LA DEUXIÈME ÉPÎTRE À TIMOTHÉE

Kelly William [ajouts bibliquest entre crochets]

Traduit d’après la 3ème édition anglaise de Hammond


Table des matières abrégée : (Table semi abrégée — Table détaillée)

1 - Introduction — [Sommaire de l’épître]

2 - EXPOSÉ [de l’épître — Ch. 1]

3 - 2 Timothée Ch. 2


Table des matières semi-abrégée : (Table détaillée)

1 - Introduction — [Sommaire de l’épître]

1.1 - Ch. 1 [Sommaire]

1.2 - Ch. 2 [Sommaire]

1.3 - Ch. 3 [Sommaire]

1.4 - Ch. 4 [Sommaire]

2 - EXPOSÉ [de l’épître — Ch. 1]

2.1 - [Idées générales sous-tendant l’épître]

2.2 - [Ch. 1:1-2]

2.3 - Ch. 1:3-5

2.4 - [Ch. 1:6]

2.5 - [Ch. 1:7]

2.6 - [Ch. 1:8-11]

2.7 - [Ch. 1:12-14]

2.8 - [Ch. 1:15]

2.9 - [Ch. 1:16-18]

3 - 2 Timothée Ch. 2

3.1 - [Ch. 2:1-2]

3.2 - [Ch. 2:3-6]

3.3 - [Ch. 2:7]

3.4 - [Ch. 2:8-13]

3.5 - [Ch. 2:14-18]

3.6 - [Ch. 2:19-22]

3.7 - [Ch. 2:23-26]


Table des matières détaillé : (Table abrégée — Table semi abrégée)

1 - Introduction — [Sommaire de l’épître]

1.1 - Ch. 1 [Sommaire]

1.2 - Ch. 2 [Sommaire]

1.3 - Ch. 3 [Sommaire]

1.4 - Ch. 4 [Sommaire]

2 - EXPOSÉ [de l’épître — Ch. 1]

2.1 - [Idées générales sous-tendant l’épître]

2.2 - [Ch. 1:1-2]

2.2.1 - [Ch. 1:1a]

2.2.2 - [Ch. 1:1b]

2.2.3 - [Ch. 1:2a]

2.2.4 - [Ch. 1:2b]

2.3 - Ch. 1:3-5

2.3.1 - [Ch. 1:3

2.3.2 - [Ch. 1:4b

2.3.3 - [Ch. 1:5

2.4 - [Ch. 1:6]

2.5 - [Ch. 1:7]

2.6 - [Ch. 1:8-11]

2.6.1 - [Ch. 1:8a]

2.6.2 - [Ch. 1:8b]

2.6.3 - [Ch. 1:9a]

2.6.4 - [Ch. 1:9b]

2.6.5 - [Ch. 1:9c]

2.6.6 - [Ch. 1:10]

2.6.7 - [Ch. 1:11]

2.7 - [Ch. 1:12-14]

2.7.1 - [Ch. 1:12a]

2.7.2 - [Ch. 1:12b]

2.7.3 - [Ch. 1:12c]

2.7.4 - [Ch. 1:12d]

2.7.5 - [Ch. 1:13]

2.7.6 - [Ch. 1:14]

2.8 - [Ch. 1:15]

2.9 - [Ch. 1:16-18]

2.9.1 - [Ch. 1:16]

2.9.2 - [Ch. 1:17]

2.9.3 - [Ch. 1:18]

3 - 2 Timothée Ch. 2

3.1 - [Ch. 2:1-2]

3.1.1 - [Ch. 2:1]

3.1.2 - [Ch. 2:2]

3.2 - [Ch. 2:3-6]

3.2.1 - [Ch. 2:3]

3.2.2 - [Ch. 2:4]

3.2.3 - [Ch. 2:5]

3.2.4 - [Ch. 2:6]

3.3 - [Ch. 2:7]

3.4 - [Ch. 2:8-13]

3.4.1 - [Ch. 2:8]

3.4.2 - [Ch. 2:9a]

3.4.3 - [Ch. 2:9b]

3.4.4 - [Ch. 2:10]

3.4.5 - [Ch. 2:11]

3.4.6 - [Ch. 2:12a]

3.4.7 - [Ch. 2:12b-13]

3.5 - [Ch. 2:14-18]

3.5.1 - [Ch. 2:14]

3.5.2 - [Ch. 2:15]

3.5.3 - [Ch. 2:16a]

3.5.4 - [Ch. 2:16b-17a]

3.5.5 - [Ch. 2:17b-18]

3.6 - [Ch. 2:19-22]

3.6.1 - [Ch. 2:19 — ce qu’est le solide fondement]

3.6.2 - [Ch. 2:20]

3.6.3 - [Ch. 2:21a]

3.6.4 - [Ch. 2:21b]

3.6.5 - [Ch. 2:21 — On ne quitte pas la maison]

3.6.6 - [Ch. 2:21 — Autres dangers]

3.6.7 - [Ch. 2:22a]

3.6.8 - [Ch. 2:22b]

3.7 - [Ch. 2:23-26]

3.7.1 - [Ch. 2:23a]

3.7.2 - [Ch. 2:23b]

3.7.3 - [Ch. 2:24]

3.7.4 - [Ch. 2:25a]

3.7.5 - [Ch. 2:25b]

3.7.6 - [Ch. 2:25b — la vérité]

3.7.7 - [Ch. 2:25b — la repentance]

3.7.8 - [Ch. 2:26]


1 - Introduction — [Sommaire de l’épître]

Cette épître à Timothée est le complément admirable de la première. Les hommes ont longuement discuté au sujet de l’intervalle de temps qui les sépare ; mais même s’il était plus bref que ce que beaucoup supposent, le changement est immense quant aux circonstances, et donc quant au but, au ton et à la manière de traiter les questions : pourtant, nous savons par toute l’Écriture et par expérience également, que de grandes révolutions peuvent se produire dans un court laps de temps. C’est la dernière parole écrite de l’apôtre, et cela confère à tout ce qu’il avait à dire une solennité, une gravité et une tendresse particulières. Aucune autre forme n’est aussi bonne pour une exhortation appropriée, et cela de la part de celui qui avait été fait « serviteur de l’assemblée » (Col. 1:24, 25) dans un sens plus complet que tout autre.

Avec le sérieux qui convenait à son sujet, la première épître insistait sur l’ordre dans l’assemblée, le poids moral et la valeur de chacun, en particulier de ceux qui gouvernent ou administrent publiquement. Ici l’apôtre, dont le départ était proche, désirait ardemment la présence de Timothée (1:4 ; 4:9, 11, 13, 21), et place sur le cœur de son bien-aimé compagnon de travail ses dernières injonctions et un appel personnel en vue du désordre profond et croissant qui s’installait. Il laisse entendre qu’un tel état de ruine (incomparablement plus mauvais aujourd’hui), ne ferait que donner une meilleure occasion de manifester ceux qui demeurent fidèles à Christ et s’attachent à Sa grâce au milieu du déclin fatal général qui prévalait et qu’il ne pouvait que décrire. Ce déclin fournirait sans doute toute facilité pour la chair et pour le monde se prévalant du nom du Seigneur ; mais c’était une raison de plus pour que les personnes dévouées et pieuses déploient encore plus d’énergie, d’endurance et de courage pour le Seigneur.


1.1 - Ch. 1 [Sommaire]

Cela explique l’attitude extraordinairement sublime et la tendre sollicitude de l’apôtre, le souvenir des larmes de Timothée [1:4] et de sa fidélité consciencieuse dans le passé, la reconnaissance de tout cœur d’une foi réelle, même dans un environnement fâcheux. C’est pourquoi Paul rappelle à Timothée le don de Dieu qui était en lui par l’imposition de ses propres mains [1:6]. À un moment aussi critique, il lui était particulièrement demandé de servir avec hardiesse dans la foi, et la conscience de cette grâce spéciale qui avait daigné se servir de lui et travailler par lui à la gloire de Christ. En fait, si la puissance et la position ainsi données à Timothée étaient bien particulières, elles étaient en plein accord avec le caractère du don du Saint Esprit accordé à tout chrétien ; car « Dieu ne nous a pas donné un esprit de crainte (lâcheté), mais de puissance, et d’amour, et de pensées saines » [1:7]. Ce que tous ont et devraient manifester, Timothée devait l’accomplir dans sa propre position éminente, et souffrir les tribulations qui accompagnent l’évangile [1:8], lequel est si détestable pour l’orgueil et la religiosité du monde qui persécute ses hérauts. Combien il serait vain d’endurer tout cela si ce n’est avec et selon la puissance de Dieu !

C’est pourquoi Timothée plus que tout autre, ne devait pas avoir honte du témoignage de notre Seigneur, ni de Paul Son prisonnier [1:8]. Pour ceux qui se contentent de regarder de loin, pour les lecteurs de salons ou les étudiants dans une bibliothèque, une telle honte peut sembler impossible, sauf pour les plus lâches et les plus vils. Mais l’ennemi sait provoquer, même chez les chrétiens, un état d’âme où il faut la foi la plus simple et la plus ferme pour tenir du côté de ceux qui souffrent pour Christ et pour l’évangile, comme Paul le faisait à ce moment-là. Cette marée s’était installée depuis longtemps et était maintenant arrivée à son apogée, en ce qui concerne l’apôtre. Mille excuses pouvaient être avancées, toutes sortes de raisons apparemment bonnes pouvaient être invoquées, le résultat était, quoi qu’il en soit, que la masse des frères avait honte de Paul ! et pis que cela, ils avaient honte du témoignage de notre Seigneur que lui, Paul, cherchait à promouvoir avant lui-même, à un point que, sans doute, ils ignoraient et oubliaient en face du péril et de la disgrâce.

Quelle profondeur dans ce témoignage, pourtant béni ! un salut déjà possédé de la part de Dieu, et un saint appel, « non pas selon nos œuvres, mais selon son propre dessein et sa propre grâce, qui nous a été donnée en Jésus-Christ avant que le temps ne commence, mais qui a été rendue manifeste maintenant par l’apparition de notre Sauveur Jésus-Christ, qui a annulé la mort et a mis en lumière la vie et l’incorruptibilité par l’évangile, pour lequel j’ai été établi prédicateur, apôtre et instructeur (des nations) » (1:9-11). Voilà la cause pour laquelle Paul souffrait ces choses [1:12]. Il n’y a jamais eu de raison plus honorable. Lui, n’avait certainement pas honte : combien il est terrible de penser qu’un chrétien puisse avoir de la honte ! combien il était humiliant que cela soit le cas même de ceux qui avaient connu Paul ! Car s’il y a jamais eu un serviteur dont la vie, les labeurs, l’esprit, les voies et les discours ont été en harmonie avec l’évangile, n’est-ce pas Paul ? Pourtant des frères avaient honte du témoignage de notre Seigneur et de Paul Son prisonnier, alors que ceux qui avaient du zèle et de l’affection auraient dû être puissamment attirés vers lui. Beaucoup de serviteurs fidèles se montraient complètement affaiblis à l’heure de l’épreuve ; un bon nombre étaient malheureusement incohérents dans le détail, même s’ils étaient sincères et honorés de Dieu pour le principal. Paul était presque seul, selon sa vive attente et son espérance qu’il ne serait confus en rien, mais qu’avec toute hardiesse, maintenant comme toujours jusqu’à la fin, Christ serait magnifié dans son corps, soit par la vie, soit par la mort (Phil. 1:20). C’était alors sa première incarcération ; son désir de partir et d’être avec Christ, ce qui est bien meilleur, n’allait pas encore être satisfait. Demeurer dans la chair était plus nécessaire pour les saints ; et, ayant cette confiance, il savait qu’il allait demeurer et continuer avec tous [Phil. 1:23-25]. Maintenant c’était sa deuxième incarcération ; et Christ allait être magnifié par sa mort, mais rien ne lui faisait honte, et surtout il n’avait pas honte de l’évangile ou de la dureté de la prison et de la mort que l’évangile entraînait.

Paul était lié à l’évangile, au témoignage de notre Seigneur à tous égards, et à Christ Lui-même. Il connaissait celui qu’il avait cru et était persuadé de Sa capacité à garder ce qu’il Lui avait confié jusqu’à ce jour-là [1:12]. C’est pourquoi il exhortait Timothée à avoir un modèle des saines paroles qu’il avait entendues de lui dans la foi et l’amour qui sont dans le Christ Jésus [1:13], et à garder, par le Saint Esprit qui habite en nous, le bon dépôt qui lui était confié [1:14].

Ce dépôt [1:14] ne se réfère à aucune tradition non écrite, ni à aucune formule humainement élaborée, mais à la parole écrite depuis Christ. Ce dépôt était d’autant plus important que Timothée savait comment tous ceux en Asie (la province romaine où il avait travaillé si longtemps et avec tant de zèle) s’étaient détournés de Paul, — non pas de Christ ou de l’évangile, bien sûr, mais de celui qui, plus que tous, avait présenté la vérité de l’évangile de manière nette et non frelatée, et qui avait le mieux présenté les travaux inlassables et les souffrances de l’évangile. Si plusieurs blessaient le cœur de l’apôtre, il rappelle avec émotion la fidélité d’un seul, Onésiphore, pour la maison duquel il implore la miséricorde du Seigneur, « car il m’a souvent consolé et n’a pas eu honte de ma chaîne, mais quand il était à Rome, il m’a cherché très soigneusement et il m’a trouvé (que le Seigneur lui accorde de trouver miséricorde de la part du Seigneur en ce jour-là) » [1:16-18a]. C’était en effet tout à fait conforme à l’amour qu’Onésiphore montrait habituellement là où il habitait normalement ; car l’apôtre ajoute : « et tu sais très bien combien de services il a rendu à Éphèse » [1:18b]. Si nous aimons la vérité, nous ne manquerons pas d’affection envers ceux qui sont identifiés avec elle. Le zèle partisan n’en est qu’une parodie provenant de la chair. Dieu veut que l’amour et la foi soient une réalité vivante ici-bas ; et, dans le monde tel qu’il est, on doit souffrir de plus en plus. Or Il veut être sanctifié dans ceux qui sont proches de Lui, et qui tiennent toujours compte de ce qu’Il apprécie et de ce qu’Il déteste.


1.2 - Ch. 2 [Sommaire]

L’apôtre appelle son enfant à se fortifier dans la grâce qui est en Christ, par rapport aux autres, non seulement en tenant ferme la vérité, mais en la transmettant dûment — un travail aussi délicat qu’important. « Et les choses que tu as entendues de moi devant beaucoup de témoins, confie-les à des hommes fidèles capables d’instruire aussi les autres » [2:2]. Il s’agit ici de la communication de la vérité, et non de conférer une autorité comme à des anciens et des diacres au niveau local. Les hommes fidèles devaient être les objets de ses soins pour cette fonction d’instruire ; or ils devaient aussi être enseignés par quelqu’un comme Timothée, lui-même enseigné par l’apôtre, afin qu’ils puissent enseigner les autres. Ici aussi, l’apôtre l’appelle à prendre sa part de souffrance comme un bon soldat de Jésus-Christ ; car, à l’intérieur comme à l’extérieur, quelles sont les choses qui exigent une plus grande abnégation ou qui exposent à de plus grandes épreuves ? L’apôtre expose par trois images ce dont ont besoin ceux qui veulent ainsi servir le Seigneur correctement. « Nul homme qui va à la guerre ne s’embarrasse des affaires de la vie, afin de plaire à celui qui l’a enrôlé comme soldat » [2:4]. Le serviteur doit se décider à refuser toute distraction. Ensuite, « si un homme combat dans les jeux de l’arène, il n’est pas couronné s’il n’a pas combattu selon les règles » [2:5]. La manière dont il sert est de la plus haute importance et requiert une soumission totale à la volonté du Seigneur qui est servi ; l’athlète est donc tenu à suivre les règles des jeux. Enfin, « c’est le laboureur qui travaille qui doit premièrement avoir part aux fruits ». Si l’amour mène au labeur, le travail doit certainement précéder les fruits. Tout cela, l’apôtre voulait que Timothée le considère, et il l’assure de la grâce du Seigneur qui lui donnerait de l’intelligence en toutes choses [2:7]. La foi doit être intelligente.

C’est ensuite une transition facile qui fait passer de celui qui travaille dans l’enseignement, jusqu’à la vérité enseignée ; le sommaire de celle-ci est condensé heureusement (car Dieu pense aux plus simples) en peu de mots, mais des mots profonds, et dans cette Personne unique qui est l’objet de notre foi, l’émerveillement des anges, le délice et la satisfaction de Dieu. « Souviens-toi de Jésus Christ ressuscité d’entre les morts, de la semence de David, selon mon évangile » [2:8]. Ce n’est pas ainsi que les théologiens le présenteraient, et les prophètes ne l’ont pas ainsi fait non plus ; mais c’est de cette manière que Dieu voulait que l’apôtre l’inculque à Timothée et à nous. L’ordre historique aurait commencé par la relation de Jésus Christ selon la chair, Sa position messianique, l’accomplissement des promesses et des prophéties quant à Sa Personne ; mais l’évangile de Paul, qui affirme fidèlement cette vérité fondamentale, mettait l’accent sur la résurrection d’entre les morts qui suppose l’œuvre de rédemption déjà accomplie et l’homme entré en Lui dans un nouvel état selon les conseils célestes de Dieu. Cela élargit le caractère de la souffrance de Christ, à laquelle l’ouvrier ne doit surtout pas se soustraire, comme le bienheureux apôtre l’a goûté si profondément dans son service de l’évangile : « dans lequel je souffre jusqu’à être lié de chaines comme un malfaiteur, mais la parole de Dieu n’est pas liée. C’est pourquoi je supporte tout pour l’amour des élus, afin qu’eux aussi obtiennent le salut qui est en Jésus Christ avec une gloire éternelle. Cette parole est certaine ; car si nous sommes morts avec Lui, nous vivrons aussi avec Lui ; si nous endurons, nous régnerons aussi avec Lui ; si nous Le renions, Lui aussi nous reniera ; si nous sommes infidèles, Lui demeure fidèle, car Il ne peut pas se renier Lui-même » [2:9-13].

Là-dessus Paul lance un appel personnel jusqu’à la fin du chapitre pour que Timothée ne se contente pas d’insister sur la vérité fondamentale et pratique, mais qu’il évite les disputes de mots [2:14] et les bavardages profanes à effets encore plus destructeurs [2:16] ; il en donne un exemple spécifique avec le cas de la rêverie profane selon laquelle la résurrection est considérée comme tellement passée que le présent devient une scène agréable. C’est ce que certains des pères de l’église ont enseigné, et la religion mondaine a ainsi prospéré, à l’époque comme aujourd’hui [2:17-18].

Cela conduit à un développement aussi instructif en soi que caractéristique de l’épître. L’apôtre répond à ce faux enseignement, en montrant les deux côtés du sceau comme le sûr fondement de Dieu : « Le Seigneur connaît ceux qui sont à Lui ; et que quiconque invoque le nom du Seigneur s’éloigne de l’iniquité » [2:19]. Quoi qu’il arrive, le Seigneur est souverain, et celui qui Le confesse est responsable vis-à-vis de Lui. Puis il est donné une anticipation de l’état de l’église de manière très parlante : « Mais dans une grande maison, il n’y a pas que des vases d’or et d’argent, mais aussi de bois et de terre, les uns pour l’honneur et les autres pour le déshonneur. Si donc quelqu’un se purifie de ceux-ci (les vases pour le déshonneur), il sera un vase pour l’honneur, sanctifié, propre au service du Maître, préparé à toute bonne œuvre » [2:20-21]. Le zèle d’un bon ouvrier, cependant, ne suffirait pas. Timothée doit fuir les convoitises de la jeunesse (pas seulement les convoitises charnelles ou mondaines), et poursuivre la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur [2:22]. L’isolement n’est jamais juste en tant qu’objectif, bien que le péché ne doive jamais être approuvé. Mais il faut éviter les questions insensées [2:23], cultiver la douceur [2:24], notamment en redressant les opposants, attendant si Dieu pourrait leur donner la repentance [2:25] et les réveiller du piège du diable pour se mettre à faire Sa volonté [2:26].


