Méditations sur la Parole de Dieu

Philippiens

Louis Chaudier


Table des matières :

1 - L’expérience de Paul — Quelques versets de l’épître aux Philippiens

2 - Rechercher la communion avec le Seigneur — Philippiens 1

3 - Christ, vie et modèle du chrétien — Philippiens 1:6, 9-11, 21, 28 ; 2:12-16, 21, 30 ; 3:1-3, 7-8, 13-14, 17-18 ; 4:2, 6-9, 12-14, 19-20, 22-23

4 - Le christianisme pratique — Philippiens 1:9-11, 20-24 ; 2:12-15 ; 3:1-8 ; 4:4-14, 23

5 - Vivre pour Christ seul — Philippiens 1:20-23 ; 2:5-11, 12, 21 ; 3:7-8 ; 4:6, 12-14

6 - Désirer ardemment — Jacques 4:2 ; 1 Pierre 2:2-3 ; 1 Corinthiens 12:31, 14:1, 39 ; 1 Timothée 3:1 ; Psaumes 84:2 ; Philippiens 1:23 ; 2 Corinthiens 5:2 ; Luc 22:15

7 - La confiance en Dieu — Jérémie 17:5-10, 12-14, 17 ; 38:7-13 ; 39:15-18 ; 45 ; Jean 11:8-9, 13-15, 41-44 ; Philippiens 2:5-11

8 - Le vouloir et le faire — Philippiens 2:13

9 - L’expérience du désert — Exode 15:21-25 ; Deutéronome 8:2-6 ; Psaumes 30:3, 5-7, 10-12 ; Philippiens 4:12-13 ; 2 Timothée 4:7, 16, 18

10 - J’ai appris — Philippiens 4:4-14


Le texte de ces méditations a été révisé par Bibliquest dans sa forme, par rapport à diverses éditions papiers précédentes. Les révisions ont été limitées à ce qui était nécessaire à une expression et une compréhension correctes. Le texte reste marqué par son caractère oral, non révisé par l’auteur. Dans certains cas d’expressions au sens discutable, l’imperfection de celles-ci a été laissée de peur d’en perdre une certaine vigueur.

Certains textes ont été repris de l’ouvrage « Méditations sur la vie chrétienne » édité en 1995 par F.R., et sont notés comme tels. Ces textes ont fait l’objet (par F.R.) d’une révision un peu plus poussée.


1 - L’expérience de Paul — Quelques versets de l’épître aux Philippiens

[LC n° 115]

27 octobre 1946

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 220


Le croyant n’a pas à se soucier de l’orientation à donner à sa vie. S’il garde la Parole et s’attache à elle, sa vie est orientée ; comme la boussole se tourne toujours vers le pôle, quelque secousse qu’on lui donne, ainsi la piété, quelque secousse qu’elle subisse, se tourne toujours vers Christ. Il y a des moments où la boussole paraît avoir perdu sa direction ; elle est comme affolée, mais tôt ou tard elle reprend la même direction. La foi connaît aussi des orages ; mais, lorsqu’elle est vivante, le coeur se tourne toujours à nouveau vers Christ. Les jours faciles sont peut-être plus orageux que les jours difficiles, plus dangereux pour la foi, parce qu’ils laissent le coeur s’orienter vers d’autres objets que celui qui est présenté à la foi, Jésus dans le ciel. La valeur de la piété du croyant se mesure au poids que la présence de Christ dans la gloire a sur son coeur, si son coeur est animé du désir d’être arrivé dans son repos.

Dans l’épître aux Philippiens, l’Esprit de Dieu se sert de la voix incomparable de Paul pour exprimer quelque chose des expériences de la vie chrétienne ; c’est le livre de l’expérience. Le péché n’y est même pas nommé. Paul dit : qu’il me faille passer par des souffrances, par la mort, qu’importe ; ce ne sont que des incidents dans ma vie. La mort sera peut-être une souffrance de plus ; j’en ai connu beaucoup d’autres de toutes sortes. S’il faut passer par la mort, tant mieux ; cet incident me rapprochera du but que mon coeur poursuit. Paul est devenu un vieillard, mais il n’a pas perdu son temps dans sa vie, longue, mouvementée, chargée d’incidents, une vie d’expériences. Le nombre des années ne fait pas nécessairement la valeur des expériences ; mais chez Paul, nous avons et le nombre des années, et la profondeur et la richesse des expériences avec Christ. Dans la variété et la hardiesse de son ministère, il a déployé une plénitude d’activités ; dans sa vie avec Dieu, il a acquis une profonde richesse intérieure. Paul servait au dehors avec puissance, parce qu’au dedans il vivait continuellement avec Dieu. Quel homme heureux ! Nul n’aimait les frères comme Paul, nul n’eût donné sa vie comme lui. Réalisons l’amour et le dévouement pour les frères, mais aussi, et avant tout, une vie avec Dieu, aujourd’hui, à cette heure, dans la solitude avec le Seigneur, source de la vie, de la force, de la lumière, de la vérité, de toutes choses, sinon nous fléchirons.

Dans une telle vie, nous trouvons, plus brillant qu’ailleurs, le reflet de la vie de Jésus. Jésus a fini tout seul, Paul aussi ; le Seigneur n’a jamais été plus solitaire qu’aux abords de la croix, comme aussi Paul dans sa prison. La vie de Jésus n’a jamais été aussi belle qu’à la croix, la vie de Paul n’a jamais été plus belle que dans ses dernières heures, quand tous l’ont abandonné, le trouvant trop fidèle. Tous n’avaient pas renié le christianisme pour retourner dans le monde ; mais tous trouvaient que le chemin de Paul était trop étroit, qu’il persévérait trop longtemps, jusqu’à la mort, à porter sa croix. Ils s’étaient fatigués, ils ont préféré s’arranger autrement. Le coeur naturel de l’homme veut bien de Dieu quand Dieu l’arrange et le guérit ; mais lorsque Dieu l’engage dans la mort, il dit : non, je ne veux plus de toi, j’aime mieux le monde sans Dieu qu’un Dieu qui me fait passer par l’épreuve. Tous, nous sommes mis à l’épreuve ; « chacun sera salé de feu » (Marc 9:49).

Paul n’était pas dans une situation enviable quand il écrit aux Philippiens. Nous nous imaginons facilement que les chrétiens éminents ont été portés en triomphe. Quand Paul a apporté l’évangile aux grands de ce monde, il était chargé de chaînes ; il n’y avait pas de corruption possible (Act. 24:26). Plût à Dieu, dit-il au roi Agrippa, que tu fusses comme moi, hormis ces liens (Act. 26:29) ; ce n’est pas Paul qui envie le roi. Le Seigneur nous appellera à le servir dans la souffrance, et s’il nous appelle au milieu de certains honneurs, qu’il nous fasse la grâce de nous alourdir de chaînes, pour que nous accomplissions son service humblement, sinon nous ne verrions que les honneurs et nous oublierions l’évangile. Deux mille ans de christianisme ont bien changé le visage de la vie chrétienne ; nos devanciers lui ont redonné son vrai visage. Veillons à ne pas le voiler à nouveau.

Paul prie beaucoup pour les Philippiens ; il n’avait pas que des sujets de joie à leur égard. Il leur parle très librement ; il n’est lié par rien ni par personne ; il n’est pas même lié par le souci de sa propre vie. « Je ne fais aucun cas de ma vie, ni ne la tiens pour précieuse à moi-même » (Act. 20:24). Quelle liberté, quel affranchissement ! Nous, nous nous laissons si souvent lier par beaucoup de choses qui nous attachent au monde ou même les uns aux autres, ce qui nous ôte la liberté. Parler au nom du Seigneur, agir en son nom exige cette liberté dans la présence de Dieu. Un homme de Dieu — cette expression, fréquente dans l’Ancien Testament, ne se trouve que deux fois dans le Nouveau pour désigner un chrétien — dit à qui veut l’entendre : voilà ce que Dieu pense, voilà ce qu’il va faire ! Il pourra lui en coûter très cher. Mais si un homme de Dieu met autre chose que son obéissance en balance, il perd sa qualité d’homme de Dieu. Rien n’aveugle comme l’absence de cette liberté, mais avec elle le conseil n’est pas voilé et le jugement n’est pas faussé. Quelle souveraine liberté chez Paul ! Il balançait entre la vie et la mort, mais pas pour profiter d’avantages ici-bas : aller au ciel, c’est mon désir et mon coeur y est déjà ; mais servir mon Seigneur ici-bas, cela en vaut la peine. Je ne tranche pas, mais le Seigneur a dit que je resterai ; c’est bien, mais mon coeur est au ciel.

Est-ce que notre coeur est là-haut avec Christ ? C’est la seule condition pour bien le servir sur la terre. Il ne faut pas qu’il y ait des attaches qui obscurcissent le conseil, entravent la marche et empêchent les mains d’accomplir le service. La source de beaucoup de nos souffrances est là. Paul suit son Maître qui est notre Maître, notre seul Maître. Si nous désirons servir le Seigneur, croissons dans cet affranchissement chrétien. Paul en développe la doctrine dans l’épître aux Romains et le réalise dans sa vie. C’est comme si Dieu nous disait : je ne vous demande pas une chose impossible, Paul l’a réalisée. « Pour moi, vivre c’est Christ » (Phil. 1:21) ; pas de morale, pas de règle, mais Christ. Nous sommes chrétiens, il faut vivre Christ.

« Qu’il y ait donc en vous cette pensée qui a été aussi dans le christ Jésus » (Phil. 2:5). Le coeur de Jésus a été le seul dans lequel cette pensée de l’abaissement a habité en perfection, et s’est manifestée progressivement jusqu’à la mort de la croix ; et l’apôtre nous présente cette pensée comme une prière, car notre chair prend plaisir à s’élever, et nous chassons Christ de notre présence. Mais quand nous cherchons à réaliser la pensée qui a été en lui, alors nous le retrouvons. Un frère disait : j’aimerais mieux être une statue de marbre dans le chemin de Dieu que de me dépenser beaucoup sans lui. Pour obéir, il faut être « remplis de la connaissance de sa volonté » (Col. 1:9). Ce n’est pas toujours facile de connaître la volonté de Dieu, parce que beaucoup de choses obscurcissent notre vue : nos intérêts, nos calculs, notre volonté à nous. Nous décidons et nous disons : Seigneur, conduis-moi et bénis-moi. Heureux l’homme qui sait attendre le moment du Seigneur avec le Seigneur ! « Fais-moi connaître, je te prie, ton chemin » (Ex. 33:13). Est-ce que la seule approbation de Dieu nous suffit ? Si Dieu ne nous suffit pas, que ferons-nous dans le ciel ?

Encourageons-nous à obéir, et que cette pensée habite dans notre coeur ! Quel bonheur lorsque nous faisons passer Dieu avant toutes choses dans notre vie ! Plutôt ne pas agir, si Jésus ne nous le demande pas. Lorsque notre vie sera révélée dans la présence de Dieu, ce qui comptera et sera apprécié de Dieu, ce ne sera pas ce que nous aurons fait, mais ce en quoi nous aurons obéi. Nous devons rechercher l’approbation de Dieu avant celle de nos frères, tout en les honorant. « Quiconque s’élève, sera abaissé ; et celui qui s’abaisse sera élevé » (Luc 18:14). Le Seigneur Jésus s’est abaissé, le Père l’a haut élevé ; c’est justice. Le Seigneur ne s’est pas anéanti, en s’abaissant jusqu’à la mort de la croix, pour que notre chair se vante de l’obéissance de Jésus sans que notre foi le suive.

« Je regarde même aussi toutes choses comme étant une perte,… et je les estime comme des ordures » (Phil. 3:8). Paul nous dit : j’ai tracé un trait définitif sur tous les titres de noblesse de ma vie, une fois pour toutes, tout ce qui pouvait être pour moi un sujet de fierté. Et il aurait pu être fier de beaucoup de choses. Mais il ne se ménageait pas et ne ménageait rien. « Des ordures » ; ce n’est pas facile de dire que la fortune est une ordure, que l’honneur dans le monde est une ordure, que le pouvoir est une ordure ; il faut toute la puissance de l’Esprit pour cela. La chair ne mâte pas la chair, ni ne la tue ; ce n’est pas possible. Mais Dieu tue la chair par la puissance de l’Esprit et il nous a donné l’Esprit pour que la foi tue la chair et la tienne comme morte. C’est appliquer le signe de la croix sur notre vie, sur nos ambitions. Si ce n’est pas notre but, nous nous constituons ennemis de la croix de Christ. Si nous jouissons du ciel, tout le reste pâlit. Si nous sommes charnels, mondains, la terre l’emportera toujours. Dieu appelait Israël à jouir de lui-même ; il l’a mis dans un pays ruisselant de lait et de miel, et Israël en a joui avec les démons.

Quelle grandeur dans la gloire morale de la vie chrétienne ! Nous voyons des hommes se débattre tous les jours pour poursuivre des folies ; le chrétien dit : comment les hommes peuvent-ils vivre, lutter, mourir pour de tels objets ? Sois béni, Seigneur, que nous puissions vivre pour toi et mourir avec toi ! Il nous dit : voilà le chemin que j’ai suivi, il n’y en a pas d’autre. La bénédiction du Seigneur est-elle, comme pour l’Israélite, d’avoir beaucoup de richesses, de troupeaux, d’influence ? Non, mais beaucoup de Christ lui-même tous les jours. Paul était heureux dans sa prison, il chantait. S’il pleurait, c’était parce que certains de ses chers Philippiens étaient devenus mondains (Phil. 3:18).

« J’ai appris,… je suis enseigné » (Phil. 4:11-12). Paul n’était pas un surhomme ; il souffrait, pleurait, ressentait toutes les injures et toutes les calomnies ; il était très seul. Mais il dit : « Mon Dieu ». Un de nos frères disait, après une longue carrière de dévouement : « Mon Jésus », ayant appris à le connaître dans les jours de solitude et de combat ; il connaissait Jésus non pas seulement comme son Sauveur, mais comme le rocher immuable de son coeur, l’objet de toute sa vie.

Nous avons beaucoup de prétentions les uns et les autres, et nous nous contentons souvent des apparences. Le Seigneur veut creuser notre coeur pour y tenir plus de place. « Tu as été pesé à la balance et tu as été trouvé manquant de poids » (Dan. 5:27), dit Daniel au roi qui changeait de couleur, en lisant les mots écrits sur la muraille du palais.

Que le Seigneur soit notre joie, notre gain dans la vie et dans la mort !


2 - Rechercher la communion avec le Seigneur — Philippiens 1

[LC n° 116]

17 novembre 1968


Dieu nous bénit en nous sondant. Nous ne pouvons être bénis qu’en étant sondé. Dieu ne peut faire germer la semence que dans un terrain labouré.

Avec Dieu, on a une source. On ne traverse pas un désert avec une outre. Nous possédons une source toujours fraîche, toujours nouvelle.

Dieu ne reconnaît ni la chair, ni le monde. Le « moi » non jugé, chez un chrétien, n’est pas mieux que le monde, dans le coeur d’un autre. Le chrétien sans Christ est la chose la plus malheureuse. Paul ne fait pas souvent envie. Et pourtant, cet homme est le plus heureux.

Nous n’aurons peut-être pas beaucoup d’occasions, dans notre vie, pour montrer que nous aimons le Seigneur. Nous n’en aurons peut-être pas dix de même importance. Pour Christ, rien ne lui échappe. Il prend connaissance de tout ; il sonde toute chose (heureusement qu’il en est ainsi !). Nous subirons un gain ou une perte éternelle. Nous verrons, un jour, que nous avons manqué de montrer au Seigneur que nous l’aimons. Nous chantons des cantiques ; et on le trahit !

La justice pratique, c’est faire ce que Dieu veut. Nous n’avons pas le droit de vouloir. Nous n’avons pas le droit de faire. C’est Dieu qui produit et le vouloir et le faire (Phil. 2:13). Soyons exercés, pour avoir une marche juste, aux yeux de Dieu, nous appliquant à plaire au Seigneur. Que Dieu nous accorde d’être dans sa lumière. Nous l’avons déjà dit, il est impossible que la mort soit pour nous un gain, si nous ne vivons pas Christ.

Il arrive parfois que certaines personnes encouragent les jeunes convertis (pas seulement jeunes en âge) à faire, à agir. Ceci n’est pas bon. Il serait préférable que ces personnes considèrent bien leurs voies, afin de voir si elles-mêmes marchent bien. Encourageons les jeunes à chercher le Seigneur, à cultiver des rapports soutenus avec le Seigneur. Recherchez la communion avec le Seigneur. Encouragez les jeunes à ne pas passer à côté du chemin de l’obéissance. Aidons-nous à faire ce que Dieu veut. Sachons dire ce qui doit être dit (mettons-y toute la bonté et la charité qu’il faut). Mais ne mêlons pas le bien et le mal. Appelons le bien, bien, et le mal, mal, afin que ce reproche : « Aides-tu au méchant ? » (2 Chron. 19:2), ne nous soit pas adressé. « Parce que tu as chagriné le coeur du juste » (Éz. 13:22). Dieu voit tout. Il prend connaissance de tout. Il est même arrivé qu’un frère, pour ne pas avoir dit en son temps ce qui devait être dit, a été conduit, par le Seigneur, dans son gouvernement, à la mort.

