HANDICAPS

« Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité » « Quand je suis faible, alors je suis fort » (2 Cor. 12:9-10)

Philippe Laügt

1° janvier 2005


Table des matières :

1 - Ce qu’est un handicap

2 - Des exemples hors de la Bible

3 - Exemples de l’Ancien Testament

3.1 - Moïse

3.2 - Samson

3.3 - Joseph

3.4 - Juges

3.4.1 - Des renouveaux partiels, et ce qui les conditionne

3.4.2 - Plusieurs instruments utilisés par Dieu dans la faiblesse

3.4.3 - Gédéon

3.5 - David

3.6 - Amos

4 - Exemples du Nouveau Testament

4.1 - Matthieu

4.2 - Autres apôtres

4.3 - Paul


1 - Ce qu’est un handicap

Dans ses épîtres, l’apôtre Paul, pour illustrer les difficultés, les efforts et les victoires de la vie chrétienne, se sert volontiers d’expressions courantes en athlétisme. Parmi les termes employés dans ces milieux sportifs, on relève maintenant le mot handicap, d’origine incertaine. Il est utilisé pour une course à pied ou à cheval où certains candidats à la victoire portent parfois un poids ralentisseur pour égaliser les chances de succès des concurrents.

Mais le même terme sert maintenant aussi pour désigner une personne dont les capacités physiques ou intellectuelles sont limitées, ou réduites. Elle peut être d’ailleurs parfois handicapée par sa race, ses origines ou pour le simple motif qu’elle ne dispose que de faibles ressources financières et se trouve obligée de vivre dans une pauvreté parfois extrême. En conséquence, elle se trouve plus ou moins empêchée, contre son gré, d’atteindre les buts qu’elle se propose dans sa vie.


2 - Des exemples hors de la Bible

Mais, par contre chacun de nous connaît des handicapés qui, à force de courage et de volonté, obtiennent des résultats remarquables, malgré leurs déficiences. — Citons par exemple cet ingénieur, brusquement entièrement paralysé, qui continue à diriger, avec succès, des milliers d’hommes pour terminer la construction d’un grand paquebot. — Citons aussi un illustrateur de livres, très connu. Pour lui permettre de travailler encore, on doit attacher les pinceaux à ses mains, complètement déformées par les rhumatismes. Ses capacités restent telles que la finesse du trait sur ses tableaux fait l’admiration de tous les connaisseurs. — Plusieurs se souviennent peut-être d’un musicien, parmi les plus connus à notre époque. Entièrement aveugle, il dirigeait pourtant un des plus grands orchestres philharmoniques. — Mentionnons encore Beethoven, devenu entièrement sourd durant la dernière partie de sa vie. Il ne pouvait plus entendre la moindre note de ses compositions musicales. Et pourtant, quelle magnifique musique il écrivait encore ! — Citons enfin, tout près de nous, Léna Klingwall, née sans bras, championne mondiale de natation chez les handicapés. Elle témoigne de sa foi et se déclare persuadée que l’essentiel tient dans son attitude vis à vis de Dieu. Évidemment, elle s’est souvent demandé pourquoi Dieu permet tant de souffrances, de maladies et d’infirmités. Il n’y a pas, pour elle non plus, de réponse simple à de telles questions. Mais ce qui fait souffrir n’est-il pas formateur pour chaque croyant ? Avec le secours du Seigneur, elle a pu surmonter les souffrances et la peine. J’ai souhaité, dit-elle, que Dieu m’ait épargné mon infirmité. Mais « j’ai maintes fois expérimenté Sa présence, dans des situations insignifiantes ou des circonstances cruciales. Il m’a donné la force et la joie ! J’ai Dieu, il m’aime et je sais que désormais rien ne pourra me séparer de son amour ». Il est vraiment le Dieu de toute consolation (2 Cor. 1:3-5), pour le pécheur qui accepte le salut par l’œuvre de Jésus-Christ à la croix.


3 - Exemples de l’Ancien Testament

Il y a beaucoup d’ « handicapés » parmi ceux que Dieu appelle à travailler pour Lui au milieu de ce monde enténébré, pour amener des âmes à Christ et pour agir en faveur des siens. Dans sa sagesse, il choisit souvent ceux qui ont des infirmités parfois depuis leur naissance. Ceux en tout cas auxquels souvent les hommes penseraient le moins pour mener à bien un travail, Dieu s’en sert pour mener à bonne fin Son œuvre ! (És. 55:9).