1.3 - Ch. 3 [Sommaire]

Mais en 2 Tim. 3, un tableau affreux est étalé : il ne s’agit plus simplement de quelques erreurs ici et là, mais d’un état de déchéance qui prévaut et où l’on ne peut plus parler des gens comme de disciples ou de fidèles, mais simplement comme des « hommes » [3:2], — non pas bien sûr des païens ou des Juifs, mais hélas ! des gens qui se disent chrétiens, car il est dit d’eux qu’ils ont une forme de piété, mais qu’ils en renient la puissance [3:5] : le fait moralement affreux est qu’on se trouve en présence d’hommes, avec la lumière extérieure et les privilèges de la chrétienté, et pourtant pas meilleurs au fond que les païens, bien que moins grossiers ; le tableau est tracé dans le même style que la fin de Romains 1. Ces gens peuvent prétendre haut et fort être l’Église selon une succession ininterrompue ; mais le mot d’ordre est : « détourne-toi de tels gens ». Sans doute tous ne sont pas pareillement malfaisants : il y a des victimes faibles, avec des fautes morales [3:6], et des meneurs comme ceux qui ont résisté à Moïse [3:8]. Mais Timothée était intimement familier avec une vie de piété, de souffrance et de dévouement patient, ainsi qu’avec la vérité dans une forme et une puissance données de Dieu [3:10] ; tous ceux qui veulent vivre pieusement en Christ subiraient des persécutions [3:12], aussi sûrement que les hommes mauvais et les imposteurs deviendraient de plus en plus mauvais [3:13].

D’où la valeur inestimable de ceux dont Timothée avait appris, et de la parole écrite qu’il connaissait depuis l’enfance [3:14-15]. Cela donne à l’apôtre l’occasion d’annoncer pour toute écriture (qu’il s’agisse de l’Ancien ou du Nouveau Testament) les qualités qui en font la seule règle de foi permanente, non seulement la source la plus complète, mais l’unique norme de vérité parfaite et infaillible. Pour l’esprit qui connaît Dieu, voilà ce qu’implique la simple expression « inspirée de Dieu » [3:16-17].


1.4 - Ch. 4 [Sommaire]

Dès lors (2 Tim. 4), l’apôtre missionne très solennellement Timothée devant Dieu et Jésus Christ qui jugera les vivants et les morts ; et ceci par Son apparition et par Son règne, car il n’est pas question ici de grâce céleste, mais de service responsable [4:1]. C’est donc un puissant motif pour stimuler et fortifier son enfant bien-aimé, tant dans la prédication que dans la répréhension, la réprimande et l’exhortation, avec toute longanimité et doctrine [4:2]. Car il y aura un temps où ils n’écouteront pas la saine doctrine, mais selon leurs propres convoitises, ils s’amasseront des enseignants, ayant des oreilles qui leur démangent [4:3] ; et ils détourneront leur oreille de la vérité et se tourneront vers les fables [4:4]. Cette déviation de la vérité n’est peut-être pas l’apostasie, ni la révélation de l’homme de péché ; mais elle semble être le pire développement des derniers jours avant cette crise future, et sans doute elle est déjà arrivée depuis longtemps. Pour faire encore plus impression sur Timothée, l’apôtre parle de son propre départ comme d’un moment tout proche [4:6]. Sa course était achevée. Il attendait l’apparition du Seigneur pour être couronné, et il ne serait pas seul à être couronné, mais aussi tous ceux qui aiment Son apparition [4:8].

La lettre se termine par une série de considérations personnelles profondément intéressantes à bien des égards. Il voulait hâter la venue de Timothée avant l’hiver [4:9], et il semblerait que l’envoi de Tychique à Éphèse avait pour rôle de faciliter cette venue [4:12], Luc seul étant avec l’apôtre [4:11]. C’est avec peine qu’il parle du départ de Démas ; de celui des autres il en parle simplement comme d’un fait [4:10]. Il supplie qu’on lui apporte son manteau laissé à Troas, les livres, et surtout les parchemins : la mort proche devant lui n’entravait en rien le devoir, l’apparition du Seigneur l’exigeait [4:13]. Il n’oublie pas un homme dangereux [4:14], ni le fait que personne ne s’est tenu auprès de lui à l’heure du danger [4:16], mais le Seigneur qui, Lui, s’était tenu près de lui, le ferait jusqu’au bout, le préservant pour Son royaume céleste [4:17-18]. S’ensuit la salutation de sa part et de la part d’autres [4:19-21], et le souhait que la présence du Seigneur soit avec l’esprit de Timothée ; c’était le Seigneur qui l’avait délivré [4:17], et il voulait que Sa grâce soit avec eux tous [4:22].


2 - EXPOSÉ [de l’épître — Ch. 1]

2.1 - [Idées générales sous-tendant l’épître]

La salutation au début de l’épître est, comme d’habitude, empreinte de l’esprit de tout ce qui va suivre. Une profonde gravité et une tendre affection imprègnent l’ensemble. Il n’est plus question d’ordre dans la maison de Dieu sur la terre dans le moment où l’apôtre est obligé de parler d’une grande maison où se trouvent, non seulement des vases d’or et d’argent, mais aussi de bois et de terre, les uns à honneur et les autres à déshonneur. Dès lors il n’y a plus seulement le devoir de discipline, mais en tout premier lieu le devoir est de se purifier à tout prix des vases à déshonneur si l’on veut être personnellement un vase à honneur, sanctifié, propre à l’usage du Maître, préparé pour toute bonne œuvre. Ce qui est en cause, en bref, c’est le solide fondement de Dieu, avec d’un côté sa consolation infaillible et de l’autre sa responsabilité inaliénable. Or, grâce à Dieu, quoi qu’il arrive, ce fondement tient bon, quel que soit le désordre de la maison ; et en conséquence, l’obligation pesant sur les fidèles demeure, d’autant plus péremptoire pour Sa gloire qu’il y a eu défection générale. La foi ne désespère jamais du bien, ne méconnait jamais le mal, et n’est libre que pour plaire à Dieu, au lieu de se faciliter la tâche par le choix du moindre mal.

Il est inévitable, dans ces circonstances, que prévale un ton de solennité insistante jusqu’à l’importunité. C’est pourquoi il est plus que jamais nécessaire de faire preuve de courage et d’endurance, ainsi que d’une grande jalousie pour la volonté de Dieu et d’une grande détestation des voies mauvaises de l’homme — spécialement de l’homme d’aujourd’hui qui, hélas ! associe le nom du Seigneur à la pire méchanceté de Satan. Le caractère modeste, mais apparemment timide de Timothée, faisait appel au cœur de l’apôtre par l’effet de la puissance du Saint Esprit, pour le préparer au travail ardu et aux conflits qui l’attendaient après le départ prochain de son père spirituel. Les exhortations de la seconde épître s’adressent aux fidèles d’aujourd’hui, plus à fond et de manière moins exceptionnelle, que celles de la première épître, car le côté officiel était davantage présent dans la première, alors que ce qui est moral prédomine dans la seconde. Profitons donc plus pleinement de cette considération. Car il est incontestable que les temps difficiles des derniers jours sont arrivés depuis longtemps, et les ténèbres des scènes finales de l’iniquité sans frein jettent déjà leur ombre devant nous.


2.2 - [Ch. 1:1-2]

« Paul, apôtre de Jésus Christ, par la volonté de Dieu, selon la promesse de la vie qui est dans le Christ Jésus, à Timothée mon enfant bien-aimé : Grâce, miséricorde, paix, de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Seigneur » (1:1, 2).


On peut observer qu’ici, comme dans la première épître, Paul met en avant sa grande mission. L’intimité n’a jamais censé affaiblir la position et l’autorité données de Dieu. Parfois l’apôtre pouvait les fusionner, comme nous le voyons dans la beauté gracieuse de l’épitre à Philémon, où l’autorité risquait de faire grincer la corde qu’il cherchait à faire vibrer dans le cœur de ce précieux croyant. Ici, l’apostolat était nécessaire, non seulement en raison de la nature de l’épître comme dans la première épître, mais aussi pour donner du poids aux directives morales de cette seconde épître. Le sentier de Christ à travers les dilemmes périlleux des derniers jours nécessitait la plus haute expression de l’autorité divine. Sans cette caution, faire par la foi un pas de justice, même le plus nécessaire, expose l’homme de Dieu à être accusé de faire de l’innovation, d’avoir de la présomption et surtout de causer du désordre, — parce que l’état général de la chrétienté était lui-même un état dérogeant à la parole de Dieu, un état figé, fait de tradition.


2.2.1 - [Ch. 1:1a]

Dans la première épitre, Paul se présentait comme « apôtre selon le commandement de Dieu notre Sauveur et du Christ Jésus notre espérance ». Ceci est évidemment plus en rapport avec l’ensemble de l’humanité, car beaucoup de ce qui se rapporte aux saints est extérieur par comparaison aux termes de la deuxième épître. On a ici « par la volonté de Dieu », comme en 1 et 2 Corinthiens, Éphésiens et Colossiens. Cela était nécessaire et sage pour commencer, et cela le reste jusqu’à la fin. La « volonté » de Dieu a une application bien plus vaste et profonde que Son « commandement », si important que soit ce dernier à sa place. Nombreux sont ceux qui évitent de désobéir à un commandement de Dieu, mais qui ne sont guère exercés quant à Sa volonté ; celle-ci englobe une grande variété de situations de vie spirituelle qui surviennent en dehors du cadre d’une injonction formelle. Une distinction de ce genre est tracée par notre Seigneur en Jean 14 (v. 21, 23, 24) entre Ses commandements et Sa parole. Cet ajout « par la volonté de Dieu » dans la deuxième épître à Timothée correspond tout à fait à son caractère large et profond.


2.2.2 - [Ch. 1:1b]

Mais la différence va encore plus loin. Paul était apôtre « selon la promesse de la vie qui est dans Christ Jésus » (2 Tim. 2:1b). Ceci relie clairement la dernière épître de Paul à la première de Jean, qui a comme doctrine caractéristique la vie éternelle dans toute sa plénitude en Christ. Non pas que cela ait jamais été absent des épîtres de Paul. On le voit dans celles aux Romains et aux Corinthiens, aux Galates, aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, de façon encore plus brillante si cela est possible, et avec plus de force pratique. Mais ici en 2 Tim. 1, la « vie » est surtout liée à son apostolat et, bien sûr aussi à toute la portée de l’épître, qui est sa dernière communication écrite. Pour la première fois, l’Esprit de Dieu la met incontestablement au premier plan.

Mais je pense que la méthode employée n’a pas été du tout saisie correctement. La préposition (κατά) prend son sens le plus ordinaire — « selon » — « en conformité avec », plutôt que « en suivant » ou « en vue de l’accomplissement » etc. Ce n’est pas l’objet et l’intention de l’apostolat qui sont exprimés par « selon la promesse », mais son caractère. Il est certain que l’apostolat de Paul faisait avancer et faisait connaître les promesses de vie éternelle ; mais la vérité révélée ici est que Paul avait été ainsi appelé de Dieu selon, ou en conformité avec, cette promesse de vie. Sa fonction n’était pas seulement d’être serviteur de l’évangile dans toute la création sous le ciel, ni même seulement d’être aussi serviteur de l’assemblée qui est le corps de Christ (Col. 1:23, 24). Maintenant pour la première fois, il se décrit comme apôtre par la volonté de Dieu « selon la promesse de la vie qui est dans le Christ Jésus ». Jamais Timothée, jamais les fidèles, n’ont eu besoin de la connaissance réconfortante et fortifiante de cette vie autant qu’en face des horreurs et des dangers que cette épître contemple. S’il y a quelque chose de tant soit peu réel dans un monde où tout n’est qu’apparence vaine, c’est bien la vie qui est en Christ ; elle est éternelle, car elle est destinée à vaincre par la foi. En l’absence de cette vie, la puissance du Saint Esprit pourrait même agir dans un fils de perdition. « Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en ton nom, et n’avons-nous pas chassé des démons en ton nom, et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles en ton nom ? Et alors je leur déclarerai : je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, ouvriers d’iniquité » (Matt. 7:22, 23). La puissance sans la vie est quelque chose d’extrêmement sinistre et fatal ; la puissance avec la vie est quelque chose d’extrêmement béni et éminemment caractéristique du christianisme. Cela va être soigneusement mis en avant pour notre consolation justement dans ce chapitre de notre épitre. Mais la vie occupe incontestablement la place d’honneur dans le caractère donné ici à l’apostolat de Paul. Personne n’avait la prophétie comme lui, personne ne connaissait comme lui tous les mystères et toute connaissance ; qui, comme lui, avait toute la foi pour transporter des montagnes [1 Cor. 13:2] ? Mais il avait aussi cet amour qui est de Dieu, surpassé peut-être par personne, car il vivait la vie qui est dans le Christ Jésus. Nous ne pouvons donc qu’admirer que son apostolat soit caractérisé, comme nous lisons ici, non par un étalage d’énergie spirituelle, mais « selon la promesse de la vie qui est dans Christ Jésus ».

La vie, comme la foi, est individuelle, mais néanmoins obéissante et donc elle met en honneur et en valeur Christ d’abord, et, immédiatement après, la marche à Sa gloire avec ceux qui sont Siens. Or peut-on vraiment marcher ensemble avec ceux qui n’ont pas la foi pour rester seuls debout si Sa volonté l’exige ? La vie est donc mise en avant dans cette position capitale. Si jamais on a ressenti sa valeur plus qu’auparavant, c’est bien maintenant : la sévérité des temps fait appel à tout ce qui est de Christ. La gloire sur terre avait été l’idole des Juifs à leur sommet ; la gloire céleste dans et avec Christ est l’espérance chrétienne ; mais on a maintenant la vie en Christ, une « promesse » incomparablement plus grande que celles faites à Abraham, à David et autres dignités. Nous l’avons en Lui maintenant, et nous l’aurons manifestement avec Lui, quand nous serons glorifiés. La terre, le monde, ont été la scène des actions de Dieu, et seront celle de Son royaume en puissance et en gloire lorsque Christ apparaîtra et régnera. Mais de même que Paul était l’apôtre selon la promesse de la vie qui est en Christ, de même nous, en L’ayant Lui, nous avons cette vie éternelle dont nous jouirons dans sa propre sphère au-dessus du monde lors de Sa venue ; la nature de cette vie éternelle est totalement indépendante du monde.


2.2.3 - [Ch. 1:2a]

« À Timothée, mon enfant bien-aimé ».


Dans la première épître, il est désigné comme « véritable » enfant (γνησίῳ). On aurait pu croire impossible de ne pas voir une différence intentionnelle. Car les mots utilisés dans la première épître indiquent que Timothée n’était pas un faux fils, mais était son enfant véritable, non seulement dans « la » foi comme possession objective, mais en « foi » en tant que principe vivant réel dans l’âme [1 Tim. 1:2 JND rend ce « en foi » par « dans la foi », l’absence d’article n’étant guère possible en français]. Dans la seconde épître (2 Tim. 1:2), il y a la déclaration expresse de l’affection positive et personnelle de l’apôtre, ce qui n’était visiblement pas une phrase formelle sans signification. Pourtant, un annotateur allemand de quelque réputation (Mack) demande : « Est-il par hasard qu’au lieu de γνησίῳ τέκνῳ [véritable enfant], comme Timothée est appelé dans la première épître 1:2, et Tite dans Tite 1:4, on trouve ici ἀγαπητῳ [enfant bien-aimé] ? Ou se peut-il qu’une raison de ce changement provienne de ce qu’il incombait désormais à Timothée de raviver la foi et la grâce en lui, avant d’être de nouveau digne du nom γνησίον τέκνον [véritable enfant] dans son plein sens ? » Cette remarque superficielle passe à côté de ce qu’on déduit de la manière dont Tite est désigné (lui n’a jamais suscité des sentiments forts de la part de l’apôtre contrairement à Timothée dans les deux épîtres ; pourtant Tite est bien nommé γνησίον τέκνον) ; cette remarque superficielle de l’annotateur allemand a eu une influence des plus néfastes sur la comparaison générale entre les deux épîtres faite par le doyen Alford : il a été induit en erreur sur bien des détails importants. Bengel, Ellicott et d’autres sont beaucoup plus corrects sur ce sujet, de sorte que le regret que le doyen exprime pour leur erreur aurait bien pu être évité. Le manque de discernement est vraiment du côté de ceux qui affectent de voir dans la deuxième épître une perte de confiance de Paul par rapport à Timothée ; cela est rendu encore plus visible en ce qu’ils estiment qu’il y a davantage d’amour. « Plus d’amour simple » ! est une phrase étrange et indigne d’un saint qui devrait mieux en connaître la valeur réelle et inestimable.


2.2.4 - [Ch. 1:2b]

« Grâce, miséricorde, paix de la part de Dieu le Père et de Christ Jésus notre Seigneur ».


Nous avons ici exactement les mêmes expressions que dans la première épître ; or un commentateur aussi célèbre que Calvin a osé chercher à excuser l’apôtre pour toutes les deux, si ce n’est pour le censurer. « Il n’observe pas l’ordre exact ; car il place en premier ce qui aurait dû être en dernier, à savoir la grâce qui découle de la miséricorde. Car la raison pour laquelle Dieu nous reçoit d’abord favorablement et pour laquelle Il aime, c’est qu’Il est miséricordieux. Mais il n’est pas rare que la cause soit mentionnée après l’effet, quand on cherche à donner des explications » (Calvin, Opp. vii. 438. Amstel. 1667). Tel est le commentaire qu’il a fait sur la première épître, et qui est répété en substance dans la seconde. Il est évident que la portée du souhait béni de l’apôtre lui a échappé. Car la grâce est le terme général qui désigne cette énergie et cet épanchement de bonté divine qui s’élève au-dessus du mal et de la ruine des hommes, et qui aime en dépit de tout ; et ainsi il est tout à fait correct et habituel de mettre la grâce en premier lieu dans la salutation, qu’elle soit adressée à des assemblées ou à des saints individuels. La « miséricorde » trouve sa place de manière tout à fait appropriée dans le désir de Dieu de considération et de pitié pour la faiblesse, pour les besoins et les dangers encourus par l’individu, et on la trouve ainsi non seulement en 1 et 2 Timothée, mais aussi en Jude par exception et dans un but spécial, tandis qu’elle disparaît en Philémon où l’assemblée dans la maison modifie la formule à juste titre. La miséricorde étant ainsi subordonnée, aussi douce soit-elle individuellement, occupe la seconde place par une raison incontestablement bonne. Quant à la « paix », s’agissant d’un effet plutôt que d’une cause, elle se trouve là où elle doit être comme personne n’en doute.

Combien il est triste et humiliant que ce manque de respect pour l’Écriture, apparemment inconscient mais néanmoins réel, ait été maintenu sans remise en question dans l’édition et la traduction moderne des écrits de Calvin qu’on admet généralement être au rang des plus grands réformateurs ! Si la révérence pour Dieu se prouve par le fait de trembler à Sa parole, qu’un tel exemple nous soit en avertissement.


2.3 - Ch. 1:3-5

Il est intéressant de noter combien de fois, dans les dernières paroles d’un homme âgé, on entend le rappel de faits antérieurs de sa vie ou des souvenirs. L’inspiration ne met pas cela de côté. L’apôtre parle maintenant de ses « ancêtres », comme il rappelle à Timothée les fidèles prédécesseurs de sa famille :


« Je rends grâce à Dieu, que je sers dès mes ancêtres avec une conscience pure, de ce que je me souviens si constamment de toi dans mes supplications, nuit et jour, désirant ardemment de te voir, me souvenant de tes larmes, afin que je sois rempli de joie, me rappelant la foi sincère qui est en toi, qui a d’abord habité dans ta grand-mère Loïs et ta mère Eunice, et, j’en suis persuadé, en toi aussi » (1:3-5).


2.3.1 - [Ch. 1:3

Il y a une différence dans la manière dont Paul parle de ses ancêtres par rapport à celle dont il parle de la lignée féminine des croyants antérieurs à Timothée. Il n’affirme pas que ses ancêtres étaient fidèles dans le même sens que les ancêtres de son enfant dans la foi. Il ne semble pas aller plus loin que ce qu’il prêche au sujet de « nos douze tribus » en Actes 26:7. Paul servait assurément Dieu avec une conscience pure, et pouvait rendre grâce à Dieu de ce qu’il se souvenait de Timothée. Ce n’était pas seulement une affection remplie de grâce pour son compagnon de travail triste et anxieux ; mais dans ses supplications il avait sans cesse le souvenir de Timothée, désirant nuit et jour ardemment de le voir. Les deux choses étaient vraies. On ne peut concevoir une erreur plus grossière que de croire que la foi détruit l’affection. Il n’y a pas de vie aussi influente que celle de Christ, pas de lien égal à celui du Saint Esprit.


2.3.2 - [Ch. 1:4b

Mais il y a plus à observer ici : Paul se souvenait des larmes de Timothée, sans nous dire particulièrement pourquoi il les versait. Le contexte implique cependant que c’était l’amertume d’être séparé de son vénéré conducteur ; car la joie, dont l’apôtre désirait être rempli, était de se revoir ensemble. Sans doute il y avait l’affection de Paul pour Timothée, mais l’Esprit de prophétie avait maintes fois prédit les liens et l’emprisonnement, voire la mort, qui attendaient Paul.