Nous sommes en compagnie de chrétiens différents d’âge, de piété pratique. Et nous sommes exhortés, frères et soeurs, à être exercés à la crainte de Dieu. De nos jours, peut-être plus qu’avant, partout, le sentiment de la présence du Seigneur, ce sentiment spirituel, s’affaiblit. Chers amis, si le Seigneur en personne était là présent au milieu de nous, d’une manière visible, que de choses ne ferions-nous pas ! Combien nous agirions différemment, dans nos réunions, et aussi dans les réunions d’administrations !

Le progrès du chrétien se fait pas après pas. Ne nous y trompons pas. Le Seigneur ne donnera pas sa pensée à un croyant, quand il sait d’avance qu’il ne la fera pas.

La crainte de Dieu est un élément qu’on ne soulignera jamais assez. Combien de choses ne ferions-nous pas, si nous étions plus fidèles ; et aucune réalisée sans le Saint Esprit. L’assemblée peut souffrir plusieurs semaines, à cause d’un péché non connu, mais bien connu du Seigneur.

À Éphèse, la lampe fut enlevée parce que l’assemblée n’avait pas gardé son premier amour. Si nous étions plus fidèles, le Seigneur amènerait les siens au milieu de nous. Il ne serait pas nécessaire de faire de propagande. Le Seigneur connaît bien tous ceux qui lui appartiennent, dans cette grande ville de Paris. Et lui saurait bien les amener là où il se trouve. Si nous avions été plus fidèles, le Seigneur aurait amené, au milieu de nous, les âmes saisies par un désarroi manifesté dans d’autres milieux. Elles auraient trouvé là le havre dont elles avaient besoin.

L’apôtre avait, ce qui est très rare, une bonne conscience, sans reproche. Dans le ciel, nous serons toujours heureux. On a dit que, si on introduisait un inconverti dans le ciel, il ne s’y trouverait pas à son aise ; il n’y serait pas heureux. L’enfer, il comprend davantage ce que c’est, car il pense à la mort plus qu’il n’en parle. Pour se trouver heureux dans le ciel, il nous faut la même nature que Dieu.

Les liens de la nature n’ont aucune place, dans l’assemblée, absolument pas. Le fidèle a, dès ici-bas, sa récompense. Laquelle ? L’approbation de Dieu.

Le service ne sauve pas. C’est Dieu qui sauve. Il peut se servir de quelqu’un ou de personne.

Un de nos devanciers disait : « Un petit renoncement vaut mieux que beaucoup de connaissance ». Si nous pesons ces choses, nous découvrons que c’est profondément vrai.

Le renoncement, c’est le brisement du « moi ». Sans renoncement, pas de progrès. Dans la vie de Paul, tout est admirable ! Si nous regardions à la vie d’anciens croyants, nous aurions un sourire, en voyant le mode de vie qu’ils avaient. Mais doucement ! Certainement, ils possédaient une vie plus riche que nous, en vie intérieure.

Sachons attendre, dans les réunions, que le Seigneur nous bénisse.

Chers jeunes chrétiens, étudiez les Écritures à fond. Attachez-vous à leur lecture. Puis, il y a les écrits de nos devanciers. La vérité se mange ; c’est un pain.

Sachons encourager les jeunes à cette recherche persévérante et quotidienne de la communion avec le Seigneur. Si nous sentons le danger, combien la ruine est grande, parmi nous, et augmente, prions. Sachons dire au Seigneur : Tu vois, ce qui se fait n’est pas bien ; ceci ne te glorifie pas. Il n’est pas facile de faire face au danger. Vous ne pouvez forcer une âme à agir de telle manière. Prions pour elle ; ne cessons pas de prier. Parlons-lui, si nous sommes conduits par le Seigneur ; et comptons sur lui. Quelque chose se montre parmi nous ? Menons deuil ! Priez avec persévérance. Si une seule soeur faisait ainsi, le Seigneur, par ses prières, maintiendrait une assemblée. Il n’ôterait pas la lampe.

Qui est à l’oeuvre, dans l’assemblée, cherchant à lui nuire ? C’est Satan. Satan se promène partout (Job 1:7). Nous n’y pensons guère. Et pourtant, il en est bien ainsi. Lorsqu’une assemblée est à peu près fidèle, Satan cherche, par tous les moyens, à lui nuire. Satan voudrait séparer les frères. Il voudrait supprimer cette ressource, qui est celle de la présence du Seigneur au milieu de nous. Ce qui gêne le plus Satan, dans le monde, c’est la table du Seigneur, parce qu’elle proclame publiquement la victoire du Seigneur contre Satan. Elle proclame que Satan est vaincu, et le Seigneur vainqueur. Elle lui est une gêne plus que toute autre association de croyants. N’y en aurait-il qu’une seule au monde, elle gênerait Satan plus que tous les chrétiens. Et il cherche par tous les moyens à l’ôter.

Jeunes croyants, lisez les Écritures ! Exposez vos requêtes à Dieu. Priez ; suppliez avec beaucoup de persévérance, pour que le Seigneur fasse ce qu’aucun homme ne peut faire. Si nous avons des choses à confesser entre nous, faisons-le. Avec le Seigneur, on peut tout régler. Avec le Seigneur, il y a toujours une issue, si on s’attend à lui.

4:4-7 : La paix de Dieu. On ne se lasse jamais de boire à une source pareille. Cette paix, la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera nos coeurs et nos pensées dans le Christ Jésus.

L’apôtre est maintenant un vieillard. Il dit : « J’ai appris » ; « Je suis enseigné ». On n’est jamais au terme du progrès. Dans notre vie, il y a souvent des hauts et des bas.

Que le Seigneur bénisse sa Parole ! Qu’il nous accorde de vivre de lui et avec lui.


3 - Christ, vie et modèle du chrétien — Philippiens 1:6, 9-11, 21, 28 ; 2:12-16, 21, 30 ; 3:1-3, 7-8, 13-14, 17-18 ; 4:2, 6-9, 12-14, 19-20, 22-23

[LC n° 117]

8 juin 1947


Plus nous avançons dans la vie chrétienne, plus nous sentons que cette vie, c’est Christ. La vie chrétienne, ce n’est pas faire beaucoup de choses ; c’est Christ. Si on veut voir le couronnement d’une vie chrétienne, nous le trouvons dans cette épître. Les grands chrétiens, dans le monde entier, on leur tresse des couronnes, on écrit sur eux des bibliothèques toutes entières. Nous voyons ici le couronnement de la vie d’un chrétien qui, certainement, n’a pas eu son égal, et de loin. Comment finit-il ? Comme son Maître. Il avait commencé avec son Maître ; il a continué avec son Maître ; il a fini avec son Maître, comme son Maître. Si nous avions un tel désir — nous l’avons dit récemment, les désirs ne mènent pas bien loin — produit par Dieu, certainement, Dieu nous conduirait dans un chemin analogue. Plus nous voudrons vivre de Christ, plus nous Lui ressemblerons, et plus nous ressemblerons à un serviteur tel que Paul. Et le résumé de ce livre, de cette expérience totale faite chez Paul, c’est celui-ci. Qu’est-ce que Christ est, pour notre coeur ? Qu’est-ce qu’Il est, dans notre vie de tous les jours ? Ce n’est pas ce que nous disons de Christ qui compte, ni même ce que nous écrivons, car il est facile aussi d’écrire, et cela nous arrive à tous. Mais ce qui compte, dans notre vie chrétienne, c’est que, mis en présence des tentations, au double sens du mot, épreuve de la foi ou tentation véritable, nous sortions vainqueurs de l’épreuve. Voilà la puissance ; voilà Christ. Mais si, mis à l’épreuve, en présence d’une tentation, nous fléchissons, c’est que la réalisation de la puissance de Christ en nous n’était pas à la hauteur de l’épreuve ; et cela nous arrive. Ce doit être notre souci constant, de faire briller Christ un peu plus, de Le montrer un peu plus. Si, aujourd’hui, nous ne montrons pas Christ, dans une circonstance où nous ne l’avons pas montré il y a un an, notre temps est perdu. Tout cet intervalle est perdu. Nous avons peut-être écrit beaucoup de choses, et nous connaissons beaucoup plus de chapitres, beaucoup plus de doctrine. Mais si, en présence de la même situation, notre façon d’être est la même, Christ, dans notre coeur, n’a pas plus de place, et nous avons perdu notre temps. En ayant appris beaucoup de choses, nous pourrons peut-être développer des doctrines profondes. Mais nous pouvons demander à chacun de nous ici, chrétiens authentiques, si c’est ce bagage de connaissance qui, à l’instant de la tentation, l’a délivré ; jamais. C’est Christ qui délivre. Si Christ est précieux, alors on traverse une circonstance en étant supérieur à la circonstance. Et la beauté de cette épître, c’est que nous avons un homme supérieur à tout, absolument. Il a été mis à l’épreuve jusqu’au fond ; son coeur a été labouré jusqu’au fond. Et, peut-être, la plus grande de ses épreuves a été de voir l’état des chrétiens, un peu partout. Paul, pour ainsi dire, sort vainqueur de tout cela ; il n’est pas abattu. C’est beau, chers amis. Il ne faut pas croire que nous ne serons pas mis à l’épreuve ; nous le sommes tous. Mais, si nous avons peu d’épreuves, cela prouve que notre foi n’est pas bien grande. Les épreuves sont en rapport avec la puissance de la foi pour les affronter. Si, subitement, nous, qui sommes des chrétiens et nous croyons de braves chrétiens, bien pieux, fidèles, honorant bien le Seigneur, la puissance temporelle venait nous prendre et nous amener en prison, en nous arrachant à tout, je ne sais pas combien de temps il faudrait pour que nous puissions, dans la lettre que nous écririons à nos amis ou à nos proches, dire : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ».

Cela pourrait arriver, la grâce de Dieu aidant. Dieu le veuille. Mais si nous étions près de Christ, ce serait tout de suite que nous le dirions, sans dire un mensonge — car nous disons aussi beaucoup de mensonges.

Oh, combien on est heureux, chers amis, de se retremper dans les réalités vivantes de la foi et de la vérité chrétienne ! On sent que, si on ne fait pas attention, on se berce avec des habitudes et des mots ; et, peu à peu, on perd sa force, on n’a plus de force. C’est vrai d’un chrétien, d’un frère, d’une assemblée. Si le Seigneur ne parle pas, d’une façon ou d’une autre, une assemblée s’endort et, peu à peu, mondanise. Alors qu’à une période donnée, elle voyait clair, si elle ne veille pas, elle s’endort. La notion du bien et du mal disparaît, la délicatesse de la conscience aussi ; et on finirait par dire à ceux qui rappellent les vérités de toujours : « Ne sais-tu pas que les Philistins dominent sur nous ? » (Jug. 15:11), comme on l’a dit à Samson, lorsqu’il a voulu, avec l’Esprit de Dieu, présenter la parole de Dieu.

Il faut être un chrétien devant Dieu. Il faut être un chrétien devant Christ. Si nous sommes chrétiens devant les frères, avant de l’être devant Dieu, nous renversons l’ordre des choses ; nous n’irons pas bien loin. Il faut être chrétien devant Christ, devant Dieu. Christ, dit Paul, c’est ma vie. Vous voulez me tuer ? Tuez-moi ; je vais au ciel ; je vais là où est mon coeur ; vous me libérez. Il y a peut-être quelqu’un qui peut penser ainsi, dans cette salle ; c’est possible. Dieu le sait, et Dieu le veuille ; et Dieu veuille que nous en soyons tous là. Mais, sans aller si loin, est-ce que le coeur de chacun de nous est prêt à partir ? N’y a-t-il pas un fil qui le retienne à ce monde, pas une chaîne, pas un lien ? Si le Seigneur venait maintenant, est-ce que notre coeur dirait : Seigneur, c’est cela que j’attendais ? Voilà la puissance du christianisme.

Vous pouvez apporter à un chrétien qui jouit du ciel les gloires du monde. Il y en a ; le monde est bien fait, pour ouvrir une large avenue vers l’enfer. Et que de chrétiens, même, s’y laissent prendre, non pas pour la perdition ; mais ils manquent leur vie. Le maître de ce monde est un expert, dans l’art d’entraîner les coeurs ; il a soixante siècles d’expérience. Puissions-nous dire : « Pour moi, vivre, c’est Christ ». Ne pas le dire, mais le réaliser. Paul le dit, à la fin, quand on l’avait privé de tout. Il n’avait plus rien, et ces pauvres Philippiens le faisaient pleurer. Ce ne sont pas les persécuteurs qui faisaient pleurer Paul. Quand on persécutait Paul et Silas, ils chantaient, dans leur prison. Mais ce sont les chrétiens qui le faisaient pleurer.

Quelle place, chers amis, jeunes ou vieux, Christ a-t-Il, aujourd’hui, dans notre coeur ? Votre coeur est-il comme un terrain battu, où tout passe, où la Parole de Dieu passe ? On entend des chrétiens dire : J’ai prié pour demander mon chemin ; puis voilà, je prends mon chemin. Il aurait peut-être fallu prier une semaine, pour y voir clair, tellement le sol était dur. C’est ce que nous avons, ici.

Au chapitre 1 : « Je demande ceci dans mes prières, que votre amour abonde… » (v. 9-11). Nous nous imaginons, quelquefois, que Dieu va nous rendre intelligents d’un seul coup ; jamais. On entend des frères dire cela : Priez, vous aurez la pensée de Dieu. Mais tout dépend de votre état moral. Si votre coeur porte le monde, ne pensez pas que Dieu vous donnera sa pensée ainsi. Il faut d’abord ôter les scories ; et, quand Dieu aura purifié votre coeur — c’est un travail qui peut demander bien longtemps — alors vous verrez clair.

Voyez que l’amour, dans ce passage, va avec le discernement. On trouve d’autres passages. L’amour n’est pas aveugle. C’est si vrai. Je prends un cas extrême, pour justifier cette phrase. Il peut arriver qu’on ne doive pas prier pour quelqu’un. Voilà un homme malade à la mort. Un chrétien, qui ne consultera pas le Seigneur, priera pour lui ; un autre, conduit par le Seigneur, sentira qu’il ne doit pas prier (1 Jean 5:16). Lequel des deux aime le plus ? Le second. J’insiste sur cela. Nous présentons quelques pensées, et à chacun de nous, ensuite, de relire ces passages. L’amour en Dieu, l’amour de Dieu dans les saints, n’est jamais aveugle.

« Que vous soyez purs et que vous ne bronchiez pas ». Pur, nous trouvons cela au moins deux fois, dans cette épître. L’apôtre, dans ses chaînes, prie pour ses Philippiens. Quand on est acculé soi-même par des circonstances adverses, il faut de la force, pour penser aux autres. C’est comme le Seigneur ; partout, Il pensait aux saints, au lieu de penser à Lui.

« Que vous soyez purs, et que vous ne bronchiez pas jusqu’au jour de Christ ». Qu’est-ce que le jour de Christ ? On le trouve plusieurs fois, dans cette épître, et dans d’autres. C’est le jour de la manifestation de Christ et des Siens. Ce n’est pas le jour où le Seigneur enlèvera les saints, mais le jour où Christ manifestera les saints, ce que chacun aura fait, la manière dont chacun brillera de la gloire de Christ, après avoir subi la perte d’une infidélité, de toute une vie, peut-être. Est-ce que nous pensons au jour de Christ ? Nous aurons une gloire. Le monde a des gloires. Il y a des gens, dans le monde, qui vivent cinquante ans pour arriver à ce qu’ils appellent l’immortalité. Le chrétien n’aura donc pas la même persévérance ? Eux, ils veulent une couronne corruptible ; nous, nous voulons une couronne incorruptible. N’aurions-nous donc pas la persévérance des gens de ce siècle ? Sont-ils donc plus sages, dans leur domaine, que nous dans le nôtre ?

Le motif de la vie chrétienne et du service, c’est l’amour pour Christ. Ce que vous ne faites pas par amour pour Christ, c’est un péché. Ce qui n’est pas fait, dans votre coeur, avec l’amour de Christ comme mobile, c’est de la propre volonté, et c’est du péché. Mais ce qui est fait par Christ est à la gloire de Christ. Et en quoi cela se résume-t-il ? Obéir ; obéir pour ne rien faire, obéir pour faire quelque chose, obéir pour parler ou pour se taire. Il n’y a rien de plus précieux, pour le chrétien.

