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ÉVANGILE SELON MARC

 

 

SIMPLES ENTRETIENS SUR LES ÉVANGILES

 

Samuel Prod’hom

 

Ces Simples Entretiens sur les Évangiles sont une étude biblique ayant parue dans un périodique pour enfants intitulé « la Bonne Nouvelle annoncée aux Enfants ».

 

Table des matières :

1     Chapitre 1

1.1      Caractère de l’évangile selon Marc

1.2      Prédication de Jean le Baptiseur

1.3      Baptême et tentation de Jésus

1.4      Jésus prêche l’évangile du royaume

1.5      Appel de quelques disciples

1.6      Un démoniaque dans la synagogue

1.7      La belle-mère de Pierre

1.8      Guérison d’un lépreux

2     Chapitre 2

2.1      Appel de Lévi

2.2      L’Époux présent

2.3      Le sabbat

3     Chapitre 3

3.1      Guérison un jour de sabbat

3.2      Appel des douze

3.3      Jésus jugé par ses proches et les scribes

3.4      La vraie famille de Jésus

4     Chapitre 4

4.1      Parabole du semeur

4.2      Deux paraboles du royaume de Dieu

4.3      Jésus dort pendant la tempête

5     Chapitre 5

5.1      Le démoniaque Légion

5.2      La fille de Jaïrus

6     Chapitre 6

6.1      Jésus à Nazareth

6.2      Envoi des douze

6.3      Hérode et Jean le Baptiseur

6.4      Retour des apôtres

6.5      Première multiplication des pains

6.6      Une nouvelle traversée

7     Chapitre 7

7.1      Les Juifs et la tradition

7.2      La femme Syrophénicienne (*)

7.3      Guérison d’un homme sourd

8     Chapitre 8

8.1      Seconde multiplication des pains

8.2      Jésus refuse un signe aux pharisiens

8.3      Un levain à éviter

8.4      Guérison de l’aveugle de Bethsaïda

8.5      Jésus annonce sa mort

9     Chapitre 9

9.1      La transfiguration

9.2      Ressusciter d’entre les morts

9.3      Un esprit immonde difficile à chasser

9.4      Enseignements divers

10       Chapitre 10

10.1     En chemin pour Jérusalem

10.2     Un homme aimable

10.3     Ceux qui ont tout quitté

10.4     Le chemin de la croix

10.5     Souhait des fils de Zébédée

10.6     L’aveugle Bartimée

11       Chapitre 11

11.1     Jésus entre comme roi à Jérusalem

11.2     Le figuier sans fruits

11.3     De retour à Jérusalem

11.4     Le figuier séché

11.5     Réponses de Jésus aux chefs du peuple

12       Chapitre 12

12.1     Parabole de la vigne

12.2     À qui payer le tribut ?

12.3     Question des sadducéens

12.4     Le plus grand des commandements

12.5     Question de Jésus le concernant

12.6     Les pites de la veuve

13       Chapitre 13

13.1     Avertissements de Jésus à ses disciples

13.2     Première partie

13.3     Deuxième partie

13.4     Exhortations à la vigilance

14       Chapitre 14

14.1     Le souper à Béthanie

14.2     La Pâque

14.3     Institution de la cène

14.4     Gethsémané

14.5     Trahison de Judas

14.6     Jésus devant le souverain sacrificateur

14.7     Reniement de Pierre

15       Chapitre 15

15.1     Jésus livré à Pilate

15.2     Entre les mains des soldats

15.3     Exposé aux injures de tous

15.4     Les trois heures de ténèbres

15.5     Mort de Jésus

15.6     Ensevelissement de Jésus

16       Chapitre 16

16.1     Autour du sépulcre

16.2     Rencontre de Jésus et des siens

 

 

1                        Chapitre 1

1.1   Caractère de l’évangile selon Marc

En commençant notre étude sur Matthieu, nous avons remarqué que les quatre évangiles portent chacun un caractère spécial, chose importante à retenir pour comprendre la pensée de Dieu dans ces différents écrits. Dieu nous donne par ce moyen la facilité de comprendre les diverses gloires de la personne de son Fils, dans sa manifestation ici-bas, bien mieux que nous ne pourrions le faire avec un seul récit. Nous ne reparlerons pas du caractère des trois autres évangiles.

L’Esprit de Dieu s’est servi de Marc pour présenter Jésus dans son activité de Serviteur et de Prophète. Moïse en parle en Deutéronome 18:15 : « L’Éternel, ton Dieu, te suscitera un prophète comme moi, du milieu de toi, d’entre tes frères ». Les trois premiers versets d’Ésaïe 42 décrivent le caractère d’humilité de ce Serviteur parfait, tel qu’il l’a manifesté dans son service. Le peuple d’Israël, appelé plusieurs fois par Ésaïe serviteur de l’Éternel, mais infidèle sous ce rapport, comme en tous points, est remplacé par Christ qui a accompli son service en toute fidélité au milieu du peuple, mais dont le rejet a ouvert la porte de la bénédiction aux nations (voir Ésaïe 49:4-6). Le magnifique chapitre 53 d’Ésaïe, ainsi que les trois derniers versets du chapitre 52, parlent de ce serviteur. Au v. 11 il est dit : « Par sa connaissance mon serviteur juste enseignera la justice à plusieurs, et lui, il portera leurs iniquités ». C’est ce qu’il a accompli selon les termes du Psaume 40:9, 10 : « J’ai annoncé la justice dans la grande congrégation ; voici, je n’ai point retenu mes lèvres, Éternel ! tu le sais. Je n’ai point caché ta justice au dedans de mon cœur ; j’ai parlé de ta fidélité et de ton salut ; je n’ai point celé ta bonté et ta vérité dans la grande congrégation ». Tous les évangiles racontent ce service, il est vrai, mais Marc présente le caractère de Jésus comme Serviteur, dans l’accomplissement de son service, comme Matthieu le Messie, Luc le Fils de l’homme, et Jean le Fils de Dieu.

Dans son évangile, Marc suit l’ordre chronologique des faits, c’est-à-dire qu’il les raconte dans l’ordre dans lequel ils eurent lieu. Mais pas plus que les autres évangélistes, il ne rapporte tout ce que Jésus a fait et dit. Il prend, parmi les actes innombrables accomplis par le Seigneur, ceux propres à présenter la pensée de Dieu à l’égard de son Fils, en nous disant ce qu’il nous était utile de connaître, et non pas tout ce qui nous aurait intéressés. Voyez ce que Jean dit de son récit, chapitre 21:25 de son évangile, et le but de son écrit (20:30, 31).

Marc n’était pas l’un des douze disciples. Neveu de Barnabas, nommé Jean en Actes 13:5, 13, il est appelé Marc en Actes 15:37. L’apôtre Paul ne voulut pas le reprendre avec lui, parce qu’il l’avait abandonné (Actes 13:13). Mais on le retrouve avec Paul en Colossiens 4:10 ; et le même apôtre le réclame en 2 Timothée 4:11. C’est chez sa mère, nommée Marie, que plusieurs personnes étaient rassemblées et priaient pour la délivrance de Pierre (Actes 12:12).

Marc eut sans doute affaire avec Dieu au sujet de son service d’une manière toute particulière ; il dut apprendre que, pour servir, il faut mettre de côté toute considération charnelle, légitime ou non, et juger ce qui l’avait engagé à abandonner Paul et Barnabas, lors de leur voyage missionnaire. Ces expériences le préparèrent évidemment à être l’instrument du Saint Esprit pour présenter le Serviteur parfait dans son activité et son dévouement jusqu’à la mort.

Que Dieu nous donne de l’écouter !

 

1.2   Prédication de Jean le Baptiseur

(v. 1-8). — Marc ne raconte pas la naissance de Jésus ; la raison en est simple, elle tient au caractère de l’Évangile. Il s’agit du ministère de Jésus. Dès le début l’Esprit de Dieu entre en plein dans son activité. Il n’est pas nécessaire de fournir la généalogie d’un serviteur, comme c’était le cas pour le Messie et pour le Fils de l’homme, dont l’un devait descendre de David et d’Abraham et l’autre, par ces deux patriarches, remonter à Adam. L’évangéliste présente d’emblée la personne qui fait le sujet de son évangile et celui qui préparait son chemin : « Commencement de l’évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu ». Si la généalogie était superflue pour introduire le Serviteur sur la scène, l’Esprit de Dieu fait ressortir qui il est : « Jésus Christ, Fils de Dieu ». C’est L’Évangile qui provient d’une telle personne, présenté par lui-même, venu ici-bas accomplir l’humble service du serviteur prophète. Il « s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes ; et, étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » (Philippiens 2:6-8). Le messager de l’Éternel devait le précéder, ainsi que l’avaient annoncé Ésaïe et Malachie : « Voici, moi j’envoie mon messager devant ta face, lequel préparera ton chemin ». « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, faites droits ses sentiers ». Jean le Baptiseur avait à préparer le chemin du Seigneur dans le cœur de son peuple en prêchant le baptême de la repentance. Il invitait les Juifs à confesser leurs péchés. C’est ce que l’évangile dit en premier lieu aux pécheurs, car il faut reconnaître et confesser ses péchés, afin que celui qui en a le pouvoir puisse les pardonner. Jésus n’est « pas venu appeler des justes, mais des pécheurs ». De toute la Judée et de Jérusalem on sortait vers Jean pour être baptisé dans le Jourdain en confessant ses péchés. En même temps, Jean annonçait en ces termes la venue de Jésus : « Il vient après moi, celui qui est plus puissant que moi, duquel je ne suis pas digne de délier, en me baissant, la courroie des sandales. Moi, je vous ai baptisés d’eau ; lui, vous baptisera de l’Esprit Saint ». Nous ne trouvons pas ici, comme en Matthieu, les pharisiens qui venaient se faire baptiser par hypocrisie ; aussi Jean s’adresse à ceux qui confessaient leurs péchés en toute droiture et leur annonce Christ qui les baptiserait de l’Esprit Saint, sans ajouter « et de feu » (voir Matthieu), ce qui indiquait le jugement que Christ exécuterait un jour sur les méchants. Ici Marc annonce son ministère de grâce envers des pécheurs.