2.3.3 - [Ch. 1:5

Nous pouvons remarquer qu’il y avait en outre ce sujet de reconnaissance de l’apôtre envers Dieu : « me rappelant la foi sincère qui est en toi » — une foi bien nécessaire au vu des perplexités croissantes du peuple de Dieu ici-bas.

C’est en effet une grande joie de penser à quelqu’un de bien-aimé ici ou là, distingué ainsi par l’Esprit, non seulement dans le temps mais pour l’éternité ; et de le considérer comme un objet de l’amour de Dieu, en relation très étroite avec Christ. C’est une douce consolation dans la honte et la douleur que de regarder à un ami qui, par une « foi sincère », est témoin pour Dieu dans un monde incroyant. Tel était Timothée aux yeux de l’apôtre, lesquels, s’ils étaient sur le point de se fermer bientôt sur ce monde, regardaient en arrière la foi qui avait habité d’abord dans sa grand-mère Loïs et sa mère Eunice, et il ajoute avec insistance, « et, j’en suis persuadé, en toi aussi ». Timothée était d’autant plus cher à l’apôtre qu’il avait été profondément exercé et sévèrement passé au crible.


2.4 - [Ch. 1:6]

L’apôtre ne pouvait pas le laisser dans un éventuel découragement, ni simplement lui présenter ceux qui l’avaient précédé dans la foi, ni l’encourager d’une manière simplement générale. Il ajoute : « C’est pourquoi je te rappelle de ranimer le don de grâce de Dieu, qui est en toi par l’imposition de mes mains » (1:6).


Ce don (χάρισμα) était l’énergie spéciale du Saint Esprit communiquée à Timothée. Il n’y a aucune raison valable pour douter qu’il s’agit du don évoqué en 1 Tim. 4:14. Seulement là, il est dit que ce don a été donné par prophétie avec l’imposition des mains des anciens ; ici, par l’imposition des mains de Paul. Les anciens étaient associés à Paul, mais la puissance était uniquement dans l’apôtre. Il était seulement le canal divinement employé pour un si grand don. Cela est indiqué par la différence des prépositions « avec » et « par ».


2.5 - [Ch. 1:7]

Mais l’apôtre profite de l’occasion pour parler de ce qui, grâce à Dieu, n’est pas spécial et ne fait appel à aucune prophétie. Il s’agit plutôt de la source permanente de puissance pour l’Église de Dieu, le privilège constant garanti par le Seigneur (Jean 14 à 16) à tout croyant dans le Seigneur qui se repose sur la rédemption pendant l’intervalle de temps actuel depuis la Pentecôte. D’où le changement de langage : « car Dieu ne nous a pas donné un esprit de lâcheté, mais de puissance et d’amour et de sobriété d’esprit » (1:7) [JND : … un esprit de crainte, mais de puissance, et d’amour, et de conseil].

Quoi de plus réconfortant aujourd’hui au milieu de la ruine totale du caractère extérieur de l’église, qui causait déjà à l’apôtre un chagrin si intense lorsqu’il en décrivait les débuts ! Les signes et les prodiges, s’ils pouvaient être en accord avec la volonté et la gloire de Dieu, n’avaient pas été tellement une source de joie et de bénédiction. Ils étaient très importants en leur temps et pour leur but. Ils témoignaient de la victoire de l’Homme ressuscité sur Satan ; ils proclamaient la puissance bienfaisante de Dieu remise aux mains de ceux qui étaient les Siens, au milieu d’une création en ruine. Ces signes et prodiges étaient calculés et utilisés pour attirer l’attention d’une race ténébreuse et endormie vers les nouvelles voies de Dieu agissant en bonté, et qui mettait à l’honneur Celui que l’homme avait rejeté à sa propre honte et s’infligeant une perte irréparable.

Or il y a une grâce encore plus profonde dans la permanence du Saint Esprit donné au chrétien comme à l’église. Cela est d’autant plus vrai quand nous apprenons combien toute la vérité a été affaiblie, tous les principes ont été corrompus, toutes les voies de Dieu ont été à la fois mal comprises et mal interprétées, de sorte que l’ensemble de Son témoignage a fait naufrage dans la chrétienté. Néanmoins, de même que le solide fondement de Dieu demeure, et que le Chef (la Tête) de l’église est exalté à la droite de Dieu de manière infaillible pour aimer, chérir et nourrir Son corps, — de même Son grand don pour nous [le Saint Esprit] est irrévocable et n’est pas un esprit de lâcheté. Le supplanter, hélas ! pourrait bien sembler nous convenir quand on réalise la ruine actuelle de tout ce qui porte le nom du Seigneur ici-bas. Au contraire, Il est donné pour demeurer en nous et avec nous pour toujours, et Son don est celui de la puissance, de l’amour et de pensées saines. Ceci était destiné à encourager Timothée ; et nous, nous en avons encore plus besoin. Cela devrait d’autant plus nous encourager que rien d’autre ne peut le faire.

Car nous devons nous rappeler que l’Esprit de Dieu nous est donné pour que nous en jouissions présentement et pour le service actuel. Il ne nous convient donc ni de nous asseoir sans ressource dans la poussière et la cendre, ni de nous faire valoir comme inébranlables, sinon profanes en continuant à nous tromper en disant que Christ redressera tout quand Il apparaîtra en gloire. Plus nous serons conduits par Lui, plus nous sentirons profondément que le mal environnant est irréparable et que nous devons dès maintenant nous accrocher à Son nom, nous séparer du mal et être associés à ce qui est pieux. Nous ne nous abandonnerons pas au désespoir, mais nous nous croîtrons en foi et en fidélité. Nous serons fortifiés dans l’obéissance, et remplis de l’encouragement divin de la présence du Seigneur, tandis que nous garderons Ses paroles et que nous L’attendrons du ciel.

La conscience du Saint Esprit en nous sera une puissance, non pas pour faire des miracles, mais pour faire la volonté de Dieu, car cela nous attirera dans l’amour de Dieu, et nous conférera un jugement sobre sur tout ce qui convient à Ses saints au milieu de la ruine. Cela est digne de Christ dans un jour mauvais ; et que pouvons-nous désirer de plus jusqu’à ce qu’Il vienne Lui-même, la couronne de bonté et de gloire divine ?

Sur le chemin de Christ, il est inévitable qu’arrive un moment où la foi est mise à l’épreuve. C’est une chose que de tourner le dos aux plus belles prétentions opposées à Son nom, en étant pénétré de la confiance de la grâce et en suivant ce que la vérité commande ; c’en est une autre que de rester ferme et imperturbable lorsque non seulement le monde se détourne de nous, mais que ceux qui confessent Christ se mettent à déserter. Combien rares sont ceux qui peuvent tenir le coup malgré la perte de relations de valeur, sans parler des railleries et des persécutions ! Cet état anormal commençait à faire son effet sur l’esprit sensible et angoissé de Timothée. Cela a longtemps été l’expérience ordinaire des fidèles dans la chrétienté. Ces dernières années en ont fourni d’effroyables illustrations !


2.6 - [Ch. 1:8-11]

« N’aie donc pas honte du témoignage de notre Seigneur, ni de moi son prisonnier, mais prends part aux souffrances de l’évangile, selon la puissance de Dieu, qui nous a sauvés et nous a appelés d’un saint appel, non selon nos œuvres, mais selon son propre dessein, et sa propre grâce qui nous a été donnée dans le christ Jésus avant les temps éternels [des siècles], mais qui a été manifestée maintenant par l’apparition de notre Sauveur Jésus Christ, qui a annulé la mort et a fait luire la vie et l’incorruptibilité par l’évangile ; pour lequel moi j’ai été établi prédicateur et apôtre et docteur des nations » (1:8-11).


2.6.1 - [Ch. 1:8a]

Il n’y a que l’ignorance de ce que nous sommes qui rend difficile, pour beaucoup, de comprendre les raisons qui portaient Timothée à avoir honte. Lorsque la marée de la bénédiction est à son maximum, il n’y a pas ou peu de place pour la honte. Il en va tout autrement lorsque les rassemblements sont petits et que l’amour de ceux du grand nombre se refroidit, lorsque le monde s’endurcit et devient plus méprisant et que les saints se recroquevillent sous ses reproches. Seule la foi garde à la fois le regard sur Christ et le cœur réchauffé par Son amour dans une atmosphère si glaciale. Son opprobre (car c’est bien celui de Christ) devient alors glorieux à nos yeux ; et « en toutes ces choses nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés » (Rom. 8:37). Car le témoignage, si défaillant qu’il puisse paraître, n’en est pas moins le témoignage de notre Seigneur, et le témoin souffrant sous la main injuste de l’autorité humaine est le prisonnier du Seigneur. « N’aie donc pas honte » est le mot d’ordre. La grâce identifie le témoin, qui n’est peut-être pas parfait, avec Son témoignage, qui, lui, est absolument parfait. Devrions-nous jamais défendre ce qui est moins que divin ? Nous ne sommes pas appelés à souffrir ou à porter la honte pour autre chose que pour Christ. Il a encore ici-bas Ses objets précieux à ses yeux. Puissions-nous ne trouver notre part que là, et n’ayons pas honte en ce jour de défection douloureuse.


2.6.2 - [Ch. 1:8b]

Mais il y a plus encore, Timothée était appelé à prendre sa part aux souffrances de l’évangile comme étant assailli et impliqué dans toutes les épreuves possibles. C’est une carence douloureuse si un serviteur de Dieu n’a que l’évangile devant son âme, s’il manque de cœur pour la gloire de Christ en tant que chef (tête) de l’Église, s’il n’entre pas par la foi dans le mystère de Christ et de Son corps, et s’il se désintéresse des joies et des peines qui se rattachent à ces relations bénies. C’est une faute d’être absorbé même par l’évangile au point de renoncer à notre part dans ces privilèges élevés et célestes et aux devoirs qui en découlent, pourtant si proches de Christ et inséparables des conseils de Dieu et de l’amour de Christ. Mais il y a l’erreur inverse, certes plus rare, mais au moins aussi dangereuse et encore plus déshonorante pour Christ parce qu’elle est plus prétentieuse et plus séduisante, — c’est le danger d’occuper les pensées et la vie avec la vérité de l’église et de ses merveilleuses associations au point de déprécier l’évangile et de mépriser ceux qui s’adonnent fidèlement à cette œuvre. L’apôtre à qui nous sommes redevables, plus qu’à tout autre instrument inspiré, de la révélation de l’Église, insiste non moins vigoureusement sur l’importance majeure de l’évangile. Christ est très activement et suprêmement concerné par les deux, et Ses serviteurs devraient l’être aussi, quoi qu’on puisse ne pas être enseignant (docteur) d’un côté, ou ne pas être évangéliste d’un autre côté. Timothée était encore plus responsable en raison de la grâce qui lui avait été accordée, étant à la fois évangéliste et enseignant (docteur). Il lui est enjoint ici de prendre sa part de souffrances de l’évangile, mais selon la puissance de Dieu. Rien ne peut montrer avec plus de force le profond intérêt dans ce à quoi il avait été appelé. Lorsque la mondanité s’installe, les souffrances disparaissent. Lorsque l’église devient mondaine, on y gagne en honneur, en facilités, en émoluments ; et il en est de même avec l’évangile lorsqu’il devient populaire. Si l’évangile et l’église engagent le cœur et le témoignage selon Christ, la souffrance et le rejet sont inévitables. Timothée était donc appelé à prendre la part de Christ dans l’évangile ; et la puissance de Dieu ne ferait pas défaut, même s’il avait à souffrir.


2.6.3 - [Ch. 1:9a]

L’évangile en vaut la peine, « car il est la puissance de Dieu en salut à quiconque croit » ; il est entièrement au-dessus de la distinction [Juifs / Gentils] qu’ont fait la loi ou la circoncision. Il provient de l’Esprit, non pas de la chair ; il n’est pas national, mais personnel. Dieu « nous a sauvés ». C’est le fruit de Son œuvre en Christ ; et cette œuvre a été achevée sur la terre, et agréée dans le ciel, et elle demeure pour toujours, complète et immuable. Les hommes peuvent s’éloigner de l’espérance de l’évangile soit par des ordonnances, soit par la philosophie. Les deux sont du monde et presque autant dépourvu de valeur l’un que l’autre ; les deux sont absolument incapables de sauver, bien que l’un soit un signe, et que l’autre soit purement humain. Mais Dieu « nous a sauvés et nous a appelés d’un saint appel ». Ici, « saint » est emphatique et convient parfaitement à cette épitre et à l’état de choses envisagé. Il est toujours vrai que cet appel est saint, mais il était urgent maintenant d’insister sur ce caractère. Il s’agit d’un appel « en haut » ou « vers en haut », comme on lit en Phil. 3:14 [JND « appel céleste »], en contraste avec les choses terrestres dans lesquelles les hommes trouvent leur gloire à leur honte. C’est un appel céleste, comme on le voit encore en Héb. 3:1 ; ceux qui étaient habitués à l’appel extérieur d’Israël dans le pays avaient tout particulièrement besoin de prendre en considération cet appel. C’est l’appel de Dieu avec son espérance dans et avec Christ, où la créature disparaît de la vue et où Ses conseils éternels pour la gloire de Son Fils sont développés pour l’âme, comme en Éph. 1 et 4. Mais maintenant, dans le déclin croissant de ceux qui portent le nom du Seigneur, l’apôtre lie le salut de Dieu à Son saint appel. Un temps mauvais n’est pas du tout un temps pour abaisser la norme, mais un temps pour dévoiler son importance et insister dessus.


2.6.4 - [Ch. 1:9b]

De plus, étant divins, le salut et l’appel de Dieu ne sont pas selon nos œuvres, mais selon Son propre dessein et Sa propre grâce. Même le saint devait prier : « N’entre pas en jugement avec ton serviteur, car devant toi, nul homme vivant ne sera justifié » (Ps. 143:2). Il y a des bonnes œuvres dans tous les saints : « Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées à l’avance, afin que nous marchions en elles » (Éph. 2:10) ; elles ne doivent pas seulement être justes moralement, mais elles doivent aussi convenir à ceux qui, sur la terre, sont unis à Christ dans le ciel, et sont chargés de refléter la grâce céleste — et non plus simplement la justice terrestre. Seules de telles œuvres sont proprement chrétiennes. « Contre de telles choses il n’y a pas de loi » (Gal. 5:23). Or elles sont tout à fait distinctes de celles faites par obéissance légale, aussi exacte que puisse être cette obéissance. Néanmoins, le salut de Dieu est selon l’œuvre de Christ, et non pas selon nos œuvres. Le salut n’est pas non plus de celui qui veut ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde (Rom. 9:16), selon Son propre dessein et Sa propre grâce — de Lui qui voulait honorer ainsi parfaitement le Fils comme nous le faisons dans notre mesure par notre foi.


2.6.5 - [Ch. 1:9c]

Cela, encore une fois, nous a été donné dans le Christ Jésus avant les temps éternels [JND les temps des siècles], une vérité très forte et bénie. Ce n’est pas seulement l’assurance d’une sécurité sans fin, mais c’est une grâce donnée en Jésus Christ avant que le temps commence. Il n’en était pas ainsi avec Israël : ils ont été appelés dans le temps. Le dessein de Dieu envers nous, les chrétiens, était dans l’éternité avant qu’aucune créature n’existât. N’en faire qu’une question de sécurité sans fin dans le futur, c’est perdre ce fait merveilleux de la volonté divine concernant les saints qui sont maintenant appelés en Christ à Sa gloire. Leur bénédiction a été un conseil lié à Christ avant que le monde fût et avant que ne soit soulevée aucune question de responsabilité de la créature : Dieu avait le propos de Sa grâce souveraine, de justifier Son amour et de Se glorifier en nous ayant, nous, avec Christ en Sa présence et comme Lui ; c’est pourquoi nous sommes d’autant plus tenus de marcher, maintenant et ici-bas, comme Lui a marché, en justice et sainteté de la vérité, comme l’homme nouveau créé selon Dieu (Éph. 4:24).


2.6.6 - [Ch. 1:10]

Or la manifestation de cette grâce et de ce propos de grâce envers nous, est apparue avec Celui qui a été manifesté en chair et justifié en Esprit (1 Tim. 3:16). Cependant tout dépendait de la dignité de Sa personne, et attendait l’achèvement de Son œuvre, et Son retour en tant qu’homme dans cette gloire d’où Il était venu en tant que Dieu le Fils, afin que ce soit le Fils de l’homme qui ait glorifié Dieu en Lui-même ; et ceci directement (Jean 13:31, 32). Maintenant que l’œuvre infinie de souffrir pour le péché était accomplie, l’humanité était enfin, dans Sa personne, ressuscitée d’entre les morts et glorifiée en haut selon le conseil le plus complet de Dieu. Son dessein et Sa grâce n’étaient plus seulement une question de don comme avant les siècles, mais se manifestaient maintenant par l’apparition de notre Sauveur Jésus Christ, ayant annulé la mort et mis en lumière la vie et l’incorruptibilité par l’évangile.

Cela permet de mieux comprendre le verset 1, car il s’agit de l’accomplissement de la promesse de la vie qui est dans le Christ Jésus. La grâce distribuait ainsi ses réserves incomparables. La mort était annulée en tant qu’empire de Satan sur l’homme pécheur, et Jésus était manifestement Seigneur de tout et Vainqueur de toutes les puissances hostiles et Donateur d’une bénédiction infinie en communion avec Dieu Son Père — et tout ceci en vérité et en justice. Car le péché était porté et emporté, comme l’évangile le déclare à tous les hommes et nous applique la bonne nouvelle par la foi individuellement.

Où est alors la sagesse de l’homme ? Elle était rendue pour toujours honteuse dans Sa croix dont elle avait honte. Où est l’obligation écrite dans des ordonnances qui était contre nous, et qui nous était contraire (Col. 2:14) ? Effacée pour toujours et ôtée du chemin par Celui qui l’avait clouée à la croix, comme la résurrection a jeté sa lumière glorieuse sur l’incorruptibilité du corps qui nous est promis en Lui ressuscité. Il n’est pas étonnant que l’apôtre ait dit aux saints romains, longtemps auparavant (Rom. 1:16), qu’il n’avait pas honte de l’évangile, destiné à être emprisonné, tué et chassé en la personne de ses témoins dans cette ville plus que dans toute autre qui l’ait professé — sans parler de l’ignoble imposture et de la prostitution qui l’ont supplanté et qui l’y supplantent encore.


2.6.7 - [Ch. 1:11]

Il n’est pas étonnant que l’apôtre emprisonné dans cette ville à cause de l’évangile, anticipant que son sang allait bientôt être versé comme une libation (2 Tim. 4:6), ajoute avec une reconnaissance triomphante, « pour lequel [l’évangile] j’ai été établi prédicateur, et apôtre et docteur des Gentils [JND nations] ». Quelques autorités variées et de haute qualité (aleph A 17) omettent « des Gentils [nations] » : d’après le caractère de l’épitre, cela me semble probablement juste ; d’autant plus que les copistes étaient profondément insensibles à un tel détail, mais disposés à assimiler la seconde épitre à la première, où « des Gentils [nations] » a sa place convenable et certaine (1 Tim. 2:7).


2.7 - [Ch. 1:12-14]

À peine l’apôtre s’est-il présenté et a-t-il indiqué sa place dans le service, voilà qu’il évoque les souffrances qu’il y endurait et qui étaient au moins aussi extraordinaires que ses travaux.


« C’est pourquoi aussi je souffre ces choses, mais je n’ai pas de honte, car je sais qui j’ai cru, et je suis persuadé qu’il est capable de garder ce que je lui ai confié (ou : mon dépôt) jusqu’à ce jour-là. Aie un aperçu [JND : modèle] des saines paroles que tu as entendues de moi, dans la foi et l’amour qui sont dans le Christ Jésus. Garde la bonne chose (ou : le bon dépôt) qui t’a été confié par l’Esprit Saint qui habite en nous » (1:12-14).