Saül a fait beaucoup de choses. C’est à lui que cette parole dure est donnée : « Obéir vaut mieux que sacrifice » (1 Sam. 15:22). Est-ce que nous désirons obéir ? Nous sommes persuadés que la supériorité des frères était celle-ci : l’intelligence de la pensée de Christ, et l’obéissance selon cette intelligence. Si les frères perdent cela, ils perdent le sens et la valeur de leur témoignage. Le Seigneur a des serviteurs partout ; mais je dois obéir, et selon la révélation que le Seigneur m’a faite de sa pensée. Dans les temps de désordre où nous sommes, c’est ce qui explique qu’un chrétien ne peut pas s’associer à d’autres, parce qu’en le faisant, il désobéirait à son Maître : Vous y allez ; moi, je ne peux pas.

Nous devons respecter la conscience de tout chrétien, en éveillant en lui, toutefois, le sentiment de sa conscience, autant que possible, pour qu’il ne prenne pas sa propre volonté pour celle de Dieu. C’est pourquoi tout frère qui chercherait à attirer quelqu’un sort de sa place.

Nous avons aussi un jour de triomphe, devant nous. Ceux qui auront voulu le triomphe et la gloire sur la terre subiront une perte, au jour de Christ.

Quel bonheur de n’avoir pas d’hésitation ; et j’espère que nous en sommes tous là.

Le chemin qui s’ouvre devant le plus âgé et le plus jeune, c’est le chemin tracé par Jésus. On marche à la suite de Jésus. Beaucoup sont inquiets, pour orienter la jeunesse. Elle est toute orientée, la jeunesse chrétienne qui veut écouter : Christ est devant elle. S’il y a hésitation, c’est que l’oeil n’est pas simple ; c’est qu’on veut entraîner dans ce chemin un peu ou beaucoup de monde. Si vous entraînez un peu de monde aujourd’hui, vous en aurez beaucoup demain ; vous ne serez plus le maître.

« Pour moi, vivre, c’est Christ », dit Paul. Nous ne pouvons pas parler ainsi. Que celui qui peut le faire bénisse le Seigneur de ce qu’il peut le faire. Il y a des degrés, en cela. Paul, c’était vrai dans l’absolu.

Il dit : Je préférerais partir, mais il faut que je reste ; je serai utile aux saints ; je veux bien rester ; mais je préfère partir. On comprend cela, après sa vie de labeur et de souffrances.

Au chapitre 2, nous trouvons le modèle qui nous est présenté : c’est Christ. Au chapitre 1, Christ est la vie.

« Qu’il y ait donc en vous cette pensée… ». Il faut qu’elle habite en nous ; elle a été dans le Christ Jésus. Adam a été désobéissant, jusqu’à la mort ; Christ a été obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix. Nous citons souvent ce passage ; est-ce qu’il reste un peu dans notre coeur ? Est-ce que cette pensée habite en nous ? Il y en a qui disent : Ce n’est pas possible. Tout le monde pense cela, sauf lorsque Dieu remplit le coeur de quelqu’un comme le coeur de l’apôtre Paul. Et c’est dans la mesure où Christ remplit notre coeur, que nous pouvons penser aux autres. C’est le bonheur, n’en doutons pas. Le bonheur, pour le chrétien, c’est de ne pas penser à soi. C’est le bonheur expérimental, pratique. C’est la vraie, la sainte joie de la communion et de l’approbation de Dieu.

Quand nous avons péché, le Saint Esprit nous occupe de nous-mêmes ; il faut régler cela. Mais lorsque nous marchons avec Dieu, le Saint Esprit nous occupe de Christ, et c’est le secret pour penser aux autres. Qu’on ne dise pas que ce n’est pas possible. C’est la vie chrétienne, et c’est en cela que nous avons des progrès à faire.

Que de fois, dans la Parole de Dieu, nous lisons que celui qui s’abaisse sera élevé. On a vu cela, dans le témoignage. Dans une vie d’homme, on voit cela, des chrétiens, même, qui se sont terriblement élevés. Dieu écroulera tout cela, à un moment ou à un autre ; on a vu de ces écroulements solennels. On ne fera pas mentir la Parole de Dieu. Que d’exemples on a devant soi. « L’abaissement va devant la gloire » (Prov. 15:33), « l’orgueil va devant la ruine » (Prov. 16:18). C’est le principe, et dans l’ensemble, et dans le détail, dans les petites choses. Toutes les fois que nous nous glorifions dans les petits détails, Dieu nous abaisse dans ces choses. Quelle vigilance nous devrions avoir tous, par la grâce de Dieu, à veiller sur ces mouvements de notre coeur naturel et, par la grâce, à réprimer cela. C’est un travail continuel. Il arrive que des chrétiens s’excitent à l’orgueil, de toutes manières ; c’est triste. C’est ce qui faisait pleurer l’apôtre. On ne veux pas de la croix ; et nous savons bien ce que nous aurons alors ; nous aurons le monde, la chair, et nous en aurons à satiété. Comme dit Dieu, dans l’Ancien Testament : Vous avez voulu des idoles ? Vous en aurez. Nous ne saurions trop nous encourager à sonder de très près la pensée de Dieu. On a toujours dit qu’un écart, qauant à la pensée de Dieu et dans la marche, écart au début imperceptible, conduit à la ruine, toujours. Il est invisible à l’oeil, au commencement, sauf à l’oeil de Dieu ; mais il conduit à la ruine.

Donc, au chapitre 2, Christ est le modèle. Au chapitre 3, c’est la réalisation dans un homme. On se vantait beaucoup, aux yeux de Paul ; aujourd’hui aussi, les chrétiens se vantent. Nous nous sommes tous plus ou moins vantés. Paul dit : Vous vous vantez de beaucoup de choses ; vous êtes Israélites, moi aussi, etc. Moi aussi, j’ai des lettres de noblesse, j’ai des titres de noblesse, de toutes sortes. Vous vous glorifiez — et c’est ce qui donnait de la valeur au raisonnement de l’apôtre — vous étalez vos titres de noblesse ; tous les miens sont supérieurs. Eh bien, je les traite comme des ordures ; c’est un état permanent. Pourquoi ? Parce que Jésus était l’objet de Paul. Il nous arrive, à nous, que notre objet, c’est Christ et d’autres choses. Le service même est un danger. Si nous ne faisons pas attention, nous pensons au service plus qu’à Christ.

Paul, ici, on lui a enlevé son service. Est-ce qu’il est sans rien ? Non, il a Christ. On ne peut pas lui enlever Christ. On va le mettre à mort, mais on ne peut pas lui enlever Christ. C’était un homme absolument extraordinaire ! Nous, il nous faut bien peu de choses pour faire chanceler notre fermeté, bien peu de choses : une critique, une calomnie. Nous avons besoin de vite chercher un refuge. Par la grâce de Dieu, il est toujours là. Mais Paul, on lui enlevait tout : sa réputation, on le calomnie ; sa vie même, on voulait la lui enlever ; sa liberté. Que dit-il ? Réjouissez-vous toujours. Un chrétien devrait être cela, un homme extraordinaire. Tandis que nous, par peur de la souffrance, de l’opprobre, nous voulons l’opinion de nos frères. Souvent, nous aimerions mieux qu’on nous flatte un peu, plutôt que d’avoir l’approbation de Christ. C’est une infidélité au Seigneur. Il faut sonder notre coeur, et le laisser sonder. Très souvent, nous reculerons devant bien des choses de détail, alors que, si nous sommes fidèles et que ce soit par Christ, nous aurons la douceur de l’approbation de Christ ; et cela permet de tout traverser. Nous aurons beaucoup de progrès à faire, celui qui parle le premier. Mais ce qui donne du prix à notre vie présente, c’est la valeur de chaque journée qui passe. Est-ce que cette journée qui passe nous fait plonger des racines nouvelles dans le monde, ou bien nous fait-elle connaître un peu mieux le ciel ? Voilà ce que Paul dit, dans ce passage souvent lu, mais certainement beaucoup moins souvent réalisé : « Je les estime comme des ordures » ; moi aussi, je me vantais de cela, mais j’ai estimé cela comme une perte. Il arrive souvent ce que le Seigneur a dit : « Il vaut mieux entrer dans la vie boiteux… que d’être jeté dans la géhenne de feu » (Marc 9:45) ; et, à des degrés divers, c’est toujours vrai. Que de fois on aura vu que quelqu’un, entré dans la vie dans des conditions d’infériorité extérieure, en réalité, aura été béni pour l’éternité.

Cherchons-nous d’abord les choses de Dieu ? Ce n’est pas à un frère qu’il faut penser et qu’il faut plaire. C’est à Dieu qu’on a à faire. Si je n’aime pas Christ, c’est à Dieu que j’aurai à faire ; nous aurons un compte à régler avec Dieu. Il m’arrêtera, dans mon chemin, une fois ou l’autre. Il dira : Tu as marché tant de temps avec cela ! Il faut régler cela aujourd’hui ; c’en est assez. Dieu est fidèle. Nous ne sommes pas fidèles, mais Il est fidèle envers Lui-même, et envers nous. Il faut régler cela ! Que de fois, sans le dire à personne, le Seigneur le fait. Il le fait avec chacun de nous ; Il nous aime trop pour ne pas le faire. Puissions-nous être de ceux qui ne reculent pas devant ce dépouillement quotidien ! Si vous vous enfoncez chaque jour dans le monde et dans votre volonté, le dépouillement sera difficile. Il y a une heure, dans votre vie, où il faudra tout lâcher, de ce monde ; quel travail ce sera. Tandis que Paul portait chaque jour la mort de Jésus. Combien on sent la nécessité — celui qui parle le premier, et c’est quotidiennement — de ne pas perdre de vue le sens de la vie chrétienne. La vie chrétienne, c’est Christ. C’est la mort réalisée à des choses de plus en plus nombreuses, mais par la puissance de Christ. Paul était là, estimant ces choses comme des ordures. Pourquoi ? Parce que Christ lui était plus précieux. C’est pourquoi il faut chercher à rendre Christ plus précieux aux âmes. On a souvent dit que nous sommes comme un enfant qui aurait les bras pleins de jouets. Vous voulez lui en arracher un, il se fâche. Apportez-lui un jouet plus beau que les autres, il laissera tomber sa brassée de jouets pour prendre le plus beau.

Si Jésus est précieux à notre coeur, ce qui se passe autour de nous, ce que le monde nous présente, ses gloires, toutes sortes de choses, cela ne m’intéresse pas. On ne le dira pas. Mais il est plus puissant de marcher sans rien dire, en ne se laissant pas entamer, que de le dire en se laissant entamer. Il faut vivre comme un étranger, dans ces choses. Ce n’est pas mon monde ; cela ne m’intéresse pas. On veut m’exalter avec les grandeurs de l’homme ? J’ai beaucoup mieux, infiniment plus beau. Vous parlez de puissance ? J’ai beaucoup mieux. De richesses ? Le ciel est à moi. Voilà comment nous devrions vivre. Et on entend des chrétiens, des frères, s’exciter à la recherche de ces folies. Aucune des belles choses selon l’homme n’échappe à la sentence ; Dieu a condamné cela. Les choses belles, les choses laides, toutes sont marquées par la croix de Christ. Heureux celui qui écoute ce que Dieu dit, qui lit ce que Dieu a écrit, et qui en tient compte. Que le Seigneur fasse que les frères ne perdent jamais de vue cela : se glorifier en la croix de Christ. Elle est la puissance de Dieu. On nous dit quelquefois : Mais, toujours la croix ! Mais la croix est la puissance de Dieu. Donnez-moi une autre puissance ! Il n’y en a pas d’autres. Le Saint Esprit en est une, bien entendu, mais c’est lié à la croix de Christ ; et Il n’est venu qu’à la suite de la croix de Christ. C’est pourquoi le monde ne peut pas sentir la croix, la croix centre de tout. Et c’est pourquoi Paul pleurait, parce qu’il y avait des ennemis de la croix de Christ.

Chapitre 4. De quoi notre esprit est-il occupé ? Vous êtes dans la détresse ? « Toutes sortes de prières et de supplications ». Cela nous arrive, d’être dans la détresse. Et la chose la plus triste, quand une détresse arrive, c’est quand elle nous surprend dans un mauvais état. Quand nous sommes en mauvais état, et que Dieu est loin de nous, ou nous loin de Dieu, une détresse arrive. C’est là que nous souffrons, parce que nous sentons que Dieu n’est pas là.

Une détresse, pour un chrétien, si Dieu n’est pas là, c’est plus triste que pour un homme du monde. Mais lorsqu’un détresse arrive, et que nous sommes dans le coeur de Dieu, pour ainsi dire, la consolation est immédiate ; le réconfort est là. Ce sont ces versets : supplications, actions de grâces ! C’est dans les circonstances exceptionnelles. Le paragraphe suivant, c’est dans les circonstances ordinaires : « Au reste… ». Dans le premier cas, dans les détresses, c’est la paix de Dieu qui est avec nous. Je suis dans la détresse. Une épreuve arrive ; je crie à Dieu. Il répond ; j’ai la paix de Dieu. Je traverse un orage ; j’ai la paix de Dieu. Cela en vaut la peine. Mais on n’est pas toujours dans les détresses. Il y a la vie de tous les jours : aujourd’hui, et s’il y a un demain, la vie, qui n’est pas toujours marquée par des circonstances exceptionnelles. Eh bien, « au reste, mes frères… » ; et alors, le Dieu de paix sera avec vous. Pour avoir le Dieu de paix avec nous, il faut veiller à ce dont s’occupent nos esprits. Si vous vous occupez de la politique de ce monde, le Dieu de paix ne sera pas avec vous, ni si vous vous occupez des choses impures ou mondaines. Vous aurez Dieu sur les lèvres, mais le Dieu de paix ne sera pas avec vous.

Ne pensons pas que ces choses-ci aient été données à Paul d’un seul coup. À la fin de cette épître, il dit : « J’ai appris » à être abaissé. Nous aimons bien que les circonstances nous élèvent. Nous sommes alors des frères et des soeurs au premier plan ; nous parlons de la bonne providence de Dieu. Mais, quand les circonstances nous abaissent, nous ne parlons pas de la providence de Dieu. Paul savait être abaissé, et il savait être élevé : toujours Christ, Christ partout. « Je puis toutes choses en celui qui me fortifie ».

Chers amis, que ce soit notre portion à tous. Et si quelqu’un, ici, ne connaissait pas Jésus, que le Seigneur lui parle, lui dise qu’il est un pécheur, même s’il est un brave homme, et que l’homme est une chose affreuse, aux yeux de Dieu, et qu’il n’y a qu’un moyen pour ôter cette chose affreuse qu’est le péché (chose dont nous n’avons pas idée ; nous comprenons ce que c’est qu’un crime, lorsqu’un homme en a égorgé un autre ; mais une pensée de propre volonté est aussi horrible, pour Dieu, qu’un crime pour nous). Le sang de Jésus Christ seul efface tous les péchés du pécheur.

À Lui la gloire, aux siècles des siècles.


4 - Le christianisme pratique — Philippiens 1:9-11, 20-24 ; 2:12-15 ; 3:1-8 ; 4:4-14, 23

[LC n° 118]

Dimanche 6 août 1967


Dans la personne de Paul, le Seigneur a donné un échantillon, probablement unique, de ce que peut produire le christianisme sur la terre. Car nous avons une tendance à ne le considérer que dans ce qu’il nous procure pour le ciel, et à réduire ainsi toute la peine que Dieu s’est donnée, en nous donnant toute la Parole, et à réduire son effet, à l’assurance que nous avons d’aller au ciel un jour. C’eût été inutile d’avoir toute la Bible.

Plus nous allons, plus notre christianisme devient une sorte d’espérance et d’assurance future, et moins nous tendons à lui donner une place importante dans notre vie présente. S’il en est ainsi, c’est bien réglé : notre carrière chrétienne est perdue.

Nous pouvons présenter ici cette exhortation. Il est d’une importance capitale de faire une étude attentive, personnelle, toute personnelle, des Écritures, pour chaque croyant, frère ou soeur. « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Matt. 4:4). Et chacun doit se nourrir, dans les choses spirituelles, personnellement, comme dans les choses de la vie courante. Ce n’est pas la présence aux réunions qui suffit pour assurer le contact de l’âme avec Dieu lui-même. Chacun doit chercher ce contact, c’est-à-dire, pour employer un mot scripturaire et plus profond, cette communion, avec le Père et avec son Fils Jésus Christ, ce à quoi nous avons été appelés.