3.1 - Moïse

L’Éternel appelle Moïse à délivrer le peuple d’Israël de son esclavage en l’Égypte. À certains égards, on peut estimer qu’il était tout à fait qualifié pour cette tâche. N’était-il pas israélite, de la tribu de Lévi ? Toutefois son adoption par la fille du Pharaon et l’instruction reçue pendant toute sa jeunesse « dans toute la sagesse des Égyptiens » étaient plutôt des facteurs susceptibles de lui aliéner la sympathie de ses frères ! (Ex. 2:14).

Il lui vint au cœur de visiter ses frères. Il croyait qu’ils comprendraient que Dieu voulait leur donner la délivrance par sa main. Mais il est aussitôt incompris, méprisé (Ex. 2:14) ; il est vrai qu’il a agi de sa propre initiative : c’est un fiasco total et Moïse doit s’enfuir (Act. 7:22-29).

Il demeure étranger en Madian pendant quarante ans, toujours énergique et généreux (Ex. 2:16-22). Dieu lui parle au cœur, au désert (Osée 2:14). Puis finalement, Il lui apparaît dans la flamme d’un mystérieux buisson : Israël était semblable à ce buisson, éprouvé mais non détruit.

Moïse devient tout tremblant et il sent maintenant son incapacité totale, son ignorance, son manque d’autorité. Étienne affirme pourtant qu’en Égypte il se montre « puissant dans ses paroles et dans ses actions » (Act. 7:22).

Or maintenant, après l’insuccès de sa tentative, quand Dieu veut l’envoyer pour délivrer Israël de l’esclavage, il soulève toutes sortes d’objections. Il Lui dit : « Je ne suis pas un homme éloquent, — ni d’hier, ni d’avant-hier, ni depuis que tu parles à ton serviteur » (Ex. 4:10). Il reconnaît qu’il n’a pas les capacités d’un avocat pour plaider avec éloquence la cause d’Israël, car sa bouche et sa langue sont pesantes. Il en vient ainsi à mépriser involontairement Celui qui a donné une langue à l’homme (Ex. 4:11). Il conclut en affirmant que les fils d’Israël ne le croiront pas et, malgré les signes que Dieu lui donne alors, il demande : « Envoie, je te prie, par celui que tu enverras » (Ex. 4:2-9, 13). Nous pouvons, nous aussi, invoquer toutes sortes de motifs pour ne pas obéir !

Ainsi Moïse n’a plus confiance en lui-même. C’est bien une étape indispensable pour chaque serviteur. Mais, en même temps, il faut apprendre à avoir une pleine confiance en Dieu. Soyons assurés que si le Seigneur charge d’un service, il donne en même temps toutes les ressources pour l’accomplir.

Fortifié par sa réelle communion avec Dieu, son intimité exceptionnelle avec Lui (Nom. 12:8), par la foi, Moïse quittera l’Égypte, « ne craignant pas la colère du roi », malgré ses infirmités. Il a appris à tenir ferme, comme voyant Celui qui est invisible. Il se confie dans le Roi de ceux qui règnent et le Seigneur de ceux qui dominent : Israël sera arraché à l’ennemi et pourra servir l’Éternel, son Dieu (Héb. 11:27 ; Ex. 10:26).


3.2 - Samson

En contraste, Samson, s’appuie à tort et hélas, de plus en plus, sur sa force naturelle, qui paraît grande ; aussi s’éloigne-t-il de plus en plus de l’Éternel (Jug. 13-16). Vient un moment où il est à toute extrémité, aveugle, prisonnier des Philistins. Il fait interminablement tourner une meule et sert à amuser ses bourreaux (Jug. 16:21-25).

C’est à ce moment-là que Dieu accepte de se servir de lui, pour exécuter un terrible jugement sur les ennemis d’Israël (Jug. 16:26-30). C’est un exemple solennel si l’on est tenté d’avoir confiance en soi-même (Ps 30:6). Apprenons, si c’est encore nécessaire, à compter vraiment sur Dieu seul, sinon tout notre travail sera vain ! (Ps. 127:1).


