activité extérieure, de manière à être « vus des hommes » et « pour être glorifiés par les hommes », sans qu’il y ait dans notre christianisme la réalité que Dieu veut y trouver. Il peut même arriver que l’activité déployée soit d’autant plus grande qu’il y a peu de réalité dans notre vie chrétienne, précisément pour cacher cette défaillance à notre entourage, peut-être aussi pour essayer de nous la dissimuler à nos propres yeux... Mais nous ne tromperons jamais Celui aux yeux de qui « toutes choses sont nues et découvertes » (Héb. 4:13). Que chacun s’interroge dans la présence de Dieu pour discerner quels sont, en définitive, les mobiles qui le font agir dans son activité chrétienne !

 

1.1.2       Activité extérieure - vie cachée (Marthe et Marie)

N’est-il pas vrai que, dans les temps où nous sommes, l’activité extérieure s’est largement développée, ambitionnant souvent de grandes choses qui dépassent la mesure de la spiritualité ? La vie cachée avec Dieu, si peu connue hélas ! a été parfois mal comprise et l’est sans doute de moins en moins ; un tel christianisme, le vrai, a été taxé de paresse et, imitant le monde religieux, l’on a cherché, avec de louables désirs certes, l’accomplissement de prétendues bonnes œuvres, des œuvres que les hommes voient et louent. Leur approbation, leurs louanges suffisent au cœur qui ne désire pas, avant tout et par dessus tout, l’approbation de Dieu.

Deux femmes habitaient la maison de Béthanie ; toutes deux aimaient le Seigneur mais l’état spirituel de Marthe différait beaucoup de celui de sa sœur et ce qui fait apparaître cette différence, c’est l’entrée du Seigneur dans cette maison. Tant il est vrai que dans la présence du Seigneur se trouve aussitôt manifesté l’état spirituel et moral de chacun. Marthe est animée par les meilleures intentions, nul ne peut le mettre en doute : elle veut recevoir dignement le Seigneur et s’empresse à servir, mais de telle manière qu’elle est « distraite par beaucoup de service ». Tout au contraire, Marie, « assise aux pieds de Jésus, écoutait sa parole » (Luc 10:38 à 42). Une telle attitude est effectivement considérée comme paresse coupable par ceux qui ne voient pas autre chose que l’activité à déployer dans le service et qui jugent d’après cela ; en effet, Marthe demande au Seigneur : « Dis-lui donc qu’elle m’aide », semblant ainsi Lui donner un ordre et Lui reprocher de ne pas se soucier de ce que Marie la laisse « toute seule à servir ». Bien qu’il n’y eût sans doute pas chez elle l’hypocrisie que stigmatise le Seigneur en Matthieu 6, cependant Marthe ne connaissait rien du service qui a l’approbation du Maître ; elle ignorait que, pour Le servir, il faut d’abord écouter sa parole, vivre dans sa communion, demeurer dans sa dépendance. N’avait-elle pas remplacé cette dépendance par une grande activité et n’y a-t-il pas là un grave danger pour nous croyants, encore aujourd’hui ? Puissions-nous imiter l’exemple de Marie, nos cœurs étant occupés de Christ et tenus près de Lui ! Nous pourrons alors servir avec intelligence et spiritualité lorsque l’occasion nous sera donnée de le faire, comme le fit Marie dans la scène de Jean 12 (v. 1 à 3).

 

1.1.3       Les récompenses

Après avoir dénoncé l’hypocrisie de ceux qui agissent afin d’être « vus des hommes » et « pour être glorifiés par les hommes », le Seigneur ajoute : « En vérité, je vous dis : ils ont leur récompense ! » (Matt. 6:2, 5 à 16). C’est au fond la seule récompense qu’ils désirent ; ils l’ont. Puis, encore chaque fois, mais se tournant directement vers le fidèle, Il adresse cette exhortation : « Mais toi... ». Toi, agis « dans le secret » et « ton Père, qui voit dans le secret, te récompensera » (v. 3, 4 ; 6 ; 17:18). La récompense pourra être donnée déjà dans la vie présente, elle le sera en tout cas au tribunal de Christ et quel privilège de la recevoir de Lui, comme fruit de sa grâce ! Ce n’est pas la récompense qui est le mobile du fidèle, mais elle est un encouragement à cette activité « dans le secret » qui a l’approbation de Dieu et dont les résultats seront manifestés au jour de Christ, à sa gloire.

 

1.1.4       Mais toi : responsabilité individuelle

Ce « mais toi » s’adresse à chacun de nous. L’expression est fréquemment employée dans les Écritures, elle marque le contraste entre la part du fidèle et la condition d’un ensemble qui a failli quant à sa responsabilité devant Dieu ; nous la trouvons par exemple dans la 1ère Épître à Timothée (6:11) et davantage encore dans la 2ème (3:10 et 14 ; 4:5). Timothée, placé au sein d’une chrétienté déjà devenue semblable à une « grande maison » dans laquelle il y a des vases « à déshonneur », avait une responsabilité personnelle, qui est celle du fidèle encore aujourd’hui. Dans l’Épître de Jude, c’est : « Mais vous...» (v. 17, 20), expression qui s’adresse à un résidu pieux dans des jours de ruine, résidu séparé pour Dieu par la Parole et l’exercice habituel de la prière. Et lorsque le fidèle parle, appréciant la position qui est la sienne et la faveur que Dieu lui a faite, il peut dire : « Mais moi... » (Ps. 5:7 ; 52:8 ; 55:23 — Jonas 2:10 — Michée 7:7 — Habakuk 3:18, par exemple). — Ce « mais toi » de Matthieu 6:3. 6, 17 souligne la responsabilité individuelle de chaque croyant ; chacun doit y penser, assuré que l’exhortation est pour lui et qu’il est responsable d’y répondre. Gardons-nous donc de tout ce qui ne serait que la recherche d’une certaine apparence extérieure de piété sans qu’il y ait réalité et puissance ! Qu’au contraire, nous sachions faire le bien, prier, jeûner « dans le secret », connaissant en cela une vraie communion avec notre Dieu et Père et avec le Seigneur. Cultivons soigneusement cette pieuse activité « dans le secret », recherchant en toutes choses et en tout premier lieu, et pas seulement d’une manière superficielle, l’approbation de Celui « qui voit dans le secret ». À cet égard, ayons de saintes ambitions ! Et n’oublions jamais que si notre vie chrétienne n’est pas une vie de communion avec le Seigneur, dans sa crainte et sa dépendance, il n’y aura aucune puissance ni dans notre marche ni dans notre service.

 

1.1.5       Agir par la chair ou par la foi

Les disciples autrefois avaient été frappés d’incapacité dans leur service, car trois choses leur manquaient : la foi, la prière et le jeûne (Marc 9:18, 19 et 28, 29). La foi compte sur Dieu et sur Dieu seul, elle croit en sa puissance et ne croit qu’en sa puissance ; tandis que les moyens humains témoignent d’une certaine confiance, inavouée peut-être, en l’homme et en ses ressources. Un chariot neuf tiré par des bœufs, cela semble tellement mieux, pour porter l’arche, que les épaules des Lévites ! Mais les bœufs bronchèrent, Uzza étendit sa main pour saisir l’arche et fut aussitôt l’objet du jugement de Dieu, David s’irrita et eut peur de Dieu, et l’arche ne put être ramenée à Jérusalem. Tels sont les résultats de ce qui n’a pas été fait « conformément à l’ordonnance » ! Tandis que lorsque David et le peuple agissent dans l’obéissance à la Parole, Dieu aide les Lévites ; il n’est pas dit comment, mais un secours spécial leur fut accordé, celui que Dieu donne toujours à ceux qui se trouvent à la place où Il les veut et qui servent selon sa pensée. Quand on ne croit pas que Dieu peut tout et que seul Il peut tout, on essaie de faire, avec beaucoup de zèle, ce que l’on pense que Dieu ne pourrait pas faire ! — Par la prière, nous manifestons notre dépendance de Dieu et notre confiance en Lui ; dans le jeûne, nous nous abstenons de ce qui nourrit la chair et nous empêcherait par conséquent de discerner la volonté de Dieu (cf. Rom. 12:1, 2). Remarquons, à ce propos, que, bien souvent, nous sommes persuadés de ne pas agir par la chair parce qu’il n’y a rien dans notre action de ce qui caractérise « les œuvres de la chair » telles que les énumère Galates 5:19 à 21 ; mais la chair revêt d’autres aspects et, notamment, un aspect religieux qui est sans doute le plus dangereux de tous. C’est dans ce domaine que la présence de la chair est, plus que partout ailleurs, difficile à discerner : elle se dissimule sous les plus belles apparences de piété ; ce n’est pas autre chose que de l’hypocrisie. Bien des activités extérieures que l’on croit être spirituelles ne sont peut-être, au fond, que des activités charnelles. La chair se complaît toujours dans une grande activité ; si le jeûne n’est pas réalisé, dans le secret avec Dieu, la chair se manifeste, il n’y a plus le discernement de la volonté divine et l’on est ainsi amené à faire ce qui est mal, aux yeux de Dieu, tout en croyant fermement accomplir le bien.

 

1.1.6       Activité publique et recherche de soi

Mis en garde contre une activité extérieure qui n’est en définitive que la recherche de soi, soyons au contraire très zélés dans l’exercice d’une activité cachée avec Dieu ; il y aura là une source de prospérité dans nos vies spirituelles et, par suite, dans la vie des assemblées. L’action en public, lorsque nous y serons appelés, portera le cachet de l’activité exercée dans le secret. Bel exemple, à cet égard, que celui d’Élie ! Il prie « avec instance » et de manière si cachée que si nous n’avions que le récit de 1 Rois 17, nous ignorerions que son service a commencé par là (cf. Jacques 5:17, 18). Puis, au moment d’agir en public, il peut se présenter devant Achab, de la manière qui convient, et parler, et avec quelle sobriété, les paroles de Dieu. Qu’il prie dans le secret ou qu’il agisse en public, il se tenait « devant l’Éternel » !