L’apôtre Paul est un échantillon des fruits que peut produire le christianisme, agissant dans un homme qui avait les mêmes passions que nous. Le Seigneur est le modèle ; mais Paul est un modèle. On pourrait élever la protestation qu’en Christ, il n’y avait pas de mal. Il était un homme semblable à nous, à part le péché. Mais il ne connaissait pas les débats intérieurs que connaissent les chrétiens à cause du vieil homme qui est en eux. Pour fermer la bouche à toute critique, même qui n’eût pas été valable, Dieu nous donne l’exemple d’un homme qui a poussé très loin l’imitation du vrai modèle, à un très haut degré. C’était un homme de très haute valeur. Ce n’est pas du don que nous parlons ici ; c’est du chrétien. Il nous faut distinguer, dans un homme, le don qu’il peut avoir, et le fait qu’il est chrétien. La leçon la plus utile qu’il nous donne est souvent celle du chrétien. C’est celle que nous avons ici.

Cette épître a été appelée l’épître de l’expérience, c’est-à-dire le christianisme vécu, l’état d’une âme qui a vécu ce christianisme, qui n’en est pas à ses débuts ni à ses premières escarmouches. Car il est impossible, sur le terrain de la vie chrétienne, de ne pas rencontrer des combats. Ici, c’est un homme qui finit sa carrière chrétienne. Ces observations sont fort instructives, en face de la vérité divine. Souvent, un profond découragement remplit les âmes, à la fin d’une carrière. Et il y a parfois un aveu d’une franchise surprenante, au fond, l’aveu qu’on avait fait fausse route.

Ici, nous trouvons un homme chez lequel nous ne voyons pas l’ombre d’une incertitude. Il a supporté toutes sortes d’orages, de difficultés, de la part des frères, de la part des adversaires. Voilà un homme sûr, tranquille. Il ne dit pas : Les difficultés que j’ai rencontrées avec le Seigneur prouvent que je me suis trompé. Il était parti avec Dieu ; il a continué avec Dieu ; il a fini avec Dieu. Nous ne pouvons pas juger des succès d’une carrière d’après les succès extérieurs. Notre jugement à nous ne peut guère se former sur d’autres. Dieu a permis que, par l’Esprit, Paul parle, pour révéler ce qui était dans son âme, à la fin de sa carrière si pleine. Lorsque nous jugeons, d’abord, nous usurpons un pouvoir qui n’est pas le nôtre ; puis nous risquons de nous tromper entièrement. La valeur d’une carrière est dans la manière dont l’âme l’a faite avec le Seigneur. Même si elle se traduisait par cinquante ans d’emprisonnement, ce serait une carrière pleine, mais que personne n’envierait. Ce que nous pourrions envier, ou plutôt imiter, ce sont ceux qui ont fait une carrière à la gloire du Seigneur, quelqu’aient été les circonstances extérieures.

Nous nous ménageons souvent un chemin dit chrétien, où nous nous épargnons le plus possible, même si c’est l’honneur du Seigneur ou ses droits qui doivent en pâtir. Il est assez courant, parmi nous, de juger de la valeur d’une carrière chrétienne d’après cette valeur, qui s’emploie à concilier les intérêts matériels terrestres avec la vérité divine. Cette conciliation est impossible. Cela ne veut pas dire qu’on doive, d’une façon délibérée, prendre le contre-pied de tout ce qui est humain ou terrestre. Inévitablement, nous connaîtrons de ces combats où notre foi sera mise à l’épreuve. Dieu seul connaît toutes les fois où nous avons été battus ou celles où, par la foi, nous avons été vainqueurs. Mais une chute peut parfois marquer d’un caractère définitif tout ce qui suit.

L’apôtre était un homme mûr, qui portait en lui une source de joie qu’il était impossible aux hommes de faire tarir. Des gens comme cela sont une peste, pour le monde (Act. 24). On ne sait pas qu’en faire. « Me mettre à mort ? Mais mon coeur est déjà là où vous voulez m’envoyer ». C’est l’histoire de tous les vrais martyrs, qu’ils aient été apôtres ou non. S’ils sont là, ils ne peuvent pas se taire. Il n’adapte pas la vérité au goût de ses auditeurs ou pour ses propres intérêts. Car, au fond, c’est toujours le moi qu’on épargne.

Paul engage les saints à tenir bon, à tenir ferme. C’est pour nous. Il ne faut pas lâcher la vérité. Garder la vérité, ce n’est pas la garder dans sa tête. Même la vérité relative au salut de notre âme, si vous l’avez dans votre tête, vous n’êtes pas sauvés. Ce n’est pas parce que vous savez Jean 3:l6, que vous êtes sauvés, mais c’est parce que le Saint Esprit a gravé cela dans votre coeur et votre conscience. L’apôtre engage les Philippiens à être fermes, à être fidèles, à garder la vérité. Garder la vérité, c’est aimer Christ. Si on ne garde la vérité qu’en paroles, on n’a pas Christ pour autant. Dans nos assemblées, on connaît la Parole. Mais cela n’est pas une garantie. Et il faut souvent que les enfants de parents chrétiens se dépouillent de leur éducation chrétienne de naissance, pour qu’ils saisissent la vérité, chacun pour son compte, d’une façon personnelle et vivante.

L’apôtre nous dit : « Pour moi, vivre c’est Christ ; et mourir, un gain ». Il réalisait ce qu’il écrivait aux Corinthiens : « Toutes choses sont à vous » (2 Cor. 3:21). Il n’est pas effrayé par la mort. Elle est pour lui une servante, dont le Seigneur se sert pour l’amener dans le lieu où son coeur est depuis sa conversion. Pour pouvoir dire : « mourir est un gain », il faut pouvoir dire : « pour moi, vivre c’est Christ ».

Y a-t-il un seul chrétien au monde qui puisse le dire ? Cela pourrait se trouver, dans un milieu chrétien. Ne pensons pas que nous sommes les seuls à aimer le Seigneur. Mais nous devons être très stricts, lorsqu’il s’agit du maintien de la vérité de l’Église. Nous embrassons dans nos coeurs tous les chrétiens du monde, même le pape, si celui-ci est un chrétien. Mais nous ne pouvons pas avoir communion avec eux à la table du Seigneur, soit au point de vue moral, soit au point de vue doctrinal.

L’amour et la communion sont deux choses fondamentalement différentes. Même entre deux frères, la communion n’est pas toujours égale. On ne peut pas exiger de qui que ce soit qu’il montre une communion totale, lorsqu’il a, dans la crainte de Dieu, des raisons de ne pas le faire.

Il y a, de nos jours, une confusion sur quantité de points de la vérité. Les confusions tendent à se généraliser, parce que les frères et les soeurs n’étudient pas suffisamment la Parole de Dieu, et avec le Seigneur.

Rien n’est plus affligeant que d’avoir entendu, plus d’une fois, des personnes chrétiennes, pas toujours des plus jeunes (et cela traduit une tendance), mettre en question la valeur des serviteurs et des ouvriers du Seigneur qui nous ont instruits, de ceux par lesquels la vérité a été remise à jour, au siècle dernier. C’est un fait historique, dans l’Église. Et ceux qui, au contact de cela, ne savent pas l’apprécier, auront à en rendre compte, et, inévitablement, en attendant, en subissent une très grande perte.

Toute la lumière sur le témoignage de ce qui aurait dû être l’Église depuis le commencement, tout cela n’est pas encore éteint. Mais la lumière a fortement baissé.

Veuille le Seigneur faire que des frères et des soeurs, qui sont engagés avec lui, aient à coeur cela. C’est ce que le Seigneur a à coeur avant tout, son Église.

Quand des hommes sont convertis, ce sont des témoins. Ils ne représentent pas, devant le monde et devant Satan, la pensée du Seigneur quant à l’Église. Or, c’est cette pensée-là que le Seigneur a à coeur, et qui lui est chère.

Il est jaloux des sentiments de l’Église envers lui, et c’est à altérer ceux-ci que Satan s’emploie. Si Satan pouvait faire que, de tous les chrétiens du monde, il n’y en ait pas deux ensemble, il aurait remporté une très grande victoire.

Tout ce qui tend à affaiblir le témoignage, tout ce qui tend à faire d’un frère un centre, tout cela est un danger de dissidence et de division.

La période qu’on vit est admirable, quelque difficile qu’elle soit. Que nous sachions apprécier la grâce et l’honneur qui nous sont faits.

C’est facile, de dire que le Seigneur a été « le méprisé et délaissé des hommes » (És. 53:3). Nous n’avons aucune part à ses souffrances expiatoires. Mais, dans son rejet, dans l’ignominie de sa condition ici-bas, l’occasion nous est offerte de partager l’opprobre de Christ. N’est-ce pas là aussi que nous fléchissons, souvent ?

Un chrétien attaché au Seigneur sera séparé, non pas parce qu’on le lui a commandé, mais parce que son attachement pour Christ le lui commande. C’est une puissance intérieure. Il ne peut pas faire autrement. C’est impossible.

Que le Seigneur vous encourage, jeunes chrétiens, à le suivre. Que chacun serve le Seigneur. Il peut y avoir de la fidélité dans la jeunesse, dans l’âge mûr, et aussi à l’âge avancé, dans la vie. La fidélité est différente dans ses caractères ; mais elle est appréciée du Seigneur à tous les âges. Pour un jeune chrétien, avoir une attitude d’apôtre ou d’ancien serait une anomalie. Mais, si ce jeune chrétien marche avec le Seigneur, il portera les fruits de la jeunesse, aussi agréables pour le Seigneur que les fruits de l’âge avancé.


Nous avons à travailler à notre propre salut avec crainte et tremblement. Ici, c’est le salut de la carrière. Il faut faire une carrière chrétienne, non pas seulement une carrière selon les hommes, honnête, moralement sérieuse, qui ne donne pas de scandales en rien. On peut être un homme rempli de ses qualités-là, et être un chrétien tout à fait mort. Peut-être est-ce la majorité des chrétiens, de nos jours, qui sont là, qui se contentent d’une rectitude convenable de leur marche devant les hommes. Mais le Seigneur regarde au coeur.

On peut être très correct devant les hommes. Mais, si le coeur est rempli de telle convoitise, la communion avec le Seigneur est perdue, et la carrière se continue. Cherchons la communion avec le Seigneur.

Vous voulez gagner de l’argent d’une façon honnête ? « Si vous aimez mieux deux écus qu’un seul », c’est l’avarice. Il y a beaucoup d’avares !

On honorerait volontiers des frères qui réussissent, sur le plan matériel ou sur d’autres plans. On doit prendre garde à ne pas recevoir d’hommages du monde. Quelqu’un qui a bien réussi dans le monde, et s’en prévaut pour trouver aussi une place devant les frères et devant le Seigneur, quelle tristesse !

Chers jeunes amis chrétiens, que le Seigneur vous tienne près de lui ! Vous avez chanté beaucoup de cantiques, dans votre enfance. Relisez-les, et voyez un peu, maintenant que vous êtes convertis. Vous les avez chantés quand vous n’étiez pas convertis. Voyez un peu si vous êtes à la hauteur de ce que vous chantiez quand vous étiez petit enfant. Ne faisons jamais du christianisme un ensemble théorique et abstrait. Car le christianisme, c’est Christ dans le coeur d’un homme.

« Travaillez à votre propre salut ». Attention, vous avez ces difficultés. Le monde vous attire, les relations mondaines, les succès mondains. Ce peut être une situation qui s’ouvre, mais qui exigera de votre part les trois quarts des loisirs qui vous restent. Il ne restera plus qu’un petit quart. Et une autre occasion, et tous vos loisirs seront engloutis ; et vous serez un travailleur acharné à perdre votre vie. C’est l’histoire de pas mal de vies chrétiennes. On pourrait citer des noms, des exemples. Les chrétiens qui se lancent, au-delà de la mesure, dans les activités humaines, deviennent de véritables forçats. On étouffe sa conscience. Mais ce n’est pas ainsi que la flamme vivante de l’amour pour Christ est entretenue. Et il arrive que ce n’est qu’au lit de mort que tout cela est réglé.

L’apôtre nous dit encore : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » (chap. 3 et 4). Ce n’est pas facile, quand on pleure, de se réjouir ; se réjouir, non pas d’une joie exubérante, mais d’une joie intérieure, d’un contentement intérieur. Alors, pour celui qui est à bout de ressource, le Seigneur se présente, et remplit le coeur de cet homme. Il est heureux.

À un frère qui traverse une grande épreuve : « Dieu console ceux qui sont abaissés » (2 Cor. 7:6). C’était un homme énergique, qui n’avait pas connu d’épreuves jusque-là. Ce verset lui a fait du bien.

Au ch. 3, l’apôtre fait un bilan, gain et perte. Les gens, dans ce monde, en font. Et beaucoup considèrent qu’ils ont bien réussi, s’ils ont fait fortune. L’apôtre était un homme pauvre et sans puissance, extérieurement.

Il est impossible que la vérité marche, sans qu’il y ait de l’opposition. Le Seigneur fait son travail au milieu de l’opposition habituelle. L’opposition peut venir des frères. Croyez-vous qu’il n’y a pas de frères qui sont ennemis d’un sentier étroit, comme si c’étaient des frères qui avaient défini l’étroitesse du chemin ? Jamais des frères n’ont défini cela. Mais c’est le Seigneur lui-même ; c’est l’Écriture. Jamais nous ne serons aussi étroits que Christ l’était, et aussi large de coeur que lui. Qu’a fait de nous le Seigneur ?

Nous sommes morts avec lui. Est-ce que nous vivons comme des morts, morts à tout ce que le vieil homme aime ? Nous avons du chemin à faire. Nous avons des redressements à opérer, dans notre chemin, même le plus étroit. Dans la fidélité des chrétiens, il y a sûrement des progrès à faire. On se demande parfois si les frères lisent les Écritures. C’est le soleil.

L’apôtre était un Juif d’élite. Il était comblé d’avantages. Mais, pour lui, ce que les hommes appellent gain, lui l’appelle perte. Quand un homme est saisi par le Seigneur, converti, amené à lui, surtout si son chemin pour y arriver a été dur, cette âme, à ce moment-là, lâchera tout sans peine. Mais le danger, c’est qu’on tend à ressaisir ce qu’on a lâché. Mais, si l’âme est entretenue dans ce qu’elle a trouvé en Christ, son jugement continue à être selon le Seigneur. Quelqu’un a dit que c’est un malheur, pour un homme, d’être pauvre. Mais le Seigneur nous dit que c’est un malheur d’être riche. Regardez l’Écriture. L’apôtre avait des avantages ; mais il dit : « Tout cela est une perte ; mais j’ai un gain, la connaissance de Christ ». Les avantages extérieurs ne sont généralement pas un avantage, pour chercher Christ et pour s’attacher à lui. Que chacun pense à cela. Nous ne faisons le procès de personne. N’oublions jamais que ce monde est construit par Satan. De quelle manière ? Parce que Satan a fait édifier ce monde pour répondre aux convoitises qui sommeillent dans notre coeur. L’avarice sommeille dans le fond du coeur, et Satan s’en sert. Et, pour Judas, cela lui a fait trahir son Maître. Que seraient les honneurs, si nous n’étions pas ambitieux ? L’ambition sommeille dans notre coeur. Quand nous sommes sensibles aux honneurs, c’est que nous ne freinons pas cette tendance à l’ambition, qui est dans le coeur de tout homme à des degrés divers.

Chez chacun, il y a des tendances. Ne cherchons pas à faire bonne mine devant Dieu, ni non plus devant les frères, si nous sommes en mauvais état. Un homme qui marche avec Dieu est simple. Il n’éprouve pas le besoin de se travestir, car on est heureux avec Dieu. Les chrétiens devraient être des gens qui vont et viennent, dans ce monde, en dispensant comme des rois les richesses divines, comme dit l’apôtre : « étant pauvres, mais enrichissant plusieurs » (2 Cor. 6:10). Le chrétien a une fortune. Plus il en donne, plus il est riche. Nous sommes tentés de ramper auprès des puissants, pour avoir leur faveur. Mais les chrétiens sont rois et sacrificateurs. Un chrétien est comme en Dieu, en Christ. Quand ces choses remplissent notre coeur, nous voyons le monde sous son vrai jour. Nous disons : « Pauvres gens ! ». On est rempli d’une immense compassion ; et on rend grâces à Dieu de ce qu’il nous a épargnés d’égarements de cette sorte : « Aveugles, conducteurs d’aveugles » (Matt. 15:14).