 

1.3   Baptême et tentation de Jésus

(v. 9-13). — Le récit du baptême de Jésus est très succinct : « Il arriva, en ces jours-là, que Jésus vint de Nazareth de Galilée, et fut baptisé par Jean au Jourdain. Et s’éloignant aussitôt de l’eau, il monta, et vit les cieux se fendre, et l’Esprit comme une colombe descendre sur lui. Et il y eut une voix qui venait des cieux : Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai trouvé mon plaisir ». La voix du Père s’adresse à son Fils, proclamant que celui qui prenait la place de serviteur au milieu des pécheurs repentants était son Fils bien-aimé, en qui il a trouvé son plaisir. En Matthieu la voix se fait entendre à tous : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Tous devaient entendre le témoignage rendu par le Père à son Fils.

Aussitôt après son baptême, l’Esprit pousse Jésus « dans le désert. Et il fut dans le désert quarante jours, tenté par Satan ; et il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient ». Ce précieux Sauveur, homme parfait, subit la tentation dans des circonstances bien différentes du premier Adam. Ce dernier fut tenté dans le jardin d’Eden, lieu de délices, et c’est là qu’il succomba. Sa chute amena cette création au point où Jésus la trouva, caractérisée par un désert, lieu dépourvu de tout ce que Dieu y avait placé pour le bonheur et le bien-être de sa créature ; Satan en était l’hôte et, détail qui ne se trouve qu’en Marc malgré la brièveté de son récit, les bêtes sauvages le hantaient, contraste étrange avec Eden, conséquence terrible de la chute. Dans ce milieu, image du monde, Jésus subit l’épreuve à laquelle le premier homme succomba immédiatement. Mais, l’épreuve terminée, les ressources viennent du ciel. Pour servir son Fils bien-aimé, Dieu envoya ses anges qui servent aussi « en faveur de ceux qui vont hériter du salut ». Le Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, a pris cette position, dans laquelle il dépendait des anges qu’il avait créés lui-même, et cela, pour apporter la grâce de Dieu à des hommes coupables de tous les dégâts amenés par le péché dans cette création. Il ne pouvait servir qu’en venant comme homme dans les lieux mêmes où le péché avait accompli ses ravages. Quel amour merveilleux, infini !

 

1.4   Jésus prêche l’évangile du royaume

(v. 14, l5). — Le service, bien court, du plus grand des prophètes était terminé (Luc 7:28). Jean le Baptiseur, jeté en prison, laissait toute la place à celui, infiniment plus grand que lui, dont il s’était déclaré indigne de délier la courroie de la sandale. Jésus quitte la Judée, où Jean avait été livré, et commence son service en Galilée, contrée méprisée par les Juifs de Judée. Là il annonce l’évangile aux pauvres (Matthieu 11:5). Il prêche l’évangile du royaume de Dieu, disant : « Le temps est accompli, et le royaume de Dieu s’est approché : repentez-vous et croyez à l’Évangile ». Il s’agit du temps qui précédait l’établissement du royaume de Dieu, annoncé par les prophètes et indiqué très exactement en Daniel 9:23-26. Le royaume s’était approché dans la personne de Jésus ; mais, pour en profiter, il fallait se repentir et croire à l’Évangile, car le royaume de Dieu, caractérisé par ce qu’est Dieu moralement, ne pouvait s’établir avec des hommes pécheurs, sans jugement porté sur eux-mêmes ; il fallait la repentance et la foi en cette bonne nouvelle qui annonçait l’événement attendu depuis si longtemps par les fidèles. Aujourd’hui l’évangile de la grâce est aussi proclamé, et ce sont de même des pécheurs repentants qui en profitent par la foi.

Nous avons déjà parlé plusieurs fois de la différence existant entre l’Évangile du royaume et celui de la grâce : elle consiste dans la position et le caractère de Christ au moment où l’Évangile est prêché. Lorsqu’il était sur la terre, le royaume s’était approché des hommes ; il était au milieu d’eux dans sa personne ; ils auraient dû le recevoir. Aujourd’hui, Christ est dans le ciel, Seigneur et Sauveur rejeté, après avoir accompli le sacrifice en vertu duquel tout pécheur peut être sauvé par la foi ; c’est là le sujet de l’Évangile. Après l’enlèvement des saints, Christ sera présenté dans la position du roi rejeté, mais qui va revenir ; c’est ce qu’il faudra croire en se repentant pour être admis dans le royaume qu’il établira alors en gloire. Après son apparition en gloire, il enverra encore des messagers pour annoncer son avènement glorieux aux nations et à ceux d’Israël qui n’en auront pas été témoins (Ésaïe 66:18-21).

 

1.5   Appel de quelques disciples

(v. 16-20). — Tout le service de Jésus était devant lui ; son amour seul et sa toute-science pouvaient en sonder l’étendue, et lui seul, dans sa dépendance de son Père, pouvait fournir la somme de dévouement et d’activité nécessaires. Mais il voulait s’adjoindre des compagnons pour accomplir cette œuvre.

En marchant le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, son frère, qui jetaient un filet dans la mer : image frappante de ce que le Seigneur allait entreprendre au milieu des hommes qu’il fallait tirer de l’élément dans lequel ils avaient vécu pour les amener à lui. Jésus leur dit : « Venez après moi, et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. Et aussitôt, ayant quitté leurs filets, ils le suivirent ». Il les appelle malgré leur inconscience quant à ce service et leur incapacité naturelle pour l’accomplir. Mais en lui se trouvaient toutes les ressources. Il leur dit : « Venez après moi et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes ». Ces simples paroles nous donnent toute la vérité à l’égard de la formation d’un serviteur de Dieu. Il lui faut trois choses : 1° être appelé par le Seigneur, 2° le suivre ; 3° être enseigné de lui. Lui seul peut former celui qu’il veut employer. En le suivant, on apprend de lui ; ses disciples, en le voyant agir, pouvaient s’inspirer des motifs qui le faisaient travailler, de cet amour qui ne demande qu’à se dépenser dans l’obéissance pour faire des heureux ; car le travail de Jésus était, par excellence, le « travail d’amour » (1 Thessaloniciens 1:3). Jésus vivait sous la dépendance de son Père pour servir, ainsi qu’il l’exprime : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, à moins qu’il ne voie faire une chose au Père, car quelque chose que celui-ci fasse, cela, le Fils aussi de même le fait » (Jean 5:19) ; les disciples aussi, enseignés de lui et le voyant agir, pouvaient accomplir la même œuvre. La condition importante pour eux, comme pour nous aujourd’hui, est de le suivre ; on ne peut rien apprendre de lui sans cela.

Passant plus avant, Jésus vit Jacques et Jean qui raccommodaient des filets dans une barque avec leur père Zébédée et leurs domestiques. Il les appela aussitôt ; ils le suivirent sans raisonnement, ni objection quelconque. Il y avait dans le Seigneur Jésus, malgré l’humilité qui le caractérisait, une autorité qui se légitimait à la conscience de celui qu’il appelait et que ressentaient ceux qui l’écoutaient, ainsi se justifiait la conduite de celui qui était appelé. Il en est de même aujourd’hui pour ceux que le Seigneur convie à son service. Dieu veuille que parmi nos lecteurs, beaucoup obéissent à sa voix !

Tous, quelles que soient nos circonstances, nous avons à être utiles au Seigneur ; mais pour cela il faut l’écouter, le suivre et l’imiter. Ceux qui croient jouissent de cette part, et c’est en pratiquant ces préceptes que se manifesteront ceux que le Seigneur invite à un service spécial pour lui. À celui qui a, il sera donné encore davantage.

 

1.6   Un démoniaque dans la synagogue

(v. 21-28). — Jésus et ses disciples vinrent à Capernaüm et entrèrent aussitôt dans la synagogue le jour du sabbat. Le mot aussitôt, qui revient onze fois dans ce premier chapitre, exprime bien l’activité incessante qui caractérise le parfait Serviteur dans l’accomplissement de son service, et qui devrait nous caractériser tous. L’apôtre Paul dit : « Quant à l’activité, pas paresseux ; fervents en esprit ; servant le Seigneur » (Romains 12:11). Christ en a été le modèle parfait.

Jésus enseignait dans la synagogue ; ses auditeurs s’étonnaient en l’écoutant, « car il les enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes ». L’enseignement qui vient de Dieu a force de loi, car qui pourrait faire autorité si ce n’est la parole de Dieu ? Apprendre de Dieu par sa Parole et être dirigé par le Saint Esprit, cela donne à la prédication d’un évangéliste l’assurance et la persuasion nécessaires pour placer ceux qui l’écoutent sous l’autorité de la Bible et leur faire remarquer la différence entre l’enseignement divin et celui de la sagesse humaine, malgré la faiblesse de l’instrument et son manque d’érudition. En Jésus tout était parfait, parce que rien en lui n’entravait la libre action de l’Esprit, et l’eau sortait avec toute la pureté de la source.

Dans la synagogue se trouvait un homme possédé d’un esprit immonde que la présence de Jésus manifesta aussitôt ; peut-être les assistants n’en avaient-ils pas connaissance. « Ha ! » s’écria-t-il, « qu’y a-t-il entre nous et toi, Jésus Nazarénien ? Es-tu venu pour nous détruire ? Je te connais, qui tu es : le Saint de Dieu ». Les démons connaissent leur juge dans la personne de Celui qui a pris la forme de serviteur pour arracher à leur puissance l’homme qui y était tombé par sa propre faute en écoutant la voix de Satan. Jésus tança le démon en lui ordonnant de se taire et de sortir de cet homme, Le Seigneur ne veut pas recevoir le témoignage du diable. L’esprit immonde sortit du malheureux en le déchirant et en criant. Saisis d’étonnement, tous disaient : « Qu’est ceci ? Quelle doctrine nouvelle est celle-ci ? Car il commande avec autorité, même aux esprits immondes, et ils lui obéissent. Et sa renommée se répandit aussitôt tout à l’entour dans la Galilée ».