3.3 - Joseph

Joseph, le fils de Jacob et de Rachel, un beau type de Christ, est particulièrement aimé de son père. Obéissant à son désir, il part à la recherche de ses frères pour s’enquérir de leur bien-être. Mais ils le haïssaient et, malgré sa jeunesse, ils décident de le vendre sans pitié comme esclave, après avoir médité de le tuer ! (Gen. 37:28). Il est emmené en Égypte par les Madianites, qui le revendent à leur tour à un officier du Pharaon, Potiphar. L’Éternel fait tout prospérer en sa main. Joseph est fidèle, mais injustement accusé, il est enfermé dans la tour des prisonniers du roi (Gen. 39:20). « On lui serra les pieds dans les ceps, son âme entra dans les fers » (Ps. 105:18).

Quel étrange chemin l’Éternel semble choisir pour son serviteur ! Mais Joseph doit apprendre à se rejeter entièrement sur Dieu ! (Ps. 55:22). Il ne lui fera jamais défaut : Il étend sa bonté sur lui et il trouve grâce auprès du chef de la tour.

Il semble qu’il a tort de chercher par sa propre initiative à être libéré (Gen. 40:14-15). Le Psalmiste dit : « La parole de l’Éternel l’éprouva » (Ps 105:19-20). L’emprisonnement se prolonge deux ans encore : la branche qui porte du fruit doit être émondée, pour qu’elle devienne propre pour le dessein de Dieu.

Tout au long de sa vie, l’Éternel est avec Joseph : c’est le secret de sa prospérité spirituelle. Quand Dieu juge à propos d’intervenir, quel changement ! « De la poussière, il fait lever le misérable, de dessus le fumier il élève le pauvre, pour les faire asseoir avec les nobles : et il leur donne en héritage un trône de gloire » (1 Sam. 2:8-9).

Appelé soudain pour interpréter le songe du « dominateur des peuples », il lui annonce : « Dieu donnera une réponse de paix au Pharaon » (comparer avec Dan. 2:28). Chacun doit reconnaître que ce pauvre prisonnier que l’on fait accourir de la fosse, est l’homme intelligent et sage que Dieu a préparé en secret (Gen. 41:33, 38-40). Après les souffrances, les gloires suivent : Joseph est établi sur toute la maison du Pharaon. Devant lui, on crie : Abrec, c’est à dire : « Qu’on s’agenouille » ! Il reçoit le titre de révélateur de secrets — en égyptien : Sauveur du monde, ou, soutien de la vie (Gen. 41:45).

Quel moment pour cet homme qui a été humilié de tant de manières, quand enfin il peut se jeter au cou de son père ! Quel chemin de préparation il a dû suivre pour atteindre ce sommet de sa vie et de son service !

Selon les instructions de Dieu, Joseph est employé pour sauver de la famine l’Égypte (une figure du monde) et le peuple de Dieu (Gen. 45:5). Le Pharaon dit aux affamés : « Allez à Joseph, faites ce qu’il vous dira » (Gen. 41:55). Joseph peut désormais entretenir ses frères, qui habitent séparés en Goshen, de ce qu’il y a de meilleur dans le pays d’Égypte (Gen. 45:18 ; 47:4-6).


3.4 - Juges

3.4.1 - Des renouveaux partiels, et ce qui les conditionne

Le livre des Juges qui ressemble sur bien des points au temps actuel, est caractérisé par Bokim, le lieu des pleurs (Juges 2). Ne soyons pas indifférents, pleurons, car nous avons tous contribué à la ruine du peuple de Dieu. Il n’y a pas encore de réelle confession ou d’humiliation, il faudra attendre pour cela 1 Samuel 7.

L’Ange de l’Éternel est définitivement monté de Guilgal à Bokim (Jug. 2:1-5). Le jugement de soi-même, ce « dépouillement de la chair » (1 Pierre 3:21), secret du bonheur de l’âme et des victoires sur l’ennemi, est de plus en plus négligé. Le peuple, en tant que tel, ne revient pas à Guilgal après la victoire. Et surtout il n’y reste pas, dans l’attente de discerner la volonté de Dieu pour le pas suivant. Ehud pourtant partira encore de Guilgal. L’infidélité collective ne doit pas être un obstacle à l’énergie individuelle de la foi.

L’édifice est ruiné, ne cherchons pas à le recrépir (Ézé. 13:14) : Dieu le détruirait. Le Seigneur hait les prétentions à la force dans un jour comme le nôtre.

Dans ce livre des Juges, Israël abandonne son Dieu de façon répétée. Alors dans sa grâce, pour réveiller leur conscience, il se sert des ennemis, il les fortifie même ! Il est solennel de penser que Dieu se sert de tels instruments de son choix pour nous discipliner ! Quand enfin Israël crie à l’Éternel, Dieu, dans Ses compassions, leur donne un juge.