Chère jeunesse, non encore convertie, que le Seigneur vous garde d’avoir à faire de nouveaux essais, qu’on paie toujours cher. Qu’il ne laisse aucun répit à votre conscience, à votre coeur, à votre esprit, avant de l’avoir trouvé. Et, quand vous l’aurez trouvé, qu’il vous accorde de le suivre. L’apôtre, au ch. 4, nous exhorte à être toujours heureux. « Ne vous inquiétez de rien ; réjouissez-vous toujours ». « Toujours ; de rien » : nous aurions tous à gagner d’être comme Paul. C’est un homme enviable. Considérez un peu l’effet qu’ont les circonstances sur vous, sur votre état, sur votre vie. L’apôtre sait ce que c’est que d’être éprouvé, d’avoir des moments difficiles, d’être tout seul. Mais il peut dire : « Nous avons une ressource ». Nous n’avons pas à rester passifs. C’est un chemin difficile : « En toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu, par des prières… avec des actions de grâce » (4:6). « En toutes choses » : si nous étions pieux, rien ne se passerait sans que nous en fassions un sujet de supplications, de prières, et d’actions de grâce. Et l’effet immédiat de cela, c’est : « La paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées dans le Christ Jésus ». C’est un des secrets de la vie chrétienne. Quel bien cela fait ! Que de fois cela a pu apporter, dans la souffrance, cette paix qu’on ne peut pas communiquer, et qu’on ne peut pas définir, à personne. Les choses de Dieu, on les goûte, mais on ne les analyse pas. Un chrétien ne peut pas analyser ce qu’est Dieu. Il jouit de son Créateur et de son Rédempteur. Même en participant à la nature divine, nous restons des créatures.

L’homme explique toutes choses par l’effort mental. Mais il ne peut pas connaître Dieu, ni analyser ce qu’il est. La certitude, dans les choses divines, est d’un ordre tout à fait à part. La certitude que nous avons d’avoir la vie, cette certitude, est en nous. Le Saint Esprit rend témoignage avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Nous avons un témoin intérieur divin. Si vous ne l’avez pas, vous n’êtes pas chrétien. Un enfant de dix ans pourrait être le seul chrétien, dans une famille. Il le saurait pour lui-même, alors que personne ne connaîtrait cela. Quel que soit l’âge, on sait quand on est au Seigneur, par un témoignage intérieur et divin. On peut faire perdre la joie à quelqu’un ; mais on ne lui arrache pas cette certitude. Les souffrances, personne ne peut dire ce que c’est. Une douleur morale, c’est peut-être encore plus pénible. La grande erreur des rationalistes, c’est d’imaginer que leur cerveau est à la hauteur des choses de Dieu. Mais il ne dépasse pas le plafond des choses humaines.

« Que les choses bonnes occupent vos pensées ». Nous sommes exhortés à avoir des objets, dans nos pensées. Nous avons un esprit. Impossible qu’il ne soit pas occupé. « Toutes les choses qui sont bonnes », n’est-ce pas d’une très grande importance, de nos jours, avec la radio, la télévision, la presse ? C’est extrêmement creux, en soi. Mais on donne du brillant à tout ce qui apparaît, pour frapper la masse. Et ainsi, Satan fait un très mauvais travail. Gardons-nous de la dispersion et de la souillure par ces moyens-là. Ces choses sont des choses très mauvaises. Attention à la manière dont elles prennent la place des choses bonnes. Et, quand nous nous occupons des choses saintes à la suite de ces contacts, nous ne les recevons plus. Il faut une purification du coeur, de l’esprit, par la confession, l’humiliation, devant le Seigneur, pour retrouver la communion avec le Seigneur. Alors les choses de Dieu redeviennent intelligibles.

Que le croyant se garde de tout ce qui peut l’atteindre et pénétrer en lui. Il n’y a rien qui soit neutre, au fond. Ne croyez pas que les personnes qui ont été pieuses ne faisaient pas attention à ces exhortations-là. Elles les réalisaient de très près. L’état de santé de l’âme tient à sa protection, d’une façon qui dépasse ce qu’on pourrait croire. L’apôtre, qui était âgé, continuait à être enseigné. On a besoin de Christ jusqu’à la fin. C’est l’expérience de Christ dans la vie. Pourquoi donc le Seigneur nous laisse-t-il sur la terre, quand nous sommes à lui, dix ans, vingt ans, cinquante ans, soixante ans ? Si nous n’avons en vue que le ciel, il vaut mieux que nous soyons retirés tout de suite. Nous pouvons penser que les saints sont là pour un témoignage. Mais ils sont aussi là pour leur éducation, leur formation, leur éducation, dans la connaissance de Christ. Chacun ira au ciel avec le Seigneur, non pas avec l’or et l’argent qu’il aura gagné ici-bas, non plus avec les honneurs qu’il aura osé accepter des hommes. Il ira au ciel avec sa fortune, c’est-à-dire la connaissance du Seigneur qu’il aura acquise, tout au long de son pèlerinage. Cela, c’est son trésor.

Voilà ce qu’il a connu d’une façon expérimentale. Nous pouvons en parler d’une façon tout à fait individuelle, comme notre ami fidèle, l’ami suprême, l’ami des bons et des mauvais jours, l’ami qui aura toujours été là, qui nous aura porté. Cela, c’est tout à fait individuel.

Le riche, c’est celui qui parle avec une riche expérience faite. Les plus riches et les plus honorés, ce sont peut-être ceux-là qui auront été les plus pauvres, car peut-être qu’ils auront chassé Christ de leur vie. Tout est là. C’est le christianisme vrai.

« Je suis enseigné ». Une parole étonnante ! « Je sais être abaissé, je sais aussi être dans l’abondance… Je suis enseigné ». C’est un témoignage, cela ! Quand vous trouvez quelqu’un qui n’est jamais content, vous dites : Christ lui manque.

L’apôtre pouvait dire : « Je puis toutes choses en celui qui me fortifie ». Qu’y a-t-il là-dessous ? Qu’est-ce que cela représente, comme somme d’expériences faites avec le Seigneur ? Nous le saurons un jour, quand la vie de Paul sera mise en lumière. La vie de Paul est un exemple, un modèle, une instruction et un encouragement. Mais l’apôtre n’est pas, pour nous, une source de force. Nous avons une source de force, « le chef et le consommateur de la foi » (Héb. 12:2). Quand nous prions, nous prions le Seigneur, et il se révèle à nous. Car la grande ressource du chrétien, dans son passage terrestre, c’est qu’il a des rapports vrais, vivants, avec le Seigneur, qu’il n’a jamais vu, celui qu’il doit aimer plus que tout, plus que sa vie, plus que lui-même. C’est quelqu’un qu’il n’a jamais vu. Comment ce miracle peut-il se réaliser ? Par la puissance du Saint Esprit, dont on tend à oublier la présence. Et on tend à oublier que, sans l’action du Saint Esprit, on ne peut pas marcher en chrétien, servir en serviteur, ni réaliser l’activité de l’adorateur. Sans l’activité de l’Esprit, on ne peut rien faire.

Le Père et le Fils sont objets. Le Saint Esprit est agent. C’est par le Saint Esprit que la vie chrétienne peut se réaliser. Tout le reste, c’est la chair, c’est-à-dire une chose condamnée. Et Dieu veut que nous portions ce jugement, non pas seulement en ce qu’elle a d’horrible, mais en ce qu’elle a de plus brillant.

Que le Seigneur nous attache à lui. « À Jésus, on ne peut être, ni trop tôt, ni trop longtemps ! ». C’est pour les enfants, mais c’est aussi pour tous les chrétiens. L’apôtre l’aurait chanté de tout son coeur.


5 - Vivre pour Christ seul — Philippiens 1:20-23 ; 2:5-11, 12, 21 ; 3:7-8 ; 4:6, 12-14

[LC n° 119]

22 octobre 1972


Que cette épître ait été appelée « le livre de l’expérience », chacun le sait. Elle a aussi ceci de particulier, c’est qu’elle offre aux croyants des instructions pour la réalisation pratique de ces enseignements. Seulement, ici, ces instructions et ces exhortations se trouvent mêlées à la présentation du comportement de quelqu’un qui était un chrétien, dans celui qui était la bouche du Seigneur pour présenter ces exhortations. Nous voyons là un homme qui vit ce qu’il dit. C’est rare, de voir un homme qui vit ce qu’il dit. C’est rare, même dans le monde. Et nous, croyants, nos paroles vont au-dessus de notre état intérieur et de notre marche.

Nous voyons là, chez Paul, comme un athlète qui triomphe des difficultés. Il triomphe des difficultés. Et nous le voyons sortir vainqueur. La jeunesse convertie peut tirer un très grand profit à étudier cette épître. Et cela contribuera hautement et puissamment à la formation de l’âme.

Paul se présente comme un homme qui se sent faible. Rien ne rend sensible comme la piété. Et rien ne rend égoïste et insensible comme la mondanité.

Dans ce monde, on ne peut pas se reposer. Dès qu’un chrétien se met à se reposer, qu’il devient paresseux, spirituellement parlant, dès qu’il a cessé d’être exercé, vous y verrez aussitôt un changement. Chez Paul, nous voyons un homme qui est au ciel ; un homme qui était tellement désireux de plaire à son Maître, qu’il ne sait pas quoi choisir. Son bonheur était Christ lui-même. Si un chrétien a Christ dans sa vie, il est content. Dans les peines, dans l’épreuve, dans le travail, il est content. Il est difficile de trouver un homme qui a Christ dans son coeur, et qui ne soit pas heureux. C’est très difficile ! Le bonheur d’un chrétien, c’est Christ dans le coeur. Paul pouvait dire : S’il faut déloger, je suis prêt ; s’il faut rester, je suis prêt. Et il ne rencontrait pas des frères et soeurs très faciles. Il ne cherchait pas à s’attirer l’estime des frères. Mais il cherchait à plaire à son Maître. Lorsqu’il le mène en prison, il est heureux. Le voilà qui chante ! Nous, notre bonheur dépend des circonstances ; n’est-ce pas vrai ? Pour Paul, non. Il pouvait dire : « Pour moi, vivre c’est Christ ». Lorsqu’un croyant a passé sa journée avec le Seigneur, alors cette âme a vécu cette journée pour Christ. Pour Paul, vivre, c’était Christ.

Paul était un homme extrêmement embarrassant. Un chrétien pieux est toujours très embarrassant. Imaginez qu’il y ait un homme très pieux, ici. Il serait très embarrassant pour beaucoup. Il ne laisserait rien passer. Il nous dirait : « Voilà la pensée du Seigneur ; je ne peux rien faire d’autre ». Comme on l’a dit, un homme comme Paul, c’était une peste. On dit : « Oh, il faut plaire à tout le monde ! ». Nous n’avons pas le droit de gagner l’affection des frères pour nous-mêmes. Paul ne rassemblait pas autour de lui, ni pour lui-même. Une âme appartient au Seigneur tout seul. Et si nous ne prêtons pas attention à cela, nous frustrons le Seigneur de ce qui lui revient. Un serviteur du Seigneur, une servante, doit avoir horreur de tout ce qui fait de lui un centre. Il doit en avoir horreur. Ce danger existe-t-il ? Sûrement !

Le christianisme, compris par l’Esprit Saint, nous donnera la morale selon Dieu, et nous donnera aussi l’humilité. Et le contraire de l’humilité ? C’est l’orgueil. Chez un même chrétien, ces deux contrastes peuvent varier, d’un moment à l’autre. S’il est exercé par la piété, il restera humble. S’il se met à lever la tête, le voilà qui devient orgueilleux. Nous sommes des êtres singulièrement méchants. L’orgueil, c’est le « moi » qui se fait valoir. Et il est impossible, pour nous enfants d’Adam, de ne pas être orgueilleux. Dieu dit : « Je hais l’orgueil et la hauteur… » (Prov. 8:13). L’orgueil a été la faute du diable (1 Tim. 3:6). Quand nous nous élevons, nous avons le Seigneur contre nous ; nous ne l’avons plus avec nous. Que le Seigneur engage, particulièrement les jeunes frères et les jeunes soeurs, dans le chemin de l’humilité. C’est la couronne la plus belle, pour un chrétien. La vie de Christ est un modèle, pour les saints. Il a été obéissant. Que le Seigneur nous aide à mettre de côté la vanité et l’orgueil. Dieu peut permettre que, lorsque quelqu’un s’endurcit, il aille très loin, et à des manifestations très grandes. Peut-être ne mettons-nous pas assez chacun en garde contre cela, surtout si l’un a des avantages sur les autres, par exemple la fortune ? On a tendance à s’en prévaloir. « Je hais l’orgueil et la hauteur » ! On nous dira : « Comment faire pour être humble ? ». Ah, ce n’est pas facile ! Le secret, pour être humble, c’est d’être en communion avec le Seigneur. Alors on est humble. Il n’y a pas d’autre solution, pour vaincre l’orgueil et la hauteur, comme aussi toutes nos mauvaises tendances. Alors le « moi » disparaît. Il n’y a pas d’autre secret. Quand nous sommes en communion avec le Seigneur, le « moi » est, pratiquement, éliminé. Nous arrêtons-nous assez sur ces faits ? On pense que chacun a son « moi » ; et on glisse là-dessus. On pense qu’ayant une marche à peu près correcte, tout va bien.

Christ est le seul moyen pour nous préserver d’un chemin où il y a un « moi » non contrôlé. C’est un monde difficile que le monde où nous sommes. Satan rôde autour de chacun de nous, cherchant qui il pourra dévorer (1 Pier. 5:8). Satan et ses anges sont sans repos, sur la surface de la terre ; sans repos.

Toutes ces choses sont proposées à la vie de la foi.

« Celui qui s’élève sera abaissé » (Luc 14:11). C’est un principe divin. « Et celui qui s’abaisse, sera élevé ». Nous avons à nous encourager à rester dans l’humilité. « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles » (1 Pier. 5:5). La vérité vivante produit chez le croyant la vraie morale.

Phil.2:5-11 : Christ était un homme, ici-bas. Et, comme homme, il a été élevé au-dessus de tout. Est-ce que nous veillons, chers frères et soeurs, chers amis chrétiens, à ne pas mêler nos intérêts avec ceux du Seigneur ? « Parce que tous cherchent leurs propres intérêts, non pas ceux de Jésus Christ ». Combien c’est triste, de voir que ces choses se voyaient déjà, au début du christianisme.

Phil. 3:7 : « Mais les choses qui pour moi étaient un gain, je les ai regardées, à cause du Christ, comme une perte ». Paul était un Juif de valeur, de haute valeur. Il tenait beaucoup à son judaïsme. Mais le Seigneur lui a appris que le christianisme le plaçait dans une toute autre situation. Les Juifs se croyaient bien au-dessus des païens. Un jour, les Juifs seront les maîtres du monde, et Jérusalem la capitale. Paul, ayant connu Christ, ainsi que tous les privilèges qui en découlent, estime ces avantages terrestres comme une perte. Il les considère comme des ordures. Eh bien, nous devrions mûrir, nous aussi, dans nos jugements. Tout ce que le monde apprécie, et ce pour quoi il travaille, n’est absolument rien. Il y a des gens qui consacrent leur vie pour un ruban. Satan les égare. Ils perdent leur temps. Ils manquent leur vie. C’est une tromperie de Satan. Que le Seigneur nous donne d’avoir les yeux ouverts sur ces choses ! Si un chrétien recherche cela, il a perdu sa vie. Et que reste-t-il, quand la mort vient ? Au moment même, quand une offre se fait, que le Seigneur nous accorde de pouvoir dire « non » ; et, au moment voulu par lui, de dire « oui ».

v. 8 : « afin que je gagne Christ » — « que je sois trouvé en lui ». v. 10 : « pour le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, étant rendu conforme à sa mort ». Ce ne sont pas des vérités, cela. C’est Christ lui-même : le connaître dans sa mort ; le connaître dans sa vie. Le christianisme, c’est Christ dans un homme. Le secret de la vie pratique d’un croyant, c’est Christ dans sa vie. Alors on peut dire que cet homme n’est pas à plaindre. Il peut être pauvre ; qu’est-ce que cela peut bien faire ? Il est très heureux. C’est comme si Paul disait : « S’il faut accepter un dépouillement jusqu’à la mort, bien ! S’il faut aller avec Christ, c’est très bien ! ». L’éventualité de la mort ne l’affectait en rien. Voilà le christianisme vécu dans un homme comme nous. Est-ce que nous connaissons ces joies-là, chers frères ? C’était un témoin brillant que Paul. Aussi on n’aime pas beaucoup Paul, ni sa doctrine. C’est trop gênant. Paul va trop loin. C’est évident. Dans la mesure où nous acceptons un renoncement, nous avons une compensation, que le Seigneur lui-même nous donne. Il y aura eu des croyants qui n’auront pas refusé de choisir le chemin de Christ.