Ainsi l’autorité de Jésus, au début de son service, se manifesta de trois manières : dans l’appel de ses disciples ; dans son enseignement public ; dans l’expulsion des démons. L’autorité divine, mise à la disposition de l’amour, venait délivrer l’homme des conséquences du péché et de la puissance de l’Ennemi. Si l’homme avait su écouter ce prophète, quelle bénédiction en serait résultée alors comme de nos jours !

 

1.7   La belle-mère de Pierre

(v. 29-39). — En sortant de la synagogue, Jésus entra dans la maison de Simon et d’André, et aussitôt on lui parla de la belle-mère de Pierre qui souffrait de la fièvre. Le Seigneur s’approcha d’elle et la fit lever en la prenant par la main ; aussitôt la fièvre la quitta et elle les servit. Le péché, en séparant l’homme de Dieu, l’a privé de la paix, du calme et du repos qui auraient été sa part à toujours sans la chute. Il a produit, au contraire, l’agitation, l’inquiétude qui troublent toute sa vie et dont la fièvre est une figure. Or comme cette fébrile activité de l’homme se rapporte toute à lui-même, elle l’empêche de servir Dieu ; c’est pourquoi, dès que la belle-mère de Pierre fut guérie, elle les servit. L’amour, qui trouve son bonheur à servir, remplace l’agitation du cœur de l’homme qui ne peut obtenir le repos dans les choses de ce monde. Quelle merveilleuse grâce qu’il puisse en être ainsi !

L’activité incessante de Jésus continue à se dépenser envers tous. « Le soir étant venu, comme le soleil se couchait, — moment favorable pour sortir dans les pays chauds — on lui apporta tous ceux qui se portaient mal, et les démoniaques ; et la ville tout entière était rassemblée à la porte : et il en guérit plusieurs qui souffraient de diverses maladies, et chassa plusieurs démons, et ne permit pas aux démons de parler parce qu’ils le connaissaient ».

Nous avons déjà vu que les démons, les anges déchus, connaissaient Jésus. Il y a un monde d’esprits qui nous est invisible, ce domaine où se meuvent les bons comme les mauvais anges, dans lequel règne une activité dont nous nous faisons une idée fort imparfaite, soit en bien, soit en mal ; les uns sont agents de Dieu, les autres agents de Satan. Ceux qui sont déchus connaissent le jugement inévitable qui les attend et savent qui l’exécutera. Ils croient que Dieu existe et ils en frissonnent (Jacques 2:19). S’ils le voyaient homme sur cette terre, cela ne les empêchait pas de le connaître ; ils pouvaient frissonner en le voyant, car si Jésus était là en grâce, c’était pour les hommes et non pour les anges. On lit en Hébreux 2:16 : « Car, certes, il ne prend pas les anges, — ou la cause des anges — mais il prend la semence d’Abraham ». La propitiation est en faveur des hommes qui, par la foi, sont les enfants d’Abraham.

Le matin, avant le jour, Jésus sortit et s’en alla dans un lieu désert pour prier. C’est le serviteur parfait qui réalise la dépendance de son Dieu et Père dont la volonté le dirige dans toute son activité. Il se lève longtemps avant le jour, afin que l’heure du travail le trouve prêt. Quel modèle en toutes choses ! Puissions-nous l’imiter chacun dans notre petit service, sachant que la prière doit précéder tout travail, pour qu’il soit accompli selon la volonté de Dieu !

Les disciples le suivirent, mais ils n’étaient pas avec Jésus lorsqu’il sortit de la ville pour prier, car nous lisons : « Et l’ayant trouvé, ils lui dirent : Tous te cherchent ». Jésus leur répondit : « Allons ailleurs dans les bourgades voisines, afin que j’y prêche aussi ; car c’est pour cela que je suis venu ». Il n’avait pas à satisfaire la curiosité des foules par ses miracles, mais à répondre à de vrais besoins et à prêcher l’évangile du royaume. Les miracles devaient attirer l’attention sur sa parole et montrer que Jésus était le Messie ; si ces résultats ne se produisaient pas, il allait ailleurs. « Il prêchait dans leurs synagogues par toute la Galilée ».

Il est frappant de voir quelle quantité de démoniaques se trouvaient au milieu du peuple Juif. Cela montre dans quelle mesure l’homme est tombé entre les mains de Satan. Hélas ! il y tombera d’une manière plus terrible encore dans un avenir prochain, pour avoir rejeté Christ et la grâce offerte à tous les hommes en vertu de son sacrifice.

 

1.8   Guérison d’un lépreux

(v. 40-45). — « Un lépreux vint à lui, le suppliant et se jetant à genoux devant lui, et lui disant : Si tu veux, tu peux me rendre net ». Ce lépreux avait sûrement entendu parler des miracles que Jésus accomplissait en faveur de tant de malheureux. Il ne ressentait aucun doute quant à son pouvoir, mais n’avait pas encore compris que l’amour de Dieu avait amené Jésus ici-bas spécialement pour délivrer les malheureux de leurs infirmités. C’est pourquoi il dit : « si tu veux, tu peux ». Mais Jésus était là, en contact avec toutes les misères humaines, parce qu’il le voulait. « Et Jésus, ému de compassion, étendant la main, le toucha, et lui dit : Je veux, sois net ». Ainsi le lépreux trouva en Jésus non seulement la volonté et la puissance, mais toute la compassion produite par l’amour parfait ; cet amour se manifestait dans une personne dont la sainteté absolue lui permettait de toucher la plus grande souillure sans être souillée elle-même ; car la lèpre, figure du péché, contaminait quiconque entrait en contact avec elle. Par Jésus, au contraire, le lépreux était rendu net grâce au contact de l’Homme Dieu, descendu jusque là. Dans cette guérison, les perfections divines et humaines de Jésus, serviteur parfait, apparaissent avec beauté : la puissance qui délivre ; l’amour qui s’est abaissé pour accomplir ce service ; la pureté parfaite du Fils de Dieu dans son humanité, qui ôte la souillure ; l’humilité profonde qui veut éviter les manifestations du public étonné par les miracles, et le dévouement qui cherche sa satisfaction dans l’accomplissement de la volonté de son Père et non dans les acclamations de la foule. C’est pourquoi « usant de paroles sévères », il renvoya aussitôt l’homme et lui dit : « Prends garde de n’en rien dire à personne ». Il lui enjoint seulement de se montrer au sacrificateur, en conformité avec l’ordre établi de Dieu en Lévitique 13 et 14, « pour que », dit-il, « cela leur serve de témoignage ». Par cette guérison, le sacrificateur avait devant lui le témoignage irrécusable que Dieu était au milieu de son peuple, car lui seul pouvait guérir la lèpre, comme lui seul pouvait ôter le péché.

Au lieu de se taire, l’homme « commença à beaucoup publier et à divulguer ce qui était arrivé, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans la ville ; mais il se tenait dehors dans des lieux déserts ; et on venait à lui de toutes parts ». On comprend que cet homme avait besoin de faire connaître sa grande délivrance ; mais si cette circonstance empêcha Jésus d’entrer dans la ville, elle manifesta ceux qui avaient de réels besoins et qui allaient à lui de toutes parts.

Ce premier chapitre nous offre un tableau merveilleux et caractéristique de l’activité de Jésus, Serviteur et Prophète au milieu des hommes. Les faits sont rapportés de manière à ne laisser aucun doute sur le caractère de Jésus dans cet évangile, en sorte qu’il ne peut être confondu avec les traits sous lesquels l’Esprit de Dieu le présente dans les autres. Qui pourrait écrire de cette manière, si ce n’est sous l’inspiration divine ?

 

2                        Chapitre 2

(v. 1-12). — Obligé de rester en dehors de Capernaüm, pour éviter la foule curieuse qui le gênait dans son service, Jésus y rentra au bout de quelques jours afin de continuer son ministère. Dès qu’on apprit son arrivée, beaucoup de gens s’assemblèrent dans la maison où il se trouvait, de sorte qu’il n’y avait plus de place, même auprès de la porte. Là « il leur annonçait la parole ». La présentation de la Parole est la chose importante dans tout service de la part de Dieu. Dans celui de Jésus, elle tenait la première place (voir chap. 1:14, 15, 21, 22, 38, 39). Dans tous les chapitres nous le voyons prêchant et enseignant. Les miracles qu’il accomplissait accompagnaient la Parole ; ils témoignaient de la puissance et de la présence de Dieu agissant en grâce au milieu de son peuple ; mais Dieu opérait dans les cœurs par la Parole (Hébreux 2:3, 4). Aujourd’hui de même, c’est par la prédication de la Parole pure et simple que Dieu peut accomplir son œuvre. Aussi Paul écrivit-il à Timothée en vue des jours mauvais auxquels nous sommes parvenus : « Prêche la parole, insiste en temps et hors de temps » (2 Timothée 4:2). On peut entendre facilement de magnifiques discours sur des questions religieuses et morales, qui frappent par leur beauté et attirent des foules, mais s’ils ne présentent pas la parole de Dieu, ils ne produisent ni conviction de péché, ni conversion ; car la parole de Dieu seule atteint la conscience et répond à ses besoins.

Dans le ministère de Jésus, des actes de puissance accompagnaient la prédication de la Parole, car il accomplissait au milieu de son peuple ce que leurs Écritures avaient annoncé. Quoique « fait à la ressemblance des hommes » (Philippiens 2:7, 8), il était celui dont David dit : « C’est lui qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes infirmités, qui rachète ta vie de la fosse, qui te couronne de bonté et de compassions » (Psaume 103:3, 4).