Un nouveau réveil, même partiel, est nécessaire aussi à chaque génération dans l’histoire de l’Église.


3.4.2 - Plusieurs instruments utilisés par Dieu dans la faiblesse

Dieu prend souvent à son service des personnes que l’on estime handicapées, d’une manière ou d’une autre, mais conscientes de l’être. Le Seigneur sait fortifier ou guérir parfaitement, s’Il le juge bon, tous ces infirmes (Jean 5:3-9 ; Matt. 8:2).

L’accent est parfois mis sur la faiblesse de l’instrument : Ehud était gaucher : il adapte sa courte épée à son infirmité ; la victoire, par cette arme divine : une parole de Dieu, est remportée sans bruit et sans gloire, sur la puissance qui tenait pourtant Israël asservi jusque là. On mesure un peu aussi la faiblesse apparente des armes employées avec l’aiguillon de Shamgar ou le pieu de Jaël, encore plus inattendu. Mais tout cela fait ressortir d’autant plus la puissance de Dieu.

Quand il faudra combattre à nouveau, au milieu d’une indifférence devenue quasi générale (Jug. 5:6-7), l’Éternel se sert d’une femme prophétesse, de Debora, pour juger et délivrer le peuple.

Dans le temps actuel, non seulement le nombre des ouvriers est restreint, mais les dons de l’Esprit sont peu accentués. Leur absence se fait cruellement sentir au milieu des assemblées, mais le réalise-t-on ? Si le Seigneur nous réveille à ce sujet, il faut demander avec foi des dons spirituels plus grands (1 Cor. 14:1), avec le désir sincère d’être utile (1 Cor. 12:7), et que les saints soient édifiés (1 Cor. 14:5), à la gloire de Dieu.


Debora envoie et appelle Barak et lui dit : « L’Éternel, le Dieu d’Israël ne l’a t-il pas commandé ? Va, et rends-toi sur le mont Thabor, et prends avec toi dix mille hommes… J’attirerai vers toi Sisera… et Je le livrerai en ta main » (Jug. 4:6-7). Mais Barak manque d’énergie morale, de confiance en Dieu. Il a besoin de s’appuyer sur quelqu’un, d’avoir un secours humain visible. Il ne sait pas s’appuyer sur Dieu seul (Ps. 146:3 et 5).

Deborah accepte d’aller avec lui, mais elle l’avertit : « Ce ne sera pas à ton honneur dans le chemin où tu vas, car l’Éternel livrera Sisera dans la main d’une femme ». Cette femme, ce sera Jaël qui a l’honneur de tuer Sisera (Jug. 4:8-9, 21 ; 5:24-27).

Dans ce temps de faiblesse, Barak est un instrument malhabile, mais dans sa miséricorde, Dieu accorde la victoire aux siens, et Barak est cité parmi les témoins de la foi ! (Héb. 11:32).


3.4.3 - Gédéon

Gédéon, qui est appelé aussi à devenir un juge, ne voit pas en lui-même la force que l’Ange de l’Éternel lui attribue (Jug. 6:12-15). Il s’estime au contraire désavantagé, en état d’infériorité, ce qui était indiscutable d’un point de vue humain : « Voici mon millier est le plus pauvre en Manassé, et moi je suis le plus petit dans la maison de mon père ». Vouloir dans de telles conditions sauver Israël ne relève-t-il pas de la prétention ?

Gédéon a besoin d’apprendre cette certitude qui a soutenu l’apôtre Paul : « Je puis toutes choses en Celui qui me fortifie » (Phil. 4:13). Une fois cette leçon apprise, on peut s’appuyer sans réserve, et avec reconnaissance, sur Celui qui promet : « Moi je serai avec toi » (Jug. 6:16 ; Héb. 11:34).

Mais il faut aussi comprendre qu’il y a des choses à renverser, à démolir et à couper dans notre vie, même si, faute d’un certain courage, nous les ôtons, comme Gédéon, sans bruit et de nuit ! La fidélité au-dedans précède la force au dehors : c’est l’ordre selon Dieu. Une idole maintenue dans le cœur attriste grandement le Saint Esprit qui habite dans chaque enfant de Dieu. Il ne peut pas agir librement dans un vase qui, sans cela, pourrait être utile au Maître !