 

1.2      La prière

1.2.1       Vaines redites

Après avoir exhorté ses disciples à ne pas agir « comme les hypocrites » mais plutôt à prier « dans le secret » le Père « qui demeure dans le secret » et « qui voit dans le secret », Il leur demande encore de s’abstenir de « vaines redites, comme ceux des nations ». Allusion certaine aux païens répétant toujours les mêmes choses devant leurs idoles, mais là encore n’y a-t-il pas un enseignement pour nous ? Sans doute, nous reprenons souvent dans nos prières des expressions habituellement employées, et il peut bien y avoir en cela le danger d’une certaine routine, mais ce n’est pas ce qui constitue à proprement parler de « vaines redites » : malgré la répétition, dans une prière adressée à Dieu par l’Esprit, d’expressions déjà connues, on éprouve néanmoins la fraîcheur bienfaisante d’une action spirituelle et l’on peut donner son amen de plein cœur, tandis que l’on souffre de ce que l’on a appelé la prière-récitation, généralement longue et fatigante, dans laquelle on ne sent vraiment pas l’action vivifiante de l’Esprit et qui n’a d’autre effet que de remplir le temps. Puissions-nous être gardés des « vaines redites » ! Ce n’est pas l’abondance des paroles qui peut suppléer à ce qui y manque et nous assurer l’exaucement (Matt. 6:7).

 

1.2.2       Besoins matériels et besoins spirituels

Par la prière, nous nous adressons à un Père qui connaît nos besoins mieux que nous ne les connaissons. Mais Il veut que nous soyons exercés avec Lui à ce sujet afin que nous en ayons le discernement et que nous puissions ainsi les lui présenter dans la dépendance et avec confiance. Le Seigneur disait à ses disciples : « Votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez » (6:8). Savons-nous nous-mêmes, en toutes circonstances, de quoi nous avons besoin ? Peut-être, nous semble-t-il, de bien des choses, matérielles surtout, dont nous n’avons au fond aucun besoin, et qui seraient un piège pour nous si Dieu nous les accordait. Nous désirons souvent « ajouter une coudée à notre taille », nous agrandir dans ce monde, et c’est dans la plupart des cas une cause de souci (cf. v. 27). Tandis qu’au contraire, dans le domaine spirituel, nous serions parfois tentés de dire : « Je suis riche, et je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien » (Apoc. 3:17), ne connaissant pas notre véritable état et nos multiples besoins.

 

1.2.3       L’Esprit nous est en aide

Il est bien vrai que « nous ne savons pas ce qu’il faut demander comme il convient », mais nous avons — privilège que ne possédaient pas les disciples auxquels s’adressait alors le Seigneur — le secours de l’Esprit : « L’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ; et celui qui sonde les cœurs sait quelle est la pensée de l’Esprit, car il intercède pour les saints, selon Dieu » (Rom. 8:26, 27). Combien nous sommes heureux de savoir que « l’Esprit nous est en aide dans notre infirmité » et que nous nous adressons, priant par l’Esprit, à un bon et tendre Père qui « sait de quoi nous avons besoin, avant que nous le lui demandions » !

Ayant mis en garde ses disciples contre l’hypocrisie de ceux qui n’ont en fait d’autre but en priant que de faire étalage d’une belle apparence religieuse (en contraste : v. 6), puis contre les « vaines redites » de ceux qui « parlent beaucoup » sans exposer au fond de réels besoins (en contraste : v. 8), le Seigneur les enseigne à prier : v. 9 à 15. « Vous donc, priez ainsi. »

 

1.3      Le « notre père » et son application aujourd’hui. Le Seigneur enseigne à prier.

1.3.1       Pas un rite

Sans doute, le Seigneur s’adressait alors à des disciples juifs auxquels Il présentait les principes du royaume des cieux qu’Il allait introduire. La prière qu’Il leur enseignait était en rapport avec le caractère du temps dans lequel ils se trouvaient et leur position devant Dieu. Le Saint Esprit n’était pas encore descendu sur la terre comme Personne divine, de sorte qu’ils ne pouvaient être exhortés à prier « par l’Esprit », comme nous le sommes aujourd’hui, et avaient besoin d’être instruits quant à la manière dont ils pouvaient s’adresser au Père avec intelligence. Bien que la récitation de cette prière — ce qui d’ailleurs deviendrait un rite — ne convienne pas au temps dans lequel nous sommes aujourd’hui (remarquons, à ce propos, que dans le Livre des Actes il n’est pas question une seule fois de l’usage de la « prière dominicale » et que les Épîtres n’en parlent pas non plus), nous pouvons cependant la considérer avec fruit et en retirer d’utiles enseignements. Elle nous instruit quant au caractère des demandes que nous avons à présenter, « par l’Esprit », à un Père qui « sait de quoi nous avons besoin, avant que nous le lui demandions ». Les principes qui y sont contenus sont applicables au jour actuel.

 

1.3.2       Les trois premières demandes ont trait à la gloire de Dieu

Dans nos prières, comme en toutes choses, c’est à nous que nous pensons en premier lieu. C’est humain, dira-t-on, et en effet c’est bien selon l’homme. Combien grand est l’égoïsme de nos cœurs naturels ! Et nous allons même souvent, en fait, jusqu’à dire à Dieu notre volonté au lieu de Lui demander ce qui est conforme à la sienne. Nous prenons Dieu comme le serviteur de nos propres désirs et considérons la prière comme le moyen de les Lui faire connaître. Est-ce trop dire ? N’en est-il pas véritablement ainsi parfois ? — Dans la prière que le Seigneur enseigne à ses disciples, c’est la gloire de Dieu qui est tout premièrement en vue et qui fait l’objet direct des premières demandes ; c’est elle que le fidèle doit désirer et rechercher avant tout, et cela dans tous les temps. Cette recherche n’a-t-elle pas été l’objet de l’Homme parfait dans ce monde, du commencement à la fin de son sentier ? (cf. Ps. 16:1 à 8). Dans l’évangile qui retrace la vie, toute à la gloire de Dieu, de Celui qui a été ici-bas le Fils de l’homme, nous lisons que le Seigneur a enseigné cette prière à ses disciples comme une réponse à la demande qu’ils avaient faite : « Seigneur, enseigne-nous à prier, comme aussi Jean l’a enseigné à ses disciples ». Pourquoi avaient-ils demandé cela ? Parce qu’ils avaient vu le Seigneur lui-même « en prière dans un certain lieu » (Luc 11:1). Nous pouvons en être assurés, l’objet essentiel de sa prière était la gloire de son Dieu, c’est aussi le premier objet de la prière enseignée par Lui aux disciples et ce devrait être le premier objet de celles que nous pouvons maintenant formuler « par l’Esprit ». L’Esprit de Dieu nous donnera des expressions en rapport avec le caractère du temps dans lequel nous sommes et les besoins du moment, mais l’objet de nos demandes sera le même que celui des requêtes enseignées par le Seigneur à ses disciples : la gloire de Dieu. Notre premier « besoin » devrait toujours être la gloire de Dieu, la gloire de Christ.

Les trois premières demandes ont directement trait à la gloire de Dieu, à ses intérêts ici-bas et à la reconnaissance de ses droits sur la terre.

 

1.3.3       Que ton nom soit sanctifié

« Que ton nom soit sanctifié » — ou, en d’autres termes : Que ton nom soit honoré. C’est dans le même sens qu’il est écrit : « Je serai sanctifié en ceux qui s’approchent de moi, et devant tout le peuple je serai glorifié» (Lév. 10:3), et encore : « Parce que vous ne m’avez pas cru, pour me sanctifier aux yeux des fils d’Israël, à cause de cela vous n’introduirez pas cette congrégation dans le pays que je leur donne » (Nomb. 20:12 — cf. Deut. 32:51). L’acte de Nadab et Abihu, présentant « devant l’Éternel un feu étranger », celui de Moïse et Aaron, s’adressant au peuple dans les termes rapportés en Nombres 20:10, Moïse frappant ensuite le rocher par deux fois, au lieu de lui parler, nous montrent combien nous sommes en danger de désobéir — souvent en croyant bien faire, mieux faire... — et par suite, de déshonorer le nom de notre Dieu et Père. En attendant les jours heureux du règne, durant lesquels son nom sera sanctifié, demandons à Dieu qu’Il nous accorde la grâce d’être de ceux qui l’honorent par une marche fidèle, dans la séparation de tout mal. Qu’ainsi, par les siens, déjà son nom soit sanctifié ! Telle est la prière que nous avons à présenter à Dieu avant toute autre ; son Esprit nous conduira en cela, nous faisant discerner les dangers, les besoins particuliers, actuels, qui peuvent être en relation avec cette demande générale. C’est la gloire de Dieu qui devrait toujours être notre préoccupation essentielle, le principe directeur de notre vie dans ce monde.