Convaincus de sa puissance et de sa bonté, quatre hommes amènent à Jésus un paralytique. Ne pouvant s’approcher à cause de la foule, ils font descendre le lit du malade par une ouverture pratiquée dans le toit de la maison. « Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : Mon enfant, tes péchés sont pardonnés ». Jamais on ne fait appel à la bonté de Jésus en vain ; la foi trouve toujours en lui une pleine réponse aux besoins créés par le péché. Il faut simplement, à l’exemple de ceux qui apportaient ce malade à Jésus, avoir conscience de ses propres besoins et croire à la puissance et à la bonté de celui qui a quitté la gloire pour délivrer ses créatures des conséquences du péché. La réponse de Jésus fait bien comprendre que tous les maux proviennent du péché ; mais, grâce merveilleuse ! lui-même apportait le remède où se trouvait le mal, afin que l’homme, impuissant à se délivrer, puisse obtenir, par la foi, une complète guérison. Toute l’activité déployée dans ce but vient de Dieu.

Les scribes, témoins de ce miracle et méconnaissant Jésus, raisonnaient dans leurs cœurs, disant : « il blasphème. Qui peut pardonner les péchés, sinon un seul, Dieu ? » Cette dernière phrase était exacte, mais précisément Dieu se trouvait là, sous la forme d’un serviteur ; Il était descendu du ciel, et avait voilé sa gloire pour être accessible à tous. Mais connaissant leurs raisonnements, il démontre pourtant sa divinité, car il leur dit : « Pourquoi faites-vous ces raisonnements dans vos cœurs ? Lequel est le plus facile, de dire au paralytique : Tes péchés te sont pardonnés ; ou de dire : Lève-toi, prends ton petit lit, et marche ? » Les péchés ont causé tous les maux ; c’est pourquoi, sous le gouvernement de Dieu sous lequel Israël se trouvait, une maladie pouvait résulter de tel ou tel péché, de sorte que c’était guérir celui qui en souffrait que de lui dire : « Tes péchés te sont pardonnés ». Dieu seul pouvait faire cela. On retrouve le même principe s’il s’agit du pardon éternel de nos péchés. Dire à un pécheur repentant et croyant : « Tu es sauvé », c’est lui dire : « Tes péchés te sont pardonnés ». Ceci résulte, pour le pécheur aujourd’hui, comme pour ce paralytique, de la venue de Jésus ici-bas ; mais il ne se borna pas à déployer sa puissance et sa bonté en faveur de son peuple terrestre : il a porté nos péchés en son corps sur le bois et par sa meurtrissure nous avons été guéris (1 Pierre 2:24). Pour convaincre ces scribes raisonneurs, Jésus leur dit : « Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de pardonner les péchés (il dit au paralytique) : Je te dis, lève-toi, prends ton petit lit, et va dans ta maison... Ils en furent tous étonnés et... glorifiaient Dieu, disant : Nous ne vîmes jamais pareille chose ». Jamais, en effet, dans ce monde on n’avait vu Dieu dans un homme, le Fils de l’homme, disposant de la grâce et de la puissance divines pour délivrer les hommes de leurs péchés et de leurs conséquences.

Nous sommes heureux d’être encore dans le temps où cette grâce et cette puissance agissent en faveur de tous, par l’Évangile qui est « la puissance de Dieu en salut à quiconque croit, et au Juif premièrement, et au Grec » (Romains 1:16).

 

2.1   Appel de Lévi

(v. 13-17). — Dans son incessante activité, Jésus longeait la mer de Galilée, entouré d’une foule qu’il enseignait. En passant, il vit Lévi (appelé Matthieu en Matthieu 9:9) assis au bureau de recette et vaquant à son service de péager, emploi des plus vils aux yeux des Juifs, parce que le paiement des impôts leur faisait réaliser péniblement leur assujettissement aux Romains. Or, non seulement Jésus désirait chercher et sauver de tels individus, mais il voulait en avoir un avec lui pour l’employer à son service. Il dit à Lévi : « Suis-moi ». Lévi lui obéit aussitôt. Comme nous l’avons vu au chapitre précédent, le Seigneur lui-même choisit ses serviteurs, les appelle et les forme.

Après cela, nous trouvons Jésus à table chez son nouveau disciple avec beaucoup de publicains et de pécheurs. Là-dessus, les scribes et les pharisiens demandent : « Pourquoi mange-t-il et boit-il avec les publicains et les pécheurs ? » Pas plus que les scribes témoins de la guérison du paralytique, ils ne connaissaient Jésus et la grâce qui l’a fait descendre au milieu des pécheurs, parce qu’ils ne pensaient pas avoir besoin de cette grâce. Ils ressemblaient bien peu à ceux qui apportaient le paralytique au Seigneur. Voyant Jésus à table avec ceux qu’ils appelaient des pécheurs, ils le considéraient comme souillé par leur contact et identifié avec eux, tandis qu’eux-mêmes se tenaient à l’écart avec une pharisaïque dignité. Ils ne connaissaient ni la pureté ni la sainteté parfaites de Jésus qui lui permettaient de toucher, sans être souillé, un lépreux, type des pécheurs pour lesquels il était venu. Comme il voyait tous les hommes dans un état moral représenté par la lèpre, la fièvre, la paralysie, la cécité, la surdité, le mutisme, il venait pour les guérir, les sauver. Rien donc d’étonnant à ce qu’on le trouve au milieu de ceux qui se reconnaissaient tels. C’est ce que la réponse de Jésus devait leur faire comprendre : « Ceux qui sont en bonne santé n’ont pas besoin de médecin, mais ceux qui se portent mal, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs ».

Le Seigneur ne donnait pas à entendre qu’il y a ici-bas une classe de justes au milieu de laquelle se trouvent des pécheurs qu’il était venu sauver ; Il veut dire que ceux qui se reconnaissent tels profitent de son appel. Dieu dit : « Tous ont péché » (Romains 3:23). Mais tous ne le reconnaissent pas et par conséquent n’éprouvent aucun besoin d’un Sauveur. Il faut souvent un long travail de Dieu pour amener quelqu’un à reconnaître son état de péché et de perdition devant Dieu et son incapacité à y changer quoi que ce soit. Inutile de présenter le Sauveur à ceux chez qui cette œuvre n’est pas accomplie. Mais dès qu’une âme a la conviction de sa culpabilité et de son incapacité à effacer un seul de ses péchés, elle accepte avec bonheur, simplement et gratuitement, le salut accompli par la mort de Christ sur la croix. Pour arriver à la conviction de sa culpabilité devant Dieu, il ne faut pas se comparer à d’autres pécheurs, parce qu’on est facilement disposé à se croire meilleur que son prochain. La seule mesure du bien et du mal est Dieu lui-même, dans sa parfaite sainteté. C’est à lui qu’il faut se comparer pour savoir si l’on a besoin du sang de Christ qui purifie de tout péché. C’est d’après cette mesure-là que tous ceux qui comparaîtront devant le grand trône blanc seront jugés (Apoc. 20:11, 12). La parole de Dieu apporte maintenant au pécheur la lumière à laquelle il doit s’examiner pour voir son état ; elle lui présente le Sauveur et son œuvre parfaite à la croix, qui suffit pleinement pour sauver le plus grand des coupables. Devant le grand trône blanc, il sera trop tard pour comprendre que l’on avait besoin d’un Sauveur. Tous le comprendront ; mais le Juge en présence duquel ils comparaîtront sera le Sauveur qu’ils auront méprisé.

 

2.2   L’Époux présent

(v. 18-22). — Quelle merveilleuse grâce Jésus apporte aux pécheurs ! Ceux qui en étaient les objets avaient pour part la paix et la joie. On peut se représenter le bonheur de cette compagnie de pécheurs à table chez Lévi avec Jésus, de même que la joie des disciples entourant leur Maître bien-aimé, depuis longtemps attendu. Les disciples de Jean et les pharisiens n’avaient pas compris la grâce venue par Jésus Christ, ni le changement apporté dans le cœur de celui qui l’avait reçu. C’est pourquoi ils viennent à Jésus et lui demandent pourquoi ses disciples ne jeûnaient pas comme eux-mêmes le faisaient. Jésus leur répond : « Les fils de la chambre nuptiale peuvent-ils jeûner pendant que l’époux est avec eux ? Aussi longtemps qu’ils ont l’époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner ». Ceux qui avaient reçu Christ connaissaient une joie pareille à celle des amis d’un époux en un jour de noce. Personne ne songerait à jeûner dans un moment pareil. La raison pour laquelle les disciples de Jésus ne jeûnaient pas était aussi simple que merveilleuse : ils avaient l’Époux avec eux. Joie précieuse que celle qu’apporte dans le cœur la connaissance et la présence de Jésus, Celui qui est venu du ciel pour donner à l’homme un bonheur infiniment plus grand que celui de l’innocence perdue par le péché d’Adam ! Tous nos lecteurs le connaissent-ils ?

Mais le Seigneur informe les disciples qui l’entourent qu’ils auront à jeûner : « Mais des jours viendront, lorsque l’Époux leur aura été ôté ; et alors ils jeûneront en ce jour-là ». Jésus fait pressentir sa mort ; la haine des hommes ne le supportera pas au milieu d’eux. Moment bien douloureux pour les disciples que sa présence avait réjouis ! En Jean 16:20, Jésus leur dit : « Vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; et vous, vous serez dans la tristesse », et au v. 22 : « Et vous donc, vous avez maintenant de la tristesse ; mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira : et personne ne vous ôte votre joie ». Ces paroles indiquent la cause et le caractère de la joie du monde et de celle des croyants. Le monde se réjouit sans Christ et même parce que Christ ne le gêne plus par sa présence ; le croyant ne peut avoir de vraie joie qu’en lui ; la foi le rend présent à ceux qui attendent de le voir dans sa gloire. Au milieu même des tribulations, le croyant peut se réjouir toujours dans le Seigneur (Philippiens 4:4). Aussi le monde qui se réjouit sans Christ ressentira la plus grande terreur lorsqu’il apparaîtra en gloire pour le jugement.