3.5 - David

Un autre choix divin, est celui de David, dont le nom signifie : bien-aimé. Il est un type de Christ, de Celui qui est si parfaitement selon le cœur de Dieu. Mais, en même temps, David est un homme ayant les mêmes passions que nous. Dieu l’appelle à régner sur Israël ; or David était un inconnu quand Dieu l’appela : ce choix ne peut que surprendre, car les hommes sont prompts à s’entourer de personnes jugées qualifiées, d’après leurs normes (1 Sam. 14:52).

Même Samuel n’était pas prêt à le reconnaître, car malgré l’expérience faite avec Saül, il regardait encore à l’apparence (1 Sam. 16:6-7). David était le plus jeune fils d’Isaï, il paissait le bétail, et son père n’avait pas jugé utile de le présenter à Samuel, avec ses autres frères (1 Sam. 16:1-3, 11-13). On avait même négligé de l’appeler à la fête ; néanmoins, il sera oint « au milieu de ses frères » comme roi pour l’Éternel. Asaph, le psalmiste, présente ainsi ce choix : « Il [l’Éternel] choisit David, son serviteur, et le prit des parcs des brebis ; Il le fit venir d’auprès des brebis qui allaitent, pour paître Jacob, son peuple, et Israël, son héritage » (Ps. 78:70-71). David n’appartenait pas à ce qui est appelé de nos jours la classe dirigeante et pourtant son règne va être pour le peuple de Dieu, une période particulièrement bénie.

David apprend d’abord, au désert et sans témoin, par de grandes expériences personnelles, à connaître Celui qui seul peut enseigner ses mains à combattre et ses bras à bander un arc d’airain (1 Sam. 17:34-37 ; Ps. 18:34).

Envoyé par son père s’enquérir du bien-être de ses frères, David est consterné d’entendre l’outrage répété de Goliath, qui insulte les troupes rangées du Dieu vivant (És. 37:27-28). Il refuse l’armure de Saül, une entrave pour sa foi, et avec ses humbles instruments de berger, triomphe du grand ennemi, figure de Satan. Il semble qu’il n’avait plus qu’à attendre tranquillement le moment de prendre la succession de Saül. Mais le plan de Dieu en amour à son égard prévoit des années difficiles, une discipline destinée à le préparer à occuper le trône.

Chaque enfant de Dieu aussi, au moment de sa conversion, doit réaliser qu’il est un handicapé. Toutefois le Seigneur, en grâce, a l’intention de se servir de lui. Alors il le prépare pour la place qu’il a décidé de lui assigner. Il faut qu’il devienne un vase à honneur, vidé de tout ce qui l’encombre, sanctifié, utile au Maître (2 Tim. 2:21). Laissons-le faire : Quelle grâce s’il pouvait être dit de l’Assemblée, comme pour Israël à sa sortie d’Égypte : « Il n’y eut aucun infirme [ou : trébuchant] dans ses tribus » ! (Ps. 105:37).

Pour ce temps de formation indispensable, David doit tout quitter : foyer, situation, ressources. Il connaît l’amertume et l’injustice. Il fait l’expérience de la méchanceté humaine, de l’ingratitude, de la jalousie, de la haine et même de la trahison.

Il s’enfuit d’abord à Rama et demeure quelque temps avec ce prophète, Samuel, qui s’est retiré, par fidélité, de la scène dont David, à son tour, est chassé. L’affaire de Tsiklag laisse le fils d’Isaï humilié, plus conscient de sa faiblesse (1 Sam. 30). Une expérience que chacun doit faire ! Mais d’heureuses relations sont rétablies avec Dieu. Alors chez David brillent désormais la grâce, le désintéressement et l’amour pour son peuple, le respect de l’ordre divin (2 Sam. 1). Un temps de patience encore à Hébron, pendant sept ans, et l’Éternel lui-même l’établit roi sur tout Israël.

Le Seigneur se présente plus tard à son peuple comme le Fils de David, mais il met en évidence son antériorité et sa supériorité par cette question restée sans réponse : « Si David l’appelle Seigneur, comment est-il son fils ? » (Matt. 22:45).