Quand nous ne sommes pas heureux, que notre esprit est troublé, nous pouvons lui dire : « Seigneur, en quoi mon oeil n’est-il pas simple ? ». L’oeil simple, c’est de ne voir que Christ ! Un oeil qui a plusieurs objets ne verra pas clair. Nous ne tromperons jamais Dieu ; disons-nous bien cela. Cherchons la cause de nos infidélités. Dieu ne nous donne pas la lumière, si nous ne renonçons pas. Un frère, une soeur, qui a marché avec Dieu, nous sommes invités à en découvrir le secret.

v. 18 : « Car plusieurs marchent, dont je vous ai dit souvent et dont maintenant je le dis même en pleurant, qu’ils sont ennemis de la croix du Christ ». On n’aimait pas Paul, parce qu’il disait : « Je suis mort ». Dieu ne tient pas compte du « moi ». Le jugement du « moi » a passé sur le chrétien. Il y a des chrétiens qui aiment le chemin large. Un homme fidèle, c’est un homme où la croix aurait le plus de place possible. Que la mise de côté de l’homme soit entretenue ! Que ce sentiment soit entretenu dans l’âme ! Nous n’irons pas au ciel avec notre « moi ». Nous verrons alors combien le « moi » aura fait de dégâts, dans l’homme, dans un croyant. Les genres mondains, dans tous les sens, ne conviennent pas à l’enfant de Dieu. Les gens pieux étaient des gens très simples. Ils ne s’occupaient pas de ces gens mondains. Leur marche était claire. Devant Dieu, on n’a pas le souci de son importance ; on ne s’en occupe pas. « J’ai appris », disait Paul. Il ne se plaçait pas en haut de sa chaire. « Je suis enseigné » (v. 12), et j’apprends toujours. Notre éducation n’est jamais terminée. Le désir divin, dans cette formation, dans les saints, c’est de nous enrichir de Christ. Là, nous apprendrons le dépouillement de nous-mêmes. Et nous emporterons dans le ciel, chacun pour lui-même, les richesses de la connaissance de Christ que nous aurons acquises ici-bas, richesses qui nous seront propres. Voilà nos vraies richesses.

Encore un mot : « Je puis toutes choses en celui qui me fortifie » (v. 13). Il n’y a pas d’hésitation, dans cette déclaration. On comprend qu’un tel homme, avec un tel Christ dans son coeur, rien ne lui était impossible. Personne ne peut être plus fort que Christ dans un homme. Cela est-il à notre portée ? Mais oui ! Paul n’a pas dit, à la fin de sa vie : « Seigneur, tu m’as trompé… Avec toi, je me suis trompé de chemin ». Rien de tout cela ! Et maintenant, le voilà dans le repos.

Plus un homme est pieux, plus il rencontrera de combats, parce qu’il pourra combattre pour d’autres. Il apprendra ce qu’il est, ce que Satan est, et ce que le monde est. Mais, en contrepartie, il apprendra ce que Christ est. N’est-ce pas, chers frères et soeurs, que nous avons toujours tendance à avoir une bonne opinion sur nous-mêmes ?

« Mais celui qui est spirituel discerne toutes choses ; mais lui n’est discerné par personne » (1 Cor. 2:15). Quelqu’un qui est plus spirituel que d’autres juge les autres. Que le Seigneur nous appelle à sa suite ! Que, jouissant de Christ d’une telle manière, nous réalisions qu’il n’y a qu’une vie qui vaille la peine d’être vécue !

La grande faute, la faute capitale, de tous les systèmes, c’est de placer des personnes entre le Seigneur et les âmes. C’est la faute majeure. Et prenons garde de ne pas devenir un système ignoré. C’est usurper les droits du seul Seigneur, et seul Souverain. Ayons ce sentiment, que nous ne sommes rien du tout. Et c’est un très grand titre, quand il s’agit des esclaves du Seigneur.


6 - Désirer ardemment — Jacques 4:2 ; 1 Pierre 2:2-3 ; 1 Corinthiens 12:31, 14:1, 39 ; 1 Timothée 3:1 ; Psaumes 84:2 ; Philippiens 1:23 ; 2 Corinthiens 5:2 ; Luc 22:15

[LC n° 147]

5 août 1962

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 286


« Vous convoitez, et vous n’avez pas ; vous tuez et vous avez d’ardents désirs, et vous ne pouvez obtenir » (Jacq. 4:2). Les désirs de nos coeurs naturels sont ceux de la vieille nature que nous avons tant de peine à considérer comme morte, du vieil homme qui a été crucifié avec Christ. Cette vieille nature est la source de toutes les guerres, entre des frères, dans une famille, au sein d’une assemblée. Elle nous conduit, dans l’exercice même de la prière, à demander mal, non pas pour le développement de notre vie spirituelle, mais pour satisfaire les désirs du coeur naturel. Ainsi, des bénédictions spirituelles nous échappent, parce que notre nouvelle nature n’est pas en activité : « Vous n’avez pas, parce que vous ne demandez pas » (4:2). La vieille nature a d’ardents désirs, posséder des biens matériels ou jouir d’une certaine autorité, par exemple. Ces désirs ne devraient pas exister chez le croyant ; ce sont ceux de la chair. Que Dieu nous en garde et que nous sachions leur imposer silence.

« Désirez ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait intellectuel » (1 Pierre 2:2). Rejetant les produits de la vieille nature, qui sont un obstacle au développement spirituel, nous pourrons croître et prospérer spirituellement. Le pur lait intellectuel est, dans ce passage, la nourriture qui convient à tous les stades du développement du croyant ; en revanche, en 1 Cor. 3:1-2 et en Héb. 5:12-14, il est la nourriture des petits enfants en contraste avec la nourriture solide, avec la viande, qui convient à des croyants déjà avancés dans la vie chrétienne. Le pur lait intellectuel que nous sommes exhortés à désirer ardemment, c’est la Parole qui nous présente Christ, nourriture excellente sans laquelle il n’y a pas de développement spirituel possible. Cette nourriture doit rester pure, non frelatée, non mélangée avec les pensées naturelles de l’homme. Le ministère doit dispenser cette nourriture qui vient de Dieu, qui est le travail de l’Esprit de Dieu, qui est en accord avec la Parole de Dieu. Est-ce que notre coeur brûle du désir de s’emparer de cette nourriture ? Ou bien se nourrit-il de lectures sans utilité pour la vie spirituelle ? Plus un croyant vit près du Seigneur, plus il sera nourri de la nourriture excellente dont il a besoin.

« Si toutefois vous avez goûté que le Seigneur est bon » (1 Pierre 2:3). Voilà pourquoi nous avons si peu cet ardent désir. Nous savons si peu apprécier la fidèle bonté du Seigneur dans toutes les étapes du chemin, dans les jours de joie comme dans les jours de peine. Formant une maison spirituelle, une sainte sacrificature (1 Pierre 2:5), nous pouvons alors nous approcher de Christ comme d’une pierre vivante pour offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu par lui. Nous serons des adorateurs dans la mesure où nous avons désiré ardemment le pur lait intellectuel. Si nous n’avons pas été chaque jour aux pieds du Seigneur, nous viendrons devant lui avec des corbeilles vides le dimanche. Toutes les réunions d’assemblée ont un caractère collectif ; c’est donc l’assemblée toute entière qui adore.

« Désirez avec ardeur les dons de grâce plus grands » (1 Cor. 12:31). « Désirez avec ardeur les dons spirituels, mais surtout de prophétiser » (1 Cor. 14:1). « Désirez avec ardeur de prophétiser » (1 Cor. 14:39). Les instruments que Dieu emploie sont précieux à leur place, mais le secret de la bénédiction dans une assemblée, c’est l’exercice profond de tous les frères, de toutes les soeurs, pour la prospérité spirituelle de l’assemblée, et non pas l’exercice même des dons, si éminents soient-ils. Prophétiser, c’est mettre les âmes en rapport avec Dieu, par la Parole, au moment du besoin. Quelquefois, cinq paroles peuvent suffire pour faire du bien à tous. Désirons-nous ce don avec ardeur, ou manifestons-nous une paresse coupable en laissant la charge aux autres ? Le manque d’un exercice secret avec le Seigneur est la cause de beaucoup de faiblesse. La vie individuelle d’abord, ensuite seulement il peut y avoir accroissement dans l’assemblée.

« Si quelqu’un aspire à la surveillance, il désire une oeuvre bonne » (1 Tim. 3:1). Voilà un désir qui devrait être dans le coeur de quelques frères dans l’assemblée, par amour pour les saints et pour l’assemblée, pour servir les saints et l’assemblée. La charge de l’ancien se rapproche de beaucoup du ministère pastoral, mais le surveillant connaît les circonstances et les besoins personnels, il connaît les brebis du troupeau. Il discerne aussi ce qui peut nuire au bon ordre : il pressent le danger ; il doit avertir, retenir. Mais il lui faut des qualités morales, une autorité morale. Que de maux dont on aurait pu être préservé s’il y avait eu, en temps opportun, l’intervention d’un ancien !

« Mon âme désire, et même elle languit après les parvis de l’Éternel » (Ps. 84:2). Une âme, en route pour la maison, en savoure déjà les félicités. Le pèlerin fait l’expérience de celui qui pouvait dire : « Le fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête » (Matt. 8:20). Cette âme n’a qu’un but en traversant la terre : « Tes autels ». Cette âme ne s’attache à rien d’autre ici-bas qu’à la personne dont la Sulamithe pouvait dire : « Toute sa personne est désirable » (Cant. 5:16).

« Ayant le désir de déloger et d’être avec Christ » (Phil. 1:23) ; c’est le désir de l’apôtre Paul. Pourtant, il était prêt à rester, à lutter encore, si cela était avantageux pour les Philippiens. Mais son désir ardent était d’être avec Christ.

« Désirant avec ardeur d’avoir revêtu notre domicile qui est du ciel » (2 Cor. 5:2). Dans le corps, qui est souvent une entrave au développement spirituel, nous gémissons, étant chargés. Ce corps n’est pas à la mesure de la vie divine qui est en lui. Bientôt, nous allons prendre possession de la « maison qui n’est pas faite de main, éternelle, dans les cieux » (2 Cor. 5:1).

« J’ai fort désiré de manger cette pâque avec vous » (Luc 22:15). Devant le désir si fortement exprimé par le Seigneur, pouvons-nous dire : « le désir de notre âme est après ton nom et après ton souvenir » (És. 26:8) ?

Que Dieu produise lui-même en nous ces saints désirs pour la paix de nos âmes, pour notre enrichissement spirituel, pour une vie individuelle plus nourrie de Christ, plus vraie, et aussi pour la prospérité de l’assemblée !


7 - La confiance en Dieu — Jérémie 17:5-10, 12-14, 17 ; 38:7-13 ; 39:15-18 ; 45 ; Jean 11:8-9, 13-15, 41-44 ; Philippiens 2:5-11

[LC n° 34]

Dimanche après-midi 22 octobre 1950


Dans ce que nous avons lu dans Jérémie, nous avons des déclarations relatives à la confiance en Dieu. C’est difficile de se confier en Dieu, très difficile. Lorsque Dieu, qui est fidèle, nous place dans des situations par lesquelles Il nous force à nous confier en Lui, nous sommes étonnés de voir combien la confiance en Dieu est un état, pratiquement, étranger à notre âme. C’est très humiliant.

La Parole renferme d’innombrables passages sur la confiance en Dieu. Ce sont des points de la Parole de Dieu essentiels pour la vie de l’âme. Ce ne sont pas des points doctrinaux. La doctrine peut aider quelqu’un à connaître Dieu et à se confier en Lui. Elle le fait, comme toute vérité. Toute la vérité est bonne, la vérité de Dieu — c’est la seule. La vérité vient de Dieu et lie à Dieu. Mais une vérité, pratiquement, n’a de valeur que si elle porte le coeur qui la saisit à s’appuyer sur Dieu un peu mieux après l’avoir reçue qu’avant. C’est très difficile, de se confier en Dieu.

Nous pourrions rappeler beaucoup de passages, et notamment ce verset, que nous connaissons bien, du Ps. 16:1 : « Garde-moi, ô Dieu ! car je me confie en toi ». Nous, souvent, nous disons : Garde-moi, ô Dieu — et nous pouvons bien faire cette prière. Mais si nous ajoutions : « car je me confie en toi », souvent, nous serions obligés de dire que nous sommes des menteurs. Nous sommes très désireux que Dieu nous garde, mais il faut pouvoir dire tout le verset, qui s’applique, d’une manière absolue, à Christ, comme tout ce Ps. 16. On n’invente pas cette application ; elle est faite dans le Nouveau Testament.

Alors, quand nous disons à Dieu : « Garde-moi, ô Dieu », est-ce que nous pouvons achever le verset ? Cela rejoint la pensée de l’épître de Jacques, qui dit : « Qu’il demande avec foi, ne doutant nullement » (1:6). Quelqu’un qui ne demande pas avec foi, qu’est-ce que cela prouve ? Que son coeur a sa confiance ailleurs qu’en Dieu.

Une conséquence de la chute a été de jeter dans le coeur de l’homme — dans notre coeur à nous, et non pas seulement celui des païens et des mondains — la méfiance vis-à-vis de Dieu. On se méfie de Dieu. On se confiera dans sa fortune, son intelligence, sa sagesse, sa piété, son dévouement, ses amis, dans un homme, mais pas en Dieu. Il faut reconnaître devant Dieu que, tout de même, ce n’est pas tout à fait en ordre. Si les choses étaient en ordre, on devrait s’appuyer d’abord sur Dieu pour tout, pour toutes choses, pour gagner sa vie, pour la santé, etc. Nous savons tous bien ce que nous faisons et, avec cela, nous nous croyons de très braves chrétiens, des chrétiens modèles. Et nous pensons qu’il n’y a pas mieux que nous, qu’il n’y a jamais eu mieux que nous !

« Garde-moi, ô Dieu, car je me confie en toi » : si nous ne pouvons pas dire la fin du verset, l’âme n’est pas droite. Cela arrive souvent.

Voilà pourquoi aussi Dieu ne répond pas toujours. Si notre confiance était en Dieu, et en Dieu seul, quelle que soit notre détresse, Il répondrait.

Le christianisme pratique est une chose éprouvante. Et le christianisme qui n’est pas pratique ne vaut rien du tout, aux yeux de Dieu. Au contraire, c’est un péché. Dieu veut du vrai, dans notre vie. C’est pourquoi il nous fait passer par le feu. Quand il voit que ce qui n’est pas vrai envahit et gâte tout, il nous fait passer par le feu. Il brûle tout ce qui nous embarrasse.

Il y a encore bien d’autres passages, innombrables, qui nous parlent de la confiance. Ce n’est pas un sujet d’étude que la confiance, mais c’est un sujet qui doit nous occuper toute la vie, un sujet qui doit remplir l’âme. La Parole nous donne, à ce sujet, beaucoup d’exhortations et d’exemples, et celui de Christ en tout premier lieu. Voilà le seul homme qui se soit confié en Dieu. Ce qui rend d’ailleurs la scène de la croix si extraordinaire, c’est que le seul homme qui se soit confié en Dieu, celui précisément dont la confiance était totale, a dû être abandonné de Dieu. Et l’abandon a dû être total, parce qu’il prenait la cause de l’homme pervers, de l’homme méfiant vis-à-vis de Dieu.

Nous trouvons que « ceux qui se confient en l’Éternel sont comme la montagne de Sion, qui ne chancelle pas, qui demeure à toujours » (cf. Psaume 125:1). Une montagne ne s’ébranle pas. Si nous nous confiions en Dieu sans cesse, si notre âme était dans cet état de confiance en Dieu seul, rien ne nous ébranlerait.

Que Dieu nous donne de faire de grands progrès. Il vaut bien mieux quelqu’un qui ne sait rien quant à la doctrine chrétienne, mais qui connaît Dieu, qui peut dire : Je connais Dieu ; j’ai passé là, Dieu m’a aidé ; je sais ce que c’est que s’appuyer sur Dieu ; dans telle circonstance, Dieu m’a suffi.

Est-ce que nous avons des circonstances de ce genre, dans notre vie ? Si nous n’en avons point, qu’est-ce que nous avons fait ? Qu’est-ce que nous avons donc fait de Dieu, de ce Dieu qui nous a amenés à sa connaissance ? Quelle place lui avons-nous donc donnée, dans notre coeur ? Nous disons que nous aimons Dieu, et nous nous méfions de lui !

Une chose extraordinaire, remarquable, c’est que la confiance en Dieu brille justement quand c’est difficile.

Le Seigneur, comme homme, aurait pu se servir de sa puissance divine pour s’abriter. Jamais ! Il s’est appuyé sur Dieu, a tout enduré comme homme et, comme homme, a eu une confiance parfaite en Dieu.