 

1.3.4       Que ton règne vienne

« Que ton règne vienne ». — Sans doute attendons-nous la venue du Seigneur pour l’enlèvement des saints, selon 1 Thessaloniciens 4:16, 17. Et d’autre part, le règne (il s’agit ici du royaume du Père, de la partie céleste du royaume — cf. Matt. 13:43) ne sera établi en puissance qu’après l’exécution des jugements qui suivront l’enlèvement de l’Église de Christ. De sorte qu’en nous arrêtant sur cette deuxième demande de la prière enseignée par le Seigneur à ses disciples, nous pensons surtout au moment où les choses muables disparaîtront pour faire place aux choses immuables qui, elles, demeurent. Cela doit donc nous amener à un vrai détachement de cœur de tout ce qui nous lie à ces choses muables et à « servir Dieu d’une manière qui lui soit agréable, avec révérence et avec crainte. Car aussi notre Dieu est un feu consumant » (Hébr. 12:26 à 29).

 

1.3.5       Que la volonté de Dieu soit faite

« Que ta volonté soit faite, comme dans le ciel, aussi sur la terre ». — Le règne établi, la volonté du Père sera faite non seulement dans la partie céleste du royaume mais aussi sur la terre, qui sera ainsi bénie sous le sceptre de Christ. Dans l’attente de ce jour que nous appelons de nos voeux, il nous appartient à nous, enfants de Dieu par pure grâce, de prendre une place de soumission à la volonté de Dieu notre Père. Pourrions-nous vraiment désirer que cette volonté soit obéie de tous plus tard, si nous y désobéissions maintenant ? Retenons les exhortations de 1 Pierre 1:2, 14, 22.

Ensuite, les quatre dernières demandes sont en rapport avec les besoins propres des disciples. Le premier objet de la prière : la gloire de Dieu ; le premier de nos besoins propres à présenter à Dieu : « Donne-nous aujourd’hui le pain qu’il nous faut », la nourriture, nourriture de nos âmes tout autant que nourriture de nos corps. « Que mangerons-nous ? ou que boirons-nous ? ou de quoi serons-nous vêtus ? », tels sont nos soucis ; mais, dit le Seigneur : « votre Père céleste sait que vous avez besoin de toutes ces choses ». Il est prêt à répondre à tous nos besoins matériels, désirant que nous pensions d’abord à notre âme, alors que nous faisons généralement le contraire. « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice » implique une vie spirituelle nourrie de Christ (cf. Matt. 6:31 à 34). La Parole est la nourriture de l’âme et, dans cette Parole vivante, il y a « le pain qu’il nous faut aujourd’hui », une nourriture appropriée pour chaque jour, en rapport avec notre état et nos besoins. La manne de la veille n’eût pas convenu, il fallait celle que l’Éternel envoyait « chaque matin » pour la nourriture de son peuple. Quelle expression de notre dépendance de Dieu pour la nourriture de notre âme nous avons dans cette demande : « Donne-nous aujourd’hui le pain qu’il nous faut » ! Si nous ne savons pas discerner nos vrais besoins, surtout nos besoins spirituels, comment saurions-nous ce qui peut y répondre ? Mais « notre Père sait de quoi nous avons besoin, avant que nous le lui demandions » et seul Il peut nous donner chaque jour « le pain qu’il nous faut ». Si nous en avions davantage conscience, nous saurions mieux demander jour après jour : « Donne-nous aujourd’hui le pain qu’il nous faut » et Celui qui jamais ne déçoit l’attente de la foi nous donnerait, chaque jour, la nourriture dont nous avons besoin. Verrait-on alors tant de vies spirituelles qui dépérissent faute de recevoir l’aliment nécessaire, ou parce que le croyant, et c’est encore plus grave, ne prenant pas « chaque jour le pain qu’il faut », prend au contraire tant de nourriture qu’il ne faudrait pas ?

 

1.3.6       Pardon

« Remets-nous nos dettes, comme nous aussi nous remettons à nos débiteurs ». — Cette demande est en rapport avec le gouvernement de Dieu dans la vie présente. Il s’agit du pardon gouvernemental (cf. v. 14, 15) et non du pardon des péchés qui assure le salut éternel de l’âme ; car, en effet, il n’est pas possible que Dieu fasse dépendre le pardon de quelqu’un pour le salut de son âme du pardon qu’il accorde aux autres. Pour présenter cette requête, il faut une réelle droiture de cœur, le pardon étant exercé selon la nature et la mesure que nous donnent Éphésiens 4:32 et Colossiens 3:13. N’oublions pas que c’est de la mesure dont nous mesurerons qu’il nous sera aussi mesuré (Marc 4:24).

 

1.3.7       Entrer en tentation

« Ne nous induis pas en tentation ». — En d’autres termes, car « Dieu ne tente personne » (cf. Jacques 1:13 à 15) : ne permets pas que nous soyons placés dans des circonstances où nous succomberions à la tentation. C’est l’expression du sentiment de notre faiblesse qui nous conduit à fuir le danger. « Veillez et priez », disait le Seigneur aux disciples, « afin que vous n’entriez pas en tentation ; l’esprit est prompt, mais la chair est faible ». Tel est le secret pour ne pas « entrer en tentation » : veiller et prier. Combien Pierre avait été prompt à déclarer : « Quand même il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai point » ! Ensuite, il ne sait ni veiller ni prier et, mis à l’épreuve, il fait l’expérience que « la chair est faible » : il succombe, reniant son Maître (Matt. 26:41, 33 à 35, 69 à 75). — Se défier de soi-même, apprendre pratiquement qu’en notre chair « il n’habite point de bien » (Rom. 7:18), qu’il n’y a aucune force en nous pour résister à la tentation, nous conduira à veiller et à prier. Par l’Esprit, nous présenterons à Dieu les demandes appropriées aux circonstances et aux besoins du moment, afin que nous ne soyons pas «         induits en tentation ».

 

1.3.8       Connaître et juger le mal

« Délivre-nous du mal ». — La Parole montre le mal tel qu’il est, afin que nous l’ayons « en horreur » (Rom. 12:9). Le mal est en nous, dans notre nature pécheresse, et il est tout autour de nous dans ce monde. Il porte atteinte à la gloire de Dieu et à l’honneur de son Nom, c’est surtout en cela que réside son caractère de gravité. Nous ne connaissons et ne jugeons réellement le mal qui est en nous que lorsque nous sommes en la présence de Dieu, et nous ne pouvons nous occuper du mal qui est autour de nous que si nous en sommes nous-mêmes séparés : Lot était sans force contre le mal, bien qu’« accablé par la conduite débauchée de ces hommes pervers » et « tourmentant de jour en jour son âme juste à cause de leurs actions iniques » (2 Pierre 2:7 à 9) ; tandis qu’Abraham, occupé du bien, jouissant de la présence de l’Éternel, pouvait intercéder pour les villes sur lesquelles allait fondre le jugement (Genèse 18).

 

1.3.9       Avoir les sens exercés à discerner le bien et le mal. Absence de discernement

C’est en étant occupé du bien que le croyant est délivré du mal et, pour être occupé du bien, il est nécessaire qu’il vive habituellement dans la présence de Dieu, se nourrissant de Christ, puisant dans la Parole les enseignements dont il a besoin pour marcher fidèlement dans un monde dont Satan est le chef et qui gît tout entier « dans le méchant » (Jean 14:30 ; 1 Jean 5:19). Comme nous savons peu réaliser ces choses ! Si même nous connaissons les enseignements des Écritures, nous ne les mettons pas toujours en pratique car la Parole n’a pas, d’une manière générale, l’autorité qu’elle devrait avoir sur nos cœurs et sur nos consciences. Bien souvent d’ailleurs ses enseignements ne sont pas connus, parce que nous lisons trop peu les Écritures en vue d’y chercher les instructions nécessaires pour la marche ; aussi, « devenus paresseux à écouter », nous avons souvent besoin que l’on nous « enseigne quels sont les premiers rudiments des oracles de Dieu » et, « inexpérimentés dans la parole de la justice », nous ne pouvons prendre que du « lait » et non « la nourriture solide » qui n’est que « pour les homme faits, qui, par le fait de l’habitude, ont les sens exercés à discerner le bien et le mal » (Hébr. 5:12 à 14). Triste état que celui caractérisé par cette absence de discernement du bien et du mal ! Il arrive alors que l’on fasse le mal inconsciemment, croyant même généralement faire le bien. « Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, qui mettent les ténèbres pour la lumière, et la lumière pour les ténèbres... » (Ésaïe 5:20) ; sans doute y a-t-il là des degrés de responsabilité mais, quoi qu’il en soit, c’est à ceux-là que s’adresse l’injonction du prophète, présentant « la parole de l’Éternel » : « Lavez-vous, purifiez-vous ; ôtez de devant mes yeux le mal de vos actions ; cessez de mal faire, apprenez à bien faire » (Ésaïe 1:16).

Cette absence de discernement qui conduit à considérer comme normal ce qui ne l’est pas, comme bien ce qui est mal, est la marque d’un bas niveau spirituel. C’est ce niveau qu’il convient de relever et pour cela, Christ doit être présenté à l’âme comme la nourriture dont elle a besoin, de manière à ce que la vie divine en nous se développe pour notre affermissement et notre accroissement spirituel ; alors, les affections pour Christ étant réchauffées, la conscience sera atteinte et amenée dans la lumière de Dieu, le croyant pourra voir les choses comme Dieu les voit, rejeter le mal et choisir le bien, cesser de mal faire et apprendre à bien faire. L’on entend dire fréquemment : en toute conscience, je ne vois pas le mal qu’il y a à faire telle chose ; et effectivement, l’expression est juste : pour « voir », il faut être dans la lumière, là seulement nous pouvons juger des choses comme Dieu en juge, porter sur elles la même appréciation morale. Il faut que la conscience soit éclairée par la Parole qui seule peut lui montrer ce qui est bien et ce qui est mal, aux yeux de Dieu. Si un croyant néglige la Parole, sa conscience n’est plus dans la lumière et il ne peut avoir « les sens exercés à discerner le bien et le mal ». Puissions-nous mieux discerner le mal et demander à Dieu qu’Il nous en délivre en nous occupant et nous nourrissant du bien !