3.6 - Amos

Amos, un autre serviteur, est pris par l’Éternel à Thekoa. Ignoré, il garde le bétail et cueille pour se nourrir le fruit, généralement dédaigné, des sycomores. C’est alors que Dieu lui commande : « Va, prophétise à mon peuple Israël ! » (Amos 7:14-15). Ce prophète, d’une extraction si humble, doit prononcer sans crainte des paroles sévères et annoncer le jugement à Béthel, devenu le haut-lieu de la religion officielle du peuple, — une religion sans vie. Simultanément il ne cesse d’intercéder secrètement pour le peuple, objet de sa fidèle affection (Amos 7:1-6).

Dans un tel chemin, il rencontre l’opposition et l’opprobre ; Amatsia, sacrificateur à Béthel, imbu de son importance, vient le chasser de ce qu’il appelle pompeusement « le sanctuaire du roi et la maison du royaume » (Amos 7:13).

Malgré le mépris des gardiens d’une religion de forme, Amos, soutenu par l’Éternel, déclare sans ambages, comme plus tard les disciples, qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Act. 5:29).


4 - Exemples du Nouveau Testament

4.1 - Matthieu

Parmi ceux que le Seigneur choisit pendant son ministère pour faire partie de ses apôtres, c’est à dire de ses envoyés, il confie à Matthieu auparavant appelé Lévi, la rédaction d’un évangile, dont les enseignements fondés sur l’Ancien Testament, sont en premier lieu en bénédiction aux Juifs.

Pourtant l’activité de Lévi, jusqu’au moment où Jésus lui dit : Suis-moi (Matt. 9:9-10) fait de lui un renégat, aux yeux de ses concitoyens. C’est un publicain méprisé : il accepte de percevoir des impôts, fixés par l’occupant romain. De sorte qu’il est particulièrement honni, associé dans l’esprit de ses compatriotes aux païens et aux pécheurs. Les Pharisiens s’indignent de voir Jésus et ses disciples assis à table, avec des publicains et des pécheurs, chez un tel homme ! (Matt. 9:11). Mais « Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qui sont méprisées, et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont ; En sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Cor. 1:28-29).


4.2 - Autres apôtres

Les autres apôtres aussi sont aux yeux de ce monde, et à des degrés divers, des « handicapés ». Les plus en vue sont de pauvres pêcheurs au bord du lac de Génésareth (Luc 5:1-11). Traduits devant le Sanhédrin, les chefs, les anciens et les scribes sont vite convaincus de leurs « handicaps » : « voyant la hardiesse de Pierre et de Jean, et s’étant aperçus qu’ils étaient des hommes illettrés et du commun, ils s’en étonnaient et les reconnaissaient pour avoir été avec Jésus » (Act. 4:13).

Quel précieux témoignage pourtant est rendu au Seigneur par ces « frères de basse condition » (Jacq. 1:9 ; Luc 22:28) ! Ils n’ont pas à se mettre en souci de ce qu’ils diront (Matt. 10:19). Guidés par le Saint Esprit, ils répondent avec fermeté et avec sagesse aux docteurs de la Loi (Act. 5:29-32) !


4.3 - Paul

Peut-être pense-t-on qu’au moins Saul de Tarse, devenu plus tard l’apôtre Paul, fait exception à ce qui semble être une règle ?

Voilà un homme qui, plus que beaucoup d’autres, a de quoi se confier dans la chair. Il dresse le tableau de ses avantages naturels : « Moi circoncis le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu des Hébreux, quant à la loi, pharisien ; quant au zèle, persécutant l’assemblée ; Quant à la justice qui est par la loi, étant sans reproche » (Phil. 3:4-6 ; Gal. 1:14). Instruit aux pieds d’un célèbre docteur de la Loi, Gamaliel (Act. 22:3), il est de surcroît, par naissance, citoyen romain (Act. 22:27-28).

Mais après sa rencontre décisive avec Jésus sur le chemin de Damas, il considère que, pour gagner Christ, tous ces « avantages » sont des ordures (Phil. 3:8).

Dieu révèle à Ananias, lui aussi « inconnu mais bien connu », que cet homme est « un vase d’élection pour porter Son nom devant les nations et les rois et les fils d’Israël » (Act. 9:15). Saul va apprendre combien il doit souffrir pour Christ ! Il prend bientôt plaisir dans les infirmités, dans les nécessités, dans les persécutions, dans les détresses pour Christ. Il a appris dans Son intimité cette leçon, si nécessaire pour chacun des siens : « Quand je suis faible, alors je suis fort » (2 Cor. 12:9-10).

