Les trois résurrections de morts
par le Seigneur dans les évangiles
Marc 5:22-43 — Luc 7:11-16 — Jean 11

Edward Dennett (ajouts bibliquest entre crochets

Christian Friend, vol. 7, 1880, p. 260


1 - [Les trois cas. Trois degrés dans la mort]

2 - [Le vainqueur de la mort]

3 - [Différents motifs d’action du Seigneur]

3.1 - [Fille de Jaïrus]

3.2 - [Fils de la veuve de Naïn]

3.3 - [Lazare]

4 - [Autres aspects des motifs d’action du Seigneur]

4.1 - [Côté de l’homme : la foi]

4.2 - [Les cris touchent Son cœur]

4.3 - [Objectif : la gloire de Dieu]

5 - [Aspects dispensationnels]

5.1 - [Fille de Jaïrus]

5.2 - [Fils de la veuve de Naïn]

5.3 - [Lazare]


1 - [Les trois cas. Trois degrés dans la mort]

Pour autant que nous le sachions, le Seigneur Jésus n’a ressuscité des morts que trois fois lorsqu’il était sur terre : la fille de Jaïrus, le fils de la veuve de Naïn et Lazare. Chacun de ces cas présente des caractéristiques et des enseignements particuliers. La fille de Jaïrus venait d’expirer lorsque le Seigneur entra dans la chambre et changea les pleurs de la nuit en joie du matin. Le fils de la veuve de Naïn était porté au tombeau lorsque le Prince de la vie arrêta le cortège de la mort ; et Lazare était dans son tombeau, mort depuis quatre jours, avant que, sur l’ordre de Celui qui était la Résurrection et la Vie, il ne revienne à la lumière du jour. C’est ainsi que Christ justifie Son pouvoir de Fils de rendre la vie à qui Il veut, car « l’heure, dit-Il, vient, et elle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront » (Jean 5:25).


2 - [Le vainqueur de la mort]

Il y avait aussi une raison divine pour le choix de ces cas. Si le Seigneur n’avait ressuscité que l’enfant du chef juif de la synagogue, l’incrédulité, dans sa présomption éhontée, aurait pu mettre en doute la réalité de la mort ; il en est de même dans le cas du fils de la veuve. Le cas de Lazare était d’une autre nature : la mort l’avait réclamé et l’avait retenu pendant quatre jours, au point que sa sœur même s’est exclamée : « Seigneur, il sent déjà ». Mais Celui qui se tenait près de la tombe avait « la vie en Lui-même » (Jean 5:27), et Il était Lui-même à la veille de mourir et de ressusciter, afin d’être Celui qui domine sur les morts et les vivants (Rom. 14:9). La mort n’avait donc aucun pouvoir, et même ne pouvait exister, en Sa présence ; et dans Sa condescendance et Sa grâce, Il l’a prouvé pour nous en rencontrant et en vainquant la mort à tous les stades de la décomposition et de la corruption. Il le prouvera à nouveau, d’une manière encore plus merveilleuse et victorieuse, dans le futur, lorsque « tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix et sortiront, ceux qui ont fait le bien, pour la résurrection de vie, et ceux qui ont fait le mal, pour la résurrection de jugement » (Jean 5:29).


3 - [Différents motifs d’action du Seigneur]

On peut également remarquer que les motifs de l’action du Seigneur dans ces cas respectifs étaient différents, c’est-à-dire Ses motifs tels qu’ils sont révélés dans les différents passages de l’Écriture.


3.1 - [Fille de Jaïrus]

Il se rendit à la maison de Jaïrus à la demande pressante du père affligé. « Il tomba à ses pieds et le pria instamment, en disant : Ma fille est à l’extrémité, je te prie de venir et de lui imposer les mains afin qu’elle soit sauvée et qu’elle vive » (Marc 5:23). C’est la foi, pour ainsi dire, s’emparant du cœur de Christ et Le contraignant à répondre à son appel. C’est le cœur de Christ qui prend plaisir à répondre au besoin de celui qui, en toute confiance, décharge son fardeau de douleur sur Lui. Quelle consolation ! oui, quel encouragement pour toute pauvre âme accablée — accablée par quelque douleur ou angoisse — de venir à Christ et d’invoquer la sympathie et le secours de Sa grâce et de son amour infaillibles et inépuisables ! En vérité, tous ceux-là trouveront qu’Il a un cœur pour chaque malheur.