Il est à remarquer que la première demande de la prière : « Que ton nom soit sanctifié », et la dernière : « Délivre-nous du mal » ont trait toutes deux à la séparation pratique du mal, ce qui est en rapport avec la gloire de Dieu étant présenté tout d’abord — « Que ton nom...», — ce qui nous concerne, ensuite — « Délivre-nous ... ». La séparation du mal doit être réalisée d’abord pour la gloire de Dieu, pour la bénédiction et la joie de nos âmes ensuite.

 

1.3.10    Avoir un esprit de prière

Dieu veuille développer en nous un esprit de prière ! La Parole nous exhorte à prier, à prier sans cesse, et nous dit comment nous avons à le faire. Soyons attentifs à ses enseignements, exercés quant aux demandes que nous avons à présenter, afin que, « priant par le Saint Esprit », nous laissant conduire par lui pour discerner les besoins de tous les temps et les besoins du moment, nous sachions demander, avec une entière liberté mais aussi une sainte crainte, ce qui convient et pour la gloire de Dieu, en tout premier lieu, et pour la bénédiction des siens ! Soyons ainsi conduits à vivre une vie de piété, « dans le secret » d’une vraie communion avec Dieu, afin que toute notre activité extérieure en porte le cachet.

 

 

2        Sept enseignements de Jacques sur la prière

Titre original : « Enseignements de l’apôtre de Jacques au sujet de la prière »

ME 1959 p. 141

 

L’Épître de Jacques met en relief la responsabilité de tous ceux qui font profession de christianisme. Quiconque a la vie de Dieu doit, par ses œuvres, en rendre témoignage devant le monde, montrant ainsi la réalité de sa foi ; par ailleurs, toute sa marche extérieure doit être le reflet de sa vie intérieure. En d’autres termes : d’une part, la vie de Christ que possède le croyant doit être vue dans l’accomplissement d’œuvres de foi ; d’autre part, la profession extérieure doit correspondre à une vie intérieure, faute de quoi elle ne serait qu’une hypocrite apparence, susceptible de tromper les hommes mais non Celui qui connaît l’état des cœurs. Cela juge bien entendu le chrétien qui n’a qu’une simple profession extérieure de christianisme mais aussi, ne le perdons pas de vue, le vrai croyant quand son comportement extérieur va bien au delà de ce qu’il connaît et réalise dans son cœur.

Cette Épître insistant de manière si particulière sur le côté pratique de la vie chrétienne, il est certainement instructif et édifiant pour nos âmes d’y chercher ce qu’elle nous enseigne au sujet de la prière. D’une part, en effet, la prière traduit les besoins et les aspirations de « l’homme intérieur », elle fait partie intégrante de la vie intérieure du croyant ; d’autre part, il n’est pas possible de vivre une vie à la gloire de Dieu, dans tous les détails de la marche ici-bas, sans le secours d’en-haut réclamé par la prière.

Puisse la méditation de ce sujet produire en nous des effets pratiques et nous conduire à être, beaucoup plus que nous ne le sommes, des hommes de prière ! Quel bien il en résulterait dans nos vies individuelles et dans la vie des assemblées !

 

2.1      Vous n’avez pas, parce que vous ne demandez pas. (4:2)

Dieu, dans sa grâce, nous accorde tant de bienfaits, matériels et spirituels, qu’ils vont bien au delà de ce que nous demandons et peut-être même que bien souvent nous ne demandons pas. Que cela ne nous fasse pas perdre de vue le côté de notre responsabilité ! Dieu désire que nous soyons exercés quant à nos besoins et que nous les Lui exposions, manifestant ainsi notre dépendance de Lui et notre confiance en Lui. Il voudrait que nous ayons faim et soif de bénédictions spirituelles, des vraies richesses qu’Il est prêt à nous dispenser. Si nous ne sentons pas le besoin d’être spirituellement enrichis et comblés, Dieu peut arrêter, ou au moins limiter la pluie de bénédictions qu’Il aimerait répandre sur nous : « Vous n’avez pas, parce que vous ne demandez pas ».

Peut être manquons-nous de pasteurs et de docteurs, d’hommes « fidèles qui soient capables d’instruire aussi les autres » (2 Tim. 2:2), d’évangélistes dévoués, annonçant l’évangile en toute pureté et avec les seuls moyens que Dieu puisse approuver. Peut-être les réunions sont-elles languissantes, sans beaucoup de vie et de fraîcheur ; peut-être est-ce parce qu’il y manque la liberté ou la dépendance de l’Esprit. Peut-être encore le rassemblement est-il abandonné trop souvent par un trop grand nombre, les réunions de prières sur tout, alors qu’elles devraient être les plus fidèlement suivies (si tant est que l’on puisse faire, à cet égard, une distinction entre les différentes réunions d’assemblée). Il est possible aussi que la séparation soit mal réalisée, parce que mal comprise par certains, et que cela nuise à la communion des saints et à leur témoignage. Mais nous n’en finirions pas d’énumérer tout ce que « nous n’avons pas » soit dans l’assemblée, soit dans nos maisons, soit pour ce qui nous concerne chacun individuellement ! Posons-nous la question : n’est-ce pas bien souvent parce que nous ne le demandons pas ? Dieu veuille nous exercer à cet égard, nous accordant de désirer avec ardeur les bénédictions spirituelles dont Il se plaît à combler ceux qui en ont soif et savent rechercher avec diligence ce qu’ils ont demandé. Qu’Il nous donne avant tout de demeurer dans un état spirituel et moral tel qu’Il puisse nous bénir richement ! Il y a peut-être aussi tant de choses qui nous font défaut pour que nous nous trouvions dans cet état et que nous n’avons pas parce que nous ne les demandons pas.

 

2.2      Quand il n’est pas répondu à la prière (4:3)

Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, afin de le dépenser pour vos voluptés. (4:3)

Si nous sommes en général peu zélés pour demander à Dieu des biens spirituels, nous le sommes par contre beaucoup plus pour le prier de nous accorder ce qui plaît à notre cœur naturel, mais qu’Il ne nous donne pas parce qu’Il sait que ce ne serait pas pour notre bien. Nous demandons et nous ne recevons pas. Il s’agit là de la prière qui n’est ni le fruit de la communion avec Dieu ni l’expression de la dépendance de Lui. Quel contraste avec celle qui peut être faite au nom du Seigneur en comptant sur ses promesses : « En vérité, en vérité, je vous dis, que toutes les choses que vous demanderez au Père en mon nom, il vous les donnera. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit accomplie » (Jean 16:23, 24). « Demandant mal », nous attendons cependant parfois l’exaucement parce que nous avons terminé notre prière à Dieu en disant : C’est au nom du Seigneur que nous te le demandons ». S’il ne s’agit que de l’usage d’une formule employée dans la pensée qu’elle nous assurera ce que désire notre cœur, nous n’avons pas prié en fait « au nom du Seigneur » et « nous ne recevrons pas ». Et pourtant la promesse est là : « toutes les choses que vous demanderez ». Mais dans cette expression ne peuvent être comprises que celles que le Seigneur sait bonnes et utiles pour nous et que par conséquent nous pouvons vraiment demander en son nom. Demander au nom du Seigneur, c’est demander ce qui est selon la volonté de Dieu car le Seigneur n’a jamais désiré autre chose. Alors seulement nous pouvons avoir l’assurance de l’exaucement. « Et c’est ici la confiance que nous avons en lui, que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute ; et si nous savons qu’il nous écoute, quoi que ce soit que nous demandions, nous savons que nous avons les choses que nous lui avons demandées » (1 Jean 5:14, 15). Tandis que « nous ne recevrons pas » si nous « demandons mal ».

 

2.3      Manque de sagesse. Demander sans douter

« Et si quelqu’un de vous manque de sagesse, qu’il demande à Dieu, qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches, et il lui sera donné ; mais qu’il demande avec foi, ne doutant nullement... (1, 5, 6).

 

Le verset 3 de ce chapitre nous parle de l’épreuve de la foi. Elle produit la patience et la patience doit avoir « son œuvre parfaite », afin que nous soyons « parfaits et accomplis » — c’est-à-dire n’ayant aucune volonté propre, entièrement soumis à celle du Seigneur — et « ne manquant de rien ». Si nous manquons de sagesse pour marcher ainsi, nous sommes exhortés à la demander à Dieu. Il veut nous l’accorder, cela nous est assuré. En douterions-nous ? Ce serait douter de Lui- même, de sa parole !

Pour toute notre vie pratique, notre marche dans ce monde, la sagesse d’en-haut nous est nécessaire afin que nous puissions « marcher comme lui a marché » (1 Jean 2:6) ; Lui, notre parfait Modèle, pouvait dire en vérité : « Je ne puis rien faire, moi, de moi-même ; ... car je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jean 5:30). Le croyant est exhorté à suivre le Seigneur dans ce sentier, il est responsable, « par une bonne conduite », de « montrer ses œuvres avec la douceur de la sagesse » (Jacques 3:13 — voir également le verset 17). Éphésiens 5:15 nous dit encore : « Prenez donc garde à marcher soigneusement, non pas comme étant dépourvus de sagesse, mais comme étant sages ». — Combien nous avons à demander à Dieu qu’Il nous donne toute la sagesse nécessaire pour marcher ici-bas d’une manière digne du Seigneur ! Le faisons-nous avec assez de persévérance, avec assez de confiance ? Il convient en effet, nous dit l’apôtre Jacques, de « demander avec foi, ne doutant nullement ». La prière doit être l’expression de notre dépendance de Dieu mais aussi d’une entière confiance en Lui, la confiance de la foi. Celui qui n’a qu’une simple profession chrétienne, « cet homme-là » de Jacques 1:7, ne peut être exaucé car il n’y a pas chez lui — et il ne peut y avoir — la confiance de la foi. Mais ce qui est dit dans ce passage n’est pas seulement pour les chrétiens de profession, n’ayant pas la vie de Dieu, il y a un enseignement pour nous croyants. Cela doit nous amener à nous poser cette question : ne ressemblons-nous pas parfois à « cet homme-là » ? N’y a-t-il pas des doutes dans nos cœurs au lieu de l’assurance que Dieu répond toujours à la prière de la foi ?