Jésus montre, par l’exemple du morceau neuf ajouté au vieil habit et du vin nouveau versé dans de vieilles outres, que les formes propres au système de la loi ne pouvaient convenir à la puissance de la grâce qui apportait ce que la loi n’avait jamais pu donner. Il ne faut pas mêler les deux choses : elles ne s’accordent pas plus qu’un morceau neuf à un vieil habit, car le neuf ne fait que mettre en évidence l’infériorité du vieux ; le morceau neuf emporte le vieux et la déchirure en est plus mauvaise, comme de vieilles outres ne peuvent supporter la force du vin nouveau. Chaque chose doit demeurer à sa place. Le système de la loi n’ayant rien amené à la perfection, il doit faire place à la grâce apportée par Jésus. Le mélange de ces deux systèmes, celui de la loi et celui de la grâce, caractérise l’état actuel de la chrétienté, qui n’est autre qu’un système de formes revêtu du nom de Christ.

 

2.3   Le sabbat

(v. 23-28). — Le récit suivant, en nous rapportant de nouvelles objections des pharisiens, fait aussi ressortir la différence qui découle du changement de dispensation. Les disciples de Jésus, tout en passant par les blés, arrachaient des épis pour les manger, chose que la loi permettait de faire (Deutéronome 23:25). Les pharisiens en furent scandalisés parce qu’ils faisaient cela un jour de sabbat ; ils voulaient à tout prix conserver les ordonnances légales dont ils ne comprenaient pas la signification.

Le mot sabbat, qui signifie « repos », s’appliquait au septième jour dans lequel Dieu se reposa lors de la création (Genèse 2:2, 3). Lorsque Dieu appela à lui le peuple d’Israël, il lui imposa le sabbat comme signe entre lui et Israël (Exode 31:13 à 17). Dieu montrait ainsi son intention d’introduire l’homme dans son repos. Cette institution faisait partie des ordonnances par lesquelles l’homme vivrait s’il les pratiquait. Mais il leur désobéit, en sorte que la venue de Christ mit de côté le sabbat comme ordonnance, mais non la pensée de Dieu d’introduire l’homme dans son repos. Dieu allait y travailler lui-même ; c’est pourquoi Jésus était ici-bas, disant aux Juifs dans une circonstance analogue : « Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille » (Jean 5:17). Il a travaillé ; il a accompli sur la croix l’œuvre en vertu de laquelle le croyant peut entrer par grâce dans le repos de Dieu. Le pécheur n’a qu’à croire. C’est pourquoi la foi au sacrifice de Christ a remplacé le sabbat et tout le système légal. Voilà pourquoi nous voyons si souvent dans les évangiles Jésus accomplir des miracles le jour du sabbat : il montrait par là l’inutilité de la loi pour éxécuter les pensées de la grâce de Dieu.

Le Seigneur présente encore une autre raison pour laquelle les ordonnances étaient mises de côté. Il cite le cas où David, fuyant devant Saül, avait mangé, ainsi que sa suite, les pains de proposition, chose permise aux seuls sacrificateurs. David, le roi selon le cœur de Dieu, type de Christ, était rejeté, de sorte que le système qui se rattachait à sa royauté n’avait plus sa raison d’être. Ainsi, Jésus étant rejeté, les ordonnances tombaient aussi, et si le Juif voulait être sauvé, il devait croire à un Sauveur rejeté, et non plus pratiquer vainement quelques formes de son culte. Au reste le sabbat, fait pour l’homme, ne lui avait servi de rien ; et l’homme n’était pas fait pour le sabbat. Ainsi le Fils de l’homme, celui dont les droits s’étendent à tout, est seigneur aussi du sabbat ; il pouvait donc en disposer, sans que personne ait le droit de l’en empêcher.

 

3                        Chapitre 3

3.1   Guérison un jour de sabbat

(v. 1-12). — De nouveau Jésus entra, un jour de sabbat, dans la synagogue, où il trouva un homme qui avait la main desséchée. Les assistants l’observaient pour voir s’il le guérirait, afin de l’accuser. Connaissant leurs pensées, Jésus ordonna à l’infirme de se lever devant tous, et leur dit : « Est-il permis de faire du bien le jour de sabbat, ou de faire du mal ? de sauver la vie, ou de tuer ? » Mis à l’épreuve par ces paroles, ils ne répondirent rien. Leur conscience ne leur permettait pas de dire qu’il ne fallait pas faire du bien le jour du sabbat, car, s’ils n’en convenaient pas, ils savaient néanmoins que Dieu les visitait et que l’amour ne pouvait être condamné par la loi s’il délivrait l’homme de ses malheurs ce jour-là. Mais leur haine pour Jésus ne leur permettait pas de l’approuver, tellement ils cherchaient une occasion pour le faire mourir. La perfection de la vie du Seigneur leur ôtait toute occasion de le prendre en défaut ; ils ne trouvaient de prétexte pour le condamner que dans l’exercice de l’amour divin, amour qui ne pouvait s’exercer librement dans le cercle restreint des ordonnances sous lesquelles l’homme demeurait dans son misérable état.

L’homme ne peut supporter la grâce, parce qu’elle le met de côté, tandis que les ordonnances le considèrent comme capable de les accomplir. Le pécheur préfère demeurer sous la loi, et par conséquent sous la condamnation, plutôt que d’accepter la grâce qui le délivre de la condamnation, en lui montrant qu’un autre a dû prendre sa place sous le jugement pour l’en délivrer.

Devant le silence de ses observateurs, Jésus fut rempli d’indignation : « Et les ayant regardés à l’entour avec colère », est-il dit, « étant attristé de l’endurcissement de leur cœur, il dit à l’homme : Étends ta main. Et il l’étendit, et sa main fut rétablie ». La colère fait partie des perfections de la nature divine, c’est l’indignation que Dieu éprouve en présence du péché, si repoussant pour Sa nature. On comprend aisément les sentiments de Jésus devant l’endurcissement de ces hommes, sans cœur pour leurs semblables dans la souffrance, et plus insensibles encore à l’amour qui venait les délivrer. Combien Jésus a dû souffrir en voyant son amour méprisé et repoussé par l’orgueil et l’égoïsme de ceux qui avaient pris, au milieu du peuple, la place de bergers, mais de bergers mercenaires qui ne se mettaient pas en souci des brebis ! (voir Ézéchiel 34).

Voyant le miracle accompli, les hérodiens et les pharisiens — deux sectes ennemies entre elles — sortent aussitôt et tiennent conseil pour faire mourir Jésus. Sans se préoccuper des intentions de ces méchants, le divin Serviteur se retire avec ses disciples afin de poursuivre son œuvre ailleurs, semblable à un cours d’eau qui se détourne et prend une autre direction lorsqu’il trouve un obstacle sur son passage.

Jésus se dirige vers la mer, où une grande multitude le suit, venant de toutes les contrées voisines, de l’autre côté du Jourdain, et même de Tyr et de Sidon, villes païennes situées sur les côtes de la mer Méditerranée. L’incrédulité des chefs du peuple laisse subsister les besoins chez les foules qui trouvent en Jésus l’amour et la puissance nécessaires pour y répondre. Pressé par la multitude, Jésus dut demander à ses disciples qu’on mette une barque à sa disposition, car ceux qui souffraient de quelque infirmité se jetaient sur lui afin de le toucher. Combien Jésus est admirable dans son abaissement volontaire ! Il est Dieu au milieu de ses créatures, devenu homme pour les servir ; mais il agit comme un homme doit le faire pour se préserver d’une foule qui le presse ; il ne se protège pas par sa puissance divine : il demande une barque, comme s’il en avait besoin pour être en sûreté. La réalisation parfaite de son humanité gagne le cœur, l’attire. Cet homme était Dieu manifesté en chair, débonnaire et humble de cœur, vers lequel les affligés ne craignaient pas de se jeter pour obtenir la guérison qu’ils désiraient. Quelle grâce merveilleuse ! Mais combien est coupable celui qui la méprise !

Les démons, voyant Jésus, se jetaient devant lui, confessant qu’il était Fils de Dieu. Ici encore, le Seigneur leur défend expressément de le faire connaître. Il ne voulait pas recevoir le témoignage des démons. Les caractères divins qu’il manifestait devaient suffire aux hommes pour qu’ils croient en lui.

Le refus de Jésus de recevoir le témoignage des démons nous enseigne clairement que le croyant ne doit rien avoir à faire avec ces êtres-là. Il est utile de le rappeler, car dans l’état actuel de la chrétienté, où l’on abandonne de plus en plus la vérité de Dieu, il est effrayant de voir avec quelle facilité les hommes se mettent en relation avec les mauvais esprits, par le magnétisme, le spiritisme, l’hypnotisme, dans des buts divers, et surtout pour obtenir des choses que Dieu n’a pas mises à la disposition de ses créatures. Rappelons-nous que, quels que soient les résultats obtenus, Dieu est en dehors de tout cela, et tous les effets qui peuvent être produits sont dus à la puissance de Satan, et par conséquent mensongers.

Cette puissance satanique, sous laquelle les hommes se placent toujours plus, pour la plupart inconsciemment, les étreindra peu à peu, jusqu’au jour où elle aura atteint son plein développement en jugement sur ceux qui n’auront pas cru la vérité, alors que Dieu enverra « une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice » (2 Thessaloniciens 2:9-12).

 

3.2   Appel des douze

(v. 13-19). — Jusqu’ici, Jésus avait été suivi par un certain nombre de disciples, dont il avait appelé plusieurs personnellement : Simon, André et les fils de Zébédée. Maintenant il en appelle douze pour être avec lui (*). Jésus voulait des compagnons dans son service, afin de prêcher, de guérir et de chasser les démons. La prédication a la première place dans l’activité du Seigneur ; de tous les dons du commencement, c’est celui qui subsiste aujourd’hui, parce que Dieu accomplit son œuvre par la Parole seule. Nous avons déjà vu au premier chapitre que le Seigneur seul a autorité pour appeler et douer ceux qu’il veut employer à son service. Au v. 13, il est dit qu’il appela « ceux qu’il voulait ». Ce ne sont pas ceux qui veulent ou ceux qui sont désignés par une autre autorité, qui peuvent être consacrés au service du Seigneur.