2.7.1 - [Ch. 1:12a]

Personne n’était plus éloigné des châtiments superstitieux ou des peines de la propre justice ; pourtant, où a-t-on jamais vu une telle endurance pendant toute la vie, sous les formes les plus variées, pour le témoignage de Christ ? « Dans les travaux surabondamment, sous les coups excessivement, dans les prisons surabondamment, dans les morts souvent, (cinq fois j’ai reçu des Juifs quarante [coups] moins un ; trois fois j’ai été battu de verges ; une fois j’ai été lapidé ; trois fois j’ai fait naufrage ; j’ai passé un jour et une nuit dans les profondeurs de la mer) ; en voyages souvent, dans les périls sur les fleuves, dans les périls de la part des brigands, dans les périls de la part de mes compatriotes, dans les périls de la part des nations, dans les périls à la ville, dans les périls au désert, dans les périls en mer, dans les périls parmi de faux frères, en peine et en labeur, en veilles souvent, dans la faim et la soif, dans les jeûnes souvent, dans le froid et la nudité » (2 Cor. 11:21-27). Et ce n’est là que la partie extérieure de ce qu’il appelle sa « folie », c’est-à-dire le fait de parler de lui-même au lieu de Christ, à quoi il était forcé par ses détracteurs à Corinthe. Mais quelle vie d’amour indiquent de telles souffrances, quel dévouement à Celui qui l’avait désigné pour être un héraut, un apôtre et un enseignant (docteur) !


2.7.2 - [Ch. 1:12b]

Avait-il alors « honte » ? Il se glorifiait plutôt de ce qui, humainement parlant, était une humiliation. S’il est nécessaire de se glorifier, dit-il, « je me glorifierai de mon infirmité » : « c’est pourquoi je me glorifierai plutôt dans mes infirmités (et non de mes fautes ou de mes péchés), afin que la puissance de Christ demeure sur moi. C’est pourquoi je prends plaisir dans les infirmités, dans les outrages, dans les nécessités, dans les persécutions, dans les détresses pour Christ ; car quand je suis faible, alors je suis fort » (2 Cor. 12:9-10). De même que ce qui est hautement estimé parmi les hommes est une abomination aux yeux de Dieu (Luc 16:15), de même, pour l’esprit spirituel, rien n’est aussi glorieux pour un saint ici-bas que l’opprobre, le rejet et la souffrance à cause de Christ et de Son témoignage. C’est la raison pour laquelle Paul souffrait alors comme tout au long de Sa course, car le Seigneur avait dit : « Je lui montrerai combien il doit souffrir pour Mon nom » (Actes 9:16). Mais c’était aussi une grande grâce que, au lieu de se plaindre comme Jérémie, il abondait en courage, en joie et en triomphe, SANS honte.

Paul était-il alors un homme à la constitution de fer, un cœur de chêne, qui rejetait tous les coups et toutes les blessures, comme s’il était insensible ? « Vous savez », dit-il à ceux qui auraient dû bien le connaître, « que dans l’infirmité de la chair je vous ai évangélisé au commencement ; et vous n’avez point méprisé, ni rejeté avec dégoût ma tentation qui était en ma chair ; mais vous m’avez reçu comme un ange de Dieu, comme le christ Jésus » (Gal. 4:13-14). Ses circonstances étaient aussi éprouvantes que sa santé était défaillante ; cependant il continua pendant des années, nuit et jour, avertissant chacun avec larmes, ne convoitant ni l’argent, ni l’or, ni les vêtements de personne, mais ses mains travaillant pour répondre aux besoins des autres aussi bien que de lui-même. En vérité, il n’avait honte de rien, mais avec toute la hardiesse de la grâce, comme toujours, il magnifiait Christ dans son corps, que ce soit par la vie ou par la mort.


2.7.3 - [Ch. 1:12c]

Qu’est-ce qui le soutenait ? « Car je sais qui j’ai cru ». C’est la foi, mais c’est la Personne qui est crue, et une réelle connaissance intérieure de Lui s’était ainsi formée. Aucune autre connaissance n’a une pareille valeur pour l’éternité ; cependant il y a en elle de la communion avec Dieu, comme maintenant le Saint Esprit la communique par la parole. La voix de Christ est entendue, crue et connue ; car même si les canaux sont nombreux, Christ est unique, et la voix de tout autre n’est que la voix des étrangers (Jean 10:5). Ses paroles sont esprit, et elles sont vie (Jean 6:63) ; et cette vie dépend de Lui qui en est la source — de Lui qui suscite la confiance d’autant plus qu’Il est connu sans amoindrir la dépendance. En Lui, nous avons la rédemption par Son sang ; et comme Il est Lui, nous sommes nous aussi dans ce monde (1 Jean 4:17) : l’acceptation est complète et parfaite, selon la gloire de Sa personne et l’efficace de Son œuvre.


2.7.4 - [Ch. 1:12d]

C’est pourquoi l’apôtre ajoute : « et je suis persuadé qu’il est capable [JND : il a la puissance] de garder mon dépôt — ce que je lui ai confié — jusqu’à ce jour-là ». Par « mon dépôt », il faut entendre tout ce que, comme croyant, je confie à la garde de Dieu, non seulement la sécurité, mais aussi la bénédiction de l’âme et du corps, de la marche et de l’œuvre, avec toutes les questions que l’on peut imaginer devoir se poser quant au passé, au présent et à l’avenir. Comme il est clairement question de responsabilité, il est fait référence comme d’habitude à « ce jour-là », qui déclarera la mesure de la fidélité de tous les saints lorsque chacun recevra sa louange de la part de Dieu. La venue ou « présence » du Seigneur, comme cela est bien connu, est l’aspect de la grâce pure lorsque tous seront faits à la ressemblance du Seigneur pour être avec Lui pour toujours.


2.7.5 - [Ch. 1:13]

Cela conduit l’apôtre à insister auprès de son compagnon de travail sur une exhortation de la plus haute importance concernant son propre service de Christ auprès des autres. « Aie un aperçu [JND modèle, et en note : exposé, sommaire] des saines paroles que tu as entendues de moi, dans la foi et l’amour qui sont dans le Christ Jésus » (1:13).


La version autorisée anglaise (KJV) donne « Tiens ferme la formule des saines paroles » ; or « tiens ferme » va bien au-delà de la force du premier mot, et également l’article « le » devant le mot « aperçu / formule / form » est aussi injustifié. Timothée avait eu l’habitude d’entendre les choses qui nous sont librement données par Dieu, dites en paroles non pas enseignées de sagesse humaine, mais en paroles enseignées de l’Esprit (1 Cor. 2:12-13), ce qui est décrit ici comme étant des « saines paroles ». Or il n’y avait pas de formule qu’il était appelé à garder et tenu de garder ; il y avait simplement la vérité transmise dans des expressions divinement enseignées, qu’il avait entendues auparavant de Paul, et dont il devait tenir compte jalousement maintenant que la fin de ce puissant témoignage était proche.

Car l’homme n’est pas compétent pour donner la vérité sous de nouvelles formes sans la modifier et ainsi altérer, sinon corrompre, le témoignage de Dieu. Il ne suffit pas d’avoir les choses de l’Esprit ; les paroles dans lesquelles elles sont transmises doivent être de l’Esprit également, afin de communiquer les pensées de Dieu en perfection ; et donc, pour qu’elles soient une règle de foi, nous devons avoir la parole de Dieu. Maintenant que les autorités inspirées n’existent plus, l’Écriture seule est parole de Dieu ; et elle est tout à fait distincte à la fois du ministère et de l’assemblée.

Le ministère est le service régulier de Christ exercé par un don pour communiquer la vérité, que ce soit l’évangile communiqué au monde, ou la vérité en général communiquée aux saints. Mais même si aucune parole n’était erronée (ce qui est rarement le cas — on en est même loin), il ne s’agit pas d’une inspiration et donc nullement d’une règle de foi.

Quant à l’assemblée, elle peut encore moins être considérée à juste titre comme inspiration ou règle de foi. Elle est responsable de recevoir et de refléter la parole de Dieu. Elle est colonne et soutien de la vérité, le gardien responsable et le témoin collectif de l’Écriture sainte ; c’est ce qu’était Israël autrefois vis-à-vis de la loi et des prophètes, les oracles vivants leur étant confiés. Mais c’est l’Écriture elle-même qui demeure la règle de foi.

C’est pourquoi, dans cette dernière épître de Paul, nous avons les formules répétées qui insistent sur le devoir de prêter attention aux saines paroles entendues de l’apôtre. Timothée devait avoir un aperçu ou un échantillon de ces paroles, dont l’autorité était gravée dessus de la part de Dieu ; car Timothée n’avait pas une telle autorité, et encore moins les saints qui devaient en tirer profit. Or l’état d’âme de Timothée jouait un grand rôle pour qu’il en soit fait un heureux usage auprès des autres ; d’où l’importance de « avec la foi et l’amour qui sont dans le Christ Jésus ». La mémoire, aussi exacte soit-elle, ne suffit pas. La foi et l’amour, qui ont leur puissance en Jésus Christ, allaient les rendre d’autant plus en mesure de faire impression.


2.7.6 - [Ch. 1:14]

Le verset qui suit me semble résumer ce à quoi le v. précédent exhorte en détail : « Garde le bon dépôt par l’Esprit Saint qui habite en nous » (1:14), ce qui est une sorte de contrepartie du v. 12.


Au v. 12 l’apôtre se reposait avec une sainte satisfaction sur ce que Dieu gardait ce qu’il Lui avait confié. Ici c’est l’autre face : Timothée est appelé à garder ce qu’il lui a été confié, Dieu y apportant Son aide par l’Esprit Saint qui habite en nous. Car l’Esprit donné demeure avec nous pour toujours. Il peut être affligé par nos péchés et notre folie ; mais Il n’abandonne pas le saint depuis la rédemption. Il est là, lorsque le jugement de soi corrige les obstacles, pour agir dans sa propre puissance de grâce à la gloire de Christ qui L’a envoyé justement dans ce but.

On remarquera qu’il n’est pas dit que l’Esprit demeure « en toi », mais « en nous ». C’est une expression habituelle dans l’Écriture, et c’est incomparablement mieux que si cela était dit de Timothée seul. Un don spécial lui avait été conféré par prérogative apostolique ; mais Timothée comme tout autre saint partageait l’inexprimable privilège, pour la mission duquel il était avantageux que Jésus même s’en aille (Jean 16:7). C’est la puissance commune et caractéristique du chrétien ; et il était donc approprié que, tout en rappelant à Timothée Celui qui est tellement en mesure d’aider à notre infirmité, il ait clairement devant son âme que les saints en général ont réellement l’Esprit divin habitant en eux. Il était bon pour lui et pour eux d’avoir devant eux le réconfort et le stimulant d’un fait si béni, et pourtant si solennel.

Nous ne saurions trop insister sur ce que les précieux privilèges dont la grâce de Dieu en Christ a investi les croyants sont des faits permanents, et non de simples idées ou sentiments passagers. Ils sont en effet prévus pour exercer et remplir pleinement les pensées ; c’est un état bien misérable si l’on possède ce qui dépasse tellement la pensée et l’affection humaine, et qu’on semble l’estimer moins que les choses passagères du jour et les objets insignifiants qui nous occupent. La vie de Christ, Sa mort et Sa résurrection, la rédemption par Son sang, l’union avec Lui en haut, Son intercession à la droite de Dieu, — voilà des faits sur lesquels l’âme peut se reposer, autant que sur Sa Déité et Son humanité en une seule personne. Il en est de même avec la présence du Saint Esprit envoyé du ciel, et Ses diverses opérations dans l’assemblée et dans l’individu. Le croyant se trouve dans une relation vivante présente avec tous ces éléments, qui sont aussi certains et infiniment plus importants que les liens de parenté naturelle ou de pays d’origine, que personne de sensé ne conteste. Combien il est blâmable de ne pas y penser ! et quel encouragement solide pour les cœurs tremblants ! Il suffit de réfléchir à ce que la grâce a fait nôtre en Christ pour déborder d’action de grâce et de louange.

Cependant le témoignage de notre Seigneur comporte davantage que des épreuves ou des souffrances, et personne ne l’a autant éprouvé que l’apôtre. Être persécuté par des ennemis peut être amer, mais c’est glorieux si c’est pour l’amour de Celui qui l’occasionne du fait du monde actuel. Mais qu’est-ce que cela par comparaison avec l’abandon par des amis ? Ici, la vie qui est en Christ trouve un nouveau champ d’action. Pour glorifier le Seigneur au travers d’une telle épreuve, combien il faut que la parole ait une profonde valeur, et combien il faut l’énergie de la puissance du Saint Esprit qui habite en nous ! L’œil simple qui regarde à Christ seul, peut soutenir dans cette épreuve ; comme l’apôtre le ressentait alors au plus haut point, il n’hésite pas à en faire état devant l’esprit sensible de son enfant bien-aimé.


2.8 - [Ch. 1:15]

« Tu sais ceci que tous ceux qui sont en Asie se sont détournés de moi, dont Phygelle et Hermogène » (1:15).


Nous ne savons rien sur ces deux personnes, mais Timothée était au courant, comme Paul, qui cite leur nom comme étant les exemples les plus douloureux de l’abandon qui déchirait le cœur de l’apôtre. Timothée savait bien ce que leur absence de cœur causait comme détresse pour le serviteur du Seigneur et comme déshonneur pour le Maître. L’attitude du chrétien vis-à-vis d’une telle conduite ne consiste pas avoir du mépris ou de la rancœur. On peut tout entendre, même si c’est humiliant et douloureux. Car nous savons que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon Son dessein (Rom. 8:28). Leur défection préparait Timothée et de nombreux autres à sa suite à d’autres défections du même genre. L’Écriture ne rapporte rien en vain. Il est vrai que nous sommes encouragés et fortifiés pour les conflits en regardant au Chef du salut et non pas aux déserteurs. Mais il est bon d’être préparé à ce qui a été, à ce qui pourrait être, pour ne pas dire à ce qui sera et aura lieu de temps en temps pour les mêmes raisons. C’était d’autant plus important d’en parler à Timothée à ce moment-là, du fait qu’il allait bientôt perdre la présence encourageante et les exhortations brûlantes de celui qui lui écrivait ; s’il allait perdre sa voix d’homme vivant, celle-ci resterait toujours entendue et elle demeure toujours comme la parole du Dieu vivant.

Examinons plus précisément ce que semblent signifier ces paroles touchantes. L’Asie, ou Asie proconsulaire, avait été la scène d’un triomphe éclatant de l’évangile. C’est là que la parole du Seigneur avait pu croître puissamment et prévaloir, spécialement dans sa capitale d’Éphèse. C’est aux saints de cette localité que l’apôtre avait écrit son épître la plus élevée et la plus riche, avec la particularité unique qu’il n’y avait aucune faute ou danger au milieu d’eux dont il fallait s’occuper ; néanmoins il n’y manquait pas de les mettre en garde contre les maux les pires et les plus vils dans lesquels Satan pourrait les entrainer, ce dont le risque serait d’autant plus fort si ce sommet de grâce et de vérité était écarté ou méprisé. Timothée connaissait bien l’Asie, en particulier Éphèse. C’est là que l’apôtre le fit rester lorsqu’il se rendit lui-même en Macédoine (1 Tim. 1:3) ; il avait eu à maintenir le témoignage qui y avait été planté et à préserver les saints contre tous les désordres de l’homme que Satan voulait utiliser pour le supplanter.

Mais maintenant, l’apôtre peut considérer que Timothée connaissait cette désertion par lui-même, et qu’elle remplissait son cœur de chagrin, non pas de consternation. Tel est l’effet de l’amour divin répandu dans le cœur, et Paul voulait que Timothée le ressente selon Christ. Cela ajoute sans doute à l’angoisse, mais délivre de l’égoïsme comme de la rancœur. Timothée avait besoin qu’on le lui présente ainsi, même s’il connaissait les faits. Les expressions utilisées par l’apôtre font supposer, semble-t-il, un acte précis, plutôt qu’un état général ; néanmoins il y avait sans doute eu un état antérieur qui avait préparé la voie pour que cet acte les indigne pareillement.

Il est vrai que se détourner de Paul est très différent d’abandonner l’évangile ou l’église, ou de renoncer à telle ou telle vérité. Mais au moment où le Seigneur donnait à Son serviteur très honoré de souffrir, non pas en raison d’une quelconque défaillance de sa part, mais à cause du dépôt divin, à cause de Son témoignage ici-bas, il était lamentable que qui que ce soit déserte un tel serviteur en un tel moment : combien plus si la désertion était générale et moralement universelle là où la vérité avait été le mieux connue et où la grâce avait pu être mise en lumière dans toute sa hauteur, sa profondeur et son ampleur comme nulle part ailleurs ! Le contexte me fait juger que cette désertion déplorable et coupable était due à l’emprisonnement de l’apôtre. L’ennemi a tiré profit de la honte humaine déversée sur le plus grand serviteur de l’Église et de l’évangile. Ceux qui avaient été le fruit abondant de ses travaux dans la puissance divine s’étaient en fait joints au monde en esprit, se recroquevillant sous la honte, alors que la foi et l’amour auraient dû leur permettre de s’identifier aux souffrances de l’apôtre comme contribuant à glorifier le nom de Jésus.


2.9 - [Ch. 1:16-18]

2.9.1 - [Ch. 1:16]

Mais se détourner de Paul n’était pas le fait de tous, même en Asie. Il y avait au moins une brillante exception, car une période de mal généralisé est toujours utilisée par la grâce de Dieu pour faire ressortir une fidélité et un dévouement exceptionnels.

« Le Seigneur fasse miséricorde à la maison d’Onésiphore, car il m’a souvent consolé et n’a point eu honte de ma chaîne ; mais quand il a été à Rome, il m’a cherché très soigneusement et il m’a trouvé (le Seigneur lui fasse trouver miséricorde de la part du Seigneur dans ce jour-là). Et tu sais très bien combien de services il a rendus à Éphèse » (1:16-18).


Le contraste aide beaucoup à montrer avec précision où se situe la défection générale ; et c’est avec des intérêts composés que le Seigneur rémunéra « la maison d’Onesiphorus » pour la grâce qu’Il avait accordée à son chef. « Il m’a souvent consolé », dit l’apôtre plein de grâce, faisant comme le Maître quand Il disait aux pauvres disciples : « Vous êtes ceux qui avez persévéré avec moi dans mes tentations, et moi, je vous confère un royaume, comme mon Père m’en a conféré un… » ! (Luc 22:28, 29).

Mais Paul souligne également le fait crucial : « et il n’a pas eu honte de ma chaîne ». L’amour témoigne de sa vérité, de son caractère et de sa puissance à l’heure du besoin. Comment agissaient « tous ceux qui étaient en Asie » ? Eux en avaient manifestement honte. La prudence charnelle blâmait le zèle pour Christ qui en était à l’origine ; et l’esprit mondain se désolidarisait entièrement de l’apôtre emprisonné. Comment le Seigneur considérait-Il une telle timidité égoïste ? Le Saint Esprit en marque la bassesse de façon indélébile sur la page éternelle de l’Écriture.


2.9.2 - [Ch. 1:17]

Mais Il souligne l’exception bénie de celui dont le cœur s’attacha d’autant plus à l’apôtre, non seulement dans la province d’Asie, mais dans la métropole orgueilleuse où l’apôtre était dans les liens. « Mais étant à Rome, il m’a cherché très soigneusement (*) » ; et non pas en vain.


(*) Il s’agit d’un comparatif dans les versets 17 et 18, et non du positif ni du superlatif : une formule idiomatique grecque typique, qui, si on développe l’ellipse, s’exprimerait ainsi : « avec plus de diligence qu’on ne pouvait s’y attendre » (1:17) et « sachant mieux que d’exiger qu’on en dise davantage » (1:18).


2.9.3 - [Ch. 1:18]

Il a trouvé l’apôtre abandonné : « Que le Seigneur lui fasse trouver miséricorde de la part du Seigneur en ce jour-là » ! Il est vrai que c’est ce que nous attendons tous par la foi (Jude 21) ; mais la prière de l’apôtre n’en est pas moins douce et réconfortante, certainement aussi efficace que celle d’Abraham autrefois en rapport avec le gouvernement actuel de Dieu. Mais ce n’est pas tout ce qui est dit ; car il fait appel à Timothée comme sachant très bien combien Onésiphore avait rendu de services à Éphèse. L’apôtre ne se limite pas, comme le fait la Version Autorisée KJV avec d’autres, aux services rendus à lui-même : la formulation générale de la phrase laisse de la place pour ce qui était personnel, bien sûr, mais elle implique beaucoup plus, comme l’apôtre prend bien soin de le dire. Personne ne le savait mieux (*) que Timothée qui n’avait pas besoin d’explications supplémentaires.


(*) voir note au paragraphe précédent


3 - 2 Timothée Ch. 2

3.1 - [Ch. 2:1-2]

L’appel à Timothée par lequel le ch. 2 débute, forme un contraste fort avec la désertion de l’apôtre qui s’était répandue parmi les saints de l’Asie proconsulaire.