Et les doutes que nous éprouvons quant à ce que Dieu peut accomplir ne nous conduisent-ils pas à une sorte de résignation à une vie chrétienne pauvre, étiolée et pratiquement stérile, ou à des prières sans grande conviction, « vaines redites » peut-être ? Nous ne pensons pas que Dieu exaucera nos demandes, encore moins qu’Il peut même « faire infiniment plus que tout ce que nous demandons ou pensons, selon la puissance qui opère en nous » (Éph. 3:20). Si nous avions plus de foi, ne verrions-nous pas de merveilleux déploiements de la puissance de Dieu opérant en nous, nous communiquant cette sagesse qui nous manque en tant de circonstances et qui nous conduirait à mettre de côté notre volonté propre pour faire celle de notre Dieu et Père ?

Ces doutes, qui les sème dans nos cœurs si ce n’est l’ennemi, celui qui revient sans cesse avec le « Quoi, Dieu a dit ? » de Genèse 3:1 ? C’est seulement en « prenant le bouclier de la foi » que « nous pourrons éteindre tous les dards enflammés du méchant » (Éph. 6:16).

 

2.4      Quelqu’un parmi vous est-il maltraité, qu’il prie (5:13)

Telle est la grande ressource du croyant dans les tribulations qu’il peut avoir à traverser ; nombre de passages des Écritures sont là pour nous le rappeler, Romains 12:12 et Philippiens 4:6, 7 parmi tant d’autres. Et si c’est « en faisant le bien » que le fidèle est appelé à souffrir, « cela est digne de louanges devant Dieu », « car aussi Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces » (1 Pierre 2:20, 21).

Maltraité, le croyant est parfois conduit à murmurer, peut-être même, au mépris de l’enseignement de Romains 12:17 à 21, cherche-t-il à se venger de celui dont il a eu à souffrir. C’est ce à quoi incitent les pensées du cœur naturel. La vie divine en nous doit se manifester de façon tout à fait différente : « qu’il prie ». Et les sujets de prière ne manquent pas pour celui qui est maltraité : prier pour avoir la force, la patience de supporter jusqu’au bout, sans plaintes ni désir de vengeance — pour être rendu capable de glorifier Dieu dans l’épreuve, en manifestant quelques caractères de Christ, Celui qui « lorsqu’on l’outrageait, ne rendait pas d’outrage, quand il souffrait, ne menaçait pas, mais se remettait à celui qui juge justement » (1 Pierre 2:23). N’a-t-Il pas, Lui, prié pour ses bourreaux ? (Luc 23:34). Étienne, imitateur du parfait Modèle, ne l’a-t-il pas fait également pour ceux qui le lapidaient ? (Actes 7:60). Et l’apôtre Paul, imitateur de Christ lui aussi, n’écrit-il pas à Timothée : « Dans ma première défense, personne n’a été avec moi, mais tous m’ont abandonné : que cela ne leur soit pas imputé » ? (2 Tim. 4:16).

 

2.5      Maladie et guérison

« Quelqu’un parmi vous est-il malade, qu’il appelle les anciens de l’assemblée, et qu’ils prient pour lui en l’oignant d’huile au nom du Seigneur ; et la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera ; et s’il a commis des péchés, il lui sera pardonné » (5:14, 15).

Remarquons tout d’abord que ces deux versets, dont on veut se servir pour justifier le recours à maints guérisseurs, n’autorisent en aucune manière leur activité, pas plus qu’ils n’autorisent un malade à aller les trouver ou à les appeler. Que nous enseignent-ils ?

« Qu’il appelle les anciens de l’assemblée ». Il s’agit donc d’un malade qui connaît l’Assemblée de Dieu et ce qui en est l’expression dans la localité où il se trouve. C’est vers l’assemblée qu’il doit se tourner et ce sont « les anciens de l’assemblée » qu’il fait appeler. Aujourd’hui, il n’y a plus d’anciens établis parce que l’autorité apostolique n’est plus, qui seule pouvait les investir de cette charge (cf. Actes 14:23). Il est vrai qu’il y a cependant des frères auxquels le Seigneur a mis à cœur de remplir ce service dans les assemblées ; 1 Timothée 3:1 à 7 et Tite 1:6 à 9 sont les deux principaux passages qui nous donnent les caractères qu’ils doivent manifester afin d’être qualifiés pour cela. Bien que n’étant pas établis officiellement dans la charge, de tels frères sont pourtant reconnus comme anciens, ainsi que nous y exhorte 1 Thessaloniciens 5:12, 13. C’est donc à eux qu’il conviendrait de faire appel. Mais s’ils acceptent d’aller, ne serait-ce pas, de leur part, se reconnaître eux-mêmes comme « les anciens de l’assemblée » et peut-être une telle assurance serait-elle la preuve qu’ils n’en présentent pas tous les caractères ? De telle sorte que, nous le pensons tout au moins, l’état actuel du témoignage ne permet guère à « quelqu’un parmi vous qui est malade » d’user de la ressource indiquée dans ces deux versets. En considérant le verset suivant nous trouverons, semble-t-il, la confirmation de cette pensée, en même temps que l’indication du secours auquel un malade peut faire appel en tous temps.

Que devaient faire « les anciens de l’assemblée » appelés par un malade ? Prier pour lui, l’oindre d’huile au nom du Seigneur. Cette onction d’huile a troublé beaucoup de chrétiens. Elle se rattache sans aucun doute aux ordonnances lévitiques ; il ne faut pas perdre de vue à cet égard que l’Épitre de Jacques est adressée « aux douze tribus qui sont dans la dispersion » (1:1). Plusieurs de ceux auxquels écrivait l’apôtre, bien que possédant la vie de Dieu, étaient encore liés au système juif. Et cela aussi nous permet de penser que les versets 14 et 15 n’ont eu qu’une application limitée aux temps apostoliques durant lesquels il y avait encore, d’une part, des anciens officiellement établis et, d’autre part, des croyants demeurant attachés aux ordonnances mosaïques. Ce qui était important, c’était que l’onction d’huile fût faite « au nom du Seigneur », et que la prière fût « la prière de la foi ». Cela impliquait, de la part des anciens appelés, une jouissance de la communion avec Dieu, une spiritualité leur permettant de discerner en présence de quel cas ils se trouvaient.

La maladie pouvait être — et peut toujours être — un acte du gouvernement de Dieu, châtiment envoyé par Lui à la suite d’un péché commis et non confessé, ou encore discipline nécessaire pour amener celui qui en est l’objet à connaître quelque chose du but indiqué en Hébreux 12:10. Si les anciens, ayant la pensée de Dieu, jugeaient que le résultat de l’épreuve était atteint, ils pouvaient alors demander « avec foi », selon 1 Jean 5:14, 15 et « au nom du Seigneur », selon Jean 16:23, 24, la guérison du malade. Si des péchés avaient été commis — il ne s’agit pas, bien entendu, de péchés dont le caractère et la gravité eussent nécessité l’exclusion du coupable selon les enseignements de 1 Corinthiens 5 — ils étaient pardonnés, la discipline prenant fin. La prière des anciens de l’assemblée, dans un cas de ce genre, n’était pas celle-ci : « Seigneur, si tu le trouves bon, si telle est ta volonté, guéris ce malade » ; ils pouvaient, sans aucune réserve, demander la guérison car ils avaient la connaissance de la pensée de Dieu et savaient ainsi qu’Il pouvait et voulait guérir. Et cela nous conduit à poser la question : y a-t-il aujourd’hui des frères prêts à répondre à l’appel d’un malade dans une circonstance semblable ?

Et l’activité des guérisseurs modernes s’exerce-t-elle dans des conditions conformes à l’enseignement de ces deux versets ? Il est bien clair que non. — Demander la guérison d’un malade est d’ailleurs toujours chose extrêmement délicate, si même c’est toujours ce que notre cœur peut désirer. La maladie n’est pas seulement une des conséquences du péché, atteignant à ce titre tous les hommes indistinctement, elle est aussi un moyen dont Dieu se sert pour opérer un travail dans l’âme. Elle sera employée par Lui pour arrêter un incrédule sur un chemin de perdition et l’amener à la connaissance de Jésus comme Sauveur ; elle fait partie de la discipline à laquelle sont soumis tous les enfants de Dieu. Demander une guérison, chercher à l’obtenir quand même, et qui sait par quels moyens, lorsque Dieu ne l’envoie pas, n’est-ce pas en fait mettre de côté la volonté de Dieu et n’agir que suivant la sienne propre ? Est-ce là la sagesse ? C’est s’opposer au travail que Dieu voudrait opérer dans une âme, l’entraver en tout cas. L’apôtre a-t-il guéri Épaphrodite « malade, fort près de la mort » ? Le cas était grave cependant et, d’autre part, quelle ardente affection avait Paul pour celui qu’il appelle « mon frère, mon compagnon d’œuvre et mon compagnon d’armes » ! Mais il place toutes choses entre les mains de Dieu, attendant la délivrance de Lui seul (Phil. 2:25 à 27). N’a-t-il pas « laissé Trophime malade à Milet » ? (2 Tim. 4:20). Et alors que son cher enfant Timothée avait de « fréquentes indispositions » (1 Tim. 5:23), il se borne à lui donner un conseil mais n’exerce pas sa puissance en guérison, puissance qu’il avait cependant reçue de Dieu (voir par exemple : Actes 19:11, 12 et 28:8, 9). Nous pouvons être émus de compassion en voyant la souffrance chez d’autres, nous pouvons désirer ne pas souffrir nous-mêmes, car nous n’aimons ni souffrir ni voir souffrir, mais sachons regarder en-haut, demandant à Dieu ce qu’Il veut nous enseigner par le moyen des circonstances qu’Il permet, au lieu d’essayer de les forcer pour en changer le cours.