(*) Le nombre douze présente la perfection et la plénitude dans l’administration confiée à l’homme : douze tribus, douze apôtres, douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël, etc. C’est le nombre le plus divisible.

Jésus manifeste son autorité en changeant les noms de quelques-uns d’entre eux. Simon fut surnommé Pierre, et Jean, Boanergès. Il le fit, sans doute, en rapport avec la connaissance qu’il avait de leur caractère, car le nom exprime ce qu’est la personne qui le porte. Le nom de Pierre est devenu un nom général qui désigne tous les croyants, car chacun d’eux est une pierre de l’édifice fondé sur le roc qui est Christ lui-même, confessé comme Fils du Dieu vivant, ainsi que Jésus le dit à Pierre en Matthieu 16:18 : « Et moi... je te dis que tu es Pierre (ou une pierre) ; et sur ce roc je bâtirai mon Assemblée ».

 

3.3   Jésus jugé par ses proches et les scribes

(v. 20-30). — Quand Jésus et ses disciples rentrèrent à la maison, la foule les entoura aussitôt, au point qu’ils ne pouvaient même pas manger leur pain. Ayant entendu tout ce qui avait eu lieu, les proches de Jésus survinrent avec l’intention de se saisir de lui, le disant hors de sens. Voilà l’appréciation que faisait le cœur naturel en voyant le travail que la grâce de Dieu opérait par le moyen du fidèle et divin Serviteur. Une vie de dévouement et de service dans la dépendance de Dieu passe pour folie, et l’homme y mettrait fin s’il le pouvait. C’est bien ce que voulaient faire les parents du Seigneur. Quel abîme se trouve entre les pensées des hommes et celles de Dieu !

Chez les scribes descendus de Jérusalem, il y a plus encore : ils ne peuvent nier la puissance par laquelle Jésus chassait les démons ; mais ils l’attribuent au chef des démons. Jésus leur montre la folie d’une telle déclaration, en leur disant : « Comment Satan peut-il chasser Satan ? » Un royaume divisé contre lui-même ne peut subsister, ni une maison non plus. « Si Satan s’élève contre lui-même et est divisé, il ne peut pas subsister, mais il vient à sa fin. Nul ne peut entrer dans la maison de l’homme fort, et piller ses biens, si premièrement il n’a lié l’homme fort ; et alors il pillera sa maison ». Jésus était ici-bas pour délivrer l’homme du pouvoir du diable ; pour le faire il avait dû entrer dans sa maison et le lier ; c’est ce qui eut lieu à la tentation dans le désert, où Satan vaincu par l’obéissance du Seigneur s’était retiré pour le laisser accomplir librement son œuvre de délivrance en faveur des hommes ; la puissance par laquelle Jésus chassait les démons était donc celle par laquelle leur chef était vaincu.

À la croix, le pouvoir du diable sur la mort lui a été ôté en ce qui concerne le croyant : « Par la mort, il rendit impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable » (Hébreux 2:14). Bientôt, dit l’apôtre Paul, « le Dieu de paix brisera Satan sous vos pieds » (Romains 16:20). La chose se réalisera lors de la délivrance complète des rachetés. Dans le millénium, Satan, lié, ne pourra pas nuire aux hommes. Enfin, pour l’état éternel, il sera jeté dans l’étang de feu et de soufre préparé pour lui et ses anges, où se trouveront, hélas ! ceux qui auront préféré écouter les mensonges de l’ennemi, plutôt que la vérité de Dieu qui leur offrait le salut.

Cette accusation des scribes produisit de très graves conséquences : Jésus proclame que les péchés et les blasphèmes seront pardonnés aux hommes, mais que « quiconque proférera des paroles injurieuses contre l’Esprit Saint n’aura jamais de pardon ; mais il est passible du jugement éternel. C’était parce qu’ils disaient : Il a un esprit immonde ». Jésus chassait les démons par la puissance du Saint Esprit, en sorte que dire que cette puissance était celle du diable, c’était blasphémer contre le Saint Esprit. Les Juifs comme nation se sont placés sous les conséquences d’un tel péché, en rejetant le témoignage que le Saint Esprit a rendu à Christ depuis la Pentecôte ; aussi il n’y a pas eu de pardon pour le peuple ; Dieu le mit de côté et le dispersa parmi les nations.

 

3.4   La vraie famille de Jésus

(v. 31-35). — Tout ce qui venait de se passer témoignait hautement qu’il n’y avait pas de relation possible entre Dieu et l’homme selon la chair, quoique Dieu l’ait entouré de tous Ses soins sans loi et sous la loi, et que l’épreuve se termine par la présentation de Christ en grâce. La mère et les frères de Jésus le font appeler ; mais lui se sert de cette circonstance pour déclarer devant tous qu’il ne reconnaît aucune relation entre lui et l’homme en Adam, ni avec sa mère et ses frères, qui représentent le peuple juif dont il est issu quant à son humanité. D’autres liens se formeront par l’action de la Parole ; désormais sa mère et ses frères sont ceux qui font la volonté de Dieu. Ceci implique la nouvelle naissance : on ne peut faire la volonté de Dieu qu’en possédant la nature divine, car, dans la chair, c’est impossible ; dans cet état, l’homme ne se soumet pas à la loi de Dieu ; il ne le peut pas.

« Quiconque fera la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère ». L’Esprit de Dieu se sert de ces paroles pour nous montrer que c’est par des actions que l’on peut être reconnu enfant de Dieu. Il ne suffit pas de dire que l’on croit, car ce qui distingue un croyant d’un non-croyant, c’est le témoignage qu’il rend, témoignage qui consiste à obéir à la parole de Dieu, puisque Dieu nous exprime par elle sa volonté. Dieu veut des fruits. « La foi sans les œuvres est morte » (Jacques 2:26). Or comme Dieu a donné au croyant une vie qui peut produire des fruits, il est naturel qu’il en attende.

Que ce qui nous caractérise toujours mieux, ce soit l’obéissance à la volonté de Dieu pendant le peu de temps que nous sommes laissés ici-bas ! Le Seigneur Jésus lui-même est notre modèle ; en considérant sa vie de serviteur parfait, d’homme obéissant, dévoué, nous pourrons, jeunes ou vieux croyants, l’imiter et être agréables à Dieu. Alors on nous reconnaîtra comme ceux que le Seigneur n’a pas honte d’appeler ses frères, ses sœurs et sa mère.

 

4                        Chapitre 4

4.1   Parabole du semeur

(v. 1-25). — Puisque l’homme naturel est incapable de faire la volonté de Dieu, en d’autres termes, de porter du fruit, Jésus indique dans ce chapitre comment il pourra en obtenir.

Une grande foule se rassemble autour de lui, près de la mer ; de nouveau il monte dans une barque et, de là, il enseigne beaucoup de choses par des paraboles, entre autres celle du semeur, où il montre le changement nécessité de la part de Dieu par le misérable état de l’homme naturel ; ce changement consiste à semer dans les cœurs sa parole vivifiante qui produira des fruits là où elle rencontrera un terrain préparé à la recevoir. Jusque-là, sous la loi, Israël était comparé à une vigne dont Dieu n’a pu obtenir que de mauvais fruits.

Nous avons déjà examiné cette parabole au chapitre 13 de Matthieu. Ici, nous ne ferons qu’énumérer les divers terrains sur lesquels la parole tombe lorsqu’elle est annoncée, ainsi que Jésus l’explique aux disciples. Il parlait en paraboles au peuple qui, en persistant dans son incrédulité, tombait sous le jugement prononcé par l’Éternel en Ésaïe 6:9, 10. Cependant, au v. 9, après avoir présenté les paraboles, il laisse chacun sous la responsabilité de ce qu’il a entendu, disant : « Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ». Il faut la foi pour recevoir ce que Dieu dit, mais « la foi est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la parole de Dieu » (Romains 10:17).

La première catégorie se compose de ceux dont le cœur ressemble à un chemin ; la semence ne peut y pénétrer et le diable, qui s’oppose toujours à la conversion d’une âme, s’empresse d’enlever la semence restée à la surface, en présentant au cœur des choses qui le distraient. Cela lui est facile ; il y a tant d’objets par lesquels il détourne de la Parole. La semence est souvent ravie avant même que l’on soit sorti du lieu où elle a été répandue.

La seconde catégorie est celle où la Parole tombe dans les lieux pierreux. Il n’y a pas de terre profonde, elle lève aussitôt ; des effets sont produits, on a pu manifester de la satisfaction d’avoir entendu l’Évangile, on a pu même prendre cela pour la conversion ; on a pris de bonnes résolutions, mais le fond du terrain, un cœur préparé, manque. Lorsque ces bons effets se heurtent à l’opposition que rencontre dans ce monde ce qui est de Dieu, ils disparaissent, le soleil de l’opprobre et de la persécution détruit tout, même lorsqu’il n’est pas très ardent.

Dans le troisième terrain, celui où croissent les épines, les manifestations de ce que l’on a entendu demeurent un peu plus longtemps que dans le cas précédent ; mais la Parole n’a pas été assez assimilée pour délivrer le cœur des soucis de ce siècle, de la tromperie des richesses et des « convoitises à l’égard d’autres choses » (Marc est le seul évangéliste qui cite cette dernière phrase) ; on veut mener de front les choses du monde et celles de Dieu, cela dure un peu, puis finalement les épines étouffent la Parole et les effets qu’elle a pu produire pendant un temps : aucun fruit n’est venu à maturité.

Ceux qui entendent la Parole et la reçoivent forment la quatrième classe. C’est la bonne terre ; il n’est pas dit comment cette terre devient bonne, ni combien il fallait de temps pour la préparer. Nous savons que cette préparation a lieu par l’action de la Parole, non seulement entendue, mais reçue lorsqu’elle fut présentée ; du fruit a été produit : un trente, un soixante, et un cent. Ici l’énumération des fruits produits va en progressant, probablement parce que Marc présente l’œuvre du divin Serviteur ; en Matthieu, l’énumération va en diminuant : cent, soixante et trente. En Luc, le fruit est produit au centuple, il est porté avec patience ; c’est le travail de la grâce (Luc 8:15).