Dans le livre de Jérémie, qui est un livre extrêmement beau, on voit, dans le chap. 17 entre autres, les sentiments d’un homme croyant qui aime Dieu et les fidèles. Il dit : « Maudit l’homme qui se confie en l’homme » et, plus loin, « béni l’homme de qui l’Éternel est la confiance ». Voilà une malédiction et voilà une bénédiction. S’il y a un pauvre pécheur qui ne soit pas converti et qui se confie en l’homme, en ce que l’homme enseigne, dans les moyens de salut que les hommes ont inventés, eux qui disent aux pauvres pécheurs : Confiez-vous dans vos bonnes oeuvres, confiez-vous en vous-mêmes ; Dieu lui dit : « Maudit l’homme qui se confie en l’homme ». C’est une confiance mal placée que la confiance en soi pour faire son propre salut.

Mais « béni l’homme qui se confie en l’Éternel ». Le croyant se confie en Dieu pour le salut de son âme. Il a saisi le moyen que Dieu offre : « Qui croit au Fils a la vie éternelle » ; « le sang de Jésus Christ nous purifie de tout péché » (cf. Jean 3:36 et 1 Jean 1:7). Pour un pécheur qui croit cela, la foi qu’il a équivaut à la déclaration : Je ne me confie pas en moi ni dans mes bonnes oeuvres ; mais je me confie en Dieu, dans le sang de Christ. Et c’est la confiance de base de la vie chrétienne. Sans cela, il n’y a pas de christianisme.

Ainsi, ces versets s’appliquent très bien au salut de l’âme. Mais ils vont beaucoup plus loin, et sont très importants pour la vie chrétienne pratique. C’est sur ce point que je désirais dire quelques mots.

Chers amis chrétiens, frères, soeurs, rappelons-nous ce que Dieu dit : « maudit l’homme qui se confie en l’homme, et qui fait de la chair son bras ». La chair, c’est l’homme. Dieu nous dit lui-même qu’Il ne se confie pas dans l’homme : « Il ne se complaît pas aux jambes de l’homme » (Ps 147:10). Il n’a pas besoin de son intelligence, de son zèle. Dieu n’a besoin de personne. Tout le monde a besoin de Lui, tandis qu’on voudrait nous faire croire le contraire. On voit des hommes qui s’efforcent de vivre sans Dieu et de se passer de Dieu, alors que personne ne peut se passer de Lui, et que Dieu pourrait se passer de tout le monde.

« Maudit l’homme qui se confie en l’homme », cela va très loin. Est-ce que, dans notre vie, nous nous appuyons sur l’homme, ou sur Dieu, dans nos circonstances ?

« Béni l’homme qui se confie en l’Éternel ». Il vous arrive une circonstance difficile. Vous pouvez appeler tous les voisins, tous vos amis, tout le monde ; ils ne pourront rien faire pour changer votre circonstance, pour changer votre douleur en joie, votre chagrin en allégresse. Personne au monde, et même tous les chrétiens du monde eux-mêmes, ne peuvent rien à vos circonstances. Il ne peuvent pas, par eux-mêmes, changer la volonté propre d’un homme en obéissance à Dieu, sa haine contre Dieu en amour pour Christ. Personne ne peut faire cela au monde. Si vous appelez des chrétiens, ils peuvent prier pour vous, pour que Dieu fasse ce travail dans votre âme, le seul qui compte. Mais que de fois on s’appuie sur toutes sortes d’appuis, et on jette Dieu de côté. Dieu est-Il insensible à cet outrage ? Il sent tous les outrages. C’est un outrage à Dieu que de se confier en l’homme. Et je dis cela en sentant, pour moi-même, combien c’est difficile de se confier en Dieu.

Qu’une difficulté nous arrive, notre premier mouvement est-il de dire : Seigneur, voilà tout ce qu’il y a, exactement tout ? C’est à toi que je pense ; je t’apporte cela. C’est là une preuve pratique de la confiance en Dieu. Tandis que si vous allez chercher d’autres appuis, vous mettez le Seigneur de côté, et votre confiance n’est pas en Lui. Et si vous faites appel à des frères ou à des soeurs, que ce soit pour qu’ils prient afin que Dieu vous donne cette confiance qui fait qu’il n’y a rien entre Dieu et l’âme. Ah, si nous comptions sur Dieu en toutes choses ! Il faut compter sur Dieu quand c’est difficile. D’ailleurs, c’est toujours difficile de compter sur Dieu. Nous trouvons : « Confiez-vous dans l’Éternel en tout temps », (Psaume 62:8), quand le ciel est serein comme quand l’orage gronde. Lorsque l’épreuve survient, la détresse, ah, on pense à Dieu ! Mais il y a tellement d’intermédiaires qu’on a laissé se glisser entre le coeur et Dieu, que la confiance en Dieu est, en somme, très lointaine, et qu’il faut la faire remonter à la surface du coeur, au prix de beaucoup d’exercices.

C’est difficile, chers amis, de se confier en Dieu. Mais Dieu le sait. Dieu tient compte de la confiance des siens, et il n’y a que cela qui lui plaise.

Dieu nous parle, chers amis, aux uns et aux autres. Et il arrive qu’Il nous envoie une circonstance difficile, parce que nous sommes tombés dans un état de torpeur où Dieu n’a aucune place dans notre âme. Il nous envoie une épreuve pour nous réveiller, pour nous faire dire : Où est-ce que j’avais mis Dieu ? Et j’osais dire que je me confiais en Lui !

Quand on se confie en Dieu, on ne s’agite pas. C’est sérieux, de s’appuyer sur Dieu. C’est solennel, de chercher à donner à Dieu la première place. Je ne dis pas que nous le réalisions. Que Dieu nous fasse faire des progrès dans cet état-là. Mais s’appuyer sur Dieu, ne pas s’appuyer sur des appuis que nous aimons tous, c’est toujours éprouvant.

Dans Jérémie, nous avons deux exemples qui m’ont souvent réconforté, chers amis.

Le premier est celui d’Ébed-Mélec, l’Éthiopien. Un Éthiopien ! Dieu choisit cet homme, qui n’était pas favorisé en Israël, et le désigne ainsi pour montrer que cet homme, qui, a priori, n’avait pas été enseigné comme les Israélites, brille par sa confiance en Dieu. On voit Ébed-Mélec agir ; et, après, Dieu dit : « parce que tu as eu confiance en moi ». (chap. 39:18) Qu’avait-il fait ? Il a mis sa vie dans sa main. Il aurait pu dire de Jérémie : Ce n’est qu’un prophète ! Il a vu Jérémie qu’on mettait dans la fosse (car on mettait les prophètes dans la fosse, dans ce temps-là… et on en a mis pas mal depuis) parce qu’il annonçait la parole de l’Éternel : Jérusalem sera prise ; livrez-vous aux Chaldéens. En effet, Dieu avait décidé de balayer son peuple de sa terre, tellement il avait péché.

Jérémie a parlé pendant peut-être plus de quarante ans ; quarante ans à souffrir ! Il tient bon et dit ce que Dieu lui fait dire, toujours. De guerre lasse, on s’empare de lui, on le fait mettre dans la fosse. Ce qui rend la situation solennelle, c’est qu’on condamne Dieu, en condamnant Jérémie.

Ébed-Mélec prend intérêt à Jérémie. Et, au prix de sa vie, cet Éthiopien, homme sans influence, va au-devant du roi et dit : C’est mal, de faire mourir Jérémie. Il s’emploie à faire remonter Jérémie hors de la fosse.

Si les princes, qui avaient jeté Jérémie dans la fosse, avaient vu cela, Ébed-Mélec risquait sa vie. Mais quand Jérusalem a été prise — car elle l’a été — Dieu n’a rien oublié. C’est pourquoi nous trouvons ce que nous avons lu. Dieu fait porter son message à Ébed-Mélec par Jérémie. Ce sont des paroles de toute beauté. Dieu ne perd rien, enregistre tout, se souvient de tout, de tout ce que Lui a produit dans les siens. Ce sont des paroles extrêmement belles : « ainsi dit l’Éternel des armées… » (chap. 39:16).

Ébed-Mélec n’était pas un héros. Dieu dit lui-même qu’il avait peur. Il n’avait pas une énergie naturelle telle qu’il ne sentait rien. Et Dieu lui dit : « Je te délivrerai en ce jour-là… je te sauverai… et tu auras ta vie pour butin ; car tu as eu confiance en moi, dit l’Éternel » (chap. 39:17-18).

Chers amis, il est beau de voir que Dieu attribue aux siens ce qu’il leur fait faire. Les fruits de la grâce qui agit en eux, il les leur attribue comme une bénédiction. Dieu sait en quoi nous nous confions. Bien des serviteurs de Dieu, qui ont annoncé que ce monde est un monde condamné, perdu, et la chrétienté elle-même, ont eu, pour cela, à endurer la mort ! Mais un jour viendra où la récompense de cette fidélité leur sera donnée, non pas sur la terre, comme ici en Israël, mais en vie et en gloire éternelles. Dieu tient bien ses comptes. Il sait ceux qui se confient en Lui : « Les yeux de l’Éternel parcourent toute la terre pour voir ceux qui sont d’un coeur parfait envers lui » (cf. 2 Chron. 16:9). Et les yeux de l’Éternel sont cette parfaite connaissance que Dieu a de tout ce qui se passe dans les coeurs de tous les hommes, à chaque instant : « les yeux de l’Éternel parcourent toute la terre ».

Qu’il nous soit donné de nous confier en Dieu pour tout. Nous avons une épreuve ? Qu’il nous soit donné de penser à Dieu, de crier à Dieu. Est-ce une épreuve pour laquelle nous n’osons même pas faire appel peut-être à nos frères, à nos soeurs ? Crions à Dieu ; prions Dieu ; demandons à Dieu qu’Il nous donne de compter sur Lui. « Rien n’est impossible à celui qui croit » (cf. Marc 9:23) ; rien, absolument rien.

Vous avez des situations, des circonstances inextricables ? Personne n’y peut rien ? Vous ne savez pas comment vous en sortir ? Priez Dieu. Seulement, il faut la foi. Notre foi est en question.

Voilà pourquoi nous pouvons prier tous les jours, pour que Dieu nous donne de la foi, dans le déroulement de notre vie quotidienne, dans l’accomplissement de notre humble tâche quotidienne. Il ne faut pas la faire sans Dieu, mais compter sur Dieu. Et, dans les circonstances plus remarquables, nous aurons Dieu avec nous.

Ensuite, nous avons l’exemple de Baruc. Il a beaucoup souffert, parce qu’il n’était pas à la hauteur. Mais il avait à coeur le bien du peuple. Jérémie a beaucoup souffert parce que son coeur était avec le peuple. Et Dieu lui disait : Je le consumerai ; son histoire est finie. C’était terrible, pour un homme de Dieu comme Jérémie, d’être obligé de dire lui-même, de la part de Dieu, au peuple qu’il aimait de tout son coeur : C’est fini ; le jugement est là.

Tout le livre de Jérémie, et plus encore les Lamentations, expriment quelque chose de cette douleur profonde de Jérémie.

À Baruc, Dieu dit aussi : « Tu auras ta vie pour butin » (Jérémie 45:5). Baruc a été avec Jérémie ; il a eu sa vie pour butin.

Que Dieu nous donne d’imiter la confiance de notre Seigneur Jésus Christ.

C’est quelque chose de profond que la confiance en Dieu, que se confier en Dieu tous les jours. Sinon, on se confie en soi. Que de fois nous nous confions en nous ! Je vais faire ceci, établir mon plan, voir, réfléchir. Je fais appel à ma sagesse, à ma connaissance, peut-être à ma piété. On peut se confier en tout ce qui est de soi, et pas en Dieu.

Une deuxième vertu chrétienne, dont je désirais dire un mot pour la proposer comme sujet de méditation, est mise en évidence dans Jean 11 ; c’est la dépendance. Le Seigneur montre une dépendance absolue. La dépendance, c’est chercher la volonté de Dieu avant de faire quoi que ce soit.

Que de fois nous faisons l’inverse ! Nous prenons une décision dans notre coeur ; elle est transformée en acte dans notre vie ; et puis nous disons : Seigneur, bénis-moi. C’est-à-dire, bénis ce que j’ai fait ; c’est-à-dire, au fond, bénis ma propre volonté. Voilà comment nous comprenons les choses ! C’est l’inverse de la dépendance ; c’est donc l’indépendance ; tandis que la dépendance reste bien illustrée par l’attitude du Seigneur à la mort de Lazare. Lazare était malade. Le Seigneur le savait ; mais Il reste là où il était, trois jours, sans se déplacer. Tout le monde, les Juifs, les disciples, et Marthe, même Marie, agit comme pour faire sortir le Seigneur de cette dépendance absolue qui était la sienne.

Le Seigneur n’avait pas de commandement de la part de son Père. Aussi Il ne fait pas un pas. Il savait que Lazare était malade, mais il ne fait pas un pas. On lui a fait des reproches : Seigneur, voilà, il est mort ; si tu étais venu, il ne serait pas mort. La dépendance recevra toujours des reproches de l’indépendance. Ces pauvres disciples étaient bien charnels, comme nous le sommes. Ils ont fait souffrir le Seigneur. Pourtant, dans sa grâce, Il leur dit : Vous avez persévéré avec moi dans mes tentations (Luc 22:28).

Voilà la dépendance : le Seigneur ne fait pas un pas. C’est difficile, chers amis, quand on sait qu’on pourrait faire quelque chose, de ne pas le faire ; c’est très difficile.

Qu’est-il résulté de cette dépendance absolue du Seigneur ? Eh bien, tout le monde savait qu’il guérissait les malades. Et on a vu, du fait de sa dépendance, qu’Il pouvait ressusciter un mort. Ressusciter un mort, c’est autre chose que de guérir un malade. C’est autre chose, à la gloire de Dieu ! C’est pourquoi le Seigneur dit : « Cette maladie n’est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu » (Jean 11:4). Si nous dépendons du Seigneur, dans les petites et dans les grandes choses, nous glorifierons Dieu. Mais souvent, nous nous agitons, lorsque quelque chose nous arrive, au lieu de nous arrêter à ce que le Seigneur veut. Il est vrai que nous avons peut-être tellement peu l’habitude de consulter le Seigneur, que nous n’entendons pas sa voix quand Il parle, sauf quand Il nous parle très fortement, quand Il nous oblige à nous arrêter. Si nous avions l’habitude d’entendre la voix du Seigneur, nous dirions : Là, le Seigneur m’arrête ; je le sens, je sens qu’Il veut que j’attende ; je ne fais pas un pas, je reste tranquille ; et puis, Il m’ouvre la porte, et je vais en avant. Le Seigneur dit à Philadelphie : « Je tiens devant toi une porte ouverte que personne ne peut fermer » (cf. Apocalypse 3:8).

Nous n’aurions qu’à dépendre du Seigneur ! Hélas, il nous suffit de voir ce que nous faisons pour constater combien nous sommes loin de ce que le Seigneur attend de nous, dans notre vie de tous les jours et, à combien plus forte raison, dans les circonstances graves. Nous regardons dix ans en arrière, et nous disons : Si j’étais resté tranquille, Seigneur, je me serais épargné telle agitation, telle souffrance qui, non seulement ont été vaines, mais ont été une désobéissance.

Voilà la dépendance : attendre que le Seigneur nous dise d’agir. Il ne dit rien, alors ne rien faire. C’est ce que le Seigneur faisait, absolument, parfaitement. Tandis que nous, nous faisons bien souvent l’inverse, et en invoquant le nom du Seigneur. Et puis nous disons : Seigneur, bénis-nous, alors que nous devrions dire : Seigneur, nous avons désobéi ; nous ne nous sommes pas attendus à toi. Cela va bien loin. Mais si nous sommes chrétiens pour le ciel seulement, ce n’est pas la peine de parler de christianisme pratique. Si nous ne sommes chrétiens que pour le ciel, si nous sommes contents de connaître Jésus simplement pour le ciel, faisons nos quatre volontés ouvertement, et ne nous réclamons pas du nom de Celui qui est mort, non seulement pour nous sauver, mais aussi pour que nous vivions pour lui !

Un troisième point, c’est l’obéissance. L’examen de ces trois vertus chrétiennes n’est pas le fait du docteur chrétien, c’est le fait de la piété et de la foi. Et on trouvera, sans aucun doute, devant le tribunal de Christ, que tel frère inconnu ou telle vieille soeur inconnue, ou qu’un chrétien vivant n’importe où, aura vécu ces trois vertus chrétiennes beaucoup plus que nous, qui savons beaucoup de choses et ne les vivons pas.

La confiance en Dieu, la dépendance de Dieu, l’obéissance au Seigneur dans les détails, dans notre vie pratique, quand nous sommes devant les hommes, quand nous sommes devant les frères, dans les réunions, dépendre du Seigneur et du Saint Esprit dans les petites choses… Si nous le réalisions, nous remplirions le coeur de Christ de joie ; et, pour nous, ce serait le ciel sur la terre.