« Toi donc, mon enfant, fortifie-toi dans la grâce qui est dans Christ Jésus. Et les choses que tu as entendues de moi devant beaucoup de témoins, confie-les à des hommes fidèles, capables d’instruire aussi les autres » (2:1, 2).


3.1.1 - [Ch. 2:1]

Voilà la source de toute fortification réelle de l’âme venant de Dieu : « la grâce qui est dans le Christ Jésus ». La présence et l’enseignement de l’apôtre ont contribué de façon inestimable à la bénédiction des saints ; mais il pouvait dire aux chers Philippiens, « comme vous avez toujours obéi, non seulement comme en ma présence, mais beaucoup plus maintenant en mon absence, travaillez à votre propre salut avec crainte et tremblement » (Phil. 2:12). En tout cas, même si les autorités disparaissent, que ce soit les plus hautes ou les plus basses dépendantes de la nomination par les premières, Dieu continuait à opérer dans les saints pour qu’ils veuillent et à la fois pour qu’ils agissent selon, ou pour, Son bon plaisir. Ainsi les saints de Philippes nous donnent la preuve de la puissance de la grâce en Christ pour garder et pour fortifier en toute obéissance ; à l’inverse le fait de se détourner de celui qui les avait appelés par la grâce de Christ, pour se tourner vers un autre évangile qui n’en était pas un autre, a fait l’objet d’un avertissement triste mais ferme auprès des Galates. Les Galates étaient autant que les Philippiens le fruit du travail de l’apôtre, et malgré l’infirmité dans laquelle Paul leur avait prêché au commencement (ce qui n’était pas une petite épreuve ni pour lui ni pour eux), ils l’avaient reçu comme un ange de Dieu, comme le Christ Jésus, au lieu de manquer d’égards ou de le repousser. Depuis, ils étaient si affaiblis par le zèle légal de ceux qui voulaient les écarter de l’apôtre qu’il lui fallait leur demander s’il était devenu leur ennemi en leur disant la vérité, alors qu’au commencement ils se seraient arraché leurs propres yeux, si cela avait été possible, pour les lui donner. Il est bon, ajoutait-il solennellement, d’être zélé pour le bien en tout temps, et pas seulement quand je suis présent avec vous (Gal. 4:13-18).

Voilà donc le secret en tout temps et en toutes circonstances ; mais il était tout spécialement opportun d’insister vis-à-vis d’un compagnon de travail de confiance ayant un caractère timide et de rang modeste, alors que l’apôtre se rendait pleinement compte de la ruine du témoignage de l’église et de la proximité de son départ personnel. Il n’y a pas lieu de s’étonner des termes emphatiques par lesquels il exhorte son enfant à puiser dans le riche et incessant courant de la grâce. La foi dans la seule grâce de Christ s’abreuve librement et a en elle cette fontaine d’eau vive qui jaillit en vie éternelle (Jean 4:14) ; la foi en Celui qui seul est maintenant glorifié, est seule à avoir des fleuves d’eau vive coulant de son intérieur (Jean 7:38). Quel que soit le besoin, Sa plénitude est la même, sans limite, accessible et gratuite ; quel que soit le danger, Il a vaincu le monde et le diable, Lui qui a souffert pour nous, pour nos péchés une fois pour toutes ; et Celui qui entend tous nos appels et qui nous aime sans variation, c’est Lui qui connaît tout et a toute puissance et toute autorité. Timothée avait besoin de cette grâce pour le fortifier. Elle nous est révélée, et elle est aussi vraie pour nous qui n’en avons pas moins besoin à notre place. Elle nous est également ouverte et sûre. Oh, puissions-nous nous regarder à Lui en toute confiance pour nos besoins, les nôtres et ceux des autres !


3.1.2 - [Ch. 2:2]

Mais il y a plus que nous encourager dans le Seigneur quand la détresse abonde et que les difficultés s’accumulent et que les dangers nous menacent et nous effraient. Si la vérité en Christ est nécessaire pour traiter et vivifier les âmes mortes, elle n’en est pas moins nécessaire et valable pour les saints. Il s’agit ici de former et d’équiper ceux qui doivent instruire les autres.

Nous devons distinguer les divers usages de la révélation divine. La parole de Dieu est la norme de la vérité : rien d’autre ne sert ou ne peut servir à tester pareillement, et dans sa merveilleuse plénitude, aucun mot n’est superflu ou vain ; il s’y trouve la pierre de touche spéciale de Jésus Christ venu en chair, que l’Esprit Saint conduit toujours tout vrai témoin à confesser, tandis que l’esprit d’erreur l’esquive ou le nie toujours. Or d’une manière générale, on peut dire que le dépôt apostolique met la foi et l’incrédulité à l’épreuve. Un Juif aujourd’hui reconnaitrait peut-être sincèrement tous les anciens oracles appelés Ancien Testament. Est-il croyant pour autant ? Assurément non, car il n’écoute pas les apôtres, il les rejette (1 Jean 4:6). Vous êtes de Dieu, dit le disciple bien-aimé aux petits enfants (1 Jean 4:1-6), la vraie famille de la foi, et vous avez vaincu les nombreux faux prophètes qui sont sortis dans le monde et l’esprit mauvais qui les anime : parce que Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde. Ils sont du monde : c’est pourquoi ils parlent selon les principes du monde, et le monde les écoute. Mais cela ne suffit pas pour terminer ce qu’il avait à dire, et ce que, eux, devaient peser et tenir fermement : Nous, nous sommes de Dieu ; et non pas « vous » seulement, qui êtes nés de Lui, étant engendrés par la parole de la vérité (Jacq. 1:18) ; nous, nous sommes comme Ses témoins inspirés en communiquant cette vérité qui, depuis le rejet de Christ, met les âmes à l’épreuve plus que tout. Celui qui connaît Dieu nous écoute ; celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas : à cela nous connaissons l’esprit de vérité et l’esprit d’erreur.

Ici cependant, il s’agit des moyens de communiquer la vérité, plutôt que de la parole agissant ou employée comme sa norme. Quand il s’agit d’édifier, il n’est pas nécessaire de faire des appels si tranchants et solennels. L’Écriture est sans aucun doute le moyen le plus complet, le plus exact et le plus fiable pour transmettre les pensées de Dieu ; mais Sa grâce utilise bien d’autres choses depuis le berceau jusqu’au lit de mort. Parmi celles-ci, une place capitale revient à un ministère sain, compétent, plein de grâce et intelligent. Et la mission donnée ici par l’apôtre à son associé bien-aimé a vraiment pour but d’assurer un service efficace de ce genre. Personne sur terre, nous pouvons le supposer, n’avait autant que Timothée bénéficié des paroles entendues du plus grand des apôtres. Ici il est interpellé pour garder à l’esprit que ce qu’il avait reçu n’était pas pour lui seulement, mais pour les autres, et que les meilleurs résultats devaient être obtenus par grâce au moyen de ceux qui avaient la capacité d’enseigner fidèlement. Dans le ministère ou le service de la parole, c’est seulement le fanatisme, et non la foi, qui nie l’importance de la compétence ; dans la parabole des talents, le Seigneur donne souverainement des talents à Ses serviteurs (à l’un cinq, à un autre deux, à un autre un), mais à chacun selon sa propre capacité (Matt. 25:15). Ce n’est pas que la capacité soit un don, ni que les talents (Ses biens) doivent être confondus avec les diverses capacités de chaque serviteur, comme le fait le langage populaire et même la théologie marquée par la vaine gloire. Non seulement toutes les écritures qui traitent de ce thème parlent de « dons » comme étant totalement différents de la capacité de chacun en termes de source et de caractère, mais même dans la parabole ils sont distingués de la manière la plus claire, tandis que l’ignorance savante considère cette parabole comme abondant en vagues décors.

Nous devons également prendre note d’une autre idée fausse très courante sur ce verset. Selon de nombreuses personnes excellentes et érudites, l’apôtre serait censé confier à Timothée la responsabilité de faire des ordinations à des fonctions ecclésiastiques. Or ce verset n’en dit rien du tout. 1 Tim. 3:1-7 présente les qualités requises pour un surveillant, ou évêque ; et sans aucun doute l’évêque doit être apte à enseigner (διδακτικός, mais pas nécessairement un enseignant διδασκαλός). Or gouverner était leur devoir caractéristique ; c’est ce qui est dit en 1 Tim. 5:17 : « Que les anciens qui gouvernent bien [JND qui président dûment] soient estimés dignes d’un double honneur, spécialement ceux qui travaillent dans la parole et l’enseignement ». Le sophisme est que d’autres personnes qui n’étaient pas des anciens pouvaient enseigner et n’enseignaient pas, ce qui est en contradiction directe avec les faits, les paroles et les principes du Nouveau Testament sur ce point. Aucune expression de notre v. 2 n’énonce ou ne sous-entend la notion d’ancien. La pleine signification de l’ensemble et de chaque partie est satisfaite en n’allant pas au-delà des hommes fidèles instruits par Timothée, comme l’apôtre le prescrit, afin qu’ils soient compétents pour enseigner aussi les autres.

Pesons un peu la belle formulation des paroles de l’apôtre afin de mieux apprécier leur sagesse et leur cohérence avec la vérité révélée ailleurs. L’apôtre n’avait rien caché des choses profitables (Actes 20:20) à un tel compagnon de confiance. Il avait presque achevé sa course et le ministère qu’il avait reçu du Seigneur Jésus pour témoigner de l’évangile de la grâce de Dieu (Actes 20:24). Il n’avait mis aucune réserve pour annoncer tout le conseil de Dieu (Actes 20:27) à d’autres personnes moins proches et moins honorées que Timothée. Voilà donc ce que Timothée avait entendu de sa part devant de nombreux témoins, et qu’il devait confier à des hommes fidèles. Comme les sujets dont il était témoigné n’avaient pas été faits dans un coin, l’apôtre avait discouru ouvertement de la précieuse vérité en présence de nombreux témoins. Le Seigneur avait déjà fait remarquer que les hommes ne mettent pas une lampe allumée dans un lieu caché (Luc 8:16 ; Marc 4:21), ni sous le boisseau, ni sous le lit ; l’apôtre était un témoin infatigable et de tout son cœur pour Christ auprès de tous les hommes au sujet de ce qu’il avait vu et entendu, ainsi que des choses pour lesquelles le Seigneur lui était apparu. Les « nombreux témoins » devant lesquels Timothée avait entendu ces choses de la part de Paul, n’étaient pas seulement un encouragement à une plus grande diffusion de la vérité, mais étaient là pour confirmer les communications faites. Car ici, les nombreux témoins ne sont pas là comme ayant contribué à l’inspiration, mais ils sont là pour confirmer l’exactitude de l’information et pour la propagation de la vérité. Si Christ est la vraie Lumière, les Siens sont aussi la lumière du monde. Il ne suffit pas d’être le sel de la terre, aussi bon soit-il : il faut agir en grâce — la lumière se diffusant et dissipant les ténèbres. Pour cela, il faut des vases adaptés, non pas des hommes instruits, ni même éduqués, mais des « hommes fidèles ». C’est à eux que Timothée devait confier ce qui était révélé de Dieu, afin d’édifier les âmes et de leur donner un héritage avec tous les sanctifiés (Actes 20:32). Au niveau des faits, il n’est pas supposé que les hommes fidèles soient nécessairement des hommes capables d’enseigner. Il s’agit plutôt de dire des hommes fidèles « tels qu’ils soient » capables pour enseigner aussi aux autres. Tout est aussi simple que magnifiquement précis.


3.2 - [Ch. 2:3-6]

L’apôtre reprend maintenant ce qui est plus personnel que relatif, bien qu’il s’élargisse progressivement à ce qui est général et de la plus grande importance pour les serviteurs de Christ.

« Prends ta part de souffrance comme un bon soldat de Jésus Christ. Personne en service ne se mêle des affaires de la vie, afin de plaire à celui qui l’a enrôlé. Mais si quelqu’un combat [dans les jeux], il n’est pas couronné s’il n’a pas combattu selon les lois. Le laboureur doit premièrement avoir part aux fruits [JND Il faut que laboureur travaille premièrement, pour qu’il jouisse des fruits] » (2:3-6).


3.2.1 - [Ch. 2:3]

On remarquera que les mots « Toi donc » disparaissent. Ces mots [qui figurent dans la version autorisée KJV] sont probablement une importation, peut-être par inadvertance, du v. 1, où l’accent est mis sur l’intention et le moment. Ici, une telle insistance est non seulement injustifiée, mais elle serait impropre. La sensibilité timide de Timothée nécessitait (v. 1) un appel personnel à se rejeter sur la grâce dans le Christ Jésus pour se fortifier intérieurement ; et cela tout particulièrement pour communiquer la vérité à des hommes fidèles tels qu’ils soient qualifiés pour enseigner aussi aux autres. Ceci est une tâche spécialement délicate, qui exige beaucoup de courage moral et de tact que seule Sa grâce peut fournir, quelle que soit la compétence. D’où l’insistance auprès de Timothée sur ce point.

Ici (2:3) Timothée est exhorté, mais sans autant d’insistance, à prendre sa part de souffrances — mais non pas « avec moi » comme beaucoup le comprennent outre la Version Révisée. En réalité, ces mots rétrécissent et polluent la force. Le grec ne justifie que l’idée générale de partager les souffrances avec ses compagnons, Paul ou d’autres. C’est volontairement laissé large. Cette association est perdue par la fausse leçon du Texte Reçu, suivie par la Version Autorisée KJV, comme déjà évoqué. L’accent n’a pas un caractère personnel, mais la pensée est celle d’un partage général plutôt qu’avec Paul en particulier. Le passage particulier de 2 Tim. 1:8 ne supporte pas non plus « avec moi », mais expressément « avec l’évangile (ou : de l’évangile) » qui est personnifié par le grand apôtre. Il y a cependant une différence : notre verset n’exprime pas avec qui Timothée était appelé à partager l’affliction, et nous ne devons pas suppléer à cette absence. La construction est évidemment différente de celle du ch. 1, et il vaut mieux laisser le sens dans le vague de l’original.

La part de souffrance de Timothée est précisée. Il s’agissait d’être un bon soldat de Jésus Christ. Le « compagnon d’armes » du manuscrit de Clermont va trop loin, outre que c’est aussi irrévérencieux. Dans un pays ennemi, qui pourrait s’étonner que Timothée soit appelé à prendre sa part de souffrance ?


3.2.2 - [Ch. 2:4]

Cela conduit naturellement à la figure appliquée de manière plus générale au v. 4. « Nul homme qui va à la guerre ne s’embarrasse des affaires de la vie, afin qu’il plaise à celui qui l’a enrôlé ».


La force de l’allusion est évidente du fait que c’est une vérité universelle. Qui dans l’empire romain ignorait ce fait ? Sans doute un congé de permission pouvait permettre une détente et un service complet, et une liberté parfaite ; mais pour le serviteur de Christ, ici-bas, il n’y a pas de permission ni de décharge de son devoir. C’est pourquoi l’apôtre ne parle pas simplement d’un « homme qui fait la guerre » comme dans la version autorisée KJV, mais d’un homme en service effectif, et c’est pourquoi il peut asseoir la vérité avec un négatif absolu : « Nul homme quand il va à la guerre ne s’embarrasse des affaires de la vie ». Il est surprenant que la Version Révisée suive la Version Autorisée qui est la seule parmi toutes les versions anglaises à ajouter la qualification inutile de « cette vie ». Elle est d’autant plus inappropriée que l’Écriture avait déjà adjoint de manière appropriée le pronom démonstratif non pas à βίος (bios) mais à ζωή (Zoé – Actes 5:20). Ce serait cependant une erreur grossière de penser que pour le serviteur de Christ, cela exclut d’avoir un métier, s’il juge qu’en toutes circonstances il est appelé à fournir des choses honnêtes de ses mains ou de sa tête. L’apôtre lui-même en est la meilleure réfutation. L’ouvrier, que ce soit dans l’évangile ou dans l’église, est digne de son salaire. Or beaucoup d’hommes estimés peuvent servir Christ dans l’un ou l’autre de ces domaines, ou les deux, sans renoncer à leur emploi dit séculier. Il pourrait même s’assurer que la mesure de son don n’en devienne pas une exigence auprès de l’assemblée. Même le plus grand des ouvriers, [Paul,] le ressentait comme une joie [de travailler pour ses besoins] et ne voulait pas que s’en glorifier soit rendu vain en refusant de profiter pour lui-même de sa puissance dans l’évangile : il était ainsi pénétré et rempli de l’esprit de cette grâce en Dieu qui est la source de l’évangile lui-même (2 Cor. 11:7-9). S’embarrasser dans les affaires de la vie signifie en réalité abandonner la séparation du monde en s’occupant d’affaires extérieures comme un vrai partenaire. Le serviteur de Christ est tenu, quoi qu’il fasse, de le faire pour le Seigneur et donc en conformité avec Sa parole. En tout, il sert le Seigneur Christ ; et ceci n’est pas la servitude de la loi, mais la liberté dans l’Esprit, bien que lui soit l’esclave du Seigneur. De même que le soldat en campagne de guerre doit plaire à celui qui l’a enrôlé, de même le serviteur chrétien doit toujours plaire au Seigneur. Il a lui-même dit : « Mon joug est facile, et mon fardeau est léger » (Matt. 11:30).


3.2.3 - [Ch. 2:5]

Il y a ensuite une deuxième illustration de grande importance. « Et si quelqu’un combat dans les jeux, il n’est pas couronné s’il n’a pas combattu selon les lois [ou : règles] ».


Quoi de plus nécessaire et de plus important en pratique ? Le serviteur de Christ est appelé à être aussi soigneux qu’un athlète ; or dans ces conditions, il est tenu d’observer la volonté révélée du Seigneur aussi rigoureusement que ceux qui prenaient part aux jeux de la Grèce. La fidélité en général ne doit jamais être recherchée ou permise pour couvrir de la délinquance. Être le plus excellent dans les choses les plus élevées ne peut être une excuse pour faire un écart, même minime, par rapport à la vérité ou à la justice ; celui qui enfreignait les règles des jeux en une manière quelconque était exclu de la couronne de la victoire.


3.2.4 - [Ch. 2:6]

La troisième maxime a été singulièrement mal comprise par des esprits vraiment spirituels. Pourtant, la structure de la phrase n’est pas vraiment obscure (*), la difficulté est plutôt due à un certain préjugé quant à son sens ou à son application. La figure est tirée de l’agriculture, non du service militaire ni des jeux de l’arène. L’accent est mis sur le « laboureur ». L’amour de Christ doit étreindre et l’amour fraternel doit demeurer (2Cor. 5:14 ; Héb. 13:1), afin que le serviteur de Christ persévère sans interruption dans ses travaux. C’est pourquoi nous trouvons dans la première épître (1 Tim. 5:17) que les anciens qui gouvernent bien [JND qui président dûment] doivent être estimés dignes d’un double honneur, et il y a une distinction « spéciale » pour ceux qui travaillent dans la parole et dans l’enseignement. Ainsi ici où il est question du service de Christ en général, le laboureur doit premièrement avoir part aux [JND jouir des] fruits. Il est impossible que Dieu veuille être le débiteur de qui que ce soit. « Chacun recevra sa propre récompense selon son travail », que ce soit celui qui plante ou celui qui arrose ou tout autre (1 Cor. 3:8). Car Dieu n’est pas injuste en tout cas d’oublier notre travail et l’amour montré pour Son nom. Mais le travail d’amour a une valeur particulière à Ses yeux. Ceci peut se trouver chez des saints très jeunes (1 Thess. 1:3), tout comme l’œuvre de foi et la patience d’espérance. Il est très heureux que le serviteur de Christ soit soutenu dans un tel travail. « Le laboureur doit premièrement (quoi qu’il en soit des autres, et avant tout) avoir part aux [JND jouir des] fruits ». C’est une lapalissade de dire qu’on doit travailler avant d’avoir part aux fruits, ou de dire que le premier à travailler doit participer aux fruits, comme le dit la note en marge de la Version Autorisée KJV. Mais ce n’est pas le sens de cette phrase suivant n’importe quelle construction grammaticale possible, et, si c’était le cas, elle ne pourrait pas lancer un appel aussi grave ou aussi encourageant au laboureur.


(*) L’idée d’une transposition de κοπιῶντα πρῶτον est indigne du Silva Critica i. 155 de Wakefield et n’est pas confirmée par la référence de Winer à Xenoph. Cyrop. I. iii. 18. Et la version éthiopienne ne présente qu’une paraphrase vague, pas un vrai rendu. Les anciens commentateurs sont aussi incertains que la plupart des modernes.