À partir du v. 21, l’enseignement, tout à fait spécial à l’évangile selon Marc, est en rapport avec la responsabilité du serviteur, le service étant ici ce que l’Esprit de Dieu a en vue. C’est pourquoi il dit aux disciples et à tout croyant aujourd’hui : « La lampe vient-elle pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? N’est-ce pas pour être mise sur le pied de lampe ? » La parole de Dieu opérant en celui qui l’a reçue produit la lumière. Or personne de sensé n’allume une lampe avec la pensée qu’elle n’éclairera pas. Chaque croyant est une lampe que Dieu a allumée au moyen de sa Parole, afin qu’elle projette la lumière divine autour de lui, soit par le témoignage que tous nous devons rendre, soit par un service spécial comme l’évangélisation. Ainsi tous sont responsables de ne pas cacher la lumière, car il faudra avoir affaire avec Dieu, et alors tout viendra en évidence ; nous savons que c’est inutile de vouloir cacher quelque chose à Dieu. Au v. 23, il est dit de nouveau : « Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ». Au v. 9, cet avertissement s’adresse aux foules, aux inconvertis, chacun étant responsable de ce qu’il a entendu, mais ici l’exhortation est adressée à ceux qui ont reçu la Parole, afin qu’ils prennent garde à la manière dont ils accomplissent leur service, à l’emploi de ce qu’ils ont reçu. En vertu de la mort de Christ, le croyant échappe au jugement qu’il avait mérité ; mais il a affaire au gouvernement de Dieu qui rétribuera chacun selon sa fidélité durant sa vie, à partir de sa conversion. C’est pourquoi Jésus dit : « Prenez garde à ce que vous entendez : de la mesure dont vous mesurerez il vous sera mesuré ; et à vous qui entendez, il sera ajouté ; car à quiconque a, il sera donné ; et à celui qui n’a pas, cela même qu’il a sera ôté ». Paroles très sérieuses par lesquelles Dieu sonde nos cœurs et nos consciences, nous demandant dans quelle mesure nous mesurons à d’autres les paroles de grâce et de vérité que nous avons reçues, comme une lampe allumée répand autour d’elle sa lumière. Pour le moment, cela peut paraître n’avoir pas de graves conséquences ; mais le jour approche où il n’y aura rien de secret qui ne soit manifesté, et rien de caché qui ne vienne en évidence. En ce jour-là, selon la juste appréciation de Dieu, il sera mesuré à chacun selon ce qu’il aura mesuré. Déjà maintenant Dieu ajoute des bénédictions à ceux qui sont fidèles : « À vous qui entendez, il sera ajouté, car à quiconque a, il sera donné ». Le moyen d’être enrichi, c’est de faire valoir ce que l’on a déjà, tandis qu’à celui qui s’est contenté d’une profession sans vie, au jour du jugement ce qu’il a eu lui sera ôté.

Puissent ces paroles du Seigneur nous rendre tous attentifs à la responsabilité qui nous incombe de répandre la lumière par une vie d’obéissance et de fidélité à Christ, durant le peu de temps qui nous sépare du moment où notre vie tout entière sera manifestée dans la pleine lumière alors que nous ne pourrons pas recommencer pour faire mieux ! Souvenons-nous tous des deux avertissements des v. 9 et 23 de notre chapitre : « Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »

 

4.2   Deux paraboles du royaume de Dieu

(v. 26-34). — Nous avons dans ces versets deux des paraboles du chapitre 13 de Matthieu, celle qui correspond à la parabole de l’ivraie et celle du grain de moutarde qui devient un grand arbre. Ici elles présentent un enseignement qui diffère passablement de celui de Matthieu ; la raison se trouve dans la différence qui caractérise les deux évangiles.

Jésus est celui qui a commencé à semer sur cette terre ; son œuvre s’est continuée par ceux qu’il a appelés à cela, et lui est monté au ciel. Là il attend le moment de la moisson, où il recueillera tout le fruit des semailles, comme en Matthieu 13:30. Pendant ce temps, il est comme un homme qui, après avoir semé, ne s’occupe plus de son champ ; la semence germe, la plante croît, comme à son insu, et il ne s’en occupe que lorsque la moisson arrive. Cette parabole est une image du royaume de Dieu en l’absence de Christ ; il a semé ; il est monté au ciel ; en apparence il ne s’occupe plus des résultats de son œuvre jusqu’au moment où il introduira dans le ciel ceux qui auront cru pendant son absence.

La parabole du grain de moutarde présente une autre forme extérieure du royaume de Dieu en l’absence de Christ ; ce sont des résultats visibles, mais différents de ceux que le divin ouvrier voulait produire. Au lieu de garder son caractère primitif de petitesse, d’humilité, quand il ne tenait point de place dans le monde, le royaume de Dieu a pris la forme d’une puissance protectrice, que représente le grand arbre issu de la petite semence de moutarde, symbole de l’humilité qui aurait dû caractériser le royaume. Si l’on considère ce qu’est devenue l’Église extérieurement, elle apparaît comme une grande puissance qui a protégé non pas ceux qui sèment la parole, mais ceux qui lui reconnaissaient la grandeur qu’elle s’était acquise. Son autorité s’exerçait sur des rois et des peuples, et elle a protégé les plus grands ennemis de Christ, ainsi que l’histoire de l’Église nous le montre. Les vrais disciples du royaume de Dieu dépendent du Seigneur et ils n’ont pas à rechercher d’autre protection.

Jésus prononça encore, dans ce moment, plusieurs paraboles de cette sorte, est-il dit, sans doute celles rapportées en Matthieu 13. Il les interprétait en particulier aux disciples, mais aux foules il ne parlait qu’en paraboles. Remarquons que Jésus ne prend cette forme de langage qu’à partir du moment où son rejet est manifeste ; jusqu’à ce chapitre il n’a pas prononcé de paraboles, ni en Matthieu jusqu’au chapitre 13, ni en Luc jusqu’au chapitre 8. Dans l’évangile selon Jean, il n’y en a pas ; dans cet évangile, Jésus n’est pas présenté au peuple. Dès le début, les Juifs sont considérés comme réprouvés et Jésus rejeté. La nouvelle naissance est immédiatement introduite (voir chap. 1:10-13). Au chapitre 12, qui termine le ministère public du Fils de Dieu, nous lisons les mêmes citations d’Ésaïe 6:9, 10 qui avaient leur accomplissement parce que le peuple n’avait pas cru les paroles du Fils de Dieu, malgré tous les miracles qu’il avait accomplis (Jean 12:37-43).

 

4.3   Jésus dort pendant la tempête

(v. 35-41). — Le soir venu, Jésus dit à ses disciples : « Passons à l’autre rive ». Après avoir congédié les foules, ils s’embarquèrent, ayant pris Jésus « comme il était », est-il dit ; mais peu après, une tempête se leva et les vagues remplissaient le bateau. Malgré l’orage, Jésus dormait à la poupe, sur un oreiller. Les disciples, en détresse, ne comprenant pas qu’il puisse dormir dans un tel moment, le réveillèrent en lui disant : « Maître, ne te mets-tu pas en peine que nous périssions ? » Les disciples n’avaient pas encore compris qui était leur Maître, et ils n’avaient pas pris garde à la parole qu’il leur avait dite : « Passons à l’autre rive ». S’ils l’avaient crue, ils auraient été certains d’arriver malgré l’orage. Leur Maître était Dieu, le créateur des ondes et des disciples ; malgré son humanité et son humilité, il était toujours le même ; il n’était pas possible qu’il périsse par les eaux qu’il avait créées, ni qu’il laisse périr ceux qu’il était venu sauver. Parfaitement calme, Jésus, le Serviteur fatigué, trouvait du repos dans un moment où son service le laissait libre de dormir, repos qui fut troublé par le manque de foi des disciples plus que par l’orage. « S’étant réveillé, il reprit le vent et dit à la mer : Fais silence, tais-toi ! Et le vent tomba, et il se fit un grand calme ». Jésus use de sa puissance divine en faveur des siens ; jamais il ne le fit pour lui-même. En imposant le silence aux éléments déchaînés, il calmait le cœur des disciples qui ignoraient qu’ils n’étaient pas plus en danger dans la tempête qu’avec le temps calme, du moment que Jésus était avec eux. Aussi il put leur dire : « Pourquoi êtes-vous ainsi craintifs ? Comment n’avez-vous pas de foi ? » Lorsque Jésus eut calmé la tempête, « ils furent saisis d’une grande peur, et ils dirent entre eux : Qui donc est celui-ci, que le vent même et la mer lui obéissent ? » Combien l’homme est un être petit et faible ! S’il se trouve en présence des éléments naturels plus puissants que lui, il est effrayé, et il ne l’est pas moins devant la puissance de Dieu, même lorsqu’elle opère en sa faveur.

Dans cette circonstance, le Seigneur voulut apprendre à ses disciples, et à nous aujourd’hui, que nous ne devons pas nous laisser effrayer par les circonstances que nous rencontrons sur notre route, au travers de la mer agitée de ce monde, car Jésus est avec nous selon sa promesse. Si Dieu permet que nous rencontrions des difficultés insurmontables à nos yeux, c’est afin de nous apprendre ce que sont sa bonté, son amour, sa puissance, toujours actifs en faveur des siens et à la disposition de la foi. Si nous avons pris avec nous le Seigneur, « comme il était », méprisé, rejeté, mais le Dieu sauveur, le Tout-puissant, invisible aux yeux de la chair, toujours présent à la foi, nous n’aurons rien à craindre. C’est lui qui nous a mis en chemin pour le ciel, et jusqu’à ce que nous ayons atteint ce rivage éternel, il est avec nous et pour nous, et il désire voir notre foi se manifester dans la tranquillité, au milieu des circonstances les plus adverses.