Et que dire du trouble que l’on provoque dans l’âme de plusieurs en les assurant qu’ils ne devraient pas être malades et que, s’ils le sont, c’est parce qu’ils manquent de foi, de piété, de zèle pour servir Dieu ? Il est bien difficile, dans la plupart des cas, de savoir pourquoi Dieu permet, ou envoie, telle ou telle maladie. Puissions-nous être gardés de mettre quelque obstacle que ce soit à l’accomplissement du travail qu’Il veut produire dans l’âme ! (voir Job 33:16 à 30).

 

2.6      Confession et prière mutuelle

« Confessez donc vos fautes l’un à l’autre, et priez l’un pour l’autre, en sorte que vous soyez guéris : la fervente supplication du juste peut beaucoup » (5:16).

 

Que l’appel aux « anciens de. l’assemblée » n’ait été possible que dans les premiers temps de l’histoire de l’Église nous semble confirmé par l’enseignement du verset 16, faisant suite à celui des deux versets précédents. Il n’y a plus aujourd’hui d’anciens officiellement établis, mais Dieu a donné une ressource qui demeure : la confession des fautes, non pas à un ancien, mais « l’un à l’autre ». Ce n’est plus ici la prière des anciens de l’assemblée mais : « priez l’un pour l’autre ». Sans doute la ressource du verset 16 avait-elle sa place même lorsqu’était possible le recours aux « anciens de l’assemblée », et elle demeure, seule des deux semble-t-il, pour le temps actuel. Savons-nous en user ?

Que de croyants gémissent parfois sous le poids d’une faute non confessée ! Leur conscience est mal à l’aise et peut-être aussi ont-ils, de ce fait, à souffrir dans leur corps ? S’il s’agit d’un manquement envers Dieu ou à l’égard d’une autre personne, la confession à Dieu, selon 1 Jean 1:9, est toujours nécessaire et le pardon est assuré à celui qui le fait ; mais ne convient-il pas aussi d’aller, avec humilité et droiture, vers celui auquel il faut également confesser sa faute ? Et s’il s’agit d’un manquement qui n’est pas spécialement à l’égard de quelqu’un, celui qui l’a commis peut alors se confier à un frère pieux et sage, discret, lui confessant sa faute, lui ouvrant son cœur, soulageant sa conscience. Cette confession ouvre la voie à la prière, à laquelle Dieu répondra par la guérison s’Il avait envoyé la maladie comme discipline envers le coupable.

 

2.7      Exemple d’Élie

« Élie était un homme ayant les mêmes passions que nous, et il pria avec instance qu’il ne plût pas, et il ne tomba pas de pluie sur la terre durant trois ans et six mois ; et il pria de nouveau, et le ciel donna de la pluie, et la terre produisit son fruit » (5:17, 18).

 

Les trois enseignements qui nous sont donnés dans le chapitre 4 (v. 2 et 3) et dans le premier chapitre (v. 5 et 6) se rattachent plutôt aux exercices de l’âme, à la vie intérieure du croyant ; les trois autres (5:13, 14 et 15, 16) aux circonstances pratiques de la vie chrétienne. L’exemple d’Élie est présenté en septième lieu afin d’illustrer la plupart de ces enseignements, pour nous les montrer dans la vie d’un « homme ayant les mêmes passions que nous ».

Certes, Élie n’était pas de ceux qui « n’ont pas » parce « ne demandent pas » ou de ceux qui « demandent et ne reçoivent pas » parce qu’ils « demandent mal ». Il n’était pas non plus de ceux qui doutent de la puissance et de l’amour de Dieu ; tout au contraire, il « demande avec foi, ne doutant nullement ». Sa prière est bien « la prière de la foi » pour la guérison du peuple malade et le pardon de ses péchés ; elle est la « fervente supplication du juste ». Sans doute demanda-t-il « avec instance qu’il ne plût pas », que la bénédiction fût retenue, mais s’il le fit c’est parce qu’il avait l’intelligence des pensées de Dieu, fruit de sa communion avec Lui. Il pouvait dire en vérité : « L’Éternel, le Dieu d’Israël, devant qui je me tiens » (1 Rois 17:1), de sorte que ce qu’il demande est en plein accord avec ce que Dieu veut faire ; il est donc assuré de l’exaucement. Élie n’a en vue que la gloire de l’Éternel et il aime le peuple d’un amour vrai, qui recherche son bien et sa prospérité ; il a une pleine confiance dans le Dieu auquel il s’adresse et auquel il demande ce qui est « selon sa volonté » (cf. 1 Jean 5:14, 15), de sorte qu’à sa prière, « il ne tomba pas de pluie » et, à sa prière encore, « le ciel donna de la pluie » (cf. le « sinon à ma parole » de 1 Rois 17:1). Puissions-nous l’imiter dans une intelligente, fervente et persévérante intercession en faveur du peuple de Dieu !

Que par ces enseignements, par cet exemple, nous soyons encouragés à la prière, à la « prière de la foi » ; qu’ainsi notre vie intérieure soit nourrie et enrichie et que notre marche extérieure en soit le vivant témoignage public !

 

 

3         Réunions de prières. Enseignements tirés d’Actes 4

ME 1968 p.260

3.1      Une interdiction de parler et enseigner au nom de Jésus

La puissance divine se trouve manifestée, par le moyen de Pierre et Jean, dans la miraculeuse guérison d’un homme boiteux dès le ventre de sa mère. Cette délivrance, opérée « au nom de Jésus Christ le Nazaréen », soulève l’opposition des chefs du peuple, des anciens et des scribes, avec le souverain sacrificateur à leur tête ; certes, ils ont devant eux, suffisant selon la loi, un double témoignage — d’une part, l’homme guéri et d’autre part, le discours prononcé par Pierre (Act. 4:8 à 12) — et, effectivement, « ils n’avaient rien à opposer » (ib. 14), mais, s’ils conviennent qu’un « miracle notoire » a été accompli par le moyen des apôtres, un miracle qu’ils ne peuvent nier, ils veulent cependant que « cela ne soit pas répandu davantage parmi le peuple » et enjoignent donc aux apôtres « de ne plus parler ni enseigner, en aucune manière, au nom de Jésus ». Pierre et Jean ne peuvent accepter d’obéir à un tel ordre : « Nous ne pouvons pas », disent-ils, « ne pas parler des choses que nous avons vues et entendues » (ib. 16 à 20). Malgré cela, parce qu’ils craignaient de s’aliéner le peuple, les chefs les relâchent, non sans les avoir menacés.

 

3.2      Réunion de prière immédiate

Pierre et Jean vont-ils sur le champ continuer à rendre leur fidèle témoignage parmi les Juifs ? Non. En premier lieu, c’est vers « les leurs » qu’ils se dirigent : ils ne considèrent pas leur service comme leur affaire propre, ils ont à cœur de le poursuivre dans le sentiment de leur responsabilité personnelle devant Dieu sans doute, mais aussi avec la communion de l’assemblée et le secours de ses prières. Comme il est à désirer que le service soit toujours rempli dans un tel esprit ! Sans jamais oublier sa propre responsabilité, placer devant les frères, devant l’assemblée même dans certains cas, les circonstances rencontrées, les difficultés éprouvées et en faire, ensemble, un sujet de prières, c’est bien ce que nous devrions réaliser dans le service du Seigneur.

Après que les apôtres ont rapporté « tout ce que les principaux sacrificateurs et les anciens leur avaient dit », il n’est pas question de savoir s’il est opportun ou non d’« avoir une réunion de prières », la prière de l’assemblée monte, immédiate : Et l’ayant entendu,« ils élevèrent d’un commun accord leur voix à Dieu ». Plusieurs se trouvaient là réunis, mais c’est une seule voix qui s’adresse à Dieu. Celui qui prie est la bouche de l’assemblée, ce qu’il exprime c’est ce qui remplit tous les cœurs. Le « commun accord » pleinement réalisé, la prière prononcée est celle de l’assemblée et non celle d’un frère.

 

3.3      Commun accord

Dans la circonstance qui nous est rapportée, il y avait sans doute un besoin précis et connu de tous avant que la prière ne soit formulée. Lorsqu’il en est ainsi, le « commun accord » est certainement plus facilement réalisé, mais ne devrait-il pas l’être aussi dans toutes les réunions de prières, qu’elles aient ou non un objet précis et préalablement connu de tous ? Pourquoi n’est-ce pas toujours le cas ?