Ainsi, dans les trois maximes des versets 4-6, nous avons d’abord l’objet ou le point de départ ; puis les voies ou les moyens qu’on garde, ainsi que la fin ; et enfin l’encouragement sur la route pour celui qui travaille dans l’amour, comme le fait la foi.


3.3 - [Ch. 2:7]

La portée de ce que l’apôtre vient de nous inculquer était d’une signification profonde et d’une grande valeur, mais nullement évidente. C’est la raison semble-t-il pour laquelle il ajoute : « Considère ce que je dis, car le Seigneur te donnera de l’intelligence en toutes choses » (2:7). Tel est le vrai texte, non pas « Considère les choses que je dis » (ἅ) en détail, comme le texte Reçu, mais « ce que je dis » (ὅ) comme un tout. Cela rend d’autant plus pertinente l’assurance, et non la simple prière, qui suit : « Et le Seigneur te donnera l’intelligence en toutes choses », aussi large dans sa portée que détaillée dans ses ramifications. Celui qui a une onction de la part du Saint peut compter là-dessus, car l’Esprit sonde toutes choses, même les choses profondes de Dieu (1 Cor. 2:10).


3.4 - [Ch. 2:8-13]

« Souviens-toi de Jésus Christ ressuscité d’entre les morts, de la semence de David, selon mon évangile, dans lequel j’endure des souffrances jusqu’à être lié de chaînes comme un malfaiteur ; toutefois la parole de Dieu n’est pas liée. C’est pourquoi j’endure tout pour l’amour des élus, afin qu’eux aussi obtiennent le salut qui est dans le Christ Jésus avec la gloire éternelle. Cette parole est certaine : car si nous sommes morts avec [Lui], nous vivrons aussi ensemble [JND avec Lui] ; si nous endurons, nous régnerons aussi ensemble [JND avec Lui] ; si nous le renions, Lui aussi nous reniera ; si nous sommes incrédules, Lui demeure fidèle, car Il ne peut pas se renier Lui-même » (2:8-13).


3.4.1 - [Ch. 2:8]

Dans ces versets l’apôtre ramène à la personne de Christ, la pierre de touche et la substance de la vérité, — mais à Sa personne selon l’évangile de Paul liée indissolublement à Son œuvre. « Souviens-toi de Jésus Christ, de la semence de David, ressuscité des morts selon mon évangile ».


Le Christ est à la fois l’objet des promesses et leur accomplissement, mais Il est infiniment plus. Il est ressuscité d’entre les morts, Il est le Commencement, le Premier-né de la nouvelle création. Comme ressuscité, Il est la tête (chef) d’un système entièrement nouveau. Du début à la fin, c’est là l’enseignement de Paul. Quant à Jésus, le Fils de Dieu, il affirme qu’Il est né de la semence de David selon la chair, mais qu’Il a été caractérisé comme Fils de Dieu en puissance, selon l’Esprit de sainteté, par la résurrection des morts, comme il est dit au début de l’épitre aux Romains (Rom. 1:3, 4).

L’Esprit de Dieu n’a-t-il pas devant Lui, ici, un but pratique plutôt que dogmatique ? Même en tant que Messie, le Seigneur Jésus devait être ressuscité d’entre les morts. Si quelqu’un avait droit à l’honneur et à la gloire terrestres, c’était le Fils de David ; mais, selon l’évangile de Paul, il traverse la mort jusque dans la résurrection. Tel est la seule matrice de bénédiction, vu ce que sont le monde et l’homme. Aucune affirmation ne peut être plus forte. En tant que Chef (tête) de l’Église, il n’y a rien d’étonnant à cela ; mais pour la Semence de David, c’est surprenant, et pourtant très vrai. Car l’église elle-même n’a pas d’existence, si ce n’est sur la base de la Sienne à Lui comme la Tête ressuscitée, et dans les lieux célestes. Dans le ciel, seule la Tête pouvait y être, afin de donner un caractère céleste à ceux qui sont unis à Lui par le Saint Esprit sur terre. Mais l’évangile de Paul insiste sur le grand fait de la résurrection d’entre les morts — même pour le Messie. Et dans ce caractère c’est la seule chose qui est vraie de Lui maintenant — Il est ressuscité, mais Il ne règne pas. Le chrétien règne encore bien moins.


3.4.2 - [Ch. 2:9a]

Au contraire, à la suite de cet évangile, l’apôtre dit : « J’endure des souffrances jusqu’à être lié de chaînes comme un malfaiteur ». Les choses dans le monde sont totalement mises de côté. Rien n’y est en ordre selon Dieu, bien que Sa providence gouverne, et que toutes les âmes soient appelées à être soumises aux autorités en place. Ces autorités peuvent régner, et il nous est commandé d’honorer le roi de façon habituelle, et aussi tous les hommes en passant ; mais nous sommes appelés à renoncer à toute pensée d’honneur maintenant pour nous-mêmes. Nous sommes appelés à la communion de Christ (1 Cor. 1:9) ; l’honneur qui nous revient, c’est de partager dans notre mesure ce que l’apôtre a si largement souffert. Toute pensée d’avoir nos aises actuellement, de nous établir ici-bas, d’avoir une constitution établie et stable aux yeux des hommes, viole la vérité qui est placée devant nous, comme d’ailleurs toute autre présentation de celle-ci maintenant au saint individuellement ou à l’église dans son ensemble. Celui qui a eu le plus de vrai honneur en tant que chrétien dans l’évangile déclare qu’il souffre comme un malfaiteur jusqu’à être lié de chaînes.

En contraste flagrant avec cela, nous lisons que les saints de Corinthe régnaient sans l’apôtre, et celui-ci parle aussi de ce que Dieu a produit « nous les apôtres » en derniers comme des hommes voués à la mort (1 Cor. 4:8, 9). Christ a connu la mort de la croix comme personne ne l’a jamais fait ni ne le pouvait ; et Paul n’avait pas encore connu la mort, comme Son fidèle martyr. Tout était vrai pour lui. Avec les Corinthiens, hélas ! il y avait beaucoup de faux. Ils avaient glissé dans leur cœur en ne partageant pas Son rejet. En effet, ils ne l’avaient encore guère connu. Ils avaient reçu Christ pour la vie éternelle et la rédemption ; ils ne savaient encore rien de la mort quotidienne (1 Cor. 15:31).

L’apôtre anticipe donc solennellement le danger, pour les chrétiens en général, de s’installer ici-bas. Ceci est incomparablement plus grave. La légèreté de pensée et de sentiments, la puissance de la nature, l’activité de la chair, peuvent être tristes chez de jeunes saints ; mais c’est infiniment pire quand des saints âgés s’écartent de la norme élevée et céleste qu’ils ont apprise. Tel était le danger maintenant, et l’apôtre est ici en train d’éveiller Timothée quant à son anxiété à ce sujet. Nous voyons le mal sous une forme grossière lorsque le corps chrétien a acquis le pouvoir, l’honneur et la gloire terrestre au temps de Constantin et de ses successeurs ; mais selon cette épître, il semble que la malice d’égarement était largement à l’œuvre au temps où l’apôtre écrivait. La puissance de la résurrection d’entre les morts pare au mal pour tous ceux qui ont des oreilles pour entendre. Elle est entièrement finie en tant que chose vivante, pour ceux qui acceptent maintenant la grandeur terrestre comme un état bon et valable pour le chrétien. Celui qui est tout à fait juste devant Dieu doit être content de souffrir au maximum devant les hommes, comme l’apôtre qu’on voyait en train de le subir jusqu’à être lié de chaînes.


3.4.3 - [Ch. 2:9b]

Mais souffrir injustement, jusqu’à être même lié comme un malfaiteur, n’a pas empêché la bénédiction. « La parole de Dieu n’est pas liée ». Au contraire, de telles circonstances attirent l’attention. Une classe entièrement nouvelle a vu son attention attirée par la révélation de Dieu. Le nom du Seigneur a été discuté devant les magistrats, les juristes officiels, les soldats, les marins, les gouverneurs, et peut-être même les têtes couronnées. C’est peut-être la honte du monde qu’il en soit ainsi, mais le rejet est la voie du chrétien, la vraie gloire de l’église, jusqu’à ce que Jésus règne. Le prédicateur lui-même peut être un prisonnier ; « mais la parole de Dieu n’est pas liée ».


3.4.4 - [Ch. 2:10]

« C’est pourquoi j’endure tout pour l’amour des élus, afin qu’eux aussi obtiennent le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle ».


Voilà un cœur nullement décontenancé, et l’œil n’était pas obscurci par la douleur présente ; car l’œil était simple et le corps tout entier était plein de lumière (Luc 11:34-36). Si Christ aimait les élus — Christ qui a souffert pour leurs péchés, Paul pouvait bien utiliser ce langage hardi, mais vrai, car il partageait Son amour, bien que ce soit Christ seul qui ait « porté nos péchés en son corps sur le bois ». Aucun homme, aucun saint, aucun apôtre n’a participé à cette œuvre expiatoire ; pourtant, ce n’est pas de la présomption, même pour le plus humble des saints, que de dire qu’on souffre avec Lui, pas plus que d’avoir l’espérance d’être glorifié avec Lui. Si nous sommes enfants, alors nous sommes héritiers — héritiers de Dieu et cohéritiers avec Christ ; s’il en est ainsi, souffrons avec Lui afin d’être aussi glorifiés ensemble (Rom. 8:17).

Mais l’apôtre va plus loin : « J’endure tout pour l’amour des élus, afin qu’eux aussi obtiennent le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle ». Bien peu de gens se risqueraient à parler de cette manière au sujet de l’expérience de leur âme depuis ce jour-là jusqu’à aujourd’hui ! Néanmoins, nous pouvons le désirer sincèrement dans notre mesure ; mais cela suppose chez le croyant non seulement une bonne conscience et un cœur brûlant d’amour, mais aussi un profond jugement de soi-même, et Christ ayant vraiment sa demeure dans le cœur par la foi. L’apôtre le déclare ouvertement à Timothée ; et certainement, c’était censé agir puissamment sur l’âme de son compagnon de travail, comme aussi sur la nôtre. Ce n’est pas que le salut des élus soit incertain : le Seigneur Jésus veillera sûrement à ce « qu’ils obtiennent le salut » selon toute Sa puissance en grâce et selon les conseils infaillibles de Dieu. Mais comme le dit un autre apôtre : « Si le juste est sauvé difficilement, où paraîtra l’impie et le pécheur ? » (1 Pierre 4:18). C’est en effet avec difficulté que les élus sont sauvés, même s’ils le seront certainement ; or cela nécessite toutes les ressources de la grâce divine, et cela fait également appel à tout l’amour de Christ dans un service laborieux ; et, ce qui est aussi très efficace, cela appelle à tout endurer par amour pour ces élus.


3.4.5 - [Ch. 2:11]

Ce n’est pas non plus tout ce sur quoi l’apôtre a à insister en rapport avec ce sujet. « Cette parole est certaine : car si nous sommes morts avec [Lui], nous vivrons aussi ensemble [JND avec Lui] ; si nous endurons [JND souffrons], nous régnerons aussi ensemble [JND avec Lui] ».


Il ne précise pas que cette parole est « digne de toute acceptation » [1 Tim 1:15 ; 4:9] ; car il s’agit d’une parole pour les saints plutôt que pour les pécheurs comme tels ; mais l’affirmation, sans aucun doute, est certaine ; car « si nous sommes morts avec Lui, nous vivrons aussi ensemble ». Il n’y a pas de chrétien qui ne soit pas mort avec Christ. C’est la vérité même que tout baptisé confesse à son baptême, même s’il est muet. Ce qui peut la rendre fausse chez quelqu’un, ce n’est pas faute d’avoir prononcé certaine parole, mais c’est le manque de foi.

C’est pourquoi l’apôtre insiste, non pas sur ce que presque n’importe qui n’oserait dire de peur que ce soit présomptueux et vain, — mais il insiste sur ce à quoi doivent se joindre tous ceux qui sont vrais dans la confession de la grâce et de la vérité dès le commencement. La phrase hypothétique [commençant par « si »] est décisive ; pourtant aucun chrétien ne doit s’y soustraire, ni ne peut s’y soustraire en vérité ; car Christ est Celui qui, ayant tout souffert, a tout donné gratuitement. Et « si nous sommes morts avec Lui », ce qui est incontestable pour le croyant maintenant, « nous vivrons aussi avec Lui ». Paul nous donne ici l’assurance de l’avenir brillant et béni, bien qu’il soit également vrai que nous vivons maintenant parce que Lui vit, ou, comme il est dit ailleurs, parce que Christ vit en nous. Mais ici, le fait de vivre avec Lui reste devant nous comme une espérance. Ici et maintenant, nous devons porter dans notre corps la mort (le mourir) du Seigneur Jésus (2 Cor. 4:10) ; bientôt il n’y aura rien que vivre avec Lui.


3.4.6 - [Ch. 2:12a]

Ainsi, « si nous endurons [JND souffrons], nous régnerons aussi ensemble [JND avec Lui] ». Ici, il n’y a pas de doute, il s’agit de souffrir maintenant, non pas encore de régner avec Lui. La lecture que font certaines autorités anciennes de Apoc. 5 ou 20, selon laquelle les saints règnent maintenant, est indiscutablement une erreur. Elle est erronée tant sur le plan moral que sur le plan dogmatique. Nous régnerons avec Christ ; mais Lui est encore assis sur le trône du Père. Il attend de recevoir Son propre trône ; et nous, nous attendons encore bien plus. Si nos cœurs étaient droits, nous ne souhaiterions pas régner sans Lui ; pareillement nous devrions avoir une foi plus solide, étant assurés qu’Il ne règne pas encore, mais qu’Il est parti pour recevoir un royaume et revenir (Luc 19:12). Il viendra dans Son royaume, qu’Il n’a pas encore reçu. Jusque-là, nous sommes appelés à endurer (souffrir), et non pas à régner ; quand Il apparaîtra, nous apparaîtrons avec Lui ; quand Il règnera, nous aussi avec Lui.


3.4.7 - [Ch. 2:12b-13]

Puis il y a à la fois une mise en garde solennelle, et une attente certaine de gloire. « Si nous le renions, Lui aussi nous reniera ; si nous sommes incrédules, Lui demeure fidèle, car Il ne peut pas se renier Lui-même ».


Dans un jour de déclin, le danger était en particulier de s’écarter non seulement de tel ou tel principe divin, mais de s’éloigner de Lui, et ce de façon permanente. L’apôtre ne conforte pas non plus les saints dans ce qui est la plus dangereuse des illusions, à savoir qu’il n’y a pas de danger. Car les dangers abondent de tous côtés, et il faut savoir que des temps fâcheux vont arriver dans les derniers temps. Il est tout à fait possible qu’un serviteur du Seigneur Le renie, et c’est exactement ce que l’Écriture nous montre avoir été fait par l’un des plus honorés, alors que celui-ci avait justement pensé que c’était impossible pour lui, contrairement à tous les autres hommes ; pourtant Pierre était à la veille de le faire. Sans doute cela n’a été qu’un acte passager, même s’il a été honteux et déplorable ; cependant ce reniement a été répété et aggravé, mais la grâce de Christ, qui surmonte tout et pardonne tout, s’est élevée au-dessus et l’a effacé, le transformant même en un profit inoubliable et en une bénédiction féconde. Mais lorsqu’il s’agit d’une pratique de vie, comme ici (« si nous le renions », et non pas simplement « si nous l’avons renié » comme un acte ponctuel), la conséquence est inéluctable, que Dieu se doit de défendre Sa majesté blessée : « Lui aussi nous reniera ». Dieu cesserait d’être Dieu, s’Il consentait au déshonneur de Son Fils. Le croyant s’incline et croit, adore et sert. L’incroyant peut insulter maintenant, et celui qui renie le peut encore plus si c’est possible, mais tous deux devront bientôt L’honorer dans le jugement, « afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père » (Jean 5:23).

La phrase finale est d’un grand poids : « Si nous sommes incrédules, Lui demeure fidèle » ; et cela pour la plus convaincante et la plus glorieuse des raisons : « car Il ne peut se renier lui-même ». À première vue, il peut sembler que ce « car » nuit à la facilité et à la fluidité de la phrase ; [bien qu’il soit absent dans la version autorisée KJV], il est à sa place selon une autorité ancienne et solide. En y réfléchissant, ce « car » ajoute beaucoup à la force de la phrase, car ce n’est pas une simple addition indépendante pour confirmer ce qui précède : le fondement ou la preuve de Sa fidélité qui demeure, réside dans le fait béni de Sa vérité immuable.


3.5 - [Ch. 2:14-18]

Paul passe maintenant à une autre classe de dangers, moins fréquents, mais qui se développent en partant de disputes verbales et qui vont jusqu’à ce qui est profane, à l’audace impie et à la corruption de la vérité fondamentale. Certains se refusent à accorder la moindre considération à de tels pièges ; mais on ne gagne rien à reculer devant ce qu’on doit affronter, si nous trouvons notre plaisir dans ce qui est saint, bon et vrai, au lieu de fouiner dans le mal avec curiosité. C’est la lumière qui manifeste tout ; et nous sommes lumière dans le Seigneur. La lumière est l’élément qui convient au nouvel homme, comme l’amour est son activité.


« Remets ces choses en mémoire, en témoignant sincèrement [JND protestant] devant le Seigneur qu’on n’ait pas de disputes de mots, ce qui est sans profit, pour la subversion des auditeurs. Sois diligent pour te présenter approuvé à Dieu, ouvrier qui n’a pas à avoir honte, découpant droit la parole de la vérité. Mais évite les discours vains et profanes, car ils progressent vers une plus grande impiété, et leur parole rongera comme une gangrène, desquels sont Hyménée et Philète qui se sont écartés quant à la vérité, disant que la résurrection a déjà eu lieu, et qui renversent la foi de quelques-uns » (2:14-18).


3.5.1 - [Ch. 2:14]

Ici, Timothée est appelé non pas à comprendre simplement, mais à rappeler aux autres les grandes vérités vitales que l’apôtre a établies. Il est également chargé, aux yeux du Seigneur, de mettre en garde contre les querelles de mots, qui ne servent à rien et qui sont destinées à bouleverser les auditeurs. C’est là une mise en garde des plus salutaires, dont il y a beaucoup besoin et cela dans tous les âges. Il y a des différences réelles même parmi les chrétiens ; elles sont plus ou moins graves quant au fait de déguiser ou pervertir la vérité. Et ceux qui apprécient la vérité, surtout s’ils ne sont pas en face d’un zèle agressif, sont particulièrement enclins à tomber dans des distinctions sans vraies différences. Un tel zèle fait d’eux de redoutables batailleurs de mots. Combien il est vrai que cela ne sert à rien, mais que cela réussit sans tarder à subvertir ceux qui entendent ! Car le batailleur de mots sait quand s’arrêter, mais les simples qui entendent poursuivent et en sortent froissés. Il y a beaucoup de vanité, et peu, sinon aucune, sincérité dans de telles disputes ; elles ne tendent pas à l’édification, mais à un dommage réel et très grave. Le mandat donné à Timothée est en même temps un devoir pour ceux qui ont une influence morale dans l’assemblée et qui y cherchent en tout temps la gloire du Seigneur.


3.5.2 - [Ch. 2:15]

Mais il y a aussi un appel plus positif et plus personnel au verset 15 : « Efforce-toi (ou : sois diligent pour ; JND étudie-toi à) de te présenter approuvé à Dieu, un ouvrier qui n’a pas à avoir honte, découpant droit la parole de vérité ».


L’exemple a plus de poids qu’une prescription, et ceux qui enseignent les autres ont particulièrement raison de craindre que l’échec ou la négligence provienne d’eux-mêmes. En outre, tout homme pieux sait que la première de toutes les obligations est d’être droit devant Dieu. Timothée devait donc s’appliquer à se présenter d’abord comme approuvé par Dieu. Si ce n’était pas le cas, ses paroles pourraient être justes en elles-mêmes, mais son œuvre manquerait de bénédiction, et lui-même serait toujours exposé à la honte. En fait, sa conduite serait plus ou moins hypocrite. Il ne peut pas y avoir de courage devant l’ennemi, quand la conscience n’est pas bonne devant Dieu. Il faut chercher à être approuvé par Dieu dans sa conduite et dans son service, si l’on veut éviter la honte déjà maintenant. Encore une fois, si la conscience n’est pas bonne devant Dieu, quelle confiance peut-on avoir pour tirer des applications de la parole de vérité d’un cœur et d’une main inébranlables ? On risque de se faire condamner par l’Écriture dont on a besoin. Un homme sans conscience peut parler avec hardiesse ; celui qui craint Dieu doit trembler s’il blâme autrui pour une faute qu’il connaît chez lui-même. Il est donc de la plus haute importance que l’ouvrier se présente à Dieu en étant approuvé, sinon son témoignage ne peut être que timide, faible et incertain.