Que le Seigneur nous exerce, les uns et les autres, à secouer ces mensonges que constituent les apparences dont nous nous contentons, la plupart du temps, et à apprendre, dans la communion avec notre Sauveur bien-aimé, le trésor de notre coeur, notre vie pour l’éternité, ce que c’est que de Le suivre dans ce pauvre monde. Peut-être que, demain, nous n’aurons plus le privilège de pouvoir le faire.


8 - Le vouloir et le faire — Philippiens 2:13

[LC n° 120]

22 juin 1963

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 227


L’apôtre Paul s’était donné beaucoup de peine pour les Philippiens, qui lui étaient très chers, et il souhaite que Dieu accomplisse et achève en eux un travail qui sera sa gloire au jour de Christ (Phil. 2:16), où toutes choses seront manifestées. Il ne commence pas par les pousser à agir, mais il prie que Dieu agisse en eux, et que leur amour abonde « en connaissance et toute intelligence » (Phil. 1:9), pour qu’ils discernent les choses excellentes. L’intelligence spirituelle est l’état intérieur nécessaire pour qu’un service soit accompli et qu’un témoignage soit rendu. Il faut que l’âme soit abreuvée à la source de la grâce et de la vérité, que le coeur et la conscience, et non pas la mémoire, soient plongés dans cette grâce et cette vérité divines. On ne peut pas donner à d’autres ce qu’on ne goûte pas soi-même. Un coeur sec n’est pas le meilleur état requis d’un serviteur ou d’un témoin.

La connaissance et l’intelligence spirituelles, c’est l’étude pieuse et soutenue de la Parole, par l’Esprit, avec prières, pour que soit entretenue cette communion de l’âme avec Dieu. Si nous ne buvons pas à cette source, nous pouvons aller et venir, agir et parler, mais nous le faisons sans Dieu, et rien n’est plus dangereux que de parler des choses de Dieu sans Dieu. C’est la définition même de la profession chrétienne. Dieu fait plus en nous que pour nous. Un jeune chrétien ne s’en rend pas compte ; avec l’âge, il sent combien cela est vrai. Pour le service, Dieu peut nous utiliser, mais il n’a besoin de personne.

L’apôtre encourage donc les Philippiens à cultiver de bons rapports avec Dieu. C’est ce qu’il faisait lui-même, avant tout autre chose. Un chrétien a le devoir de s’occuper de son propre état pratique devant Dieu avant de s’occuper des autres. Nous pouvons facilement donner le change autour de nous ; mais à Dieu, jamais. Dieu sait dans quelle mesure notre marche est fidèle, ou ne l’est pas, tandis qu’autour de nous, on ne le voit pas toujours. Persévérer dans une activité pour Dieu, mais sans Dieu, c’est très dangereux. Bien des chutes n’ont pas d’autre origine que celle-là. Au lieu de nous pousser les uns les autres, encourageons-nous d’abord à cultiver de bons rapports avec Dieu ; nous aurons alors l’intelligence de ce qu’il faut faire ou ne pas faire, et nous aurons la force, la sagesse, la grâce pour le faire.

« C’est Dieu qui opère en vous et le vouloir et le faire » (Phil. 2:13). Nous n’avons rien à vouloir, nous ne pouvons rien faire. La perfection chrétienne, c’est l’obéissance. Ne rien vouloir et ne rien entreprendre par nous-mêmes, mais avoir affaire à Dieu, « remplis de la connaissance de sa volonté » (Col. 1:9). Lui peut nous pousser à accomplir sa volonté. Cela est vrai dans la vie individuelle comme dans le service. Dans un système, c’est tout différent ; c’est un ensemble de règles et de conseils élaboré par des volontés humaines, peut-être même avec beaucoup de prières et de foi. Nul ne saurait dire que Dieu ne produit pas du bien dans les systèmes ; Dieu est souverain, il produit du bien où il veut ; l’Esprit souffle où il veut. Mais aucun frère ne saurait soutenir que c’est une raison pour aller s’engager dans ce sentier-là. Dieu nous ouvre le chemin de la foi et de la sainteté ; c’est la grande règle individuelle. Le critère auquel se rapporte la marche des saints, c’est l’Écriture.

« Que rien ne se fasse pas esprit de parti, ou par vaine gloire » (Phil. 2:3) ; « tous cherchent leurs propres intérêts, non pas ceux de Jésus Christ » (Phil. 2:21). Ce que nous avons à faire, dans le service ou dans nos rapports mutuels, doit être fait pour la gloire de Dieu, toujours et partout. C’est un exercice nécessaire pour tous. Ce qui est grave, c’est un état déterminé qui se fige dans une âme. La confiance en Dieu, la méfiance de soi-même, étaient une haute réalité chez l’apôtre Paul, et pourtant il avait beaucoup de supériorité sur les autres. Mais il considère tout cela comme une perte. Il réalisait en vérité la constante présence de Dieu, et c’est le plus difficile dans la vie ordinaire, mais aussi dans le service ou dans le combat. Les instructions de la Parole sont aussi valables aujourd’hui qu’au temps passé.


9 - L’expérience du désert — Exode 15:21-25 ; Deutéronome 8:2-6 ; Psaumes 30:3, 5-7, 10-12 ; Philippiens 4:12-13 ; 2 Timothée 4:7, 16, 18

[LC n° 4]

31 mai 1970


Le désert ne fait pas partie des conseils de Dieu. Les conseils de Dieu sont ses voies pour faire passer nos âmes d’un état de misère à un état de bonheur.

Personne ne pourra arrêter Dieu dans ses conseils. Les conseils de Dieu, ce sont ses voies, par lesquelles il veut faire passer les siens. En général, Dieu a ses voies à l’égard de ceux qui sont à lui. Il a un travail à faire en eux.

Ce cantique place devant nous les ressources du chrétien : « Contre moi dans ce monde… ». Quand Dieu a pris à lui une âme, son éducation dure toute la vie. Il veut nous rendre intelligent quant à ses pensées. Dieu nous suit et nous tient. Personne n’échappe à sa main. Un peu plus tôt, un peu plus tard, Dieu fait à notre égard ce qu’il veut faire. Ce travail est double : un travail de dépouillement, et un travail d’enrichissement.

Quand on est un jeune chrétien, on est tout feu, tout flamme. Puis il arrive, très souvent, que le premier amour baisse, que le cœur soit encombré de toutes sortes d’objets. Ce que Dieu veut, ce n’est pas un extérieur de dévouement. Non ; ce qu’il veut, c’est notre cœur. Ce qu’il veut, ce n’est pas notre porte-monnaie, mais notre cœur. S’il a notre cœur, il aura le reste. Lequel d’entre nous ne mérite pas ce reproche : « Tu as abandonné ton premier amour » (Apoc. 2:4) ? Les relations naturelles peuvent aider, et elles peuvent gêner. Avec Dieu, son regard nous suit où que nous soyons. Il fait notre éducation à tous. Est-ce qu’il y a quelqu’un, ici, qui regrette d’avoir passé à cette école ? Est-ce qu’il y a des regrets à y rester ? Souvent pas !

Dans Exode, il y a un chant de cantique. C’est la position de quelqu’un qui est converti. Il est à l’abri de la puissance du Pharaon. Au beau cantique succède une manifestation entièrement contraire. C’est Mara, les eaux amères. Et, au lieu d’un cantique de délivrance, c’est le murmure. Lequel d’entre nous n’a-t-il pas murmuré, dans sa vie ? Et peut-être après avoir passé toute une après-midi à chanter des cantiques !

Mais Dieu n’est jamais dépassé. Il enseigne un bois. Et ce bois, jeté dans cette eau, la rend douce.

Pourquoi murmurons-nous ? Qu’est-ce qui produit cela ? Quelqu’un qui murmure n’est pas heureux. « Priez sans cesse. En toutes choses rendez grâces » (1 Thess. 5:17-18).

Dieu nous serre de très près. Il ne veut pas que ses enfants fassent leurs quatre volontés. Et pourquoi ? Pour notre bonheur, mais aussi pour sa propre gloire.

La bénédiction durable du chrétien contient ce qui brise sa volonté. Voilà le christianisme ! Il n’y en a pas deux. Le christianisme, c’est la manifestation de Christ dans un homme.

Notre volonté nous suit jusqu’au dernier souffle. Un ancien frère disait ce qu’une femme, très célèbre au dix-neuvième siècle, avait déclaré : « Savez-vous ce qui meurt chez nous en dernier lieu ? C’est l’amour-propre » ; et c’est une femme mondaine qui parlait ainsi. Prenons-en pour nous, n’est-ce pas !

Voilà le christianisme. Les apparences, c’est quelque chose que le vent emporte, s’il n’y a que cela.

Moïse prend un bois. Ce qui nous fait murmurer, c’est quelque chose qui contrarie nos plans. À la lumière de Dieu, on se voit, et on se voit soi-même.

Les eaux deviennent douces. Ce bois est la mise à mort de la chair en nous, de notre volonté propre. La valeur de la croix n’est pas seulement pour être sauvés. Mais elle nous libère de nous-même.

On peut dire à une âme : « Du moment que vous croyez, vous êtes sauvée ». Elle pourrait répondre : « Oui, mais j’aime les choses que j’aimais avant… ». Et pourtant, ce peut être un authentique chrétien.

Le Seigneur n’a laissé aucun de nous ici, chers amis, pour qu’il dirige la barque à son gré. Nous avons en nous ce qui est ennemi de Dieu. La libération est dans la croix. Tout le vernis du monde ne va pas avec la croix. Voilà ce que les gens sérieux n’aiment pas.

Quelqu’un disait : « C’est étonnant, ce qu’une âme peut faire de progrès, lorsqu’elle sort d’une épreuve ! ». Vous ne pouvez pas avoir le ciel et la terre. Nous bénirons beaucoup plus le Seigneur pour nos épreuves que pour nos joies. Lorsqu’on est jeune, on ne pense pas cela.

On nous a appris, à l’école du dimanche : « On n’est à lui, ni trop tôt, ni trop longtemps ». Retenons ces cantiques si simples : « Jésus est le meilleur Maître ».

Et puis viennent les expériences. Dieu nous brise : « Les sacrifices de Dieu sont un esprit brisé et humilié » (Ps. 51:17). Retenons cela, chère jeunesse ! Alors, si le Seigneur touche l’emboîture de la hanche, s’il brise le ressort de la volonté propre, c’est une bénédiction.

Psaume 30:5 : « Le soir, les pleurs viennent loger avec nous, et le matin il y a un chant de joie ». Deutéronome 8:16 : « … afin de t’humilier et afin de t’éprouver, pour te faire du bien à la fin ». Dieu ne panse pas les plaies à la légère. Quand Dieu apporte la paix, on le sent bien. Les leçons du désert sont irremplaçables.

Le résultat de la course chrétienne est très important. Nous le verrons au tribunal. Nous verrons tout ce que notre chair nous aura fait faire, et nous aura fait perdre comme bénédiction. Tout homme rendra compte devant Dieu. Tout passera devant nous. On n’échappera pas toujours. On ne se cachera pas toujours.

Ce cher apôtre Paul a fait une course dans le désert. Mais ce n’est pas sa qualité d’apôtre qui le soutenait. Il était un chrétien qui avait appris, un chrétien qui apprenait. Il a fallu qu’à la fin de sa course, il fut abandonné. Mais il dit : « Mais le Seigneur s’est tenu près de moi et m’a fortifié » (2 Tim. 4:17).

Comme il aimait Christ de tout son cœur ! « Oui, ma coupe est comble » (Ps. 23:5). Il chantait en prison, dans la honte, et déshonoré devant tout le monde.

Comme disait un frère : Dans le ciel, il y aura une riche entrée et une chiche entrée ; une riche entrée, pour ceux qui auront vécu pour lui, et une chiche entrée, pour ceux qui auront laissé le Seigneur à la porte.

Il y aura un moment où tout sera déclaré sous son vrai jour. « Oui, le souverain bien-être, le vrai bonheur ici-bas, c’est d’avoir Jésus pour Maître, de le suivre pas à pas ». Voilà le secret du bonheur, pour les petits, pour les isolés, pour ceux qui n’ont pas de secours.

Nous avons déjà rappelé cette image. C’est comme un enfant, jouant avec ses jouets préférés. Présentez-lui un autre jouet beaucoup plus beau ; il lâchera tout pour le prendre. Que le Seigneur nous donne de trouver tellement notre joie en lui, que nous ne souhaitions rien d’autre, mais que nous fassions envie aux autres. Donnons-nous quelque peu ce spectacle, autour de nous ? C’est cela, le témoignage.

Le monde promet, et il ne tient pas. Le Seigneur promet, et il tient ce qu’il a promis. Que le Seigneur nous donne son aide, pour bien commencer, pour bien continuer, et pour bien finir ; pour vivre de lui, afin de vivre dans la mesure où il le demande, de vivre de lui.


10 - J’ai appris — Philippiens 4:4-14

[LC n° 121]

1 août 1968

Méditations sur la vie chrétienne, édition FR 1995, p. 230


La vie chrétienne est une vie, non pas un ensemble de doctrines, de dogmes ou d’habitudes. La vie chrétienne, c’est Christ, Christ vu dans un homme. L’homme qui a le christianisme dans la tête seulement est perdu ; rien n’est fait, et il court le danger de se croire chrétien sans l’être. L’adhésion à des vérités ne sauve pas. Pour être chrétien, il faut connaître Christ, qui est la vérité, le centre auquel se rattachent toutes les vérités doctrinales.

L’épître aux Philippiens est le témoignage des expériences faites par un homme ayant les mêmes passions que nous, et relatées par le Saint Esprit. Le « moi » de Paul n’était pas meilleur que le nôtre, mais Paul s’en méfiait, ce que nous ne faisons pas assez, parce que la chair ne peut être tenue à sa place sans le secours du Seigneur. Il nous arrive même d’encourager le « moi » au lieu de le dompter. Cela se remarque dans le comportement d’un chrétien.

Paul était un homme énergique, qui avait des qualités morales de premier ordre, mais qui s’appelle le premier des pécheurs (1 Tim. 1:15) : il a persécuté Christ en persécutant les saints. Il nous exhorte alors à l’humilité réalisée dans l’obéissance ; et pour cela, Dieu opère en nous et le vouloir et le faire. Un chrétien ne choisit pas ce qu’il a à faire. Voilà pourquoi les frères sont séparés des milieux chrétiens organisés, bien qu’il y ait, dans ces milieux, des éléments plus pieux que nous. Les sentiers anciens sont les seuls approuvés de Dieu ; n’attendons pas une seconde Bible ! Dépendre de Christ, c’est le ciel dans l’âme ; le Saint Esprit peut y agir librement.

Paul avait un bonheur dont il possédait le secret. « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » (Phil. 4:4). Ce ne sont pas les frères qui alimentent la vie chrétienne, mais c’est le Seigneur qui donne la grâce, la paix, l’intelligence, la piété, le dévouement. La vie chrétienne est avant tout individuelle. Les frères ne doivent pas prendre la place du Seigneur dans le coeur. L’apôtre estime comme des ordures les choses qui avaient jadis de la valeur pour lui. Il est normal qu’un chrétien voie les choses d’une autre manière qu’un inconverti ; il perd toute illusion sur le monde. Tout ce qui n’est pas Christ est banni. Un jeune chrétien ne pourra guère le réaliser ; le chrétien âgé a déjà bien du mal à le montrer. Mais, dans l’absolu, c’est vrai.

« Exposez vos requêtes à Dieu », comme un enfant confie à sa mère ce qui oppresse son coeur. Nous connaissons Dieu par nos besoins. Dieu ne sera jamais redevable à personne, mais les saints lui seront redevables de tout durant l’éternité. En se déchargeant de nos soucis dans le coeur de Dieu, nous avons la paix. Et la communion avec le Seigneur rend sensible aux douleurs des hommes ; nous n’approuvons pas ce qu’ils font, mais ils nous font pitié, et nous prions pour eux. L’apôtre nous donne l’exemple ; c’était un homme dévoué et sensible.

« Et la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence… » : on ne peut pas expliquer les choses divines à un inconverti, parce qu’on ne peut pas les vivre par son intelligence. En veillant à ne pas nous laisser contaminer par l’atmosphère que nous respirons, nous avons le Dieu de paix avec nous. Nous sommes parfaitement heureux quand nous goûtons cela. Nous devrions montrer que la source à laquelle nous portons nos lèvres nous suffit totalement. Même ceux qui ont déjà connu bien des hivers dans leur vie, ont encore à apprendre. « J’ai appris… je suis enseigné ». À l’oreille qui est ouverte, le Seigneur se plaît à dispenser l’enseignement de la vie.