Nous venons à la réunion de prières ayant été occupés de différents besoins et ayant à cœur de les exposer à Dieu. C’est une très bonne chose, mais est-ce suffisant ? Et est-il bien certain que tel besoin doive être présenté dans la réunion de prières de l’assemblée ? Peut-être serait-il mieux, pour une raison ou pour une autre, qu’il fasse l’objet de prières individuelles ? Ajoutons, d’autre part, qu’il peut fort bien arriver que des frères n’ouvrant jamais la bouche dans l’assemblée, ou encore les sœurs qui doivent y garder le silence, viennent à la réunion de prières sans avoir été occupés de besoins particuliers mais simplement pour entendre les prières qui y seront exprimées, avec sans doute le désir de s’y associer. Cela dénote une certaine incompréhension de ce qu’est la réunion de prières de l’assemblée.

 

3.4      Préparation de la réunion de prière

Comme toute réunion d’ailleurs, la réunion de prières « se prépare » et chaque frère, comme aussi chaque sœur, est responsable de cette « préparation » — préparation qui nécessite intérêt pour l’assemblée, pour tous les saints comme aussi pour l’œuvre de l’évangélisation, exercice individuel et prières individuelles, tout cela réalisé dans la dépendance et sous la direction du Saint Esprit. S’il en est ainsi, le Saint Esprit orientera les pensées et les cœurs vers les circonstances, les difficultés, les besoins qui doivent être placés devant Dieu par l’assemblée réunie. Il y aura alors un « commun accord » au sujet des requêtes à présenter et sur tout ce qu’il convient de demander à Dieu. Ce « commun accord » ne résulte donc pas d’une sorte d’entente préalable faisant suite à des entretiens fraternels — bien qu’ils puissent être utiles, nécessaires parfois, en relation avec certaines circonstances — mais essentiellement de l’action de l’Esprit dans les cœurs. Le même Esprit agissant dans le cœur de chaque frère et de chaque sœur produira une unité de pensées, de sorte que « la communion du Saint Esprit » sera vraiment réalisée et la prière exprimée ne sera pas une sorte de prière individuelle prononcée en public mais véritablement la prière de l’assemblée : ce sera la présentation de besoins qui sont sur tous les cœurs et à l’égard desquels chacun a été exercé. Lorsqu’il en est ainsi, c’est de plein cœur que l’assemblée peut ajouter son amen.

Nous insistons sur ce point important : les sœurs font partie de l’assemblée et ne doivent jamais perdre de vue que puisque c’est l’assemblée qui est réunie pour la prière, elles ont part à la prière de l’assemblée si même elles n’ont pas à ouvrir la bouche en public (sauf pour ajouter leur amen, prononcé dans le sentiment de la position de réserve qui est celle de la femme en général et, plus particulièrement, dans l’assemblée). Que les sœurs, tout comme les frères, « préparent » les réunions de prières de l’assemblée. Chaque fois qu’il en sera vraiment ainsi, il y aura de la puissance dans de telles réunions et de merveilleuses réponses à nos prières. Matthieu 18:19 se trouvera vérifié.

 

3.5      Précision des demandes. Appel à la puissance divine

Encore trois remarques tirées de ces quelques versets d’Actes 4. La prière de l’assemblée ne comporte certes pas un exposé de doctrine — comme la prière individuelle d’ailleurs — mais elle peut, comme ce fut le cas dans la circonstance rapportée dans ce chapitre, s’appuyer sur l’Écriture, citée avec intelligence et à-propos. D’autre part, nous voyons ici l’assemblée demander non pas l’exercice d’une action puissante contre les chefs du peuple ou pour la délivrance des apôtres menacés, mais l’intervention de Dieu pour que la Parole puisse être annoncée « avec hardiesse » : l’objet de la prière, ce n’est pas le châtiment des ennemis, ce n’est pas non plus le désir de circonstances plus favorables pour les serviteurs mais l’œuvre du Seigneur. L’assemblée prie pour qu’elle puisse se poursuivre avec puissance, quelles que soient les circonstances. Enfin, cette prière est une courte prière : dans un moment très difficile, une courte prière, présentée dans les conditions que nous venons de rappeler, permettait de faire appel à la puissance divine ; elle était entendue et exaucée. N’oublions pas, à ce sujet, ce que le Seigneur a dit Lui-même : « Et quand vous priez, n’usez pas de vaines redites, comme ceux des nations, car ils s’imaginent qu’ils seront exaucés en parlant beaucoup. Ne leur ressemblez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez » (Matt. 6:7, 8).

 

3.6      Importance des réunions de prières

En considérant un tel sujet, on peut regretter que certaines assemblées — si rares soient-elles — n’aient pas de réunion de prières ; qu’en tant d’autres — si nombreuses, hélas ! — la réunion de prières soit pratiquement abandonnée par bien des frères et sœurs ; qu’enfin nous sachions si peu, en général, ce qu’est véritablement la réunion de prières de l’assemblée et, surtout, que nous le réalisions si mal. Que Dieu, dans sa grâce, veuille nous réveiller et nous exercer à cet égard !

 

 

 

4        Conditions et buts de l’exaucement

ME 1967 p. 3

4.1      Dieu ne répond pas toujours

La prière n’est pas une sorte de blanc-seing dont le croyant pourrait se servir à sa guise pour obtenir n’importe quoi. Dieu nous aime trop pour se faire le dispensateur de tout ce que nos cœurs naturels peuvent désirer. Il est des prières auxquelles Il ne répond pas : qu’un croyant demande ce qui ne lui serait pas profitable, Dieu n’exaucera pas sa prière, sauf peut-être lorsqu’Il trouve bon de le faire passer par un chemin où, récoltant le fruit de ses actions, il apprendra — pour en retirer du bien à la fin — ce qu’il en coûte de faire sa volonté propre. Ce fut par exemple le cas pour Israël demandant un roi (cf. 1 Sam. 8:5 à 22 ; Osée 13:9 à 11). Mais en dehors de circonstances semblables, si un croyant demande ce qu’il pense être une chose bonne alors qu’elle lui serait nuisible, ou encore ce qui est seulement pour la satisfaction de désirs charnels, Dieu ne répondra pas et c’est par amour qu’Il laissera de telles prières inexaucées.

 

4.2      Matthieu 18:19, 20

4.2.1       Si deux d’entre vous sont d’accord…

Plusieurs passages des Écritures nous disent les conditions qui doivent être remplies pour que nos prières soient exaucées et également la raison ou le but de l’exaucement. Dans les versets bien connus de Matthieu 18: 19, 20, il s’agit de la prière de l’assemblée — les « deux ou trois » réunis au nom du Seigneur —, mais aussi de la prière de deux croyants : « deux d’entre vous ». Ce qui est vrai pour deux l’est tout autant pour un plus grand nombre. « Si deux d’entre vous sont d’accord… », telle est ici la condition de l’exaucement : il est nécessaire, pour que les deux soient exaucés, qu’ils aient une même pensée. Une pensée personnelle mais commune à tous deux ? Non. Cette même pensée doit être la pensée du Seigneur, discernée par le Saint Esprit. Il convient donc, pour qu’ils soient exaucés, que ceux qui s’adressent à Dieu le fassent dans la pleine communion de l’Esprit. Dans une réunion d’assemblée pour la prière, un frère peut fort bien « prier par le Saint Esprit », comme nous y exhorte Jude 20, sans que pour autant il y ait dans l’assemblée, au sujet de telle demande exprimée, cette communion de l’Esprit qui conditionne l’exaucement : des demandes peuvent être présentées concernant certaines difficultés ou circonstances particulières de la vie de l’assemblée, au sujet desquelles il peut arriver que des frères ou des sœurs aient une pensée manifestement différente de celle du frère qui prie et qui, en priant, est la bouche de l’assemblée (cf. Actes 4:24 : « Ils élevèrent d’un commun accord leur voix à Dieu… »). Ce frère, bien que « priant par le Saint Esprit » et ayant conscience d’avoir la pensée du Seigneur, se sentira arrêté s’il sait qu’il n’y a pas la pleine communion de l’Esprit dans l’assemblée au sujet de ce qu’il a à cœur de demander. Il n’oubliera pas que ce n’est pas une prière individuelle qu’il adresse à Dieu : priant dans une réunion d’assemblée il est l’organe de l’assemblée, c’est l’assemblée qui prie et non un frère. De sorte que s’il est exercé à propos de telle ou telle question dont il ne peut faire un sujet de prière en réunion d’assemblée parce qu’il sait que la communion de l’Esprit ferait défaut — il n’y aurait pas « l’accord » de Matthieu 18:19, le « commun accord » d’Actes 4:24 — il devra se borner à en faire un sujet de prière dans le particulier, peut-être à prier avec d’autres frères ou sœurs avec lesquels il y aura communion de l’Esprit. Un autre sujet de prière s’y ajoutera alors : que cela n’aggrave pas le manque de communion dans l’assemblée, ne favorise pas un certain développement de « l’esprit de parti », qu’au contraire Dieu veuille produire Lui-même la pleine communion de l’Esprit qui a fait défaut jusqu’alors. Se réunir avec quelques frères, dans les conditions que nous venons d’indiquer, demande, nous ne saurions trop le souligner, beaucoup de prudence et de sagesse ; il faut y être véritablement conduit par le Seigneur, n’agir qu’en vue du bien, étant gardé de tout ce qui serait susceptible d’aggraver un état de choses qui n’est pas selon Dieu.

Ajoutons que le passage de Matthieu 18 pose une base précieuse à l’exaucement : la présence du Seigneur au milieu de ceux qui sont rassemblés pour la prière. Communion de l’Esprit, présence du Seigneur, ayons à cœur de réaliser pratiquement l’une et l’autre, nous ferons l’expérience de la vérité de la promesse de Matthieu 18.