3.5.3 - [Ch. 2:16a]

Or il peut y avoir encore un autre devoir en rapport avec les discours vains et profanes des hommes prétentieux qui, plus ils se trompent, plus ils sont satisfaits d’eux-mêmes. Ce mal s’était déjà installé, comme l’article semble le montrer (les discours). Il ne s’agissait pas d’un mal inconnu, mais de folies existant parmi ceux qui portaient le nom du Seigneur. Timothée n’était pas appelé à s’occuper d’eux, et encore moins à s’engager dans des controverses avec eux. Le mot de l’apôtre est « éviter » ou « fuir ». Il s’agit là encore d’une exhortation dont la sagesse est divine. Certains, conscients de leur capacité à disséquer et à s’opposer au mal, sont enclins à se mêler de ces discours vains et profanes. Ce n’est pas sain pour eux, et cela peut blesser les saints qui, parce qu’ils apprécient les ouvriers, peuvent saturer leur esprit de leurs tristes efforts ; or ceux-ci, en règle générale, enflent au lieu de convaincre les coupables. Notre apôtre adresse à Tite une exhortation très similaire pour un mal analogue (Tite 3:9). Le temps est trop précieux, sauf pour ce qui édifie ; et celui qui s’engage à lutter contre tous les mauvais rêveurs peut réussir à les vaincre, mais il court le danger imminent de subir lui-même un grand dommage. Il est bon de toujours prendre à cœur le bien avec zèle ; il n’est pas bon de se détourner pour s’occuper du mal, à moins que ce ne soit le devoir le plus critique.


3.5.4 - [Ch. 2:16b-17a]

L’apôtre ajoute une autre raison dans ce cas : « Car ils iront plus avant dans l’impiété, et leur parole rongera comme une gangrène ».


Cette déclaration prouve clairement l’inutilité de se mêler de ce qui est non seulement vain mais profane. Il n’y avait pas de crainte de Dieu chez ceux qui se livraient à de tels actes, et la crainte de Dieu est le commencement de tout ce qui est bon pour l’homme déchu. Tant que la conscience n’est pas atteinte, il est inutile de s’attendre à ce que les précieuses révélations de Dieu ne soient pas mal utilisées ; et cela est particulièrement vrai pour ceux qui professent croire l’évangile. Coupables de profanité, ils n’ont pas besoin d’arguments mais de repentance. Rien n’est plus propre à toucher leur conscience que de voir un ouvrier doux et plein de grâce comme Timothée fuir leurs propos. « Ils iront plus avant dans l’impiété, et leur parole rongera comme une gangrène ». Discuter flatterait plutôt leur suffisance, et un mal aussi destructeur ne pourrait que progresser.


3.5.5 - [Ch. 2:17b-18]

De plus, l’apôtre souligne que ce mal effroyable qui avait eu lieu au milieu des saints, s’il n’était plus là, n’était pas un mal imaginaire destiné à hanter les âmes, mais un fait propre à causer une peur et une horreur salutaires : « desquels sont Hyménée et Philète, qui se sont écartés de la vérité, », ou littéralement, « qui ont manqué la cible », disant que « la résurrection avait déjà eu lieu, et ils renversaient la foi de quelques-uns ».

Il est d’un grand intérêt de peser le caractère de cette erreur. Il ne s’agissait pas tant d’une ignorance de la vérité que plutôt d’une exagération. C’était l’exaltation d’un privilège présent poussé jusqu’au déni de notre espérance en la venue de Christ. Il ne fait aucun doute qu’ils se piquaient d’une vérité plus élevée que celle enseignée par d’autres, et d’une intelligence supérieure. C’est un danger extrême pour ceux qui ont une soif et une appréciation réelles pour la vérité de Dieu ; s’ils ne sont pas vigilants, ils sont les plus susceptibles d’être piégés.

Or le remède est simple et sûr lorsque des hommes font valoir leur marchandise comme « précieuse » par-dessus tout, et qu’ils discréditent les serviteurs du Seigneur fidèles dans l’épreuve comme étant des gens dont l’enseignement se situe à un niveau tout à fait inférieur. Les saints trouveront inestimable de s’accrocher à la vérité qu’ils ont toujours reçue depuis qu’ils connaissent Dieu, ou plutôt qu’ils ont été connus de Lui. Tôt ou tard ces prétentions vaniteuses s’avéreront subversives par rapport à la vérité fondamentale et au simple devoir. Les saints ne seront peut-être pas capables de discerner tout de suite le caractère inutile ou mauvais de ce qui est vanté ; mais ils connaissent le trésor qu’ils possèdent déjà, dont ces nouvelles vues les priveraient. Ils n’ont qu’à tenir ferme la foi, la foi commune, que les grands maîtres méprisent ; et comme ainsi ils résistent au diable, celui-ci s’enfuira loin d’eux.

Mais ceux qui, par grâce, sont dotés d’un œil plus perspicace sont en mesure de voir davantage. Le fait que la résurrection soit déjà passée, bien qu’il soit mis en avant comme l’expression du privilège actuel le plus élevé, sape en fait la vérité présentée de manière prééminente tout le long de cette épitre pour aider et guider. Dieu nous a sauvés par un saint appel selon Son propre dessein et Sa propre grâce qui nous a été donnée dans le Christ Jésus avant que le temps ne commence. Christ a annulé la mort, et a mis en lumière la vie et l’incorruptibilité par l’évangile. C’est ce que nous croyons et savons, sans parler du mystère de Christ et de l’assemblée. Or ces privilèges vrais et bénis nous sont donnés pour que nous puissions d’autant plus souffrir avec joie et endurer, maintenant, dans la foi et la patience, et attendre Christ et Son apparition pour introduire Son royaume, quand nous régnerons aussi avec Lui.

Or l’erreur de la résurrection déjà passée est fatale à cette endurance du temps présent. Si elle était vraie, elle nous donnerait le droit de régner maintenant comme des rois, de prendre nos aises, de jouir présentement de l’honneur et de la gloire ; et ainsi cette erreur est directement positionnée et calculée par l’ennemi pour contrecarrer la volonté de notre Seigneur, qui nous appelle à partager Ses souffrances jusqu’à ce que nous soyons glorifiés avec Lui. Elle est donc fausse en tant que doctrine, elle est ruineuse pour la pratique, et elle détruit toute communion avec Christ, et tout partage de Ses affections dans la séparation du monde. Il n’est guère d’illusion plus opposée à la vérité dans son caractère et dans ses conséquences pour l’âme et pour la marche, et en même temps nocive contre la gloire morale du Seigneur. On peut donc bien comprendre que ceux qui enseignaient cette doctrine « renversaient la foi de quelques-uns ». Et s’il en était ainsi à l’époque, combien plus, maintenant, cette nuisance est largement étendue et établie, tandis que la venue de Christ n’est plus devant les saints comme une espérance constante et vivante, et que la résurrection du corps a perdu tout intérêt pour eux, satisfaits que leurs âmes aillent au ciel après la mort ! Le monde devient dès lors une scène de jouissance présente. L’association avec un Christ autrefois mort et rejeté, est impensable. Ils se flattent d’avoir atteint une sagesse supérieure à celle connue des apôtres à cette époque, ayant maintenant appris à jouir du meilleur des deux mondes.

La vérité ne peut être sapée sans conséquences des plus fâcheuses, tant sur le plan moral qu’ecclésiastique. Il ne s’agit pas seulement d’une interruption de communion entre Christ et les Siens, mais d’une divergence et même d’une opposition plus ou moins franche à Ses pensées. Ceux qui sapent peuvent bien sûr être eux-mêmes trompés ; ils peuvent se flatter de contribuer à une élévation du témoignage. Mais une vérité n’est jamais en conflit avec une autre vérité : en Christ, tout est en harmonie. Dire que la résurrection est déjà passée est à la fois l’indice d’une grave hétérodoxie agissant en destruction de notre espérance, tout en professant faire progresser un privilège ; c’est aussi un instrument favorisant un progrès profond et rapide dans le mal. Car lorsque la résurrection viendra, il n’y aura plus besoin de veiller pour prier, plus d’endurance dans l’affliction, plus de bon combat de la foi : tout sera réglé en puissance, gloire, repos et jouissance.

Que nous soyons morts et ressuscités avec Christ est vrai et saint, et on ne peut trop insister là-dessus pour le croyant du début à la fin de sa carrière ; mais nous, nous soupirons en nous-mêmes, ayant les prémices de l’Esprit, et attendant aussi l’adoption, la rédemption de notre corps (Rom. 8:23). Ceci n’aura lieu qu’à la venue de Christ ; aussi l’ennemi voudrait nous la dissimuler et nous en dépouiller, car c’est la plus influente de toutes les espérances pour ceux qui L’aiment et qui voudraient connaître la communion de Ses souffrances. Quelle ruse et quelle perversité que ce moyen de transformer notre espérance en une expression de grand privilège maintenant, alors que cela annule notre espérance céleste, détruit la communion et la marche, cache Christ comme aspiration de notre cœur, et que cela ferait du repos dans les choses présentes une chose sage et juste !

Telle était l’erreur d’Hyménée et Philète : en vérité des discours vains et profanes, faisant progresser à coup sûr l’impiété, et rongeant comme une gangrène de corruption dévorante. Une telle erreur est le renversement de la foi partout où on l’accepte.


3.6 - [Ch. 2:19-22]

« Cependant, le fondement solide de Dieu demeure, ayant ce sceau : Le Seigneur connaît ceux qui sont Siens ; et qu’il se retire de l’iniquité (l’injustice) quiconque prononce le nom du Seigneur. Or, dans une grande maison, il y a des vases non seulement d’or et d’argent, mais aussi de bois et de terre, les uns pour l’honneur, les autres pour le déshonneur. Si donc quelqu’un se purifie de ceux-ci, il sera un vase à honneur, sanctifié, utile au maître, préparé pour toute bonne œuvre. Mais fuis les convoitises de la jeunesse, et poursuis la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur » (2:19-22).


3.6.1 - [Ch. 2:19 — ce qu’est le solide fondement]

Il est bon que le lecteur sache combien on a fait de spéculations sur « le solide fondement de Dieu ». Certains ont imaginé qu’il s’agit de la doctrine de la résurrection, d’autres des promesses, d’autres encore de l’élection. On a aussi supposé qu’il s’agissait de l’Église, ou encore, avec une meilleure raison, de Christ Lui-même. Mais il semble qu’il n’y a pas dans ce passage de base suffisante pour définir le fondement. Si le Saint Esprit a laissé l’expression sous forme générale, pourquoi chercher à limiter la pensée ? Le but est clairement de marquer ce qui demeure ferme et qui est selon Dieu au milieu de la confusion et de la ruine, — et d’utiliser ce fondement immuable pour la consolation et l’encouragement de tous ceux qui désirent faire Sa volonté. Il est hors de question que le solide fondement soient des doctrines, des promesses ou l’élection ; l’église ou le croyant sont plutôt ce pour quoi des ressources sont données au milieu du désordre existant. À l’évidence, la maison ne peut pas être le fondement ; et il semble déraisonnable d’affirmer que Christ lui-même devrait avoir ce sceau : « Le Seigneur connaît ceux qui sont Siens (à Lui) » ; et « qu’il se retire de l’iniquité, quiconque invoque le nom du Seigneur ».

Rien de plus simple ni de plus important si le solide fondement de Dieu est pris dans l’abstrait ; ceux qui se tiennent dessus sont d’un côté réconfortés, et d’un autre côté solennellement exhortés et avertis. L’état de choses était tel que l’on ne pouvait plus supposer que tous ceux qui composaient l’église étaient membres du corps de Christ. La négligence avait conduit à une récolte de faiblesse et de honte ; les éléments pieux étaient contraints de se rabattre sur l’assurance que le Seigneur connaît ceux qui sont à Lui, mais en même temps ils ne pouvaient qu’insister sur la responsabilité chrétienne — « Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque invoque le nom du Seigneur ».

On remarquera qu’il n’est pas question ici de « Christ » [comme dans la version autorisée KJV], mais du « Seigneur ». « Christ » est le terme qui convient lorsque la grâce connue et appréciée est devant le cœur ; « le Seigneur » est utilisé de manière appropriée lorsque la profession et la responsabilité prévalent. Même s’il n’y avait pas de véritable communion, il ne fait aucun doute qu’il y en a dans la phrase qui nous occupe ; la leçon qui lit le mot « Seigneur » au lieu de « Christ » est la leçon des meilleures et plus anciennes autorités suivies par tous les critiques modernes, même s’ils n’ont aucune notion de la différence que cela implique quant à la vérité.


3.6.2 - [Ch. 2:20]

Mais il y a beaucoup plus, et ce que l’apôtre ajoute est d’une importance capitale : « Or dans une grande maison, il n’y a pas que des vases d’or et d’argent, mais aussi de bois et de terre, les uns pour l’honneur, les autres pour le déshonneur ».


Nous avons là une image vivante de ce que l’église était en train de devenir. Quelle différence d’avec la vision donnée dans la première épître au ch. 3 v.15 ! Il y est dit que la maison de Dieu est l’église du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité. C’est l’église sur terre, l’habitation de Dieu par l’Esprit, comme ce qui est seul ici-bas à présenter et maintenir la vérité devant tous les hommes. Les Juifs n’avaient pas la vérité, mais la loi ; les Gentils n’avaient que des vanités, des corruptions et des rêveries d’hommes. L’assemblée du Dieu vivant présentait la vérité devant tous les yeux. Mais maintenant, dans la seconde épître, l’afflux, non seulement des aises au lieu des souffrances, de la timidité au lieu du courage, et des fausses doctrines, y compris dans les domaines fondamentaux, a donné l’occasion à l’Esprit de Dieu de représenter une condition tout à fait différente. Ce n’est pas que l’Esprit de Dieu ait abandonné Son siège, mais il ne caractérise plus la maison comme celle du Dieu vivant. Elle peut prendre une apparence plus grande, mais il y a beaucoup moins de réalité. « Dans une grande maison, il n’y a pas que des vases d’or et d’argent, mais aussi de bois et de terre ».

Bien auparavant, l’apôtre (1 Cor. 3:5) nous avait préparés à ce qui pouvait même être construit sur Christ Lui-même. Qui, parmi les vrais serviteurs, est comme Paul, un sage maître d’œuvre [JND : architecte] ? Chacun doit donc faire attention à la façon dont il construit dessus. Sur ce fondement, l’un peut édifier de l’or, de l’argent, des pierres précieuses ; un autre, au contraire, peut bâtir sur elle du bois, du foin, du chaume ; beaucoup aussi construisent avec un mélange des deux. Et le jour le fera connaître, quand le feu éprouvera l’œuvre de chacun pour manifester de quelle sorte elle est. Ce qui demeure sera démontré agréable à Dieu ; ce qui ne supporte pas le feu sera une perte pour l’ouvrier, même si lui sera quand même sauvé. Ici dans la deuxième épître à Timothée, l’apôtre ne se penche pas sur le processus, mais sur le résultat. Dans une grande maison, il n’y a pas que des vases précieux, mais aussi les vases les plus communs — « et certains pour l’honneur, d’autres pour le déshonneur ». La maison de Dieu est donc ici considérée comme réduite à une comparaison humaine. Elle était en train de devenir juste comme ce qu’on trouve parmi les hommes sur la terre ; elle n’a plus cette empreinte exclusivement divine à laquelle on s’attendait dans la maison de Dieu. Des échecs à bien des égards ont vicié le témoignage ; et le résultat est ce mélange si détestable pour Dieu et pour ceux qui aiment Sa volonté et qui L’aiment Lui.


3.6.3 - [Ch. 2:21a]

Que faut-il faire alors ? Devons-nous accepter Son déshonneur et nous plonger dans le désespoir ? Ou bien faut-il être pieds et poings liés à l’unité et fermer les yeux sur tout le péché et toute la honte ? Un saint, humble d’esprit, ressentira ce dilemme de manière aigüe, et ne pourra pas satisfaire son âme par des protestations verbales contre le mal qu’il sanctionne par sa vie et ses manières pratiques. Dans un tel état, il est bon de s’humilier, et comme Daniel de confesser les péchés de tous ceux qui y sont associés, ainsi que ses propres péchés. Mais est-ce tout ? Dieu merci, ce n’est pas tout ; l’apôtre donne immédiatement une orientation précise et autoritaire. Les plus timides n’ont pas à craindre de la suivre ; le cœur le plus oppressé a le droit d’avoir bon courage ; et ceux qui s’attachent à la tolérance du mal sous le prétexte de ne pas rompre l’unité sont réprimandés et confondus par l’appel de l’apôtre : « Si donc quelqu’un se purge [JND purifie] de ceux-ci, il sera un vase à honneur ».

Lorsque l’assemblée est dans sa condition normale et qu’un malfaiteur, aussi grossier soit-il, se trouve parmi les saints, la parole est : « Ôtez le méchant du milieu de vous-mêmes » (1 Cor. 5:13). Ici, c’est l’inverse. Le mal peut prévaloir dans une assemblée, et la sensibilité morale est si basse que la masse refuse de se purifier du vieux levain : les vases à déshonneur ont assez d’influence pour rester en dépit de tous les efforts pour les ôter. Que faire alors ? L’apôtre ordonne que l’homme qui craint Dieu se purifie d’eux. Cela satisfait la conscience ne serait-ce que d’un seul homme ; mais il est clair que le même principe s’applique à tous ceux qui discernent le mal, après avoir attendu patiemment que l’assemblée le discerne et que tous les moyens scripturaires également aient été utilisés et se soient révélés vains pour éveiller les consciences. Au fond, c’est le même principe de séparation du mal qui, en 1 Cor. 5, est appliqué pour ôter le méchant. En 2 Tim. 2, il s’agit d’un cas beaucoup plus avancé où celui qui agit bien, après s’être efforcé sans effet de corriger les maux supportés au dedans, est tenu de se purifier en se retirant. Il est impossible que l’Esprit de Dieu mette Son sceau sur le mal commis sous le nom du Seigneur Jésus. Nous sommes sans levain aussi sûrement que Christ notre Pâque a été sacrifiée pour nous. « C’est pourquoi célébrons la fête, non avec du vieux levain, ni avec un levain de malice et de méchanceté, mais avec des pains sans levain de sincérité et de vérité » (1 Cor. 5:7-8). L’assemblée qui professe être de Dieu ne peut pas lier ensemble Christ avec un mal connu. Si donc une assemblée porte le nom du Seigneur et que, sous prétexte d’unité, par amour de la facilité ou par partialité pour ses amis, elle tolère le mal que l’Écriture montre comme odieux pour Dieu, un homme pieux n’a pas le choix, mais il est tenu d’écouter la parole divine et de se purifier de ces vases à déshonneur.

Sans doute c’est une nouveauté que cette application de la sainteté immuable de Dieu pour guider le saint dans ces circonstances tristes et difficiles. L’apôtre ne l’a donnée que dans la dernière épître qu’il ait jamais écrite. La raison en est évidente : aucune occasion ne s’était encore présentée pour faire un appel aussi grave. Il y avait souvent eu des désordres, et certains de caractère extrême ; mais jusqu’alors, les saints, même fautifs, s’étaient humiliés, et l’obéissance avait finalement prévalu. Il n’y avait jamais eu besoin d’un abandon justifié de ceux avec lesquels on avait marché ensemble dans l’assemblée. Mais ici, l’Esprit de Dieu met sous les yeux de l’apôtre un résultat nouveau et encore plus effrayant de la puissance croissante du mal. Toutes les fois qu’on nous impose d’accepter des vases à déshonneur, nous n’avons pas le choix : l’honneur du Seigneur est au-dessus de toute autre considération ; et, le plus vaillant comme le plus timide d’entre nous, nous sommes pareillement appelés à obéir au commandement de l’apôtre qui s’applique à cet état. Soyons seulement sûrs que le mal appelle vraiment une séparation absolue ; et de plus, que des remontrances patientes et pieuses soient dûment appliquées pour faire juger le mal, plutôt que pour agir en séparation. Mais si le mal est abrité et soutenu au déshonneur du Seigneur et de Sa parole, il n’y a pas d’autre alternative que de se purifier en se retirant.