3.2 - [Fils de la veuve de Naïn]

La veuve de Naïn n’a lancé aucun appel. Quels que soient ses douleurs, ses exercices et sa désolation, ils ne sont pas révélés ; seules ses circonstances le sont. Ils sont condensés dans cette parole pathétique : « Fils unique de sa mère, et elle était veuve ». Mais cette seule parole suffit. C’est l’image vivante d’une douleur inégalée et d’un chagrin brisant le cœur. Il y a peut-être eu des soutiens divins, mais si nous parlons à la manière des hommes, c’est l’image d’une désolation noire et sans espoir. Connaissant donc un peu le cœur de Christ, nous ne nous étonnons pas qu’il soit dit : « Le Seigneur, la voyant, fut ému de compassion envers elle, et lui dit : Ne pleure pas » (Luc 7:13).

Nous avons dit que cette pauvre veuve n’avait pas fait appel au Christ. Non, sa tristesse désespérée, son deuil total, constituaient son appel. Le Seigneur l’a vue, a estimé comme personne la profondeur de son besoin, et ainsi, poussé par Son propre cœur, Il est allé à son secours. Nous ne comprenons pas suffisamment cela. Tous peuvent comprendre que le Seigneur écoute les cris de Son peuple, mais combien d’entre nous vivent dans la force du souvenir béni du fait que nos propres chagrins et douleurs trouvent une réponse adéquate dans Son cœur ? « Dans toutes leurs détresses, Il a été en détresse » (És. 63:9). « Nous n’avons pas un souverain sacrificateur qui ne puisse sympathiser avec nos faiblesses ; mais nous en avons un qui a été tenté en toutes choses comme nous, à part le péché » (Héb. 4:15). Si un parent se penche sur son enfant souffrant avec une pitié ardente, « comme un père a compassion de ses enfants, ainsi l’Éternel a compassion de ceux qui Le craignent » (Psaume 103:13). Certains de ceux qui lisent ces lignes sont peut-être couchés sur des lits de douleur et d’affliction ; d’autres, dans le deuil, pleurent peut-être leurs morts ; d’autres encore pleurent peut-être ceux qui sont morts dans leurs péchés. Ce sera certainement une consolation pour eux de se rappeler que Celui qui, voyant la veuve de Naïn suivre le cercueil de son fils unique, a eu pitié d’elle, et qu’Il a le même cœur pour leurs chagrins ; qu’Il se tient près d’eux avec une infinie tendresse, attendant à la fois de les secourir et de les consoler.


« Son cœur est rempli de tendresse,

Son nom même est Amour ».


3.3 - [Lazare]

Le cas de Lazare diffère des deux précédents. Il n’y avait pas dans le cœur de Marthe, ni même dans celui de Marie, la foi qui caractérisait Jaïrus. Elles avaient de la foi, mais elle n’embrassait que la puissance de Christ pour relever un malade. Toutes deux ont dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort » (Jean 11:21,32). Le Seigneur n’a pas non plus agi de Son propre chef ou cœur, comme dans le cas de la veuve de Naïn. D’autre part, Il refusa l’appel à Ses affections. Le message des sœurs était : « Seigneur, celui que tu aimes est malade » (Jean 11:3). Elles concluaient sans doute que cela constituait la supplication la plus efficace qu’elles pouvaient faire, croyant qu’elles saisissaient les cordes solides de l’amour qui Le liaient à Lazare. Elles ne se trompaient pas sur le fait de Son affection, car l’Esprit de Dieu prend soin d’ajouter : « Or Jésus aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare » (11:5). Mais le Seigneur refusa quand même le motif présenté. Il est dit : « Ayant donc appris qu’il était malade, Il demeura deux jours encore dans le lieu où il était ». Pourquoi ce délai ? Ce n’est pas, comme nous l’avons vu, qu’il n’eût pas de cœur pour Lazare, ni que Son cœur ne le poussât pas à accourir au secours de celui qu’Il avait honoré de Son amour, mais c’est que la maladie de Lazare « n’était pas pour la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu fût glorifié par elle » (11:4).