 

4.2.2       Réponse à la foi

Quelle est dans ce passage la raison de l’exaucement ? Pourquoi Dieu répond-Il à la prière ? « … elle — la chose qu’ils demanderont — sera faite pour eux par mon Père qui est dans les cieux ». Pour eux ! Quel encouragement pour « deux d’entre nous » à réaliser, avec la présence du Seigneur, cette communion de l’Esprit qui nous permet de demander ce que notre Père est heureux de nous accorder, l’Esprit Saint ne pouvant nous conduire à demander que ce qui est selon la pensée de Dieu. La prière concerne peut-être d’autres personnes que celles qui prient, des circonstances auxquelles ceux qui s’adressent à Dieu ne sont pas directement intéressés, qu’importe ! la chose sera faite « pour eux » : c’est une réponse à leur foi (cf. Marc 2:5 : « Et Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : Mon enfant, tes péchés sont pardonnés »), c’est une récompense accordée à un service précieux et utile entre tous. Entrons davantage dans la valeur d’une telle promesse afin que nous soyons conduits à prier davantage, soit quelques-uns, soit en assemblée, dans la communion de l’Esprit. Quelle bénédiction nous goûterions dans l’accomplissement d’un aussi précieux service et quelle bénédiction serait répandue sur l’assemblée ! Que de difficultés pourraient être aplanies, que de situations réglées qui nous paraissent sans issue, Dieu intervenant en réponse à la prière et accomplissant dans les cœurs et les consciences le travail que seul Il peut opérer !

 

4.3      Matt. 21:22 — Difficultés en apparence insurmontables

Ce que nous venons d’écrire nous conduit à un autre passage où nous trouvons aussi une condition à l’exaucement, car il s’agit là précisément de la prière adressée à Dieu en présence de difficultés en apparence insurmontables : « Et quoi que vous demandiez en priant, si vous croyez, vous le recevrez » (Matt. 21:22). Qui ordonnerait à une montagne : « Ôte-toi et jette-toi dans la mer » avec la certitude d’en voir l’accomplissement ? Et pourtant le Seigneur nous dit, comme autrefois aux disciples : « Si vous avez de la foi et que vous ne doutiez pas… cela se ferait ». De même que le figuier (ib. 19 à 21) est une figure d’Israël responsable de porter du fruit pour Dieu mais incapable de le faire malgré une belle apparence religieuse (les feuilles), la montagne est aussi un symbole de ce peuple dans sa forte opposition à la prédication de l’évangile aux nations ; c’est seulement grâce à la prière de la foi que l’obstacle pourra être ôté, les disciples faisant alors l’expérience de la puissance de Dieu répondant à la foi. De la même manière, l’ennemi s’efforce aujourd’hui, d’une part d’entraver la diffusion de l’évangile et d’autre part, de troubler la paix parmi les saints afin de ternir le témoignage confié aux deux ou trois réunis au nom du Seigneur comme expression de l’assemblée. Que de « montagnes » nous avons souvent sur le chemin ! Dieu soit béni de ce que nous ne sommes pas sans ressources en face de tous les assauts et de toutes les ruses de l’adversaire ; la principale d’entre elles, et la plus efficace sans doute, n’est-elle pas la prière ? Mais pour que la prière soit exaucée, il faut que nous ayons la certitude qu’elle le sera : « si vous croyez ». Nous ne pouvons avoir cette assurance que si ce que nous demandons est selon la pensée de Dieu discernée par la foi : « Et c’est ici la confiance que nous avons en lui, que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute ; et si nous savons qu’il nous écoute, quoi que ce soit que nous demandions, nous savons que nous avons les choses que nous lui avons demandées » (1 Jean 5:14, 15). La foi a la certitude de l’exaucement parce qu’elle sait que ce qui est demandé est en accord avec ce que Dieu veut faire ; la réponse ne sera peut-être pas immédiate mais elle sera donnée « au moment opportun » (cf. Héb. 4:16) et, à l’avance, la foi possède déjà ce qu’elle a demandé et en jouit.

Le but de l’exaucement dans ce passage c’est le secours que Dieu veut accorder aux siens pour qu’ils puissent accomplir leur service, maintenir le témoignage qu’ils ont à rendre, en dépit de toutes les difficultés que l’ennemi place sur leur route. Puissions-nous vivre une vie de foi de telle manière que nous ayons assez de discernement spirituel pour entrer dans la connaissance de la pensée de Dieu, afin que nous ne demandions que ce qui est en accord avec elle !

 

4.4      Jean 14:13, 14. Demander en Son nom

Pour avoir ce discernement spirituel, il nous faut en effet vivre une vie de foi, une vie dans la dépendance du Seigneur et la communion avec Lui. C’est la condition de l’exaucement que nous donne un troisième passage : « Et quoi que vous demandiez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils » (Jean 14:13, 14). Demander « au nom du Seigneur » ce n’est pas seulement employer cette expression en terminant une prière ; il ne suffit pas de prononcer ces quatre mots pour qu’effectivement nous ayons « demandé en son nom ». Il peut nous arriver de présenter certaines demandes que nous disons faites « au nom du Seigneur » alors que nous prierions peut-être différemment si nous réalisions une plus grande dépendance du Seigneur et si nous vivions dans une communion plus étroite avec Lui. Ayons à cœur de cultiver cette communion, nous aurons alors une connaissance de sa Personne, de son cœur, de ses pensées qui nous permettra de demander « en son nom » ; nous serons ainsi assurés de l’accomplissement de sa promesse : « Je le ferai ».

Ici le but, la raison de l’exaucement est d’un caractère bien plus élevé que dans les passages précédents : « afin que le Père soit glorifié dans le Fils ». C’est le Fils qui opère dans le cœur de l’un de ses rachetés, y développant des affections pour sa Personne, de telle manière que celui qui est l’objet de ce travail d’amour est conduit à une heureuse communion avec Lui et peut ainsi « demander en son nom », assuré de l’exaucement. Quelle gloire pour le Fils, et combien le Père est glorifié en Lui, qui veut et peut opérer une telle œuvre en des êtres tels que nous, aussi faibles, aussi inconséquents, aussi facilement entraînés vers d’autres objets que Christ ! Le Père a été glorifié par la vie de Celui qui a été ici-bas l’Homme parfait ; Dieu a été glorifié dans le Fils de l’Homme accomplissant l’œuvre de la croix, et maintenant le Père est glorifié dans le Fils exauçant la prière faite « en son nom » par l’un de ses rachetés !

 

4.5      Avoir le sentiment de nos besoins

Une année vient d’arriver à son terme, elle a été marquée par le déploiement de la bonté de Dieu et nous avons bien des motifs de reconnaissance et d’actions de grâces ; mais, de notre côté, n’avons-nous pas de nombreux sujets d’humiliation si nous considérons ce qu’a été notre marche individuelle comme aussi notre vie d’assemblée ? Demeurons exercés devant Dieu à cet égard, sans que pour autant le découragement nous gagne. Plus grandes sont les épreuves du chemin, plus profonde est notre misère, et plus nous avons besoin de regarder en haut. Que nos tristesses, nos détresses aient au moins ce résultat de nous amener à prier davantage ! L’un des signes les plus caractéristiques des jours actuels est sans doute notre peu de zèle dans le service de la prière. Au milieu de tant de difficultés, de tant de souffrances, l’on est frappé de voir les réunions d’assemblée pour la prière souvent négligées. Il semble que nous n’avons guère conscience de notre bas état ou que, si nous l’avons plus ou moins discerné, nous en prenons notre parti comme si les choses ne pouvaient être autrement que ce qu’elles sont. C’est probablement un des traits les plus affligeants des temps que nous vivons, si ce n’est le plus affligeant de tous ! Mais comment Dieu nous délivrera-t-Il si nous n’avons même pas le sentiment de nos besoins, ou si nous croyons devoir nous résigner à un état misérable ? Il serait d’ailleurs particulièrement douloureux de penser que notre niveau spirituel soit si bas qu’un tel état nous satisfasse et que nous n’ayons, au fond, rien à demander ! Certes, que des croyants suivent les réunions de prières par pure obligation, qu’un frère n’y ouvre jamais la bouche ou se borne à de « vaines redites », tout cela est sans grande valeur aux yeux de Dieu. Ce qui importe, c’est un réel exercice au sujet de notre état et de nos besoins — Dieu veuille nous réveiller à cet égard ! — exercice qui nous conduira à venir dans le lieu du rassemblement pour y goûter le privilège de la prière en commun, pour y exposer avec simplicité, avec ferveur, avec foi, dans la communion de l’Esprit, des besoins réellement éprouvés, pour crier à Dieu du sein de la faiblesse et de la souffrance. Quand nous pensons à tous nos besoins (pouvons-nous même les embrasser tous, tellement ils sont nombreux ?), à tant de sujets de tristesse, à notre état de ruine profonde, aux pièges de l’adversaire, ne devrions-nous pas sentir la nécessité de prier bien davantage ? Puissions-nous être conduits à prier beaucoup, individuellement et collectivement, pour l’Assemblée, pour les assemblées locales, pour nos maisons, pour tous les saints — et combien nous avons, avant tout, à le faire chacun pour soi ! Prions de telle manière que soient réunies les conditions de l’exaucement — elles sont très étroitement liées entre elles, nous avons pu le remarquer — encouragés par les motifs pour lesquels cet exaucement nous sera assuré !

S’il est un souhait que nous pouvons former au début de l’année qui commence c’est bien qu’elle soit caractérisée pour chacun de nous par une pieuse et intelligente activité dans la prière, elle sera certainement alors une année heureuse et bénie. Que Dieu nous en accorde la grâce !