3.6.4 - [Ch. 2:21b]

Dans ces circonstances, renoncer à la conscience, c’est en fait renoncer à Dieu et à Son Christ ; se purifier humblement mais fermement des vases à déshonneur, c’est être un vase à honneur, sanctifié, utile au service du Maître, préparé pour toute bonne œuvre. C’est ce que l’on retrouve toujours par expérience : la séparation divine coûte beaucoup, mais gagne davantage. Celui qui se sépare à la légère pour une simple idée ou pour des raisons de son cru, n’est qu’un airain qui résonne, et il n’en tire profit ni pour lui-même ni pour personne d’autre ; il est un opprobre permanent contre le Seigneur et contre Sa parole là où elle s’applique vraiment. Mais le saint qui se purifie en se retirant avec une peine profonde pour lui-même et une douleur selon Dieu pour les autres, d’autant plus qu’il croit qu’ils appartiennent au Seigneur, — celui-là entre dans une nouvelle bénédiction, et renouvelle, pour ainsi dire, tout ce qui est propre à un saint, avec une nouvelle force pour son âme. « Il sera un vase à honneur, sanctifié, utile au service du Maître, préparé pour toute bonne œuvre ». Une telle assurance est d’autant plus réconfortante qu’il doit s’adapter aux flèches les plus aigües de ceux qu’il a laissés en arrière, ainsi que de tous ceux qui confondent l’indifférence facile avec l’amour pour l’église de Dieu. En outre, il a à craindre de rétrécir le cercle de ses affections, et de contracter la sphère de son travail. Quelle grâce que le Seigneur prévienne toutes ces appréhensions et lui donne la promesse, s’il a traversé la grande épreuve avec Dieu, d’élargir son cœur dans tout ce qui est pour Sa gloire !


3.6.5 - [Ch. 2:21 — On ne quitte pas la maison]

On peut remarquer qu’il n’est pas question de quitter la maison, bien que certains soient tombés dans cette idée fausse par zèle pour la sainteté. Mais nous ne le pouvons pas, ni ne le voulons tant que nous portons le nom du Seigneur. Sans doute un apostat abandonne Son nom. Mais se purifier des vases à déshonneur est posé ici comme un devoir positif, et, loin d’être de la présomption, c’est une simple obéissance à la parole du Seigneur si c’est fait correctement. C’est donc la voie de l’humilité vraie et divinement donnée, quel que soit le terrorisme que cherchent à exercer ceux qui cherchent à dominer sur la foi des saints. Se purifier de ceux qui agissent mal dans la maison n’est pas quitter la maison, mais y marcher comme il se doit selon l’Écriture.

C’est ce qui s’est passé à la Réforme. Luther, Calvin, Zwingli, Cranmer, n’ont pas quitté la maison de Dieu quand ils ont rejeté la messe, le culte des saints, l’autorité du pape, et d’autres doctrines et pratiques mauvaises. Au contraire, ils ont appris, même si c’était lentement et imparfaitement, à renoncer à ce qui défigurait cette maison, et était le plus opposé à Celui qui y habitait. Ce n’est que l’ignorance grossièrement bigote des Romanistes qui les a taxés de quitter la maison de Dieu. Le parti papal considérait, et d’autres prétendants aussi sont capables de le faire, qu’eux seuls formaient cette maison à titre exclusif — alors que, tant que la Réforme s’est poursuivie, les pieux parmi les protestants ont cherché à se purifier des vases à déshonneur, tandis que les Romanistes se sont accrochés d’autant plus obstinément au mal, et ont donc accru leur culpabilité. Mais des deux côtés on était tout de même dans la maison, seulement les uns de manière plus acceptable pour Dieu, et les autres de manière plus offensante qu’auparavant.

Le principe ne s’applique pas moins lorsque les pieux parmi les protestants et les romanistes ont commencé à discerner le vrai caractère de l’église, et le dommage que les erreurs et les mauvaises pratiques courantes causaient, non seulement aux membres, mais aussi à la Tête du corps. Cela a conduit, grâce à une meilleure connaissance de la parole écrite, à la conviction nette qu’on lésait les droits du Saint Esprit dans l’assemblée et dans le ministère. Ceux qui étaient ainsi enseignés de Dieu voyaient clairement qu’ils devaient mettre en pratique la vérité par la foi, et chercher ainsi à glorifier le Seigneur. Il était misérable et ingrat d’attrister l’Esprit en traitant tout ce qu’ils avaient appris comme de simples idées servant à discuter ou critiquer les pensées et les voies existantes. Mais en agissant ainsi fidèlement selon ce qu’ils connaissaient, quittaient-ils la maison ? Au contraire, ils s’efforçaient seulement, par respect pour l’Écriture et dans la dépendance du Seigneur, de mieux se comporter dans cette maison. On ne renonce pas à la chrétienté en marchant davantage selon la volonté de Dieu dans le vrai chemin pour les chrétiens, que ce soit individuellement ou collectivement. Et ce même principe n’est pas moins valable à tout moment, quelle que soit la fidélité avec laquelle les saints ont été rassemblés autrefois. Les vases à déshonneur ne peuvent pas jouir de l’approbation de Christ, et doivent être intolérables pour les fidèles. « Si quelqu’un se purifie de ceux-ci, il sera un vase à honneur ».


3.6.6 - [Ch. 2:21 — Autres dangers]

Mais la tendance est grande à faire pression sur les autres pour qu’ils recherchent pareillement cette vérité, et à prétendre, sans le dire, à une immunité pour nous-mêmes : ainsi l’assemblée qui s’appuie réellement sur le Seigneur glisse facilement loin de cette fidélité jusqu’à instaurer une allégation croissante d’indéfectibilité. Car la foi dégénère en superstition d’autant plus rapidement que la spiritualité décline, que l’amour se dégrade, que la connaissance vire à l’autosatisfaction et que les formes prennent la place de la réalité. Une nouvelle Rome, en petit, se développe rapidement et est proclamée comme la seule chose juste. Pourtant, la vérité demeure pour que l’Esprit l’utilise pour la gloire de Christ, chaque fois que l’œil est, ou est rendu, simple. Nous sommes tenus, si nous voulons Lui plaire, de nous cribler par Sa parole encore plus rigoureusement que les autres.


3.6.7 - [Ch. 2:22a]

L’apôtre n’oublie pas non plus les dangers personnels si on se préoccupe de maux publics : « Mais fuis les convoitises de la jeunesse, et poursuis la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur » (2:22).


Dans des circonstances où on est en train de se libérer de ce qui piège beaucoup de saints (et où peut-être on s’est soi-même aussi fait plus ou moins piéger dans le passé), il est très important de ne pas donner occasion à ceux qui en cherchent une. Il ne sert à rien de témoigner contre ce qui, ecclésiastiquement, est offensant pour Dieu, si on est soi-même défaillant dans sa conduite au point que ceux qu’on a virtuellement censurés le voient. D’où le soin de Paul d’exhorter vivement Timothée à se méfier de ce qui pourrait entraver ou troubler, d’autant plus à ce moment-là et de cette manière. Il faut éviter les convoitises de jeunesse, non seulement les convoitises mondaines ou charnelles, mais aussi celles « de jeunesse », comme l’impétuosité, la confiance en soi, la légèreté, l’impatience, ou autres. Il ne suffit pas non plus de veiller sur ce qui pourrait fâcher des anciens : il faut rechercher la cohérence pratique ou justice pratique, – la marche par la foi, et non pas la simple prudence ou politique humaine, – tenir ferme l’amour, et non pas les intérêts égoïstes, – maintenir la paix, et ne pas laisser faire les conflits ni pousser sa propre volonté.


3.6.8 - [Ch. 2:22b]

Mais plus encore, il est encouragé à faire tout cela dans le cadre d’une association personnelle et d’une action mutuelle « avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur ».


Je ne peux pas accepter la suggestion d’un allemand (suivi par Alford, Ellicott, et al.) d’enlever la virgule après « paix », afin de séparer « avec ceux qui invoquent … » du verbe « poursuis », et de ne le relier qu’au mot « paix », qui précède immédiatement. Héb. 12:14 n’a pas d’analogie réelle avec cette phrase, car limiter la recherche de la paix à ceux qui invoquent le Seigneur donnerait le sens le plus pauvre possible, celui où il y a le moins de tension. Il n’en est rien : si l’homme fidèle se purifie des vases à déshonneur, et s’il marche dans le jugement de soi et qu’il cultive des voies agréables au Seigneur, il est encouragé par la perspective d’avoir des compagnons de route. Il n’a pas à craindre l’isolement, car il aime la communion des saints. Dieu ne manquera pas d’opérer chez ceux dont le cœur est purifié par la foi. Qu’il poursuive donc ce chemin, sans douter, mais de bon gré. Il ne sera pas seul ; il doit suivre la voie qui est agréable à Dieu « avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur », c’est-à-dire avec des saints au cœur vrai, par opposition aux promoteurs ou aux défenseurs du laisser-aller en paroles ou en actes.

C’est ainsi que la volonté du Seigneur est rendue évidente pour un jour de ruine. Il n’appartient pas aux fidèles de demeurer dans le mal en l’accompagnant de protestations creuses, une fois que les ressources de la patience ont été épuisées. Face à l’Écriture il serait présomptueux de rester sans bouger dans le vain espoir d’amender ce qui est publiquement maintenu et justifié. L’appel indubitable de Dieu est de se purifier en se retirant, et, en veillant soigneusement à éviter les dangers qu’on court soi-même, de suivre le chemin de la justice, de la foi, de l’amour, de la paix, non pas dans l’orgueil ou l’insouciance de l’isolement, mais dans la communion des personnes qui ont les mêmes pensées et qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur.


3.7 - [Ch. 2:23-26]

Après avoir achevé les instructions d’ordre général de manière si impressionnante et si opportune tant à cette époque que pour tous les temps, l’apôtre revient à des exhortations d’ordre plus personnel qui ne demeurent pas moins de toute valeur pour nous.


« Mais évite les questions folles et insensées, sachant qu’elles engendrent des contestations. Et il ne faut pas que l’esclave du Seigneur conteste, mais qu’il soit doux envers tous, propre à enseigner, ayant du support ; enseignant avec douceur les opposants, attendant si Dieu, peut-être, ne leur donnera pas la repentance pour reconnaître la vérité, et s’ils ne se réveilleront pas du piège du diable, par qui ils ont été pris, pour faire Sa volonté » (2:23-26).


3.7.1 - [Ch. 2:23a]

Au début, comme en Romains 14 et 15, les disputes étaient très différentes, et bien plus respectables moralement. En effet, elles découlaient principalement du respect de la révélation de l’Ancien Testament chez des âmes qui connaissaient depuis longtemps les habitudes formées par elle, et qui étaient plus ou moins jalouses de cette liberté dans laquelle les païens étaient entrés avec joie en quittant la servitude avilissante des idoles. Mais l’esprit grec, habitué aux discussions frivoles de la philosophie, lorsqu’il n’était pas totalement émancipé de la simple activité intellectuelle, ou qu’il ne restait pas vraiment soumis à la parole de Dieu, s’avérait être une source fertile de danger et de mal, même pour ceux qui n’étaient pas séduits par une hétérodoxie comme celle des v. 14-18. La grâce et la vérité venues par Jésus Christ nourrissent l’âme, laissent entrer la lumière éclatante de Dieu, suscitent l’adoration et aboutissent à des voies fécondes de bonté et de justice. Il n’en va pas de même pour les questions « folles et insensées (ou : stupides) », que Timothée est enjoint ici d’éviter. Aucun qualificatif ne saurait mieux caractériser ces discutailleurs, ni de manière plus tranchante ceux qui tolèrent ou admirent ces futilités pernicieuses dans les choses de Dieu ; c’est comme les incrédules qui font la grimace devant les preuves de leur irrationalisme, et les sceptiques blessés quand leur crédulité est manifestée.

L’article [les] devant « questions folles et insensées » implique qu’il s’agissait d’une habitude bien connue chez ceux auxquels il est fait allusion, – un fruit de leur volonté et de leur confiance en soi.


3.7.2 - [Ch. 2:23b]

Or l’apôtre y adjoint une conséquence que réprouve fortement quiconque aime la paix parmi les saints et cherche leur édification. De telles questions « engendrent des contestations » ou disputes, combats. C’est assez naturel parmi les hommes : ce qui est humain éclate ainsi, et prend même plaisir à se battre pour être maître. « D’où viennent les guerres, et les batailles parmi vous ? » dit Jacques ; « n’est-ce pas de cela, — de vos voluptés qui combattent dans vos membres ? » (Jacques 4:1). Au fond, c’est l’esprit du monde qui est en inimitié contre Dieu. Parmi ceux qui portent le nom du Seigneur, c’est déplorable, un témoignage vraiment contre Lui au lieu de l’être pour Lui et de Lui. Pourtant, le sérieux même d’une conviction peut exposer à ce danger, quand Christ n’est pas devant les yeux, et que nous ne sommes pas accrochés à Sa grâce. N’oublions jamais que la grâce et la vérité sont venues par Lui, non pas l’une ou l’autre seulement, mais les deux. Si la grâce est un piège lorsqu’elle est divorcée de la vérité, la vérité ne parvient pas à gagner si elle est séparée de la grâce ; elle peut même repousser et endurcir : combien plus les questions folles et insensées qui engendrent la contestation ! Elles font la promotion des objectifs de Satan, non pas des intérêts de Christ.


3.7.3 - [Ch. 2:24]

Mais, de plus, « il ne faut pas qu’un esclave du Seigneur conteste [ou : se batte], mais qu’il soit doux envers tous » (2:24).


C’est ce que le Seigneur avait enseigné et pratiqué ; le disciple n’est pas au-dessus de son maître, mais tout homme accompli sera comme son maître (Luc 6:40) ; il doit s’attendre à recevoir la pareille en paroles et en actes, non pas à les rendre en retour. Mais n’y a-t-il pas des gens qui sont éprouvants au point de mériter au moins une rebuffade ? L’esclave du Seigneur doit être « doux envers tous », car il ne s’agit pas d’être désagréable humainement, mais de présenter Christ comme il se doit. Il est assez facile de blesser ou de renverser un homme ; mais qu’en est-il si cela afflige le Saint Esprit de Dieu et déshonore Christ ? Sommes-nous, comme il se doit, résolus à supporter avec patience et à gagner par la force irrésistible de la douceur ?


3.7.4 - [Ch. 2:25a]

Il faut aussi qu’il soit « apte [JND : propre] à enseigner ». De nombreux saints sont lents de cœur pour recevoir quelque vérité nouvelle et pour faire des distinctions dans ce qui diffère. La tendance naturelle est de critiquer, et même de se moquer, pour certains. L’aptitude à enseigner suppose non seulement d’être capable de parler, mais d’avoir aussi l’amour des saints et la foi au Seigneur Jésus qui est l’objet du service. Cette aptitude se cultive, car les épreuves et les difficultés suffisent à faire qu’on se lasse. Avoir le Seigneur devant nous encourage le cœur. Combien Il a dû supporter, même des plus fidèles !

C’est pourquoi l’expression « ayant du support » est tout à fait appropriée. Il est triste de penser à l’arrogance des uns, à l’ingratitude des autres, sans parler du mal positif rendu pour le bien au service des saints. Mais le service du Maître ne vaut-il pas tous les troubles qu’on subit, même déjà maintenant ? Et quelle bénédiction inattendue Il donne en passant ! Et quelle joie et quelle gloire à Sa venue !


3.7.5 - [Ch. 2:25b]

En conséquence, il est bon de rechercher la grâce qu’on trouve en « instruisant avec douceur les opposants ». Car le chemin de Christ n’était pas différent de cela, et c’est ainsi seulement que l’on peut espérer corriger ceux qui se positionnent en opposants. Il n’y a que cela pour les désarmer ; la grâce est heureuse d’opérer ainsi. Et l’apôtre présente ceci comme un résultat éventuel, possible et désiré : « … si Dieu, peut-être, ne leur donnera pas la repentance pour reconnaitre la vérité ».


3.7.6 - [Ch. 2:25b — la vérité]

Ce dernier membre de phrase se retrouve dans la première épître (1 Tim. 2:4 « … que … les hommes… viennent à la connaissance de la vérité »), ainsi que dans la seconde épître une deuxième fois (2 Tim. 3:7 « parvenir à la connaissance de la vérité »), et toujours sous cette forme sans article devant le mot vérité. La raison n’en est pas que la préposition (εἰς ou autre) autorise l’omission de l’article là où autrement il serait nécessaire, ce qui est une notion tout à fait déraisonnable et même barbare, — bien qu’elle soit énoncée, comme nous le savons, par l’évêque Middleton dans son ouvrage compétent « Doctrine de l’article grec », et approuvée par des commentateurs aussi respectables que le doyen Alford et l’évêque Ellicott, sans parler de quelqu'un de peu solide sur ce sujet tel que Winer. Quoi qu’il en soit, c’est une erreur qui est réfutée partout dans le Nouveau Testament, dans la version des Septante et dans toute la littérature grecque, comme tout érudit peut le découvrir en testant de près ne serait-ce qu’un seul chapitre. L’omission de l’article dépend d’un principe totalement indépendant de la préposition : seulement l’absence de l’article grec dans ce genre de construction est plus fréquente qu’ailleurs, car les prépositions sont très souvent utilisées là où ce qui est considéré est le caractère, plutôt qu’un objet défini placé devant les pensées. Lorsqu’un objet défini est visé, l’article doit être présent, qu’il y ait préposition ou non ; lorsque le but est en rapport avec un caractère, l’article n’a pas sa place ; et tel est le cas dans la phrase qui nous occupe.


3.7.7 - [Ch. 2:25b — la repentance]

Il peut être utile de parler brièvement de la « repentance » ; car elle va bien plus loin que ce que beaucoup pensent. Il s’agit plutôt d’une question morale que d’une question mentale, bien que, sans aucun doute, il y ait un changement de pensées de la plus grande gravité. Mais dans la repentance, l’âme est soumise à Dieu. Sa parole juge, au lieu d’être jugée. Il y a donc une révolution morale dans le cœur qui prend le parti de Dieu contre lui-même, et qui condamne non seulement les actes mauvais qui s’élèvent devant la conscience, mais tout le fond et l’état de l’être qui leur a donné naissance. La repentance est donc nettement envers Dieu comme la foi est envers notre Seigneur Jésus Christ, qui est en fait exalté par la droite de Dieu pour donner la repentance ainsi que la rémission des péchés (Actes 5:31 ; 20:21). La reconnaissance de la vérité fait suite à la repentance, comme un fruit ; sans la repentance aucune vérité n’est reçue divinement, et la reconnaissance de la vérité n’a aucune valeur aux yeux de Dieu. La vie, la vie éternelle, vient de Dieu, et est dans Son Fils.


3.7.8 - [Ch. 2:26]

Le serviteur du Seigneur devait donc chercher « dans la douceur », non pas à remettre à sa place l’opposant, ce que l’esprit vif et la volonté obstinée voudraient naturellement faire, mais si possible à redresser ceux qui s’opposent, comme la grâce aime à le faire ; se débarrasser des personnes, même si elles causent du trouble, ne vient pas à l’esprit de celui qui est patient. Néanmoins, cette opposition est des plus sérieuses ; et l’apôtre nous le fait voir par ce qu’il rajoute immédiatement — « et qu’ils puissent se réveiller du piège du diable, par qui ils ont été mis captivité par lui, pour faire Sa volonté ».

C’est une phrase remarquablement compliquée, et des saints éminents en piété et en érudition l’ont comprise de manière très différente. Ainsi, la version autorisée n’est pas la seule à considérer que les mots ne se réfèrent qu’à l’ennemi ; ainsi font la version Syriaque et la Vulgate, suivies par Wiclif, Tyndale, Cranmer et la Rhemish (version de Reims). La Version Révisée, en revanche, avec Wetstein, Bengel, Wakefield et Mack, bien que légèrement différente par ailleurs, suppose qu’il n’y a pas un seul acteur, mais trois, le diable, le serviteur du Seigneur et Dieu. Leur version du v. 26 est donc la suivante : « Et ils pourront se délivrer du piège du diable, ayant été pris captifs par lui (le serviteur du Seigneur) pour faire la volonté de Dieu ». En marge, ils donnent ce qui semble être le sens le plus vrai, « par le diable » (et non le serviteur du Seigneur) pour faire la volonté de Dieu ; c’est ce que donne la version de Genève, Alford, Ellicott, Hammond, Wells, et al. Les deux pronoms en grec étant différents visent naturellement (mais pas nécessairement) deux parties : mais introduire ici « le serviteur du Seigneur » semble forcé tandis que la référence à l’ennemi est simple et cohérente, bien que le Dr Bloomfield pense « qu’une construction si violente est totalement inadmissible » ! Ainsi, Bèze traduit correctement dans sa cinquième édition de 1598, ayant préféré en 1588 la même chose que d’autres, de peur de paraître quelque peu audacieux dans une matière aussi sacrée.