Chaque parole qu’Il prononçait, et chaque acte qu’Il accomplissait, étaient pour la gloire de Dieu ; car Sa viande était de faire la volonté de Son Père, et d’accomplir Son œuvre. Mais il a plu à Dieu de nous montrer les différentes manières dont le Seigneur agissait pour cette gloire, et d’exposer ainsi les multiples perfections et les diverses gloires morales de Son Fils bien-aimé. Ici, nous Le voyons comme perdre de vue ceux mêmes qu’Il aimait, afin de faire savoir que, dans cette merveilleuse démonstration de la puissance de résurrection, Il n’avait été poussé que par la gloire de Dieu. C’est pourquoi Il resta deux jours encore dans le lieu où Il se trouvait, après que le cri de ces cœurs affligés lui fut parvenu ; car bien qu’Il fût le Fils éternel, la Parole qui était auprès de Dieu, et qui était Dieu, la Parole s’est faite chair, et habita parmi nous. En descendant sur cette scène, Il n’était pas venu faire Sa propre volonté, mais la volonté de Celui qui L’avait envoyé (Jean 6:38). Il ne voulait donc pas agir sous l’impulsion de Son propre cœur, parce qu’Il a pris une place d’obéissance et Il a donc attendu la parole du Père avant de répondre à l’appel. Il faut que le cœur soit froid pour ne pas être ému par cet éclat de Sa gloire morale, par cette combinaison d’une grandeur infinie avec la grâce et l’humilité les plus humbles. C’est, en fait, la révélation de ce qu’Il était.

Quelles leçons nécessaires sont ainsi communiquées ! L’affection humaine aurait poussé à un secours immédiat ; mais le fait d’avoir laissé la mort intervenir en premier a permis de ressusciter Lazare, et cela a eu pour effet, comme rien d’autre ne pouvait le faire, de rendre gloire non seulement à Dieu, mais aussi à Christ Lui-même ; car si cette maladie était pour la gloire de Dieu, c’était aussi « pour que le Fils de Dieu soit glorifié par elle ». Combien cela devrait donc apaiser nos cœurs en présence de Dieu, lorsqu’Il semble tarder à répondre à nos appels ! Un besoin urgent ou un danger pressant suscite généralement l’importunité et l’impatience. « Dieu n’a-t-il pas dit », répète-t-on dans ces moments-là, « qu’il entendrait nos prières ? » Comment se fait-il alors que nous ayons crié en vain ? Ah, non ! nous ne crions jamais vers Lui en vain ; « car les yeux du Seigneur sont sur les justes, et Ses oreilles sont tournées vers leurs supplications » (1 Pierre 3:12). Si le Seigneur attend, Il attend seulement pour Sa propre gloire et pour notre plus grande bénédiction.

Marthe et Marie auraient naturellement conclu que si Lazare mourait, le cas était désespéré, car elles n’avaient pas compté sur la puissance de la résurrection. C’est ainsi que nous limitons souvent Dieu, et c’est ainsi qu’il nous laisse, comme Paul, avec « la sentence de mort en nous-mêmes, afin que nous n’ayons pas confiance en nous-mêmes, mais en Dieu qui ressuscite les morts » (2 Cor. 1:9). Nous devrions interroger nos cœurs pour savoir jusqu’à quel point nous avons appris que Dieu est le Dieu de la résurrection. Marthe et Marie ont eu besoin de cette leçon et l’ont apprise. Le soir du jour où leur frère a été ressuscité d’entre les morts, elles ont remercié Dieu d’avoir permis qu’Il meure avant que le Seigneur entre en scène. Ce qui était ainsi pour la gloire de Dieu, et glorifiait le Fils de Dieu, assurait en même temps à Son peuple des bénédictions inexprimables.


4 - [Autres aspects des motifs d’action du Seigneur]

Ces trois motifs différents de l’action du Seigneur peuvent être reliés d’une autre manière.


4.1 - [Côté de l’homme : la foi]

Si nous commençons par le côté de l’homme, tel qu’il est présenté dans le cas de Jaïrus, nous voyons que c’est la foi qui saisit et assure l’intervention de Sa puissance en notre faveur.


4.2 - [Les cris touchent Son cœur]

Si nous regardons Son côté par rapport à nous, nous apprenons que c’est Son cœur qui met en mouvement Son bras de puissance en réponse à nos cris.


4.3 - [Objectif : la gloire de Dieu]

Et si nous nous demandons quel est l’objectif qu’Il a devant Lui dans tout l’exercice de Sa grâce et de Sa puissance, nous découvrons qu’il s’agit uniquement de la gloire de Dieu. Ainsi, avant de venir sur terre, dans l’éternité passée, prévoyant la condition de l’homme et la faillite de tout pour satisfaire aux exigences de Dieu, Il s’est présenté en disant : « Me voici, ô Dieu, je viens pour faire ta volonté » ; et avant de retourner au Père, mais en prenant place, en esprit, au-delà de la croix, Il dit : « Je t’ai glorifié sur la terre : j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire » (Jean 17:4).