 

5                        Chapitre 5

5.1   Le démoniaque Légion

(v. 1-20). — Ce chapitre nous offre un autre tableau du ministère de Jésus et de l’état dans lequel il a trouvé l’homme, non plus seulement incapable de porter du fruit, mais placé sous la puissance du diable.

Arrivé à l’autre rive, au pays des Gergéséniens, Jésus fit la rencontre d’un démoniaque extraordinaire, qui demeurait dans les sépulcres, si fort qu’il mettait en pièces les fers et les chaînes avec lesquels on avait essayé de le lier. De nuit et de jour, il errait dans les sépulcres et les montagnes, criant et se meurtrissant avec des pierres (v. 5). Dieu seul peut nous donner un tableau semblable de l’état de l’homme asservi à Satan, car Lui seul peut apprécier les effets de cette puissance sur sa créature. Il avait destiné l’homme à jouir librement de tout ce qu’il avait placé dans la riche et belle création pour son bonheur, là où il n’y avait qu’exubérance de vie, sans péché ni douleur. Aussi quelle différence, lorsque l’homme eut écouté la voix du séducteur ! Quelle déchéance, quelle oppression, quelle ruine et quelles souffrances ! La vie ne fut que peine et douleur, et cette terre, d’où devait jaillir l’abondance, s’ouvrit pour recevoir les morts ; elle devint un cimetière. L’homme ne demeure pas au milieu d’un tel état sans chercher à y remédier. Il essaie d’enchaîner la puissance de Satan par la lutte contre les excès de tous genres : violence, ivrognerie, immoralité, mais les succès ne sont qu’apparents ; les liens se rompent à mesure, et le même état subsiste. Voilà le milieu où le Fils de Dieu vint apporter le seul moyen efficace pour délivrer l’homme ; aussi avec quelle joie et quelle reconnaissance n’aurait-on pas dû l’accueillir lorsqu’il apparut ! Nous savons qu’il n’en fut rien, ce que montre, du reste, la fin de ce récit. De même que dans les cas précédents, ce démoniaque, qui se nommait Légion, car plusieurs démons le possédaient, reconnut Jésus comme le Fils de Dieu. Le voyant de loin « il courut et se prosterna devant lui ; et, criant avec une voix forte, il dit : Qu’y a-t-il entre moi et toi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t’adjure par Dieu, ne me tourmente pas. Car il lui disait : Sors de cet homme, esprit immonde !... Et il y avait là, vers la montagne, un grand troupeau de pourceaux qui paissait. Et ils le prièrent, disant : Envoie-nous dans les pourceaux ». Jésus le leur ayant permis, les démons entrèrent dans les pourceaux qui se ruèrent du haut de la côte dans la mer. Voyant ce qui avait eu lieu, les porchers s’enfuirent et le racontèrent dans la ville et les campagnes. Ceux qui vinrent voir ce qui était arrivé, trouvèrent le démoniaque, assis, vêtu et dans son bon sens. Loin de se réjouir de la délivrance de ce malheureux, ces gens eurent peur et prièrent Jésus de se retirer de leur territoire. Ils se trouvaient sous une autre forme de l’activité de Satan, qui agit subtilement dans les cœurs pour les empêcher de recevoir Jésus, seul capable de délivrer l’homme. Ainsi l’ennemi peut continuer son œuvre au milieu de ceux qui l’écoutent. La chair a toujours quelque chose à perdre en recevant Jésus ; pour l’éviter, elle le renvoie. C’était honteux de trouver sur la terre de Canaan un troupeau de ces animaux impurs dont Moïse avait défendu l’usage, mais c’était bien pire de les préférer à Jésus. L’homme aime la désobéissance et le joug de Satan mieux que la présence du Fils de Dieu, présence qui délivre, mais qui apporte la lumière dans laquelle le mal ne peut s’accomplir. « Les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière : car leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean 3:19).

Comme Jésus montait dans la barque pour s’en aller, le démoniaque guéri lui demanda la permission de rester avec lui. Jésus ne la lui accorda pas, mais lui dit : « Va dans ta maison, vers les tiens, et raconte-leur tout ce que le Seigneur t’a fait, et comment il a usé de miséricorde envers toi ». Le désir de cet homme était bien compréhensible. Être avec le Seigneur est le souhait de tous ceux qu’il a sauvés. Mais il y a un témoignage à rendre au milieu de ceux qui l’ont rejeté, en attendant l’heureux moment d’être avec lui. Il faut faire connaître la grâce dont nous sommes les objets et commencer dans sa propre maison. « Va dans ta maison, vers les tiens », dit le Seigneur. C’est quelquefois difficile, parce que nous sentons que le témoignage que nous rendons n’est pas toujours conforme à nos paroles ; mais laissons régler notre vie par la Bible et nous pourrons imiter cet homme, non seulement dans nos familles, mais partout. « Il s’en alla, et se mit à publier en Décapolis tout ce que Jésus lui avait fait ; et tous s’en étonnaient ».

Ce démoniaque guéri représente ceux qui, en Israël, après avoir profité de la présence de Jésus, rendirent témoignage depuis son départ, tandis que le peuple qui l’a rejeté est resté sous la puissance de l’ennemi. Semblable au troupeau de pourceaux qui se rua dans la mer, il fut chassé parmi les nations et, pour ainsi dire, étouffé comme peuple, condition dans laquelle il demeurera jusqu’au moment où il regardera « vers Celui qu’ils ont percé », après un temps de terribles épreuves.

 

5.2   La fille de Jaïrus

(v. 21-43). — Chassé du pays des Gadaréniens, Jésus aborde à l’autre rive où une multitude nombreuse l’entoure aussitôt. Dès le début de son ministère dans cet évangile, nous le voyons constamment entouré par les foules, dont il est le serviteur dévoué, toujours prêt à répondre à l’appel de la foi.

Un chef de synagogue, nommé Jaïrus, vint à Jésus et, se jetant à ses pieds, le supplia instamment, disant : « Ma fille est à l’extrémité, je te prie de venir et de lui imposer les mains, afin qu’elle soit sauvée, et qu’elle vive ». Jésus s’en alla avec lui, accompagné d’une grande masse de gens qui le pressaient.

Dans la foule se trouvait une femme malade depuis douze ans, qui avait souffert de beaucoup de médecins, et dépensé en vain tout son bien, car son état allait en empirant. Ayant entendu parler de Jésus, elle vint par derrière et toucha son vêtement, car elle disait : « Si je touche, ne fût-ce que ses vêtements, je serai guérie ». La foi de cette femme ne resta pas sans réponse : elle s’aperçut aussitôt qu’elle était guérie. Jésus, sachant qu’une puissance était sortie de lui, demanda qui l’avait touché, et comme il regardait tout à l’entour pour voir qui avait fait cela, ses disciples lui dirent : « Tu vois la foule qui te presse, et tu dis : Qui m’a touché ? » En effet, la foule le pressait ; mais il y a une différence entre de vrais besoins que la foi met en contact avec le Seigneur, et la foule qui, tout en admirant Jésus et trouvant son plaisir à le suivre, n’était pas en rapport direct avec lui par la foi. La femme, se voyant découverte, vint en tremblant se jeter aux pieds de son Sauveur et lui déclara toute la vérité. Craignait-elle un reproche ? Au lieu d’un reproche, elle entendit, de la bouche du Seigneur, la confirmation de ce qu’elle avait éprouvé, car il lui dit : « Ma fille, ta foi t’a guérie ; va en paix, et sois guérie de ton fléau ».

Beaucoup de personnes ont eu la foi pour venir à Jésus, sachant que lui seul pouvait les sauver, mais se retirent, pour ainsi dire, après avoir eu la paix, sans se mettre en relation pratique avec le Seigneur et sans rendre témoignage devant le monde. Personne dans la foule ne les sait converties ; elles ne jouissent pas des précieuses déclarations du Seigneur qui affermiraient leur foi, et elles le privent du témoignage qui lui est dû pour tout ce qu’il a fait pour elles. Aussi elles ne peuvent progresser dans la connaissance de son amour. Jésus voudrait les rendre heureuses ; comme avec la femme qui nous occupe, il cherche ceux qu’il a sauvés, afin de leur mieux communiquer la connaissance de lui-même.

Souvenez-vous de cela, chers lecteurs ; ne demeurez pas inconnus dans la foule, si vous possédez le pardon de vos péchés ; vous devez au Seigneur une confession franche de ce qu’il a fait pour vous, et ce sera pour vous le moyen de progresser dans la jouissance de sa grâce.

Jésus parlait encore, que des gens de la maison de Jaïrus vinrent lui dire : « Ta fille est morte ; pourquoi tourmentes-tu encore le maître ? » Mais Jésus, ayant entendu cela, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement ». L’amour et la puissance étaient là en Jésus : amour parfait que la misère de l’homme avait attiré ici-bas, et puissance à laquelle rien ne pouvait résister, qui attendaient le contact de la foi : « Crois seulement » : c’est tout ce que Dieu demande au pauvre pécheur ; c’est ce qu’il demande aux siens dans toutes leurs difficultés.

Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et ne permet à personne de le suivre, sinon au père et à la mère de l’enfant. Il met hors de la maison les pleureurs et ceux qui poussaient des cris de désolation, selon les coutumes orientales en cas de mort, en leur disant : « Pourquoi faites-vous ce tumulte, et pourquoi pleurez-vous ? L’enfant n’est pas morte, mais elle dort. Et ils se riaient de lui ». Pour Dieu, la mort est un sommeil qui ne peut se prolonger en sa présence. Jésus prit la main de l’enfant et « lui dit : Talitha coumi » ; ce qui, interprété, est : Jeune fille, je te dis, lève-toi. Et aussitôt la jeune fille se leva et marcha, car elle avait douze ans ; et ils furent transportés d’une grande admiration. Et il leur enjoignit fort que personne ne le sût ; et il dit qu’on lui donnât à manger ».

Dans cet évangile tout particulièrement, le Seigneur ne veut pas que ses œuvres alimentent la curiosité du monde. Il y a une différence entre rendre témoignage à la grâce de Dieu, après en