Par amour aussi pour Christ, Paul a accepté de n’être plus qu’un pauvre Juif parmi d’autres. Il ne cherche pas à garder ce statut social qui le remplissait jusqu’alors de satisfaction et que d’autres, autour de lui, cherchent à acquérir à tout prix ! (Act. 22:28).

Citoyen d’un pays assujetti à l’empire romain, mais toujours prêt à se rebeller, Paul est constamment suspect pour les autorités occupantes d’être un fauteur de trouble en puissance (Act. 17:6). Pour les Grecs, imbus de leur culture (1 Cor. 1:22), ils le tiennent tout simplement pour un Barbare. Enfin, même ses frères à Corinthe, tout en étant obligés de reconnaître que « ses lettres étaient graves et fortes », se hâtent d’affirmer que « sa présence personnelle était faible et sa parole méprisable » — un prétexte pour contester la valeur de son enseignement, reçu du Seigneur (2 Cor. 10:10).

Enfin, une « écharde pour la chair », ce messager de Satan qui le souffletait afin qu’il ne s’enorgueillisse pas de l’extraordinaire des révélations dont il était l’objet, avait sur l’entourage de l’apôtre, un effet répulsif — sauf toutefois sur les Galates dont l’attachement à l’apôtre était réel (2 Cor. 12:7 ; Gal. 4:13-15).

Ne doit-on pas reconnaître que même dans les assemblées chrétiennes, les auditeurs sont facilement attirés par une belle prestance et des talents d’orateur ? L’on est toujours plus volontiers disposé à recevoir celui qui paraît plus grand que tout le peuple, « depuis les épaules jusqu’en haut », que ce soit simplement une question de taille ou de capacités intellectuelles hors du commun (1 Sam. 10:23-24). Mais la liste que Dieu dressera de Ses « hommes forts » sera très différente de celle des célébrités, établie par les hommes !

Malgré le mépris dont il est l’objet, Paul affirme être prêt, très volontiers, à se dépenser entièrement pour ses frères en Christ, même si les aimant davantage, il devait être moins aimé (2 Cor. 12:15).

L’apôtre a travaillé plus que tous (1 Cor. 15:10), mais il n’a pas eu plus de succès que son Maître (És. 49:4). Il doit dire : « Tous ceux qui sont en Asie… se sont détournés de moi ». « Démas m’a abandonné… Luc seul est avec moi » (2 Tim. 3:15 ; 4:10).

Paul s’est trouvé très souvent sous les coups et il a été souvent en prison. Il a été souvent exposé à la mort : Cinq fois il a reçu des Juifs quarante coups moins un. Trois fois on le bat de verges, une fois, il est lapidé, il fait aussi trois fois naufrage (2 Cor. 11:23-28). Les Juifs, les nations et parfois même les assemblées se sont ligués pour l’entraver dans ses travaux, mais il a poursuivi sa route, courant droit au but pour le prix de l’appel céleste. Animé d’un noble désir, il écrit : « je me réjouis dans les souffrances pour vous, et j’accomplis dans ma chair ce qui reste encore à souffrir des afflictions du Christ pour Son corps qui est l’assemblée, de laquelle je suis devenu serviteur » (Col. 1:24-25).

L’on ne sait pas la nature de l’écharde pour la chair de Paul, mais l’on sait par contre que Dieu n’a pas répondu, du moins de la manière qu’il souhaitait, à sa triple prière. Dieu ne retire pas toujours les épreuves de nos vies, mais il donne la grâce suffisante pour les supporter.

Quelle est la consolation que l’on trouve dans la réponse que Paul a reçue à sa prière ? La présence assurée du Seigneur à ses côtés. Elle l’a maintenu dans l’humilité et elle a été une source d’inspiration pour le peuple de Dieu à travers les âges. Retenons pour nous-mêmes cette merveilleuse promesse.

Apparemment le grand dévouement de l’apôtre s’achève par un désastre, mais le Seigneur, son Seigneur n’a t-il pas dit prophétiquement : « J’ai travaillé en vain, j’ai consumé ma force pour le néant et en vain » (És. 49:4). Le chemin de la gloire passe pour le croyant, comme pour son Maître, par la vallée de l’humiliation (Ps. 30:5).


Dans la faiblesse extrême,

Sa vertu s’accomplit,

Et dans l’épreuve même,

Sa voix nous réjouit.


Oui, sur Dieu seul, repose-toi mon âme


Tu comprendras les peines de ta vie,

Et tu verras qu’il voulait te bénir.