5 - [Aspects dispensationnels]

On peut ajouter quelques mots sur l’enseignement de ces trois cas vis-à-vis des dispensations, en laissant pour l’instant l’instruction plus générale. Tous symbolisent Israël de différentes manières. Mais il faut se souvenir, comme l’a dit un autre auteur, que si, du point de vue dispensationnel, Israël a une grande importance en tant que centre du gouvernement de Dieu dans ce monde, du point de vue moral, Israël n’était que l’homme où toutes les voies et les actions de Dieu se sont déroulées de manière à mettre en lumière ce qu’il était. Le non-Juif (Gentil) était l’homme laissé à lui-même en ce qui concerne les voies spéciales de Dieu, et donc non révélé. Christ était une lumière « pour révéler les nations » (εἰς ἀποκάλυψιν ἐθνων).


5.1 - [Fille de Jaïrus]

La fille de Jaïrus présente la condition d’Israël lors du retour du Seigneur. Christ était en route pour guérir la nation ; mais en chemin la pauvre femme, qui avait été affligée d’une perte de sang pendant douze ans (Marc 5:25), et qui avait épuisé toutes ses ressources, soit en elle-même, soit chez les autres, cherchait vainement la guérison ; quand elle vient à Christ avec l’énergie de la foi, elle obtient immédiatement du soulagement. C’est ce qui s’est passé. La nation d’Israël a refusé son Messie, mais la foi, même lorsqu’Il était sur terre, a prouvé Sa capacité de sauver, et le prouve encore maintenant qu’Il est en haut. La dispensation actuelle, comme la femme avec la perte de sang, se situe donc entre Sa mission auprès d’Israël et Son rétablissement effectif de la nation à la vie.


5.2 - [Fils de la veuve de Naïn]

Le fils de la veuve de Naïn parle aussi de la condition morale d’Israël. Il est également remarquable que cet incident survienne après une démonstration frappante de foi, une foi en Christ comme ayant la puissance de Dieu, et une foi telle que le Seigneur n’en avait pas trouvée de pareille en Israël (Luc 7:9). Mais dans ce cas, il s’agissait d’un non-Juif (Gentil), et non d’un membre du peuple élu. C’était un centurion romain. Cependant, Luc présente Christ comme le Fils de l’homme, révélant Dieu en grâce en dehors de toute dispensation, bien qu’Il se trouve en fait au milieu d’Israël. D’où l’importance spéciale accordée à la foi du centurion, qui était étranger à la communauté d’Israël et à l’alliance de la promesse. C’est par contraste que le fils de la veuve de Naïn est introduit. Moralement, Israël était mort et, en tant que tel, sans espoir, sauf par l’intervention en grâce de la puissance de résurrection — une puissance inconnue des ordonnances de la loi. Israël devait donc être l’objet d’une grâce et d’une miséricorde souveraines, au même titre que les nations (Gentils) (comp. Romains 11:30-32).


5.3 - [Lazare]

Lazare représente de la même manière l’état d’Israël, et aussi l’état de l’homme tel que manifesté en Israël. En Jean 8, les Juifs rejettent la parole de Christ ; en Jean 9, Son œuvre ; et en Jean 10, Lui-même, le Bon Pasteur, appelle Ses brebis hors de la bergerie juive. Cela excite l’inimitié des Juifs, qui prennent à nouveau des pierres pour Le lapider (Jean 10:31). Ils l’avaient déjà fait auparavant (Jean 8:59). Non seulement ils l’avaient rejeté, mais ils avaient aussi manifesté l’inimitié meurtrière de leur cœur à son égard en tant que Fils de Dieu (Jean 10:33-36). C’en était donc fini d’eux en tant que nation, et dans le chapitre suivant, leur état de mort, en tant que fruit de leur péché, est illustré par Lazare. Ils avaient cherché à lapider Christ en tant que Fils de Dieu ; Dieu Lui rend témoignage de ce caractère par la résurrection de Lazare. « Leur maladie n’était pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle » (Jean 11:4). De plus, si Israël est mort, la question est de savoir si ces ossements desséchés peuvent vivre. Si oui, ce ne peut être que par l’exercice souverain de la puissance de résurrection dans la grâce. Et c’est ce qui se produira, car « ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, ô mon peuple, j’ouvrirai vos sépulcres, je vous ferai sortir de vos sépulcres, et je vous amènerai sur la terre d’Israël » (Ézéchiel 37:12). « Ô profondeur des richesses et de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! que Ses jugements sont insondables et Ses voies introuvables ! Qui a connu la pensée de l’Éternel, qui a été son conseiller ? Qui lui a donné d’abord, et il lui sera rendu ? Car de Lui, et par Lui et pour Lui sont toutes choses ! À Lui soit la gloire éternellement. Amen. » (Rom. 11:33-36).